Écolila – François Olislaeger – Ed. Actes sud BD

Depuis le 6 novembre 2019 Copyright F.O . / Actes Sud

Nous sommes ici témoins d’une discussion sur la nature et l’écologie entre une petite fille de cinq ans et son papa. Tous deux déambulent dans le zoo de Chapultepec (Mexico). Lui, est préoccupé et ne sait que lui répondre, bien qu’en réalité, les deux visiteurs se posent les mêmes questions.

Ensemble, ils interrogent les grands enjeux et les dangers du changement climatique, un peu partout sur les cinq continents. En suivant les quatre éléments et les quatre saisons, ils ébauchent des solutions, tout en rendant hommage à l’intelligence de la vie et à l’architecture de la biodiversité. En s’appuyant sur des concepts, tels que la permaculture comme philosophie applicable à de nouvelles organisations sociales, en abordant le biomimétisme pour imaginer un futur, en retrouvant le lien entre l’homme et la nature, ils tentent de trouver la meilleure façon de résister à leur destruction mutuelle.

Les jeux et les dessins qu’ils vont alors inventer au gré de leurs rencontres (Yakari, l’enfant sioux ; l’essayiste Jeremy Rifkin ; Charles Darwin ; Lenz de Buchner ; le chef amérédien Seattle ; le peintre Pierre Bonnard ; le compositeur Camille Saint-Saëns) sont autant de propositions, de prises de conscience ou d’idées nouvelles pour préparer demain.

L’auteur – Né le 17 mai 1978 à Liège, François Olislaeger est diplômé de l’École Émile-Cohl de Lyon. Depuis 2003, il travaille pour la presse (Le Monde, Beaux-Arts Magazine, America, Le 1…). Après des années de reportage au Festival d’Avignon, il publie ses Carnets d’Avignon (Actes Sud/Arte éditions, 2013). Cette expérience lui permet de rencontrer Mathilde Monnier, avec qui il entame un travail scénique et biographique dans le livre Mathilde, danser après tout (Denoël Graphic, 2013). Il écrit ensuite Marcel Duchamp, un petit jeu entre moi et je , puis il participe au projet René Magritte vu par… (Actes Sud BD/Centre Pompidou, 2014).

En juin 2019, le ministère de la Culture a arrêté la liste de la promotion 2019-2020 des pensionnaires admis à l’Académie de France à Rome, parmi lesquels figure celui de François Olislaeger. Il est entré en résidence de création à la Villa Médicis pour une durée d’un an en septembre 2019.

240 p., 26 €

Déguisé – Albertine – Ed. La Joie de lire, collection « À vos crayons » (Album interacatif)

Depuis oct. 2019 copyright Albertine/La Joie de lire –
86 p., 29,90€

Cet album de coloriage est avant tout un beau livre. Il comporte une quarantaine d’illustrations originales d’Albertine, et au dos de chaque illustration, autant de silhouettes à colorier, peindre, décorer. Mais l’enfant en dessinant ne voit pas l’œuvre d’Albertine qui est toujours derrière la silhouette, ainsi il n’est pas influencé et peut laisser libre cours à son talent. 
Le papier épais permet à l’enfant d’utiliser de la peinture s’il le souhaite et chaque page est détachable et peut ensuite être affichée… Les chambres d’enfant (ou d’adulte !) vont devenir de vraies galeries d’art !
Personnages loufoques, monstres de toutes sortes, masques bizarres, costumes improbables… Tout l’univers d’Albertine est ici concentré : amour du vêtement et de la mode, humour, goût des couleurs… Albertine s’amuse et nous amuse par la même occasion avec force couleurs et détails rigolos !

Et maintenant, « l’envers du décor » imaginé par un jeune graphiste, Guillaume Philippe

VERSO
RECTO

La Joie de lire ou de créer sans cesse renouvelée…

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Albertine est une illustratrice de grand talent. Elle a participé à de nombreuses expositions en tant qu’artiste en Suisse et à l’étranger. Elle a reçu de nombreux prix. Elle est ainsi la première artiste suisse à avoir obtenu la prestigieuse Pomme d’Or de Bratislava pour Marta et la bicyclette. Elle a reçu le Prix Jeunesse et Médias en 2009 pour La Rumeur de Venise. Elle est également lauréate du Prix Sorcières pourLes Oiseaux, paru en 2010. En 2012, le même titre a été sélectionné parmi les 10 meilleurs livres de l’année par la New York Times Book Review. Elle a également reçu en 2016 le 1er prix de la foire de Bologne pourMon tout petit.

http://www.albertine.ch/

Voir également Archives BdBD/Arts pluriels : Le Président du Monde (oct. 2016) et Roberto et Gélatine (juin 2019).


Socrate et son papa prennent leur temps – Einar Øverenget – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis octobre 2019 – Dessins copyright Øyvind Torseter – Collection Philo et autres chemins

Nous l’avons souvent constaté, les enfants ont à la fois les pieds solidement ancrés dans le sol et le nez dans les étoiles. C’est comme s’ils étaient des intermédiares entre le ciel et la terre.

C’est le cas du petit Socrate qui, à l’instar de son illustre homonyme, pose des questions – dont la pertinence n’échappe pas à son papa – et n’hésite pas à s’engager dans une antithèse lorsque sa réponse lui semble un peu juste.

Paru en 2015

Dans le volume précédent, notre philosophe en herbe se demandait, par exemple, si les choses doivent forcément être visibles pour être réelles, ou bien, pourquoi les étoiles nous paraissent-elles aussi petites que des grains de sable alors qu’elles ne le sont pas ?

Dans ce nouvel opus, « Socrate le Jeune » s’interroge et interroge son père (qui, de maître peut à l’occasion devenir disciple) sur le temps : celui dont on dispose ou non, que l’on prend ou non, sur les voyages dans le temps, qui peuvent ne durer qu’un instant… Sur le secret aussi, que l’on partage ou non, sur l’envie que l’on a de faire savoir à son entourage qu’on en détient un, mais qu’on le gardera pour soi… Sur les voyages, au sens propre comme au fuguré… Sur la subjectivité et le sentiment que de tel ou tel objet nous inspire… Sur les rêves : que se passe-t-il lorsque nous rêvons ? Les rêves sont-ils une l’occasion de vivre des choses inédites ? Quelle réalité explorons-nous alors ?

Une initation tout en douceur à la philosophie, un délice à partager avec les tout-petits (à partir de 6 ans)… qui ont de bonnes chances de vous stupéfier et de vous amener à stimuler vos petites cellules grises.

Anne Calmat

56 p., 11 €

Actes Sud audio : Le Mur invisible de Marlen Haushofer, lu par Marie-Ève Dufresne

En librairie le 4 novembre 2019

Une femme, dont on ne connaîtra jamais le nom, part en week-end à la montagne chez un couple d’amis. Durant la nuit qui suit leur arrivée, une catastrophe, sans doute planétaire, se produit. Le lendemain matin, un mur transparent infranchissable a surgi, qui coupe l’invitée du reste du monde. Demeurée seule dans le chalet dont les occupants s’étaient absentés la veille au soir, la recluse va dès lors consigner sur un agenda les évéments de chaque journée, puis ensuite rassembler ses souvenirs pour en faire un récit non chronologique. Elle écrira jusqu’à l’épuisement du stock de papier dont elle dispose. La lira-t-on un jour ? Peu lui importe. « M’obliger à écrire me semble le seul moyen pour ne pas perdre la raison ».

Hugo, le propriétaire des lieux avait auparavant pris soin d’y engranger tout ce qui serait nécessaire à la survie en cas de nécessité absolue (le roman a été écrit en 1963, en pleine guerre froide). Ignorant la durée probable de son isolement, cette citadine élévée à la campagne va retrouver les gestes ancestraux et se faire cultivatrice, chasseuse, cueilleuse de baies, bucheronne ; tentant ainsi de pourvoir à sa survie et à celles et ceux qui se sont trouvés du bon côté du mur : le chien Lynx, « son sixième sens » ; la vache Bella, et plus tard son petit veau ; la vieille chatte et ses chattons.

Tous sont devenus ses enfants de substitution. Ses deux enfants, les vrais, sont restés en ville. Ils sont probablement morts. Comme le sont à coup sûr les deux vieillards qu’elle a aperçus de l’autre côté du mur, ainsi que tous les animaux qui gisent sur le sol, pétrifiés, comme ont dû l’être les habitants de Pompéi lors de l’éruption du Vésuve. Ses compagnons à quatre pattes ont autant besoin d’elle pour leur survie qu’elle a besoin d’eux. Pour combien de temps encore ? Elle ne se projette pas dans l’avenir, seul le présent compte. Cette nouvelle vie l’a révèlée à elle-même, elle s’est réinventée en échappant à l’étroitesse d’une existence qui auparavant lui pesait. ”Quand je me remémore la femme que j’ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j’éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main.

Nous nous perdons avec elle dans les méandres de son récit – parfois on peine à situer dans le temps les épisodes auxquels elle fait allusion ; nous nous désolons quand l’un de ses animaux vient à mourir ; nous parcourons à sa suite les sentiers qui mènent à l’alpage, participons à la récolte des pommes de terre qu’elle a semées et aux fenaisons.

Combien d’années se sont-elles écoulées depuis que le mur a surgi entre cette partie de la vallée et le reste du monde ? Est-on toujours en été ou bien est-ce déjà l’automne ? Grâce aux provisions que Marco a laissées et surtout grâce à l’extraordinaire sens pratique de la narratrice, elle et ses animaux semblent être assurés de pouvoir vivre paisiblement.

Pour le moment…

8h30 d’écoute en 31 chapitres d’une durée variable pour ce vibrant éloge du courage et de la combativité d’une femme livrée à un monde où tout désormais est incertain. 21 €

Anne Calmat

L’auteure.

Après des études de philologie allemande à Vienne, Marlen Haushofer (1920-1970) se marie et élève deux enfants. Tiraillée entre ses devoirs de mère au foyer et ses ambitions littéraires, elle est obligée d’écrire tôt le matin ou pendant la nuit. C’est à partir de 1946 qu’elle publie ses premiers contes dans des journaux ; suivront ensuite des nouvelles et des romans. Son œuvre, dont la plupart des protagonistes sont des femmes, est marquée par l’intrusion de troublantes fantasmagories dans la banalité du quotidien. Avec Le Mur invisible, son talent est enfin reconnu dans son pays. Plus tard, ce sont les féministes qui ont révélé son travail au grand public. Désormais, Marlen Haushofer fait partie de ces écrivaines dont les héroïnes sont inoubliables.

Bruxelles : À la rencontre de Keith Burns

Chaussée de Wavre 237
1050 Bruxelles

Téléphone : +32 485 98 56 18
T.2 © Aftershok 2019 Ennis/Burns

La galerie Comic Art Factory vous invite à prendre de la hauteur – et peut-être même à faire quelques loopings – en compagnie des équipages de la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale ; avec ici aux commandes, le graphiste irlandais Keith Burns, dont on a découvert l’extraordinaire précision du trait à l’occasion de la sortie du dytique scénarisé par Garth Ennis, Out of the blue (Ed. Aftershok).

Dans Out of the blue, basé sur des faits réels (v. ci-dessous l’interview de Keith Burns), les combats aériens tiennent en effet une place importante, et comme ils se déroulent majoritairement au-dessus de l’Océan, la mer d’encre de Chine imaginée par Burns offre des contrastes saisissants aux chorégraphies qu’il a orchestrées. Cette expo est en outre l’occasion de découvrir grandeur nature un univers graphique qui fait vibrer l’action avec des noirs qui rendent un réalisme incontournable dans la difficile discipline qu’est la BD d’aviation.


L’exposition-vente sera ouverte au public du 25 octobre au 9 novembre 2019, du jeudi au samedi 13h à 19h.

Chaussée de Wavre 237
1050 Bruxelles

Courrez-y, et si vous avez pris un peu d’avance, sachez que le vernissage de l’expo aura lieu la veille, de 19 à 21h, en présence de l’artiste himself !

Reporters sans frontières, 100 images pour la liberté de la presse : Jean Paul Goude

En librairie à partir du 31 octobre 2019

« Le terrain, voilà un principe obligatoire pour recréer de la confiance. L’enquête, le temps long pour vérifier, expliquer, ne pas se substituer au juge mais renouer avec une rigueur quasi scientifique. » RSF

Farida dans son propre rôle, Paris 1992 copyright J-P.G
Papou, mine de plomb et feutre, Rome 1984 copyright J-P. G

Dessinateur, photographe, metteur en scène, cinéaste, chorégraphe, Jean-Paul Goude est un artiste précurseur, un manipulateur d’images, un conteur qui a su inventer un style, un univers, et pour finir, une mythologie personnelle. En 50 ans de carrière, il a laissé dans notre imaginaire et nos rétines une trace puissante, grace à un style graphique et narratif unique.

Laetitia Casta – L’Homme, Paris 2004 copyright J-P. G

À son tour, l’artiste participe au combat que mène l’ONG Reporters sans frontières* pour le droit d’informer en toute liberté. Avant lui, Sempé, Véronique de la Viguerie, Vincent Munier, JR, Raymond Depardon, Thomas Pesquet, Yann Arthus-Bertrand, pour ne citer que les plus récents (trois albums paraissent chaque année), ont offert à l’ONG leurs plus beaux clichés ou dessins, afin que celles et ceux qui ont pour mission de nous éclairer sur ce qu’il se passe réellement dans le monde puissent le faire dans des conditions acceptables.

60 p., 9;90 €

Se rendre acquéreur de ce bel album, dont l’intégralité du produit de chaque vente servira à la promotion de la liberté de l’information, c’est devenir le maillot d’une chaîne qui mène de celles et ceux qui risquent parfois leur vie pour être au plus près de la vérité, à celles et ceux à qui cette information est destinée. C’est être gagnant-gagnant.

Grace revue et corrigée, photo peinte, NY 1078 copyright J-P. G

Force est en effet de constater que pour de nombreux journalistes les entraves à la liberté de couvrir tel ou tel événement sont de plus en plus manifestes : impossibilité de se rendre sur le terrain, de mener telle ou telle investigation socio-politique – et maintenant environnementale, menaces explicites, emprisonnements arbitraires, voire exécutions ou disparitions physiques pures et simples. Au classement mondial 2019, la France arrive au 32è rang sur 180 pays.

Classement mondial par pays (v. rsf.org)

Dotée d’un statut consultatif à l’ONU et à l’Unesco, l’organisation basée à Paris dispose de 10 bureaux dans le monde et de correspondants dans 130 pays. Elle soutient concrètement les journalistes d’investigation, les reporters de guerre sur le terrain, grâce à des campagnes de mobilisation, des aides légales et matérielles, des dispositifs et outils de sécurité physique (gilets pare-balles, casques, guide pratiques et assurances) et de protection digitale (ateliers de sécurité numérique). L’organisation est devenue un interlocuteur incontournable pour les gouvernements et les institutions internationales et publie chaque année le Classement mondial de la liberté de la presse, devenu un outil de référence.

« Liberté » Paul Éluard, 1942
  • L’ONG Reporters sans frontières a été créée en 1985.

Martin Eden – Denis Lapière – Aude Samama – Ed. Futuropolis

Coup d’œil…

Copyright D. Lapière, A. Samama – Futuropolis , 2015

Ce n’était pas une mince affaire que de s’atteler à la mise en images d’un roman qui fait toujours l’objet d’un véritable culte. Écrit en 1909 par Jack London (1876-1916), Martin Eden retrace l’itinéraire d’un jeune homme du peuple qui, par hasard, va pénétrer dans la bonne société d’Oakland, au début du 20e siècle.

Grâce à ses entrées dans la famille Morse, le marin bagarreur va être fasciné par cette bourgeoisie dont il découvre peu à peu le parler et les règles de bienséance. Il pense alors qu’il lui suffit de changer de langage, de culture, de se livrer corps et âme à la  littérature pour gagner le coeur de Ruth, la jeune fille de la maison. De son côté, cette jeune fille, cultivée mais protégée de la vie, se prend pour un mentor, sans bien saisir la nature de l’attraction qu’exerce sur elle cet homme singulier qui l’idolâtre. Elle va tenter de le façonner et d’en faire un objet présentable pour sa classe sociale, en lui rognant les ailes et en prenant le pouvoir sur lui, au nom de l’amour.

Martin va accéder à la culture dans un cheminement d’autodidacte boulimique et désordonné, qu’on pressent voué à l’échec, et au prix de sacrifices surhumains, atteindre l’objectif littéraire qu’il s’est un jour fixé.On traverse dans ce récit le monde de la mer, mais de façon assez fugace, on découvre les faubourgs d’Oakland, les galetas incommodes, les bars, les rues, les réunions politiques, les intérieurs bourgeois.

L’adaptation de Denis Lapière, les dessins et peintures remarquables d’Aude Samama, son travail sur les couleurs, les angles et les gros plans rendent compte des passages les plus marquants du récit. Le choix de ses moments essentiels et l’attention portée au langage et à son évolution, font qu’on peut dire que le pari d’une adaptation graphique de l’œuvre est réussi.

Ce qu’on perd de débats intérieurs, de réflexions politiques et philosophiques, on le trouve dans la façon dont sont peints les habitats, les lieux, la nature où se joue la parenthèse idyllique – édénique – de l’aventure amoureuse entre Martin et Ruth. Dans les chambres misérables aussi, où Martin se met à étudier puis à écrire ; dans les bars à la Edouard Hopper où il s’enivre avec désespoir ; dans la blanchisserie où il trime comme une bête de somme, perdant alors toute possibilité de créer et même de penser – une remarquable illustration de l’aliénation par le travail.

Tout cela est minutieusement restitué, jusqu’au détail graphique d’un vase que Martin manque de faire tomber lors de sa première visite dans le « beau monde », et qui en dit long sur l’inconfort du jeune homme à se mouvoir dans un milieu qui n’est pas le sien.

On a beaucoup écrit, beaucoup glosé sur le sens de ce roman. On peut dire qu’il a échappé à son auteur, qui voulait donner à saisir l’inanité de la volonté individuelle, de l’ambition personnelle, lui qui adhérait aux idées socialistes de son temps. Le lecteur s’attache envers et contre tout à cet homme épris d’absolu et souvent perçu comme un modèle, une sorte d’archétype de la réussite à l’américaine. Or c’est bien une entreprise vouée à l’échec que Jack London a voulu dépeindre.

Idéaliste, individualiste, Martin Eden est condamné d’avance à ne pouvoir trouver sa place dans cette société, même s’il finit par être reconnu comme un grand écrivain. Perdu entre deux mondes, délesté de ses illusions, il n’avait d’autre choix que celui qui clôt le récit. C’est bien sûr en partie de London lui-même qu’il est question, la dessinatrice lui donne d’ailleurs les traits de l’auteur. Mais les grandes oeuvres sont ouvertes et se prêtent à des lectures multiples et infinies, cet album y prend sa place.

Gageons qu’il conduira le lecteur à (re)découvrir un roman qui interroge si puissamment sur les inégalités sociales, les idéaux et ce qu’il en reste, les désillusions amoureuses, la création… Sur ce qu’est la vie, au fond.

Danielle Trotzky

176 p., 24 €

Nanaqui. Une vie d’Antonin Artaud – Benoît Broyart – Laurent Richard – Ed. Glénat

« Qui je suis ? D’où je viens ? Je suis Antonin Artaud / et que je le dise / comme je sais le dire / immédiatement / vous verrez mon corps actuel / voler en éclats / et se ramasser / sous dix mille aspects notoires / un corps neuf / où vous ne pourrez plus jamais m’oublier » – Texte datant de 1947, écrit en vue de l’émission de radio interdite Pour en finir avec le jugement de Dieu.

Antonin Artaud après neuf ans d’internement.
Frère Jean Massin

Avant d’être une œuvre, Antonin Artaud (1896-1948) reste pour beaucoup un regard, un visage. Celui de l’acteur des années 30 à la beauté troublante (Marat dans le Napoléon d’Abel Gance, Frère Jean Massin dans la Jeanne d’Arc de Carl Dreyer…), puis, presque sans transition, celui du vieillard avant l’âge au visage émacié, qui disait qu’on l’avait « salopé vivant ».

Copyright Laurent Richard
Copyright Laurent Richard

La BD : En septembre 1937, Antonin Artaud est arrêté en Irlande pour trouble à l’ordre public, puis débarqué en France. Dans un état de confusion mentale avancée, sujet à de fréquents accès de démence, l’asile et l’internement seront dès lors son lot quotidien, pendant plus de 9 ans. Mais si l’art a toujours été et restera l’ultime échappatoire des douleurs qui le rongent intérieurement, Antonin Artaud ne se remettra jamais vraiment de cet état de fait, malgré le soutien de ses amis artistes. La faute à un encadrement médical inefficace ou de mauvaises conditions d’internement ? Reste aux lecteurs une œuvre immense où réside sans doute les clés d’un monde intérieur trop intense pour le carcan de la réalité.

Benoît Broyart, auteur, crée une porte d’entrée originale et puissante sur l’univers d’Artaud ; un texte merveilleusement servi par le trait acéré de Laurent Richard.

128 p., 22 €

Autoportrait

Voir également « L’Esprit rouge  » BdBD/Arts + Archives, mars 2016

Regarde, elles parlent ! Ed. La Joie de lire

Depuis le 19 septembre 2019 – Copyright F. Gilberti / La Joie de lire – À partir de 8 ans.

Giselle Comte, Sandrine Moeschler, Laurence Schmidlin, Déborah Strebel – Illustrations Fausto Gilberti

Le visage d’une femme ou d’un homme, les lieux, les événements qui ont marqué l’Histoire ont de tout temps inspiré les peintres et les sculpteurs. Leurs œuvres s’étalent sur les murs ou dans les salles d’exposition du monde entier. S’il arrive que certaines ne nous « parlent » décidément pas, c’est peut-être que nous n’avons pas suffisemment tendu l’oreille…

Vous êtes-vous jamais demandé ce que pensaient celles et ceux qui étaient obligés de rester immobiles des heures durant, dans une position parfois inconfortable, avec interdiction absolue de bouger et, le cas échéant, d’échanger quelques mots avec le ou les autres modèles qui se trouvaient à leurs côtés dans l’atelier de l’artiste ?

Vu sous cet angle, on compatit rétrospectivement au torticolis probable de La Jeune fille à la perle de Vemeer ou aux douleurs endurées par la Porteuse d’eau de Goya.

C’est ce que raconte ce livre.

La Mariette aux fraises, Albert Anker 1984 ©

Prenons ici l’exemple de la petite Rosa, dix ans, contrainte de jouer les statues, son panier en osier contenant deux gros pots en grès remplis de fraises accroché au bras. Que peut-elle se dire d’autre que « Dépêchez-vous, je vous en supplie Albert (…) j’ai le bras en compote. Et ce foulard [dont on m’a affublée], qu’est-ce qu’il me gratte ! Je n’en porte jamais d’habitude. »

Le port de Rouen, Félix Vallotton 1901 ©

Ou bien le choix qu’a fait Félix Vallotton de placer au premier plan de sa toile deux terrassiers en train de paver le quai du port de Rouen, et de reléguer à l’arrière-plan la célèbre cathédrale, rendue presque invisible par la pollution ambiante. Les deux hommes se félicitent qu’un artiste ait ainsi honoré des modestes travailleurs. « Enfin un peintre qui reconnaît notre boulot ! »

We Are All Astronauts, Julian Charrière 2013 ©

Et plus loin, au chapitre 6, ces quinze globes terrestres faits de différentes matières, tenus par un fil. Un seizième a échappé à la vigilance du plasticien, il l’observe depuis sa cachette, décrit le processus de création de l’artiste et invite à réfléchir sur le message à caractère écologique que sous-tend son installation.

Sans titre, Olivier Mosset 1975

Il y a aussi ce cercle noir qui donne le tournis. Il a été reproduit à l’identique des dizaines de fois par Olivier Mosset, quel que soit le format de la toile carrée qui l’a accueilli. « Je ne représente rien d’autre que moi-même : un cercle noir sur une surface blanche » explique ledit cercle. (…) Mais pourquoi s’obstiner à reproduire sans cesse une même forme alors qu’il existe tant de sujets à peindre ? Parce que l’artiste était paresseux ? Réponse au chapitre 3 de ce livre original qui en comporte 15. Gageons que les enfants, dont l’imagination est fertile, sauront donner vie à cette œuvre, destinée, selon son auteur, « à ne provoquer ni peur, ni rire, ni dégoût, ni plaisir« .

Quinze œuvres donc (*), revues sous l’angle de l’humour et de la légèreté – les animaux et les végétaux ont aussi leur mot à dire – à (re)découvrir dans un premier temps, avant d’aller au devant de toutes celles qui nous attendent dans les musées.

Anne Calmat

92 p., 14,90 €

(*) Albert Anker – Félix Vallotton – Olivier Mosset – Alice Bailly – Kader Attia – Julian Charrière – Giuseppe Penone – Louis Soutter – Françoise Dubois – Marcel Broudthaers – Daniel Spoerri – Auguste Rodin – Emilienne Farny – François Bocion – Oskar Kokoschka

Une vie de moche – Ed. Marabout, coll. Marabulles

Copyright F.B., C.G., Marabulles

Le thème de l’acceptation de soi, finement analysé par François Bégaudeau et subtilement illustré par Cécile Guillard (dessin).

Auparavant tout allait bien. Guylaine avait Gilles, son camarade de jeux, que bien souvent on prenait pour son frère. Elle se croyait en sécurité, mais voilà que, sans transition, elle s’est aperçue que ce n’était pas le cas. « On peut jouer avec vous  ? » a proposé Gilles à trois enfants qui passaient par là. « OK. Toi oui, mais pas la moche » lui ont-ils répondu. Il a demandé « C’est qui la moche ? », ils se sont esclaffés, « des super cons » a-t-il dit à Guylaine en guise de conclusion.

La petite fille a encaissé cette première humiliation, mais rien n’a plus été comme avant.

Pourquoi ses parents ne l’ont-ils pas prévenue de ce qui l’attendait ? Elle regrette le nid douillet que lui offrait le ventre de sa mère, là où tous les bébés sont égaux face à la beauté.

Détail planche p. 34

Par la suite elle s’est posée mille questions, qui bien sûr sont restées sans réponse. Elle a oscillé entre culpabilité et résignation, en espérant que la puberté aiderait à harmoniser ses traits et son corps disgracieux, mais le miracle n’a pas eu lieu.

Elle a fait une croix sur la perspective d’avoir un vrai amoureux, tout en guettant la moindre marque d’intérêt de la part de son entourage. Elle a même joué pendant un temps la carte de la provoc, mais ça ne l’a pas satisfaite.

En fine observatrice des comportements humains qu’elle était devenue, Guylaine a su compenser ce qui lui manquait par des qualités qui font parfois défaut aux splendides créatures qu’elle avait souvent enviées, sachant qu’avec le temps, « le vieillisement rééquilibre les beautés, et donc les peines ».

Mais l’âge n’étant pas encore là, c’est de façon spectaculaire que Guylaine va prendre une douce revanche…

Aucune fausse note dans cet émouvant récit, à découvrir en priorité à partir du 2 octobre 2019.

Anne Calmat

208 p., 25 €

Actes Sud audio (suite) : La cage dorée de Camilla Läckberg, lu par Odile Cohen

Depuis le 11 septembre 2019

La catastrophe approchait. Bien sûr, elle aurait pu en voir les signes. Ouvrir les yeux. On dit que rien ne nous rend plus aveugles que l’amour, mais Faye savait que rien ne nous rend plus aveugles que le rêve d’amour.

Dans ce thriller construit en forme de puzzle, avec de multiples flash-backs, nous suivons l’itinéraire d’une jeune femme prête à tout pour, selon ses propres mots, être quelqu’un et oublier, autant que faire se peut, son passé douloureux. Mais se remet-on un jour des traumatismes de l’enfance ou bien ressurgissent-ils sous une autre forme, comme une tumeur qu’on ne peut extirper ?

Faye est prête à se transformer en lolita pour satisfaire les fantasmes sexuels de son époux vénéré, qui ne la touche plus depuis longtemps ; prête à s’écraser, et même à en redemander, lorsqu’il l’humilie ; prête à se couper de son unique amie et soutien, Chris, qui n’a pas l’heur de plaire à son seigneur et maître.

De même qu’avant d’être emprisonnée dans cette cage dorée, elle avait admis qu’on la traite de « petite pute bouseuse », pour une simple histoire de rivalité amoureuse, et surtout parce qu’elle était née dans une petite ville du fin fond de la Suède. Ou bien quelques temps après, lorsqu’elle était entrée à Sup de Co Stockholm, elle avait accepté de se plier au rituel d’intégration qu’elle redoutait, rien que pour être « des leurs ».

Faye est comme une poupée qui dit « oui », « merci », « encore » au moindre claquement de doigts de son richissime mari. Elle prend son mal en patience et se contente de lui trouver des excuses : il travaille tellement ! La jeune femme n’a même pas à s’occuper de leur fille, une armée de baby-sitters et de domestiques y pourvoit.

Camilla Lãckberg

Mais lorsqu’il la quitte pour sa jeune collaboratrice et qu’il décide avec la brutalité que le caractérise que c’est lui qui aura la garde de leur enfant, ne laissant à Faye que ses yeux pour pleurer et une valise contenant ses vêtements, l’amour qu’elle avait pour lui se tranforme en haine…

Le sous-titre du roman de Camilla Läckberg ? La vengence d’une femme est douce et impitoyable.

Odile Cohen

Trente-trois chapitres plus loin, nous apprenons de quoi sa haine vengeresse a été faite. L’auteur – comme son héroïne – prend son temps pour décrire avec minutie la vie dans les hautes sphères de la bougeoisie stockholmoise et au sein de ce couple sado-maso (certaines scènes de sexe auraient gagné à être édulcorées), pour mieux nous amener au dénouement final. Extrait ci-dessous.

Anne Calmat

10h30 d’écoute, 2 CD – 25 €

Théâtre : La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – Frédéric Chevaux – Anne Bouvier


du 20 septembre au 3 novembre 2019

Un titre miroir…

Qui n’a en effet jamais rêvé de dresser une telle liste ? Qui n’a jamais tenté sa chance au grattage ou – voyons grand – à l’Euro millions ? L’histoire, vous la connaissez certainement, c’est celle d’une mercière d’Arras, ni jeune ni vieille, pas spécialement jolie, qui joue régulièrement au loto avec ses copines. Et voilà qu’elle gagne ! Que va-t-elle faire de ses dix-huit millions d’euros et comment son entourage va-t-il réagir ? Elle hésite à encaisser le chèque, par peur de gâcher le bonheur simple qu’elle vit auprès de son époux et de ses enfants. Lorsqu’elle se résout à le faire, elle décide d’établir la liste de ses envies, de ses besoins et de ses folies. Mais est-ce si simple ? Et si cet argent était un cadeau empoisonné ?

La gagnante est interprétée par un comédien, Frédéric Chevaux, qui joue les douze personnages qui gravitent autour de Jocelyne : son mari, la psychologue de la Française des jeux, etc.

Un contre cruel à découvrir au Théâtre Lepic à partir du 20 septembre.

1, avenue Junot Paris 18e – M° Abbesses ou Caulaincourt – Du jeudi au samedi à 19 h 30, le dimanche à 16 h – 01 42 54 15 12


Salina – Laurent Gaudé – Guillaume Gallienne – Actes Sud audio

En librairie depuis le 11 septembre 2019 – Durée d’écoute 3h20


Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. (…) Quand Salina meurt, il revient à son fils, qui a grandi seul avec elle dans le désert, de raconter son histoire, celle d’une femme de larmes, de vengeance et de flamme.

G. Gallienne

Après avoir fait une incursion sur le terrain du livre audio en 2017, Acte sud a transformé l’essai en lançant Actes Sud audio.
La lecture des textes est confiée à des comédiens confirmés et de renom. Chaque titre de la collection est conçu de façon spécifique par une direction artistique, et en étroite collaboration avec les auteurs français – certains d’ailleurs lisent eux-mêmes leur texte.
Des bonus peuvent aussi être proposés, comme par exemple ici, l’interview de Laurent Gaudé, menée par Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie-Française.

Coup de projecteur sur Salina

Présentation de l’œuvre

« D’abord, il y a ce jour des origines, lointain, où dans la chaleur du désert, après une longue attente, le cavalier arrive enfin. A dix pas de Sissoko Djimba, le chef du village, il s’arrête. Dans le creux de son bras gauche, tout le monde peut maintenant voir distinctement qu’il porte un nourrisson dans ses langes. Et les cris de l’enfant résonnent. Il n’a pas cessé de crier. C’est miracle, même, qu’il n’ait pas fini de sombrer dans un épuisement du corps. Le silence dure. Puis, lentement, le cavalier fait quelques pas jusqu’à être à mi-chemin entre Sissoko et sa monture, et dépose au sol le paquet de linge qui pleure encore, puis, sans attendre de voir ce qu’il se passe, sans dire un mot lentement, il repart, rebroussant chemin, laissant derrière lui, pour la première fois depuis des jours, des semaines peut-être, les cris de l’enfant qu’il vient d’abandonner.”

19,90 €

https://www.actes-sud.fr/

Mata Hari – Esther Gil – Laurent Paturaud – Ed. Daniel Maghen

En librairie le 19 septembre 2019 © E. G., L. P. /D.M

Son nom à lui seul évoque l’effervescence artistique et insouciante du Paris de la Belle-Epoque, avec ses salons huppés, où se retrouvent aristocrates, grands bourgeois, militaires, et « cocottes» triées sur le volet, amenées par de vieux libidineux à la bourse bien garnie. 

Les premières planches de ce récit passionnant et ultra documenté signé Esther Gil nous montrent celle qui, en ce petit-matin du 15 novembre 1917, s’apprête à être exécutée pour intelligence avec l’ennemi. Margaretha Geertruida Zelle refuse qu’on lui mette un bandeau sur les yeux. N’est-elle pas la grande artiste internationale, Mata Hari ? Elle a quarante-et-un ans, et si l’on en juge par les superbes créations à la palette graphique de Laurent Paturaud, elle est encore très belle. Son regard est à la fois empreint de fierté et de nostalgie. A-t-elle conscience qu’elle est en train de devenir ce qu’elle a toujours voulu être : une icône, une légende ?

détail planche p. 5

Puis nous remontons le temps et la découvrons vingt ans auparavant sur l’île de Java, une colonie néerlandaise dans laquelle elle vit avec son époux, le capitaine Rudolf Mcleod – un alcoolique brutal et infidèle de dix-neuf ans son aîné – et de leur tout jeune fils. Margaretha va y demeurer cinq ans, perdre son petit garçon, donner naissance à une fille, avant de décider de rentrer seule en Europe.

Elle a entre-temps été initiée aux danses traditionnelles de l’île, et c’est en qualité de danseuse orientale qu’elle décide de partir à la conquête des scènes européennes.

Mata Hari photographiée par Roger Viollet ©

À Paris, elle se présente sous le nom de lady Mcleod. Cette séductrice née ne tarde pas à se trouver un « protecteur », lequel l’introduit dans les cercles mondains et aristocratiques de la capitale. Elle y rencontre aussitôt le collectionneur orientaliste Émile Guimet, qui va jouer un rôle important dans sa carrière en lui proposant le jour même de venir se produire dans l’une des salles de son musée. Matha Hari est née.

Mais voilà que déjà elle rêve d’autres scènes à sa mesure, rien n’est trop grand pour celle qui prétend désormais descendre d’un sultan javanais.

Ses admirateurs croient-ils aux fables que raconte cette jeune beauté érotico-exotique ? A-t-elle fini par y croire elle aussi ? Peu importe, tout lui réussit, la gloire et l’argent sont au rendez-vous. L’indépendance aussi.

L’amour fou, qui comme chacun sait réserve parfois délices et tourments, va fragiliser cette femme que l’on croyait d’airain, et précipiter sa chute. Son côté transgressif, qui a fait sa gloire, sera aussi sa perte.

Mata Hari s’est volontairement éloignée des scènes internationales pour vivre pleinement deux passions amoureuses successives. À son retour, son étoile a pâli et les difficultés financières se sont accumulées…

Nous sommes en 1917, le conflit entre l’Allemagne et la France s’enlise, on a besoin, dans un camp comme dans l’autre, de jeunes et jolies femmes susceptibles de participer à « l’effort de guerre » en glanant des renseignements auprès des officiers qui se pressent les salons mondains. Un nouveau rôle pour elle, et bientôt un double-jeu auquel Mata Hari va se livrer consciencieusement, avec innocence pourrait-on dire, sans en mesurer la portée.

Mais à manipulatrice, manupulateurs-et-demi : raison d’État oblige, Mata Hari va avoir affaire à des employeurs autrement plus retors qu’elle ne l’est…

À découvrir sans faute à partir du 19 septembre.

Anne Calmat

72 p., 16 €

Théâtre… Théâtres : de la Bastille à Notre-Dame-des-Champs

The way she diesTiago Rodrigues tg Stan Théâtre de la Bastille*, d’après Anna Karénine de Léon Tolstoï

The way she dies – 11 septembre – 6 octobre 2019

Avec Isabel Abreu, Pedro Gil, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen – Lumières et scénographie Thomas Walgrave – Costumes An D’Huys et Britt Angé

Tiago Rodrigues propose ici sa vision d’Anna Karénine et interroge l’acte de traduire : à quel point une langue influence-t-elle la perception d’une œuvre ? La retranscription de la mort de l’héroïne dans une autre langue que le russe est-elle exactement et scrupuleusement fidèle aux mots choisis par Tolstoï lui-même ? La scène – comme la traduction – est, elle aussi, une façon de produire une nouvelle version de l’œuvre originale. Alors, quelle version Tiago Rodrigues et tg STAN peuvent-ils donner à voir et à entendre de la mort du personnage principal de ce chef-d’œuvre de la littérature russe ?

Quand nous lisons, nous faisons des choix, nous traduisons ce que nous lisons vers le langage de notre propre existence. Les pages sont illuminées par la bougie de nos expériences et cette flamme vacille et change de couleur à cause de ce que nous lisons. Nous savons qu’un livre est capable de nous changer. En lisant la description d’un bal, un lecteur peut décider de divorcer. En lisant comment deux personnages échangent un premier regard furtif, le lecteur peut décider de se marier. En lisant un dialogue sur les champignons, un lecteur peut décider de changer d’emploi. Un roman comme Anna Karénine de Tolstoï peut aussi être la collection des vies qu’il a changées, légèrement ou profondément, en bien ou en mal. Des vies qui pourraient changer comment meurt Anna. Tiago Rodrigues

S’ils se connaissent depuis longtemps et ont souvent collaboré ensemble, The Way She Diesest, le premier spectacle écrit par Tiago Rodrigues pour la compagnie flamande tg STAN abordait déjà une question commune : qu’en est-il de la puissance de la fiction ?

STAN a rencontré Tiago Rodrigues en 1997, alors que la compagnie avait été invitée pour la première fois à se produire au Centro Cultural de Belém à Lisbonne. Tiago, encore étudiant à l’école de théâtre de Lisbonne à l’époque, prenait part à un atelier dirigé par STAN. L’année suivante, STAN créa Point Blank (d’après Platonov d’Anton Tchekhov) avec Tiago dans l’un des rôles. Depuis lors, la collaboration entre STAN et Tiago Rodrigues s’est poursuivie de façon régulière, avec Les Antigones/2 Antigone, La Carta, Berenice, Anathema, L’avantage du doute, The Monkey Trial et Nora.

The way she dies réunit des acteurs belges et portugais ; il s’agit de la première pièce écrite par Tiago pour la compagnie. C’est une coproduction de STAN et du Teatro Nacional D. Maria II, dont Tiago est le directeur artistique depuis 2015.

 *76, rue de La Roquette Paris 11è à 20h – M° Bastille – Spectacle surtitré en français

Réservations 01 43 57 42 14 Tarifs : 27, 21, 17 €

COMMUNIQUÉ
du 11 septembre 2019 au 19 janvier 2020

Quasimodo le bossu de Notre-Dame – Sarah Gabrielle – Alexis Consolato – Théâtre du Lucernaire*

Avec Joëlle Lüthi (Victor Hugo enfant, la Gargouille), Myriam Pruche (Esméralda), Alexis Consolato (Quasimodo), Yan Richard (Frollo, Phœbus), Daniel Mesguish (voix off Victor Hugo).

Le spectacle : Victor Hugo enfant découvre deux corps enlacés dans une cellule abandonnée de Notre-Dame-de-Paris. Guidé par son imagination, il va revivre avec le public la bouleversante histoire du difforme Quasimodo et de la magnifique bohémienne Esméralda.

Rappel : Esméralda a, pour son malheur, éveillé l’amour de l’archidiacre de Notre-Dame, l’inquisiteur Claude Frollo. Ce dernier charge le « monstre » Quasimodo de l’enlever. En vain, puisque Phœbus, le chef des archers dont la jeune fille est éprise, l’arrache de ses mains. Frollo le poignarde et laisse Esméralda être accusée du meurtre. Qu’elle lui cède et il la sauvera. Son refus lui vaut une condamnation à mort. Le sonneur de Notre-Dame soustrait alors la fière Esméralda à ses bourreaux et l’entraîne dans l’église, asile inviolable…

L’intrigue vaut aussi pour l’évocation puissante et lyrique de Paris au Moyen Âge et, bien sûr, pour celle de cette cathédrale – le titre du roman d’Hugo n’est-il pas Notre-Dame de Paris ? – aujourd’hui en si piteux état.

Alexis Consolato

Note d’intention de Sarah Gabrielle (m. en sc. du spectacle) et Alexis Consolato, les auteurs

Myriam Pruche

Nous avons souhaité axer notre spectacle autour d’Esméralda qui cristallise tous les désirs et révèle le cœur et l’âme de ceux qui l’approchent : Frollo, homme d’église, droit, attaché à la règle morale, lié par serment à Dieu, se révèlera dangereusement manipulateur, et prêt au meurtre. Phoebus, ce militaire courageux, irréprochable, lié par serment aux hommes et à une femme, sa promise Fleur de lys, se révèlera lâche et menteur. Et enfin, Quasimodo, ce demi-humain, monstrueux et difforme, se révèlera plus humain que tous les autres. C’est à travers ce quatuor que nous avons souhaité faire entendre, le plus possible, la langue de Victor Hugo.

Yan Richard

Mais nous avons aussi souhaité un témoin de ce temps, qui pourrait dire aux protagonistes, et par là-même au public, l’origine de leur histoire. Une gargouille va s’animer et divulguer les secrets de la naissance d’Esméralda et de Quasimodo. Elle sera le témoin du passé et une actrice active du présent, se donnant à entendre comme une partie de conscience de Quasimodo. Comme si les souvenirs enfouis de son enfance lui revenaient par la voix de la gardienne de Notre-Dame.

Ce spectacle sera résolument pluridisciplinaire : des musiques originales inspirées des quatre coins du monde, un combat, épée contre bâton (entre Phœbus et Quasimodo), une scène en langue des signes (quand Frollo s’adresse à son fils adoptif sourd), et aussi des moments dansés. Esméralda est une saltimbanque : elle dansera, chantera et fera de la magie. Au lointain, un grand échafaudage surplombera la scène. Sur cette tour à plusieurs plateformes, Quasimodo, tel un acrobate, évoluera – quelquefois à l’extérieur en se hissant, quelquefois à l’intérieur, par des échelles, soulevant des trappes – entre ciel et terre. Pendront des cintres, les énormes guindes qui donneront vie – quand Quasimodo les actionnera – aux cloches de Notre-Dame. Le reste de la scène, par un système de poulies et de tentures, deviendra, tour à tour le parvis de la cathédrale, la place d’un marché, ou encore, la cour des miracles : ballots de paille, cagettes, roulottes, etc.

* Théâtre Lucernaire 53, rue Notre-Dame-des-Champs Paris 6è – M° N-D-des Champs ou Vavin

Réservations : 01 45 44 57 34 – Tarifs : 11 € (enfants), 14 € (adultes) Me. Sam 14h30 – Dim. 14h

Forté – Manon Heugel – Kim Consigny – Ed. Dargaud

En librairie le 6 septembre 2019 © M. Hugel – K. Consigny/Dargaud

En refermant le livre, ce qui vient spontanément aux lèvres est : « C’est une très jolie histoire ». Pourtant cette histoire commence très mal. 

Quand, à l’âge de cinq ans, le père très aimé de Flavia, l’héroïne de l’album, est tué d’une balle perdue dans la guerre que se livrent les gangs de sa favela, à Belem, il ne reste qu’une solution à sa maman : faire des ménages pour assurer leur subsistance.

Par chance, c’est un vieux monsieur, grand amateur de musique, qui l’engage. Pendant qu’elle travaille, il initie la petite fille au piano et lui fait partager sa vénération pour Chopin. Flavia est douée et propose bientôt un marché à M. Lima : « Je veux travailler pour vous, ma mère prendra un autre ménage (…) Je ne veux pas d’argent, en échange, je veux des cours tous les jours avec un professeur particulier. » Il est alors décidé qu’elle ira  au conservatoire de Belem. 

Pour l’enfant et sa mère, la musique devient leur unique chance de sortir de la favela. Par ses dons et à force de travail, Flavia réussit un concours organisé à São Paulo, qui va lui permettre d’aller étudier le piano à Paris, avec l’aide d’une bourse. 

C’est alors qu’entre en scène la seconde héroïne de l’histoire : l’Ecole Normale de Musique de Paris, fondée par le pianiste Alfred Cortot en 1919. Dans un magnifique bâtiment, conçu par Auguste Perret, on y forme des professionnels de très haut niveau de la musique, du chant ou de la composition, et on prépare de jeunes concertistes aux concours internationaux et aux exigences d’une carrière de musicien. 

Nous traversons avec Flavia toutes les difficultés auxquelles doit faire face une jeune et pauvre apprentie musicienne, en butte aux petits boulots, aux difficultés pour se loger, souffrant du froid et de la faim. D’autant que s’y ajoute la discipline de fer d’une école où l’on consacre sa vie à la musique. Mais à vingt ans, il y a aussi les amitiés, les amours… Comment les concilier avec cette passion dévorante pour le futur métier de concertiste ?

La fin de l’histoire ramènera Flavia chez elle, au chevet de sa mère, avec quelques belles perspectives de carrière et… peut-être celle d’un retour à Paris.

Cette feel good story est illustrée par des planches colorées qui nous conduisent d’une misérable favela brésilienne à de grandes salles de concert parisiennes (salle Cortot, Philharmonie de Paris, théâtre des Champs-Elysées). 

Le dessin fin, précis sans être fouillé de Kim Consigny met en valeur la singularité de chacun de ces personnages venus du monde entier, Brésil, Japon, Russie, avec pour tous, un seul objectif : devenir musiciens, chanteurs ou compositeurs professionnels. 

Manon Heugel

Forté est le premier roman graphique de Manon Heugel. Celle-ci, d’abord comédienne et metteur en scène, s’est ensuite tournée vers le cinéma. Diplômée scénariste de la Fémis, elle a réalisé un court métrage « La fille du gardien de prison », sélectionné dans plusieurs festivals internationaux. Actuellement elle travaille à une série de fiction pour la télévision, adaptée de son blog Génération Berlin.

Kim Consigny

Kim Consigny est architecte de formation. Ce qui ne l’empêche pas de dessiner pour elle et, de plus en plus souvent, pour les autres. Après deux épisodes de la web série « Les autres gens », elle réalise sa première bande dessinée, « Pari(s) d’amies » , qui sort chez Delcourt en 2015. Elle abandonne l’architecture pour travailler durant deux années pour le magazine « Je bouquine », où elle publie chaque mois six pages de bandes dessinées. Avec Severine Vidal, elle a sorti « Magix Felix » (Jungle, 2018) et avec Solenne Jouanneau, « La petite mosquée dans la cité », un récit sociologique paru en 2018 chez Casterman. 

Nicole Cortesi-Grou

208 p., 31,90 €

Théâtre des Champs-Elysées

Les amoureux – Victor Hussenot – Ed. La Joie de lire


Depuis août 2019 © V. Hussenot/Joie de lire

Ces deux-là n’ont probablement jamais entendu parler de Georges Brassens ou de Robert Doineau. Ils ne perdent pas leur temps à se bécoter sur les bancs publics ou devant les terrasses de cafés, ils agissent avec la pointe de leurs deux feutres pinceaux : un rouge pour elle, un bleu pour lui. Ils ont dix, vingt, trente, cinquante ans (voire plus), et ils sont a-mou-reux. Appelons-les Léo et Léa.

Quand un obstacle tente d’infléchir le cours de leur existence, ils lui barrent la route et prennent les choses en main. Léo broie-t-il du noir après un cauchemar que, dès qu’elle s’en aperçoit, Léa s’empresse de mettre de la couleur dans sa vie intérieure. Pour la remercier, il lui dessine une monumentale pièce montée… Gare à l’indigestion !

Quelques planches plus haut, la portée musicale que Léo a créée au-dessus d’une bande de danseurs endiablés se défait et se transforme en une pluie diluvienne ; les danseurs fuient, Léo et Léa restent, mais se retrouvent trempés jusqu’aux os. Un immense parapluie aura tôt fait de les mettre au sec.

Détail planche

Les paysages apparaissent et se transforment au gré des circonstances et de l’humeur des deux héros… qui parfois peut s’avérer belliqueuse. Dans ce cas, c’est la castagne : furieux, Léo dessine alors un mur entre Léa et lui. Des tourbillons de colère noire envahissent l’espace et tentent de prendre le pouvoir. Plus sage, Léa opte pour une porte entrouverte.

Pour le moment leurs routes sont parallèles, comme si elles étaient destinées à ne plus jamais se croiser, mais peu à peu elles vont redevenir sinueuses, puis s’enchevêtrer. C’est ça l’amour.

Fin du voyage ? Oh que non !

Un album sans paroles, mais où tout est dit, à offrir aux amoureux de tous âges. Ils se reconnaîtront sûrement.

Anne Calmat

76 p., 16,90 €

Mojo hand – Arnaud Floc’h – Christophe Bouchard – Ed. Sarbacane

Depuis le 21 août 2019 © A. Floch, C. Bouchard/Sarbacane


Quel avenir peut-on espérer lorsqu’on naît enfant unique, noir et aveugle, au fond d’un bayou de Louisiane en 1926, avec pour père un pauvre pêcheur ? 

C’est sans compter sur le destin qui va offrir à Clétus deux opportunités. La première, sous la forme d’un enfant blanc, perdu, que le généreux Wilson Darbonne découvre lors d’une pêche, dissimulé sous une souche. Malgré les risques et les hauts cris de maman Delilah, cet enfant, qu’il baptise Bellérophon, devient l’inséparable compagnon de Clétus, ses yeux, son frère, son alter ego.

La seconde c’est que, lors de l’un de ses passages en ville, le pêcheur voit s’installer à côté de lui deux musiciens noirs, Wild Blind Commeaux et son fils Lester. Une idée lui traverse alors l’esprit : échanger avec eux le produit de deux pêches contre deux guitares. 

Détail planche p.43

Les garçons vont trouver dans la musique un mode de défoulement et d’expression qui les fait rêver de devenir à leur tour musiciens. Mais Clétus est plus doué que Bello et rapidement ce dernier passe au banjo.

Musiciens et chanteurs, ils sont un jour en âge de se produire dans les clubs de la ville, sous le nom des frères Darbonne. Ils remportent un franc succès, mais c’est encore Clétus qui recueille le gros des applaudissements. C’est alors que, rongé par la jalousie, Bello fait la rencontre d’une jeune Blanche prostituée. Cette fois le cadeau du destin est empoisonné, car elle fera éclater le duo et les entraînera tous deux vers un drame. 

Détail planche p. 86

À travers l’histoire de ce génie du blues, dont une partie se déroule durant les années de guerre, Arnaud Floc’h nous montre à la fois le racisme et la misère noire, mais également la grandeur de ce peuple et la quintessence de lui-même, qui s’entend dans sa musique. 

C’est également avec la guerre, cette fois du Viet-Nam, que se termine l’histoire. 

Cette suite de planches colorées aux dessins réalistes déroule le film de l’histoire. Elle est suivie de portraits crayonnés de chanteurs et musiciens noirs, extraits du carnet d’Arnaud Floc’h. Nous devinons sa passion, qui lui fait dire que : « La nation noire est incontestablement maîtresse des Etats-Unis quoi qu’en disent les suprémacistes blancs ».

Nicole Cortesi-Grou

109 p., 19,50 €

Arnaud Floc’h est né le 26 octobre 1961 en Bretagne. Un an plus tard il arrive au Cameroun où il restera jusqu’à ses 16 ans. De retour à Brest en 1978, il « monte » à Paris. Il est d’abord illustrateur, sans avoir fait d’études de dessin, et fonde, en mai 2010, le festival de bandes dessinées Montargis coince sa bulle. En 2011, il reçoit le Grand Prix du festival Des Planches et des Vaches (Hérouville-Saint-Clair, Calvados), dont il devient le président l’année suivante. En 2015, il publie un premier roman graphique, Emmett Till.  Mojo Hand est son deuxième roman graphique publié chez Sarbacane, accompagné d’une nouvelle édition d’Emmett Till (v. BdBD 21/08), déjà vendue à plus de 4 000 exemplaires. Il continue de se rendre régulièrement à Bamako depuis plus de vingt ans.

Affiche du festival « Des planches et des vaches » 2012, signée Arnaud Floc’h

On est chez nous – Sylvain Runberg – Olivier Truc – Nicolas Otero – Ed. Hachette, coll. Robinson (T.1/2)

Sortie le 4 septembre 2019 © Runberg, Truc, Otero/Hachette

Un journaliste, Thierry Mongin, chargé de faire un reportage sur une ville frontiste du sud-est de la France, débarque à Tarvaudan, où Chloé Vanel, ancienne égérie d’un parti d’extrême-droite, « Nation & Liberté », effectue son grand retour. Toute ressemblance, etc. Nous sommes en 2020, la campagne pour les municipales se met en place, les colleurs d’affiches sont à pied d’œuvre. Le portrait de la jeune femme, chargée par le Parti de dégommer le maire RN sortant, est placardé à contre-cœur sur le panneau n°6 par des militants.

Plusieurs journalistes, fraîchement débarqués, se retrouvent au bistrot du coin, qui semble être le QG des Sangliers de fer, la milice locale. Inutile de préciser la façon dont ils sont accueillis.

C’est alors que l’assistance apprend que le cadavre d’un homme, poignardé et pendu à un arbre, a été trouvé par deux chasseurs. Tous (sauf Mongin) se rendent sur place. « C’est triste évidemment, mais bon, les clandestins, vous savez, ils ne se font pas de cadeau. C’est un fait divers comme il en arrive partout », dit quelqu’un. Et le maire d’insinuer que « ce pourrait être une provocation de la part de ses ennemis. » Puis d’ajouter à l’intention de ceux qui sourcillent : « On n’a rien contre les étrangers, on paie même des cours de français à deux familles de réfugiés.»

S’en suit un large coup de projecteur sur le quotidien des habitants de cette petite cité provençale, qui semble à elle seule être un condensé de tout ce que la peste brune est capable d’engendrer : fermeture des centres sociaux ou des structures déclarées ennemies  ; exploitation des émigrés ; tabassage en règle des opposants…

Détail planche p. 56

Sur fond d’enquête policière, le lecteur s’achemine lentement mais sûrement vers un nouveau drame, prélude à une probable escalade… qui ne pourra être que vertigineuse. Rendez-vous en mai 2020 pour le T. 2

A.C.

72 p., 14,95 €

C’est la rentrée !

Association « Nous voulons des coquelicots ».

Le dessinateur Brecht Evens en couverture de votre webmag en ce début de saison 2019-2020 (extrait des Amateurs*). Ce qui ne signifie pas pour autant que nous avons renoncé à voir fleurir des coquelicots sur le bord de nos routes ou dans nos jardins !

Présentation d’un surdoué de la BD…

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=23&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjpv5-l4azkAhUQ-YUKHY1lD-44ChC3AjAMegQICBAB&url=https%3A%2F%2Fwww.arte.tv%2Ffr%2Fvideos%2F086962-028-A%2Fbrecht-evens-la-bd-sans-cases-ni-bulles%2F&usg=AOvVaw2YthAcQ7R1xJV70kPMs142

En route pour de nouvelles aventures…

  • Les Amateurs – Ed. Actes Sud, nov. 2011 – 224 p., 26,80 €