Emmett Till, Derniers Jours d’une Courte Vie – Arnaud Floc’h – Ed. Sarbacane

Copyright A. Floc’h :, Sarbacane – Sortie le 21 août 2919 – 80 p., 19 € 50

« Il a sifflé ! Et alors ? […] Il faut qu’il meure pour ça ?
– Un gars du Nord […]. Il a joué les durs au pays des chaînes. Où est-ce qu’il se croyait ? […]  Les Noirs, ils sont pas des hommes au pays des chaînes. » Toni MorrissonLe Chant de Salomon, 1977

Quand, le 29 août 1955, Emmett Till, dit Bobo en raison de son défaut d’élocution, un adolescent noir de quatorze ans venu de Chicago passer ses vacances chez son oncle et aider aux travaux des champs, descend du train en gare de Money (Mississippi). Il ne sait pas qu’il lui reste peu de temps à vivre.

De nos jours, un jeune journaliste musical questionne un vieux jazzman noir prénommé Luther. Ce qu’il souhaite, c’est que le vieil homme lui parle d’Emmett Till, qu’il a connu cet été-là. Il accepte, non sans émotion, de remonter le temps et de raconter comment, peu de temps après son arrivée, Emmett a eu la mauvaise idée d’entrer dans une épicerie réservée aux Blancs et d’insister pour que Carolyn Bryant, l’épouse du patron, lui vende dix cents de candies, puis, face à son refus, de la gratifier d’un insolent « Alors, bye bye darling », après que cette dernière eut brandi une pelle en lui intimant en l’ordre ficher le camp. Il était un peu hâbleur. Il voulait nous en remonter, à nous les bouseux, se souvient Luther.

Détail planche 43

Bobo lui aurait tenu des propos crus à connotation sexuelle, suivis d’un sifflement admiratif avant de déguerpir. C’est en tout cas ce qu’a affirmé la jeune femme, avant de se rétracter en 2008, lors d’un entretien avec l’historien Timothy Tyson.

Trois jours plus tard, Bryant, accompagné de son demi-frère, J.W. Milam, kidnappent Emmett, le torturent, avant de l’achever d’une balle dans la tête et de jeter son corps dans la rivière. Il ressemblait à un lamantin lorsqu’on l’a repêché. Le procès inique des deux tortionnaires qui s’en suivra ne sera, on s’en doute, qu’une pure mascarade.

Ce meurtre, commis avec la plus extrême sauvagerie l’année même de l’arrestation de Rosa Parks et des premières déclarations de Martin Luther King, en décembre 1955*, ne passa pas inaperçu à l’époque. Mais si on se souvient plus facilement de Rosa Parks et de Martin Luther King, cet épisode renvoie de façon criante à la condition actuelle des Noirs dans un pays où le racisme, exacerbé par les déclarations à l’emporte-pièce de son président, reste prégnant. Un fléau décrit par Roberto Minervini dans son documentaire tourné entre Louisiane et Mississippi, What You Gonna Do When the World’s on Fire ? (2017).

Et il semble évident, qu’au-delà de la description du lynchage dont fut victime Emmett Till, Arnaud Floc’h a voulu que la réalité de tous ces crimes demeurés impunis reste à jamais intangible. Pour cela, il s’est entouré de Chantal Levy, qui signe à la fin de l’album un passionnant dossier photographique et historique de cinq pages, et de Christophe Bouchard, dont les couleurs matérialisent avec force les différents moments et ambiances du récit.

Tous nos remerciements vont également aux éditions Sarbacane pour avoir réédité cet album.

Sortie le 21 août 2019 – Ed. Sarbacane

Anne Calmat

À noter, la parution simultanée de Mojo hand (Sarbacane), dans lequel on retrouve les thèmes qui sont chers à Arnaud Floc’h : l’Amérique, la ségrégation, la famille, le blues…

  • Voir Archives Wake up América (suivi de) Scottsboro Alabama, avril 2018 
Martin Luther King

Anne Calmat

Mon premier rêve en japonais – Camille Royer – Ed. Futuropolis

En librairie à partir du 21 août 2019 – © C. Royer/Futuropolis

Camille a huit ans. Elle est le contraire d’une petite fille modèle : elle fait le cochon pendu dans les escaliers, claque les portes, pousse des cris barbares, dit des gros mots et se bagarre avec son frère Julien. Mais toute cette belle énergie se transforme en terreur le soir venu. Camille a peur des fantômes. Avant qu’elle s’endorme, sa maman, d’origine japonaise, lui narre des contes de son pays. Ceux-ci lui révèlent la faiblesse de l’homme, les injustices qu’il subit, les mystères auxquels il est confronté, l’inéluctable : la vieillesse, la maladie, la mort.

Mais si les fantômes disparaissent au bord du sommeil, ils reviennent s’agiter au cœur de la nuit, durant les rêves. Ils osent même se montrer le jour, dans un recoin de chambre, le reflet d’un miroir ou au fond d’une piscine.

Quand ils la laissent tranquille, la petite Camille doit affronter d’autres épreuves, comme apprendre laborieusement les kanjis (idéogrammes empruntés au chinois) et les hiraganas (alphabet japonais), enseignés par Junko, sa répétitrice japonaise. Apprendre aussi à affirmer son originalité, lorsque ses petits camarades la traitent d’irradiée ou de chinetoque, à gérer sa violence, afin de faire la paix avec Julien.

Et s’empêcher d’imaginer que sa maman pourrait partir pour toujours au Japon…

Il faut avouer que les adultes lui compliquent la vie, car eux-mêmes se transforment en véritables démons lorsqu’ils se crient très fort dessus.

On le voit, à travers une histoire qui lui est familière, Camille Royer nous dévoile avec beaucoup de sensibilité et de subtilité cette période compliquée et lourde d’enjeux que chaque enfant doit traverser, avant d’apprendre à faire la part des choses entre ses fantasmes et la réalité, d’accepter l’idée que ces adultes grandioses que sont ses parents ont également leurs faiblesses, se résoudre aux grandes énigmes existentielles de la vie et s’arranger avec sa propre différence.

Ces leçons de vie nous sont proposées à travers des situations du quotidien, avec parfois un brin d’humour, parfois un regard mélancolique, toujours avec pudeur.

Camille semble bien partie pour franchir ce passage, avec les points d’appui importants que sont l’amour de ses parents et l’amitié de sa petite copine Emma. La chute de l’histoire nous le confirme avec un clin d’œil appuyé.

Le graphisme est très original. Pour le quotidien, un figuratif un peu flou, fait de traits hachurés en noir et blanc, et pour les contes et fantasmes, des images fortes aux somptueuses couleurs, avec parfois des perspectives étonnantes.

Camille Royer

Mon premier rêve en japonais est aussi le premier album de Camille Royer. Ce rêve est-il à l’origine de la créativité dont elle fait preuve ? Quoi qu’il en soit, ces débuts nous semblent prometteurs.

Nicole Cortesi-Grou

160 p., 21 €

BD-Reportage au cœur de la troisième population – Aurélien Ducoudray – Jeff Pourquié – Ed. Futuropolis

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO – Depuis mai 2018 – Copyright A. Ducoudray, J. Pourquié / Futuropolis

Depuis 1956, la clinique de psychothérapie institutionnelle la Chesnaie (Loir-et-Cher) a développé un modèle thérapeutique sans construire de mur d’enceinte ni fermer ses portes. À la Chesnaie, établissement conventionné, les médecins ne portent pas de blouses blanches, soignants et soignés se côtoient de façon indifférenciée. « On ne sait pas qui est qui. Il faut se parler pour le découvrir » prévient l’infirmière. Car ce sont les échanges qui sont au coeur de la thérapie, « leur traitement, c’est avant tout de leur redonner une vie sociale, on est vraiment dans le soin individuel, à la carte ». Les décisions sont prises collectivement lors de réunions hebdomadaires (investissements prioritaires, sorties culturelles…), chacun y va de sa proposition. Dans ce lieu de soins qui est aussi un lieu de vie l’association Club de la Chesnaie tient une place prépondérante et rallie tous les suffrages. Créée en 1959, le club joue notamment le rôle d’interface avec l’extérieur, il est ouvert à tous et accueille spectacles et spectateurs, résidence d’artistes, d’écrivains, d’illustrateurs… Nombre d’ateliers (artistiques, sportifs, culturels) sont régulièrement proposés.

Affiche été 2019. Voir sites la Chesnaie et Club.

Après avoir brièvement décrit le fonctionnement de l’établissement, les deux auteurs s’attachent aux rencontres qu’ils ont faites. L’approche retenue est naturaliste : à quelques exceptions près, le lecteur les accompagne dans tous leurs déplacements. « À la Chesnaie on marche beaucoup, on trottine, on cavale, on crapahute, on traîne du pied, on clopine, on flâne, on trépigne, on tourne, on retourne, on détourne (…) Y en a qui vont quelque part, d’autres nulle part, y en a certains qui semblent chercher où aller, d’autres qui ont trouvé, y en a qui ont oublié où ils vont… et d’autres qui ne l’ont jamais su. » Cela donne lieu à des anecdotes cocasses ; le compte rendu graphique qu’en fait Jeff Pourquié met surtout en évidence le fait que la maladie mentale n’est la plupart du temps pas fatalement « visible » : l’agitation n’est pas la règle, celles et ceux avec lesquels Ducoudray et Pourquié interagissent n’expriment que rarement les troubles qui les habitent. D’ailleurs, lorsqu’ils le font, ils manifestent, à quelques exceptions près, plus d’angoisse que d’agressivité.

Le personnel est polyvalent. Il peut, selon un planning établi à l’avance, tout aussi bien affecté être à la distribution des médicaments, qu’au ménage ou à la préparation des repas. « On est sur des « missions » entre six mois et un an (…) On voit ainsi nos patients autrement que dans une relation figée ». Idem pour les patients, et pour nos deux bédéistes qui, dans le cadre de la répartition des tâches tournantes, vont ponctuellement être affectés aux fourneaux ou à la plonge. « Pourvu qu’on ne nous demande pas d’être psys ! »

Ducoudray et Pourquié décrivent avec humour et sans sensationnalisme les pathologies de ceux qui ont été pris en charge à la Chesnaie. Des visages, des mots, des attitudes, des parcours de vie. Les planches sont très denses, très dialoguées – sept cases en moyenne par planche. Trois pleines pages ont été plus spécifiquement dévolues à trois pensionnaires, avec quelques-unes de leurs représentations mentales en arrière-plan.

Un beau reportage qui tord le cou à quelques clichés sur la maladie mentale et porte haut les couleurs de l’humanisme. Ici patients et soignants s’enrichissent mutuellement et l’on rêverait que cette expérience, qui en France a été reproduite dans trois ou quatre établissements, devienne monnaie courante, avec ici un rapport nombre de patients/nombre des nombre de soignants défiant semble-t-il toute concurrence.

Anne Calmat

122 p., 19€

L’Odyssée d’Hakim T. 1 & 2/3 – Fabien Toulmé – Ed. Delcourt

En librairie depuis août 2018
© F. Toulmé / Ed. Futuropolis
En librairie depuis 5 juin 2019

Le point de départ du récit de Fabien Toulmé est le crash délibéré en 2015 du vol 9525 de la Germanwings, dans les Alpes du Sud : 147 passagers et trois membres de l’équipage disparaissent. L’info tourne en boucle dans tous les JT, cependant qu’une autre, plus lapidaire, clôture l’un d’entre eux et interpelle l’auteur : 400 migrants meurent noyés lors d’une traversée de la Méditerranée. La répétition de ces naufrages aurait-elle pour effet de les banaliser ?

Aix-en-Provence, juillet 2017. Fabien Toulmé rencontre Hakim Kabdi (dont ce n’est pas le vrai nom). Quatre ans auparavant, le jeune homme a été contraint de quitter la Syrie parce que la guerre avait éclaté, parce qu’on l’avait arrêté sous un prétexte fallacieux, puis torturé et parce que le pays voisin semblait pouvoir lui offrir un avenir et la sécurité. Il pourrait ainsi y trouver du travail et envoyer de l’argent à sa famille restée en Syrie.

Semblait… Pourrait…

Dans un premier temps ce sera Beyrouth, en janvier 2013, puis, après un passage à Amman, Antalya en mars 2013, avant qu’Hakim ne tente de s’installer en Turquie.

Il parle de son enfance et de son adolescence, décrit sa vie dans la Syrie d’hier, jusqu’à l’arrivée des tout-puissants moukhabarats, les membres du redouté service de Renseignement militaire qui peut faire de vous un farouche opposant politique rien que pour être venu en aide à un manifestant. Il évoque son entreprise réquisitionnée par l’armée pour en faire une caserne, les premières manifestations dans la foulée des Printemps arabes, les affrontements, les morts, les dénonciations, les clans, les morts, encore et toujours…

En Syrie, Hakim a donc été arrêté, torturé, puis « miraculeusement » libéré. Craignant pour sa sécurité, il décide de quitter, seul, la terre qui l’a vu naître. ”Je me rends compte que n’importe qui peut devenir réfugié. Il suffit que ton pays s’écroule, soit tu t’écroules avec, sois tu pars.” confie-t-il à Fabien Toulmé.

À Antalya (Turquie), sa tentative de faire prospérer une pâtisserie de spécialités syriennes tourne court. Mais il y rencontre l’amour en la personne de la jeune Najemh, qu’il épouse très vite. Hadi naîtra de leur union. Petits boulots pour survivre : un jour vendeur de bouteilles d’eau à la sauvette, le lendemain, de parapluies ; un autre jour, guide touristique puis ouvrier dans le bâtiment… Mais la vie est trop dure, la police trop prompte à confisquer son maigre outil de travail, et ses employeurs peu honnêtes. On est partis avec la famille de Najemh à Istanbul. Hakim ajoute avec humour « Il n’y a pas beaucoup d’avantages à être un réfugié, mais s’il y en a bien un, c’est qu’on n’a pas grand-chose à déménager« .

Cependant, la complexité politico-sociale qui règne dans le pays qui les a tous accueillis, associée pour Hakim et son jeune fils à un ensemble de complications administratives, vont changer la donne pour eux, et c’est avec appréhension qu’il va monter à bord d’un canot pneumatique bondé, afin de traverser clandestinement la Méditerranée, pour un jour atteindre la France où Najemh et ses parents les attendent.

Une quarantaine de planches couleur bleu nuit, particulièrement intenses, décrivent ce qu’a été leur traversée entre la Turquie et l’île de Samos, avec en prime une panne d’essence, un moteur qui refuse de redémarrer, et toujours la mort en embuscade…

Le but c’était pas simplement de résumer une migration à la traversée de la Méditerranée. C’est beaucoup plus complexe, et en plus ça donne l’impression qu’ils sont tendus vers l’Europe parce qu’ils ont plus de chance là-bas. Alors que la traversée c’est juste une nuit sur des années ! Moi je voulais montrer que ce ne sont pas des gens qui partent de chez eux pour venir chez nous. Au début Hakim va au Liban, mais il va se rendre compte qu’il est accompagné de tas de semblables et ça ne l’aide pas, le pays a tendance à rejeter l’afflux. C’est le besoin de survie qui va le pousser de pays en pays jusqu’à l’Europe. J’aurais pu faire un bouquin en Europe, mais je me serais concentré sur les temps forts et ça aurait rejoint ce qu’on nous montre d’habitude, qui est un peu caricatural.« 

Le grand talent de Fabien Toulmé tient à sa capacité nous faire partager son empathie. Nous sommes aux côtés de son héros, il fait rapidement partie de notre vie et nous accompagnera pendant encore. Et si nous étions à la place d’Hakim, qu’aurions-nous fait ? C’était déjà le cas pour ses deux albums précédents, « Ce n’est pas toi que j’attendais » (v. chronique fin de page) et « Les deux vies de Baudoin ». Ce qui le caractérise également, c’est la simplicité éloquente de son style graphique, proche de celui d’un Riad Sattouf ou d’un Guy Delisle : une ligne claire, simple, qui va à l’essentiel et met l’accent sur les personnages et leurs émotions.

Le T.3 de L’Odyssée d’Hakim sortira en 2020 et racontera la terrifiante traversée de l’Europe d’Hakim, sur fond de haine des migrants. Un seul mot s’impose pour traduire notre attente : V I T E !

A. C.

T. 1 –De la Syrie à la Turquie304 p, 24,95 €

T.2De la Turquie à la Grèce 256 p., 22,95 €

Dur-e-s à cuire- Till Lukat – Ed. Cambourakis

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO (2017) – Copyright visuels T. Lukat / Ed. Cambourakis

Après le succès de son précédent album, Dures à cuire, 50 femmes hors du commun qui ont marqué l’histoire (v. Archives), dans lequel l’auteur mettait en images le parcours d’une cinquantaine de femmes remarquables, le voilà qui récidive avec celles et ceux qui ont inscrit leurs noms dans le grand livre des exploits sportifs*.

Till Lukat les a croqués en deux temps trois mouvements : une représentation à l’aquarelle de l’intéressé(e) sur la page de gauche, un épisode emblématique de sa vie en quatre cases – souvent humoristiques – et quelques bulles, sur celle de droite. Une courte note biographique vient complèter le tout.

La concision et la diversité des portraits donnent un rythme plaisant à cette escapade. On s’attarde sur certains visages, on en découvre beaucoup d’autres, on est ému, admiratif, on se remémore les mots de Pierre de Coubertin : « L’important dans la vie, ce n’est pas le triomphe, mais le combat ».

Tout débute à Olympie, en l’an 776 avant J-C. Les meilleurs athlètes sont réunis pour rendre hommage à Zeus au travers de leurs performances, cependant que nombre de spectateurs vaquent à leurs échanges commerciaux et attendent le clou du spectacle, au cours duquel une centaine de bœufs seront sacrifiés.

Un bond en avant dans le temps projette ensuite le lecteur au XIe siècle. Un certain Milon de Crotone (Italie), connu pour sa force herculéenne et son appétit gargantuesque, court en tenue d’Adam, un bœuf (destiné à être dévoré par lui quand la faim se fera sentir) en équilibre sur ses épaules.

Jesse Owens
Johnny Weissmuller

On passe ensuite à ceux dont les noms restent inscrits dans les replis de notre mémoire : l’intrépide Alexandra David-Néel galopant sur les pentes himalayennes ou visitant la ville interdite de Lhassa déguisée en mendiante ; le coureur automobile Juan Manuel Fangio, qui sera kidnappé par des opposants au régime du dictateur Batista ; le prodigieux athlète noir américain, Jesse Owens, quadruple médaille d’or aux JO de Berlin en 1936 ; la britannique Barbara Buttrick, que l’on surnommait « la puissance atomique du ring », championne du monde de boxe féminine en 1957 ; Mohamed Ali ; la taekwondoïste Kimia Alizadeh, première femme iranienne à être médaillée olympique (2016)…

Jeannie Longo
Toni Stone

Côté foot, on retrouve les incontournables Zidane, Maradona, etc. Et aussi le « roi Pelé », qui, lorsqu’il était enfant, s’entraînait avec une chaussette remplie de papier en guise de ballon ou bien, les jours fastes, avec un pamplemousse.

Il y a surtout tous ceux que l’on découvre : l’apnéïste Natalia Molchanova (41 records mondiaux) ; le docteur Ludwig Guttmann, à l’origine des Jeux paralympiques initialement destinés aux victimes et anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale ; Dick et Rick Hoyt, tous deux lourdement handicapés, entrés au palmarès de l’Ironman.

Katherine Switer

… sans oublier Katherine Switer, marathonienne dans l’âme qui, en 1967, imposa le port du dossard numéroté, permettant ainsi aux femmes de participer officiellement au Marathon de Boston. En 2017, à l’âge de soixante-dix ans, elle était sur la ligne de départ de la 121e édition de la prestigieuse compétition.

Souvenirs, souvenirs pour certain-e-s. Till Lukat s’empare avec humour de ces destins emblématiques, il ne manque pas de souligner la dimension politique du sport (JO de Berlin en 1936, l’Apartheid en Afrique du sud…), sans pour autant faire l’impasse sur son côté obscur (le dopage) et les frasques judiciaires de quelques-unes de ses stars. À mettre entre toutes les mains à partir de 9 ans.

Anne Calmat

128 p., 15€

Milon de Crotone, Henri Desgrange, Alexandra David-Néel, Francisco Lázaro, Alfonsina Strada, Rudolf Dassler, Johnny Weissmuller, Pierre Levegh, Helene Mayer, Juan Manuel Fangio, Jesse Owens, Fanny Blankers-Koen,Toni Stone, Barbara Buttrick, Tamara Tyshkevich, Wilma Rudolph, Pelé, Bruce Lee, Mohamed Ali, Bobby Fischer, Jean-Claude Killy, Kathrine Switzer, O.J. Simpson, Arnold Schwarzenegger, Dr. P. K. Mahanandia, Mark Spitz, Florence Arthaud, Jeannie Longo, John McEnroe, Florence Griffith-Joyner, Diego Maradona, Nadia Comaneci, Team Hoyt, Natalia Molchanova, Michael Jordan, Cheryl Miller, Ken Aston,Tonya Harding, Zinédine Zidane,Tiger Woods, Ellen MacArthur, Angela Ruggiero, sir Mo Farah, Marta Vieira da Silva, Candace Parker, Yuliya Stepanova, Anthony Robles, Teddy Riner, Bethany Hammilton, Ellie Simmonds, Yusra Mardini, Kimia Alizadeh.

Moonfire – La prodigieuse histoire d’Apollo II – Norman Mailer – Ed. Taschen

Depuis avril 2019 – Visuels copyright N. Mailer / Taschen

Certains le considèrent comme l’événement historique le plus marquant du 20è siècle : le 20 juillet 1969, après dix ans d’expériences et d’entraînements, avec une équipe de milliers d’ingénieurs et de scientifiques, un budget de milliards de dollars et la fusée la plus puissante jamais lancée dans l’espace, Neil Armstrong, Buzz Aldrin, et Michael Collins arrivent sur la lune.

Personne n’a raconté les hommes, l’atmosphère et la machinerie de cette aventure aussi bien que Norman Mailer, engagé par le magazine Life pour couvrir cette mission dans un reportage fascinant qu’il a ensuite enrichi pour son remarquable Bivouac sur la Lune.

Pour illustrer cet ouvrage, des centaines de photos et plans extraordinaires ont été sélectionnés dans les fonds de la NASA, les archives de magazines ou des collections personnelles. Ces images, dont beaucoup n avaient encore jamais été publiées, illustrent le développement de l’agence spatiale américaine et le déroulement de la mission, de la vie à l’intérieur du module de commande à la sortie sur la lune, en passant par la joie que ce succès a suscitée dans le monde entier. Cette nouvelle édition comporte une introduction originale de Colum McCann et de nouvelles légendes rédigées par des spécialistes d’Apollo 11. En s appuyant sur le journal de bord, les interviews des astronautes à leur retour, ou des publications de l’époque, ils dévoilent l’histoire et la technique derrière ces images.

Norman Mailer (1923–2007) fut l’un des plus grands écrivains, l’un des plus marquants du 20è siècle et l’une des figures littéraires les plus célèbres et les plus controversées des États-Unis. L’auteur à succès d’une douzaine de romans et de vingt œuvres journalistiques a également composé des pièces de théâtre, des scénarios, des mini-feuilletons pour la télévision, des centaines d’essais, deux recueils de poésie et un de nouvelles. Cet écrivain qui a remporté deux fois le Prix Pulitzer a vécu à Brooklyn, New York et Provincetown, Massachusetts.

348 p., 40 €

Paris l’été – Arts pluriels, faites votre choix

du 15 juillet au 3 août 2019 – Voir plus bas les liens Programmation et Billetterie


ÉDITO

Depuis 30 ans, le Festival Paris l’été propose de grands rendez-vous artistiques et culturels, dans tout Paris et sa région. 

Théâtre, danse, cirque, musique, performances et installations plastiques s’emparent de nombreux lieux connus ou insolites de la capitale, le plus souvent en plein air et en dehors des lieux traditionnels de spectacle : monuments nationaux, écoles, parcs et jardins, musées, piscines, places, églises … sont investis dans un esprit convivial et festif pour bousculer le rapport au public.

www.parislete.fr

En 2018, plus de 60.000 spectateurs ont été accueillis sur 28 lieux pendant 3 semaines, sur des manifestations payantes ou gratuites. 

http://www.forumsirius.fr/orion/_conditionsvente.phtml?inst=21047&lg=FR&kld=1&tCache=1561973571398&idv=a39ba1&text=cv&pagePrec=calendrier&EtapeEncours=

Le Festival Paris l’été est organisé par : L’Été Parisien, association recevant le soutien de la Ville de Paris, du Ministère de la Culture et de la Communication – Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France et du Conseil Régional d’Île-de-France.

Il était une fois un homme et une ville qui se rencontrèrent, s’aimèrent et eurent un enfant nommé Festival…

Les voix d’Avignon (extrait p. 26-27), Bruno Tacklès – Ed. France culture – Seuil 2007 ©

« Il n’est pas facile de parler du festival d’Avignon. On l’a beaucoup fait, presque trop. Sur tous les tons : du dithyrambe (teinté parfois de regret) à l’insulte. Avignon est devenu un lieu commun du théâtre. Chaque amateur de théâtre ressent en lui, un jour, un désir et une nostalgie d’Avignon. Il y est allé, il s’en souvent encore. Il n’y pas mis les pieds : il en rêve. Bref, pour paraphraser un mot célèbre, tout le monde a été, va ou ira à Avignon. Les gens de théâtre en sont hantés. Pour les uns, c’est un espoir, l’occasion d’être découverts, brusquement promus à la notoriété, d’avoir des articles, de trouver quelques soir un public. Un coup de pocker : on y gagne ou on y perd gros. Pour les autres, c’est une reconnaissance, quelque chose comme une consécration. On y devient pape – ou presque (…) Voilà c’est tout simple : il était une fois…. » Bernard Dort

Programmation : https://festival-avignon.com/fr

Callas Je suis Maria Callas – Vanna Vinci – Ed. Marabout-Marabulles

Depuis le 26 juin 2019 © V. Vinci/Marabulles

Où cesse la parole, commence la musique a dit l’admirable Hoffman. Et vraiment la musique est une chose trop grande pour pouvoir en parler. Mais en revanche, on peut toujours la servir, et toujours la respecter avec humilité. Chanter pour moi, n’est pas un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie.

Maria Meneghini Callas (v. ci-contre)

Aperçu de l’album en préparation : https://www.google.fr/url?

Il y a quelque chose de désespéré et de revendicatif dans l’intitulé même cet l’album, pour lequel on comprend que c’est moins la sublime cantatrice que la femme qui a intéressé la scénariste et illustratrice italienne. Maria Callas et son inextinguible besoin d’être aimée et reconnue, Maria Callas et son rapport à la solitude et à celle qu’on ose à peine appeler sa mère. Cette mère qui l’a rejetée dès sa naissance, avant qu’elle ne découvre l’avantage financier qu’elle allait pouvoir tirer du talent musical de sa fille.

Et peut-être avant tout, le rapport que la diva assoluta a entretenu avec elle-même et avec son apparence, afin d’effacer le souvenir de l’enfant au visage ingrat et au corps disgracieux qu’elle avait été.

Il est naturellement question ici des hommes qui ont compté dans sa vie : l’industriel Giovanni Battista Meneghini, son époux-manager qui n’a pas vu la chenille se transformer en papillon, son grand ami Pier Paolo Pasolini qui a fait d’elle au cinéma une Médée incandescente – l’archétype même de l’héroïne tragique qu’elle incarna si souvent sur scène. Il y a aussi eu Onassis, le mufle, le prédateur qui s’est joué d’elle, et qui l’a dévastée…

Sa dimension « diva » est cependant bel et bien présente dans l’album. De nombreux témoignages de ceux qui l’ont cotôyée viennent conforter ou corriger l’image que l’on conserve d’elle : Elvira de Hidalgo, sa chère professeure de chant, les chefs d’orchestre Tullio Serafin et Carlo Maria Giulini, le cinéaste Lucchini Visconti, etc.

Celle qui a vécu dans une perpétuelle recherche de la vérité de la vie a tout connu : la dévotion de son public, mais aussi la curiosité mortifère de ceux qui ont pris un malin plaisir à pointer ses faux-pas et ses défaillances, à commencer par la meute de paparazzi qui l’ont sans cesse traquée.

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjb_JiA0ZDjAhUIRBoKHWcuBM8QwqsBMAB6BAgBEAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3D9gHe3WmzKxE&usg=AOvVaw3zTEEEzu4C3PlQMgtwS8sp

De multiples moments restent à découvrir dans cet album qui sort en ce moment « dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre »… selon l’expression consacrée.

Anne Calmat

176 p., 17,90 €

Les Mystères de la peur – Bruno Pellegrino – Rémi Farnos (suivi de) Roberto & Gélatine – Germano Zullo – Albertine – Ed. La Joie de Lire

Depuis mai 2019 – © B. Pellegrino – R. Farnos / La Joie de Lire – coll. Les Mystères de la connaissance

Même pas peur ! D’ailleurs comment Lou, 12 ans, le pourrait-elle ? Elle en ignore depuis toujours jusqu’à la sensation. Elle ne comprend par conséquent pas pourquoi l’un de ses deux papas était dans tous ses états lorsqu’elle qu’elle a sauté à pieds joints sur la voie ferrée pour récupérer une peluche qu’un gamin venait de laisser tomber, alors que l’entrée en gare du direct de 18h47 était annoncée.

Ce n’est pas son premier exploit et il y a peu de chance que ce soit le dernier, aussi ses deux papas ont-ils décidé de l’amener chez le médecin.

Après moult examens, la sentence tombe : la faute en revient à une amygdale (pas celles auxquelles on pense) située dans l’hypothalamus : elle ne fait pas correctement son boulot. En résumé, le cerveau de Lou n’est pas équipé pour ressentir la peur.

Le bon docteur X propose pour elle une immersion de quatre jours dans le bien-nommé Institut P.E.T.O.C.H.E. (Peurs, Epouvantes et leur Traitement Organisé, Ciblé et Hautement Efficace) où une poignée d’ados souffrant d’angoisses et de phobies sont rééduqués au moyen d’un ensemble d’épreuves sur le mode « Fort Boyard ». Il espère qu’à leur contact Lou fasse surgir cette émotion qui lui échappe. Le monde de la peur irrépressible face à celui de l’impassibilité.

La voici maintenant plongée au cœur de l’action. Comment l’amygdale fauteuse de troubles va-t-elle se comporter ? Lou fera-t-elle ses preuves, sachant que celles ou ceux qui n’auront pas satisfait à l’examen final n’auront pas le droit de repartir ?

Les épreuves se succèdent, non dénuées d’une certaine forme de sadisme de la part de celle qui les a concoctées. Les camarades de Lou tremblent de peur cependant qu’elle reste de marbre. Quant à la nouvelle venue, la mystérieuse Mona aux cheveux bleus, tenue à l’écart par le groupe en raison de sa différence – sauf bien entendu par Lou qui lui tend une main secourable – elle ne laisse rien paraître…

Ce récit fictionnel, construit à partir à partir d’un cas réel et d’études scientifiques menées à l’Université de Lausanne, est illustré par Rémi Farnos. Les lecteurs de BdBD ont eu l’occasion de découvrir en 2016 et en 2017 deux de ses albums, Le Monde des Végétanimaux et Alcibiade (Voir Archives).

Cette histoire aussi intrigante que captivante aborde ici les thèmes essentiels de la peur de l’autre et de tout ce qui nous est étranger, et aussi ceux de la solidarité nécessaire entre les individus, de la désinformation et des idées reçues.

Anne Calmat

À partir de 10 ans. 144 p., 14,50 €

Toujours aux éditions La Joie de lire. En librairie depuis avril 2019)

Roberto & Gélatine  » Une grande histoire pour les grands » de Germano Zullo (scénario) et Albertine (dessin)

© G. Zollo – Albertine / La Joie de lire

Les adultes se reconnaîtront probablement (et reconnaîtront leurs petits) dans cette histoire qui met en scène la petite Gélatine, bien déterminée à ce que son grand frère s’intéresse à elle et abandonne toute affaire cessante ce qu’il est en train de faire. En l’occurence l’écriture d’un roman. ‘Obê’to ! ‘Obê’too ! ‘Obê’tooo ! insiste Gélatine. De guerre lasse, Roberto abandonne son ordinateur et propose de lui lire une histoire. Mais ce n’est pas suffisant, Albertine en veut plus, toujours plus. Et lorsqu’il retourne à ses propres personnages, la petite fille décide de créer à son tour une histoire. Une histoire dans laquelle son frérot change totalement de visage…

Les séquences évoluent par petites touches, de façon presque imperceptible, comme lors de la fabrication d’un film d’animation : le coup d’oeil en biais du frère précède sa mine consternée, puis irritée. On l’entend distinctement râler intérieurement, comme on entend Gélatine l’houspiller. C’est tout simple, plein d’humour et de poésie, le duo Germano Zullo et Albertine fonctionne à nouveau à merveille (v. aussi Le Président du monde, archives BdBD, oct. 2016) et on a hâte de découvrir le second opus de la série Roberto & Gélatine.

A . C.

Tout public – 88 p., 14,90 €

Orwell – Pierre Christin – Sebastien Verdier – Ed. Dargaud

En librairie depuis le 14 juin © P. Christin – S. Verdier / Dargaud

Le sous-titre de l’album annonce la couleur. Qui est ce curieux personnage qui semble avoir vécu plusieurs vies ? 

Eric Arthur Blair, de son nom de plume George Orwell, nait à Motihari en 1903 durant la période du Raj anglais. Ses origines promettent l’aventure : un arrière-grand-père propriétaire d’esclaves en Jamaïque, mort ruiné ; un grand-père devenu pasteur en Tasmanie ; une mère française et un père travaillant au département Opium pour le gouvernement anglais du Bengale. 

Eric Arthur annonce au monde sa vocation littéraire en dictant à l’âge de 5 ans ses premiers poèmes à sa mère. La suite de sa vie ne sera qu’une série d’épisodes qui formeront le terreau de son œuvre.

Il connaît une courte période heureuse en Angleterre où sa mère est rentrée vivre seule. Il découvre la nature anglaise, le jardinage, les animaux de ferme, auxquels il restera attaché sa vie entière.

Après une prep’ school anglaise où la discipline est de fer et le fouet fréquent, le jeune homme intègre la prestigieuse école d’Eton, où il gagnera un accent dont il ne pourra jamais se défaire. À sa sortie, plutôt que rejoindre la célèbre université d’Oxford, il fait le choix d’un engagement dans la police birmane. L’expérience tourne court, il donne sa démission pour laisser derrière lui « cinq années d’ennui au son du clairon ». Un premier roman, Une histoire birmane, raconte comment il a pris conscience de ce qu’on appelle l’impérialisme. Aucun éditeur n’en voudra. 

Détail planche

À son retour en Angleterre, désargenté, Blair-Orwell cumule une série d’expériences qui formeront sa conscience politique et nourriront son inspiration : fréquentation des bas-fonds et des asiles, garçon-plongeur dans les arrières-cuisines de restaurants parisiens, cohabitation avec vagabonds et clochards, découverte du prolétariat dans les régions minières. Il en voit assez pour se convertir au socialisme et entame une carrière de journaliste.

Un petit job dans une librairie lui donne l’occasion de rencontrer Eileen O’Shaughnessy, qu’il épouse.

Détail planche

Tous deux s’engagent en 1936 aux côtés des Républicains durant la guerre d’Espagne.

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L’intérêt passionné des auteurs pour cet homme excentrique et attachant se transmet au lecteur à travers les épisodes marquants de sa vie. Il meurt prématurément de la tuberculose en 1950.

Écrit en 1948, édité en 1949

Nous l’accompagnons jusqu’à son dernier ouvrage, 1984, dont le personnage de Big Brother symbolise la figure des régimes autoritaires. Se doute-t-il ce démocrate anti-stalinien qu’il apparaîtra soixante-dix ans plus tard comme l’annonciateur de la création de l’Internet, du Big Data et des possibilités de contrôle et de manipulation des données personnelles ? 

1984 (extrait planche)

La suite de planches en noir et blanc, très fouillées, très réalistes, déroule l’histoire comme un film dans lequel s’insèrent des séquences colorées, illustrant des extraits de textes ou de romans. Quelques photos nous dévoilent le vrai personnage, très grand, très maigre et moustachu. À travers cet ouvrage, nous avons rencontré Gorge Orwell.

Nicole Cortesi-Grou

160 p., 19,99 €

Sous le signe du Grand Chien – Anja Dahle Øverbye – Ed. ça et là

En librairie depuis le 14 juin – COMMUNIQUÉ
Visuels copyright A. Dahle Øverbye / Ed. ça et là

Les « journées du chien » est un phénomène qui se produit au cœur de l’été, pendant les journées les plus chaudes de l’année, entre le 22 juillet et le 23 août. Cette période est placée sous le signe de la constellation du Grand Chien, au moment où les esprits s’échauffent sous l’effet de la chaleur, « dans ces jours de chaleur, le sang est furieusement excité ! » (Roméo et Juliette, Shakespeare ).

C’est à ce moment-là que nous faisons la connaissance d’une jeune norvégienne, Anne, à mi-chemin entre l’enfance et l’adolescence. Le temps de plus en plus étouffant et poisseux de cet été a des répercussions sur les relations de la jeune fille avec son entourage. Sa meilleure amie, Mariell, préfère passer du temps avec Karianne, qui est légèrement plus âgée. Anne est laissée de côté, et même brimée par les deux autres filles, mais elle veut désespérément redevenir amie avec Mariell… Jusqu’à quel point ?

Les paysages de l’ouest de la Norvège, représentés avec une grande sensibilité dans des dessins au crayon jouent un rôle central dans cette histoire, un aperçu de la nature parfois violentes des relations entre adolescentes.

Sous le signe du grand chien est le premier roman graphique de l’autrice norvégienne Anja Dahle Øverbye.

Dans le même esprit, on aura plaisir à redécouvrir, toujours aux éditions çà et là, Ce qui se passe dans la forêt (oct. 2016) et L’une pour l’autre (juin 2017) de Hilda-Maria Sandgren (voir archives).

72 p., 15 €

Sur les ailes du monde – Fabien Grolleau – Jérémy Royer – Ed. Dargaud

Coup d’œil dans le rétro (février 2017)

Quoi d’étonnant à ce que que Fabien Grolleau se soit emparé de la vie peu ordinaire de John-James Audubon (1785-1851), premier peintre-ornithologue du Nouveau Monde ?

Il fait l’impasse sur son enfance à Saint-Domingue puis à Nantes, et débute son récit au moment où le jeune homme s’embarque en 1820 pour les Etats-Unis, après avoir étudié le dessin durant deux ans à Paris.

Conçu comme une succession d’épisodes, Sur les ailes du monde retrace les principaux moments de l’existence bouillonnante de cet infatigable voyageur.
On le voit tout d’abord qui descend la Mississippi river avec deux compagnons. Un gros orage les oblige à s’abriter dans une grotte, qui se trouve être un refuge de chouettes. Audubon sort ses fusains et passe une partie de la nuit à les dessiner. Au matin, apercevant une nuée d’oiseaux autour de leur bateau, il abandonne ses comparses pour aller observer les volatiles.

Une vingtaine de planches plus loin, le voici dans le Kentucky. « Le Français » donne des cours de danse au voisinage et reçoit en retour nombre d’informations sur les lieux de rassemblement des oiseaux. Contremaître dans une ferme, il s’intéresse à leur migration, qu’il commence à dessiner et à peindre. On comprend rapidement que John-James Audubon (pseudo de Jean-Jacques) n’est ni bon contremaître ni bon gestionnaire, car le voilà emprisonné pour dettes…

Réalisant que sa cellule n’est pas sa seule prison, Lucy, son épouse, l’incite à faire ce grand voyage dont il rêve.

Le scénario nous conduit tantôt sur les traces de John-James et de son équipe (Joseph, un aspirant naturaliste et Shogan, un guide indien, navigateur et pisteur), tantôt il nous ramène auprès de Lucy, devenue préceptrice dans une famille du Mississippi, et dépositaire des dessins qu’Audubon lui envoie.
John-James se livre désormais tout entier à sa passion : observer, dessiner, peindre, écrire. Il a peaufiné une technique qui consiste à chasser l’oiseau aux petits plombs, pour ne pas l’endommager, à l’éviscérer, puis à lui redonner son maintien initial à l’aide d’un fil de fer.

Une suite de péripéties jalonnent son itinéraire passionné : il déjoue une embuscade, survit à une fièvre paludique, partage le gîte avec des esclaves fugitifs. Et lorsque Joseph et Shogan l’abandonnent, Audubon poursuit seul ses observations.

On le retrouve plus tard devant un aréopage de scientifiques londoniens qui l’apprécient plus pour ses talents de peintre et les aventures qu’il relate, que pour sa recherche. Seul, un étudiant admire ses planches d’oiseaux, partage son amour de la nature et lui soumet quelques hypothèses sur sa théorie encore balbutiante. Audubon l’engage vivement à voyager, conseil que ne manquera pas de suivre le jeune Darwin.

Mais déjà, un nouveau projet le possède : recenser, avec ses fils et quelques amis naturalistes, tous les mammifères d’Amérique…

C’est au travers de son journal que l’on découvre ses chasses aux bisons, ses rencontres avec les trappeurs et les pionniers de la conquête de l’Ouest, avant que ne sonne l’heure de son envol ultime pour le pays où les aigles sont rois : John-James Audubon a soixante-six ans.

Des dialogues brefs et rares qui reflètent bien les échanges entre ceux qui parlent peu, mais toujours à bon escient. La dynamique du récit est figurée par une alternance de plans larges, qui dévoilent les décors grandioses du Nouveau Monde, et de plans plus serrés, en fonction du déroulement de l’action. Les couleurs, plutôt éteintes, privilégient les tons beige, vert pâle, bleu nuit, créant un effet d’aquarelle, qu’un rouge vif vient ici et là brusquement éclairer.

Le trait est précis, vif, les dessins sont expressifs. Le tout met parfaitement en lumière cet extraordinaire et captivant parcours de vie.

Nicole Cortesi-Grou

184 p., 21 €

Passeur d’âmes – Golo Zhao – Ed. Cambourakis

Coup d’œil…
© Golo Zaha/Cambourakis, 2014

Qui n’a jamais voulu rencontrer son ange gardien ou le fantôme de son meilleur ami disparu ? L’univers fantastique de Golo Zhao, aux couleurs pastels et aux traits arrondis, campé cette fois au cœur des villes de la Chine contemporaine, illustre des histoires poétiques et merveilleuses, où destin et amour ne font qu’un. Des histoires qui mettent en scène des personnages, dont les ressorts intimes seront dévoilés à la fin.

Dans une petite ville au bord de la mer à l’écart des séismes politiques qui ont bouleversé cet immense pays, la vie s’écoule doucement, les gens habitent dans des maisons un peu délabrées mais non sans charme, qui n’ont pas plus de trois ou quatre étages. Chacun se conduit comme s’il existait un contrôle implicite, mais l’autorité est invisible.

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Nous croisons successivement une petite fille accompagnée à son insu par un garçon qui lui sauvera la vie sur un passage pour piétons ; une lycéenne passionnée de géographie qui va rester au pays, sans savoir que des chances exceptionnelles s’offraient à elle ; des enfants amateurs de bonbons, mais terrifiés par la patronne du bazar ; un garçon incapable, de par sa maladie, de ressentir la douleur physique, révolté par son infirmité et persécuté par ses camarades de classe ; un couple de fiancés d’il y a soixante ans, séparé par des événements déconcertants. Nous assistons également aux querelles de deux amis qui ont chacun un appareil photo de prédilection…

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Il y a des sauts dans le temps, des retours en arrière, des personnages élusifs dont l’intervention est déterminante, et aussi des chats, avec leur mystérieux pouvoir de catharsis, qui font évoluer les choses et les gens.

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Il y a un aspect initiatique dans chaque histoire : les personnages ont un chemin à parcourir, doivent faire des choix et en mesurer les conséquences. Derrière la vie, on s’aperçoit en effet que les actes de chacun sont pris en compte, que des passeurs, un peu anges gardiens, conduisent les âmes – oui, oui, c’est bien d’âmes qu’il s’agit – vers leur devenir. 

Les dessins à l’aquarelle de Golo Zhao mettent parfaitement en valeur les ambiances contrastées des différents récits. Ses personnages vêtus de bleu se détachent sur le fond ocre de la ville, qui respire au gré des vents, des orages et même d’un cataclysme.

Il y a aussi le clin d’œil du gros chat qui n’a qu’une oreille – à moins qu’il ne l’ait couchée sur sa tête…

Jeanne Marcuse

176 p., 22 €

Né en 1984, Golo Zhao est diplômé de l’Académie des beaux-arts de Guangzhou et de l’Académie cinématographique de Beijing (Beijing Film Academy). Passionné de dessin et d’animation, il a travaillé pour des magazines de bande dessinée avant de réaliser La Balade de Yaya. Il a notamment remporté en 2010, le prix de la meilleure bande dessinée au Festival International d’Animation et de Bande dessinée à Hanghzou.

Golo Zhao a également composé entièrement ou participé à :

2011La Ballade de Yaya – (9 vol.) – Ed. Fei

2014 Entre le ciel et la terre – Ed. Cambourakis

2016 Hello Viviane – Pika Ed.

2016Au gré du vent – Pika Ed.

2017Kushi (4 vol.) – Ed. Fei

2017Le monde de Zhou Zhou (vol. 4 à paraître) – Ed. Casterman

2019 Poisons – Pika Ed.

2019 Rêveries – Ed. Casterman

Algues vertes, L’Histoire interdite – Inès Léraud – Pierre Van Hove – Ed. Delcourt

En librairie à partir du 12 juin 2019 – Copyright I. Léraud-P. Van Hove / Delcourt. Couleurs Mathilda.

Depuis la fin des années 1980, pas moins de trois hommes et quarante animaux (cheval, chiens, sangliers…) ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. L’identité du tueur en série est un secret de polichinelle : les algues vertes. Un demi-siècle de fabrique du silence raconté dans une enquête fleuve.

Nous découvrons ici les principaux épisodes de ce terrible feuilleton qui perdure depuis près de quatre décennies. En dépit de leur portée, peu ont été repris dans la presse nationale au plus fort de leur actualité.

Qui en effet, en dehors des associations de défense de l’environnement, a réellement pris la mesure de ce qu’induisait la présence d’hydrogène sulfurisé (HS25) dans les algues vertes en décomposition sur le littoral breton ?

Nous découvrons aussi la mauvaise foi accablante de ceux qui se sont saisis des dossiers à instruire, et qui sont allés jusqu’à imputer aux victimes la responsabilité de leurs malheurs. Avec la complicité, tacite ou non, de ceux qui craignaient de perdre leurs privilèges.

Affaire Vincent Petit, vétérinaire. Juillet 2009

Et même lorsque, à la fin du mois d’août 2009, suite à l’épisode relaté ci-dessus, quatre ministres se rendent en Bretagne, après une nouvelle mise en évidence de la haute toxicité des algues vertes, la secrétaire d’État à l’Écologie, Chantal Jouannau, déclare « Ce qui me frappe dans ce dossier, c’est le nombre d’années où on a joué la politique de l’autruche.« , ce fléau, qui aurait pu être en partie jugulé par une modification du système productif, dont cette fois les agriculteurs seraient les bénéficiaires, ne va pas pour autant être pris à bras-le-corps. Léthargie coupable de L’État, négligence, voire dissimulation des autres, HS25 a alors encore de beaux jours devant lui avant d’être mis ko.

En 2019, l’ombre de Sisyphe continue d’autant plus à planer sur ce combat que le taux d’algues vertes, historiquement en baisse en 2017, a connu un nouveau pic à l’automne 2018…

Affaire Thierry Morfoisse, ramasseur d’algues. Juillet 2009

Une enquête édifiante, menée par Inès Léraud, journaliste et documentariste, membre du collectif des journalistes d’investigation Disclose. Elle doublée à la fin de l’album d’un rappel chronologique & iconographique des principaux événements et décisions survenus entre 1960 et 2019. https://made-in-france.disclose.ngo/

Anne Calmat

144 p., 18,95 €

King Kong – Michel Piquemal - Christophe Blain – Ed. Albin Michel

© Piquemal-Blain / Hachette
En librairie depuis le de juin 2019

 » Un horrible rugissement déchira la nuit, et la frayeur d’Ann redoubla. Kong sortit de sa jungle, immense terrifiant. Il martela sa poitrine de ses poings velus. Pourtant, lorsqu’il aperçut Ann, son visage se radoucit. Avec délicatesse, il s’approcha d’elle et délia ses poignets… Anne senti la main rugueuse contre elle et s’évanouit, tandis qu’il la serrait tendrement dans ses bras. » (p.19)

Sorti en 1933 aux USA, le film, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, avec moult effets spéciaux qui firent grand bruit à l’époque, raconte l’histoire d’une jeune fille pauvre, Ann Darrow, qui vole une pomme à un étalage dans le quartier de Manhattan. Le cinéaste Carl Denham assiste à la scène, la soustrait à la vindicte du commerçant, et, frappé par sa beauté, l’engage sur le champ pour le documentaire qu’il s’apprête tourner.

Il projette en effet de filmer une bête monstrueuse, sorte de demi-dieu pour les habitants d’une île mystérieuse au large de Sumatra. Et la jeune fille dans tout cela ? Denham compte se servir d’elle pour charmer celui que les indigènes appellent Kong.

p. 19

Mais les choses vont prendre une tournure inattendue : la Bête va s’éprendre de la Belle, être capturée et devenir une attraction à sensation sur une scène de Broadway… On connaît la suite.

Ce qui est intéressant dans ce remake sur papier glacé, c’est la façon dont Michel Piquemal (adaptation) Christophe Blain (illustrations) sont parvenus, avec un texte réduit à l’essentiel et des dessins qui mêlent sophistication et minimalisme, à nous faire entendre le long cri qui traverse de part en part cette histoire. Cri de celle qui a faim, cris des indigènes piétinés par leur King lorsque qu’on lui ravit sa bien-aimée, cris des animaux de la jungle, cris du public face au spectacle de Kong enchaîné, qu’Ann a rejoint rejoint sur la scène. Et enfin , cri de colère de Kong, victime de la jungle des villes et de la cupidité des hommes.

C’est peut-être aussi de la part des deux auteurs, une forme de réquisitoire contre tous les voleurs de vie, avides d’exotisme.

A. C.

43 p., 14,95 €

  • Un remake du film, réalisé par John Guillermin (USA), est sorti en France en 1976.



Le rapport W – Infiltré à Auschwitz – Gaétan Nocq – Ed. Daniel Maghen


En librairie depuis le 23 mai 2019
© G. Nocq/D.Maghen

Postface « À propos du Rapport Pilecki », Isabelle Davion. Maîtresse de conférences, Sorbonne Université
Rapport Pilecki, rédigé en 1943

Toute la journée, nous avons roulé. Aucune nourriture, aucune boisson ne furent distribuées. Mais après tout, personne ne voulait manger.

Le train s’arrête enfin, la porte du wagon s’ouvre brutalement, l’air pénètre dans l’espace confiné où étaient entassés des dizaines d’hommes, essentiellement des prisonniers politiques polonais. Des SS, Mauser à la main, les font descendre. L’horreur de l’arbitraire commence alors. Quelques-uns sont désignés, puis abattus. Leurs cadavres sont aussitôt livrés aux chiens qui accompagnent les soldats allemands.

Septembre 1940. La mission que s’est assignée Wiltold Pilecki, officier de l’Armée secrète polonaise, en se portant volontaire pour infiltrer le camp d’Auschwitz afin d’y constituer un réseau de résistance et de renseigner ceux qui pourront enrayer la machine infernale, vient de débuter.

S’en suit la description des conditions de travail une fois arrivé dans le camp d’Auschwitz, avec le sadisme des séances d’humiliation – Sautez ! Roulez ! Dansez ! Pliez les genoux ! – et, dans le meilleur des cas, l’opportunité pour certains d’y échapper un temps, lorsque l’on a, ou prétend avoir, une compétence particulière qui permet d’être chargé d’une réparation dans la maison d’un officier ou bien recruté pour des travaux de terrassement destinés à l’extension du camp, ou à la construction de son jumeau, à trois kilomètres de là.

Combien seront-ils encore là, lors de la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945 ? Witold Pilecki* précise dans son rapport que la portion alimentaire était calculée de telle façon que les prisonniers ne vivent que six semaines.

Une fois dans la place, il lui faut ruser, se faire affecter aux postes stratégiques qui dépendent du bureau de la répartition de la maintenance, afin, par exemple, de faire bénéficier les vivants des colis que les morts ne pourront plus recevoir. Tenir bon, ronger son frein, même lorsque les camions viennent chaque matin déverser les affaires de ceux qui ont été gazés ou exécutés la veille. Se méfier, débusquer les traîtres. S’évader parfois en rêve, en se réfugiant dans les souvenirs d’un passé révolu.

Il lui faut aussi apprendre à compartimenter, afin d’éviter que tout ne s’écroule si la cellule a été repérée par les Allemands ou tout simplement dénoncée dans les lettres anonymes déposées dans la boîte aux lettres du Block 15.

Détecter les ennemis invisibles, être sans cesse sur le qui-vive, prendre des risques calculés, s’adjoindre les fidèles compagnons qui feront parvenir à l’état-major de l’armée secrète basée à Varsovie, des compte-rendus que les alliés pourront ensuite exploiter.

Pour mener à bien sa mission, Witold Pelcki s’est placé sous l’autorité d’un lieutenant-colonel emprisonné avec lui à Auschwitz. Son réseau s’appellera la SOW, l’Union des organisations militaires, d’autres se constitueront par la suite.

Combien de fois va-t-il échapper à la balle qui lui est destinée s’il venait à lui manquer une réponse aux questions que lui posent les Kapos ?

« Le jeu que je jouais était dangereux. En fait, j’avais largement dépassé ici ce que, sur terre, on appelle dangereux.»

Thomasz Serafinski va œuvrer sans relâche à la réussite de sa mission, jusqu’à ce qu’il soit prêt à prendre le contrôle du camp.

« Chacun était prêt à mourir. Avant de périr, nous aurions infligé des pertes sanglantes à nos bouchers. », écrira-t-il dans son rapport en 1943. On pense irrésistiblement au très beau texte illustré d’Aline Sax (v. BdBD Archives, Les couleurs du ghetto), dans lequel le chef de cellule dit aux insurgés « Nous ne survivrons pas à ce combat. Les forces en présence sont trop inégales. Nous nous battrons pour sauver notre honneur. Il existe deux façons de mourir : soit avec dignité en combattant, soit sans défense devant un peloton d’exécution ou dans une chambre à gaz. Laquelle choisissons-nous ? »

Détail p. 195

Il ne reste plus ici qu’à attendre que l’ordre d’entrer en action leur parvienne. À supporter qu’il arrive. Sinon, il faudra passer au plan B…

Un album vertigineux, tant pour la force du témoignage de Witold Pilecki que pour celle de l’adaptation qu’en fait Gaétan Nocq. Ses illustrations sont également remarquables ; on passe des séquences en monochrome dégradé à toute une palette de couleurs, en superposition ou en opposition, qui montrent les différentes phases du quotidien concentrationnaire des détenus.

Anne Calmat

250 p., 29 €

  • Infiltré sous le nom de Tomasz Serafinski.

Le trauma quelle chose étrange – Steve Haines – Sophie Standing – Ed. çà et là



Sortie le 7 juin 2019 – © S. Haines-S. Standing/Ed. ça et là

Sur le trauma, nous disposons d’un témoignage de première main, celui du docteur David Livingstone (mais oui, celui-là même qui, selon la légende, égaré dans la jungle africaine, s’entendit demander par le journaliste Henry Stanley, parti à sa recherche : « Dr Livingstone je suppose ? » Ce à quoi il répondit : « Oui, et je me félicite de me trouver ici pour vous accueillir ») 

Pour ce qui concerne le trauma, Livingstone se trouva face à un lion qui, après lui avoir rugi dans l’oreille, le secoua comme le fait un chat d’une souris. Dans pareille situation, faire le choix du comportement adéquat mobilise l’organisme tout entier au détriment de tout autre besoin. Là, le lion, précédemment blessé par le tir de l’explorateur, finit par s’écrouler. Cette aventure fut suivie d’un étrange état de rêverie, sans peur ni panique. Cet état de détachement et de stupeur est le fait d’un mécanisme de défense propre au trauma : la dissociation. Celle-ci, émanant de manière inconsciente de la partie ancienne de notre cerveau, peut entrainer toutes sortes de symptômes, qui compliquent d’autant le quotidien que leur cause nous demeure. inconnue.


NOUS PERDONS CONTACT AVEC NOTRE CORPS OU DES PARTIES DE NOTRE CORPS. IL NOUS DEVIENT DIFFICILE DE RESTER PRÉSENTS OU ANCRÉS.


JE N’ARRIVE PAS À ME POSER, MON ESPRIT TURBINE.”


« CES PENSÉES NE CESSENT DE M’ENVAHIR, C’EST UNE
OBSESSION DONT JE N’ARRIVE PAS À ME DÉTACHER. »

Comme dans leurs ouvrages précédents : La douleur et L’anxiété, quel phénomène étrange*, les auteurs partent du fonctionnement du cerveau. Dans celui-ci, c’est la partie reptilienne, la plus ancienne, qui commande aux grands réflexes de survie, qui retient leur intérêt.

Steve Haines et Sophie Standing (illustrations) se penchent ici sur les origines, bien réelles, du psycho-trauma, issues des multiples expériences de la vie, dont certaines peuvent remonter à la naissance.


LA NAISSANCE EST PROBABLEMENT L’UNE DES CHOSES LES PLUS DURES QUE VOUS AYEZ VÉCUES. C’EST LE TOUT PREMIER ÉVÉNEMENT DÉTERMINANT, LAISSANT UNE EMPREINTE QUI RESTE EXTÉRIEURE À LA CONSCIENCE.
LA NAISSANCE PEUT ÊTRE UNE PRISE DE POUVOIR JUBILATOIRE.
MAIS SOUVENT, AUSSI, CE PEUT ÊTRE UNE LUTTE AU COURS DE LAQUELLE LES MARQUES LAISSÉES PAR LE COMBAT, LE FAIT D’ÊTRE BLOQUÉ, DE RESTER INANIMÉ OU DE NE PAS RECEVOIR L’AIDE NÉCESSAIRE RESTENT INSCRITES DANS NOTRE INTELLIGENCE CORPORELLE.

Ils nous sensibilisent à la complexité du phénomène, laquelle peut se lire selon un continuum allant du stress au psychotrauma.

“JE N’AI PAS ASSEZ D’AIR POUR RESPIRER.” “J’AI L’ESTOMAC NOUÉ PAR L’ANGOISSE.”

Surtout, ils nous rassurent, en nous montrant la résilience de l’être l’humain. Là, où la remémoration se montre impuissante à soulager, renouer avec le corps, agir sur les réflexes d’hyper-vigilance dans le présent, restaurer le sentiment de sécurité de base ouvrent une possibilité de guérison.

SOUCIS FINANCIERS, PATRON(NE) DIFFICILE, QUERELLES FAMILIALES, SURMENAGE SPORTIF ET, BANG, C’EST LA SURCHARGE ET ON S’EFFONDRE. UN STRESS INSOUTENABLE PLACERA NOTRE CORPS DANS LE MÊME ÉTAT QUE SI NOUS CHERCHIONS À ÉCHAPPER À UN LION.
LE POINT COMMUN ENTRE TRAUMA DÉVELOPEMENTAL, TSPT ET ÉTAT DE STRESS CRITIQUE, C’EST QUE TOUS DÉCLENCHENT LES MÊMES SYSTÈMES D’ALARME PHYSIOLOGIQUES. 

De petits exercices ayant trait à l’orientation du corps, à sa mobilité et son ancrage (perception en conscience) indiquent aux lecteurs comment apaiser les systèmes d’alerte internes, laissés en veilleuse par le trauma et renforcer progressivement l’intégrité corporelle par la conscience de soi.


SEULS DEUX RÉFLEXES PRIMITIFS DE SURVIE ONT ÉTÉ MENTIONNÉS
DANS LES PAGES PRÉCÉDENTES – LA RÉPONSE COMBAT-FUITE… ET LA DISSOCIATION.
EN FAIT, IL Y A UNE TROISIÈME RÉPONSE :
“L’ORIENTATION”. NOTRE PREMIER INSTINCT EST DE NOUS REPÉRER DANS L’ESPACE QUI NOUS ENTOURE ET D’OBSERVER CE QUE FONT LES AUTRES GENS.

L’association d’un discours rationnel et structuré et d’illustrations, gaies, colorées, évocatrices et teintées d’humour permet au lecteur de mieux appréhender des sujets à priori ardus et rébarbatifs. Chacun peut y puiser de quoi affronter ses symptômes et protéger son bien-être.

Nicole Cortesi-Grou

32 p., 12 €

Mars 2019 (voir Archives)
Oct. 2018
  • Steve Haines exerce en tant que chiropracteur et enseigne la thérapie craniosacrale. Il est également co-auteur avec Ged Sumner de « Cranial Intelligence : A Pratical Guide to Biodynamic Craniosacral Therapy ». (2011, Ed. Singing Dragon).

Jean-Michel Basquiat selon Andy Warhol – Ed. Taschen

copyright Ed. Taschen

La relation complexe qu’ont entretenue Andy Warhol (1928-1987) et Jean-Michel Basquiat (1960-1988) a toujours fasciné le monde de l’art. À une époque où Warhol, grand prince du New York cool, jouissait d’une renommée mondiale, Basquiat, jeune talent issu du cœur trépidant de Manhattan, émergeait soudain de la scène graffiti. Ensemble, ils nouèrent une relation personnelle et professionnelle électrisante.

Documentariste prolixe de son propre univers, Warhol le mentor a immortalisé sur pellicule et sur papier son amitié turbulente avec Basquiat, dans le décor du centre de New York des années 1980. Il en dévoile la profondeur émotionnelle, mais aussi les ambiguïtés, les limites et la complexité.

Produit en collaboration avec la Fondation Andy Warhol et les ayants droit de Jean-Michel Basquiat, cet ouvrage retrace la relation entre les deux hommes à travers des centaines de photos publiées pour la première fois de Basquiat, ponctuées des apparitions fulgurantes de personnages tels que Madonna, Grace Jones, Keith Haring et Fela Kuti. Des extraits des célèbres Andy Warhol Diaries, les journaux intimes de l’artiste, ainsi qu’une sélection d’œuvres réalisées à quatre mains et une profusion de documents d’époque viennent compléter ces clichés.

Touchant, intime et parfois ironique, Warhol on Basquiat lève un voile indiscret sur la vie de ces deux étoiles parmi les plus brillantes de la constellation artistique moderne.

Andy Warhol, Grace Jones, Keith Haring

312 p., 50 €

Les tableaux de l’ombre – Jean Dytar – Ed. Delcourt

Depuis le 9 mai 2019 – Copyright J. Dytar/Ed. Delcourt

Qui n’a jamais eu la sensation d’être suivi du regard par le personnage d’un tableau ou d’avoir surpris l’ébauche d’un sourire sur le visage d’un autre, d’ordinaire inexpressif  ? C’est ce qui arrive à Jean lors d’une visite scolaire au musée du Louvre.

Il s’est détaché du groupe d’élèves et s’intéresse aux œuvres exposées, lorsque son œil est attiré par une petite toile qui représente une jeune fille penchée sur son ouvrage. Soudain La Dentelière (peinte par Vermeer) regarde dans sa direction et esquisse un sourire.

À peine remis de sa surprise, Jean constate que la classe est repartie sans lui. Panique. Pendant qu’une guide court après le groupe, le jeune garçon découvre une série de petits tableaux qui illustrent les Cinq sens*. Cette fois, ce sont les personnages qui s’étonnent ouvertement qu’un visiteur s’intéresse à eux. « Eh les copains, je crois que j’ai tapé dans l’œil d’un gamin » lance fièrement Tobias (l’ouïe ) à la cantonade. Il est même prêt à prendre son luth pour lui jouer un petit air de sa composition, histoire de le remercier. C’est ainsi qu’on apprend que Tobias, Hilda (le goût), Caspar (l’odorat), Nils (le toucher) et Saskia (la vue) s’ennuient ferme dans leur coin, et même qu’ils voient d’un très mauvais œil l’intérêt que portent les visiteurs à un tableau voisin, qui il est vrai a la particularité de raconter deux histoires imaginées par deux peintres différents**.

Vingt années se sont écoulées depuis cet épisode et nous retrouvons « la bande des cinq » dans la même disposition d’esprit. À ceci près qu’une fiesta se prépare dans le département des peintures italiennes et que Saskia y a été invitée par Guido, son amoureux. Au risque pour ce dernier de s’attirer les foudres des trois jeunes beautés qui l’entourent depuis plus de trois siècles***… Mais l’amour à ses raisons, etc. Bien qu’en proie aux prémisses d’une crise existentielle, qui verra son aboutissement dans la seconde partie de l’album, Mona Lisa a prévu d’honorer la soirée de sa présence. Les autres Sens voudraient bien se joindre à Saskia, à commencer par Tobia. « Je lui chanterai une sérénade, elle ne pourra pas me refuser son autographe. »

Détail p. 15

Les invités, accompagnés de leurs animaux respectifs, sont tous sortis de leurs cadres (de vie) : il y a foule. Un vent révolutionnaire souffle néanmoins sur une partie de l’assistance – les tableaux de l’ombre contre ceux de la lumière – et les dissensions se font jour, avec une déconvenue de taille pour Saskia et Tobias, qui n’apparaissant pas sur la liste des VIP se sont faits refouler par le videur.

Au petit matin, chacun regagne ses pénates, ni vu ni connu.

Détail p. 23

Le temps de faire un nouveau bond d’une année et nous retrouvons nos cinq sens plus moroses que jamais « Encore une journée qui démarre (…) Quel ennui ! » Mais l’auteur est loin d’avoir dit son dernier mot… Il se paie même le luxe de se mettre en scène dans propre son album et d’y intégrer ses futurs lecteurs ; lesquels, on s’en doute, vont avoir le bon goût de s’intéresser aux œuvres qui d’ordinaire passent inaperçues…

Jubilatoire et futé. Une excellente façon d’entraîner les plus récalcitrants à la découverte d’œuvres, pour eux « antédiluviennes ».

Anne Calmat

72 p., 14,95 €

* Les cinq sens – Anthonie Palamedes (17e s.)

** Vue d’intérieur ou Les pantoufles – attribué à Samuel van Hoogstraten (17e s.)

*** Le Jugement de Pâris – Girolamo di Benvenuto (17e s.)