L’Écume des jours

ECUME DES JOURS - C1C4.inddd’après le roman de Boris Vian, scénario  Jean-David MorvanFrédérique Voulyzé, dessin Marion Mousse – Ed. Decourt, coll. Mirages, 17,95 €

Visuels © Delcourt, 2012, Morvan, Voulzy, Mousse

Boris Vian qui, depuis les années 50, a inspiré plusieurs générations, garde au fil du temps ses admirateurs et s’en fait de nouveaux, ainsi qu’en témoignent les multiples rééditions de L’Écume des jours* et ses adaptations pour le cinéma, le théâtre et la bande dessinée.

ECUMEDESJOURS_02-page-001Celle-ci fait revivre avec fidélité le texte pétillant et protéiforme de celui que d’aucuns considèrent comme l’une des personnalités artistiques et littéraires les plus remarquables de l’après-guerre.

Tout commence dans une atmosphère d’une incroyable légèreté. Colin, jeune homme fortuné (son coffre-fort contient la coquette somme de cent mille doublezons), vit dans son bel appartement équipé d’une machine à faire la cuisine et d’un « pianocktail ». À chaque note, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace (…).

Et si l’on joue un peu trop « hot », en appuyant sur pédale forte, il tombe des morceaux d’omelette, et c’est dur à avaler…

ECUMEDESJOURS_03-page-001Son confort est assuré au quotidien par Nicolas, son cuisinier-maître d’hôtel au parler alambiqué, comme les plats qu’il élabore.

Colin court les patinoires, les conférences et les réceptions où s’gitent ses amis : Chick son double, jeune ingénieur sans le sou, Alise la nièce de Nicolas, et la honte de sa famille car elle a délaissé la philosophie pour l’art culinaire. Et déjà, on s’interroge : Alise-Sainte-Reine, Alésia ?

Et surtout, Isis Ponteauzane, avec ses lunettes noires et son patronyme transparent, elle nous prévient, par le biais du classique pont aux ânes, que la solution du mystère, nous l’avons sous le nez.

Nous verrons que ce virtuose du travestissement verbal aime à multiplier les signaux et les pistes.

ECUMEDESJOURS_04-page-001Chez les parents d’Isis, Colin rencontre la jeune et ravissante Chloé. Subitement, le zazou décontracté aux vêtements trop larges se mue en amoureux transi. Chloé, c’est aussi le titre d’un enregistrement du prestigieux Duke Ellington, que Vian, lui-même trompettiste de talent, admirait tant et dont il est devenu l’ami.

Chick est lui à la lisière entre deux mondes : il a rencontré Alise à une conférence de Jean-Sol Partre – on reconnaît dans cette contrepétrie le nom du pape de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre. Depuis, le jeune homme collectionne les éditions les plus saugrenues des oeuvres du Maître, comme Le Vomi, imprimé sur un papier réservé généralement à un autre usage. On reconnaîtra là encore La Nausée, un titre de Sartre qui surnage dans les mémoires. Chick achète à prix d’or des « reliques » de Jean-Sol : pipes portant SES empreintes digitales, pantalons élimés, chaussures trouées. Il ne tarde pas à se retrouver sur la paille.ECUMEDESJOURS_05-page-001

L’écrivain-musicien, qui semblait condamné à l’insuccès auprès du grand public, par le succès même de son double littéraire, Vernon Sullivan, s’était peu à peu intégré à l’entourage de Sartre, qui avait su discerner l’inspiration et le talent derrière la caricature. Le philosophe n’avait pas hésité à le soutenir pour le prix de la Pléiade, dont le jury avait finalement préféré un ouvrage moins original**.

Tout va bien jusqu’au mariage de Chloé et Colin mais, lorsqu’ils partent en voyage de noces, l’histoire s’ouvre sur un extérieur qui n’est plus aussi joli que leur petit aquarium parisien. La route, trop endommagée, est impraticable, il leur faut traverser des mines de cuivre et toutes leurs horreurs. Tout au long du voyage, la nature s’asphyxie lentement, Chloé est prise de douleurs à la poitrine de plus en plus violentes – Chloé est aussi une des épithètes de Déméter, la déesse de la végétation, de la nature.

ECUMEDESJOURS_13-page-001Boris Vian n’y va pas de main morte. Peut-être vivait-il à l’époque charnière où tout a commencé à basculer. Il aura annoncé à sa manière la destruction de l’environnement plusieurs décennies avant la prise de conscience mondiale.

Retour précipité chez Colin. On appelle des médecins, tous plus farfelus les uns que les autres. Diaforus, le médicastre inventé par Molière, semble revenu d’entre les ombres du XVIIIe siècle, de même que Toinette, servante déguisée en médecin, diagnostiquant le poumon, le poumon !

Un traitement par les fleurs a été suggéré, les amis de Chloé lui en apportent, Colin également, par brassées. Ses doublezons fondent comme neige au soleil…

vi

La suite est à découvrir (ou à retrouver) dans l’album de Voulyzé, Morvan et Mousse. Tous trois ont parfaitement mis en valeur les trouvailles extravagantes et les nombreux effets comiques de ce conte cruel aux tonalités surréalistes, ce qui fait que le rire nous secoue au milieu du drame, dont les comparses ne sont, somme toute, que l’écume des jours.

Jeanne Marcuse

  • Le roman, paru en 1947,  s’est vendu à deux millions d’exemplaires, en France et à l’étranger.
  • Terres d’exil**, recueil de poèmes de Jean Grosjean

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

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de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

Copyright Dargaud

To-day

 

 

Points de chute – Living Arrangements

41R3TYKPsbL._SX351_BO1,204,203,200_d’Andi Watson (scénario et dessin) – Ed. çà et là, 152 p., 18 € (22 février) –

Chris, chroniqueur de films pour un site web et cinéaste en devenir, vit en colocation avec James, son ancien ami de fac. L’appartement est le lieu de passage de leur bande de copains, qui pour certains se sont connus sur les bancs d’une High School londonienne. L’ambiance est au farniente, aux soirées passées dans les pubs, aux pique-niques sur les pelouses de Regent’s Park ou aux escapades dans les Cornouailles.
À l’occasion des funérailles d’un certain George, Chris rencontre Una, qui se révèle être la jeune veuve du défunt. Attiré par elle, il la revoie à plusieurs reprises. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent l’un de l’autre, les liens entre Chris, sa copine et ses amis se distendent…Points-de-chute-35On retrouve dans cette chronique douce-amère des relations encore adolescentes qu’entretiennent ces jeunes adultes, le monde décrit par Cédric Klapisch dans ses films. Les dialogues – de simples propos du quotidien – sont laconiques, voire inexistants. Ils en disent long sur la complexité des relations qu’entretiennent ces hommes et ces femmes, souvent pris dans leurs contradictions. On est ici pleinement dans la sous-conversation, telle que l’a définie l’écrivaine Nathalie Sarraute. Les dessins sont assez sommaires, proches de l’esquisse. Cela donne un charme indéfinissable à cette valse hésitation entre amour, désamour, élan et dérobade, qui semble emporter les héros de cette histoire somme toute universelle.

Anne Calmat

Living Arrangements by Andi Watson

Chris who is a film columnist for a website and a future film maker shares his flat with James, an old friend from university. The place is the meeting point for their group of friends. Some of them met when they were studying in a London’s school. Now, they have good times at nights in bars, they have picnics on the Regent’s Park lawns or weekends to Jame’s cottage.

On the occasion of the funerals of a person named George, Christ meets Una, who is George’s widow. Attracted by her, he sees the young woman on several occasions. They get to know each other, links between Chris and his girl friend, Alex, and the others are becoming weaker…

This chronicle, about complex relationships between young people, is bitter-sweet and not so far from what Cedric Klapisch shows in his films.
The dialogs are like everyday life : laconic, even non-existent. We are facing a sous-conversation, as defined by the french writer Nathalie Sarraute.
There is a lot to be said about these men and women, often contradictory to themselves.

Drawings are rather sketchy, they are more like drafts than well developed and can be nondescript.

It conveys an indefinable charm in this « waltz hesitation » between love and disenchantment, and takes the heroes in an universal story.

Traduction de la chronique Merewyn Lord

413PWAN1TQL._SX210_arton11-a2612Chez le même éditeur (2005-2007)arton1-d5e82

« Ruptures« ,

« Slow News Day« ,

« Little Star »

To-day

 

 

Points de chute-couv

Points de chute-couv

Sur les ailes du monde, AUDUBON

Couverturede Fabien Grolleau (scénario) et Jérémie Royer (dessin) – Ed. Dargaud, 184 p., 21 €

Quoi d’étonnant à ce que que Fabien Grolleau se soit emparé de la vie peu ordinaire de John-James Audubon (1785-1851), premier peintre-ornithologue du Nouveau Monde ?

Il fait l’impasse sur son enfance à Saint-Domingue puis à Nantes, et débute son récit au moment où le jeune homme s’embarque en 1820 pour les Etats-Unis, après avoir étudié le dessin durant deux ans à Paris.

Conçu comme une succession d’épisodes, Sur les ailes du monde retrace les principaux moments de l’existence bouillonnante de cet infatigable voyageur.
On le voit tout d’abord qui descend la Mississippi river avec deux compagnons. Un gros orage les oblige à s’abriter dans une grotte, qui se trouve être un refuge de chouettes. Audubon sort ses fusains et passe une partie de la nuit à les dessiner. Au matin, apercevant une nuée d’oiseaux autour de leur bateau, il lâche ses comparses pour aller observer les volatiles.Page 15Une vingtaine de planches plus loin, le voici dans le Kentucky. « Le Français » donne des cours de danse au voisinage et reçoit en retour nombre d’informations sur les lieux de rassemblement des oiseaux. Contremaître dans une ferme, il s’intéresse à leur migration, qu’il commence à dessiner et à peindre. On comprend rapidement que John-James Audubon (pseudo de Jean-Jacques) n’est ni bon contremaître ni bon gestionnaire, car le voilà emprisonné pour dettes…

Réalisant que sa cellule n’est pas sa seule prison, Lucy, son épouse, l’incite à faire ce grand voyage dont il rêve.

Le scénario nous conduit tantôt sur les traces de John-James et de son équipe (Joseph, un aspirant naturaliste et Shogan, un guide indien, navigateur et pisteur), tantôt il nous ramène auprès de Lucy, devenue préceptrice dans une famille du Mississippi, et dépositaire des dessins qu’Audubon lui envoie.
John-James se livre désormais tout entier à sa passion : observer, dessiner, peindre, écrire. Il a peaufiné une technique qui consiste à chasser l’oiseau aux petits plombs, pour ne pas l’endommager, à l’éviscérer, puis à lui redonner son maintien initial à l’aide d’un fil de fer.

Une suite de péripéties jalonnent son itinéraire passionné : il déjoue une embuscade, survit à une fièvre paludique, partage le gîte avec des esclaves fugitifs. Et lorsque Joseph et Shogan l’abandonnent, Audubon poursuit seul ses observations.page145image256On le retrouve plus tard devant un aréopage de scientifiques londoniens qui l’apprécient plus pour ses talents de peintre et les aventures qu’il relate, que pour sa recherche. Seul, un étudiant admire ses planches d’oiseaux, partage son amour de la nature et lui soumet quelques hypothèses sur sa théorie encore balbutiante. Audubon l’engage vivement à voyager, conseil que ne manquera pas de suivre le jeune Darwin.

Mais déjà, un nouveau projet le possède : recenser, avec ses fils et quelques amis naturalistes, tous les mammifères d’Amérique…

C’est au travers de son journal que l’on découvre ses chasses aux bisons, ses rencontres avec les trappeurs et les pionniers de la conquête de l’Ouest, avant que ne sonne l’heure de son envol ultime pour le pays où les aigles sont rois : John-James Audubon a soixante-six ans.

Des dialogues brefs et rares qui reflètent bien les échanges entre ceux qui parlent peu, mais toujours à bon escient. La dynamique du récit est figurée par une alternance de plans larges, qui dévoilent les décors grandioses du Nouveau Monde, et de plans plus serrés, en fonction du déroulement de l’action. Les couleurs, plutôt éteintes, privilégient les tons beige, vert pâle, bleu nuit, créant un effet d’aquarelle, qu’un rouge vif vient ici et là brusquement éclairer.

Le trait est précis, vif, les dessins sont expressifs. Le tout met parfaitement en lumière cet extraordinaire et captivant parcours de vie.

Nicole Cortesi-Grou

To-day

Dures à cuire

Dures a- cuire couv50 femmes hors du commun qui ont marqué l’Histoire de Till Lukat – Ed. Cambourakis,

Elles ont été samouraï, cosmonaute, résistante, agent secret, conductrice de chiens de traîneaux, gangster, toréro… Elles ont brûlé la vie par les deux bouts et se sont parfois brûlé les ailes. Leurs noms ? Tomoe Gozen, Cléopâtre, Marie Curie, Rosa Parks, Simone de Beauvoir, Linda Lovelace, Tina Turner…Postillon

Till Lukat les a croquées en deux temps trois mouvements – et manifestement savourées : une effigie de l’élue sur la page de gauche, et sur celle de droite, un épisode emblématique de sa vie, en quatre cases et quelques bulles.

simone de beauvoir2

reine des bandits2Cinquante portraits de femmes, entrecoupés de planches didactiques, qui prolongent les informations données précédemment.

On apprend par exemple que Anne Mc Cormac-Bonny, maîtresse du célèbre pirate Jack Rackham, pouvait le dépasser en intrépidité, ou bien que la pilote allemande de haute-voltige, Beate Ushe, est à l’origine de l’ouverture du premier sex-shop au monde dans les années 50.

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On passe allègrement d’un millénaire à l’autre, on côtoie Anne Nzinga, reine des royaumes de Ndongo et de Mataba, Mary Norris sauvée des griffes des redoutables « Magdelene Sisters », ou bien encore, Belle Starr, amie de coeur des célèbres frères James, devenue elle-même une redoutable hors-la-loi.

D’autres noms plus familiers surgissent des plis de notre mémoire : Marie Curie, Christine de Suède, Ulrike Meinhof, Valentina Tereshkova… Avec en point d’orgue, Malala Yousafzai, Prix Nobel de la Paix en 2014 à l’âge de dix-sept ans.

simone de beauvoirIl manque bien sûr nombre de figures incontournables du patrimoine de l’humanité – à chacun son panthéon  – mais ce premier « catalogue », dont on peut raisonnablement penser qu’il sera suivi par d’autres, est là pour nous rappeler, parfois avec humour et effronterie (la reine Beauvoir sur son « trône » !), que ces femmes ont toutes voulu être actrices de leur propre vie.

A. C.

128 p., 15 € 

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http://www.lukat-land.de

 

 

 

 

 

Berlin 2.0

couve_berlin_telde Mathilde Ramadier (scénario) et Alberto Madrigal (dessin et couleur) – Ed. Futuropolis, 96 p., 18 € (11 février) –

Être un jeune Français qui a fini ses études et rêve d’un ailleurs, voici une expérience dans laquelle beaucoup se retrouveront…

C’est en l’occurrence le cas de Margot, qui a étudié la philo, veut quitter Paris où elle étouffe et souhaite poursuivre dans la capitale allemande une réflexion sur la question de  » la liberté face au temps  » : vaste et ambitieux programme, sans doute destiné à tomber dans les oubliettes.

Elle arrive à Berlin en 2012. Du temps, elle n’en manquera pas dans sa découverte de cette ville écolo et festive, devenue mythique pour la jeunesse européenne. Tout lui semble possible et agréable : le grand appartement, les piques-niques dans les parcs, la facilité des rencontres…mep_berlin-8_tel

Mais bien sûr (elle l’annonce dès les premières planches), le principe de plaisir va infailliblement rencontrer celui de la réalité. Les difficultés résident dans la recherche d’un emploi. Il y a bien une foule de « jobs », mais, revers du « miracle économique » tel qu’il est perçu d’ici, ce sont des petits boulots, très prenants et très mal payés. Les start-up fleurissent, cependant les jeunes font les frais de ce système où l’humain est finalement de peu poids, et les employeurs de Margot brillent par leur cynisme et leur cupidité – on attend beaucoup d’elle sans qu’elle reçoive grand chose en retour.

Les remarques, avec exemples à l’appui, qui émaillent ce récit personnel sur le manque de curiosité des jeunes Français à l’étranger sont pertinentes ; mais Margot n’emprunte pas ce chemin-là, elle découvre Berlin et ses quartiers, le monde de l’art et ses galeries. Les us et coutumes locales sont finement observés :  la « Wegbier », la bouteille de bière que l’on consomme en pleine rue, les fêtes en chaussettes… Et aussi, les quarante heures par semaine, payées six-cents euros, la couverture médicale, très nettement défaillante.

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La jeune femme pose un oeil particulièrement aiguisé sur le statut de la femme berlinoise.

À Berlin, on peut s’habiller comme on veut, les hommes ne sont pas machos, mais la contraception n’est guère encouragée, et les conditions de vie des jeunes mères de famille laissent grandement à désirer. Paradoxalement, une association féministe peut parrainer un festival de films pornos indépendant, sans que quiconque y trouve à redire.

mep_berlin-5_telEn dépit de ses déboires professionnels, Margot décide de rester dans cette ville, à laquelle elle a pris goût et où elle a rencontré de nombreux amis… et même un amoureux.

Berlin 2.0 est, dans son propos, assez didactique et linéaire. On n’échappe pas à un certain nombrilisme dans ce parcours somme toute assez banal. Un bémol encore : la préface du jeune écrivain Clément Bénech est inutilement longue et complaisante, elle ne s’imposait pas.

Les dessins sont toniques et leurs couleurs, agréables. Une carte et des explications viennent compléter le récit.

Danielle Trotzky

To-day

 

 

L’Homme qui ne disait jamais non

couve_homme_qui_ne_disait_l__telde Didier Tronchet (scénario) et Olivier Balez (dessin) – Ed. Futuropolis, 144 p., 21 € (12 février) –

Que peut faire une jeune hôtesse de l’air préparant une thèse de psychologie pour devenir  » profiler « (physionomiste), lorsqu’elle rencontre, sur un vol Madrid-Lyon, un amnésique en détresse ? L’intégrer dans ses recherches comme  » cas d’étude  » et l’accompagner dans sa quête d’identité.

C’est ainsi que commence ce thriller psychologique de Didier Tronchet, rondement mené par la dynamique hôtesse, Violette. Car, outre prendre note des comportements et des émotions de son  » cas « , celle-ci est bien déterminée à aider Etienne à recouvrer ses souvenirs.

Pour imaginer des stratégies qui susciteraient en lui un déclic salvateur, elle fait appel à ses connaissances littéraires et cinématographiques et à son bon sens. Elle en profite au passage pour le guérir de sa fâcheuse inaptitude à dire non. Ce qui les entraîne dans moult péripéties, lyonnaises, puis équatoriennes, toutes révélatrices d’un pan de vérité.

Ce faisant, ils se découvrent des attraits communs qui les amènent à partager leurs recherches et …leur chambre.

Dans un ultime effort pour connaître la vérité, ils se retrouveront à Quito, au coeur d’une révolution, et là…mep_homme_qui_ne_disait_l_-7_tel

Mais, craignant d’en avoir déjà trop dit, laissons au lecteur le soin de découvrir la suite.

Tout au long du récit, on baigne dans des couleurs chaudes de brun, ocre, jaune, oranger, ou au contraire, de rose, bleu ou vert pastel.

Les héros sont figurés par des traits simples et expressifs. Olivier Balez privilégie la plupart du temps les plans rapprochés pour les personnages et le cadre urbain dans lequel les scènes se déroulent. Il opte pour des plans larges sur Lyon, Quito ou la pampa.

De quoi associer suspense et exotisme.

Nicole Cortesi-Grou

To-day