En attendant Bojangles

(extrait de  » Mr Bojangles  » de Jerry Jeff Walker, 1968)

(…) Je l’ai rencontré dans une cellule, à la Nouvelle-Orléans
J’étais déprimé et trompé
Il m’a regardé avec le regard de la vie comme s’il s’y connaissait
Il a parlé de la vie, il a parlé de la vie, il a ri
Il a fait un pas dedans.

En attendant Bojangles d’Ingrid Chabbert (scénario) et Carole Maurel (dessin, couleurs) – Steinkis éditions

Il y a d’abord eu l’immense succès du roman d’Olivier Bourdeaut, puis son adaptation pour le théâtre (Avignon 2017), il y a désormais la BD.

Le scénario. Un jeune garçon, son père et sa mère, figure centrale du récit, vivent en osmose dans le monde chimérique qu’elle a construit pour eux.Elle est excessive, fantasque, imprévisible, à la recherche d’une extase perpétuelle dont toute contingence matérielle doit être bannie, et n’a de cesse d’entraîner les deux hommes de sa vie dans un tourbillon d’insouciance. L’enfant n’est pas dupe, mais par amour filial, il joue le jeu et fait tout ce qu’il peut pour que l’incandescence de leur existence ne connaisse aucune éclipse.

Il y a aussi « Mademoiselle Superfétatoire », un grand oiseau ramené de Namibie qui partage leur vie. Et il y a enfin tous ceux qui gravitent en permanence autour du couple, un verre de champagne à la main.

On pense bien entendu à l’univers de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, mais aussi à la légèreté douce-amère d’un Boris Vian, qui a su conjuguer pureté des sentiments, féérie du langage et insolence de l’humour.

Mais dans En attendant Bojangles, les éclats de rire vont se faire assourdissants, et les excès, devenir anomalies. Dès lors , ce qui avait le charme – trompeur – de la folie douce prend un tout autre relief…

Le père et fils vont tout faire tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

Une adaptation totalement réussie, servie par un graphisme tendre et délicat.

A.C.

104 p., 18 €

Olivier Bourdeaut

Des mêmes auteures

Le scénario : Elles s’aiment et après des années d’attente, d’espoir et de désespoir, un bébé est annoncé. Mais la grossesse est compliquée et le pire arrive. Elles vont devoir se reconstruire et lutter contre la douleur. L’amour, l’évasion sur les terres de leur enfant disparu et les carnets qui se remplissent vont les aider à sortir la tête hors de l’eau, loin des EcumesSteinkis éditions, février 2017

88 p., 18 €

Agonie

Scénario et dessin Mark Beyer – Ed. Cambourakis – Sortie le 2 novembre.

Amy et Jordan sont un couple névrotique et pathogène, évoluant dans un univers urbain hostile, désespérant et cauchemardesque, aux prises avec une absurdité quotidienne qui bascule souvent vers le fantastique et le monstrueux. 

Ils vivotent dans un appartement minable, dépriment, se querellent, mais semblent condamnés à rester ensemble, unis par une pulsion qui les dépasse.

Lorsqu’ils sortent de leur enfer domestique, le pire les attend dans la rue : voisins bizarres et déviants, enfants malveillants et agressifs, animaux répugnants, créatures immondes…

Dans ce tableau surchargé de désespérance, l’humour totalement froid de Mark Beyer surgit du décalage entre l’horreur des faits et les réactions pragmatiques et désabusées des personnages, les dialogues se bornant souvent à décrire platement les événements les plus atroces, sans étonnement ni hystérie.

L’auteur

« LES PAYSAGES DÉVASTÉS D’AGONIE NE SONT PAS SANS RAPPELER LES PAYSAGES DÉSERTIQUES DE « EN ATTENDANT GODOT ». (…). SI BEYER PARTAGE L’HUMOUR (GRINÇANT) DE BECKETT, IL PARTAGE AVEC LUI – AUSSI INVRAISEMBLABLE QUE CELA PUISSE PARAÎTRE – UN CERTAIN OPTIMISME.»

Né en 1950 en Pennsylvanie, Mark Beyer est considéré comme l’un des artistes les plus importants de la BD underground aux Etats-Unis. Son parcours d’autodidacte et son style de dessin – des traits grossiers et appuyés, un goût pour le grotesque, le bizarre, le remplissage de l’espace pictural par des motifs abstraits – l’apparentent aux mouvances de l’art brut ou de l’outsider art.

Bien que publiant peu, il a derrière lui un véritable parcours d’auteur de bande dessinée, et gagne dans la fin des années 1970 la reconnaissance de ses pairs.

176 p., 14 €

Le Chaperon voit rouge

Coup d’oeil…

Petites histoires des droits de l’enfant de Joanna Olech (scénario) et Edgar Bak  (dessin) – Ed. La Joie de Lire (à partir de 6 ans)

Un Chaperon averti en vaut deux. Forte de l’enseignement qu’elle a tiré de sa rencontre dans une vie antérieure avec un prédateur sexuel déguisé en loup, la fillette aux taches de rousseur et aux pieds chaussés de tennis écarlates a repris du poil de la bête et ne s’en laisse plus conter. Elle est même devenue militante des Droits de l’Enfant (CIDE) et ne perd jamais une occasion de les faire valoir.

Chacun des principaux articles de Loi de la Convention internationale trouve ici son illustration au-travers d’une histoire inspirée de Charles Perrault, Hans Christian Andersen, Wilhelm Grimm, etc.

La première s’ouvre sur une nouvelle rencontre entre le loup et le Chaperon, qui a malencontreusement balancé une pomme de pin sur l’animal tapi en embuscade dans un fourré. La fillette s’en excuse, mais face à la réaction du loup qui s’est mis en tête de « compter les boutons de sa robe » et qui pense qu' »un petit baiser suffira à se faire pardonner« , elle n’hésite pas à dégainer l’article 19 de la CIDE.

Les jeunes lecteurs retiendront en substance qu’ils doivent se sauver à toutes jambes et avertir qui de droit, si un individu, connu ou inconnu, tente de tirer avantage d’une de leurs bêtises, réelle ou supposée, après les avoir culpabilisés.

La seconde histoire illustre l’Article 32 de la CIDE : le droit à la protection contre l’exploitation. Elle met en scène la Petite Fille aux allumettes. Le Chaperon soustrait la jeune vendeuse à la brutalité de son père, en la ramenant chez elle, et rappelle à tous que Personne n’a le droit de frapper un enfant ni de le forcer à effectuer un travail qui nuirait à sa santé et à son développement physique et intellectuel (…)  

Ch. 2 « Personne n’a le droit de frapper un enfant, ni de le forcer à effectuer un travail qui nuirait à sa santé (…) »

Chacune des rencontres suivantes est pour notre héroïne l’occasion de faire valoir le droit fondamental de chacun à la dénonciation de toute forme de maltraitance, qu’elle soit physique ou psychologique : droit au respect, à l’enseignement, à l’égalité de traitement, droit de s’exprimer, d’avoir des secrets, droit de n’être pas un enjeu au sein d’un couple désuni…

Ch. 7 « Les enfants handicapés ont les mêmes droits que les autres enfants »

 Les illustrations aux couleurs acidulées d’Edgar Bak, souvent proches du pictogramme, sont adaptées à leur jeune lectorat et donnent corps à ces histoires à portée universelle.

A.C.

96 p., 15,90 €

À lire également :

J’ai bien le droit et Mais jai aussi des devoirs (réimpression oct. 2016) de Tom Tirabosco – Ed. La Joie de Lire (à partir de 6 ans)

Réalisé à l’initiative du Département de la cohésion sociale, de la jeunesse et des sports de la Ville de Genève, cet outil synthétique et clair rappelle aux parents comme aux éducateurs la place et le respect qui sont dus à ces petites personnes.

 

La Galerie des Gaffes

Coup de projecteur sur André Franquin (1924-1997) et Gaston Lagaffe (1957-) – Ed. Dupuis 

En librairie le 20 octobre 2017

Le 28 février 1957, la première vignette montrant celui qui allait devenir le gaffeur le plus célèbre de l’histoire de la bande dessinée paraît dans l’hebdomadaire belge, Spirou.

André Franquin propose tout d’abord une, puis deux vignettes au rédac chef du magazine. Puis c’est une planche entière, avec le montage d’un gag complet, qui sera éditée, avant qu’un premier album ne voit le jour.

Le dessinateur n’a, à l’origine, pas tout misé sur son personnage, qu’il imagine comme un gars sans qualités, « un peu con, pas beau, pas fort ». Mais le gaffeur va rapidement révéler des possibles auxquels son génial créateur n’avait pas songé, et c’est tout un univers qui va peu à peu se mettre en place.

Soixante ans – et quelques poussières d’étoiles plus tard, soixante auteurs de BD ont tenu à rendre hommage à cette irrésistible figure de l’humour, et à son créateur. Certains dessins sont inédits, d’autres ont été publiés dans Spirou depuis le début de l’année.

On ne présente plus Gaston, accroché à son adolescence, doté d’une forte propension à en faire le moins possible au boulot (ses siestes sont légendaires), et fortement enclin à ne se concentrer que sur ce qui le divertit. D’où ses expériences scientifiques ratées et ses innombrables gaffes.On ne présente pas non plus ceux qui ont gravité autour de lui pendant des décennies : Fantasio (jusqu’en 1969) ; Lebrac ; Jules-de-chez-Schmidt-en-face ; Longtarin ; Mademoiselle Jeanne, amoureuse de Gaston dès le premier regard, etc.

Indémodable, l’œuvre phare de Franquin a influencé plusieurs générations de scénaristes et de dessinateurs de bande dessinée – soixante d’entre-eux en apportent ici une preuve éclatante. Elle a aussi inspiré un cinéaste, puisque Gaston fera les beaux jours du grand écran en avril 2018.

« M’enfin » réalisé par Pierre-François Martin-Laval

A.C.

 

Site officiel : gastonlagaffe.com

64 pages – 12,50€ 

SF : TER (1 & 2/3)

T.1  (avril 2017)

de Rodolphe (scénario) et Christophe Dubois (dessin et couleur) – Ed. Daniel Maghen 

Résumé du T.1, sous-titré « L’étranger« .

Pip, un pilleur de tombes,  découvre un homme au fond d’une sépulture. Il est nu, ne parle pas, et surtout, ne se souvient de rien. Seul indice, un tatouage à l’épaule droite, sur lequel on peut lire  » MAIN D’OR ». 

Où sommes-nous ? Le lecteur n’aura un début de réponse qu’à la fin du premier tome.

Celui que tous appellent désormais Mandor est maintenant installé au Bas-Courtil, une cité mi-futuriste mi-médiévale régentée par deux collèges religieux, gardiens des Ecritures, et encadrée par un corps de garde composé de vingt-huit guerrières. 

Mandor est doué, il apprend vite à reparler et à écrire, mais surtout, il surprend son entourage par son extraordinaire aptitude à réparer tout ce qui a cessé de fonctionner. De là à voir en lui un magicien, voire un génie, il n’y a qu’un pas. Un pas qui va d’autant plus vite être franchi que le nouveau venu a remis en état de marche une surprenante machine à projeter des images du passé.

Plus qu’un génie, il est même possible qu’il soit le prophète qu’annonce le Livre des Psaumes. « Alors sortira un homme des entrailles de TER, qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni biens, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » 

Les gardiens officiels des Écritures voient d’un très mauvais œil l’arrivée de celui qui pourrait un jour remettre en cause leur autorité. Ils vont s’employer à ce que cela ne soit pas.

T.2 (oct. 2017)

T. 2 « Le guide »

Dans une société toujours prompte à rendre l’étranger responsable de ses maux, l’occasion va bientôt leur en être fournie : un séisme dévaste une partie du Bas-Courtil alors que Mandor s’était aventuré hors de ses murs. Il est aussitôt arrêté et traduit en « justice » pour « hérésie et agissements graves à l’encontre de la cité« . 

Du fond de sa cellule, le jeune homme a une vision : un lieu, une mission dont il aurait été investi, un rôle qu’il aurait à jouer.

Son procès débute à peine qu’un nouveau tremblement de terre a lieu. Ceux qui étaient prêts à le clouer au pilori se ravisent. Et s’il était vraiment celui que tous attendent ? Ceux qui lui sont restés fidèles s’organisent.

Quel est ce lieu ? Pip n’a-t-il pas trouvé le jeune homme au fond d’une sépulture ? Cela voudrait peut-être dire qu’il vient d’un monde souterrain. Reste dans ce cas à en trouver l’accès. Il n’est que temps de regrouper la population et de partir explorer les entrailles de la terre…

p. 25
p. 26

Une intrigue parfaitement maîtrisée, des dessins  superbissimes : on attend le tome 3 avec impatience.

A.C.

80 p., 16 €

Les petites victoires

« Quand j’ai su qu’Olivier était autiste, j’ai été d’abord terrifié pour son avenir. Puis je me suis souvenu qu’un enfant très doué peut tout rater si ses parents ne lui donnent pas confiance dans la vie. » (p. 57)

Scénario et dessin Yvon Roy – Ed. Rue de Sévres, mai 2017 – Postface Régis Loisel.

L’auteur dédicacera son album le mercredi 18 octobre à partir de 15h à la librairie Bulles en tête* et le samedi 21 octobre à partir de 16h30 à la librairie Millepages (1)

Dans la vie d’un couple, la confirmation du handicap de leur enfant résonne souvent comme un cataclysme. Chloé et Marc se sont aperçus que quelque chose n’allait pas pas chez Olivier, ils sont allés consulter dans un centre d’évaluation et le diagnostique est tombé : autisme. Passé le choc face à ce qui est devenu pour eux un principe de réalité, Marc se ressaisit : il se consacrera désormais à Olivier, afin de lui permettre d’affronter l’existence dans les meilleures conditions, en lui apprenant à équilibrer les moments de plaisir et de déplaisir, à maîtriser ses mouvements de colère, et en l’amenant peu à peu à tolérer un contact physique avec l’autre. 

En dépit des consignes données par les spécialistes du handicap, Marc, désormais séparé mais uni avec Chloé dans l’épreuve, va, au gré de ses intuitions, poursuivre le combat contre ce qu’il refuse de considérer comme une fatalité. De petites victoires en petites victoires, remportées au quotidien mais sans cesse à consolider, il parvient à instaurer un dialogue – tout d’abord minimal et fragile – avec Olivier. Une conversation rarement interrompue, destinée à le convaincre que le monde et ce qui le compose ne doit pas être perçu comme terrifiant. Marc sait aussi qu’il va devoir faire preuve de beaucoup de créativité pour qu’Olivier parvienne à maîtriser ses accès de panique face, par exemple, à une poussière qui tournoie dans l’eau de son bain ou lorsqu’un bruit intempestif lui vrille les tympans. 

Superbe, tendre, émouvant de simplicité et d’authenticité, comme le sont les trois albums cités ci-dessous*. 

Anne Calmat

 (1) Librairie Bulles en tête ; 54, rue des Dames, Paris 17e (09 53 31 12 95) – Librairie Millepages ; 91 rue de Fontenay, Vincennes (01 43 28 84 15).

Yvon Roy est un auteur et illustrateur canadien. Il a réalisé, en collaboration avec Jean-Blaise Djian, l’adaptation en bande dessinée du roman phare d’Yves Thériault, Agaguk, ainsi que plusieurs contes pour enfants. Il vit au Québec, près de Montréal. Son fils a maintenant douze ans.

  • Ce n’est pas toi que j’attendais (Ed. Delcourt, oct. 2014)
  • La Différence invisible (Ed. Delcourt, août 2016)
  • Arthur et la vie de château (Des Ronds dans l’O éditions, nov. 2016)

Diab’-là

Coup d’œil…

d’après le roman de Joseph Zobel (1915-2006) – Adaptation et dessin de Roland Monpierre – Nouvelles Editions Latines.

Un homme, surnommé Diab-’là, fuyant l’enfer des champs de canne, est venu s’établir dans un village du bord de mer dans l’intention d’y cultiver ses légumes et de les vendre aux pêcheurs. D’abord circonspects face à cet   » étranger  »  les autochtones vont rapidement l’accepter parmi eux, et même l’aider à défricher sa terre. « Si un beau jour tous les nègres du monde voulaient se donner un coup de main comme ça, les uns les autres, quelle sacrée victoire, hein ! »

Diab‘-là saura leur prouver que lorsque l’on se donne à la terre ou à la mer avec obstination et respect, toutes deux savent en retour se montrer nourricières.

Il va trouver en Fidéline (la bien-nommée) une compagne courageuse et volontaire, qui partagera avec lui les fruits de leur entente.

Ce sont sans conteste les questions de la propriété de la terre, de l’indépendance des populations antillaises, de la revendication sociale et culturelle qui sont ici posées. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que ce premier roman de Joseph Zobel ait été jugé subversif par les représentants de Vichy en Martinique, et interdit pendant quatre ans.  

Voici le roman que j’avais écrit en 1942 à l’intention de mes compatriotes gémissant dans les ténèbres de la Révolution nationale. (…) Aujourd’hui, à la faveur des libertés retrouvées, je le livre au public, tel que l’amour de mon pays et de mes congénères me l’avait inspiré. « , dira-t-il plus tard.

Le héros de Joseph Zobel n’est d’ailleurs pas si éloigné que cela de celui de La rue Case-Nègres (roman autobiographie paru en 1950 puis adapté pour le cinéma en 1983), dans lequel un enfant, envoyé à l’école par sa grand-mère, échappe au sort commun à tous les jeunes Antillais, condamnés à être enrôlés dans des bandes de petits délinquants, avant d’aller, plus tard, s’épuiser sur les plantations de canne à sucre.

Anna K.

64 p., 16 €

La Brigade des cauchemars

Scénario Franck Thilliez, dessin Yomgui Dumont, couleur Drac –  Ed. Steinkis, coll. Jungle Frissons – À partir de 12 ans.

48 p., 11,95 €

Tristan et Esteban, 14 ans, font partie de la mystérieuse Brigade des cauchemars, créée par le professeur Angus, le père de Tristan.

Elle vient en aide à ceux qui n’arrivent pas à se débarrasser de leurs mauvais rêves, en entrant dans le cauchemar du patient afin d’en découvrir la source et de la détruire.

Aujourd’hui, le cas de Sarah a ceci de particulier qu’Esteban est certain de l’avoir déjà rencontrée. Mais où ? Esteban est amnésique, ceci explique peut-être cela.

Leur mission doit être remplie en un minimum de temps : si l’adolescente se réveille, ils resteront prisonniers dans son cauchemar.

Une fois la porte des songes franchie, nos deux  » explorateurs  » se retrouvent dans une ville fantôme entourée de hauts murs. Ils ne vont pas tarder à être traqués par une patrouille de mercenaires à la recherche de ceux qui ont échappé au sort qui leur est réservé : les enfants. 

Trois d’entre-eux viennent justement d’envoyer un message en Morse aux nouveaux venus :  » Ici-pas-d’adulte-pas de-danger …

 » Allons voir  » dit Esteban.

Une course contre la montre, passionnante pour le lecteur et à haut risque pour les deux garçons, s’engage alors. Elle est d’autant plus périlleuse que, suite au dépôt de plainte du père adoptif de Sarah, pour hospitalisation de sa fille sans qu’il y ait consenti, deux gendarmes viennent de faire irruption dans la clinique du professeur Angus et exigent que l’adolescente soit réveillée sur le champ. Ils joignent du reste le geste à la parole :  » Petite ? Petite, réveille-toi !  »  

Tempête dans un crâne, panique à bord.

Il reste une vingtaine de planches avant que le lecteur ne découvre le fin mot de cette folle aventure… et en imagine les prolongements. Une réussite.

A.C.

Expo :  » Monet collectionneur « 

Baigneuse assise – A. Renoir (NY)

Musée Marmottan Monet* (Paris) jusqu’au 14 janvier 2018

Claude Monet, de qui le critique d’art John Ruskin disait «  Il vint et descella les portes de la lumière », fut le plus secret des collectionneurs. Pour la première fois, le musée Marmottan Monet lève le voile sur cette passion privée, en organisant une exposition inédite.

Légataire universel du peintre de Giverny et dépositaire du premier fonds mondial de son œuvre, le musée Marmottan Monet a reconstitué cette collection grâce au soutien des plus grands musées et de prestigieuses collections particulières. Il offre l’occasion unique de découvrir ce qui fut le panthéon sentimental et artistique du chef de file des impressionnistes. 

On retrouve Delacroix, Corot, Boudin, Jongkind, Manet, Renoir, Caillebotte, Cézanne, Morisot, Pissarro, Rodin, Signac, Toulouse-Lautrec… Au-delà de ces grands noms, l’exposition nous permet de découvrir d’autres peintres de talent : Paul Baudry, Carolus-Duran, Jules Chéret, Henri Fantin-Latour, Jean-Louis Forain, Constantin Guys, Jean-Jacques Henner, Charles Lhullier, Georges Manzana et Lucien Pissarro (deux des fils de Camille Pissarro), Gilbert de Séverac.

Paysanes plantant des rames – C. Pissarro

L’exposition présente une centaine d’œuvres provenant du musée Marmottan Monet, mais aussi des Etats-Unis, d’Amérique latine, du Japon et d’Europe. Le Metropolitan Museum de New York, la National Gallery de Washington, les musées de Houston, de San Francisco, de Saint-Louis, le musée de Sao Paulo, le Musée National d’art occidental et le Sompo Museum à Tokyo, le Staatsgalerie de Stuttgart, le musée de Langmatt à Baden, le musée d’Orsay et le musée Rodin à Paris, ainsi que plusieurs collections particulières, ont prêté certains de leurs fleurons.

Le parcours retrace l’histoire inconnue de la collection et les différentes phases de sa constitution.

La Promenade – C. Monet
Neige fondante à Fontainebleau – P. Cézanne

Durant sa jeunesse, Claude Monet, sans le sou, ne peut acquérir une œuvre d’art. Les toiles qu’il réunit sont avant tout des cadeaux : des portraits de lui et de sa première épouse, Camille, peints par ses proches durant leurs années de compagnonnage.

Puis vient  le temps des échanges et de la reconnaissance mutuelle.

Monet peignant dans son atelier – E. Manet

Témoin, cette imposante toile peinte par Edouard Manet, représentant le couple dans le bateau-atelier, connu sous le titre Monet peignant dans son atelier (Stuttgart, Staatsgalerie). Elle est au cœur de cette section qui compte par ailleurs de nombreuses toiles de Renoir, dont Madame Monet et son fils au jardin).

P.A. Renoir

Une place est également accordée à la collection d’estampes japonaises du maitre. Considérées comme ayant peu de valeur à sa mort – comme c’est aussi le cas des Nymphéas exposées dans leur continuité – ces œuvres restent dans la demeure du peintre pendant de nombreuses années, cependant que les Corot, Cézanne, Manet et autre Renoir sont vendus à grand prix des 1927 par le fils du peintre, Michel.

Pour la première fois depuis lors, la collection dispersée de Claude Monet renaît en son musée, le musée Marmottan Monet.

* 2, rue Louis-Boilly Paris 16e – 01 44 96 50 33

11 € , 7,50 €, Gratuit s/conditions.

www.marmottan.fr