Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Brecht Evens et les 40 ans d’Actes Sud

Coup de projecteur sur…

À l’occasion de leur 40e anniversaire, les éditions Actes Sud ont passé commande à Brecht Evens d’une œuvre originale qui soit non pas un récit linéaire des décennies écoulées, mais plutôt une évocation de temps forts de leur histoire, ou encore de souvenirs ou d’anecdotes partagés avec des auteurs ou des collaborateurs, de représentations des lieux, arlésiens et parisiens, où elles sont installées, de ré-interprétations visuelles de personnages ou de scènes extraites de romans, de moments de la vie quotidienne qui caractérisent l’activité d’une maison d’édition, une œuvre qui soit une invitation à une rêverie ludique et joyeuse.Cette œuvre, intitulée Fresk par son auteur, est conçue en deux planches de même format (H 95 x L 150 cm) qui peuvent être disposées l’une au-dessus de l’autre ou l’une à côté de l’autre, et ce dans les deux sens, les quatre bords étant parfaitement raccords.Historique : Issues de l’Atelier de Cartographie Thématique et Statistique (ACTES), les éditions Actes Sud ont été créées en 1978, par Hubert Nyssen et sa femme, Christine Le Bœuf, dans un village de la vallée des Baux, où peu après les ont rejoints les autres fondateurs : Françoise Nyssen, Bertrand Py, Jean-Paul Capitani.

D’emblée, la maison développe une politique éditoriale généraliste tournée vers la littérature, mais aussi vers les arts et les sciences humaines. Très vite, elle se distingue par son implantation en région, une situation peu commune à l’époque, et par un certain nombre de caractéristiques : une identité graphique forte (format des livres, choix du papier de couleur ivoire, couvertures illustrées…) et une large ouverture aux littératures étrangères.

En 1983, les éditions Actes Sud s’installent au lieu-dit Le Méjan, dans le centre d’Arles, et poursuivent leur activité dans une volonté d’indépendance et un esprit de découverte et de partage. Dans une même perspective, l’association du Méjan, créée par les fondateurs, entame une programmation d’expositions, lectures, concerts… En 1987, les éditions ouvrent un bureau parisien où elles regroupent certaines activités éditoriales et celles de la communication.

Si le catalogue, depuis l’origine, réserve une place prépondérante à la littérature (une quarantaine de domaines linguistiques, et un domaine français riche à ce jour de six cent cinquante titres), il accueille au fil du temps de plus en plus d’auteurs venus des divers champs de la connaissance et des multiples disciplines artistiques. Et depuis quelques années, avec la publication d’ouvrages portant sur les enjeux de la transition écologique, il affirme l’engagement citoyen de la maison.

Gouvernées par deux mots-clés, plaisir et nécessité, les éditions Actes Sud ont à cœur de soutenir et d’encourager la créativité de tous ceux qui participent à leur aventure éditoriale et de favoriser l’émergence et la reconnaissance de leur talent.

Dossier de 64 p., sortie en mars prochain, voir avec votre libraire préféré.

Éditer c’est découvrir 

S’il est une expression qui conserve plus de sens que l’usage n’en laisse paraître, c’est bien celle qui désigne une maison d’édition. Avec ses connotations de lieu natal, d’accueil, d’hospitalité, de collections et de mémoire, le terme de maison y pèse autant que celui d’édition. Et les années qui passent ne s’en vont pas sans laisser dans la maison les traces de leurs péripéties.

Depuis vingt ans, dans la nôtre, nous sommes attachés à être des découvreurs et des passeurs de ces livres qu’accompagne toujours un cortège de sentiments, d’idées et de réflexions. C’est là notre vocation et la seule.” *

  • Hubert Nyssen, extrait de Le Sens d’un vingtième anniversaire, 1998.
Brecht Evens

Brecht Evens a vingt-deux ans quand il sort de l’école Saint-Luc de Gand (Belgique) avec, sous le bras, Les Noceurs, son projet de fin d’études. Traduit en sept langues, il obtient le prix de l’Audace à Angoulême en 2011. En 2011 toujours, il revient avec Les Amateurs, puis avec Panthère en 2014, tous deux sélectionnés au festival d’Angoulême. En 2014 également, il illustre le livre-CD pour la jeunesse de Wladimir Anselme Les cromosaures de l’espace (Actes Sud Junior). Entre deux livres, il travaille pour la presse (De Morgen, Télérama, Kiblind…), la mode (Cotélac).

Il est régulièrement exposé à la galerie Martel (Paris 10e). www.galeriemartel.com/

  • Angoulême 2018. Retrouvez les éditions ACTES SUD BD et ACTES SUD L’AN 2 sur l’espace Le nouveau monde (stand N44)

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €

L’Heure des mirages

Sortie 25 janvier

de Manuele Fior Traduit de l’italien par Laurent Lombard Ed. Ici Même – Visuels © Ici Même

« Moi aussi j’ai toujours rêvé d’exercer un métier spécial et voilà que je suis dessinateur… » M. F.

Avec L’Heure des mirages, Manuelle  Fior, dessinateur virtuose et multiple, livre un florilège des plus belles images qu’il a créées au cours des quinze dernières années. Des images qui vont des jaquettes de CD aux affiches de cinéma, en passant par sa longue collaboration à Repubblica en compagnie des écrivains Alessandro Baricco et Walter Siti. 

Au fil des pages, l’illustrateur du tout récent La vie devant soi*, parsème sa balade d’anecdotes, de souvenirs, de précisions sur les techniques utilisées, nous livrant ainsi, avec la délicatesse et la légèreté qui le caractérisent, un peu de l’envers de sa création. Un carnet de bord, intime et précieux.

200 p., 26 €

Manuele Fior est né à Cesena en 1975. Après des études en architecture à Venise en 2000, il s’installe à Berlin, où il travaille jusqu’en 2005 en tant qu’architecte, dessinateur, et illustrateur de BD. 

Ces dernières années, il a notamment publié Les Variations d’Orsay* (Futuropolis, 2015), L’Entrevue* (Futuropolis, 2013), Cinq kilomètres par seconde (Atrabile, Fauve d’Or au Festival international d’Angoulême en 2011), Mademoiselle Else, d’après le roman de A. Schnitzler (Delcourt, 2009), Icarus (Atrabile, 2006), Les gens du dimanche (Atrabile, 2004). Manuele Fior vit à Paris.

  • voir BdBD Archives 2016-2017

Je suis un autre

Depuis le 17 janvier

Scénario Rodolphe, dessin et couleurs Laurent Gnoni – Ed. Soleil

Communiqué

Peppo et son frère Sylvio passent leurs vacances estivales sur une petite île de Méditerranée. C’est là que Peppo va tomber amoureux d’une jeune peintre avec laquelle il connaît une brève idylle, sous le regard réprobateur de Sylvio. Lorsque la jeune femme est retrouvée morte, assassinée par un marginal, Peppo est persuadé que son frère est en réalité le coupable.

L’affaire semble réglée, à un détail près : Sylvio est mort depuis des années…Vous ne sortirez pas indemne de ce récit haletant, qui nous plonge dans la tourmente d’un meurtre mystérieux, dans la moiteur d’un été méditerranéen, entre passion amoureuse, jalousie, complot et schizophrénie.

144 p., 18,95 €

Visuels © Soleil

Des chauves-souris, des singes et des hommes

Sortie 25 janvier

de Paule Constant et Barroux – Roman graphique publié aux éditions Gallimard BD, adapté du roman éponyme de Paul Constant.

Cela commence comme un beau conte africain, avec des dessins aux lignes enfantines, des couleurs vives tracées à grands traits et un début d’histoire auquel on a envie d’ajouter il était une fois dans un minuscule village africain du Nord Congo, au bord du fleuve Ebola… Olympe, la seule petite fille, traîne, remplie de tristesse, en l’absence des garçons et de ses frères. Elle ne peut les accompagner à la chasse car l’odeur féminine ferait fuir le gibier. Elle se distrait en adoptant un adorable un bébé chauve-souris qu’elle nourrit d’un peu de salive. Mais les garçons tardent à rentrer et le village s’inquiète…

Pas très loin de là, à l’aéroport, un avion dépose Agrippine, jeune médecin de l’équipe Médecins sans Frontières, venue rejoindre son dispensaire pour commencer une campagne de vaccination. Elle partage un bout du voyage en pirogue avec « docteur Désir », un marchand ambulant européen qui propose aux dames africaines de quoi satisfaire leurs désirs de frivolités.

Virgile, qui étudie le rapport entre les plantations d’hévéas et le réveil des maladies endémiques du fait du bouleversement de l’éco-système, fait étape à la Mission, où il croise Agrippine. 

Thomas, l’interprète, rejoint l’équipe médicale pour lui permettre de toucher toutes les populations.

Le décor est planté, les personnages posés. Comment la catastrophe va-t-elle prendre corps ? Par un simple jeu de circonstances suivi d’une séries de rencontres hasardeuses. 

Finalement, les garçons sont rentrés bien tard de la chasse, traînant derrière eux un énorme gibier, un grand singe. Le village qui n’a pas vu autant de viande de brousse depuis longtemps, s’empresse de l’accommoder en ragoût, et tous, adultes, enfants, chiens de s’en repaître à plaisir. Sauf que les enfants ont caché que le singe avait été trouvé mort et qu’ils ont omis de pratiquer la cérémonie pour déshumaniser leur trouvaille. Alors pourquoi s’étonner quand au matin, quatre d’entre-eux sont trouvés sans vie, la gorge inondée de sang. Et toute la sorcellerie de la reine Mab, consultée bien loin, dans son île, ne pourra rien contre des forces plus redoutables encore. 

Puis, comme dans un ballet, les différents personnages se croisent : docteur Désir, passant par le village, décide, dans l’idée de rivaliser avec la reine Mab, d’emporter la peau de singe pour lui servir de tente de désenvoûtement. Faisant un détour dans le coin pour raccompagner une patiente, Agrippine aperçoit Olympe, qui, accusée de sorcellerie se meurt sur une plage isolée. Elle décide sur-le-champ de l’adopter tandis que Thomas se charge d’en avertir le village. Epouvanté par ce qu’il y trouve, il s’enfuira dans la brousse. À la mission, Virgile passe saluer tout le monde avant d’embarquer pour l’Europe. Il voyage à bord d’un 747, et à son arrivée, sa mère venue l’attendre, lui propose de regagner leur domicile en RER… 

Le contraste est saisissant entre la douceur des couleurs vives, réalisées au pastel et la noirceur de la tragédie mortifère qui se déroule. On a utilisé, pour qualifier l’ouvrage le terme de « poésie déchirante », on ne saurait dire mieux.

Nicole Cortesi-Grou

80 p., 18 € – Visuels © Gallimard BD

V. également : Alpha Abidjan-Gare du Nord de Barroux – Ed. Gallimard

cf. BdBD : « L’étrange », mars 2016

 

 

 

 

 

La Malédiction de l’Immortel

Depuis le 3 janv.

d’Antonio Taboada (scénario) et Dante Ginevra (dessin, couleurs) – Ed. Sarbacane

Londres, 1940. Plusieurs avions survolent la ville. Bang ! Des bombes sont larguées, des immeubles s’effondrent. Dans un pub, un homme prend le temps de terminer sa pinte de bière et de tirer sur son havane, comme si rien de tout cela ne le concernait.Puis, il se lève, enfile son pardessus, sort et se dirige vers un bâtiment officiel.

Peu de temps après deux détonations retentissent dans la nuit

Nous pénétrons alors dans un bureau, celui d’Erwin, un ami de l’homme au pardessus. « Si je tirais sur toi, il ne se passerait rien. Amusant non ? Pauvre immortel », dit Erwin.

Qu’il se fasse appeler Emerick Mansfield ou Georg Brenner, selon le pays dans lequel il se trouve, quelles que soient les raisons qui l’y ont conduit, l’Immortel est loin d’être serein. Il est obsédé par des visions, des flashs récurrents qu’il ne sait comment interpréter.

Erwin lui suggère de se rendre en Allemagne où, bien que recherché pour avoir écrit sur un portrait du Fürher, il trouvera des réponses à ses questions auprès d’une confrérie secrète, appelée le Vril. Le lecteur apprendra plus tard que le Vril est l’une des armes de guerre du régime*.

Pour celui qu’Hitler désigne sous le terme de « Scribouillard du Reichstag », l’aventure ne fait que commencer. Elle va être périlleuse – mais n’est-il pas de taille à échapper à ceux qui le traquent ?

« Il ne sait pas ce qu’il l’attend », a dit à son acolyte celui qui, contraint et forcé, a indiqué à Brenner le chemin qui mène au Vril.

Sa grande prêtresse, qu’on appelle aussi « la Grande psychique du Reich », Maria Orsic, décide dès leur première rencontre de venir en aide à l’Immortel.

Mansfield/Brenner va aimer cette rencontre. Un peu trop peut-être… Et il arrive parfois que le dieu Amour fragilise ceux qu’il croise, ce qui va faire le jeu de celui qui tire les ficelles.

Idéologie, manipulations, superstitions, nous ne sommes ici qu’à mi-chemin de cet étrange et passionnant récit qui tiendra très probablement ses lecteurs en haleine dès les premières planches. 

Anne Calmat

112 p., 19,50 € – Visuels © Sarbacane

  • Séduits par l’idéal nietzchéen du surhomme, les nazis étaient en effet convaincus qu’il existe une puissance immatérielle qui sommeille dans la souche aryenne de l’humanité et qu’en l’éveillant ils réussiraient à améliorer les gènes de leur race et à devenir les égaux des Vril-Ya, une société secrète datant du 19è siècle imaginée par l’écrivain et lord britannique Edward Bulwer-Lytton. Ils  tentèrent donc de s’approprier les connaissances de la confrérie du Vril et de les détourner à leur profit, n’hésitant pas à reprendre à leur compte l’antique symbole religieux shivaïste de la Svastika qui en était le signe de ralliement de ses membres.

Turing

Depuis le 3 janv.

Texte et illustrations Robert Deutsch – Ed. Sarbacane

Le film de Morten Tyldum (GB-USA 2014), The Imitation Game, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle d’Alan Turing (1912-1954), décrivait l’itinéraire de  ce mathématicien de génie précurseur de l’ordinateur, depuis son adolescence solitaire, marquée à jamais par son amitié amoureuse pour son camarade de collège, jusqu’aux années où, chargé par les autorités britanniques de décrypter le code secret qu’utilisaient les Allemands pour diriger leurs opérations militaires, il devint l’un des principaux artisans de leur défaite.

On le voit travailler sans relâche avec son équipe à Bletchley Park (GB). Les relations entre cet homme tourmenté et ses collègues sont souvent chaotiques, mais seul le résultat compte.

Son soutien affectif viendra de sa grande amie Joan Clarke – elle-même victime du machisme de la société britannique de l’époque – qu’il finira par demander en mariage, sans faire mystère de son homosexualité.

Humilié sur la place publique, vilipendé, condamné en 1952 à choisir entre la prison et la castration chimique, il se suicidera le 7 juin 1954 en croquant une pomme contenant du cyanure*. 

L’album conçu par Robert Deutsch débute à ce moment-là. Puis nous remontons le temps. Trois années séparent Alan Turing de son grand saut vers l’inconnu. Il travaille maintenant avec passion sur l’intelligence artificielle, tout en subissant les effets indésirables de son traitement… Mais est-il homme à se satisfaire de rencontres éphémères et glauques dans les toilettes d’un bar, avec le risque ensuite d’avoir été la cible d’aigrefins ? 

Une réflexion forte sur le devoir, la solitude, la quête d’identité, servie par un dessin presque minimaliste qui n’est pas sans évoquer celui de l’Américain Richard McGuire (v. Ici s/BdBD).

A.C.

192 p., 29 €

  • Pour la petite et la grande Histoire, en 2009, le Premier ministre, Gordon Brown, présenta des excuses au nom du gouvernement britannique pour la manière dont Alan Turing avait été traité. En 2013, la reine lui exprima un pardon posthume.

L’auteur : Né à Köthen (Allemagne), Robert Deutsch est un illustrateur et graphiste free-lance travaillant à Leipzig. Il publie et expose ses créations dans le monde entier, de l’Allemagne aux États-Unis en passant par la France, le Portugal et la Finlande. Finaliste du Prix de la bande dessinée du Berthold-Leibinger-Stiftung en 2015 et nommé deux années d’affilée au grand prix du German Design Award (en 2016 et 2017), il est une figure montante de l’illustration européenne.

Vies volées : Buenos Aires – Place de Mai

Sortie 10 janvier

de Matz et Mayalen Goust – Ed. Rue du Sèvres 

Coup de projecteur

En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, cinq-cents bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver.

Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et décide de faire un test ADN. Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage.

À travers leur quête, on s’interroge sur l’identité, la filiation, la capacité de chacun à se confronter à ses propres bourreaux, à surmonter une trahison et parvenir à envisager un nouvel avenir.

15 €