D’une Alice à l’autre… 2/3

2015 – Visuels © éditions Delcourt Coll. Métamorphoses

Autre approche graphique particulièrement innovante, celle de Benjamin Lacombe.

Il s’agit cette fois d’une traduction du roman de Lewis Carroll par Henri Parisot et non de son adaptation en bande dessinée.

« J’ai souhaité revenir à la source: aux désirs de Carroll, à son époque, à ses références très victoriennes ; et surtout à l’ambivalence, à l’ambiguïté du texte qu’il a écrit », dit Benjamin Lacombe.

« Pour créer mon Alice, je me suis nourri du modèle que l’auteur avait fourni à John Tenniel – les photos de Béatrice Henley – ainsi que de l’univers singulier et sulfureux des photos d’enfants qu’il a prises toute sa vie. Et pour donner corps au pays des merveilles, j’ai eu envie d’aller beaucoup plus loin dans mes images, avec un format bien plus grand que celui que j’utilise habituellement. Ainsi, une fois réduites, ces images donnent un sentiment de vertige propre au monde dans lequel la petite Alice vacille… »

Nous sommes ainsi propulsés au coeur de l’œuvre de celui dont Gilles Deleuze affirmait qu’il avait « fait la première mise en scène des paradoxes du sens, tantôt en les recueillant, tantôt en les renouvelant, tantôt en les réinventant ». 

Au fil de du récit, que l’on connaît moins pour l’avoir lu qu’au travers du cinéma, de la BD, du théâtre ou de la musique, les illustrations de Benjamin Lacombe (gouache, huile et aquarelle) s’imprègnent d’une fantaisie baroque qui met parfaitement en lumière sa dimension surréaliste et subversive.

Et quelle belle idée d’avoir traduit les changements de taille d’Alice à l’aide de planches qui se rabattent ou se déploient !

A.C.

296 p. 29,95 €

Amy Winehouse

En librairie de 8 août 2018

«Ce n’est en rien une histoire sombre ou tragique comme les médias l’ont faussement rapporté. Elle était une âme exceptionnelle et aimante qui remporta des victoires personnelles incroyables, et c’est ce que je vois dans ces images.» 

Blake Wood

Quand en 2007, au lendemain d’une rupture, le photographe américain de 22 ans Blake Wood arrive à Londres, un ami commun lui présente Amy Winehouse. La chanteuse à la voix brute et sensuelle, qui vient de remporter cinq Grammy Awards pour son album de 2006, Back to Black, est alors au sommet de sa gloire, mais elle se débat dans une relation sentimentale compliquée et vit difficilement l’attention permanente que lui portent les médias. Unis par une même créativité et des histoires personnelles similaires, Wood et Winehouse bâtissent rapidement une amitié profonde, et ne se quitteront plus pendant deux ans.

Les images de Winehouse en concert à Paris ou jouant de la batterie dans le studio aménagé chez elle à Camden Town, à Londres, côtoient les portraits tendres de la jeune femme insouciante et détendue à Sainte-Lucie ou charmeuse devant l’appareil photo, pour composer ce journal intime de la diva de la soul au moment où elle était l’une des voix les plus célèbres sur la planète.

L’histoire de cette étroite collaboration émotionnelle se raconte à travers l’objectif de son confident, au fil de 85 photos couleur et noir et blanc, la plupart inédites, qui révèlent l’amour, la confiance et le respect qu’ils se vouaient l’un à l’autre. Guidé par un texte de la célèbre critique de la culture pop Nancy Jo Sales, découvrez une facette rare et plus légère de cette icône regrettée, totalement elle-même sous le regard de son ami, une fille de Londres, qui profitait à fond de la vie.

176 p., 30€

D’une Alice à l’autre… 1/3

C’est au travers du personnage d’Alice, revu et corrigé au fil du temps par une flopée d’illustrateurs, que nous aborderons l’été 2018. 

Avec successivement Alice au pays des comics (le 21 juin)Alice au pays des merveilles (le 28 juin) et De l’autre côté du miroir (le 5 juillet).

Ed. Urban comics, 2017

Dans Alice au pays des comics, quinze visions (Walt Kelly, Jerry Sieglel, Warren Kremer, etc.) et autant de styles graphiques, l’ont illustrée dans le courant des années 1940-1950: du noir et blanc, des couleurs criardes, de la sobriété, de l’exubérance, avec en toile de fond une certaine vision de la société victorienne du 19e siècle.

D’autres signatures présentes dans l’album, datant également de la même période, ne laisseront pas un souvenir impérissable aux lecteurs de cette anthologie conçue à l’occasion des 150 ans de celle qui, dans la vraie vie, se nommait Alice Liddell… et était peut-être devenue une vieille dame indigne… Mais ceci est une autre histoire…

Lewis Carroll (1832-1898)

Alice est à la fois l’archétype de la petite fille modèle et une projection idéalisée de ce que son créateur, timide, bègue et replié sur lui-même, aurait voulu être. Une Alice, certes en inadéquation permanente avec le monde qui l’entoure – tantôt naine, tantôt géante, mais toujours prompte à imposer son esprit frondeur et à transgresser les règles sociales de bienséance qui lui ont été inculquées.

Ses aventures semblent dans cet album plus audacieuses que dans l’œuvre initiale, bien qu’elles l’étaient en réalité plus qu’il n’y paraissait lorsque le révérend Charles Lutwidge Dodgson, alias Lewis Carroll, professeur de mathématiques à Oxford, écrivit en 1865 ce récit pour enfants, dans lequel s’exprime, parfois en filigrane, la vision plutôt noire qu’il avait de ce pays prétendument merveilleux

On quitte ici encore plus souvent qu’à l’accoutumée le pays des merveilles pour s’enfoncer dans celui des embrouilles (avec George Carlson), des cauchemars (avec Alex Toth et Charles Schulz), ou bien, comme dans cet épisode que Stephen Kirkle a intitulé De l’autre côté du miroir, dans celui de l’effroi. Il introduit ainsi sa propre version d’Alice: Bienvenue cher lecteur dans ma bibliothèque de contes « défaits ». Aujourd’hui je vous propose un petit moment de « litterreur » qui ne manquera de vous glacer le sang et de vous retourner le cerveau à la vue de l’horreur la plus démentielle.

Son héroïne est manifestement dans de sales draps… Provisoirement.

À suivre.

A.C.

192 p., 29 €

 

 

 

 

Anne Boille, peintre plasticienne

le coup de cœur de Jean Marc Boissé

À deux pas de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste de Belleville et du métro Jourdain, et juste à côté d’un café baptisé Le relais Belleville, qui a su garder son charme d’antan, se trouve la Galerie-Atelier d’Anne Boille*.

Originaire de Tours et diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Ateliers d’Art et des Métiers d’Art (ENSAAMA, Paris), Anne Boille a participé à des Salons d’Arts contemporains, à des expositions dans des lieux  prestigieux, tel que, par exemple, l’Hôtel Lutétia (Paris 6e), et fait de nombreuses expos, en France comme à l’étranger.

Anne Boille a développé depuis plusieurs années une technique appelée le fixé sous verre.

Ce procédé est né à la Renaissance, à Murano où les artisans verriers peignaient des copies de thèmes bibliques ou des ex-voto sur des chutes de verre, qu’ils vendaient ensuite sur les marchés. Ce procédé qui consiste à peindre au dos d’une plaque de verre est très particulier et minutieux. Il s’est étendu de l’Italie à toute l’Europe jusqu’au au début du XIX siècle.

Anne Boille a quant à elle remplacé le verre par du plexiglass, plus léger et moins fragile.

« Je travaille à l’envers », dit-elle. « Les premiers plans sont peints d’abord, donc les boutons avant la chemise, les lacets avant les chaussures, les lunettes avant le visage. »

Viennent ensuite les plans suivants, ce qui donne à tous ses tableaux un visuel très « cinématographique », avec un premier plan, un arrière-plan, et un éclairage qui vient du fond.

Visuels copyright Anne Boille

Le grand talent d’Anne Boille est d’offrir à chaque scène, à chaque « séquence », une qualité exceptionnelle du détail – je dirais « comme au cinéma ». Car il s’agit bien de séquences de lieux urbains et contemporains…

Ses thèmes de prédilection ? Les terrasses de cafés – Les Deux Magots, La Brasserie Parisienne, Le Bar de Belleville, Le Café Florian… Mais aussi les devantures de boulangeries-pâtisseries, les personnages « bobos » ou « populaires », « Arty », serveurs… Tout ce qui donne vie à ces lieux.

Elle a récemment ajouté à ses créations de très belles et beaux « Runners » (ex-joggeurs).

  • Galerie-Atelier Anne Boille (Expo permanente) 7 rue Constant Berthaud Paris 20e

J.M.B.

Théâtre – Déjà la nuit tombait (fragments de l’iliade)

 

Coup de projecteur sur…

Déjà la nuit tombait d’après Homère – Conception, mise en scène Daniel Jeanneteau. Théâtre de Genevilliers, du 19 au 23 juin 2018

Avec Thibault Lac (danseur), Axel Bogousslavsky, Thomas Cabel (comédiens) et la participation de Laurent Poitrenaux (voix enregistrée).

Conçu avec la collaboration de l’Ircam, ce spectacle-performance explore les possibilités scénographiques du son et s’inscrit dans les modules d’expérimentation In Vivo, présentés lors du festival Académie ManiFeste 2018*.

« [il] s’approcha de lui

Et lui planta son javelot dans le bas de la nuque.

Le bronze sortit de ses dents en lui tranchant la langue,

Et l’homme chut, serrant le bronze froid entre ses dents. »

L’Iliade, chant V, 72.

« Aucun ne vit entrer Priam. Il s’approcha d’Achille,

Il lui embrassa les genoux, il lui baisa les mains,

Ces terribles mains qui lui avaient tué tant de fils ! »

L’Iliade, chant XXIV, 349

Trop âgé pour prendre part à la guerre de Troie, le Roi Priam a envoyé Hector, son fils bien-aimé. À l’époque où se déroule le poème d’Homère – celle de la dixième année de la guerre – Hector vient de mourrir au cours du combat qui qui opposait les deux camps. Priam vient récupérer son corps, que détient rageusement Achille. C’est la tombée du jour, le vieillard traverse la lande avec un âne. Il a perdu sa superbe. Achille vient lui aussi de perdre un être cherPatrocle, tué par Hector. Deux ennemis irréductibles, deux inconsolables vont s’affronter.

Au moment où débute le spectacle, Priam arrive, il baise les mains d’Ulysse, « ces effroyables mains, tueuses de guerriers, sous lesquelles ont succombé tant de ses fils ». Il le supplie humblement de lui rendre son enfant. Ce faisant, il touche la part d’humanité de l’impétueux fils de Pélée et de Thétis…

Le duel d’Achille et la prière de Priam (Chant XXIV) comptent parmi les épisodes les plus célèbres de ce poème épique (IIIe siècle avant J.-C.), admirable par sa puissance et la force des sentiments qui sont exprimés.

Ce qu’en dit Daniel Jeanneteau:

« Pendant un instant, protégés par le sommeil de toute une armée, les deux ennemis se regardent. Rien ne les rattache plus aux lois extérieures, aux haines apprises. Ils inventent un moment qui n’est qu’à eux, fait d’admiration et de larmes. Des siècles de fureur machinale se précipitent dans leurs regards brûlés, et s’éteignent : en eux l’espèce se reconnaît. Ils se taisent, se regardent, mangent, dorment. Leur insignifiance commune représente l’exacte contrepoids de tout le tumulte qui l’a précédée. »

Beau projet. À découvrir sans coup férir.

Anna K.

Du 19 au 23 juin au T2G – Théâtre de Gennevilliers – 41 avenue des Grésillons – M° Gabriel Péri (ligne 13) 01 41 32 26 10

www.theatre2gennevilliers.com

Plein tarif : 24 € 

 9 € Pour les résidents de Gennevilliers, Asnières et Clichy
18 € pour les seniors, résidents du 92,
14 €  les professionnels de la culture et de l’éducation nationale
12 € pour les moins de 30 ans, étudiants, intermittents, demandeurs d’emploi, adhérents à la Maison des Artistes, public handicap

  • Académie et ManiFeste sont un moment de rencontres privilégiées entre les différents protagonistes du spectacle vivant. L’accent est cette année mis sur le théâtre. Pour ce projet bien spécifique, le metteur en scène a proposé à deux jeunes compositeurs, Chia Hui Chen (Chine) et Stanislav Makovsky (Russie), de concevoir un spectacle commun en travaillant sur une scénographie sonore de L’Iliade, matérialisant la violence extrême du poème. Cette scénographie sonore, purement électronique, se nourrit de leurs apports, utilisant les outils logiciels de transformation du son et de spacialisation de L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

Manolis (suivi de) Gilets de sauvetage

Depuis mai 2018

Manolis de Allain Glykos (scénario) et Antonin Dubuisson (dessin) – Ed. Cambourakis

 » Les soldats turcs ont séparé les hommes et les femmes. Ils ne nous ont donné que quelques minutes pour faire nos baluchons. Nous marchions en colonnes sur les routes jonchées de cadavres. Quand j’ai embarqué avec ma grand-mère pour un voyage sans retour, mon père était sûrement déjà mort. Nul ne sait comment et nul ne sait ce qu’ils ont fait de son corps. La mer était rouge de sang. Dans la déroute, ma mère et mes frères ont pris un autre bateau… « 

Voilà ce que mon père m’a souvent raconté. Une histoire si lointaine et si proche. Un récit qui, aujourd’hui encore, résonne de sa voix entrecoupée de larmes et de silences. Des images et des mots contre l’oubli. Allain Glykos

C’est à travers l’itinéraire du petit Manolis, chassé de son village de Vourla, dans la région de Smyrne (Izmir aujourd’hui), réfugié dans une famille d’accueil à Nauplie, retrouvant sa famille en Crète pour finalement émigrer en France, que ce roman graphique évoque l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire grecque du XXe siècle, connu sous le nom de « Grande catastrophe ». Il rejoint en ce sens le second roman graphique des deux auteurs (v. ci-après), publié dans le même temps aux éditions Cambourakis.

Rappel historique. Le conflit gréco-turc, qui fait suite à la première guerre mondiale, débouche à l’automne 1922 sur la défaite des troupes grecques face à l’armée conduite par Mustafa Kemal.

Les conséquences humaines de cet événement – massacre et expulsion des populations chrétiennes d’Anatolie – vont entre autres faire basculer le destin du père d’Allain Glykos. Cette mémoire douloureuse est au coeur de ce roman graphique, qui montre les souffrances endurées par les populations sans jamais s’y appesantir. Une chronologie et une carte complètent le récit et donnent les repères historiques essentiels.

La personnalité de Manolis, petit garçon courageux, généreux, avide de connaissances et désireux de découvrir le monde, illumine le récit. Au fil du livre, il perdra peu à peu sa naïveté initiale, écoutant les conversations des adultes qui rendent compte de la complexité de la situation.

192 p., 20 € – Visuels © Cambourakis

Depuis mai 2018

Gilets de sauvetage d’après le roman d’Allain Glykos (scénario) et Antonin Dubuisson (dessin) – Ed. Cambourakis

 » Aucune armée de douaniers, de soldats, aussi puissante soit-elle, n’empêchera la faim d’aller chercher le pain là où il y en a, de venir vérifier si la réalité a quelque chose à voir avec le rêve. » Allain Glykos

Trois ans que le narrateur n’est pas allé en Grèce, le pays de son père, où il a séjourné pendant des années auparavant afin de retracer la trajectoire paternelle.

Il se réjouit d’y retourner pour un peu de vacances. Quelques semaines d’apaisement en perspective alors que Paris vient d’être touchée par les attentats de 2015. Lorsqu’il arrive sur l’île de Chio, tout semble propice au repos recherché. Rapidement cependant sa compagne et lui perçoivent les signes et les difficultés quotidiennes des habitants, victimes de la crise économique qui touche tout le pays.

Ils vont surtout être vite témoins de l’arrivée de migrants. Rattrapés par cette criante et cruelle actualité, ils ne peuvent se contenter d’un séjour touristique. Au fil de leurs visites, ils vont ainsi aller à la rencontre de ces gens qui ont fuit leur quotidien, leur terre natale, en quête d’un peu de paix.

Dès lors, cette bande dessinée donne voix aux migrants, une façon de restituer leur histoire, leurs parcours, comme autant d’échos à celui du père du narrateur qui avait dû quitter sa terre, chassé par les Turcs lors de la Grande catastrophe en 1922.

Dans la continuité du roman graphique Manolis, Gilets de sauvetage livre un témoignage empreint d’une grande humanité qui rend compte des prolongements et des rebondissements de l’Histoire.

160 p., 24 € – Visuels © Cambourakis

Les auteurs

Né en 1948, Allain Glykos vit et enseigne à Bordeaux. Romancier, il a publié une vingtaine de livres, dont plusieurs d’inspiration autobiographique, principalement publiés aux éditions de L’Escampette. Il est également l’auteur d’un film documentaire TV autour de la figure de son père.

Né en 1986, Antonin Dubuisson dessine depuis tout petit dans les marges des cahiers. Il est l’un des animateurs du fanzine bordelais Zymase. Ses premières bandes dessinées Tout est bien qui finit bien et les Aventures de Roger Pixel, ainsi que le carnet de voyage Karakolo (Prix de la presse du festival du Carnet de voyage de Clermont-Ferrand en 2011) ont paru aux éditions Croc en jambe. Manolis est son premier projet d’envergure.

Les cahiers japonais (T.1 et 2/2)

Octobre 2015

Les Cahiers japonais (T.1) de Igort (texte et dessin) – Ed. Futuropolis, 184 p., 24 €

Chronique audio (5’04)  Juliette Poullot, librairie Les Buveurs d’Encre, Paris 19e

Également diffusée dans l’émission « Act’heure » sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM

 

 

 

 

En librairie le 7 juin

Les Cahiers japonais (T.2) Texte et dessin : Igort  – Ed. Futuropolis, 184 p., 24 €

«Tout avait commencé avec la lecture des carnets de voyage du poète Matsuo Basho, l’inventeur du haïku. Voyager, pour lui, c’était un état intérieur, un vagabondage sans but précis, le coeur prêt à cueillir la moindre étincelle de vie. Voilà, ce fut cette idée, je crois, qui me fascina et me mit sur la voie, encore une fois. En marche, sans but déterminé, allais-je rencontrer quelque chose qui enrichirait ma petite existence ?» 

Igort est l’un des rares auteurs occidentaux à avoir travaillé directement pour un éditeur japonais. Avec ce second ouvrage, il revient sur son amour pour la culture de ce pays, amenant le lecteur à découvrir des pans peu connus du Japon

Reprenant son bâton de pèlerin, il nous convie à un voyage très intime au Japon sur les traces de son ami Jiro Taniguchi, mais également, sur celles de Miyamoto Musashi, figure emblématique du Japon, maître bushi, philosophe et le plus célèbre escrimeur de l’histoire du Japon ou de Yasunari Kabawata, prix Nobel de littérature. Sur celles du passé, Igort sillonne notamment Hiroshima. Il visite aussi un fabricant de papier traditionnel qui aime à dire : « Boue, bois, papier, voilà l’essence du Japon. » Il raconte aussi la pression au travail et montre les Hikikomori, ces adolescents refusant de sortir de chez eux, ou Love Plus, une application vidéo qui permet une relation virtuelle avec une fille de rêve.

La photo vient alors s’associer au dessin. Igort mélange souvenirs de rencontres, impressions de voyage, instantanés et composition de paysages. Il mélange cette matière réelle à l’imaginaire. C’est cette subtile conjugaison qui donne sa ligne de force à sa narration.

 

Willy Ronis par Willy Ronis

Entrée libre

Au Pavillon Carré de Baudoin, Paris 20e  – Jusqu’au 29 septembre 2018 – Chronique Jean Marc Boissé

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

mPrêts pour le voyage ?

Où ?

121 rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 

M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h