Performance : À l’infini nous ressembler

À l’infini nous ressembler

Conception, texte, photographies, montage vidéo Jean-François Spricigo

Avec Anna Mougladis et Jean-François Spricigo

Extraits vidéo : D’amore si vive de Silvano Agosti 

Création du 07 au 17 novembre 2018 au Centquatre-Paris*

© Jean-François Spricigo

Communiqué

Que se trame-t-il derrière la rencontre entre deux individus ? Une attraction physique, intellectuelle, spirituelle ? Un dédale de déterminismes ? Un phénomène chimique ?

Jean-François Spricigo

Jean-François Spricigo, artiste associé au Centquatre-Paris met dans cette  performance fraîchement créée tous ses talents à l’œuvre pour tenter d’« atteindre la vérité de deux êtres enlacés par la vie ». 

L’écriture d’abord, parcellaire, musicale et visuelle, pour capter ces « instants de rien, éclats de silence ». La photographie ensuite, noire et blanche, grumeleuse et vibrante, pour frôler du regard « l’illumination [qui] aveugle les sourds ». La mise en scène enfin (v. ci-après).

La mise en scène enfin.

À l’infini nous rassembler, ce sont deux personnes, un homme et une femme, qui correspondent, séparées par un écran face public où se succèdent les images en mouvement. Leurs silhouettes se dédoublent en un jeu d’ombres qui étire leur rencontre et diffère le moment de l’étreinte.

 » Ils sont deux, Masculin et Féminin, ils sont trois, enlacés par la Vie, ils sont le début et la fin, ils sont tout dans ce monde et ils ne sont rien. Chacun ensemble, à l’infini nous rassembler. « 
© Jean-François Spricigo

Jean-François Spricigo murmure que le mystère d’une rencontre s’échappe toujours dans un ailleurs, et pour un temps, dans la voix de son interprète Anna Mouglalis, en parfaite osmose avec cet interstice clair-obscur.

© Jean-François Spricigo

Accompagné de la comédienne, il propose une fenêtre singulière sur le monde. Visions et ombres s’éclairent et les éclairent, jusqu’à enfin se retrouver.

À travers un dispositif d’images éthérées, se construit pas à pas la présence.

Comment faire éclore une rencontre ?

Pour atteindre la vérité de ces deux êtres, j’ai désiré le clair-obscur afin de cheminer en exacerbant les sens, une tentative d’extrême conscience, dit le photographe.

Exploration sensible sur le fil des mots et des images. Promenade funambule au gré du vent, approcher l’expérience de sa caresse et sentir le souffle des précipices quand vient la chute.

  • 5, rue Curial Paris 19è – M° Riquet. Bus 54/60
  • 01 53 35 50 00 

15/12/10 €

 

Pleins feux sur Thierry Murat

Thierry Murat est auteur de bandes dessinées et illustrateur de livres pour enfants. Aux éditions Futuropolis, il a notamment publié : Animabilis (En librairie le 1er nov. 2018), EtunwAn Celui Qui Regarde (juin 2016), Le Vieil homme et la mer (oct. 2014), Au vent mauvais (mars 2013), Les larmes de l’assassin (nov. 2011).

© T. Murat/Futuropolis, 2018

Animabilis 

ANIMABILIS : vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant… Du mot latin anima (âme, vie, air….), suivi du suffixe bilis, qui lui donne une fonction d’adjectif.

                      Cicéron, 1er siècle av. J.C.

Il neige fort ce jour de décembre 1872. Un jeune homme cherche sa route en direction de Hauwton Brigde, un village perdu du nord Yorkshire. Il est Français, journaliste et vient enquêter sur des choses bizarres qui ressurgissent ici depuis quelques temps.

Sa première rencontre se fait avec une corneille qui lui abandonne un peu de son sang incarnat.

Une simple corneille ?

Dans l’auberge Old farmer’s Inn, où il est froidement accueilli, Victor de Nelville collecte les angoisses des villageois isolés, assorties de légendes aussi vivaces que leurs vieilles rivalités.

Les brebis sont décimées par une maladie mystérieuse attribuée au retour de Padfoot, le chien noir aux yeux rouges, annonciateur de la mort.

En quelle considération un esprit rationnel peut-il tenir ces « balivernes » issues d’un ésotérisme anglo-saxon ? Mais que sait-on de la tradition druidique et du haut enseignement celtique ?

La découverte, un matin brumeux, du corps pendu d’un chien noir, coïncidant avec la disparition du berger magnétiseur, fait se délier les langues, qui évoquent la lycanthropie, métamorphose de l’homme en animal. Est-on enfin débarrassé à tout jamais de Padfoot ?

Or, le corps du berger est retrouvé mort par strangulation, ainsi qu’une boîte au couvercle orné d’un pentacle contenant le cœur d’une brebis, qu’il lègue à Victor.

Dès lors, celui-ci fait des rêves dans lesquels il rencontre une femme mystérieuse, Mëy, en même temps qu’une inspiration poétique lui dicte des vers. Au matin, il découvre à son chevet la corneille, qui couvre son carnet de perles de sang.

Entre rêve et imaginaire, entre veille et sommeil, Victor va basculer du côté de la nuit et du monde poétique, associé à Satan par l’église et moqué par le commun des mortels. Monde troublant, exigeant, qui conduit aux limites de la folie, mais qui, seul, peut révéler aux hommes une autre vérité que celle, commune, colportée par livres et journaux.

Et puis, cet univers l’autorise à retrouver Mëy, et avec elle, le féminin sacré qui s’est tissé au fil des siècles.

Commencé dans la neige, ce récit se terminera tragiquement dans la neige, non sans qu’un cycle de saisons se soit écoulé.

Le prologue et l’épilogue offrent des scènes d’enfance au Moyen Âge, période connue pour avoir été traversée par le destin de ces femmes si inquiétantes et savantes que l’on nommait sorcières.

Ce récit étrange prend forme au cours d’une succession de planches au graphisme magnifique. Paysages et personnages apparaissent en noir, blanc et brun clair. Quelques bleus évoquent la nuit, le rouge orangé, les scènes d’incendie et le rouge sombre, la violence. Le trait est noir, précis, net, impressionnant d’évocation et de justesse dans les détails. Le texte apparait au bas des planches, les échanges, rares, s’inscrivent directement sur l’image. L’effet de silence est saisissant, d’autant que la première partie se déroule sous une neige épaisse qui tombe sans fin.

Un exercice d’admiration rendue à la femme, à la poésie, poétique lui-même, qui a sur nous un profond retentissement.

Nicole Cortesi-Grou

160 p., 22 € (Archives BdBD/Arts +)

copyright Murat/Futuropolis

EntunwAn Celui Qui Regarde

On a déjà beaucoup écrit, beaucoup filmé sur le sort qui fut celui des premières nations d’Amérique, ceux qu’on a appelés tour à tour les Indiens, les Amérindiens, les Américains natifs, les peuples autochtones, les Premières Nations, chez les Canadiens…
Du western caricatural et historiquement mensonger à la prise de conscience du génocide des premiers Américains, films et livres ont retracé le long cheminement de la conscience occidentale. Il faut évoquer aussi les  auteurs amérindiens, de Tony Hillerman avec ses polars navajos à Louise Erdrich et Scott Momaday, en passant par Joseph Boyden, écrivain majeur de notre siècle.


Nous avons entre les mains un objet singulier et intéressant, un roman graphique qui imagine le parcours de Joseph Wallace, personnage de fiction, photographe à Pittsburgh. Parti en 1867 avec ce qu’il croit être une expédition d’exploration, il va découvrir peu à peu les territoires de l’Ouest et consigner ses réflexions dans un petit carnet, que l’auteur nous montre dans sa langue originale.

La première rencontre emblématique du héros est celle d’un tueur de buffles qui travaille pour la Transcontinentale, la ligne de chemin de fer qui traverse les terres autochtones. Joseph apprend ainsi le massacre des animaux.
Il débarque du train à Saint-Louis, Missouri, et découvre ceux qui vont être ses compagnons lors de l’expédition Walker & Johnson, financée par le gouvernement fédéral. Elle comprend nombre de scientifiques, mais aussi des chercheurs d’or et quelques repris de justice. Le convoi de chariots traverse les étendues sauvages, comme dans les bons vieux westerns.Tout en s’interrogeant sur les raisons qui l’ont poussé à quitter la quiétude de son studio de Pittsburgh, où il portraiturait sans enthousiasme les bourgeois du cru, Joseph consigne ses impressions dans son carnet. Il va apprendre que cette expédition a en fait pour but la découverte de nouvelles terres à coloniser.
Ne risque-t-il pas d’y perdre son innocence ?

Nous allons assister, au cours d’une scène très filmique, à une première rencontre avec les « Indiens ». Un membre de l’expédition tire à vue et sans sommation sur les cavaliers, et un ornithologue reçoit une flèche en retour. On apprend qu’ils expriment ainsi leur colère face au massacre des bisons, source de vie.

Le ton est donné. Le héros va faire des rencontres déterminantes, comme celle de ce jeune Indien, qui après avoir vu comment il capture la lumière, lui permet de vivre quelques jours dans son campement, et de découvrir le quotidien de sa tribu, ainsi que sa langue. À la fin de l’expédition dont l’aspect brutal et dominateur ne lui a pas échappé, Joseph rentre à Pittsburgh avec ses clichés précieux. Il ne rêve que de repartir – ce qu’il fera quelques années plus tard – pour prolonger seul cette découverte des terres indiennes et des peuples qui y vivent.

Joseph a bien conscience déjà, à la fin des années 1860, qu’il assiste à l’anéantissement d’une civilisation riche, pacifique, proche de la terre, mais incapable de se défendre contre le monstre.
Il passera quelques jours chez le trappeur Isaac, sorte d’alter ego, qui, lui, serait allé au bout de ses idées. Cet épisode rappellera aux cinéphiles le personnage de
Jeremiah Johnson ou celui de Danse avec les loups.

Après une histoire d’amour avec une belle autochtone, dont le nom signifie  « papillon », on retrouvera notre photographe trois décennies plus tard, toujours tiraillé entre deux mondes et étreint par une nostalgie inextinguible.
On suivra sa correspondance avec Herman Greenstone, professeur et compagnon de la première expédition. On y lira son engouement pour les
Fleurs du Mal – Baudelaire embarqué au Far-West.

C’est son ami qui lui apprendra le massacre à grande échelle des Indiens, chronique d’une mort annoncée…

Ce qui fait l’originalité de ce roman graphique, c’est d’abord le traitement de l’image. C’est à travers l’objectif de Joseph que nous découvrons lieux et gens. La gamme des sépias, des bleus dans les scènes de nuit, le traitement de la lumière sont ceux de la prise de vue photographique et de la nouvelle technique du collodion sur plaque. Cela nous permet un coup d’œil sur l’évolution de cet art ; le dessinateur nous donne à voir des clichés autant que des dessins, y compris les négatifs des photos de Joseph avant qu’il ne les développe. Par ailleurs l’auteur, très bien documenté, donne à lire aussi bien l’anglais de Wallace dans son carnet que les langues orales des Amérindiens, transcrites en phonétique. Et même si nous n’avons pas les clés pour déchiffrer ces paroles en Lakota, on y croit, effet de réel garanti.

Le récit n’est certes pas exempt d’un certain manichéisme, les Indiens n’y apparaissent que sous leur jour le plus flatteur, mais sans doute n’est-ce que justice…

Plus profondément, la BD nous mène à une interrogation sur le statut de la photo et du photographe, « celui qui regarde »… Comme s’il fallait choisir entre photographier et agir.
Joseph Wallace a rêvé de faire un livre de ses clichés, mais suffit-il de témoigner avec des photos de la beauté d’un monde englouti, de la violence qui est faite aux peuples et aux animaux pour agir sur le monde ? Brûlante question d’actualité.

Thierry Murat a fort bien réussi son coup, on est en empathie avec son personnage, on est à même de saisir ses interrogations et l’on garde sur la rétine ces clichés d’un monde disparu.

Danielle Trotzky

160 p., 23 € (Archives BdBD/Arts +)

Copyright Murat/Futuropolis

Le Vieil homme et la mer

Communiqué

Cuba. Début des années 1950. Santiago, un vieux pêcheur rentre une fois encore la barque vide. 84 jours qu’aucun poisson ne mord sa ligne. Tout le monde le pense
trop vieux et devenu piètre marin.


Seul Manolin, petit garçon, continue de croire en lui et veut l’accompagner dans ses sorties en mer. Mais ses parents l’obligent à regagner un navire plus chanceux, et l’enfant continuera le soir à visiter le vieil homme dans sa cabane.

Le 85e jour, Santiago décide d’aller pêcher loin dans le golfe. Il est confronté à un espadon, poisson énorme et fort. La lutte homérique entre le vieil homme et le poisson prédateur durera trois jours
et trois nuits ; à son retour sur la terre ferme, le vieil homme aura regagné sa dignité après une bataille courageuse.

128 p., 19 €

Copyright Rascal/Murat/Futuropolis,

Au vent mauvais de Rascal (récit) et Thierry Murat (dessin)

« La vie est une farce à mener par tous »*, peut-on lire en exergue à ce qui va suivre…

Alors qu’Abel Mérian est en train de réaliser qu’il peut faire une croix sur le magot qu’il avait planqué avant son incarcération dans le sous-sol d’une usine désaffectée, la sonnerie d’un téléphone portable, oublié sur un banc, retentit.

Une voix de femme lui demande de bien vouloir lui expédier ledit portable en Italie « Mon avion décolle dans quinze minutes, je vous communiquerai mon adresse par texto », ajoute-t-elle. Mi-intrigué mi-séduit par cet incident qui arrive à point nommé pour le distraire de ses pensées moroses, Mérian s’immerge dans la vie de l’inconnue – manifestement en pleine rupture amoureuse. Il découvre son visage, lit les messages qui lui ont été adressés, se substitue à elle pour y répondre. Puis finalement, décide de la rejoindre, afin de lui remettre en main propre le précieux objet. « J’aimais déjà sa voix, ses beaux yeux noirs et son doux prénom de fleur à épines. »

Pas de bulles, mais des commentaires lapidaires en off, écrits à la première personne, comme on en trouvait dans les polars de la Série Noire : « Ça n’a pas traîné plus de trois secondes avant qu’un tubard ne gare sa voiture en double file pour aller s’acheter son paquet de clopes. Moteur et radio tout allumés. Plus qu’à passer en première. »

Son périple débute par une surprise qui va faire chavirer son cœur d’enfant, avec au bout de la route, un dénouement totalement inattendu.

La mise en images est simple, réaliste, les dessins aux encrages d’un noir soutenu sont sous-tendus par des couleurs à dominante ocre.

Le titre de la BD ? (…) Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte / De çà, de là / Pareil à la feuille morte.

« Chanson d’automne« , P. Verlaine

Anne Calmat

112 p., 18 € (Archives BdBD/Arts +)

copyright Murat/Futuropolis

Les larmes de l’assassin 

Communiqué

Comment survivre à la mort de ses parents, et auprès de l’assassin de ceux-ci ? Peut-on s’attacher à un enfant alors qu’on est capable de tuer des humains de sang-froid ?
Peut-il y avoir un rapport filial entre deux êtres que la mort a mis face à face ?

C’est une terre malmenée par le vent, en bordure du Pacifique qui charrie des blocs d’iceberg, c’est au sud extrême du Chili. C’est là que vit Paolo, dans une ferme misérable et isolée, livré à lui-même, plus ou moins abandonné par des parents qui ne s’occupent pas de lui. Si petit, si naïf, quel âge a-t-il ? Il ne le sait.
Un jour, un homme arrive jusqu’à la ferme. C’est Angel Allegria, un truand, un escroc, un assassin. Pour lui, le crime est monnaie courante pour régler tout type de conflit : dettes d’argent, bagarres d’ivrognes… Il tue les parents de Paolo pour mettre fin à deux semaines d’errance et s’approprier leur petite bicoque, refuge idéal pour un homme traqué par la police. Dans un sursaut — de bonne conscience ? —, il épargne Paolo ; il n’a jamais tué d’enfant.
Paradoxalement, une relation d’affection naît entre lui et l’enfant. Ils s’apprivoisent.Un an plus tard, un autre voyageur arrive. Luis Secunda, 30 ans, fuyant Valparaiso et sa riche famille, s’installe d’abord à côté dans une cahute qu’il construit, puis l’hiver venu, emménage  avec eux dans la ferme. Il apprend à Paolo à lire. Angel n’aime pas cela du tout. Le fragile équilibre affectif entre lui et Paolo est en péril…

128 p., 20 €

La congrégation

Depuis l 23 août 2018

de Thomas Olsson (dessin et scénario, traduit du suédois par Aude Pasquier – L’Agrume Editions

Visuels © T. Olsson/L’Agrume

L’histoire, racontée en 7 périodes, s’étale sur 12 ans.

Le ton est donné dès les premières planches cet l’album autobiographique –  l’auteur a été élevé par des parents Témoins de Jéhovah – qui décrit, avec une bonne dose d’humour et dans une esthétique très american comics 70’s, les mécanismes d’embrigadement dans une secte, fondés sur la peur, la culpabilisation et l’anathème : point de salut pour ceux qui n’auront pas appliqué à la lettre les règles fixées à l’origine par le Très-Haut. Les homosexuels et les consommateurs de produits illicites sont en tête de liste ; quant à l’hypothèse d’actes pédophiles, elle est balayée d’un revers de la main par le prédicateur, puisque la congrégation « n’est pas dirigée par les hommes, mais par Dieu ».

Il rappelle à ses fidèles qu’au jour du Jugement dernier, les impies seront précipités dans les flammes de l’Enfer, tandis que ceux qui ont respecté les Commandements du Seigneur se retrouveront à sa droite. Il va sans dire que les membres de la congrégation seront placés au premier rang…Le jeune Tommy prend à ce point au sérieux les mises en garde du Frère Dahlman qu’il accepte de l’assister dans ses déplacements, lesquels consistent à faire du porte-à-porte pour délivrer la bonne parole et promettre à ceux qui leur prêtent une oreille attentive, moyennant achat d’une brochure,   « de vivre pour l’éternité dans un paradis terrestre ».

Si bien qu’il rêve de devenir un jour prédicateur à plein temps.

Pour l’heure, il doit faire face à l’incompréhension de ses camarades de classe. Une incompréhension qui s’exprime parfois de façon violente ; mais il n’en n’a cure, au contraire, plus on le persécute et plus il se rapproche de Dieu.

L’adolescence venant et l’influence de son copain libre-penseur et fan du groupe de rap Public Ennemy faisant le reste, Tommy finira pourtant par remettre en question les fondamentaux qui lui ont été serinés pendant plusieurs années, malgré le prix qu’il devra en payer. Le frère Sund n’a-t-il pas prévenu : « Il faut éviter toute fréquentation des exclus sous quelque forme que ce soit, même s’il s’agit d’un membre de notre famille, sinon, nous risquons d’émousser notre foi. » ?

Il ne manquerait plus que Tommy monte un groupe de rock !

L’issue prévisible de cette histoire pointe malgré tout du doigt le sort de ceux qui n’ont pas eu ou n’auront pas la force de rompre avec leur famille d’origine (ou spirituelle), afin de vivre leur vie comme ils l’entendent.

Anne Calmat

184 p., 22 €

Babybox

En librairie le 17 oct. 2018

de Jung (scénario et dessin) – Ed. Soleil, collection Noctambule 

Visuels © Jung/Soleil

Un jour quand tu seras grande, je te dirai un secret.

Umma Kim a souvent été tentée de le révéler à sa fille, mais à chaque fois, le moment était trop doux, trop magique pour qu’elle le fasse. Le temps a passé, Claire Kim est devenue une jeune fille et le secret est demeuré enfoui.

Aujourd’hui cette mère tant aimée vient de mourir dans un accident de voiture et son père est dans le coma. Claire est dévastée, mais elle doit veiller sur Julien, son petit frère.

Se replonger, quoi qu’il en soit, dans les souvenirs, contempler les photographies qui témoignent des jours heureux, comme celui de cette promenade dans un champ de coquelicots, dont le rouge éclatant a par la suite « déteint » sur sa chevelure.

Mais il suffit d’une boîte, que selon ses propres mots, elle n’aurait pas dû ouvrir, pour que le secret jalousement gardé apparaisse au grand jour sous la forme d’un acte de naissance établi à Séoul en 1982, alors qu’elle avait onze mois.

Birthday place: unknown.

Dès lors, sa vie est « comme un livre ouvert dont plusieurs pages seraient devenues blanches. »Claire rompt pour un temps avec tout ce qui faisait sa vie en France et se rend en Corée avec Julien, dans l’espoir d’écrire les chapitres manquants.

Comment retrouver les traces du passé en sachant uniquement qu’elle a été déposée anonymement dans une babybox en mars 1982 par celle qui ne pouvait assumer sa naissance ? 

Et peut-elle encore appeler maman celle à qui elle s’adresse si souvent dans cet au-delà auquel Umma croyait tant ?

Comment, en parcourant les rues de la ville, ne pas fantasmer sur une rencontre avec sa génitrice. « … par enchantement aller l’une vers l’autre » ?

Qu’est-ce qui pour finir permettra à Claire de mettre fin à « cette tristesse insidieuse, qui la gangrenait et qu’elle ne comprenait pas » ?

On ne peut qu‘admirer la force des dessins à l’aquarelle noire diluée, rehaussés de touches de rouge, qui illustrent ce superbe roman d’inspiration autobiographique – l’auteur, d’origine coréenne, a lui-même été adopté. Superbe et émouvant, comme le sont également ceux qui l’ont précédé : Couleur de peau: miel (4 T. 2007-2016) et Le voyage de Phoenix (v. archives, sept. 2015).

Anne Calmat

154 p., 19,99 €

 

 

La vie commence aujourd’hui

Septembre 2018

Roman de Christophe Léon – Ed. La Joie de lire – À partir de 15 ans.

Les éditions La Joie de lire ont décidément l’art de dénicher des œuvres à haute densité émotionnelle. Après le troublant Un Détective très très très spécial (v. archives, sept. 2017), voici un roman tout aussi fort et délicat, dans lequel la question du handicap et de la sexualité des personnes handicapées est abordée avec simplicité.

La vie commence aujourd’hui est écrit à la première personne, sous la forme de flashes-back. Le roman s’ouvre sur une fête organisée en l’honneur de Clément, 14 ans, qui vient d’avoir son bac avec mention très bien et une moyenne défiant toute concurrence. Le jeune garçon pose un regard mi-goguenard mi-désabusé sur ceux qui sont venus le fêter, et sur la caméra qui filme la scène. Il est en fauteuil roulant, ses membres supérieurs sont encore en partie épargnés, mais il sait que la forme grave de poliomyélite dont il est atteint depuis l’enfance fera inéluctablement son œuvre.

Puis nous remontons le temps. Clément a 5 ans, il s’escrime en vain à escalader l’échelle qui mène en haut d’un toboggan, pour faire honneur à se mère.

Si, en dépit de l’amour qu’il lui porte, il lui en veut d’être ce qu’elle est (attentive, prête à tous les sacrifices pour lui, donc culpabilisante) ; s’il lui arrive d’être odieux avec elle et de lui faire payer la désertion de son père alors qu’il n’avait que 6 ans ; s’il lui rappelle méchamment que ses jours sont comptés, c’est que lui, pourtant si brillant, enrage de ne pouvoir enrayer la paralysie qui gagne tous ses membres.

Qui pourrait trouver les mots qui apaisent ? Olga, son auxiliaire de vie, et Janie, son âme sœur, son impossible amour, sont souvent là pour réguler ses excès de langage.

Un jour Janie, devenue femme, pose son regard sur un médecin genevois. Trahison, pense Clément. Repli immédiat sur lui-même.

Vient aussi pour lui le temps des désirs charnels. Clément a 17 ans, il est tétraplégique. À qui en parler ?

Sept chapitres plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Il en a maintenant 25, et c’est une tout autre scène que filme la caméra.

Une histoire simple et belle qui démontre une nouvelle fois la capacité de l’humain à se réaliser en dépit de l’adversité.

Anne Calmat

112 p., 13 €

NDA. L’activité d’assistant sexuel est apparue dans les années 1970 aux EU avant de s’étendre à certains pays européens. Aujourd’hui l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, l’Espagne, Israël et les Pays-Bas notamment autorisent cette pratique et reconnaissent un statut particulier aux personnes exerçant ce métier. Les assistants sexuels bénéficient par ailleurs d’une formation spécifique. En France, malgré plusieurs tentatives depuis 2007 pour la légaliser, cette activité est toujours assimilée à de la prostitution.

C’est ICI que ça se passe…

25 Boulevard Poissonnière

75002 PARIS

M° Grands Boulevards

du lundi au samedi, de 10h à 20h, à partir du 26 octobre 2018

Ouverture mi-octobre

İCİ est à la fois une librairie généraliste au vaste choix, un lieu de vie culturel, un espace d’échange avec une équipe de neuf libraires passionnés et un commerce local participatif acteur dans son quartier.

İCİ se situe sur les grands boulevards, au coeur de la capitale.

İCİ présente une offre large de 40 000 références en littérature, sciences humaines, jeunesse, bandes dessinées, beaux-arts, vie pratique, entreprise, tourisme et parascolaire.

Le lieu, havre de paix en plein centre de Paris, est conçu par un cabinet de jeunes architectes designers talentueux, le Studio Briand & Berthereau.

Réparti sur 500 m2 et deux niveaux, on y trouve un espace enfant propice au jeu et à la lecture, une scène avec gradins dédiée aux rencontres-auteurs, ainsi qu’un café en partenariat avec les cafés « Coutume ».

İCİ invite à la découverte et à l’action en organisant chaque samedi une animation pour les enfants, telle que la lecture d’une histoire par un conteur professionnel, une activité pour apprendre à réaliser sa bande dessinée, un atelier pop-up, une séance de méditation…

İCİ propose aux lecteurs de participer à des débats autour de thématiques d’actualité, de rencontrer des auteurs, d’assister à des lectures dessinées…

Les débats et les rencontres auteurs seront captés en direct puis mis en ligne sur les réseaux sociaux.

Ce projet est porté par deux associées, fortes de vingt ans d’expérience dans le commerce du livre et l’édition, animées par la même passion du livre et l’envie de partager des textes qui peuvent changer la vie :

Delphine Bouétard a dirigé plusieurs librairies en France et à l’étranger, dont la librairie Virgin des Champs-Elysées. Elle a ensuite assuré la direction des ventes d’une quarantaine de maisons d’édition au sein de la Diffusion Volumen.

Anne-Laure Vial a occupé des fonctions marketing et commerciales chez Flammarion et Editis, puis a assuré la Direction du livre des magasins Virgin et des librairies Furet du Nord, et plus récemment d’Amazon en France.

A l’heure d’internet, des algorithmes et du numérique, nous sommes convaincues du renouveau de la librairie indépendante, plus que jamais une réponse aux attentes des lecteurs, aux envies de vraies interactions avec des libraires passionnés qui partagent sans compter leurs lectures et coups de coeur. Chacun pourra s’émerveiller, s’évader, rêver, se détendre, apprendre, participer, expérimenter, et faire des découvertes !

Ce projet a reçu le soutien de l’Adelc (l’association pour la librairie de création), le Centre National du Livre, la Maire de Paris, Paris Habitat, la région Ile-de-France et la DRAC.

Au programme des rencontres en novembre (liste non exhaustive) :

Mercredi 7 : Raphaël GLUCKSMAN – Génération gueule de bois (Allary)

Samedi 10 : Jane BIRKIN – Munkey Diaries (Fayard)

Mercredi 14 : Miraphora MINA et Eduardo LIMA du Studio Mina Lima – Les Animaux fantastiques (Gallimard et Harper & Collins)

Mercredi 28 : Julien NEEL – LOU ! tome 8 (Glénat)

Jeudi 29 : Chrixcel, Codex Urbanus, Stéphane Audeguy – Le Bestiaire fantastique du street art (Alternatives)

Animabilis

En librairie le 2 nov. Planches © T. Murat/Futuropolis, 2018

texte et dessin Thierry Murat – Ed. Futuropolis

ANIMABILIS : vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant… Du mot latin anima (âme, vie, air….), suivi du suffixe bilis, qui lui donne une fonction d’adjectif.

                      Cicéron, 1er siècle av. J.C.

Il neige fort ce jour de décembre 1872. Un jeune homme cherche sa route en direction de Hauwton Brigde, un village perdu du nord Yorkshire. Il est Français, journaliste et vient enquêter sur des choses bizarres qui ressurgissent ici depuis quelques temps.

Sa première rencontre se fait avec une corneille qui lui abandonne un peu de son sang incarnat.

Une simple corneille ?

Dans l’auberge Old farmer’s Inn, où il est froidement accueilli, Victor de Nelville collecte les angoisses des villageois isolés, assorties de légendes aussi vivaces que leurs vieilles rivalités.

Les brebis sont décimées par une maladie mystérieuse attribuée au retour de Padfoot, le chien noir aux yeux rouges, annonciateur de la mort.

En quelle considération un esprit rationnel peut-il tenir ces « balivernes » issues d’un ésotérisme anglo-saxon ? Mais que sait-on de la tradition druidique et du haut enseignement celtique ?

La découverte, un matin brumeux, du corps pendu d’un chien noir, coïncidant avec la disparition du berger magnétiseur, fait se délier les langues, qui évoquent la lycanthropie, métamorphose de l’homme en animal. Est-on enfin débarrassé à tout jamais de Padfoot ?

Or, le corps du berger est retrouvé mort par strangulation, ainsi qu’une boîte au couvercle orné d’un pentacle contenant le cœur d’une brebis, qu’il lègue à Victor.

Dès lors, celui-ci fait des rêves dans lesquels il rencontre une femme mystérieuse, Mëy, en même temps qu’une inspiration poétique lui dicte des vers. Au matin, il découvre à son chevet la corneille, qui couvre son carnet de perles de sang.

Entre rêve et imaginaire, entre veille et sommeil, Victor va basculer du côté de la nuit et du monde poétique, associé à Satan par l’église et moqué par le commun des mortels. Monde troublant, exigeant, qui conduit aux limites de la folie, mais qui, seul, peut révéler aux hommes une autre vérité que celle, commune, colportée par livres et journaux.

Et puis, cet univers l’autorise à retrouver Mëy, et avec elle, le féminin sacré qui s’est tissé au fil des siècles.

Commencé dans la neige, ce récit se terminera tragiquement dans la neige, non sans qu’un cycle de saisons se soit écoulé.

Le prologue et l’épilogue offrent des scènes d’enfance au Moyen Âge, période connue pour avoir été traversée par le destin de ces femmes si inquiétantes et savantes que l’on nommait sorcières.

Ce récit étrange prend forme au cours d’une succession de planches au graphisme magnifique. Paysages et personnages apparaissent en noir, blanc et brun clair. Quelques bleus évoquent la nuit, le rouge orangé, les scènes d’incendie et le rouge sombre, la violence. Le trait est noir, précis, net, impressionnant d’évocation et de justesse dans les détails. Le texte apparait au bas des planches, les échanges, rares, s’inscrivent directement sur l’image. L’effet de silence est saisissant, d’autant que la première partie se déroule sous une neige épaisse qui tombe sans fin.

Un exercice d’admiration rendue à la femme, à la poésie, poétique lui-même, qui a sur nous un profond retentissement. Nicole Cortesi-Grou

160 p., 22 €

v. Archives juin 2016

Thierry Murat est auteur de bandes dessinées et illustrateur de livres pour enfants. Dans les mêmes éditions Futuropolis, il a publié « EtunwAn Celui Qui Regarde », « Au vent mauvais », « Les larmes de l’assassin ». Il s’est vu décerner de nombreux prix et récompenses.

Une saison à l’ONU Au cœur de la diplomatie mondiale

Depuis le 3 octobre 2018

Scénario Karim Lebhour, dessin Aude Massot – Préface Gérard Araud – Ed. Steinkis. Visuels © Ed. Steinkis

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » Isaac Newton

L’auteur a été reporter de 2011 à 2015 aux Nations Unies pour RFI. Des émeutes de Bengazi (févr. 2011), à celles qui ont eu lieu en Syrie quelques mois plus tard, en passant par la mort de Kim Jong-il (déc. 2011) et la reconduction pour la troisième fois au pouvoir de Vladimir Poutine (mars 2012), tout était suivi de près par l’administration onusienne. 

Les dirigeants de la vénérable institution « condamnaient », « déploraient », étaient « irrités », voire « exaspérés ». Leurs sujets de préoccupations ont figuré et figurent encore à l’ordre du jour des différents Conseils de sécurité, avec, dans le présent album, quelques flashes-back pour les illustrer. Comme, par exemple Dominique de Villepin se prononçant, au nom de la France, contre une intervention en Irak (févr. 2003).

À la lueur de ce qui s’est passé par la suite dans le monde et  à celle de son instabilité en 2018, on peut se demander d’où vient l’impuissance des Nations Unies à maintenir la paix et la sécurité. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès de l’ONU à New York de 2009 à 2014, et actuellement Ambassadeur de France à Washington, répond : Si les Nations Unies ne remplissent pas leur mandat, la faute en incombe aux États membres qui, soit ne donnent pas à l’ONU les moyens dont elle a besoin, soit s’opposent à son action. 

Nous suivons le premier contact de Karim Lebhour avec la gigantesque et labyrinthique forteresse de verre située sur la 1ère Avenue, le long de l’East River. Plus de 6 000 personnes y travaillent. Nous assistons, le temps d’un clin d’œil à Woody Allen, à son installation à quelques blocs de Central Park. Nous le retrouvons au Beer Garden Estoria avec d’autres correspondants internationaux. Nous l’accompagnons dans des soirées chez les ambassadeurs…

Puis vient le jour de son premier Conseil de sécurité et celui de son interview de Ban Ki-Moon, huitième secrétaire général des Nations Unies (2007-2016). « Plus secrétaire que général », disent quelques mauvaises langues. Nous apprenons dans la foulée comment les crises arrivent et comment elles sont gérées, qu’elles aient lieu à l’autre bout du monde ou pied de l’ONU : « Free Egypt ! », « Mubarak go ! »,« ONU Your silence kill ». Et qu’il vaut souvent mieux s’en tenir aux formules toutes faites qui ne fâchent personne…

Nous découvrons ses petits travers et ses grandes défaillances, mais aussi les espoirs que l’organisation suscite auprès des « petits États ». Nous mesurons le poids du droit de veto qu’exercent certains États membres, et comment il peut porter un coup fatal à la médiation de l’ONU. Nous découvrons aussi – ce qui est moins anecdotique qu’il y paraît – qu’il existe une Journée Mondiale des Toilettes… ou plutôt de leur absence dans nombre de pays.

Une plongée humoristique et passionnante dans les arcanes du pouvoir onusien, avec pour guide un homme de terrain*. 

Anne Calmat

208 p., 20€

  • Karim Lebhour

    Karim Lebhour est depuis 2007 le correspondant de plusieurs médias francophones au Proche-orient. Pendant trois ans, il a été le témoin du quotidien de la bande de Gaza, depuis la prise de pouvoir du Hamas jusqu’à l’offensive israélienne Plomb durci (déc. 2008-janv. 2009), puis reporter aux Nations Unies. Il a également collaboré à la Revue dessinée.

 

L’Araignée de Mashhad

Coup d’œil…

 

de Mana Neyestani (texte et dessin) – Ed. çà et là © / Arte Editions, 2017 

Traduit du persan par Massoumeh Lahidji.

« Ces femmes valent moins que des bêtes. » C’est parce qu’il se sent investi d’une mission de purification de sa ville que Saïd Hanaï, humble maçon sans histoires, assassine seize prostituées, entre 2000 et 2001.

L’histoire se passe à Mashhad, deuxième ville d’Iran et haut-lieu du chiisme. Le dessinateur et illustrateur iranien Mana Neyestani (qui vit exilé à Paris) s’est inspiré, pour la raconter en images, d’un documentaire réalisé à l’époque par deux journalistes iraniens (eux-mêmes exilés par la suite).©

Le récit suit l’entretien filmé par les journalistes avec le tueur en série, surnommé « L’araignée de Mashhad ». Tout en multipliant les éclairages, il donne la parole à sa femme, à son fils, au juge qui l’a arrêté, à la fille d’une des victimes, etc.

Chacun apporte son point de vue à une affaire criminelle qui révèle les ambiguïtés d’un pays converti à la religion d’Etat vingt ans plus tôt, mais embourbé dans des guerres (Saïd Hanaï est un vétéran traumatisé de la guerre Iran-Irak des années 1980) et une crise sociale qui culmine dans cette région où l’opium, venu d’Afghanistan, fait des ravages. Et où la prostitution se développe sur le terreau des inégalités et de l’injustice sociale.

Alors, Saïd est-il un assassin ou un héros ? Ce roman graphique révèle, de manière cruelle, les petites hypocrisies d’une société coincée entre les devoirs moraux imposés par la religion et la réalité des êtres humains.

Franck Podguszer

164 p., 18 €

L’auteur:

© Cartooning for peace

Né à Téhéran en 1973, Mana Neyestani a une formation d’architecte, mais il a commencé sa carrière en 1990 en tant que dessinateur et illustrateur pour de nombreux magazines culturels, littéraires, économiques et politiques. Il devient illustrateur de presse à la faveur de la montée en puissance des journaux réformateurs iraniens en 1999.
 En 2000, il publie son premier livre en Iran, Kaaboos (Cauchemar), qui sera suivi de Ghost House (2001) et M. Ka’s Love Puzzle (2004). Catalogué comme dessinateur politique, Neyestani est ensuite contraint de faire des illustrations pour enfants. Celle qu’il a réalisée en 2006 a conduit à son emprisonnement et à sa fuite du pays. Entre 2007 et 2010, il vit en exil en Malaisie, en faisant des illustrations pour des sites dissidents iraniens dans le monde entier.

Dans la foulée de l’élection frauduleuse de 2009, son travail est devenu une icône de la défiance du peuple iranien. Il publie en France le récit de son emprisonnement et de sa fuite d’Iran, intitulé Une Métamorphose Iranienne (çà et là / Arte, 2012). Puis en 2013, Tout va Bien !, un recueil de dessins de presse.  En 2015, son Petit manuel du parfait réfugié politique  paraît aux Ed. çà et là / Arte.

Mana Neyestani a remporté de nombreux prix iraniens et internationaux, et plus récemment, le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International ).

Membre de l’association Cartooning for Peace, il a reçu le Prix international du dessin de presse, le 3 mai 2012, des mains de Kofi Annan et le Prix Alsacien de l’engagement démocratique en 2015.
Mana Neyestani vit à Paris avec sa femme depuis 2011.