A bord de l’Aquarius – Rizzo – Bonaccorso – Futuropolis

En librairie depuis le 9 janvier. 2019 – Communiqué

En novembre 2017, Marco Rizzo, journaliste et scénariste, et son compagnon de plume, Lelio Bonaccorso, dessinateur et auteur de BD, faisaient un reportage à bord du navire, affrété par l’ONG SOS Méditerranée pour sauver des migrants en mer…

Ils donnent ici la parole à l’équipage de L’Aquarius et en particulier au chef mécanicien, Antony, que tous appellent « Papa Panda ». Sur le bateau, on affronte une misère humaine incommensurable, avec des gens qui nous racontent des tortures, des violsOn est hanté par des images de femmes, d’enfants qui flottent sans vie à la surface de la Méditerranée et que nous avons repêchés. Des témoignages poignants de migrants émaillent le récit, témoignages qui prouvent, hélas, que s’ils savaient pourquoi ils fuyaient leur pays, la violence, la guerre et la misère, ils ne savaient rien de ce qui les attendait une fois à bord d’un bateau de passeur. On y trouve aussi des pages documentaires qui aident à comprendre la complexité et la dangerosité des missions de sauvetage.

Conversation avec les auteurs. © Futuropolis

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a donné l’envie de faire un reportage sur l’Aquarius ?

MRDepuis plusieurs années en Italie, on parle de migrants et de secours en mer, bien souvent à travers la propagande ou les fake news. Je voulais faire ce que chaque journaliste devrait faire : voir avec mes propres yeux les fonctionnements d’un bateau comme l’Aquarius. En même temps, je voulais recueillir les histoires des migrants, mais aussi des secouristes pendant une période cruciale pendant laquelle deux mondes se croisent pour la première fois.

LB La première raison qui m’a poussé à partir a été le besoin de voir de mes propres yeux ce qui se passe réellement dans le canal de Sicile, et de pouvoir le raconter à tous.

Quelles ont été vos principales difficultés ?

MRD’abord une très vive émotion. C’est très compliqué d’avoir les idées claires quand il faut raconter la douleur des autres. Une autre difficulté concerne le grand nombre d’histoires recueillies. Même si beaucoup d’entre-elles malheureusement se ressemblent, en faire une sélection s’est révélé presque impossible. Face à cela, nous avons eu recours aux méthodes journalistiques, et surtout aux règles éthiques du journalisme, tout en faisant en même temps preuve d’empathie.

LBPas forcément des difficultés. En revanche, ça a été très prenant, aussi bien techniquement qu’humainement.

Vous êtes italiens. Quel a été l’accueil de l’ouvrage dans votre pays, sachant que le gouvernement actuel est pour le moins très critique envers l’Aquarius ?

MR – Le livre a été réalisé sous l’ancien gouvernement, qui probablement en essayant d’augmenter sa popularité avait déjà commencé à pointer du doigt les opérations des ONG. Cependant à cette époque, les autorités italiennes, comme le garde-côte, arrivaient encore à collaborer avec les ONG, dont elles coordonnaient les opérations. À partir du mois de mai, la situation s’est aggravée. D’une part parce que pour les ONG, il est désormais impossible d’agir, d’autre part parce que même le garde-côte italien en est empêché. Les ONG sont devenues des victimes de la propagande et de la mauvaise information. C’est pour cette raison que beaucoup d’Italiens ont peut-être eu un préjugé négatif sur notre livre, qui ne fait que raconter des événements que certains préfèrent faire semblant ne pas remarquer. Mais beaucoup d’autres, au contraire, ont accueilli cet ouvrage avec curiosité et intérêt, pour en savoir davantage et mieux connaître les faits et les histoires. Mise à part certains articles critiques (publiés avant l’édition du livre!) et l’habituel bruit des haters et trolls (des contenus haineux) sur les réseaux sociaux, notre livre a capté l’intérêt d’une Italie curieuse et solidaire qui ne cesse d’exister.

LBDans ce livre, nous racontons des faits réels qui peuvent être vérifiés, on n’entame pas une polémique avec le gouvernement. Nous avons rapporté les témoignages, les données et les éléments qui peuvent difficilement être démentis. C’est vrai aussi que nous avons subi des critiques et des insultes de la part de personnes qui n’ont même pas lu le livre ! Mais on s’y attendait. Nous avons également reçu énormément de compliments et d’éloges pour notre travail, et c’est extrêmement important pour nous, car ça signifie que nous avons fait du bon boulot.

128 p., 19 €

Milady ou le Mystère des Mousquetaires – Sylvain Venayre – Frédéric Bhiel – Ed. Futuropolis


En librairie depuis le 11 janvier 2019
© F. Bihel-S. Venayre/Futuropolis

Je suis un honnête homme, Anne de Breuil, j’aurais pu vous prendre de force, mais je vous ai épousée (…) J’ai fait de vous la première dame de ma province. Alors quand je vous demande de m’accompagner à la chasse, vous ne discutez pas, vous m’obéissez.

p. 15

Celui qui s’exprime ainsi est le comte Olivier de la Fère, futur mousquetaire du roi Louis XIII, plus connu sous le nom d’Athos. Celle à qui s’adresse cette injonction obtempère, mais elle n’en pense pas moins. Car derrière la blondeur et le visage angélique se cache déjà une femme révoltée. N’a-t-elle pas été marquée au fer rouge d’une fleur de lys pour s’être enfuie du couvent à l’âge de treize ans avec un prêtre défroqué ? Elle suit donc son seigneur et maître à la chasse. Dès lors tout va très vite : Anne fait une chute de cheval, le comte l’aide à se relever, il découvre la marque de l’infamie sur son épaule et décide sur le champ de laver son honneur…

p. 17
p. 23

Tout est dit. Laissée pour morte, exclue de la société et animée par un inextinguible désir de revanche, la future Milady, autour de qui l’action va se nouer puis se dénouer avec une indéniable puissance dramatique, va poursuivre son objectif sans se soucier des dommages collatéraux.

Les auteurs revisitent ici le roman que Dumas père et Auguste Maquet firent paraître en 1844, en ne se concentrant que sur les scènes où le personnage totalement imaginaire de Milady apparaît. Les faits qui se déroulent sont décrits de son point de vue.

Selon Sylvain Venayre, Milady pourrait bien être la véritable héroïne des Trois Mousquetaires. Un message que Dumas aurait dissimulé dans son roman inspiré des Mémoires de M. d’Artagnan, de Courtiz de Sandras (1700), semble légitimer ce choix. Venayre écrit en effet dans la postface de l’album : À l’issue d’un siècle d’accentuation de la domination de l’homme sur la femme, alors que l’histoire des luttes féministes balbutiait (…) Dumas écrivait un livre revendiquant pour les femmes une place égale à celle des hommes. La société du temps étant ce qu’elle était – et Dumas lui-même ne renonçant pas à s’y faire une place enviable, il dissimula son message, tout en laissant des signes clairs à l’intention de ses lecteurs. Message que reprendra en 1872 Alexandre Dumas fils dans sa brochure intitulée L’Homme-femme.

p. 78

Dix ans plus tard, devenue Comtesse de Winter par son seconde mariage, puis rapidement veuve, Milady se met au service de celui qui veut la perte de la reine de France, en l’obligeant à dévoiler au roi sa liaison avec le duc de Buckingham : le Cardinal de Richelieu. L’histoire bien connue des ferrets de diamants qu’elle lui a imprudemment offerts inaugure la collaboration entre la belle intrigante et le ministre de Louis XIII. Milady va alors trouver sur son chemin ceux qui ont pris fait et cause pour la reine : Porthos, Aramis, d’Artagnan… et une vieille connaissance, Athos.

Cardinalistes contre royalistes, petite et grande Histoire des relations entre la France et l’Angleterre vont se mêler et mettre aux prises Milady avec Buckingham, d’Artagnan et lord de Winter.

Dans cette version graphique illustrée par Frédéric Bihel dans le plus pure style du grand Gustave Doré, le roman prend une tout autre coloration. Au relatif manque d’épaisseur psychologique des Mousquetaires, s’oppose l’irréductibilité d’une femme qui se bat avec les armes dont elle dispose pour se venger de la flétrissure infligée à son corps et des multiples outrages qu’elle a subis : le charme et un art consommé de la manipulation et du simulacre.

Je ne suis ni un ange ni un démon, mais une fille de la terre (…), dira-t-elle à celui qui, tombé en dévotion pour elle, a décidé de la sauver de la déportation et de la venger de ceux qui, selon lui, l’ont, par leur brutalité, amenée à être ce qu’elle est devenue.

Les lecteurs avertis savent que cette scène a lieu à la fin du quarante-troisième chapitre du roman, et qu’il en reste neuf, plus un épilogue…

Anne Calmat 

128 p., 20 €


Les nuisibles – Piero Macola – Futuropolis

Visuels © P. Macola /Futuropolis. En librairie depuis le 7 janvier 2019 – 120 p., 20€

p. 8

Lorsqu’il n’était encore qu’un enfant, Bruno rêvait d’avoir une mobylette. Pour cela, il s’était improvisé ramasseur de cadavres de rats, qu’il fallait à tout prix dissimuler aux regards des touristes. « Achève-les avant de les benner » lui avait dit Ennio, l’homme à tout faire du port de plaisance de cette petite ville du nord de l’Italie. Nous verrons plus loin que, sur le plan humain, Ennio valait encore moins que les nuisibles qu’il traquait.

p. 107
p. 19

Bruno a maintenant une quarantaine d’années, il vit dans une baraque sur pilotis, à proximité d’une étendue d’eau soumise aux caprices d’une crue possible du Pô. Il est gardien de péage. C’est presque un invisible. Il se protège. Mais parfois les souvenirs attaquent par surprise. Celui qu’il est devenu ne pourra s’empêcher de faire de nombreux allers-retours dans ce passé qu’il préfèrerait oublier.

p. 25

Il rend souvent visite à la vieille Maria qui, sur la demande expresse de sa fille, doit bientôt quitter sa maison : trop de cambriolages, trop d’immigrés pour squatter les fermes abandonnées aux alentours, trop de vols de bateaux sur le port. Le souvenir de Renato, l’époux de Maria, reste très prégnant chez celui qui, hormis cette parenthèse enchantée, semble n’avoir jamais trouvé sa place dans la société.

p. 33

Il y a aussi Anton, l’un de ces nombreux sans-papiers à la recherche du petit boulot qui leur permettra, peut-être, d’atteindre un jour le pays de leurs rêves. Il vient justement d’être embauché sur un chantier de construction. Horaires infernaux, salaire de misère. « Si tu te blesses, tu la fermes » a prévenu le contremaître. Anton tombe d’un échafaudage, mettant ainsi en péril l’économie souterraine du chantier. Il ne tarde pas à comprendre le sort qui lui est réservé et s’enfuit en emportant la caisse. Le hasard veut qu’il se réfugie dans la bicoque qu’occupe Bruno jusqu’au départ de Maria, qui en est la propriétaire…

p. 96

Piero Macola signe une fois encore un récit intimiste qui parle des malaises de la société. L’un de ses précédents albums, Le Tirailleur (Futuropolis 2014), mettait l’accent sur l’injustice d’une vieillesse miséreuse et sur les tracasseries administratives infligées aux ex-tirailleurs étrangers, enrôlés de force pour défendre la France durant de la Seconde guerre mondiale. Celui-ci nous rappelle, entre autres choses, que vivre à la marge ne fait pas des individus des nuisibles. L’histoire de sonne juste, ses illustrations au pastel sont délicates. De nombreuses planches sans bulles, mais explicites, ajoutent encore à la profondeur du scénario.

Anne Calmat

Récit Alain Bujak, dessin Piero Macola

Proches rencontres – Anabel Colazo – Ed. çà et là

Sortie le 19 janvier 2019 – Visuels copyright A. Colazo/çà et là

Titre original : Encuentros Cercanos
Texte et dessins Anabel Colazo – Traduit de l’espagnol par Hélène Dauniol-Remaud – Ed. çà et là

p. 14 et 15

A la fin des années 60, un certain David Vincent les avait avait vus se poser dans un champ, alors qu’il cherchait un raccourci qu’il ne trouva jamais.* Dix ans plus tard, ce fut au tour de Roy Neary d’apercevoir un vaisseau spatial au-dessus de sa camionnette…**

Dans « la vraie vie« , tout avait commencé avec Kenneth Arnold, un homme d’affaires américain voyageant à bord de son avion personnel. Le pilote avait aperçu neuf objets en forme de soucoupes inversées, volant à vie allure. On était en 1947, la vague d’observations d’ovnis et de rencontres avec les extraterrestres ne faisait que commencer. Elle allait se poursuivre jusque dans les années 2000, bien que l’hypothèse extraterrestre ait fini par perdre de sa force. Certains témoignages ont cependant traversé le temps, comme celui de Betty et Barney Hill. Il marqua profondément la culture populaire américaine et favorisa, en pleine période de Guerre froide, la théorie du complot. L’irruption de flying objects dans la vie des Américains, puis à peu près partout dans le monde, sera dès lors prise au sérieux par les États. Des commissions vont être créées, de grands pontes de l’astrophysique, comme Josef Allen Hynek (USA), vont associer leur nom à l’étude de ces apparitions intempestives, parfois corroborées par des enregistrements provenant de radars militaires ou des photographies, sans qu’au final aucune certitude ne se dégage, quant à leur origine. Et ce malgré un nombre respectable de cas, qualifiés de totalement inexplicables.

J. H. Hynek – Classement par types des rencontres extraterrestres. Type n°1 : observations dans le ciel avec lumières inhabituelles. (p.63)

Anabel Colazo ne les pas vus, mais voici ce que sa BD raconte :

p. 14

Suite à un étrange accident de voiture, alors qu’il se rendait en vacances chez ses parents, Daniel se retrouve coincé pendant trois jours dans le village d’El Cruce. Ebranlé par ce qu’il croit avoir aperçu, avant que son véhicule ne pile et refuse de redémarrer, il prête une oreille attentive aux histoires qui circulent dans la ville à propos de faits survenus récemment (graffitis ésotériques sur les murs d’une école, hommes en noir qui semblent épier les habitants…).

p. 11

C’est alors qu’il rencontre Marina et son frère Juan, obnubilé par les phénomènes inexpliqués. Des hommes l’auraient du reste contacté et mis en garde contre Daniel, avant même que ce dernier n’arrive à El Cruche. Ils sont à la clé d’un truc extraordinaire que nous ne pouvons pas comprendre, a déclaré Juan en guise de conclusion.

Il se trouve que El Cruche est connu de tout amateur de phénomènes paranormaux. Le bois à l’orée de la ville est d’ailleurs réputé pour être un poste d’observation d’ovnis.

« J’ai su que j’avais fait une erreur. » Daniel, p. 62

Tous trois n’auront pas la même perception de ce qui va advenir : rationalisation de la part de Daniel, rédaction d’un livre à succès intitulé Proches rencontres pour Marina, dans lequel elle décrit leur rencontre avec des extraterrestres et ce qui s’en est suivi. Quant à Juan, il décide de vivre à l’écart de tous, dans un camping-car ayant autrefois appartenu à un certain Barry l’Etranger, qui semblait être très au fait de la question.

Vingt ans plus tard, Daniel est interviewé par Clara, une étudiante en journalisme passionnée d’ufologie. Il veut en finir une fois pour toutes avec ce « théâtre absurde », qu’il garde malgré tout en mémoire. Elle décide alors de se rendre sur place, afin de rencontrer Juan, Marina ayant payé le prix fort pour tout ce qui arrivé.

Une chose s’est produite, que les trois protagonistes ont vécue différemment . Mais était-elle pour autant d’origine extraterrestre ? La vérité est peut-être dans un ailleurs de l’entendement de tout un chacun.

Le propos de l’auteur est en effet de réfléchir sur ce que sous-tend ce type d’événement. Si son dessin vaporeux, presque simpliste, évoque celui d’un album destiné aux enfants, son histoire incite à une réflexion d’ordre philosophique. Peut-on opposer mensonge à vérité dès lors que l’on se trouve face à l’inexplicable ? Ce serait oublier que nous ne savons que très peu de choses au regard de tout que nous ignorons. Dans ce cas, toute tentative d’explication ne devient-elle pas inutile ?

Anne Calmat

114 p., 12 € © Anabel Colazo/çà et là

* Les envahisseurs, série télévisée américaine de science- fiction (1967-1968)

**Rencontres du 3ème type, film de Steven Spielberg (1977) avec Josef Allen Hynek pour conseiller technique.




Docteur Rorschach – Vaïnu de Castelbajac – Ed. Delcourt

Copyright V. de Castelbajac /Delcourt
96 p., 14,50

Que ce soit dans le cadre d’une thérapie individuelle, de groupe, familiale ou de couple, la plupart des personnages imaginés par Vaïnu de Castelbajac (texte et dessins) se retrouvent sur le canapé de ce psychiatre qui, ici, porte le nom du Test projectif aux tâches d’encre mis au point il y a une centaine d’années par le psychanalyste Hermann Rorschach.

Test de Rorschach

Lunettes vissées sur un pif en forme de patate, barbe fournie (comme il se doit), habillé à la va-comme-je-te-pousse (idem), le praticien écoute ceux qui sont venus à lui pour exprimer leurs doutes, leurs angoisses, leurs attentes. Il prend des notes, parfois il commente. « Pourquoi avoir tenté de mettre fin à vos jours en vous auto-avalant ? » demande-t-il, par exemple, à une gomme à la mine défaite. L’auteure parvient à détourner les termes de la psychiatrie pour les adapter aux drôles de zèbres venus consulter le bon docteur Rorschach.Point de zèbre en l’occurence, mais un chien heureux d’être enfin autorisé à monter sur un canapé ; une licorne qui souffre de l’impression de ne pas exister ; un père Noël en pleine crise existentielle ; un puzzle qui craint de ne jamais se reconstruire ; une cigarette qui ne se trouve pas assez bien roulée, etc.Côté thérapies de groupe, familiales ou de couples, le psy voit, entre autres patients, défiler Eve et Blanche-Neige qui évoquent leurs troubles alimentaires compulsifs ; deux oeufs au plat qui craignent de finir par se brouiller ; un kangourou adulte qui refuse de sortir de la poche marsupiale de sa mère ; un clou que son marteau d’époux cherche toujours à enfoncer ; deux postes de radio qui ne se sentent plus sur la même longueur d’onde… Ou encore, dans le registre « relations amoureuses destructrices », un crayon à papier et un taille-crayon ; une carotte et une râpe à carottes ; une bougie et un briquet… Au total, quatre-vingt-seize planches métaphoriques, souvent proches du dessin de presse, qui visent juste à tous les coups. Jubilatoire en diable !

Anne Calmat