Le Directør – Oscar Gómez Mata – Théâtre de la Bastille

Du 12 mars au 4 avril 2019

 Communiqué

Avec Pierre Banderet, Valeria Bertolotto, Claire Deutsch, Vincent Fontannaz, Christian Geffroy Schlittler, David Gobet, Camille Mermet, Aurélien Patouillard, Bastien Semenzato


Depuis vingt ans, le metteur en scène Oscar Gómez Mata est passé maître dans l’art de bousculer joyeusement les consciences. Pour ce nouveau spectacle, et pour sa première venue au Théâtre de la Bastille, il choisit d’adapter une comédie féroce du réalisateur danois Lars von Trier 2006).


Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables.

Voilà pour l’intrigue, dont le jeu de masques et le goût pour la mise en abîme n’est pas sans rappeler le théâtre de Marivaux ou de Pirandello.

Avec une jubilation émancipatrice et communicative, les interprètes s’emparent du scénario pour déconstruire le modèle de l’entreprise contemporaine, s’amusant tour à tour des nouvelles logiques managériales, de la dilution de la responsabilité, des journées team building et des réunions PowerPoint qui s’éternisent. Au coeur de l’open space, une lutte acharnée s’annonce ainsi entre le libre arbitre et l’irresponsabilité collective.

Au ton moralisateur, Oscar Gómez Mata préfère alors la force de l’humour et les folles digressions de la pensée. Le Direktør est autant une satire sociale qu’une réflexion sur le métier de l’acteur et la puissance du théâtre.

Et le spectacle s’impose comme un petit traité de comédie ; une même scène voit s’entrechoquer comiques de situation et de répétition, humour burlesque et réflexif, maniant toujours avec brio la nouvelle langue de la start-up.

Genève le 5 septembre 2017 Le Director spectacle de la companie L’ALAKRAN ©steeve iuncker-gomez

Les interprètes dansent, chantent, interrompent le cours du spectacle, interpellent le public, portent des perruques sans raison et font du canoë.

En somme, Le Direktør célèbre un théâtre dont l’absurde offre aux spectateurs une joyeuse promesse de résistance…

76 rue de la Roquette Paris 11e – 01 43 57 42 14 – Prix des places 25, 19, 15 €

La prochaine fois, le feu – James Baldwin – Ed. Taschen


© Ed.Taschen – Sortie en mars 2019 – Communiqué
J. Baldwin (copyright Mediapart.fr)

publié en France en 1963 et réédité en mars 2018 (Folio Gallimard), cet essai donne à voir la situation des Noirs aux Etats-Unis au début des années 60. James Baldwyn y évoque sa propre enfance à Harlem, où le maître-mot était la peur, son passage à l’église baptiste, dont il devint prédcateur pendant trois ans. J’eus la chance de tomber dans le « racket » religieux et de succomber à une séduction spirituelle avant de connaître une révélation charnelle, écrit-il.

S’en suit, parmi d’autres analyses et rencontres (Malcom X…), dans un mélange d’ironie acerbe et douloureuse, une dénonciation de la façon dont le Noirs sont amenés à intérioriser un problème, qui est en fait celui des Blancs.

Aussi remarquable par sa prose que par la franchise avec laquelle Baldwin raconte ce que signifie être Noir et homosexuel aux États-Unis, ce livre est considéré comme l’une des plus passionnées et puissantes explorations des relations interraciales à cette époque, où amour, foi et famille s’entrelacent dans un assaut conjoint contre l’hypocrisie de « la terre des hommes libres ».

Aujourd’hui, cette œuvre, toujours aussi pertinente, est rééditée chez Taschen, accompagnée de plus de 100 photographies de Steve Shapiro, qui a sillonné le Sud américain avec Baldwin pour le magazine Life. Le périple a eu pour effet de plonger le photographe au cœur du mouvement et lui a permis de prendre des clichés décisifs, souvent emblématiques, de ses leaders (Martin Luther King, Rosa Parks, Fred Shuttlesworth et Jerome Smith…)  et d’événements marquants, comme la marche pour les droits civiques sur Washington (28 août 1963) et celle sur Montgomery (9 mars 1965).

L’ouvrage est complété par les anecdotes précieuses de Schapiro, une introduction originale de John Lewis, la grande figure des droits civiques, aujourd’hui membre du Congrès américain, des légendes rédigées par Marcia Davis du Washington Post, et un texte de Gloria Baldwin Karefa-Smart, qui était avec son frère en Sierra Leone quand il a commencé à écrire le livre. L’ensemble constitue un remarquable témoignage visuel et littéraire sur l’une des luttes les plus importantes et acharnées de l’histoire américaine.


James Baldwin (1924–1987) fut romancier, essayiste, auteur dramatique, poète et observateur critique de la société, et l’une figures littéraires les plus brillantes et provoquantes de l’après-guerre. Ses essais, dont Chroniques d’un pays natal (1955) et La prochaine fois, le feu(1963), les plus célèbres, ainsi que ses romans, comme La Chambre de Giovanni (1956) et Un autre pays (1962) explorent la complexité, implicite mais profonde, des disparités entre les races, les sexes et les classes dans l’Amérique du milieu du XXe siècle. Natif de Harlem, à New York, il a principalement vécu dans le sud de la France.

Steve Shapiro est un photo-journaliste reconnu dont les clichés ont fait la couverture de Vanity FairTime, Sports Illustrated, Life, Look, Paris Match et People, et figurent dans les collections de nombreux musées. Il a publié sept livres sur son travail, dont American EdgeShapiro’s Heroes, The Godfather Family Album, Taxi DriverThen and NowBowie et récemment Misericordia. Nombre de ses images iconiques ont été utilisée pour des affiches de films et la promotion de grands classiques comme Midnight CowboyTaxi DriverPortrait craché d’une famille modèle et Le Parrain III.

276 p., 40 €

Vincent van Gogh : une visite étoilée à l’Atelier des Lumières (Paris 11è)

du 22 février au 31 décembre 2019
L’Atelier des Lumières et la Nuit étoilée de Vincent van Gogh

Un lieu exceptionnel, dans lequel des spectacles sons et lumières, créés à partir de toiles de grands maîtres, projetées sur des murs monumentaux, propulsent en quelques secondes les visiteurs dans l’œuvre et l’esprit de l’artiste. Chaque centimètre carré de béton, sol compris, est éclaboussé par l’un des cent-quarante vidéo-projecteurs autonomes ; les images défilent et jouent avec l’agencement du site, soutenues par une composition musicale originale ou classique. 

Un aperçu ?

L’Atelier des Lumières a ouvert ses portes le 13 avril 2018, avec une exposition consacrée à Gustav Klimt, Egon Schiele et Friederich Hundertwasser. Elle a joué les prolongations jusqu’en janvier 2019. Cette seconde manifestation propose cette fois une immersion dans l’œuvre de Vincent van Gogh (1853-1890), génie ignoré de son vivant, qui a bouleversé la peinture.

Expo Klimt

Épousant la totalité de l’espace (2000 m² sur 10 mètres de hauteur), cette création visuelle et sonore retrace la vie intense de cet artiste tourmenté, qui peignit pendant les dix dernières années de sa vie plus de 2000 tableaux, aujourd’hui dispersés à travers le monde.

Les Tournesols

Une somme picturale qui évolue radicalement au fil des ans, des Mangeurs de pommes de terre (1885), aux Tournesols (1888) en passant par la Nuit étoilée (1889) et à La Chambre à coucher (1889).

Les mangeurs de pommes de terre
La Chambre à coucher (Arles)

L’Atelier des Lumières révèle les coups de brosse expressifs et puissants du peintre hollandais, il s’illumine aux couleurs audacieuses de ses toiles au style sans égal. Les nuances sombres succèdent aux teintes chaudes. L’exposition immersive évoque le monde intérieur à la fois démesuré, chaotique et poétique de Van Gogh et souligne un dialogue permanent entre l’ombre et la lumière.

Le parcours thématique retrace les différentes étapes de la vie de l’artiste, ses séjours à Nuenen, Paris, Arles, Saint-Rémy-de-Provence, pour s’achever avec sa fin tragique à Auvers-sur-Oise. Le visiteur voyage au cœur des œuvres, de ses débuts à sa maturité, de ses paysages ensoleillés et de ses nocturnes à ses portraits et natures mortes.

La création visuelle et musicale de Luca Longobardi, compositeur et pianiste qui a ouvert le langage classique à l’expérimentation électronique, produite par Culturespaces et réalisée par Gianfranco Lannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, met en lumière cette richesse chromatique ainsi que la puissance du dessin et la force des empâtements de l’artiste.

Infos pratiques : Atelier des Lumières, 38 rue Saint-Maur Paris 11è / 01 80 98 46 00 – Tarifs 14, 50 € à 9,50 € – Gratuit moins de 5 ans – Lundi au jeudi de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h

TER – Rodolphe & Dubois – Ed. Daniel Maghen (1 à 3/3)

On l’attendait avec impatience, le tome 3 de TER, sous-titré L’imposteur, arrive. Et avec lui, les réponses aux questions que s’est posées le lecteur dés la première vignette de cette série qui oscille entre fantasy et science-fiction. Coup d’œil dans le rétro…

T. 1

T.1 –L’étranger (avril 2017)

Pip, un pilleur de tombes,  découvre un homme au fond d’une sépulture. Il est nu, ne parle pas, et surtout, ne se souvient de rien. Seul indice, un tatouage à l’épaule droite sur lequel on peut lire  » MANDOR ».

Où sommes-nous ? Le lecteur n’aura un début de réponse qu’à la fin du premier tome.

Mandor est maintenant installé au Bas-Courtil, une cité mi-futuriste mi-médiévale régentée par deux collèges religieux et encadrée par un corps de garde composé de vingt-huit guerrières. 

Il est doué, il apprend vite à reparler et à écrire, mais surtout, il surprend son entourage par son extraordinaire aptitude à réparer tout ce qui a cessé de fonctionner. De là à voir en lui un magicien, voire un génie, il n’y a qu’un pas.

Plus qu’un génie, il est même possible que l’inconnu aux mains d’or soit le prophète qu’annonce le Livre des Psaumes. « Alors sortira un homme des entrailles de TER, qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni biens, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » 

Les gardiens officiels des Écritures voient d’un très mauvais œil l’arrivée de celui qui pourrait un jour remettre en cause leur autorité. Ils vont s’employer à ce que cela ne soit pas…

T. 2 – Le guide (oct. 2017)

T. 2

Dans une société toujours prompte à rendre l’étranger responsable de ses maux, l’occasion va bientôt leur en être donnée : un séisme dévaste une partie du Bas-Courtil, alors que Mandor s’était aventuré hors de ses murs. Il est aussitôt arrêté et traduit en justice pour « hérésie et agissements graves à l’encontre de la cité« . 

Quel est ce lieu ? Pip n’a-t-il pas trouvé le jeune homme au fond d’une sépulture ? Cela voudrait peut-être dire qu’il vient d’un monde souterrain. Reste dans ce cas à en dénicher l’accès… 

p. 25
p. 26

T. 3 – L’imposteur (février 2019)

Mandor poursuit ce qu’il pense être sa mission, avec ses aléas et les dangers qui guettent ses compagnons, talonnés par un groupe d’extrémistes avides de pouvoir : les bien nommés Intégraux.

Toujours à la recherche de son identité, il en vient à douter de tout : Qui suis-je ? Qui suis-je pour avoir parfois ces visons étranges ? Servir de guide à tous ces pauvres gens… et ensuite ne plus rien voir du tout, les emmener et les abandonner ici, dans la pénombre du ventre de la terre ?

Yss – Supplément T. 1

On n’en dira pas plus (et aucune planche, dont la beauté graphique n’est plus à démonter, ne viendra lever le voile sur ce qui va advenir), si ce n’est qu’après avoir livré ses secrets, ce troisième opus est, comme les précédents, pourvu d’un superbe supplément graphique d’une quinzaine de pages, sorte de prolongement de cette odyssée singulière aux tonalités métaphysiques.

Supplément T. 2

Les planches en couleur directe des T. 1, 2 & 3 signées Christophe Dubois seront présentées à la Galerie Daniel Maghen* du 19 mars au 6 avril 2019.

  • 36, rue du Louvre, Paris 1er

Et, cerise sur le gâteau, mais cette fois il faudra attendre pour le déguster, un deuxième cycle de TER, retraçant la suite des aventures de Mandor, paraîtra en 2020.

Mandor – Supplément T. 3

Anne Calmat

56 p. couleur + supplément, 16 €  – Visuels © Rodolphe & Dubois/D. Maghen


Les jours qui restent – E. Dérian – M. Foutrier – Ed. Delcourt

Sortie le 13 février 2019 – Visuels © M. Foutrier/Ed. Delcourt

Dans cette BD imaginée par Éric Dérian (scénario) et Magalie Foutrier (dessin), deux femmes et un homme vont se croiser dans un hôpital parisien : trois personnalités différentes, trois situations personnelles et professionnelles différentes, trois âges différents, avec en commun, une image d’eux-même profondément dégradée, ce qui les entraîne dans un perpétuel renoncement.

Il y a d’abord Daniel et Charlotte. Il a un rendez-vous avec le docteur Lebon pour une consultation de routine, elle vient d’en ressortir bouleversée.

(détail planche)

Daniel a longtemps attendu son tour, puis il est reparti au moment où on l’appelait. C’est Catherine qui a pris sa place. La jeune femme traverse une période douloureuse, elle souffre de surcroît d’un vide sentimental abyssal, dû, pense-t-elle, à son physique ingrat.

Charlotte est rentrée chez elle, elle a viré Fabien sans ménagement, si bien qu’il a dû finir de se rhabiller sur le trottoir. Catherine a filé au cimetière où l’attendait sa grand-mère. En repartant, elle a murmuré « Je t’aime, maman ». Daniel est passé chez le pharmacien pour son habituelle avance de médicaments.

Puis on retrouve Catherine quelques planches plus loin, moquée, ridiculisée par les deux pimbêches qui lui servent de collèges de bureau, cependant que Daniel traîne sa nostalgie à longueur de rues et de bar en bar, en quête d’un passé qu’il croit totalement révolu. Quant à Charlotte, elle accepte mal le diagnostic du docteur Lebon, ajouté à celui de ses professeurs aux Beaux-Arts, quant à sa production artistique. Elle s’apprête à réagir…

Les lecteurs de ces quelques lignes pourraient avoir le sentiment que nous leur proposons un plongeon dans la mer de la Morosité, il n’en n’est rien.

L’album, illustré avec humour par Magalie Foutrier, n’est pas sans évoquer une comédie douce-amère à la Cédric Klapisch, dans laquelle les protagonistes finissent par découvrir en eux les ressources qui vont leur permettre de pratiquer le « faire avec » ou le lâcher-prise, et de transformer leurs faiblesses ou leurs échecs, réels ou supposés, en une force.

Anne Calmat

144 p., 18 €

Expo : « Les statues meurent aussi », sur les traces de l’histoire coloniale française au Musée national de l’histoire de l’immigration

Copyright Jan Mammey

Communiqué – Exposition photographique coproduite avec le Gœthe-Institut Paris – Jusqu’au 3 mars 2019

Les photographes Jan Mammey, Falk Messerschmidt et Fabian Reimann se sont penchés sur le passé colonial français. En se fondant sur leurs expériences et s’inspirant du concept d’André Malraux de « Musée Imaginaire », ils ont développé l’idée d’un non-lieu immatériel, après avoir effectué pendant trois ans un inventaire cartographique de plus d’une centaine de lieux et rassemblé un fonds de plus de 2000 photographies. Cette recherche de traces est marquée par une approche subjective fonctionnant sur des associations d’idées. Les trois artistes révèlent des images et des textes, qu’ils assemblent ensuite dans une démarche éditoriale et curatoriale pour créer une œuvre artistique aux facettes multiples. Leur projet artistique met l’accent sur l’espace public parisien, sur les musées et institutions de la capitale, et quelques archives publiques peu connues.

Les traces de l’époque coloniale sont omniprésentes et se retrouvent sous d’innombrables formes, à la fois à Paris et dans toute la France. Elles échappent pourtant la plupart du temps à l’attention du public. Les lieux de mémoire et plaques commémoratives s’y rapportant étant parfois si discrètes qu’on les voit sans y faire attention, et pour peu qu’on s’y attarde, rien ou presque ne vient renseigner sur les faits qui en sont à l’origine. 

Témoins, cette plaque commémorative à l’intérieur de la station de métro Charonne, placée dans un recoin en bas des marches qui mènent aux guichets, sur laquelle sont gravés les neuf noms de ceux qui sont morts le 8 février 1962 pour avoir manifesté en faveur de la paix en Algérie et contre les attentas que menait le groupe OAS favorable au maintien d’une présence française dans ce pays, ou encore, cette illustration non contextualisée que l’on peut voir 10 rue des Petits-Carreaux dans le quartier Montorgueil (Paris).

Au Planteur (1890)

Rappel : L’exposition dont l’intitulé fait référence au court-métrage d’Alain Resnais et Chris Marker (1963) censuré pendant onze ans pour sa dénonciation du colonialisme, est présentée sous la forme d’une installation jusqu’au 3 mars 2019. Entrée libre.

Palais de la Porte Dorée, Paris 12è
Musée national de l’Histoire de l’Immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

A. C.

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’Histoire de l’immigration Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

Visuels et doc audio © MNHI

Ma génération, celle d’une vie chinoise – Li Kunwu – Ed. Kana

农历新年 5 février 2019

Coup d’œil dans le rétro en compagnie d’Yves Martin, librairie « Les Buveurs d’Encre » Paris 19è

Dans la trilogie Une vie chinoise, Li Kunwu abordait l’histoire contemporaine de la Chine à travers son parcours personnel. Il revient sur ce sujet sous un angle sensiblement différent dans Ma Génération (histoire prévue en 2 volumes).

Toujours nourri de l’expérience de l’auteur, le premier tome de Ma Génération embrasse la période qui va du grand bond en avant au début de la révolution culturelle, de la fin des années 50 au milieu des années 60. Ma génération va s’intéresser au parcours du groupe que forme le petit Li et ses copains d’enfance. Cette génération a pour caractéristique d’avoir traversé des périodes très différentes : les années de la construction socialiste, les années du chaos que fut la révolution culturelle, les années d’ouverture et celles du modèle hybride « communisto-libéral » d’aujourd’hui.

Li Kunwu replonge (et nous avec) dans ses années de petite enfance. Petit Li et ses copains ont trois, quatre ans et vivent en permanence à la crèche. Ils ont bien des parents, mais ceux-ci sont fort occupés à construire la Chine moderne. On est en plein dans la période dite du « Grand bond en avant », quand la Chine voulait développer l’agriculture et l’industrie du pays à marche forcée. L’objectif était de dépasser la production anglaise puis américaine en deux ou trois années seulement ! Cette politique va conduire à une désorganisation totale de l’agriculture, entraînant plusieurs années de disette voire de famine. Du point de vue industriel, ce n’est pas tellement plus brillant. La qualité de l’acier produit était si mauvaise qu’il se révélait souvent inutilisable.

Pourtant, Ma génération n’est pas un livre à charge sur la politique conduite par l’Etat ni sur le maoïsme. (Li Kunwu travaille et vit en Chine, il est ou était représentant des auteurs chinois dans des instances officielles). C’est l’abnégation des adultes, l’insouciance des enfants qui est mise en avant, pas l’erreur politique ni ses conséquences directes.

L’autre grande période illustrée dans cette première partie de Ma Génération est celle des débuts de la Révolution Culturelle. Les gamins ont grandi, on les retrouve au collège, à ce moment où les repères changent très rapidement, et où des professeurs adultes et jadis respectés sont mis sous tutelle de commissaires politiques d’une douzaine d’années, les « gardes rouges ». Mais même au coeur de cette période dramatique, les adolescents gardent des préoccupations de leur âge et s’ouvrent à l’amour romantique, tare bourgeoise s’il en fut.

Y. M.

256 p., 15 €

Ils ont connu le Grand Bond en avant, la Révolution Culturelle, l’enthousiasme et le désespoir. Ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient le jour de la mort du Président Mao. 
« Ils », c’est la génération d’Une vie chinoise. À l’heure de la révolution internet, que sont devenus les femmes et les hommes de la révolution maoïste ?
Li Kunwu nous offre un témoignage sur cette génération qui a construit la Chine d’aujourd’hui.

1972. La révolution culturelle a entamé sa phase finale. Les quatre ans de lycée de Li et ses camarades sont achevés, mais ce n’est pas pour autant qu’ils peuvent intégrer l’université. Pour cela, il faut en effet obtenir une recommandation des institutions locales. Et, pour y parvenir, il faut obtenir le statut d’étudiant d’origine paysanne, ouvrière ou militaire. C’est donc à 17 ans que Li et ses amis se séparent pour se rendre dans des provinces différentes. Li rejoint l’armée populaire de libération et, son régiment se trouvant à la campagne, se met à travailler la terre…

176 p. 15 €

Li Kunwu est un des rares artistes chinois de sa génération à s’être, tout au long de sa carrière, exclusivement dédié au 9e art et à en vivre. En 30 ans d’activité, plus d’une trentaine de ses ouvrages ont été édités en Chine, et il a publié dans lesmagazines de BD chinois les plus emblématiques tels Lianhua Huabao, Humo Dashi, etc. D’abord spécialisé dans la BD depropagande, il s’est ensuite orienté vers l’étude des minorités culturelles chinoises dont sa province, le Yunnan, est si riche. Il est membre du Parti communiste chinois et administrateur de l’Association des artistes du Yunnan et de l’Institut chinois d’étude du dessin de presse.

Noire, La vie méconnue de Claudette Colvin – Émile Plateau – Ed. Dargaud

Sortie le 18 janvier 2019 – Visuels © Plateau/Dargaud

D’après le roman éponyme de Tania de Montaigne (Grasset, 2015).

C. Colvin

Des boulevards, des avenues, des squares, des écoles portent les noms de Martin Luther King ou Rosa Parks. Une petite rue dans un quartier misérable de Montgomery en Alabama, a pris celui de Claudette Colvin. Mais qui connaît le rôle courageux et précurseur que joua ce minuscule personnage, oublié de la grande histoire ? Un oubli qu’Émilie Plateau propose à son tour de réparer.

Il y avait bien peu de fées autour du berceau de Claudette Colvin, en ce jour de 1939 à Austin. À peine ouvrait-elle les yeux que son père dispraissait, avant de réapparaitre le temps de lui donner une petite soeur, Delphine, et de s’évaporer à tout jamais. Sa mère ne put guère faire mieux, qui confia ses deux enfants à ses grand-tante et grand-oncle qui vivaient à King Hill, le quartier le plus pauvre de Montgomery.

Puis Delphine décède, laissant sa sœur affronter seule les contradictions entre ses rêves et la ségrégation. Claudette, bonne élève, voudrait devenir avocate, mais sa peau est bien sombre et ses cheveux pas assez lisses.

Or, voici ce qui arriva. Le 2 mars 1955, elle rejoint le bus sur le trottoir réservé aux Noirs et s’assied dans la section qui leur est dévolue, quand une Blanche se présente. Le chauffeur invite Claudette à se lever. Celle-ci ne bouge pas, elle a payé sa place. Le bus s’arrête, la police intervient et la conduit manu militari en prison, d’où elle finit par être libérée, avec l’aide du Révérend Johnson.

Présentée à Rosa Parks de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et à Jo Ann Gibson, présidente du WPC (Women’s Political Council), on lui propose de plaider non coupable et de poursuivre la ville, pendant qu’un boycott sera engagé par les deux institutions. Lors de son procès, le 18 mars, elle soutient courageusement sa position, aidée du témoignage de ses camarades. Las, elle reste sous le coup de trois chefs d’accusations : violation de la loi, troubles à l’ordre public et agression envers des représentants de la loi. Le mouvement de boycott qui s’en suit n’étant relayé par aucun leader, il s’essouffle et cesse.

Les rêves de futur se brisent pour Claudette qui rejoint le NAACP afin de témoigner de son expérience. Ce qui n’est pas sans danger car, victime d’un viol commis par un homme blanc, elle se retrouve enceinte.

Cette histoire nous en rappelle une autre. Elle apparaît en effet comme la répétition de ce grand mouvement qui se mettra en branle le 1er décembre, initié par Rosa Parks qui elle aussi a refusé de céder sa place dans un bus à un Blanc. Sauf que cette fois, le leader anti-ségrégationniste, Martin Luther King, est appelé à la rescousse par Jo Ann Gibson. Des tracts sont distribués, le boycott, auquel les femmes noires participent massivement, se met en place.

Même motif, même sanction, le procès de Rosa Parks conduit aux mêmes chefs d’inculpation. Les hommes rallient les femmes, le boycott fonctionne, des meeting s’organisent qui galvanisent les foules, une épreuve de force s’engage pour démontrer que la ségrégation dans les bus va à l’encontre du 14e amendement de la Constitution fédérale des Etats-Unis. Claudette Colvin, que tout le monde avait oubliée, est sollicitée pour rejoindre quatre femmes noires prêtes à engager une nouvelle action.

Nous connaissons la suite : le 20 décembre 1956, après 381 jours, c’est la fin du boycott et de la ségrégation dans les bus de Montgomery, déclarée inconstitutionnelle par deux juges de la Cour fédérale contre trois.

Le lendemain, une photographie de Martin Luther King montant dans un bus accompagné de trois leaders noirs fait le tour du monde. Quelques photos de Rosa Parks paraissent dans le magasine Look. Mais aucune ne montre les plaignantes, pas plus que Jo Ann Gibson.

Comme Rosa Parks, Claudette Colvin quitte le sud pour rejoindre la nord. Aide-soignante, elle poursuivra une vie pauvre et anonyme en élevant son fils.

Il a fallu attendre qu’elle ait soixante-dix-neuf ans pour qu’une rue porte son nom à elle, qui n’était pas Rosa Parks.

Nicole Cortesi-Grou

136 p., 18 €

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