Toutânkhamon, le trésor du pharaon

Statue à l’effigie du roi montant la garde ©

Toutankhamon, le trésor du Pharaon s’ouvre le 23 mars à la Grande Halle de la Villette à Paris : 150 objets provenant du trésor découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter pour une exposition qui s’annonce d’ores et déjà comme l’événement 2019.

Visuels © Laboratoriorosso, Viterbo/Italy,

Toutânkhamon, naît en 1327 avant J.-C. et fascine bien au-delà des cercles d’amateurs d’archéologie. Fils d’Akhenaton, l’inventeur sacrilège du monothéisme, et probablement de l’une de ses sœurs ou encore de Nefertiti, la double cousine germaine de son père, il meurt à l’âge de 18 ans.


L’archéologue Howard Carter, dans la tombe de Toutankhamon à Thèbes, en 1923. / INTERFOTO /© Alamy Stock Photo/

Suivez le guide…

La visite de l’exposition débute par une vidéo diffusée sur un écran à 180 degrés. L’action commence dans la Vallée des Rois, site qui abrita les tombeaux des pharaons pendant une durée de 500 ans. La caméra balaie le paysage montagneux et désertique, montrant les sites archéologiques en pleine activité, où l’on voit des groupes d’hommes étudier des cartes, fouiller, creuser des roches, ou tamiser du sable. Tous sont déterminés à trouver les tombeaux cachés des pharaons et les trésors qu’ils recèlent.



@ Cercueil miniature canope à l’effigie de Toutânkhamon

Le narrateur présente Howard Carter. Nous sommes en 1922, l’archéologue raconte les nombreuses années qu’il a passées à mettre au jour les tombeaux des monarques égyptiens et la façon dont certaines découvertes dans la Vallée des Rois ont retenu son attention et enflammé son imagination : une coupe de faïence sur laquelle est inscrit le nom d’un pharaon inconnu, Toutânkhamon, ainsi que des fragments de feuille d’or, sur lesquels figurent les noms de ce roi et de sa reine.



@ Lit funéraire en bois doré

Howard Carter avait la conviction que le tombeau de Toutânkhamon se trouvait quelque part dans la vallée, et que ses trésors étaient peut-être intacts. Il était méticuleux dans ses recherches et obsédé par sa quête, qui était financée par son mécène Lord Carnarvon, un aristocrate fortuné. Mais, après huit ans de recherches infructueuses, ce dernier s’apprête à mettre un terme à ses financements. Il reste à Carter une dernière chance de trouver le tombeau. La voix s’éteint et l’action démarre de façon soudaine.



Statue à l’effigie du roi montant la garde @

Un tourbillon d’images remonte rapidement les années, les siècles puis les millénaires. Le compteur s’arrête finalement en l’an 1323 av. J.-C. Des vues aériennes des palais des pharaons et des temples de Louxor se fondent en une animation qui nous montre le dieu Râ entreprendre son voyage quotidien dans le ciel. La voix imposante du grand prêtre tonne, pour nous raconter cette histoire. Il décrit comment, après la tombée de la nuit, Râ voyage dans l’au-delà avant de renaître chaque matin pour recommencer son voyage dans le ciel. Le dieu soleil, resplendissant dans sa barque solaire, disparaît ensuite dans un fondu laissant place à une effigie géante de Toutânkhamon qui occupe tout l’espace. Tandis que des reconstitutions de la vie du roi apparaissent, le prêtre rappelle les quelques faits connus au sujet de Toutânkhamon.



@ Chaouabti en bois tenant un fléau et portant une coiffe némès dorée et un large collier

Le narrateur explique qu’avant que le Ba, ou l’âme, de Toutânkhamon, ne puisse entreprendre son périple vers l’éternité, son corps doit d’abord être préparé selon les protocoles en vigueur depuis les temps anciens. Des images suivent le voyage final du défunt au fil du Nil, de Louxor jusqu’à la tente de préparation installée dans la Vallée des Rois. Les prêtres, dont on voit se dessiner les silhouettes à l’écran, s’occupent des préparatifs lorsque la caméra se met à suivre le Grand Prêtre qui dirige la cérémonie du rituel de l’Ouverture de la bouche.



@ Naos en bois doré présentant des scènes
de Toutânkhamon et Ankhésenamon

Tandis que ses mots continuent à résonner, la vidéo s’atténue, laissant progressivement les portes de l’exposition s’ouvrir. De l’autre côté, des lumières tamisées attirent les visiteurs vers la première vitrine d’objets et l’absolue beauté de ce qu’ils y découvrent…

Le masque funéraire de Toutankhamon, l’une des pièces maîtresses de l’exposition © AFP / MOHAMED EL-SHAHED

Toutânkhamon, le trésor du pharaon du 23 mars au 15 septembre 2019 – Grande Halle de la Villette – 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris – M° Porte de Pantin

Tous les jours de 10h à 20h (dernière séance à 18h30) – Billets en vente : www.expo-toutankhamon.fr – Par téléphone au 0892 390 100 (lundi au samedi de 9h30 à 18h30) – Billetterie sur place tous les jours de 10h00 à 19h00, à partir du 23 mars 2019.

Plein tarif semaine : 22€ – Plein tarif week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 24€

Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) semaine : 18 € – Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 20€ – Enfants (- 4 ans) : gratuit

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Le grand méchant huit de Guillaume Long (suivi de) Bonjour Bonsoir de Vamille – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019
© G. Long/La Joie de lire
À partir de 6 ans

Pour son anniversaire, Robin s’est vu offrir deux entrées pour Youpiland, une pour lui, une pour son copain Rémi. Cerise sur le gâteau, ils iront seuls, à condition toutefois qu’ils restent à distance de certaines attractions, à commencer par le Grand huit. Promis, juré ! Mais voilà qu’ils rencontrent deux copines de classe, qui, prétendent-elles, en sont à leur sixième tour. Grr !

p. 23
p. 9

Mais qui est cet homme aux cheveux blancs qui les talonne depuis leur arrivée ? Un agent de la C.I.A.  ? Les imaginations galopent, les garçons aussi. Ils tentent de semer l’importun, s’engouffrent avec un mélange de crainte et de fierté dans le labyrinthe, voyagent à bord train fantôme, s’étourdissent dans les soucoupes tournantes, et le temps d’engloutir quelques youpi-burgers (pensez donc : un acheté, six offerts), histoire de prendre des forces, les voilà fin prêts pour le maxi frisson.

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Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent dans le Grand huit…

p. 30

Ce qui devait arriver arrive : sous les effets conjugués de leur gloutonnerie, des montées vertigineuses et des descentes abyssales du dispositif, ils « repeignent » le visage de leur voisin… qui n’est autre que l’homme aux cheveux blancs.

p. 31

On n’en dira pas plus, si ce n’est que ce thriller humoristique destiné aux enfants est une réussite, tant sur le fond que sur la forme.

Anne Calmat

40 p. 10 €

En librairie depuis janvier 2019 – © C. Vallotton, alias Vamille/La Joie de lire À partir de 6 ans

Bonjour Bonsoir

L’exubérance des images et des couleurs de l’album précédent a fait place à la sobriété. Aux visages en forme de cratères lunaires des protagonistes du Grand méchant huit a succédé le minimalisme du trait de l’auteure. On pense aux bonshommes de Jean-Michel Folon. Il y manque cependant ses merveilleux pastels, la couleur n’intervenant ici que par petites touches ; mais rien n’interdit à de jeunes iconoclastes de prendre leurs feutres et d’ajouter ici ou là un soleil éclatant qui réchauffera de ses rayons la grisaille de la ville, un arc-en-ciel, ou même un chien qui lève la patte sur un réverbère, celui que l’on voit sur la BD n’osant manifestement pas le faire.

Bonjour (p. 6 et 7) Bonsoir (p. 6 et 7)

Quand aux dialogues, n’en parlons pas, mis à part « bonjour, bonsoir », il n’y en pas. Les lecteurs peuvent ainsi imaginer ce que se disent les autres personnages en croisant nos deux bi-syllabiques. Mais peut-être que précisément ils ne se disent rien, tout enfermés qu’ils sont dans leurs propres pensées. Car c’est bien l’absence de communication entre les individus et l’uniformité de leur quotidien que semble pointer Vamille.

Bonjour (p. 12)

N’allez surtout pas penser que l’on s’ennuie en parcourant cet album en deux parties inversées. Bien au contraire, l’imagination est sollicitée en permanence et les petits instants du quotidien – déguster un donut sur un banc du jardin botanique à côté d’une inconnue, aller au cinéma – prennent tout à coup un relief particulier. Le monsieur qui dit bonjour croise rarement celui qui dit bonsoir, mais nous lecteurs qui les voyons vivre, avons une furieuse envie de leur rappeler que la relation à l’autre ne s’arrête pas à ces deux mots lapidaires.

Bonsoir (p. 12)

C’est en tout cas un bel album à partager avec ses parents (et vice versa), pour mieux l’apprécier… et le commenter !

A. C.

52 p. 10, 90 €

Le temps des mots à voix basse – Anne-Lise Grobéty – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019 – Première édition en 2001 – Prix Saint-Exupéry 2001. Prix des Sorcières 2002 (prix des Libraires spécialisés jeunesse).

C’était il y a longtemps, dans une petite ville allemande, à la fin des années 30…

Les héros du roman de Anne-Lise Grobéty sont deux enfants : Oskar et Benjamin, et leurs pères, Anton, l’épicier-poète et Heinzi, le comptable-poète. Tous quatre sont liés par une amitié profonde et indéfectible. Rien ne menace la quiétude de leur vie ni celle de leurs concitoyens. Mais un jour, tout bascule : le temps de la cruauté et de la barbarie a sonné et une araignée noire aux pattes en forme de crochets trône désormais sur les drapeaux.

« Dessins assassins, ou la corrosion antisémite en Europe » – Exposition au Mémorial de Caen, 2017 ©

Oskar est dans un premier temps relégué au fond de la classe, puis rapidement renvoyé de l’école et traité de ”fils de chien”, sans qu’il en comprenne la raison. Il est devenu un pestiféré.

Les premières manifestations de l’idéologie totalitaire nazie ont fait leur apparition dans le quotidien des habitants, sans qu’aucune voix ne s’élève pour protester. Ce qui fera dire plus tard à Heinzi (…) ”Ce qui nous a amenés dans le pétrin d’aujourd’hui, ce sont nos petites lâchetés quotidiennes à nous tous, depuis trop longtemps… Tout ce qu’on entendait dans les rues, dans les bistrots, la colère qui montait, l’hostilité (…) On a regardé la haine, la violence accoucher de leurs petits devant nos portes (…)”.

On pense bien sûr au texte de Franck Pavlov, Matin brun (Ed. Cheyne, 1998).

Version illustrée de Matin brun. Ici par Enki Bilal ©

Le père d’Oskar perd son emploi, la famille est contrainte de déménager dans ”un quartier réservé”. Les enfants ne se voient plus. C’est Oskar qui en a pris l’initiative, pour protéger Benjamin. Comme le fera propre son père lorsque celui du narrateur tiendra à tout prix à venir en aide à sa famille. ”Par amitié, tu mettrais ta propre vie en danger pour tenter de sauver la mienne ? Tu connais un véritable ami qui te demanderait une chose pareille ?” Il est cependant une chose que l’ami pourra faire pour l’ami… Ce qui donne lieu à l’un des moments les plus émouvants du livre.

On reçoit en plein cœur ce texte sobre, tout en finesse, comme murmuré à l’oreille, qui résonne d’autant fort plus aujourd’hui que dans de nombreux pays le rejet de l’Autre a pris le pas sur l’humanisme.

Anne Calmat

Tout lectorat à partir de 13 ans.
60 p., 9,90 €

L’Anxiété Quelle chose étrange – Steve Haines – Sophie Standing – Ed. Çà et Là

En librairie le 15 mars 2019 – 32 p.,12 € – Illustrations  © S. Standing/ Ed. çà et là

L’anxiété est non seulement étrange, elle est aussi fort désagréable à ressentir. Mais qui un jour n’a pas été anxieux ? 

Mal d’un siècle ou accélération du temps qui semble nous laisser sur le talus ? Insécurité face à un environnement perçu comme menaçant ? Inquiétude face à une paix devenue incertaine ? Ou destin de l’homme confronté au mystère et à l’absurde ?

L’anxiété doit se distinguer des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), de la crise de panique, des phobies et de l’anxiété généralisée. Il est aussi curieux d’apprendre que « L’anxiété est une bonne chose que les psychopathes ne connaissent pas ». (Jon Ronson), et qui plus est, qu’elle nous préparerait à ne pas verser dans l’excès de confiance. La limitation de l’hubris est en effet une préoccupation qui nous vient de la Grèce antique.

Steve Haines nous propose une synthèse du phénomène, remontant aux causes, explorant les différents troubles et proposant des remèdes au quotidien. 

Nous apprenons ainsi que l’anxiété est « une réaction naturelle à la perception d’une menace qui se manifeste aux plans cognitif (les pensées se bousculent), physiologique (activation du système nerveux autonome) et comportemental (fuite) ». Reste à savoir pourquoi certains sont plus anxieux que d’autres, et pourquoi même, il en est qui ne le sont jamais… C’est à confronter à nombre de causes qui peuvent avoir à faire avec un passé tourmenté, un présent peu sécurisant, un mauvais état physique ou des habitudes de vie malsaines.

Après avoir vu ce qu’en disent les philosophes, comme Kierkegaard qui y voyait un vertige de la liberté, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, une angoisse existentielle, on apprend aussi que les neuroscientifiques, plus optimistes, proposent de dépasser notre biologie pour embrasser une « liberté radicale » via une connaissance des émotions. 

L’auteur brosse un tableau très complet de la construction émotionnelle, en montrant les différents mécanismes en jeu et la complexité de l’ensemble. On pourrait se sentir découragés, il n’en n’est rien. Quelques techniques peuvent nous aident à gérer cette interaction complexe de réflexes physiologiques, de déclencheurs familiaux et d’oppression culturelle. L’ancrage corporel par exemble, l’H.A.L.T. (Hunger, Anger, Loneliness, Tiderness), la contemplation, de préférence dans la nature, la restructuration de la pensée…

L’ouvrage se termine sur une invitation à modifier notre regard sur l’anxiété, afin d’en discerner les effets positifs, ainsi que sur une série de recommandations simples pour mieux la surmonter.

 » Essayez de ne pas vous embourber dans la rumination et l’autocritique. »

Sophie Standing illustre cet ouvrage de manière très originale, tant par ses dessins et la composition des planches que par la vivacité des couleurs. Elle facilite la compréhension d’un texte rigoureux et sérieux au moyen d’images concrètes et pleines de fantaisie.

Steve Haines exerce en tant que chiropracteur et enseigne la thérapie craniosacrale. Il vit et travaille entre Londres et Genève. Il est l’auteur, avec Sophie Standing au dessin, des trois albums de la série « Quelle chose étrange » : La Douleur (oct. 2018), L’Anxiété (mars 2019) et Le Trauma  (juin 2019). Il est également co-auteur avec Ged Sumner de « Cranial Ingelligence : A Pratical Guide to Biodynamic Craniosacral Therapy ». (2011, Ed. Singing Dragon).

Nicole Cortesi-Grou

Refuznik ! URSS : l’impossible départ – Flore Talamon – Renaud Pennelle – Ed. Steinkis

Sortie le 6 mars 2019 – Illustrations © R. Pennelle/Steinkis

« A Kiev, les conditions n’étaient pas favorables du tout. Déjà, je suis née en pleine période d’hystérie antisémite de Staline. Heureusement, il n’a pas pu achever tous ses crimes… »

Celle qui s’exprime ne doit pas avoir loin de soixante-dix ans. Bella Goldberg est sculptrice, elle vit à la campagne entourée de ses œuvres autour desquelles gambade son jeune chien, Léon. Elle se remémore les terribles années passées en Union soviétique, du temps où Staline avait fini par donner libre cours à son antisémitisme. Flore Talamon recueille ses souvenirs, Renaud Penelle enrichit leurs échanges de dessins qui ne sont pas sans rappeler ceux qui illustraient l’un de ses précédents albums intitulé Vénus noire (Ed. Emmanuel Proust, 2010).

Bella Goldberg naît à Kiev en 1951 deux ans avant la disparition de Staline, dans une famille de scientifiques, à une époque marquée par une instrumentalisation du nationalisme russe et une répression accrue envers les Juifs. Ses origines la confrontent très jeune à l’antisémitisme des autres enfants sans qu’elle en comprenne à la raison.

Un jour, alors qu’elle n’a que sept ans, sa maîtresse d’école enjoint la classe de s’essayer à la pâte à modeler. C’est pour elle une révélation. À cet instant, je suis devenue matière et la matière est devenue moi. C’est décidé, elle sera sculptrice. Ses parents refusent cependant de l’envoyer dans une école d’art. Et pourtant, plus je grandissais moins j’étais compatible avec l’école soviétique. Son esprit contestataire dérange, il se pourrait même qu’il mette en danger sa famille. Son diédouchka, son grand-père sera son premier allié. Les circonstances vont faire que son souhait sera rapidement exaucé. Seule la sculpture lui permet de se réaliser et de s’évader du carcan qui enserre chaque jour davantage la communauté juive. Elle l’aide à faire face aux représailles qu’elle subit pour non-collaboration avec le régime soviétique. Peu à peu, Bella se range du côté des artistes, dits dégénérés parce que ne respectant pas les règles de l’esthétique réaliste-socialiste.

Havane au bec, la vieille femme déroule la pelote des événements tels qu’elle les a vécus avant de quitter l’URSS à la fin des années 70. Elle parle longuement de sa famille, de leurs relations étroites mais parfois conflictuelles, elle décrit comment les Juifs, d’abord bénéficiaires de la Révolution, furent par la suite l’objet d’une violente répression orchestrée par Staline qui, en attendant la création de l’État d’Israël, avait attribué aux « citoyens soviétiques de nationalité juive »  un district situé en Sibérie extrême-orientale, le Birobidjian. Elle explique comment, en choisissant le camp étasunien, le jeune État a gravement offensé le petit père des peuples, avec les conséquences qui s’en sont suivies.

Les discriminations ont repris de plus belle, raconte-t-elle, semant la discorde jusqu’au sein des familles les plus unies. Dès lors, une seule solution pour vivre dignement s’impose à Bella la rebelle : se faire un inviter par un parent et demander un visa d’émigration en Israël pour cause de regroupement familial, au risque de devenir une paria. Avec, dit-elle, en parlant dudit visa, une chance sur 1000 de m’envoler et 999 de m’écrabouiller.

Lorsque son interlocutrice émet une réserve sur telle ou telle analyse, la sculptrice s’insurge. J’aurais bien aimé t’y voir ! Après 1956, les gens ont critiqué – un peu – les excès de Staline, mais ça a été une parenthèse vite refermée. Elle et les siens ont vécu tout cela dans leur chair, elle sait de quoi elle parle.

Tout restera longtemps à tenter pour Bella, mais lorsqu’on choisit un chemin, aussi tortueux soit-il, on le poursuit jusqu’au bout.

Aussi passionnant que troublant.

Anne Calmat

136 p., 18 €