De Salvador Dalí à Antoni Gaudí – Ed. Taschen

Antoni Gaudí (1852–1926)
Salvador Dalí (1904–1989)
Copyright R. Descharnes / Ed. Taschen – 40 €

Salvador Dalí de Robert Descharnes et Gilles Néret

À l’âge de 6 ans,  Salvador Dalí rêvait de devenir cuisinier. À 7 ans, il voulait être Napoléon. « Dès lors, affirma-t-il plus tard, mon ambition n’a cessé de grandir, et ma mégalomanie avec elle. Maintenant je veux seulement être Salvador Dalí. Je n’ai pas d’autre souhait ».

 

Ce volumineux ouvrage est à ce jour l’étude la plus complète jamais publiée sur l’œuvre peint de Dalí. Après des années de recherche, Robert Descharnes et Gilles Néret ont localisé des toiles signées de l’artiste, qui sont longtemps restées inaccessibles, à tel point que près de la moitié des œuvres présentées ici sont rendues visibles au public pour la première fois.

Plus qu’un catalogue raisonné, ce livre replace les œuvres de Dalí dans leur contexte et les explique à travers des documents contemporains : écrits, dessins, pièces issues d’autres aspects de son travail, tels que le ballet, le cinéma, la mode, la publicité et les objets d’art. Sans ces éléments venant soutenir l’analyse, les peintures ne seraient qu’une simple collection d’images.

Robert Descharnes (1926–2014), photographe et écrivain, a publié plusieurs études sur des artistes majeurs, parmi lesquels Antoni Gaudí et Auguste Rodin. Il a dressé le catalogue commenté des peintures et écrits de Dalí, dont il était reconnu comme le principal expert. 

Gilles Néret (1933–2005) était historien d’art, journaliste et correspondant de musées. Il a organisé plusieurs rétrospectives artistiques au Japon et fondé le musée Seibu et la Wildenstein Gallery à Tokyo. Il a dirigé des revues d’art, dont L’Œil etConnaissance des Arts, et reçu le prix Élie-Faure pour ses publications en 1981. Parmi ses nombreux ouvrages publiés chez Taschen, citons Dalí – L’œuvre peint, Matisse et Erotica Universalis.

Réédition du Jeu de Tarot imaginé par Dalí.

Où, dans l’extraordinaire jeu de Tarot personnalisé de l’artiste, l’on voit Dalí le facétieux en Bateleur et son épouse, Gala en Impératrice. La mort de Jules César est quant à elle réinterprétée sous l’aspect du Six d’Épée… Publié pour la première fois en 1984 dans une édition d’art limitée et depuis longtemps épuisée, ce luxueux coffret reproduit les 78 cartes du jeu, accompagnées d’un livret explicatif consacré à la sa conception et aux instructions pratiques pour le consulter. 50 €

Copyright R. Zerbst /Ed. Taschen – 40 €

Antoni Gaudí i Cornet de Rainer Zerbst

L’architecte catalan Antoni Gaudí i Cornet, célèbre dans le monde entier pour son immense talent et son écclectisme, a inventé un langage architectural unique, personnel et sans précédent, qui aujourd’hui encore reste difficile à définir.

Casa Vicens

Collegio Teresiano

Sa vie fut pleine de contradictions. Jeune homme, critique à l’égard de l’Église, il rejoignit le mouvement nationaliste catalan, mais voua la fin de sa vie à la construction d’une église unique et spectaculaire, la Sagrada Família. Il mena un temps une vie de dandy dans le beau monde, mais à sa mort dans un accident de tram à Barcelone, ses vêtements étaient si miteux que les témoins le prirent pour un mendiant.

La Sagrada familia


« La structure qui sera celle de la Sagrada Familia, je l’ai essayée d’abord pour la Colonie Güel. Sans cet essai préalable, je n’aurais jamais osé l’adopter pour le Temple. »
L’incomparable architecture de Gaudí traduit cette multiplicité de facettes. Textures chatoyantes et structure squelettique de la Casa Batlló ou matrice arabo-andalouse de la Casa Vicens, son travail mêle orientalisme, matériaux innovants, formes naturelles et foi religieuse pour façonner une esthétique moderniste unique. Aujourd’hui, son style particulier rencontre une popularité et une admiration mondiales. Son opus magnum, la Sagrada Família, est le monument le plus visité d’Espagne et sept de ses œuvres figurent au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Illustré de photos inédites, de plans, de dessins de la main de Gaudí et de clichés historiques, enrichi d’annexes approfondies présentant toutes ses créations y compris ses meubles et ses projets inachevés, cet ouvrage présente son univers comme jamais. À la manière d’une visite guidée privée de Barcelone, on découvre combien le «Dante de l’architecture» fut un constructeur au sens le plus pur du terme, qui façonna des édifices extraordinaires, foisonnant de détails fascinants où se matérialisent les visions fantasmatiques au cœur de la ville. 

Détail

L’auteur :

Rainer Zerbst a étudié les langues vivantes à l’Université de Tübingen et au Pays de Galles, de 1969 à 1975. De 1976 à 1982, il a travaillé comme assistant de recherche au département d’anglais de l’Université de Tübingen. Après son doctorat en 1982, Zerbst est devenu critique d’art, de littérature et de théâtre. 

Les guerres d’Albert Einstein 1/2 – Ed. Robinson

En librairie depuis octobre 2019. Scénario François de Closets et Corbeyran – Dessin Chabbert – Couleur Bérangère Marquebreucq. © Robinson / F. de Closets, Corbeyran, Chabert, B. Marquebreuq64 p., 14, 95 €

Ce premier tome, superbement illustré et en tous points conforme à la vérité historique, couvre la période qui précède la Première Guerre mondiale jusqu’à l’année 1919. Avec, sur la toute dernière vignette, et en prélude au second tome, un portrait dessiné d’Albert Einstein venant de recevoir le prix Nobel de physique (1921).

C’est plus ici l’homme privé que le physicien de génie que nous découvrons : Einstein l’époux – passablement macho – de Mileva, comme lui, scientifique, mais avant tout, Albert Einstein l’ami de Fritz Haber, qui va obtienir le prix Nobel de chimie en 1918 pour ses travaux dans le domaine de l’agro-alimentaire.

p. 6

On les voit rarement l’un sans l’autre. Pourtant tout semble les opposer : Einstein, pacifiste militant, est blagueur, simple et affable, Haber est un va-t-en guerre assoiffé d’honneurs et de pouvoir. Albert ne se déplace jamais sans son violon, Fritz lui ne peut écouter de la musique qu’en baillant. L’un pratique un athéisme discret, à propos duquel il s’exprimera bien plus tard, cependant que l’autre a rompu avec sa religion et s’est converti au protestantisme.

p; 19

Dans un pays qui entend compter d’avantage de cerveaux à très haut potentiel que ses voisins, tous deux sont appréciés à leur juste valeur, même si le pacifisme d’Einstein « fait désordre ». Fort de cette certitude, le chimiste prend contact avec l’État-Major allemand et propose ses services. Einstein accepte quant à lui de venir s’installer à Berlin, mais avec tout autre projet en tête. Il ne tarde pas à déchanter : «  Décidément, il faut être fou pour tenter de vendre le pacifisme en temps de guerre ». L’assassinat le 28 juin 1914 de l’archiduc d’Autriche vient d’embraser le monde ; le nationaliste Haber voit là l’opportunité de (tenter de) prouver aux ennemis de l’Allemagne sa supériorité militaire. Il met au point un gaz asphyxiant qui, porté par le vent, se dispercera dans les tranchées ennemies.

p. 31

Bien qu’horrifié par les conséquences d’un tel choix stratégique, Albert Enstein fera en sorte que son ami échappe à une condamnation pour crime de guerre. Ce qui n’empêchera pas le physicien, réfugié aux USA pour des raisons évidentes, de demander en 1939 au président Roosevelt d’utiliser la physique pour mettre au point l’arme absolue. Et il ne s’agira pas cette fois de science fiction à la G.H. Wells…

Mais ceci est une autre histoire, celle qui sera développée dans le second tome des Guerres d’Albert Einstein.

Anne Calmat

Delacroix – Alexandre Dumas – Catherine Meurisse – Ed. Dargaud

Depuis le 21 novembre 2019 – © C. Meurisse / Dargaud

Quelques planches en noir et blanc nous transportent en 1864, dans une salle d’exposition de la Société Nationale des Beaux-Arts, où Alexandre Dumas est sur le point d’entamer une causerie sur son ami, le peintre Eugène Delacroix, décédé l’année précédente.

Suivent deux planches d’aquarelles saisissantes, « à la manière de » Delacroix : Autoportrait et Le lion rugissant.








Nous comprenons que la sobriété du titre de l’album est trompeuse. Catherine Meurisse s’apprête à nous embarquer dans une aventure haute en fantaisie et en couleurs. Le support de l’écrivain servira son art et lui permettra de rendre un hommage appuyé à la virtuosité et à la liberté du peintre.

Au fur et à mesure du déroulement du texte de Dumas, présenté en caractères manuscrits, qui nous le rendent proche et présent, diverses compositions s’insèrent entre les lignes, dans les marges, voire sur la page tout entière : croquis en noir ou en couleurs, aquarelles librement inspirées de l’œuvre de Delacroix ou d’Antoine-Jean Gros, petites planches de bandes dessinées, croquis au fusain… Cela permet à l’auteure de proposer sa vision personnelle et renouvelée du texte initial, en mettant en relief des points biographiques, en appuyant le regard de Dumas, en soulignant la modernité d’Eugène Delacroix, en éclairant ses choix artistiques.

Nous sommes emportés dans le tourbillon d’une époque et éblouis par les inventions graphiques.

Outre l’originalité de la présentation, nous apprenons également le peu banal parcours de Delacroix. Surnommé par son ami Dumas « fait de guerre », il eut une enfance mouvementée du fait des nombreux accidents dont il réchappa : pendaison, incendie, noyade, empoisonnement… Ce qui ne l’empêcha pas de développer précocement une rage de peindre, freinée par ses parents mais entretenue par son oncle, le peintre romantique Léon Riesener. La perte de son père décida de son choix de vie, il profiterait de son autonomie pour devenir peintre.

Entré dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin, il y exécuta sa première grande œuvre, avant d’en être chassé pour cause de non-conformité. Il n’empêche que son tableau fut invité au Salon et vendu au gouvernement, qui l’exposa au Palais du Luxembourg.

C’est avec sa toile suivante, Le massacre de Scio, composée pour le Salon de 1824, que la guerre fut déclarée. La guerre de la couleur et la poésie contre la convention fit rage et prit de multiples formes. C’est aussi devant cette toile qu’il rencontra Dumas. La vie de Delacroix ne fut qu’une longue controverse artistique. On porta Ingres au pinacle, on rangea Delacroix au placard. Mais les attaques brutales font également naître des disciples, et Delacroix n’en manqua pas.

La réparation de l’injustice n’eut lieu qu’au moment de l’exposition universelle (1855) où le tableau Sardanapale ne fut décroché que pour rejoindre la Grande Galerie du Louvre, et dans le meilleur des voisinages, celui de Rubens.

Nous apprenons également quelques anecdotes croustillantes, notamment lors de ce bal masqué privé donné par Dumas en l’honneur des artistes et des poètes, avec un challenge lancé à six peintres : illustrer chacun tout un pan de mur d’une chambre. Arrivé au dernier moment, Delacroix produisit un magistral Rodrigue après la bataille.

Après une vie désargentée, il mourut seul avec son valet de chambre, en tenant la main de sa vieille gouvernante.

L’album de Catherine Meurisse est un bonheur pour l’œil, une réjouissance pour l’esprit et une caresse pour le cœur.

Nicole Cortesi-Grou

140 p., 21 €

Album copyright Editions Dargaud Catherine Meurisse

Catherine Meurisse fait des études de Lettres avant d’entrer à l’École Supérieure des Arts et Industries graphiques Estienne, puis à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. En 2005, elle rejoint l’équipe de Charlie Hebdo, tout en dessinant pour Libération, Marianne ou les Échos. Elle illustre des livres pour la jeunesse pour différente maisons d’éditions et signe plusieurs bandes dessinées, dont Le Pont des Arts, Savoir-vivre et mourir, Moderne Olympia et Les Grands espaces*. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, auquel elle a échappé de justesse, elle écrit La légèreté*, long parcours de son retour à la légèreté en même temps qu’à la vie. (*v. BdBD Archives)