Alice au pays des comics

de Charles M. Schultz, Walt Kelly, Harvey Kurtzman, Alex Toth – Ed. Urban comics

Alice dans tous ses états, même les plus improbables, revue et corrigée au fil du temps par une flopée de cartoonists américains, qui pour beaucoup se sont distingués dans les années 1940 – 1950 : Walt Kelly (Pongo l’Opossum), Jerry Sieglel (Superman), Warren Kremer (Casper)… D’autres signatures datant de la même époque ne laisseront pas un souvenir impérissable aux lecteurs de cette anthologie, conçue à l’occasion des 150 ans de celle qui, dans la vraie vie, se nommait Alice Liddel et était peut-être devenue une vieille dame indigne. Mais ceci est une autre histoire.

Quinze visions d’Alice et autant de styles graphiques : du noir et blanc, des couleurs criardes, de la sobriété, de l’exubérance.

On y retrouve, parfois en filigrane, celle, plutôt noire, que le révérend Charles L. Dodgson, alias Lewis Carroll (1832-1898), professeur de mathématiques à Oxford, avait de ce pays prétendument merveilleux. Une vision qu’il illustre au travers de la férocité de ceux qui hantent les songes de son héroïne.

Alice est à la fois l’archétype de la petite fille modèle de la bourgeoisie victorienne du 19e siècle et une projection idéalisée de ce que cet homme timide, bègue et replié sur lui-même, aurait voulu être. Une Alice, certes en inadéquation permanente avec le monde qui l’entoure – tantôt naine, tantôt géante, mais toujours prompte à imposer son esprit frondeur et à transgresser les règles sociales de bienséance qui lui ont été inculquées.

Ses aventures sont ici bien plus audacieuses que dans l’œuvre initiale. Bien que, toutes proportions gardées, elles l’étaient plus qu’il n’y paraissait lorsque Carroll a écrit sa fable en 1865.

On quitte souvent le pays des merveilles pour s’enfoncer dans celui des cauchemars (Alex Toth), des embrouilles (George Carlson), ou tout simplement dans des transpositions de créateurs, comme par exemple celle de Charles Schulz (Charlie Brown) ou de Stephen Kirkle, qui dans l’épisode intitulé  De l’autre côté du miroir  (nov. 54) introduit ainsi sa version d’Alice : ” Bienvenue cher lecteur  dans ma bibliothèque de contes “” défaits “, aujourd’hui je vous propose un petit moment de “” litterreur “” qui ne manquera de vous glacer le sang et de vous retourner le cerveau à la vue de l’horreur la plus démentielle. ” 

Cette Alice-là est dans de sale draps. Provisoirement…

Anna K.

192 p., 29 €

Alice Liddel