Artemisia

Autoportrait

de Nathalie Ferlut (texte) et Tamia Beaudoin (dessin) – Ed. Delcourt (sortie le 16 août 2017) – 72 p., 15,95 €

Le biopic réalisé en 1997 par Agnès Merlet avait apporté un éclairage (faiblard) sur cette artiste à la personnalité hors du commun, puis une exposition au Musée Maillol en 2012 en avait révélé l’extraordinaire dimension artistique. L’album de Nathalie Ferlot et Tania Beaudoin donne un relief particulier aux deux.

Mais auparavant, jetons un coup d’oeil sur la première planche de l’album.

 » Elle est née Romaine. Autour d’elle, des frères, des toiles, des brosses et des pinceaux, des huiles, et ces millions de grains de poudres de pigments précieux qui attendent l’instant de devenir couleur pour l’éternité. Sur son berceau et sur ses premiers pas, aucune Muse ne s’est penchée, juste la main d’une douce mère qui ne vivrait que quelques printemps timides, et d’un père qui veut qu’à toute heure on s’active pour l’Art, que les poudres soient mêlées, les huiles tiédies et les colles fouettées. Tout cela dans une pauvreté criarde et désorganisée.« 

La vie d’Artemisia Gentileschi (1593-1653), fille et élève d’Orazio Gentileschi (1563-1639), peintre d’influence caravagesque, fut très tôt marquée par des événements tragiques, en particulier son viol à l’âge de dix-sept ans par Agostino Tassi, l’un des collaborateurs d’Orazio. Ses toiles aux tonalités parfois violentes et viriles, dans lesquelles les femmes sont fréquemment agissantes, sonnent souvent comme l’expression d’un désir de vengeance. (cf. Judith et Holopherne). 

Artemisia a très rapidement compris que, seule, la peinture lui apportera la liberté à laquelle elle aspire. Il lui tarde aussi de retrouver son honneur, bafoué sur la place publique lors du procès de son agresseur.

Judith et Holopherne (1612)

Mais elle va bientôt être confrontée à une règle en vigueur dans toute l’Italie, qui veut qu’en aucun cas une femme puisse prétendre à un enseignement dans une académie de dessin.Qu’à cela ne tienne,  » seul l’arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car ses racines, mises à l’épreuve, se fortifient « , elle va tout mettre en œuvre pour être malgré tout admise dans la prestigieuse Académie de Florence. Tamia Beaudoin la dote d’un regard qui suffit à lui seul à témoigner de sa détermination.

Cette admission sera son passeport pour l’indépendance. Elle n’a alors que vingt-trois ans.

Cette féministe avant la lettre ne va pas se contenter d’être une artiste reconnue, elle sera aussi une femme d’affaires avisée – et une grande amoureuse – et jouira de son vivant d’une renommée, in et hors frontières, propre à faire pâlir d’envie ses homologues masculins.

À découvrir à partir du 16 août 2017.

Paula Lefebvre