Tous les articles par AnnaK

Virus – Sylvain Ricard – Rica T. 1&2/3 – Ed. Delcourt

T. I Incubation (depuis le 09/01/2019) – T. 2 Ségrégation (depuis le 10/06/2020)

Copyright S; Ricard, Rica / Delcourt –
T.1, p.3

L’achèvement d’impression du tome 1 date du mois d’août 2018, ce qui revient à dire que compte tenu du temps nécessaire à sa conception l’auteur et illustrateur de ce « thriller pandémique » se sont révélés clairvoyants en imaginant un virus, génétiquement modifié et hautement pathogène, échappé d’un laboratoire français, suite à un différent entre le chef du labo et son assistant, Guillaume Roblès. On en connaîtra la raison dans le second tome de cette trilogie. Le directeur de recherches meurt en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, l’assistant, lui même contaminé lors de cet échange musclé, récupère ses notes – classées secret défense – et file.

Les agents des services secrets sont sur les dents : il faut retrouver le fugitif avant que « l’incident » ne filtre dans les médias, d’autant que lesdites notes contiennent les protocoles expérimentaux tout ce qu’il y a de plus officieux.

Or il se trouve qu’une « monstrueuse teuf » se prépare à bord du Babylon of the Seas, afin de célébrer le solstice d’été : deux mille cinq-cents teufeurs et autant de passagers embarqués pour une croisière de rêve. Un tel événement va nécessairement être relayé par la presse, les caméras tourneront à plein régime puisque le ministre de la culture a été annoncé.

Ajoutez à cela le personnel nécessaire pour contenter tout ce beau monde. Imaginez maintenant les dégâts que cela risquerait d’entraîner si d’aventure le virus en question venait à se mêler à la population. Or, c’est précisément sur le Babylon of the Seas que le héros, qui avait réservé sa place pour cette folle nuit disco, est venu se réfugier.

T.1, p.19

La croisière risque de virer au cauchemar pour les passagers… et devenir un véritable un casse-tête pour les hautes instances de l’Etat : il faut contenir l’épidémie, quitte à sacrifier plusieurs milliers de personnes en mettant le paquebot en quarantaine…

T.2 , p. 101

Avec tout ce que nous savons désormais sur la pandémie et son évolution, le troisième tome de cette série captivante (sortie prévue en janvier 2021) risque d’être surprenant. BdBD/Arts + ne manquera ce rendez-vous pour rien au monde.

Anne Calmat

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une – Lylian – Sophie Ruffieux – Ed. Soleil

Depuis le 21 octobre 2020 – Copyright Lylian, S. Ruffieux / Soleil – 204 p.,21,50 €

D’après le roman de Raphaëlle Giordano

Camille a tout pour être heureuse – enfin presque : un cadre de vie agréable, un job plutôt stable (encore que…), un époux soucieux de son confort… à lui, un fils sympa mais un brin tyrannique.

Pour tout maintenir à flot, elle doit en permanence jongler avec les attentes de l’un et de l’autre et celles de son boss, qui est loin d’être accommodant. Camille est corvéable à merci, sans que pour autant elle en soit remerciée ; la plupart du temps, elle se sent niée par ceux pour qui elle n’a de cesse de se décarcasser. Son moral est atteint et l’estime qu’elle a d’elle-même, au plus bas, mais elle n’a pas encore eu le temps de s’en apercevoir.

Jusqu’au jour où, à la faveur d’une panne de voiture en rase campagne, la nuit, sous une pluie battante et sans possibilité de prévenir qui que ce soit par téléphone, elle finit par trouver aide et assistance auprès des habitants du premier pavillon qu’elle trouve sur son chemin. Cerise sur le gâteau, pendant qu’ils attendent un dépanneur, le maître de maison, qui a perçu son épuisement psychique et l’a identifié, lui indique qu’elle souffre d’une forme de « routinite aiguë ». Il connaît la musique, il est « routinologue » de profession. « Des chercheurs ont découvert que de plus en plus de gens étaient touchés par une sensation de vide, un vague à l’âme, et trainaient la désagréable impression d’avoir tout pour être heureux, mais pas la clé pour en profiter (…) Bientôt le sourire sera en voie de disparition », explique-t-il. Et il lui propose dans la foulée d’être son coach pour une thérapie tout en douceur, à son rythme et sans engagement. Comment résister à une pareille offre ?

Une évidence, un album miroir qu’on s’approprie dès les premières planches et qui devient rapidement un livre de chevet, un compagnon de route qui mène à ce que l’on est véritablement au fond de soi. Un grand bravo aux trois auteures !

Anne Calmat

Le Silence est d’ombre – Loïc Clément – Sanoe – Ed. Delcourt Jeunesse

Depuis le 7 octobre 2020 – Copyright L. Clément, Sanoe / Delcourt – 40 p., 10,95 €

Le jeune Amun vit dans un orphelinat en Afrique. Pendant que la maîtresse d’école enseigne à ses élèves que Paris est la capitale de la France, il regarde par la fenêtre et rêve d’évasion à tire-d’ailes en compagnie du corbeau qui semble l’attendre, perché sur la branche d’un arbre.

La nuit suivante, un incendie se déclare et Amun reste prisonnier des flammes. Aurait-il seulement eu envie de survivre, lui qui a déjà tant souffert ? L’oiseau l’emporte alors dans le monde sombre, qui n’est « en réalité » qu’une escale, avant que le défunt ne décide de repartir pour un nouveau cycle de vie.

À l’instar des autres âmes du monde sombre, Amun sait comment retrouver celui des vivants, mais il s’y refuse et décide de se tenir à distance d’une nouvelle existence qui pourrait ressembler à la précédente. Il préfère demeurer invisible aux yeux de tous, aller, venir, observer…

Mais un jour Amun rencontre Yaël, en transit comme lui dans cet entre-deux, et c’est tout à coup comme si un soleil radieux venait d’investir le cocon douillet que l’enfant s’était construit. À eux deux, ils vont vivre des expériences qui vont bouleverser leur vision des choses.

Beaucoup de poésie dans cette fable qui laisse rêveur. Le sujet est à la fois perturbant et séduisant (comment en effet ne pas rêver que celles ou ceux qui nous ont quittés demeurent à nos côtés autant de temps qu’ils ou elles le souhaitent). Le message final est lumineux, comme le sont les dessins de Sanoe. Un véritable coup de cœur.

Anne Calmat

En attendant Bojangles -Ingrid Chabert – Carole Maurel – Ed. Steinkis

Copyright I. Chabert, C. Maurel – Steinkis, 2017

Il y a d’abord eu l’immense succès du roman d’Olivier Bourdeaut, puis son adaptation pour le théâtre suivie la parution de la BD en 2017… Coup d’œil dans le rétro.

Le scénario ? Un jeune garçon, son père et sa mère, figure centrale du récit, vivent en osmose dans le monde chimérique qu’elle a construit pour eux. Il y a aussi mademoiselle Superfétatoire, un échassier qu’ils ont ramené d’un voyage en Afrique, ainsi que le grand ami de la famille, qu’ils appellent affectueusement « l’Ordure ». Et enfin, tous ceux qui gravitent en permanence autour du couple, un verre de champagne à la main. Elle est excessive, fantasque, imprévisible, à la recherche d’une extase perpétuelle dont toute contingence matérielle doit être bannie. et n’a de cesse d’entraîner les deux hommes de sa vie dans un tourbillon perpétuel d’insouciance. C’est ainsi que parmi la tonne de courrier accumulé, sans qu’il ait jamais été question d’en décacheter un seul, se trouve celui qui risque de peser lourd dans leur existence. L’enfant n’est pas dupe, mais par amour filial, il joue le jeu et fait tout ce qu’il peut pour que l’incandescence de leur vie ne connaisse aucune éclipse. Il est le narrateur pétri d’humour et de bon sens de cette histoire douce-amère ; mais on peut en lire çà et là une version contrastée au travers du journal que le père tient régulièrement.

On pense bien entendu à l’univers de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, mais aussi à la légèreté d’un Boris Vian, qui a su conjuguer pureté des sentiments, féérie du langage et insolence de l’humour.

Mais dans En attendant Bojangles, qui emprunte son titre à celui interprété par Nina Simone, les éclats de rire vont au fur et à mesure du récit se faire assourdissants et les excès ressembler à une fuite en avant. Jusqu’au jour où elle va trop loin. Dès lors, ce qui avait le charme – trompeur – de la folie douce va prendre un tout autre relief…

Le père, fou d’amour pour sa femme, et fils feront tout pour éviter l’inéluctable pour que la fête continue coûte que coûte.

Une adaptation totalement réussie, servie par un graphisme tendre et délicat.

A.C.

104 p., 18 €

Olivier Bourdeaut

Des mêmes auteures…

Elles s’aiment et après des années d’attente, d’espoir et de désespoir, un bébé est annoncé. Mais la grossesse est compliquée et le pire arrive. Elles vont devoir se reconstruire et lutter contre la douleur. L’amour, l’évasion sur les terres de leur enfant disparu et les carnets qui se remplissent vont les aider à sortir la tête hors de l’eau, loin des Ecumes. Steinkis éditions, février 2017

88 p., 18 €

Wake up America (T. 1 à 3) – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powel – Ed. Rue de Sèvres

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« America first » avait martelé Donald Trump lors de son investiture. Mais ce slogan en forme d’oukase concernait-il tous ses habitants ?

On aurait aimé ne voir dans ces albums que le témoignage d’un passé révolu, mais l’Histoire a une fâcheuse tendance à bégayer et il est bon de se souvenir de ceux de se sont battus pour que cesse la ségrégation raciale institutionnalisée aux USA.. Et que beaucoup continuent de le faire…

Le premier et le second volume de cette série graphique et autobiographique paraissent en France en 2014 et 2015. Ils retracent l’itinéraire de John Lewis, défenseur pendant des décennies des droits civiques des populations noires. Il était depuis 1980 le représentant parlementaire du cinquième district de l’État de Géorgie, sous la bannière du Parti Démocrate.

Moins connu en Europe que Martin Luther King, Lewis est le dernier des « Big six » à être encore en vie. Son témoignage n’en est que plus précieux.

Vol. 3

Vol. 3

Le troisième volume de la série est sorti le 22 février 2017.

Il couvre notamment la période durant laquelle John Lewis fut le président du Student Nonviolent Coodinating Commitee (1963-1966).

À l’automne 1963, le mouvement pour les droits civiques semble s’être imposé aux Etats-Unis, mais Lewis reste vigilant : les arrêtés ségrégationnistes promulgués par Jim Crow sont toujours appliqués dans les Etats du sud. Son seul espoir est de faire valoir et appliquer le principe du vote pour tous, y compris pour les Noirs. « Un homme, une voix ».

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Avec cette nouvelle bataille, viendront de nouveaux alliés, mais aussi de redoutables  ennemis, comme George Wallace, gouverneur de l’Alabama jusqu’en 1967, et membre de l’American Indépendant Party d’extrême-droite jusqu’en 1970.

Cette nouvelle page s’ouvre sur un acte terroriste perpétré dans l’église baptiste d’une petite ville emblématique des luttes pour l’égalité des droits civiques : Birmingham en Alabama. « Vingt-et-un blessés et quatre enfants assassinés dans la maison du Seigneur (…) Nous comprenions tous ce que voulait dire le docteur King. Le gouverneur George Wallace avait débuté son mandat en disant « La ségrégation à jamais », et deux semaines avant l’attentat, il disait dans un journal : « Ce dont ce pays a besoin, ce sont quelques funérailles de première classe.« 

Au-delà des faits qui sont décrits tout au long des trois albums, c’est la pérennité des crimes racistes – souvent impunis – dans certaines parties des États-Unis qui revient immanquablement en mémoire. On ne peut qu’être admiratifs face à la détermination sans faille de celles et ceux qui ont érigé la non-violence comme fondement de leur action, sans jamais déroger à cette règle, malgré les brutalités dont ils étaient victimes.

A. C.

256 p., 15 €

Rappel des volumes précédents :

vol. 1

vol. 1

Ici, les souvenirs d’enfance de John Lewis (né en 1940 en Alabama) alternent avec l’évocation des événements survenus dans les années 50-60, et avec celle des luttes que lui et ses camarades ont menées en faveur de leurs frères de couleur : le refus de Rosa Parks de céder sa place à un passager blanc (déc. 1955), la répression brutale du Bloody Sunday (mars 1965), les sit-in non-violents de Nashville pour en finir avec l’apartheid dont les Noirs étaient les victimes (février-mai 1960)…

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Les dessins de Nate Powel, exécutés à l’encre de chine et au fusain, illustrent  avec la sobriété qui convient le combat pacifiste de ceux qui ont ouvert la voie au premier président afro-américain des Etats-Unis. A. C.

Vol. 2

Vol. 2

L’album se concentre sur le mouvement baptisé Freedom Rides (voyages de la liberté)créé par des étudiants et des militants en faveur de l’évolution du statut des Noirs aux États-Unis. Leur objectif : mettre un terme à la ségrégation et faire respecter une décision rendue par la Cour Suprême en juillet 1964, le Civil Rights Act.

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Une quête désespérée, si l’on en juge par l’accueil qui leur est réservé par les autorités locales. Battus, humiliés, emprisonnés pour « troubles à l’ordre public », les militants poursuivent cependant leur action, en dépit du climat de terreur instauré par une frange de la population blanche.

On constate que leur détermination s’est malgré tout avérée payante, puiqu’elle a permis une avancée importante dans la lutte pour les droits civiques.

Ce second opus s’achève le jour de la célèbre marche sur Washington, le 28 août 1963. Elle a réuni entre 200 000 et 300 000 personnes et s’est clôturée par l’immortel « I had a dream » de Martin Luther King, immédiatement après que John Lewis se soit exprimé lors de ce fameux rassemblement devant le Capitole.

A. C.

Dans la même vaine, quelque trente ans auparavant…

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Scottsboro de l’esclavage à la révolution
de Andrew H. Lee, Robin D.G. Kelly, Michael Gold (textes) et Lin Shi KanTony Perez (dessins) – Traduction Franck Veyron – Ed. L’Echappée, nov. 2014

L’album était à l’origine, en 1935, un recueil de cent-dix-huit linogravures qui dépeignaient les atrocités commises envers les Noirs dans le sud des Etats-Unis. Il avait eu pour point de départ, un « incident » survenu quatre ans auparavant, en Alabama.

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Le 25 mars 1931, un train de marchandises est stoppé à Selma, près de la petite ville de Scottsboro, suite à une bagarre entre un groupe de hobos blancs et des passagers noirs. Tous les protagonistes de la rixe sont interpellés, seuls les Blancs seront aussitôt relâchés. Rapidement, deux jeunes femmes blanches, Ruby Bates et Victoria Price, manipulées par les policiers, accusent neuf jeunes Noirs de les avoir violées. Ils ont entre treize et dix-neuf ans. Quelques jours plus tard, huit d’entre-eux sont condamnés à mort.
Les irrégularités flagrantes qui ont entouré la procédure vont toutefois obliger la Cour suprême de l’Alabama à ordonner la tenue d’un second procès, « plus équitable ».L’International Labor Defense, la National Association for the Advencement of Colored People et plusieurs comités de soutien, tous d’obédience communiste, entrent alors en action. Ils vont donner à cette « tragédie sudiste ordinaire », un retentissement international.
Plusieurs vagues procès suivront. Deux condamnations à la chaise électrique seront à nouveau prononcées, puis commuées en peines de prison à vie. Pour finir, une seule condamnation à mort, celle de Clarence Norris, sera confirmée en 1939. Libéré sur parole en 1944, puis déclaré « not guilty » en 1976, le dernier des  Scottsboro Boys  s’éteindra en 1989, à l’âge de 76 ans.
Des années de captivité illégale, puisque dès janvier 1932, l’une des deux jeunes femmes avait avoué à l’avocat des garçons que leur mensonge n’avait eu d’autre but que celui de leur éviter une peine de prison pour vagabondage ou prostitution.
Lin Shi Kan et Tony Perez (dont on ne sait pratiquement rien) ont voulu inscrire cet épisode édifiant dans le long terme de l’histoire des Noirs afro-américains ; depuis leur rapt sur le continent africain, jusqu’au combat qu’ils menaient dans les années 30 pour une société plus égalitaire. Des études récentes d’historiens et de journalistes viennent parfaire cette œuvre de mémoire, impeccablement mise en pages.
Les dessins sont simples, immédiatement identifiables, les légendes, concises et percutantes. Ici, des esclaves sont conduits enchaînés dans les plantations de coton et de tabac. Là, l’arrestation musclée des neuf garçons. Plus loin, les notables locaux préparent une corde pour le lynchage de ceux qui auraient bénéficié d’une peine trop clémente.

A. C.

192 p., 20 €

Black in White America de Leonard Freed – Ed. Steinkis (oct. 2018)

Leonard Freed (1929 – 2006) est un photographe américain issu d’une famille juive originaire d’Europe de l’Est. Il nait à Brooklyn et se tourne vers la photographie grâce à son apprentissage auprès du directeur de Harper’s Bazaar, Alex Brodovitch.

En 1967, Cornell Capa le sélectionne avec cinq autres photographes pour participer à son exposition « Concerned Photography »

Leonard Freed fut membre de l’agence Magnum à partir de 1972 et fut publié dans les grands magazines à travers le monde (LifeLookParis-Match, Der Spiegel…)

USA. Baltimore, Maryland. 1964. Supporters try to shake the hand of Martin Luther KING.

La carrière de Freed prend son envol au cours du mouvement pour les Droits Civiques, alors qu’il voyage à travers l’Amérique en compagnie de Martin Luther King. Il en tire l’ouvrage Black In White America que les éditions Steinkis publieront à la rentrée 2018-2019.

Et toujours disponible aux éditions Steinkis : I Have a Dream de Kadir Nelson.

Renaud « Putain d’expo » – Philarmonie de Paris

du 16 octobre 2020 au 2 mai 2021 – 221 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris M° Porte de Pantin 01 44 84 44 84 – Se reporter au site de la Cité de la Musique pour les infos complémentaires : https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/22596-renaud-putain-dexpo

Visuels copyright Philharmonie, Musée de la Musique

« C’est pas un Olympia pour moi tout seul, mais une « putain d’expo ! » juste pour mézigue que vous allez zieuter… Et au Musée de la musique, s’il te plaît ! Moi qui connais trois accords de guitare je trouve ça zarbi, mais bon, j’dis rien. Ce s’rait une sorte de rétrospective de ma vie de chanteur, y paraîtrait. Un pote m’a dit que ça « sentait le sapin » mais j’m’en tape un peu, j’aime cette odeur qui me rappelle les doux Noëls de mon enfance. Une expo de son (mon) vivant – ou ce qu’il en reste – c’est franchement pas ordinaire, faut bien dire. C’est beaucoup d’honneur pour un chanteur énervant qu’a pas encore tout à fait calanché et qui compte bien ne jamais arriver à ce manque de savoir-vivre, comme disait ce bon Alphonse… « Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard », déclarait le poète, et c’est un peu cet exercice agité, livré à ses enthousiasmes et à ses désenchantements, que mes gentils apologistes ont voulu mettre en avant dans cette exposition qui porte le nom du plus vieux métier du monde pour honorer le plus beau de tous : le mien ! »
Renaud, juin 2020

Mis à part celles et ceux de la « jeune classe » qui n’ont jamais balancé à leur pote « T’vas voir la gueule à la récré. » ou « Casse-toi tu pues et marche à l’ombre », il y a de fortes chances que ces sommations, qui ont fait entrer dans le langage courant de nouvelles expressions, renvoient les moins jeunes à leur jeunesse, au temps où Renaud dans toute la force des 25 ans bousculait la variété française.

Plus tard, il y eut cette image d’un homme que la gloire avait probablement cueilli trop trop tôt et trop fort, celle d’un Renaud bouffi par l’alcool qui faisait mal à voir et que les plateaux de télévision se plaisaient à exhiber.

Cette expo lui restitue sa splendeur.

A.C.

Extrait du communiqué de presse. 

Dans la tradition des chanteurs de rue qui poussent la goualante des faubourgs, Renaud commence au début des années 1970 par chanter sur les marchés, dans les rues et les cours d’immeuble. Accompagné à l’accordéon par son ami Michel Pons, il reprend Bruant, Fréhel et le répertoire de la chanson réaliste, mais chante aussi des morceaux de sa propre composition. Dans la rue, il faut retenir le public parce qu’il n’est pas acquis, mais il est ainsi possible de s’exprimer sans contrainte : Renaud invente sa voix. Quittant la rue pour les cafés concerts, le chanteur fait alors les premières parties de Coluche, son camarade comédien du Café de la gare. Imposant son répertoire et sa gouaille, il finit par enregistrer son premier disque Amoureux de Paname en 1975. Sur celui-ci figure « Hexagone », chanson culte, fédératrice de toutes les révoltes et de toutes les colères. 

Grâce à l’emploi de l’argot et du verlan, les chansons de Renaud manifestent une relation permanente à la société, en même temps qu’elles font preuve d’une extraordinaire créativité linguistique. «J’aime la langue française. C’est pour ça que je me permets parfois de la maltraiter comme une vieille dame un peu trop rigide. » Contre le langage institutionnalisé, Renaud impose le langage oral entre parodie, transformations lexicales, jeux de mots et registre de langue. Cette subversion linguistique et sa dimension ludique font la griffe du Renaud parolier.

À vingt-cinq ans, Renaud affiche une silhouette de personnage de bande dessinée : jambes arquées, foulard rouge et cuir noir. Il semble tout droit sorti des fictions musicales qu’il met en scène depuis le succès de « Laisse béton » en 1977. Son paysage imaginaire repose cependant sur une observation attentive de l’évolution de la société au tournant des années 70 : la ville, son béton, l’opposition entre bourgeois et habitants des grands ensembles. Avec tendresse et dérision, ses « chansons-histoires » héroïsent la zone et la banlieue avec ses codes : virées en mobs, bastons et bistrots ; elles jonglent avec les mots et transforment l’argot et le verlan en respiration poétique. Les personnages sont si vivants que Renaud les tutoie et le public s’y reconnaît. 

L’exposition explore les différents répertoires de l’artiste : Renaud le révolté, Renaud le poète-portraitiste, Renaud l’engagé et Renaud l’amoureux de l’enfance. 

Pour incarner ces différents univers, l’exposition se déploie à travers une série de décors réalisés par Gérard Lo Monaco, l’auteur de nombreux décors de scène de l’artiste. 

Elle présente des documents rares : archives familiales, manuscrits, objets de la collection personnelle de l’artiste, dessins, planches de bande dessinée et maquettes de décors.

Si l’exposition dévoile la profondeur d’un artiste engagé, elle témoigne aussi de son impertinence et de son humour. Poétique et colorée, elle est accessible à toutes les générations.

Elle se poursuivra dans l’enceinte du Musée de la musique avec une projection de Renaud en concert.

Élise – Fabian Menor – Ed. La Joie de lire

Copyright F. Menor / La Joie de lire – En librairie le 22 oct. 104 p., 17€90

Que peut donc penser cette enfant au visage impénétrable que l’on découvre sur la couverture de l’album ? Qui guette-t-elle, les bras sagement croisés ? On s’attarde un instant sur cette image, redoutant qu’à la noirceur du dessin s’ajoute celle du quotidien de la petite fille. Élise.

L’héroïne de cette histoire, qui n’est autre que la grand-mère de l’auteur, aurait cependant tout pour être heureuse, sans cette sorcière d’institutrice qui lui donne des cauchemars : une famille aimante, un chien attentif et fidèle. 

On la voit le matin qui se rend à l’école avec son petit frère et sa sœur. Une classe unique pour les différents niveaux, comme il y en avait dans les villages au début des années 1950. Elle est tenue par l’incontournable madame Jousseau qui mène son petit monde à la baguette. Ses élèves l’ont surnommée « la pionne ». Aucun gant de velours ne vient atténuer la vigueur de ses gifles (souvent accompagnées d’humiliations), qu’elle sème à tout vent. Sa perversité est sans limites, quant à ses compétences professionnelles, elles laissent à désirer…

Élise est sa cible privilégiée. Elle subit sans broncher. Pas question d’aller se plaindre. « Ce qui se passe à l’école, reste à l’école » a prévenu la Jousseau.

On est à une époque où la protection de l’enfant n’a pas encore été imposée dans les écoles.

Jusqu’au jour où une gifle administrée avec vigueur laisse une trace sur le visage d’Elise. Son père s’en émeut, vient demander des comptes. Outrée, la virago nie, prend à témoin ses élèves qui, terrorisés, se défilent. Le père repart en s’excusant. « Je ne sais pas ce qui est pire : le regard de mon père ou la lâcheté de mes camarades » s’est ensuite dit Elise.

Que vaut sa parole face à celle d’un adulte ? À qui faire confiance désormais ?

Qui Élise attend-t-elle, les bras sagement croisés ? Peut-être celle ou celui par qui tout pourrait rentrer dans l’ordre.

Un roman graphique éloquent, illustré avec sobriété au travers du dessin à l’encre de Chine et au lavis de Fabian Menor. Un album troublant également si l’on songe à la violence qui règne aujourd’hui dans certaines cours de récréation (bagarres, harcèlement…),

Anne Calmat

L’Inversion de la courbe des sentiments – Jean-Philippe Peyraud – Ed. Futuropolis

Coup d’œil dans le rétro (mai 2016)

Copyright JP Peyraud / Futuropolis

On se croirait presque dans un vaudeville, avec portes qui claquent, quiproquos, évanouissements, filatures et fausses pistes.

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Le synopsis ? Un jeune homme, Robinson, tente de quitter, chaussures à la main, l’appartement de la jeune femme qu’il a « pêcho » la veille sur un site de rencontres – à moins que ce ne soit l’inverse.  Mais cette dernière se réveille… Pas de bol.

On le retrouve quelques planches plus loin en bas de chez lui, un sac de croissants à la main, au moment où sa copine lui apprend qu’elle le quitte. Puis c’est au tour de son propre père de débouler dans le vidéo-club qu’il tient avec son pote Mano : sa femme vient de le foutre à la porte.

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Ajoutez à cela deux jeunes adultes à la recherche de leur géniteur (Robinson ?) et un braqueur amoureux particulièrement attentionné, et vous aurez une petite idée de ce qu’il se passe dans cette histoire romantico-cruelle, dans laquelle une douzaine de personnages vont se croiser, s’enlacer, se quitter, s’affronter.

L’action est menée tambour-battant, le scénario est précis comme une montre suisse, tout s’emboîte à merveille. Pour rester dans le parallèle du début avec un vaudeville, on n’est jamais très loin du tragi-comique de vérité des géniaux Labiche et Feydeau.

Une BD revigorante en ces temps troublés.

A. C.

Mille milliards de merveilles – François David – Anne-Hélène Dubray – Ed. Sarbacane

En librairie le 7 octobre 2020 – Dès 5 ans – 40p.,18€ – Copyright F. David, A H Dubray / Sarbacane

Une fausse encyclopédie à la fantaisie débordante, pour voir le monde autrement !

Sais-tu que tu as sur la tête autant de cheveux qu’il y a de chevaux en Bulgarie, galopant à bride abattue ? Qu’il y a plus d’étoiles dans le ciel que de grains de sable sur toutes les plages et les déserts du monde ? Mieux encore : qu’il y a un petit peu d’or dans tout être humain ? Vraiment de l’or ! Dommage que souvent l’homme ignore à quel point il est précieux…

En seize anecdotes et questions décalées sur les hommes, le monde et soi-même, François David et Anne-Hélène Dubray proposent un pas de côté aussi inventif que poétique aux enfants, pour découvrir le monde autrement, avec humour, et une grande humanité.

Auteur, poète, éditeur (Møtus), François David a publié depuis 25 ans plus de 150 textes et nouvelles pour la jeunesse, dont une quinzaine chez Sarbacane, couronnés de nombreux prix. Le lire demeure un vrai bonheur, un moment d’exception qu’il faut offrir aux enfants, pour les aider « à découvrir peu à peu, patiemment, librement, leur propre guide en eux ». Il vit près de Cherbourg.

Anne-Hélène Dubray est diplômée des Beaux-Arts de Tours. D’abord graphiste et enseignante à Paris, elle se consacre désormais à l’illustration jeunesse. Elle a illustré et/ou écrit plusieurs albums aux Éditions de La Martinière d’abord puis chez L’Agrume, dont L’alphabet cocasse illustré, Prix Révélation Livre Jeunesse 2019 et Les Farceurs, primé à la Foire internationale du Livre de Bologne 2017.

Sur les ailes du monde, Audubon – Fabien Grolleau – Jérémy Royer – Ed. Dargaud

Coup d’œil dans le rétro (2016)

Couverture
Copyright F. Grolleau, J. Royer ( / Dargaud – 184 p., 21 €

Quoi d’étonnant à ce que que Fabien Grolleau se soit emparé de la vie peu ordinaire de John-James Audubon (1785-1851), premier peintre-ornithologue du Nouveau Monde ?

Il fait l’impasse sur son enfance à Saint-Domingue puis à Nantes, et débute son récit au moment où le jeune homme s’embarque en 1820 pour les Etats-Unis, après avoir étudié le dessin durant deux ans à Paris.

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Conçu comme une succession d’épisodes, Sur les ailes du monde retrace les principaux moments de l’existence bouillonnante de cet infatigable voyageur.
On le voit tout d’abord qui descend la Mississippi river avec deux compagnons. Un gros orage les oblige à s’abriter dans une grotte, qui se trouve être un refuge de chouettes. Audubon sort ses fusains et passe une partie de la nuit à les dessiner. Au matin, apercevant une nuée d’oiseaux autour de leur bateau, il lâche ses comparses pour aller observer les volatiles.Une vingtaine de planches plus loin, le voici dans le Kentucky. « Le Français » donne des cours de danse au voisinage et reçoit en retour nombre d’informations sur les lieux de rassemblement des oiseaux. Contremaître dans une ferme, il s’intéresse à leur migration, qu’il commence à dessiner et à peindre. On comprend rapidement que John-James Audubon (pseudo de Jean-Jacques) n’est ni bon contremaître ni bon gestionnaire, car le voilà emprisonné pour dettes…

Réalisant que sa cellule n’est pas sa seule prison, Lucy, son épouse, l’incite à faire ce grand voyage dont il rêve.

Le scénario nous conduit tantôt sur les traces de John-James et de son équipe (Joseph, un aspirant naturaliste et Shogan, un guide indien, navigateur et pisteur), tantôt il nous ramène auprès de Lucy, devenue préceptrice dans une famille du Mississippi, et dépositaire des dessins qu’Audubon lui envoie.
John-James se livre désormais tout entier à sa passion : observer, dessiner, peindre, écrire. Il a peaufiné une technique qui consiste à chasser l’oiseau aux petits plombs, pour ne pas l’endommager, à l’éviscérer, puis à lui redonner son maintien initial à l’aide d’un fil de fer.

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Une suite de péripéties jalonnent son itinéraire passionné : il déjoue une embuscade, survit à une fièvre paludique, partage le gîte avec des esclaves fugitifs. Et lorsque Joseph et Shogan l’abandonnent, Audubon poursuit seul ses observations. On le retrouve plus tard devant un aréopage de scientifiques londoniens, qui l’apprécient plus pour ses talents de peintre et les aventures qu’il relate que pour sa recherche. Seul, un étudiant admire ses planches d’oiseaux, partage son amour de la nature et lui soumet quelques hypothèses sur sa théorie encore balbutiante. Audubon l’engage vivement à voyager, conseil que ne manquera pas de suivre le jeune Darwin.

Mais déjà, un nouveau projet le possède : recenser, avec ses fils et quelques amis naturalistes, tous les mammifères d’Amérique…

C’est au travers de son journal que l’on découvre ses chasses aux bisons, ses rencontres avec les trappeurs et les pionniers de la conquête de l’Ouest, avant que ne sonne l’heure de son envol ultime pour le pays où les aigles sont rois : John-James Audubon a soixante-six ans.

Des dialogues brefs et rares qui reflètent bien les échanges entre ceux qui parlent peu, mais toujours à bon escient. La dynamique du récit est figurée par une alternance de plans larges, qui dévoilent les décors grandioses du Nouveau Monde, et de plans plus serrés, en fonction du déroulement de l’action. Les couleurs, plutôt éteintes, privilégient les tons beige, vert pâle, bleu nuit, créant un effet d’aquarelle, qu’un rouge vif vient ici et là brusquement éclairer.

Le trait est précis, vif, les dessins sont expressifs. Le tout met parfaitement en lumière cet extraordinaire et captivant parcours de vie.

Nicole Cortesi-Grou

L’Attrape-Malheur – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de lire (trilogie 1/3)

À partir de 13 ans – Copyright F. Hadjadj, T. Tirabosco / La Joie de Lire – 268 p., 17,95 € – En librairie le 17 sept. 2020

Au début, on pourrait croire à une comptine. Le son d’un haut-bois lui servirait de prélude, avant que quelques chapitres plus loin ne retentisse celui d’une grosse-caisse qui marquerait pour le héros de cette histoire sombre et envoutante, la fin des jours heureux.

Où sommes nous ? Dans une région montagneuse que l’on pourrait situer dans un pays frontalier de l’est de la France.

Visuels copyright T. Tirabosco / La Joie de lire

Imaginez un garçonnet de cinq ans, Jakob, que ses parents ont désiré au-delà des mots : il s’aperçoit qu’il est doté – ou affligé, c’est selon – d’une capacité d’auto-régénération et d’invulnérabilité hors du commun. Un jour, il tombe dans le tour d’un moulin, là où les épis de blé sont broyés, et il en ressort en charpie. Anéanti, son meunier de père le ramène au logis, mais il constate que son épouse semble ne pas croire un seul mot de son récit. Et pour cause : Jakob est là, à quelques mètres d’eux, en train de galoper aux côtés de son grand ami, Caddy le chien. Le père a-t-il été victime d’une hallucination ?

Plus tard, sa mère tombe gravement malade, mais comme par miracle, elle guérit, et c’est Jakob qui présente à son tour tous les symptômes de sa maladie. Un jour, il est pris pour cible par une bande de gamins hargneux, qui commencent par le tabasser copieusement, jusqu’à y aller de leurs coutelas lorsqu’ils le croisent à nouveau. Pour finir, ce sont eux qui détaleront comme des rats, après avoir constaté que leur souffre-douleur est indemne.

Tout cela préoccupe malgré tout ses parents. « En temps normal les parents meurent avant leurs enfants. Ils leur laissent la place. Et voilà que notre enfant va prendre notre mort et c’est nous qui devrons le mettre en terre », dit la mère. Ce à quoi le père lui répond : « Le bon Dieu raye sa parole, il réécrit par-dessus : Déteste ton père et ta mère et tu auras longue vie sur terre. » Ils décident alors d’endurcir leur petit, au fond de lui si vulnérable. Mais épargne-t-on celui qu’on aime en lui brisant le cœur ? La scène où Jakob, accusé de tous les maux par son père, doit quitter la maison qui l’a vu naître, sans réellement en comprendre la raison (c’est le moment fondateur du récit) est bouleversante.

Il est maintenant le « faire-valoir » d’un magicien-lanceur de couteaux dans le cirque ambulant Barnoves. Jacob a beau se prendre des poignards en pleine poitrine ou se jeter du haut d’une tour, rien n’y fait, il en ressort à chaque fois sans la moindre égratignure.

Sa renommée dépasse désormais de mille lieues les frontières du comté. Tous se pressent pour voir l’incroyable Môme Même-Pas-Mal. Ce don, il l’accepte avec simplicité. Il est différent, voilà tout, comme le sont la femme-tronc ou les frères siamois… On se dit que s’il advenait un jour que la foule demandât qu’on lui coupe la tête, histoire de voir si elle repousse, il la poserait sans hésiter sur le billot.

Mais toute médaille a son revers : le danger rôde autour du Môme, ne serait-ce qu’en la personne d’un individu qui dissimule son visage sous une capuche, et qui va jusqu’à pénétrer dans sa roulotte la nuit, lorsqu’il dort. Qu’attend-t-il de lui ?

En troisième partie de ce premier tome, qui évoque aussi bien le Seigneur des anneaux que le chef-d’œuvre cinématographique de Tod Browning, Freaks, le ciel s’est encore obscurci et Jakob est devenu un enjeu pour beaucoup. Son ami Grizzly (ci-dessous) n’est plus là pour le protéger de la folie des hommes…

Un roman inouï, enthousiasmant, magnifiquement illustré par Tom Tirabosco (dont BdBD/Arts + s’est fait l’écho à de nombreux reprises* (v. Archives), qui trouvera aussi bien son lectorat chez les adultes que chez les adolescents, tant on est dans un ailleurs de la littérature jeunesse. Chaque tournure de phrase est une trouvaille stylistique, chaque paragraphe, une source d’émotions fortes ; on aurait aimé en être l’auteur(e) !

En deux mots comme en cent : captivant, profond.

Anne Calmat

L’Attrape-Malheur, la Trilogie :

1 – Entre la meule et les couteaux / 2 – Des forêts aux foreuses (avril 2021) / 3 – Un berceau dans les batailles

Tom Tirabosco :

*Wonderland (août 2015) / Kongo (déc. 2015) / Femme sauvage(mai 2019)

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) (Tallandier, 2017) et Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque, 2017). Sa passion pour le théâtre l’a mené à composer des pièces, tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également fait composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire, dans le canton de Fribourg.

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ARTICLE PRÉCÉDENTKent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

Kent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

En librairie le 10 septembre 2010 – Copyright D. Backderf / ça & là – 288 p. , 24 €

Ce qu’en dit l’éditeur (communiqué de presse) :

50 ans après les événements tragiques de la manifestation de Kent State, Backderf livre un récit historique magistral et poignant.

Après Mon Ami Dahmer et Trashed* (BdBD, nov. 2015), l’auteur américain Derf Backderf réalise un magistral documentaire historique sur les années 1970 et la contestation contre la guerre du Vietnam.

Kent State relate les événements qui ont mené à la manifestation du 4 mai 1970 et à sa violente répression sur le campus de cette université de l’Ohio. Quatre manifestants, âgés de 19 à 20 ans, furent tués par la Garde nationale au cours de cette journée. Cet événement marqua considérablement les esprits et provoqua des manifestations gigantesques dans tout le pays avec plus de quatre millions de personnes dans les rues, marquant un retournement de l’opinion publique sur l’engagement américain au Vietnam.

L’auteur avait 10 ans à l’époque des faits. Il a vu des troupes traverser sa ville en 1970, et il a été profondément marqué par la répression sanglante de la manifestation du 4 mai. Dans Kent State, il brosse le portrait des étudiants qui seront tués au cours de la manifestation ainsi que celui d’un membre de la Garde nationale. Sa description détaillée de la journée du 4 mai 1970, montre comment l’incompétence des responsables locaux a débouché sur une véritable boucherie.

Derf Backderf a consacré trois ans à la réalisation de Kent State, il a réalisé un véritable travail journalistique et interviewé une dizaine de personnes ayant participé à la manifestation. Kent State est un récit extrêmement prenant, poignant, une leçon d’histoire et une démonstration implacable de l’absurdité de l’utilisation de la force armée pour contrôler des manifestations.


Parution simultanée aux États-Unis et en France en septembre 2020

Ce qu’en ont dit nos confrères :

« Un récit documentaire remarquable. » François Busnel, France Inter

« Cette chronique magistralement réalisée d’un moment décisif de l’histoire des États-Unis est également une émouvante oraison funèbre à la mémoire des victimes. » Publishers’ Weekly

« Un roman graphique documentaire poignant et très approfondi. » The New Yorker

 » Déjà auteur du mémorable « Mon ami Dahmer » consacré à la vie d’un serial-killer, le dessinateur n’en finit plus de mettre du sel sur les plaies de l’Amérique. » Les Inrockuptibles

« Un pur travail d’enquêteur. » Brain

« Derf Backderf réussit à allier un point de vue littéraire, une maîtrise artistique et la quête de la vérité. Rares sont les travaux d’une telle cohérence. » Zoo

Le repas des hyènes – Aurélien Ducoudray – Mélanie Allag – Ed. Delcourt

Depuis le 2 septembre 2020 – Copyright A. Ducoudray – M. Allag / Ed. Delcourt, coll. Mirages – 112 p., 17,50 €

Branle-bas de combat : une chèvre manque à l’appel dans le troupeau. Elle est finalement repérée par un gamin, mais il apparaît qu’un yéban en a pris l’apparence…

Il convient ici de faire une pause pour préciser qu’un yéban est un génie de la brousse, coincé entre le monde des vivants et celui des esprits, et qu’il peut prendre l’apparence qu’il veut pour se fondre dans le paysage. Celui qui nous occupe va être l’un des deux héros de ce très beau conte initiatique.

Le second, Kana, est un garçon d’une dizaine d’années, né une poignée de secondes après son jumeau, Kubé. Kubé doit justement être initié aux rites de son peuple, les Dogons, qui ont pour mission de veiller à ce que leurs ancêtres reposent en paix. Ainsi, lors des funérailles d’une défunte ou d’un défunt, les vivants procèdent au rite du Repas des hyènes, leur offrant à manger afin que leurs rires ne troublent pas son repos.

Kana est quant à lui doté d’un caractère bien trempé, et c’est sans doute ce qui a plu au yéban qui vient de l’enlever pour, prétend-t-il, que l’enfant le mène en un lieu qu’il ne précise pas, mais qui, on s’en doute, ressemble au royaume d’Hadès.

Au début, la relation est houleuse entre celui qui, pour la circonstance, a pris l’apparence d’une gigantesque hyène et l’insolent Kana. Puis peu à peu elle fait place à une forme de complicité qui ressemble presque à une relation filiale…

C’est à cet étrange voyage initiatique aux accents fantasmagoriques, voire psychédéliques, brillamment illustré par Mélanie Allag, que nous sommes convié(e)s. Ne nous en privons pas.

Anne Calmat

Le blog de l’auteur : http://boulamatari.blogspot.com/

Le blog de l’auteure : http://moufle.canalblog.com/

Love Corp – J. Personne – Lilas Cognet – Ed. Delcourt

Copyright J; Personne, L; Cognet / Delcourt – Sortie initialement prévue en juin, reportée à septembre – 112 p., 17, 50 €
Détail planche p. 3

Les temps changent… Côté cœur, fini les bracelets magiques et les pierres semi-précieuses que l’on portait en guise de talisman, fini les marabouts-de-ficelle qui pratiquaient l’envoûtement à distance ou vendaient à prix d’or de la poudre de perlimpinpin censée assurer le retour d’affection de l’être aimé. Fini également les sites de rencontres. Il n’y a désormais plus qu’à ouvrir l’œil et tendre l’oreille pour trouver l’âme sœur. Car, miracle ! voici le bracelet qui détecte dans un rayon de 7 mètres les personnes qui vous sont compatibles à 97%.

L’équipe du professeur L’église exulte. Champagne à tous les étages. Succès planétaire garanti.

Détail planche p. 5

Reste à faire la preuve de l’infaillibilité de l’invention de celui que l’on s’est rapidement empressé d’évincer pour mieux récolter les fruits juteux de sa mirifique trouvaille… Mais le professeur Léglise n’a pas dit son dernier mot.

La BD débute par le constat peu optimiste de ce qui attend les futurs tourtereaux : incompréhension, disputes, rupture…

Mais le succès commercial du Love Corp l’emporte sur ces prévisions dissuasives, si bien que désormais tous ou presque ont leur bracelet « renifleur » au poignet. Nous faisons par exemple la connaissance de Manu, étudiant timoré, amoureux de sa prof, elle même lasse des relations qui ne mènent à rien. Il y a aussi Titi, son collègue à l’université. Lui ne veut pas entrer dans la combine et refuse que son parcours amoureux soit tributaire d’un algorithme. Ils vont être confrontés à la question qui taraude les humains depuis des temps immémoriaux  : qu’est-ce que l’amour ? Comment voir clair dans son coeur et sur qui l’emporte de la raison ou de l’émotion. La réponse est peut-être plus simple qu’ils ne l’ont imaginée…

Acidulé et jubilatoire.

Anne Calmat

Tomahwak – Patrick Prugne – Ed. Daniel Maghen


Copyright P. Prugne / G. Maghen – En librairie le 3 septembre 2020 – 96 p., 19,50 €

planches p.16 et 17

Tomahawk n’est pas le nom de l’une des nombreuses tribus d’Indiens qui peuplaient de nord-ouest de l’Amérique au temps de la conquête du Nouveau Monde par les Européens, mais celui d’une hache de guerre que ces mêmes Indiens utilisaient pour combattre leurs ennemis, et plus précisément, ici, celui d’un grizzli, rendu féroce par la seule volonté d’un homme.

Pl.anche p. 40 (détail)

L’un des héros de cette histoire, qui se déroule entre les mois de juin et juillet 1848, Jean Malavoy, va traquer sans relâche ce plantigrade gigantesque, afin de se venger de lui et espérer un jour voir s’atténuer une souffrance qui ne l’a jamais quitté. Mais la meilleure des vengeances n’est-elle pas, dans le cas présent, l’absence de vengeance ?

Détail planche p. 44

Plusieurs thèmes se mêlent à cette fable subtilement illustrée par Patrick Prugne, dont le contexte, rigoureusement historique, nous laisse entrevoir la bataille de Fort Carillon (8 juillet 1848) qui est sur le point de s’engager entre l’armée française et l’armée britannique : la colonisation et les rivalités pour l’appropriation des territoires qui restent à conquérir ou qui l’ont déjà été ; la vie des enrôlés dans les forts ; les relations entre les colons et tribus autochtones ; la grandeur ou la cruauté des uns et des autres…

Planche. p. 43
Carnet de croquis

L’album est tout simplement fascinant de la première à la dernière page. Car ne vous y trompez pas, l’histoire -avec un grand ou un petit « h » – ne s’arrête pas là où l’on croit. Il ne faut surtout pas passer à côté de la vingtaine de planches qui suivent le mot « Fin » inscrit au bas de la page 72 de l’album. Vous y découvrirez alors une postface qui en prolonge la narration, intitulée « Que sont-ils devenus ? », ainsi que nombre de croquis et esquisses, tous plus beaux les uns que les autres.

Carnet de croquis

Anne Calmat

Patrick Prugne (1961, Clermont-Ferrand) a toujours aimé dessiner. Parmi ses auteurs préférés on trouve Pratt, Manara, Juillard, Loisel, Breccia et Prado. Après ses études, il travaille dans la publicité, puis, obtient en 1990 le prix Alph-Art Avenir au Festival d’Angoulême, pour une parodie de la fable Le lièvre et la tortue. « Cela a été un déclic » affirme le dessinateur, qui contacte alors des éditeurs de BD. Dès l’année suivante, il signe chez Vents d’Ouest la série humoristique Nelson et Trafalgar, avec Jacky Goupil au scénario. En 1999 il publie Fol, une saga de fantasy, chez le même éditeur. En 2004, la trilogie L’auberge du bout du monde voit le jour chez Casterman, c’est sa première collaboration avec Tiburce Oger. Ensemble, ils publient en mars 2009 Canoë Bay, aux éditions Daniel Maghen. Aujourd’hui, Patrick Prugne veut poursuivre sa passion : « J’ai encore envie de faire de la BD et de dessiner des projets qui me tiennent à coeur. Si je n’étais pas dessinateur, je serais… dessinateur, ou peut être peintre ».

Texte et photo © Daniel Maghen

La dernière rose de l’été (suivi de) L’aimant – Lucas Harari – Ed. Sarbacane

C O M M U N I Q U É

Copyright L. Harari (scénario et dessins) / Sarbacane – En librairie le 26 août 2020 – 192 p., 29

C’est l’été. Léo, jeune rêveur parisien caressant l’espoir de devenir écrivain, bosse dans une laverie automatique en attendant de trouver l’inspiration pour son grand œuvre. Un soir, il croise par hasard un cousin qui lui propose de garder sa maison de vacances au bord de la mer. Coup de pouce du destin, le timide Léo devient quelques jours plus tard le voisin de riches plaisanciers.

Cependant, malgré l’atmosphère légère et surréaliste, quelque chose ne tourne pas rond. De jeunes hommes disparaissent aux alentours, la tension monte… 

C’est dans ce cadre étrange, et tandis que l’inspecteur Belœil mène l’enquête, que Léo rencontre sa jeune voisine, une adolescente capricieuse et sauvage : la belle Rose.

Policier intimiste hitchcockien d’inspiration Nouvelle Vague, La dernière rose de l’été revisite le récit d’ambiance avec une grâce épurée, une esthétique léchée, des couleurs hypnotiques, et un don singulier pour établir des atmosphères mystérieuses. Pas de doute, c’est bien le nouvel Harari ! 

Après L’aimant ( 2017 Ed. Sarbacane), La dernière rose de l’été est le second roman graphique de Lucas Harari.

Copyright L. Harari / Sarbacane –
152 p., 25 €

Pierre, le héros, était à ce point fasciné par l’architecture que Peter Zumthor avait imaginée à la fin des années 1990 pour la construction des nouvelles Thermes de Vals, qu’il a écrit sa thèse de doctorat sur ce complexe thermal et hôtelier niché à 1.200 mètres d’altitude dans le canton des Grisons. Puis, il s’est ravisé et l’a jetée aux orties. La puissance d’attraction qu’avait exercé sur lui le lieu se faisant de nouveau sentir, il a décidé de se rendre sur place. Pour savoir.

Après une brève introduction sur les conditions d’écriture de la BD, nous le rejoignons dans le tortillard qui le mène vers son destin. Là, un petit caillou doté d’étranges pouvoirs surgit de l’extérieur et atterrit à ses pieds. Il aura une importance non négligeable tout au long de cette histoire qui échappe à toute rationalité. De même qu’un certain carnet de croquis, disparu puis réapparu, et un Zippo « passe-muraille »…

Une fois arrivé, le jeune homme va faire un relevé minutieux de la topographie de l’imposante structure minérale aux lignes géométriques et noter la présence d’une porte sur l’un de ses panneaux. La réalité de ladite porte va bientôt être contestée avec véhémence par l’un des personnages du récit, l’inquiétant Philippe Varet, un écrivain-conférencier, spécialiste dans l’étude des villes d’eau.

Pierre l’a pourtant vue de ses yeux vue, et même dessinée…

Le jeune homme va également être le seul à croire l’histoire que raconte Testis, un vieil ermite des montagnes, dont l’âge canonique porte les autres à déclarer qu’il déraille. Le vieillard prétend en effet que jadis, un jeune déserteur de la Première Guerre mondiale s’est volatilisé sous ses yeux, comme absorbé par la paroi rocheuse, cependant qu’une pluie de pierres fondait sur lui.  

On n’en dira pas plus, préférant laisser au lecteur le soin de découvrir cet album aussi troublant que captivant.

Lucas Harari est né à Paris en 1990, où il vit toujours. Après un passage éclair en architecture, il entreprend des études aux Arts déco de Paris, dans la section image imprimée dont il sort diplômé en 2015. Sensibilisé aux techniques traditionnelles de l’imprimé, il commence par publier quelques petits fanzines dans son coin, avant de travailler comme auteur de bande dessinée et illustrateur pour l’édition et la presse.

A.C.

Sourvilo – Olga Lavrentieva – Ed. Actes Sud

C O M M U N I Q U É – Copyright O. Lavrentieva / Actes Sud

Traduction Polina Petrouchnina. En librairie le 2 septembre 2020 – 320 p. 28 €

En Russie, les grand-mères sont la mémoire vivante de l’histoire tragique de leur pays. L’écrivaine Svetlana Aleksievitch, prix Nobel de Littérature en 2015,  raconte d’ailleurs qu’enfant, sa grand-mère lui avait appris à écouter ce qu’on avait pas le droit de dire

Ici, c’est Valentina Sourvilo, 94 ans, qui raconte à sa petite-fille, Olga Lavrentieva, son enfance heureuse à Leningrad, brutalement interrompue par l’arrestation de son père, en 1937. Viennent ensuite l’assignation à résidence, la mort de sa mère, le retour dans sa ville natale, qui sera assiégée pendant plus de deux ans. C’est le tristement célèbre Siège de Leningrad. C’est aussi l’époque de la faim persistante, de la peur épuisante, des trahisons d’amis, puis plus rares, comme par miracle, celle des mains qui se tendent… Tout cela a laissé une profonde cicatrice dans le cœur de Valentina, la conduisant, même dans les années relativement prospères d’après-guerre, à souffrir d’une peur irraisonnée pour ses proches.

Imprégnée de tendresse, l’histoire de cette femme, que l’auteure illustre à travers un graphisme en noir et blanc, laconique  et puissant, devient le reflet du destin de millions d’autres, et de tout une nation*.

Olga Lavrentieva est membre de l’Union des artistes de Saint-Pétersbourg. Elle privilégie dans ses bandes dessinées la fiction documentaire, comme dans son premier album consacré à un procès de militants proches d’Édouard Limonov. Auteure reconnue en Russie, ses œuvres sont publiées en Finlande, en Suisse, en Norvège, aux États-Unis, en Hongrie, en Pologne et, pour la première fois, en France.

  • Pour mémoire – 1937 marque l’apogée de ce qu’on a appelé la Grande Terreur instaurée par Staline. La répression procède par catégories sociales : les anciens nobles, les trotskistes, les militaires, les ouvriers… et ceux qui sont d’origine polonaise comme Vikenty Kazimirovitch Sourvilo, dont le nom de famille est sans équivoque.
  • 1941. L’Allemagne envahit l’URSS sur plusieurs fronts. Hitler l’a ordonné, Leningrad, berceau de la Révolution de 17, doit être rayée de la carte. Assiégée, cette ville de trois millions d’habitants brutalement confinés, se retrouve coupée du monde, avec des stocks de nourriture largement insuffisants : blé et farine pour 35 jours, viande et bétail sur pied pour 33 jours, sucre et conserves pour 300 jours alors que le siège va durer… 900 jours. Bombes et obus vont réduire la Venise du Nord en un champ de ruines où sévissent le froid – jusqu’à moins 38 °C – et la famine. 

Quand enfin le siège sera levé, en 1944, on dénombrera 1 800 000 morts dont 1 million de civils. 

Un train d’enfer – Erwan Manac’h – Gwenaël Manac’h – Ed. La ville brûle

Copyright E. & G. Manac’h / La ville brûle – En librairie le 11/09/2020
136 pages • 18 €

À première vue, le sujet de la BD ne semble pas très glamour : « préparer la SNCF à l’ouverture à la concurrence, ce qui signifie nouveau modèle de management, nouvelle organisation, nouveaux tarifs« …

Pas très glamour, mais plutôt prometteur quand on connaît le duo de choc que forment, chacun dans sa spécialité, les « Manac’h Brothers ».

L’un, le journaliste Erwan Manac’h, est parti à la rencontre des salariés de la SNCF, et jusque dans les couloirs du Pouvoir, pour nous permettre de comprendre les transformations à l’œuvre dans le transport ferroviaire.

Cette enquête citoyenne et politique, parue dans Politis en 2019 interrogeait et interroge plus encore aujourd’hui notre avenir : alors que l’urgence climatique devrait être une préoccupation constante des pouvoirs publics, comment expliquer que l’on sacrifie le seul mode de transport écologique ?
Qu’en est-il réellement du statut de cheminot ?
Quels sont les enjeux qui sous-tendent l’ouverture à la concurrence ? Au terme de cette enquête, se dessine la genèse d’une crise aiguë qui souligne les ressorts cachés
et les logiques invisibles qui régissent notre économie.

Quant au second, Gwenaël Manac’h, il s’est emparé de son porte-mine, de son tire-ligne, de ses encres de Chine couleur, de son curvimètre, de son compas à balustre… et s’est lancé, à la vitesse qui lui convenait mais sûrement pas à 100 à l’heure, dans les illustrations de la version BD du reportage extrêmement fouillé et sans concessions d’Erwan Manac’h.

La rectitude de l’un associée au coup de crayon percutant de l’autre, cela donne envie d’en savoir plus. Et puis, ne sommes-nous pas toutes et tous concerné-e-s ?

LES AUTEURS

Erwan Manac’h
Né en 1987, il est journaliste à Politis depuis 2011, responsable de la rubrique économique et social et auteur de plusieurs enquêtes sur les nouvelles méthodes de management. Depuis de nombreuses années, il enquête sur les conséquences, notamment sociales, de l’ouverture à la concurrence de la SNCF.

Gwenaël Manac’h
Né en 1990, il est auteur de bande dessinée et illustrateur, diplômé de l’ESA Saint-Luc. Sa première BD intitulée La cendre et le trognon est parue chez Six pieds sous terre en
janvier 2019.

Simon & Louise – Max de Radiguès – Ed. Sarbacane

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO
Copyright M. de Radiguès / Sarbacane

Simon et Louise ont quinze ans, ils s’aiment ; mais c’est les vacances, alors ils sont séparés. Puis Simon reçoit une terrible notification : Louise n’est plus “en couple” avec lui sur Facebook, et refuse de répondre à ses questions. C’est le drame. Ne faisant ni une ni deux, Simon enfile son sac-à-dos, et part en stop la retrouver, à cinq-cents km de là. Car rien ne pourra l’arrêter. Il ne sait pas encore ce qu’il va découvrir à l’arrivée, mais ce périple va le faire entrer de plain-pied dans le monde des grands. Louise, va-t-elle rester « célibataire », ou succomber au charme d’un autre ?

Léger et frais comme une coupe de Champomy .

128 p., 18,50 €

Ce qu’en ont dit nos confrères :

Tendre, drôle et touchante, cette bande-dessinée est une véritable bouffée d’air qui ne marquera pas, pour beaucoup, d’évoquer quelques souvenirs de jeunesse. La Provence

Un must have avant l’été ! Planète BD

Voilà un album intelligent et tout en finesse. L’Express

Max de Radiguès dévoile son immense capacité à reproduire ces petits gestes et échanges qu’offre l’amour. Du grand art ! dBD

Né en Belgique en 1982, Max de Radiguès est auteur de bande dessinée, éditeur à l’Employé du Moi et directeur de collection chez Sarbacane. En 2012, son livre sur sa résidence au Center for Cartoon Studies (USA) fait partie de la sélection officielle du festival de la BD d’Angoulême. Il est l’auteur de Bâtard, (Casterman, 2017), lauréat du Prix Polar SNCF 2018 et Pépite du Salon du livre jeunesse de Montreuil 2017 dans la catégorie BD. Le premier tome de sa série Stig & Tilde (Sarbacane) était en sélection officielle du Fauve jeunesse 2019 du festival d’Angoulême.

La tournée – Andi Watson – Ed. çà et là

Titre original : The book tour (Angleterre) – Traduction Hélène Duhamel – Copyright A. Watson / Çà et Là – 212 p., 22 €

Comment ne pas faire un parallèle avec deux personnages que l’on rencontre dans au moins deux romans inachevés et posthumes de Franz Kafka (1883-1924) : Joseph K (Le Procès, 1924) et K l’Arpenteur (Le Château, 1926) ? On peut raisonnablement se dire que, s’il en avait eu le temps, l’auteur les aurait désignés autrement que par cette simple consonne… On pense également à Ionesco (Tueur sans gages).

Ici , G.H. Fretwell, un petit auteur de romans, qui pour la plupart finissent probablement au au pilon, vit dans une petite ville anglaise, avec sa femme, Rebecca, qui ne lui prête guère d’attention, et leur enfant. Son nouveau roman, Sans K, vient de sortir et Fretwell se lance dans une tournée de promotion programmée par son éditeur. Ladite tournée débute mal : à peine arrivé, un faux porteur de bagages lui dérobe sa valise contenant les exemplaires de son roman. Ensuite, il est plus ou moins bien accueilli dans les librairies et ne parvient jamais à dédicacer le moindre livre. Délaissé par son éditeur, qui a manifestement d’autres chats à fouetter, il attend avec impatience la parution d’une critique de Sans K dans la rubrique littéraire d’un grand quotidien, chronique qui ne viendra jamais.

Mais tout se corse encore lorsqu’il est interrogé par la police, car son circuit est étrangement similaire à celui du « Tueur à la valise », un tueur en série qui sévit dans les lieux qu’il a lui-même parcourus. Pour Fretwell, le cauchemar kafkaïen ne fait alors que commencer…

Une délicieuse comédie noire so british, avec la connotation satirique et politique qui va avec, dans laquelle le personnage un peu falot et constamment dépassé par les événements – mais qui oppose une résistance passive qui, sait-on jamais, pourrait s’avérer efficace – est un formidable anti-héros.

Anna K.

Andi Watson est né en 1969 à Wakefield (Angleterre). Après des débuts dans le jeu vidéo, puis un passage par le dessin animé, il se consacre à la bande dessinée à partir de 1993 avec « Samouraï Jam » . Il crée ensuite la série « Skeleton Key » puis « Geisha », qui lui vaudra une nomination aux prestigieux Eisner Awards en 2000.

Il est également l’auteur de plusieurs romans graphiques abordant avec finesse les relations entre hommes et femmes, dont « Breakfast After Noon » (nominé aux Eisner Awards en 2001), « Slow News Day », « Ruptures » et « Little Star ». Dans un registre moins intimiste, il a également collaboré avec Marvel, DC et Dark Horse Comics, puis a réalisé plusieurs bandes dessinées pour enfants. Andi Watson vit à Worcester (Angleterre) avec sa femme et sa fille.

Voir Archives : Points de chute (février 2016) et Breakfast After Noon (décembre 2017), Ed. çà et là.