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DYS, TDAH, EIP MANUEL DE SURVIE POUR LES PARENTS (ET LES PROFS)

Première mise ne ligne : 14 set. 2018

de Christelle Chantreau-Béchouche – Illustrations Morgane Carlier © – Ed. Trédaniel

Ce guide, sous-titré Pour mieux vivre au quotidien les troubles du langage et des apprentissages, est destiné à celles et ceux qui peuvent avoir le sentiment d’être perdus face au comportement atypique de leur enfant, ou de celui dont ils ont la responsabilité. 

Pour nombre d’entre-eux, l’aider reste en effet un parcours du combattant, vécu parfois comme une double peine.

« Mais s’il est difficile, ce parcours est aussi celui d’une vie, un quotidien auprès d’enfants formidables, créatifs, originaux, intelligents. Nombreux sont les moments d’émerveillement, de complicité et de fous rires… », précise l’auteure.

Dûment documenté et brillamment illustré, le livre fait un point précis sur ce que recouvrent les différentes pathologies regroupées sous le terme « DYS, TDAH ou EIP ». Qu’est-ce qui, par exemple, différencie un enfant atteint de dysphasie d’un autre atteint de dyspraxie ? Quels sont les signes de dysfonctionnement qui doivent alerter ? Quelles sont les conséquences d’un trouble du déficit de l’attention (TDHA) ? Comment accompagner un enfant intellectuellement précoce (EIP) ? Et plus généralement, comment accompagner tout enfant en situation de handicap, sans risquer de se perdre soi-même.

Le livre renferme quantité de renseignements et d’adresses qui guideront sa lectrice (ou son lecteur) dans le labyrinthe des prises en charge nécessaires et des soutiens de tous ordres : organismes d’Etat (reconnaissance du handicap, attribution d’une AVS ou d’une AESH, etc.) ; associations et fédérations ; groupes de parole ; établissements scolaires adaptés ; orientation professionnelle pour les adolescents… 

Tout est passé au crible et illustré avec humour. Dire que ce manuel de survie est clair, passionnant et plus qu’accessible est une évidence. Les quelque vingt-cinq planches de Morgane Charlier ajoutent encore à son attrait. il ne s’adresse pas uniquement à ceux qui sont confrontés jour après jour à l’une des situations décrites (avec témoignages à l’appui), mais également à ceux qui s’interrogent sur le fonctionnement et le ressenti de ces enfants, qui se sentent parfois démunis face aux réactions peu sécurisantes de leur entourage. 

On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas un facteur aggravant pour ces adultes en devenir, qui ont autant besoin d’un regard valorisant pour exister, qu’une plante a besoin d’eau.

Anne Calmat

326 p., 22,90 €

En savoir plus sur les auteures…

Auteure-scénariste, Christelle Chantreau-Bachouche, elle-même concernée par des troubles des apprentissages, a étudié l’écriture scénaristique à l’école des Gobelins et à la FEMIS. Mère de trois enfants présentant des troubles des apprentissages, elle a décidé, après avoir franchi toutes les étapes de ce parcours du combattant, de partager son expérience sous la forme d’un guide illustré.

Morgane Carlier, illustratrice, retranscrit les scènes de la vie quotidienne en alliant humour et mise en scène colorée. Après une licence Illustration validée à la Birmingham Institut of Art and Design, elle revient en France pour réaliser son rêve : transmettre les émotions à travers le dessin.

Toujours y croire (chap. XIV)

The Bridge – Peter J. Tomasi – Sara DuVal – Ed. Kamiti

En librairie le 28 mars 2019 – Visuels copyright P. J. Tomasi – S. DuVal/ Ed. Kamiti

Je suis long de 1 825 m et large de 26, 150 000 véhicules, 3 à 4 000 piétons et 1 800 cyclistes m’empruntent chaque jour, je suis un acteur incontournable de la vie new-yorkaise, je suis… je suis… le pont de Brooklyn.

Peter J. Tomasi et Sara DuVal nous donnent à voir les dessous de sa construction, mettant en scène les victoires et les tragédies qui l’ont émaillée. Le roman graphique est certes linéaire dans son déroulé, mais ce qu’il dit de la détermination de quelques-uns en faveur du bien de tous laisse songeuse en 2019.

L’album est sous-titré Comment les Roebling ont relié Brooklyn à New York.

Nous découvrons ainsi comment, en 1852, l’ingénieur-capitaine d’industrie spécialiste des câbles d’acier, John Augustus Roebling, proposa de relier Brooklyn à l’île de Manhattan, qui étaient alors deux villes distinctes. Mais les techniques n’étant pas jugées suffisamment fiables, le projet va être refusé par deux fois. Ce n’est qu’en 1867 que Roebling va imposer ses vues. Hélas, les travaux ont à peine débuté qu’il est grièvement blessé par la coque d’un ferry venue heurter le ponton sur lequel il se trouve. Roebling décèdera du tétanos peu de temps après, confiant à son fils, Washington Roebling, également ingénieur de formation, le soin de prendre le relai.

(détail)

Le jeune homme va alors devoir surmonter moult épreuves, faire face à de nombreux défis techniques, à une presse hostile et à la corruption de quelques hommes politiques. Le coup de grâce lui sera donné lorsque, victime d’une paralysie partielle suite à la décompression de l’un des caissons nécessaires à la construction du pont, il sera physiquement empêché de poursuivre sa tâche sur le terrain. Fait exceptionnel pour l’époque, c’est son épouse, Emily, qui va le remplacer…  » La plus solide des fondations  » dira-t-il plus tard à son propos. C’est d’ailleurs Emily qui franchira la première le Brooklyn Bridge lors de son inauguration, le 24 mai 1883.

A.C.

208 p., 22 €

Tout va bien – Charlie Genmor – Ed. Delcourt

En librairie depuis le 20 mars © C. Genmor/Delcourt

Tout ne va pas si bien que ça dans la vie d’Ellie. La jeune fille fête son anniversaire en famille et elle n’a pas l’air d’en être ravie. « Vingt ans et toujours seule. » Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué, mais plutôt l’envie pour elle de se lancer dans une relation sentimentale. La compagnie de son amie Holly la satisfait pleinement – leurs conversations ne manquent pas de piment !

Il y aurait bien Archimède qui lui a proposé de sortir avec lui, mais la perspective de ce que cela impliquerait la terrifie. Alors, ils parlent musique, peinture, recettes de cuisine. Ellie sent qu’elle s’est attachée au jeune homme, mais elle sait aussi qu’elle n’a pas de désir pour lui. Ellie est dans l’évitement, elle se protège. « Pour les bisous, on ira à ton rythme. Pour le sexe, ça viendra peut-être, et si ça ne vient pas c’est pas grave », lui a-t-il écrit dans un texto. Comment dès lors résister à l’envie de se blottir – chastement – dans les bras d’un garçon si compréhensif ?

On assiste ainsi aux premiers mois de la drôle de vie amoureuse de ces deux âmes sœurs, ce qui donne lieu à des dialogues aussi candides qu’impudiques. La tentation de sa part à elle de rompre ce lien est souvent très forte, on se dit alors que son auto-empêchement d’être heureuse vient probablement de loin. D’autant plus que la complexité des relations familiales s’étale sous nos yeux dès les premières planches. On croit tenir un début d’explication de son mal-être lorsqu’elle révèle à Archimède la violence de son rejet de sa sœur trisomique, lorsqu’elle était adolescente. Avec le sentiment de culpabilité qui s’en est suivi. « Je n’ai pas le droit d’être heureuse après ce que j’ai fait (…) Je lui en voulais de ne jamais m’en avoir voulu. » Mais il n’y a pas que cela.

Nous l’accompagnons dans sa valse-hésitation, qui va finalement la mener à une métamorphose dont on ne découvrira qu’à la toute fin de ce beau récit autobiographique bleuté (symbole de vérité), quelle forme elle va revêtir.

Anne Calmat

240 p., 18,95 €

Rappel : Robert Doisneau à la Cité de la musique jusqu’au au 5 mai 2019

© R. Doisneau/Cité de la Musique/Philharmonie de Paris/Zim Moriarty

Rolleiflex en bandoulière, Robert Doisneau (1912-1994) a arpenté des années durant Paris et sa banlieue. Grand amateur de musique, il a immortalisé bon nombre de ceux qui en étaient les représentants. « Dans mon école idéale de photographie », disait-il, « il y aurait un professeur de bouquet et un professeur de musique. On ne formerait pas des virtuoses du violon, mais on expliquerait le rôle de la musique qui donne une lumière sur les civilisations passées, formation complémentaire très nécessaire ».

Pierrette d’Orient

Dévoiler le sens musical de l’imaginaire et de l’œuvre du photographe, telle est l’ambition de ce parcours original qui rassemble plus de deux-cents photographies.

Les Rita Mitsouko

Dans ces clichés, la musique est partout présente et participe surtout du regard humaniste du photographe. Car l’amour pour la musique naît souvent chez Doisneau d’un amour pour les gens. En témoigne la série réalisée avec Jacques Prévert, ou encore l’immense galerie de portraits, poétiques et amusés, magnifiant son ami violoncelliste Maurice Baquet, son « professeur de bonheur » et complice pendant plus de cinquante ans.

Maurice Bacquet

Toujours inattendue, l’inspiration de Doisneau dépasse largement le cadre des musiques de rue ou le cercle électif de ses amitiés. Dès les années 1950, il captait la mélancolie d’un Pierre Schaeer ou le sourire d’un Pierre Boulez. Dans les années 1980 et 1990, il croisait le chemin de plusieurs chanteurs, et en particulier Jacques Higelin (photographié en 1991 au parc de la Villette, dans le décor en construction de la Cité de la musique), Renaud ou encore les Rita Mitsouko et les Négresses vertes, tous saisis dans la beauté de leur jeunesse et dont l’exposition dévoile des clichés totalement inédits.

R. Doisneau et Renaud

Conçue par Clémentine Deroudille, commissaire des expositions Brassens ou la liberté et Barbara, et petite-fille du photographe, cette joyeuse ballade est mise en musique par Moriarty et scénographiée par Stephan Zimmerli, musicien et graphiste du groupe. 

Juliette Gréco

Un prolongement de l’exposition est à découvrir au sein de la collection permanente du Musée de la Musique, sous la forme d’un accrochage original disséminé dans le parcours.

M° Porte de Pantin ou Porte de la Villette, du mardi au vendredi : 12h – 18h

  • samedi : 10h – 20h
  • dimanche : 10h – 18h

        Tarif plein : 9€

  • Abonnés Philharmonie de Paris : 6€
  • Tarif réduit : 7€
    Titulaires d’un billet de concert Philharmonie de Paris, groupes à partir de 10 personnes, professeurs des écoles de musique, comités d’entreprise, association du personnel, jeunes de 26 à 28 ans inclus, titulaires du Pass éducation.
  • Tarif réduit 2 : 5€
    Jeunes de moins de 26 ans, demandeurs dʼemploi, bénéficiaires des minima sociaux.
  • Gratuité
    Titulaires de certains justificatifs (carte presse CCIPJ uniquement, carte Culture, carte ICOM, carte de guide-conférencier), enfants de moins de 6 ans, membres des Amis de la Philharmonie de Paris, personnes handicapées et leurs accompagnateurs.

Groupe Moriarty © Zim Moriarty voir ici

Toutânkhamon, le trésor du pharaon

Statue à l’effigie du roi montant la garde ©

Toutankhamon, le trésor du Pharaon s’ouvre le 23 mars à la Grande Halle de la Villette à Paris : 150 objets provenant du trésor découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter pour une exposition qui s’annonce d’ores et déjà comme l’événement 2019.

Visuels © Laboratoriorosso, Viterbo/Italy,

Toutânkhamon, naît en 1327 avant J.-C. et fascine bien au-delà des cercles d’amateurs d’archéologie. Fils d’Akhenaton, l’inventeur sacrilège du monothéisme, et probablement de l’une de ses sœurs ou encore de Nefertiti, la double cousine germaine de son père, il meurt à l’âge de 18 ans.


L’archéologue Howard Carter, dans la tombe de Toutankhamon à Thèbes, en 1923. / INTERFOTO /© Alamy Stock Photo/

Suivez le guide…

La visite de l’exposition débute par une vidéo diffusée sur un écran à 180 degrés. L’action commence dans la Vallée des Rois, site qui abrita les tombeaux des pharaons pendant une durée de 500 ans. La caméra balaie le paysage montagneux et désertique, montrant les sites archéologiques en pleine activité, où l’on voit des groupes d’hommes étudier des cartes, fouiller, creuser des roches, ou tamiser du sable. Tous sont déterminés à trouver les tombeaux cachés des pharaons et les trésors qu’ils recèlent.



@ Cercueil miniature canope à l’effigie de Toutânkhamon

Le narrateur présente Howard Carter. Nous sommes en 1922, l’archéologue raconte les nombreuses années qu’il a passées à mettre au jour les tombeaux des monarques égyptiens et la façon dont certaines découvertes dans la Vallée des Rois ont retenu son attention et enflammé son imagination : une coupe de faïence sur laquelle est inscrit le nom d’un pharaon inconnu, Toutânkhamon, ainsi que des fragments de feuille d’or, sur lesquels figurent les noms de ce roi et de sa reine.



@ Lit funéraire en bois doré

Howard Carter avait la conviction que le tombeau de Toutânkhamon se trouvait quelque part dans la vallée, et que ses trésors étaient peut-être intacts. Il était méticuleux dans ses recherches et obsédé par sa quête, qui était financée par son mécène Lord Carnarvon, un aristocrate fortuné. Mais, après huit ans de recherches infructueuses, ce dernier s’apprête à mettre un terme à ses financements. Il reste à Carter une dernière chance de trouver le tombeau. La voix s’éteint et l’action démarre de façon soudaine.



Statue à l’effigie du roi montant la garde @

Un tourbillon d’images remonte rapidement les années, les siècles puis les millénaires. Le compteur s’arrête finalement en l’an 1323 av. J.-C. Des vues aériennes des palais des pharaons et des temples de Louxor se fondent en une animation qui nous montre le dieu Râ entreprendre son voyage quotidien dans le ciel. La voix imposante du grand prêtre tonne, pour nous raconter cette histoire. Il décrit comment, après la tombée de la nuit, Râ voyage dans l’au-delà avant de renaître chaque matin pour recommencer son voyage dans le ciel. Le dieu soleil, resplendissant dans sa barque solaire, disparaît ensuite dans un fondu laissant place à une effigie géante de Toutânkhamon qui occupe tout l’espace. Tandis que des reconstitutions de la vie du roi apparaissent, le prêtre rappelle les quelques faits connus au sujet de Toutânkhamon.



@ Chaouabti en bois tenant un fléau et portant une coiffe némès dorée et un large collier

Le narrateur explique qu’avant que le Ba, ou l’âme, de Toutânkhamon, ne puisse entreprendre son périple vers l’éternité, son corps doit d’abord être préparé selon les protocoles en vigueur depuis les temps anciens. Des images suivent le voyage final du défunt au fil du Nil, de Louxor jusqu’à la tente de préparation installée dans la Vallée des Rois. Les prêtres, dont on voit se dessiner les silhouettes à l’écran, s’occupent des préparatifs lorsque la caméra se met à suivre le Grand Prêtre qui dirige la cérémonie du rituel de l’Ouverture de la bouche.



@ Naos en bois doré présentant des scènes
de Toutânkhamon et Ankhésenamon

Tandis que ses mots continuent à résonner, la vidéo s’atténue, laissant progressivement les portes de l’exposition s’ouvrir. De l’autre côté, des lumières tamisées attirent les visiteurs vers la première vitrine d’objets et l’absolue beauté de ce qu’ils y découvrent…

Le masque funéraire de Toutankhamon, l’une des pièces maîtresses de l’exposition © AFP / MOHAMED EL-SHAHED

Toutânkhamon, le trésor du pharaon du 23 mars au 15 septembre 2019 – Grande Halle de la Villette – 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris – M° Porte de Pantin

Tous les jours de 10h à 20h (dernière séance à 18h30) – Billets en vente : www.expo-toutankhamon.fr – Par téléphone au 0892 390 100 (lundi au samedi de 9h30 à 18h30) – Billetterie sur place tous les jours de 10h00 à 19h00, à partir du 23 mars 2019.

Plein tarif semaine : 22€ – Plein tarif week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 24€

Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) semaine : 18 € – Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 20€ – Enfants (- 4 ans) : gratuit

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Le grand méchant huit de Guillaume Long (suivi de) Bonjour Bonsoir de Vamille – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019
© G. Long/La Joie de lire
À partir de 6 ans

Pour son anniversaire, Robin s’est vu offrir deux entrées pour Youpiland, une pour lui, une pour son copain Rémi. Cerise sur le gâteau, ils iront seuls, à condition toutefois qu’ils restent à distance de certaines attractions, à commencer par le Grand huit. Promis, juré ! Mais voilà qu’ils rencontrent deux copines de classe, qui, prétendent-elles, en sont à leur sixième tour. Grr !

p. 23
p. 9

Mais qui est cet homme aux cheveux blancs qui les talonne depuis leur arrivée ? Un agent de la C.I.A.  ? Les imaginations galopent, les garçons aussi. Ils tentent de semer l’importun, s’engouffrent avec un mélange de crainte et de fierté dans le labyrinthe, voyagent à bord train fantôme, s’étourdissent dans les soucoupes tournantes, et le temps d’engloutir quelques youpi-burgers (pensez donc : un acheté, six offerts), histoire de prendre des forces, les voilà fin prêts pour le maxi frisson.

p. 31
p. 24

Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent dans le Grand huit…

p. 30

Ce qui devait arriver arrive : sous les effets conjugués de leur gloutonnerie, des montées vertigineuses et des descentes abyssales du dispositif, ils « repeignent » le visage de leur voisin… qui n’est autre que l’homme aux cheveux blancs.

p. 31

On n’en dira pas plus, si ce n’est que ce thriller humoristique destiné aux enfants est une réussite, tant sur le fond que sur la forme.

Anne Calmat

40 p. 10 €

En librairie depuis janvier 2019 – © C. Vallotton, alias Vamille/La Joie de lire À partir de 6 ans

Bonjour Bonsoir

L’exubérance des images et des couleurs de l’album précédent a fait place à la sobriété. Aux visages en forme de cratères lunaires des protagonistes du Grand méchant huit a succédé le minimalisme du trait de l’auteure. On pense aux bonshommes de Jean-Michel Folon. Il y manque cependant ses merveilleux pastels, la couleur n’intervenant ici que par petites touches ; mais rien n’interdit à de jeunes iconoclastes de prendre leurs feutres et d’ajouter ici ou là un soleil éclatant qui réchauffera de ses rayons la grisaille de la ville, un arc-en-ciel, ou même un chien qui lève la patte sur un réverbère, celui que l’on voit sur la BD n’osant manifestement pas le faire.

Bonjour (p. 6 et 7) Bonsoir (p. 6 et 7)

Quand aux dialogues, n’en parlons pas, mis à part « bonjour, bonsoir », il n’y en pas. Les lecteurs peuvent ainsi imaginer ce que se disent les autres personnages en croisant nos deux bi-syllabiques. Mais peut-être que précisément ils ne se disent rien, tout enfermés qu’ils sont dans leurs propres pensées. Car c’est bien l’absence de communication entre les individus et l’uniformité de leur quotidien que semble pointer Vamille.

Bonjour (p. 12)

N’allez surtout pas penser que l’on s’ennuie en parcourant cet album en deux parties inversées. Bien au contraire, l’imagination est sollicitée en permanence et les petits instants du quotidien – déguster un donut sur un banc du jardin botanique à côté d’une inconnue, aller au cinéma – prennent tout à coup un relief particulier. Le monsieur qui dit bonjour croise rarement celui qui dit bonsoir, mais nous lecteurs qui les voyons vivre, avons une furieuse envie de leur rappeler que la relation à l’autre ne s’arrête pas à ces deux mots lapidaires.

Bonsoir (p. 12)

C’est en tout cas un bel album à partager avec ses parents (et vice versa), pour mieux l’apprécier… et le commenter !

A. C.

52 p. 10, 90 €

Le temps des mots à voix basse – Anne-Lise Grobéty – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019 – Première édition en 2001 – Prix Saint-Exupéry 2001. Prix des Sorcières 2002 (prix des Libraires spécialisés jeunesse).

C’était il y a longtemps, dans une petite ville allemande, à la fin des années 30…

Les héros du roman de Anne-Lise Grobéty sont deux enfants : Oskar et Benjamin, et leurs pères, Anton, l’épicier-poète et Heinzi, le comptable-poète. Tous quatre sont liés par une amitié profonde et indéfectible. Rien ne menace la quiétude de leur vie ni celle de leurs concitoyens. Mais un jour, tout bascule : le temps de la cruauté et de la barbarie a sonné et une araignée noire aux pattes en forme de crochets trône désormais sur les drapeaux.

« Dessins assassins, ou la corrosion antisémite en Europe » – Exposition au Mémorial de Caen, 2017 ©

Oskar est dans un premier temps relégué au fond de la classe, puis rapidement renvoyé de l’école et traité de ”fils de chien”, sans qu’il en comprenne la raison. Il est devenu un pestiféré.

Les premières manifestations de l’idéologie totalitaire nazie ont fait leur apparition dans le quotidien des habitants, sans qu’aucune voix ne s’élève pour protester. Ce qui fera dire plus tard à Heinzi (…) ”Ce qui nous a amenés dans le pétrin d’aujourd’hui, ce sont nos petites lâchetés quotidiennes à nous tous, depuis trop longtemps… Tout ce qu’on entendait dans les rues, dans les bistrots, la colère qui montait, l’hostilité (…) On a regardé la haine, la violence accoucher de leurs petits devant nos portes (…)”.

On pense bien sûr au texte de Franck Pavlov, Matin brun (Ed. Cheyne, 1998).

Version illustrée de Matin brun. Ici par Enki Bilal ©

Le père d’Oskar perd son emploi, la famille est contrainte de déménager dans ”un quartier réservé”. Les enfants ne se voient plus. C’est Oskar qui en a pris l’initiative, pour protéger Benjamin. Comme le fera propre son père lorsque celui du narrateur tiendra à tout prix à venir en aide à sa famille. ”Par amitié, tu mettrais ta propre vie en danger pour tenter de sauver la mienne ? Tu connais un véritable ami qui te demanderait une chose pareille ?” Il est cependant une chose que l’ami pourra faire pour l’ami… Ce qui donne lieu à l’un des moments les plus émouvants du livre.

On reçoit en plein cœur ce texte sobre, tout en finesse, comme murmuré à l’oreille, qui résonne d’autant fort plus aujourd’hui que dans de nombreux pays le rejet de l’Autre a pris le pas sur l’humanisme.

Anne Calmat

Tout lectorat à partir de 13 ans.
60 p., 9,90 €

L’Anxiété Quelle chose étrange – Steve Haines – Sophie Standing – Ed. Çà et Là

En librairie le 15 mars 2019 – 32 p.,12 € – Illustrations  © S. Standing/ Ed. çà et là

L’anxiété est non seulement étrange, elle est aussi fort désagréable à ressentir. Mais qui un jour n’a pas été anxieux ? 

Mal d’un siècle ou accélération du temps qui semble nous laisser sur le talus ? Insécurité face à un environnement perçu comme menaçant ? Inquiétude face à une paix devenue incertaine ? Ou destin de l’homme confronté au mystère et à l’absurde ?

L’anxiété doit se distinguer des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), de la crise de panique, des phobies et de l’anxiété généralisée. Il est aussi curieux d’apprendre que « L’anxiété est une bonne chose que les psychopathes ne connaissent pas ». (Jon Ronson), et qui plus est, qu’elle nous préparerait à ne pas verser dans l’excès de confiance. La limitation de l’hubris est en effet une préoccupation qui nous vient de la Grèce antique.

Steve Haines nous propose une synthèse du phénomène, remontant aux causes, explorant les différents troubles et proposant des remèdes au quotidien. 

Nous apprenons ainsi que l’anxiété est « une réaction naturelle à la perception d’une menace qui se manifeste aux plans cognitif (les pensées se bousculent), physiologique (activation du système nerveux autonome) et comportemental (fuite) ». Reste à savoir pourquoi certains sont plus anxieux que d’autres, et pourquoi même, il en est qui ne le sont jamais… C’est à confronter à nombre de causes qui peuvent avoir à faire avec un passé tourmenté, un présent peu sécurisant, un mauvais état physique ou des habitudes de vie malsaines.

Après avoir vu ce qu’en disent les philosophes, comme Kierkegaard qui y voyait un vertige de la liberté, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, une angoisse existentielle, on apprend aussi que les neuroscientifiques, plus optimistes, proposent de dépasser notre biologie pour embrasser une « liberté radicale » via une connaissance des émotions. 

L’auteur brosse un tableau très complet de la construction émotionnelle, en montrant les différents mécanismes en jeu et la complexité de l’ensemble. On pourrait se sentir découragés, il n’en n’est rien. Quelques techniques peuvent nous aident à gérer cette interaction complexe de réflexes physiologiques, de déclencheurs familiaux et d’oppression culturelle. L’ancrage corporel par exemble, l’H.A.L.T. (Hunger, Anger, Loneliness, Tiderness), la contemplation, de préférence dans la nature, la restructuration de la pensée…

L’ouvrage se termine sur une invitation à modifier notre regard sur l’anxiété, afin d’en discerner les effets positifs, ainsi que sur une série de recommandations simples pour mieux la surmonter.

 » Essayez de ne pas vous embourber dans la rumination et l’autocritique. »

Sophie Standing illustre cet ouvrage de manière très originale, tant par ses dessins et la composition des planches que par la vivacité des couleurs. Elle facilite la compréhension d’un texte rigoureux et sérieux au moyen d’images concrètes et pleines de fantaisie.

Steve Haines exerce en tant que chiropracteur et enseigne la thérapie craniosacrale. Il vit et travaille entre Londres et Genève. Il est l’auteur, avec Sophie Standing au dessin, des trois albums de la série « Quelle chose étrange » : La Douleur (oct. 2018), L’Anxiété (mars 2019) et Le Trauma  (juin 2019). Il est également co-auteur avec Ged Sumner de « Cranial Intelligence : A Pratical Guide to Biodynamic Craniosacral Therapy ». (2011, Ed. Singing Dragon).

Nicole Cortesi-Grou

Refuznik ! URSS : l’impossible départ – Flore Talamon – Renaud Pennelle – Ed. Steinkis

Sortie le 6 mars 2019 – Illustrations © R. Pennelle/Steinkis

« A Kiev, les conditions n’étaient pas favorables du tout. Déjà, je suis née en pleine période d’hystérie antisémite de Staline. Heureusement, il n’a pas pu achever tous ses crimes… »

Celle qui s’exprime ne doit pas avoir loin de soixante-dix ans. Bella Goldberg est sculptrice, elle vit à la campagne entourée de ses œuvres autour desquelles gambade son jeune chien, Léon. Elle se remémore les terribles années passées en Union soviétique, du temps où Staline avait fini par donner libre cours à son antisémitisme. Flore Talamon recueille ses souvenirs, Renaud Penelle enrichit leurs échanges de dessins qui ne sont pas sans rappeler ceux qui illustraient l’un de ses précédents albums intitulé Vénus noire (Ed. Emmanuel Proust, 2010).

Bella Goldberg naît à Kiev en 1951 deux ans avant la disparition de Staline, dans une famille de scientifiques, à une époque marquée par une instrumentalisation du nationalisme russe et une répression accrue envers les Juifs. Ses origines la confrontent très jeune à l’antisémitisme des autres enfants sans qu’elle en comprenne à la raison.

Un jour, alors qu’elle n’a que sept ans, sa maîtresse d’école enjoint la classe de s’essayer à la pâte à modeler. C’est pour elle une révélation. À cet instant, je suis devenue matière et la matière est devenue moi. C’est décidé, elle sera sculptrice. Ses parents refusent cependant de l’envoyer dans une école d’art. Et pourtant, plus je grandissais moins j’étais compatible avec l’école soviétique. Son esprit contestataire dérange, il se pourrait même qu’il mette en danger sa famille. Son diédouchka, son grand-père sera son premier allié. Les circonstances vont faire que son souhait sera rapidement exaucé. Seule la sculpture lui permet de se réaliser et de s’évader du carcan qui enserre chaque jour davantage la communauté juive. Elle l’aide à faire face aux représailles qu’elle subit pour non-collaboration avec le régime soviétique. Peu à peu, Bella se range du côté des artistes, dits dégénérés parce que ne respectant pas les règles de l’esthétique réaliste-socialiste.

Havane au bec, la vieille femme déroule la pelote des événements tels qu’elle les a vécus avant de quitter l’URSS à la fin des années 70. Elle parle longuement de sa famille, de leurs relations étroites mais parfois conflictuelles, elle décrit comment les Juifs, d’abord bénéficiaires de la Révolution, furent par la suite l’objet d’une violente répression orchestrée par Staline qui, en attendant la création de l’État d’Israël, avait attribué aux « citoyens soviétiques de nationalité juive »  un district situé en Sibérie extrême-orientale, le Birobidjian. Elle explique comment, en choisissant le camp étasunien, le jeune État a gravement offensé le petit père des peuples, avec les conséquences qui s’en sont suivies.

Les discriminations ont repris de plus belle, raconte-t-elle, semant la discorde jusqu’au sein des familles les plus unies. Dès lors, une seule solution pour vivre dignement s’impose à Bella la rebelle : se faire un inviter par un parent et demander un visa d’émigration en Israël pour cause de regroupement familial, au risque de devenir une paria. Avec, dit-elle, en parlant dudit visa, une chance sur 1000 de m’envoler et 999 de m’écrabouiller.

Lorsque son interlocutrice émet une réserve sur telle ou telle analyse, la sculptrice s’insurge. J’aurais bien aimé t’y voir ! Après 1956, les gens ont critiqué – un peu – les excès de Staline, mais ça a été une parenthèse vite refermée. Elle et les siens ont vécu tout cela dans leur chair, elle sait de quoi elle parle.

Tout restera longtemps à tenter pour Bella, mais lorsqu’on choisit un chemin, aussi tortueux soit-il, on le poursuit jusqu’au bout.

Aussi passionnant que troublant.

Anne Calmat

136 p., 18 €

Le Directør – Oscar Gómez Mata – Théâtre de la Bastille

Du 12 mars au 4 avril 2019

 Communiqué

Avec Pierre Banderet, Valeria Bertolotto, Claire Deutsch, Vincent Fontannaz, Christian Geffroy Schlittler, David Gobet, Camille Mermet, Aurélien Patouillard, Bastien Semenzato


Depuis vingt ans, le metteur en scène Oscar Gómez Mata est passé maître dans l’art de bousculer joyeusement les consciences. Pour ce nouveau spectacle, et pour sa première venue au Théâtre de la Bastille, il choisit d’adapter une comédie féroce du réalisateur danois Lars von Trier 2006).


Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables.

Voilà pour l’intrigue, dont le jeu de masques et le goût pour la mise en abîme n’est pas sans rappeler le théâtre de Marivaux ou de Pirandello.

Avec une jubilation émancipatrice et communicative, les interprètes s’emparent du scénario pour déconstruire le modèle de l’entreprise contemporaine, s’amusant tour à tour des nouvelles logiques managériales, de la dilution de la responsabilité, des journées team building et des réunions PowerPoint qui s’éternisent. Au coeur de l’open space, une lutte acharnée s’annonce ainsi entre le libre arbitre et l’irresponsabilité collective.

Au ton moralisateur, Oscar Gómez Mata préfère alors la force de l’humour et les folles digressions de la pensée. Le Direktør est autant une satire sociale qu’une réflexion sur le métier de l’acteur et la puissance du théâtre.

Et le spectacle s’impose comme un petit traité de comédie ; une même scène voit s’entrechoquer comiques de situation et de répétition, humour burlesque et réflexif, maniant toujours avec brio la nouvelle langue de la start-up.

Genève le 5 septembre 2017 Le Director spectacle de la companie L’ALAKRAN ©steeve iuncker-gomez

Les interprètes dansent, chantent, interrompent le cours du spectacle, interpellent le public, portent des perruques sans raison et font du canoë.

En somme, Le Direktør célèbre un théâtre dont l’absurde offre aux spectateurs une joyeuse promesse de résistance…

76 rue de la Roquette Paris 11e – 01 43 57 42 14 – Prix des places 25, 19, 15 €

La prochaine fois, le feu – James Baldwin – Ed. Taschen


© Ed.Taschen – Sortie en mars 2019 – Communiqué
J. Baldwin (copyright Mediapart.fr)

publié en France en 1963 et réédité en mars 2018 (Folio Gallimard), cet essai donne à voir la situation des Noirs aux Etats-Unis au début des années 60. James Baldwyn y évoque sa propre enfance à Harlem, où le maître-mot était la peur, son passage à l’église baptiste, dont il devint prédcateur pendant trois ans. J’eus la chance de tomber dans le « racket » religieux et de succomber à une séduction spirituelle avant de connaître une révélation charnelle, écrit-il.

S’en suit, parmi d’autres analyses et rencontres (Malcom X…), dans un mélange d’ironie acerbe et douloureuse, une dénonciation de la façon dont le Noirs sont amenés à intérioriser un problème, qui est en fait celui des Blancs.

Aussi remarquable par sa prose que par la franchise avec laquelle Baldwin raconte ce que signifie être Noir et homosexuel aux États-Unis, ce livre est considéré comme l’une des plus passionnées et puissantes explorations des relations interraciales à cette époque, où amour, foi et famille s’entrelacent dans un assaut conjoint contre l’hypocrisie de « la terre des hommes libres ».

Aujourd’hui, cette œuvre, toujours aussi pertinente, est rééditée chez Taschen, accompagnée de plus de 100 photographies de Steve Shapiro, qui a sillonné le Sud américain avec Baldwin pour le magazine Life. Le périple a eu pour effet de plonger le photographe au cœur du mouvement et lui a permis de prendre des clichés décisifs, souvent emblématiques, de ses leaders (Martin Luther King, Rosa Parks, Fred Shuttlesworth et Jerome Smith…)  et d’événements marquants, comme la marche pour les droits civiques sur Washington (28 août 1963) et celle sur Montgomery (9 mars 1965).

L’ouvrage est complété par les anecdotes précieuses de Schapiro, une introduction originale de John Lewis, la grande figure des droits civiques, aujourd’hui membre du Congrès américain, des légendes rédigées par Marcia Davis du Washington Post, et un texte de Gloria Baldwin Karefa-Smart, qui était avec son frère en Sierra Leone quand il a commencé à écrire le livre. L’ensemble constitue un remarquable témoignage visuel et littéraire sur l’une des luttes les plus importantes et acharnées de l’histoire américaine.


James Baldwin (1924–1987) fut romancier, essayiste, auteur dramatique, poète et observateur critique de la société, et l’une figures littéraires les plus brillantes et provoquantes de l’après-guerre. Ses essais, dont Chroniques d’un pays natal (1955) et La prochaine fois, le feu(1963), les plus célèbres, ainsi que ses romans, comme La Chambre de Giovanni (1956) et Un autre pays (1962) explorent la complexité, implicite mais profonde, des disparités entre les races, les sexes et les classes dans l’Amérique du milieu du XXe siècle. Natif de Harlem, à New York, il a principalement vécu dans le sud de la France.

Steve Shapiro est un photo-journaliste reconnu dont les clichés ont fait la couverture de Vanity FairTime, Sports Illustrated, Life, Look, Paris Match et People, et figurent dans les collections de nombreux musées. Il a publié sept livres sur son travail, dont American EdgeShapiro’s Heroes, The Godfather Family Album, Taxi DriverThen and NowBowie et récemment Misericordia. Nombre de ses images iconiques ont été utilisée pour des affiches de films et la promotion de grands classiques comme Midnight CowboyTaxi DriverPortrait craché d’une famille modèle et Le Parrain III.

276 p., 40 €

Vincent van Gogh : une visite étoilée à l’Atelier des Lumières (Paris 11è)

du 22 février au 31 décembre 2019
L’Atelier des Lumières et la Nuit étoilée de Vincent van Gogh

Un lieu exceptionnel, dans lequel des spectacles sons et lumières, créés à partir de toiles de grands maîtres, projetées sur des murs monumentaux, propulsent en quelques secondes les visiteurs dans l’œuvre et l’esprit de l’artiste. Chaque centimètre carré de béton, sol compris, est éclaboussé par l’un des cent-quarante vidéo-projecteurs autonomes ; les images défilent et jouent avec l’agencement du site, soutenues par une composition musicale originale ou classique. 

Un aperçu ?

L’Atelier des Lumières a ouvert ses portes le 13 avril 2018, avec une exposition consacrée à Gustav Klimt, Egon Schiele et Friederich Hundertwasser. Elle a joué les prolongations jusqu’en janvier 2019. Cette seconde manifestation propose cette fois une immersion dans l’œuvre de Vincent van Gogh (1853-1890), génie ignoré de son vivant, qui a bouleversé la peinture.

Expo Klimt

Épousant la totalité de l’espace (2000 m² sur 10 mètres de hauteur), cette création visuelle et sonore retrace la vie intense de cet artiste tourmenté, qui peignit pendant les dix dernières années de sa vie plus de 2000 tableaux, aujourd’hui dispersés à travers le monde.

Les Tournesols

Une somme picturale qui évolue radicalement au fil des ans, des Mangeurs de pommes de terre (1885), aux Tournesols (1888) en passant par la Nuit étoilée (1889) et à La Chambre à coucher (1889).

Les mangeurs de pommes de terre
La Chambre à coucher (Arles)

L’Atelier des Lumières révèle les coups de brosse expressifs et puissants du peintre hollandais, il s’illumine aux couleurs audacieuses de ses toiles au style sans égal. Les nuances sombres succèdent aux teintes chaudes. L’exposition immersive évoque le monde intérieur à la fois démesuré, chaotique et poétique de Van Gogh et souligne un dialogue permanent entre l’ombre et la lumière.

Le parcours thématique retrace les différentes étapes de la vie de l’artiste, ses séjours à Nuenen, Paris, Arles, Saint-Rémy-de-Provence, pour s’achever avec sa fin tragique à Auvers-sur-Oise. Le visiteur voyage au cœur des œuvres, de ses débuts à sa maturité, de ses paysages ensoleillés et de ses nocturnes à ses portraits et natures mortes.

La création visuelle et musicale de Luca Longobardi, compositeur et pianiste qui a ouvert le langage classique à l’expérimentation électronique, produite par Culturespaces et réalisée par Gianfranco Lannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, met en lumière cette richesse chromatique ainsi que la puissance du dessin et la force des empâtements de l’artiste.

Infos pratiques : Atelier des Lumières, 38 rue Saint-Maur Paris 11è / 01 80 98 46 00 – Tarifs 14, 50 € à 9,50 € – Gratuit moins de 5 ans – Lundi au jeudi de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h

TER – Rodolphe & Dubois – Ed. Daniel Maghen (1 à 3/3)

On l’attendait avec impatience, le tome 3 de TER, sous-titré L’imposteur, arrive. Et avec lui, les réponses aux questions que s’est posées le lecteur dés la première vignette de cette série qui oscille entre fantasy et science-fiction. Coup d’œil dans le rétro…

T. 1

T.1 –L’étranger (avril 2017)

Pip, un pilleur de tombes,  découvre un homme au fond d’une sépulture. Il est nu, ne parle pas, et surtout, ne se souvient de rien. Seul indice, un tatouage à l’épaule droite sur lequel on peut lire  » MANDOR ».

Où sommes-nous ? Le lecteur n’aura un début de réponse qu’à la fin du premier tome.

Mandor est maintenant installé au Bas-Courtil, une cité mi-futuriste mi-médiévale régentée par deux collèges religieux et encadrée par un corps de garde composé de vingt-huit guerrières. 

Il est doué, il apprend vite à reparler et à écrire, mais surtout, il surprend son entourage par son extraordinaire aptitude à réparer tout ce qui a cessé de fonctionner. De là à voir en lui un magicien, voire un génie, il n’y a qu’un pas.

Plus qu’un génie, il est même possible que l’inconnu aux mains d’or soit le prophète qu’annonce le Livre des Psaumes. « Alors sortira un homme des entrailles de TER, qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni biens, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » 

Les gardiens officiels des Écritures voient d’un très mauvais œil l’arrivée de celui qui pourrait un jour remettre en cause leur autorité. Ils vont s’employer à ce que cela ne soit pas…

T. 2 – Le guide (oct. 2017)

T. 2

Dans une société toujours prompte à rendre l’étranger responsable de ses maux, l’occasion va bientôt leur en être donnée : un séisme dévaste une partie du Bas-Courtil, alors que Mandor s’était aventuré hors de ses murs. Il est aussitôt arrêté et traduit en justice pour « hérésie et agissements graves à l’encontre de la cité« . 

Quel est ce lieu ? Pip n’a-t-il pas trouvé le jeune homme au fond d’une sépulture ? Cela voudrait peut-être dire qu’il vient d’un monde souterrain. Reste dans ce cas à en dénicher l’accès… 

p. 25
p. 26

T. 3 – L’imposteur (février 2019)

Mandor poursuit ce qu’il pense être sa mission, avec ses aléas et les dangers qui guettent ses compagnons, talonnés par un groupe d’extrémistes avides de pouvoir : les bien nommés Intégraux.

Toujours à la recherche de son identité, il en vient à douter de tout : Qui suis-je ? Qui suis-je pour avoir parfois ces visons étranges ? Servir de guide à tous ces pauvres gens… et ensuite ne plus rien voir du tout, les emmener et les abandonner ici, dans la pénombre du ventre de la terre ?

Yss – Supplément T. 1

On n’en dira pas plus (et aucune planche, dont la beauté graphique n’est plus à démonter, ne viendra lever le voile sur ce qui va advenir), si ce n’est qu’après avoir livré ses secrets, ce troisième opus est, comme les précédents, pourvu d’un superbe supplément graphique d’une quinzaine de pages, sorte de prolongement de cette odyssée singulière aux tonalités métaphysiques.

Supplément T. 2

Les planches en couleur directe des T. 1, 2 & 3 signées Christophe Dubois seront présentées à la Galerie Daniel Maghen* du 19 mars au 6 avril 2019.

  • 36, rue du Louvre, Paris 1er

Et, cerise sur le gâteau, mais cette fois il faudra attendre pour le déguster, un deuxième cycle de TER, retraçant la suite des aventures de Mandor, paraîtra en 2020.

Mandor – Supplément T. 3

Anne Calmat

56 p. couleur + supplément, 16 €  – Visuels © Rodolphe & Dubois/D. Maghen


Les jours qui restent – E. Dérian – M. Foutrier – Ed. Delcourt

Sortie le 13 février 2019 – Visuels © M. Foutrier/Ed. Delcourt

Dans cette BD imaginée par Éric Dérian (scénario) et Magalie Foutrier (dessin), deux femmes et un homme vont se croiser dans un hôpital parisien : trois personnalités différentes, trois situations personnelles et professionnelles différentes, trois âges différents, avec en commun, une image d’eux-même profondément dégradée, ce qui les entraîne dans un perpétuel renoncement.

Il y a d’abord Daniel et Charlotte. Il a un rendez-vous avec le docteur Lebon pour une consultation de routine, elle vient d’en ressortir bouleversée.

(détail planche)

Daniel a longtemps attendu son tour, puis il est reparti au moment où on l’appelait. C’est Catherine qui a pris sa place. La jeune femme traverse une période douloureuse, elle souffre de surcroît d’un vide sentimental abyssal, dû, pense-t-elle, à son physique ingrat.

Charlotte est rentrée chez elle, elle a viré Fabien sans ménagement, si bien qu’il a dû finir de se rhabiller sur le trottoir. Catherine a filé au cimetière où l’attendait sa grand-mère. En repartant, elle a murmuré « Je t’aime, maman ». Daniel est passé chez le pharmacien pour son habituelle avance de médicaments.

Puis on retrouve Catherine quelques planches plus loin, moquée, ridiculisée par les deux pimbêches qui lui servent de collèges de bureau, cependant que Daniel traîne sa nostalgie à longueur de rues et de bar en bar, en quête d’un passé qu’il croit totalement révolu. Quant à Charlotte, elle accepte mal le diagnostic du docteur Lebon, ajouté à celui de ses professeurs aux Beaux-Arts, quant à sa production artistique. Elle s’apprête à réagir…

Les lecteurs de ces quelques lignes pourraient avoir le sentiment que nous leur proposons un plongeon dans la mer de la Morosité, il n’en n’est rien.

L’album, illustré avec humour par Magalie Foutrier, n’est pas sans évoquer une comédie douce-amère à la Cédric Klapisch, dans laquelle les protagonistes finissent par découvrir en eux les ressources qui vont leur permettre de pratiquer le « faire avec » ou le lâcher-prise, et de transformer leurs faiblesses ou leurs échecs, réels ou supposés, en une force.

Anne Calmat

144 p., 18 €

Expo : « Les statues meurent aussi », sur les traces de l’histoire coloniale française au Musée national de l’histoire de l’immigration

Copyright Jan Mammey

Communiqué – Exposition photographique coproduite avec le Gœthe-Institut Paris – Jusqu’au 3 mars 2019

Les photographes Jan Mammey, Falk Messerschmidt et Fabian Reimann se sont penchés sur le passé colonial français. En se fondant sur leurs expériences et s’inspirant du concept d’André Malraux de « Musée Imaginaire », ils ont développé l’idée d’un non-lieu immatériel, après avoir effectué pendant trois ans un inventaire cartographique de plus d’une centaine de lieux et rassemblé un fonds de plus de 2000 photographies. Cette recherche de traces est marquée par une approche subjective fonctionnant sur des associations d’idées. Les trois artistes révèlent des images et des textes, qu’ils assemblent ensuite dans une démarche éditoriale et curatoriale pour créer une œuvre artistique aux facettes multiples. Leur projet artistique met l’accent sur l’espace public parisien, sur les musées et institutions de la capitale, et quelques archives publiques peu connues.

Les traces de l’époque coloniale sont omniprésentes et se retrouvent sous d’innombrables formes, à la fois à Paris et dans toute la France. Elles échappent pourtant la plupart du temps à l’attention du public. Les lieux de mémoire et plaques commémoratives s’y rapportant étant parfois si discrètes qu’on les voit sans y faire attention, et pour peu qu’on s’y attarde, rien ou presque ne vient renseigner sur les faits qui en sont à l’origine. 

Témoins, cette plaque commémorative à l’intérieur de la station de métro Charonne, placée dans un recoin en bas des marches qui mènent aux guichets, sur laquelle sont gravés les neuf noms de ceux qui sont morts le 8 février 1962 pour avoir manifesté en faveur de la paix en Algérie et contre les attentas que menait le groupe OAS favorable au maintien d’une présence française dans ce pays, ou encore, cette illustration non contextualisée que l’on peut voir 10 rue des Petits-Carreaux dans le quartier Montorgueil (Paris).

Au Planteur (1890)

Rappel : L’exposition dont l’intitulé fait référence au court-métrage d’Alain Resnais et Chris Marker (1963) censuré pendant onze ans pour sa dénonciation du colonialisme, est présentée sous la forme d’une installation jusqu’au 3 mars 2019. Entrée libre.

Palais de la Porte Dorée, Paris 12è
Musée national de l’Histoire de l’Immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

A. C.

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’Histoire de l’immigration Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

Visuels et doc audio © MNHI

Ma génération, celle d’une vie chinoise – Li Kunwu – Ed. Kana

农历新年 5 février 2019

Coup d’œil dans le rétro en compagnie d’Yves Martin, librairie « Les Buveurs d’Encre » Paris 19è

Dans la trilogie Une vie chinoise, Li Kunwu abordait l’histoire contemporaine de la Chine à travers son parcours personnel. Il revient sur ce sujet sous un angle sensiblement différent dans Ma Génération (histoire prévue en 2 volumes).

Toujours nourri de l’expérience de l’auteur, le premier tome de Ma Génération embrasse la période qui va du grand bond en avant au début de la révolution culturelle, de la fin des années 50 au milieu des années 60. Ma génération va s’intéresser au parcours du groupe que forme le petit Li et ses copains d’enfance. Cette génération a pour caractéristique d’avoir traversé des périodes très différentes : les années de la construction socialiste, les années du chaos que fut la révolution culturelle, les années d’ouverture et celles du modèle hybride « communisto-libéral » d’aujourd’hui.

Li Kunwu replonge (et nous avec) dans ses années de petite enfance. Petit Li et ses copains ont trois, quatre ans et vivent en permanence à la crèche. Ils ont bien des parents, mais ceux-ci sont fort occupés à construire la Chine moderne. On est en plein dans la période dite du « Grand bond en avant », quand la Chine voulait développer l’agriculture et l’industrie du pays à marche forcée. L’objectif était de dépasser la production anglaise puis américaine en deux ou trois années seulement ! Cette politique va conduire à une désorganisation totale de l’agriculture, entraînant plusieurs années de disette voire de famine. Du point de vue industriel, ce n’est pas tellement plus brillant. La qualité de l’acier produit était si mauvaise qu’il se révélait souvent inutilisable.

Pourtant, Ma génération n’est pas un livre à charge sur la politique conduite par l’Etat ni sur le maoïsme. (Li Kunwu travaille et vit en Chine, il est ou était représentant des auteurs chinois dans des instances officielles). C’est l’abnégation des adultes, l’insouciance des enfants qui est mise en avant, pas l’erreur politique ni ses conséquences directes.

L’autre grande période illustrée dans cette première partie de Ma Génération est celle des débuts de la Révolution Culturelle. Les gamins ont grandi, on les retrouve au collège, à ce moment où les repères changent très rapidement, et où des professeurs adultes et jadis respectés sont mis sous tutelle de commissaires politiques d’une douzaine d’années, les « gardes rouges ». Mais même au coeur de cette période dramatique, les adolescents gardent des préoccupations de leur âge et s’ouvrent à l’amour romantique, tare bourgeoise s’il en fut.

Y. M.

256 p., 15 €

Ils ont connu le Grand Bond en avant, la Révolution Culturelle, l’enthousiasme et le désespoir. Ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient le jour de la mort du Président Mao. 
« Ils », c’est la génération d’Une vie chinoise. À l’heure de la révolution internet, que sont devenus les femmes et les hommes de la révolution maoïste ?
Li Kunwu nous offre un témoignage sur cette génération qui a construit la Chine d’aujourd’hui.

1972. La révolution culturelle a entamé sa phase finale. Les quatre ans de lycée de Li et ses camarades sont achevés, mais ce n’est pas pour autant qu’ils peuvent intégrer l’université. Pour cela, il faut en effet obtenir une recommandation des institutions locales. Et, pour y parvenir, il faut obtenir le statut d’étudiant d’origine paysanne, ouvrière ou militaire. C’est donc à 17 ans que Li et ses amis se séparent pour se rendre dans des provinces différentes. Li rejoint l’armée populaire de libération et, son régiment se trouvant à la campagne, se met à travailler la terre…

176 p. 15 €

Li Kunwu est un des rares artistes chinois de sa génération à s’être, tout au long de sa carrière, exclusivement dédié au 9e art et à en vivre. En 30 ans d’activité, plus d’une trentaine de ses ouvrages ont été édités en Chine, et il a publié dans lesmagazines de BD chinois les plus emblématiques tels Lianhua Huabao, Humo Dashi, etc. D’abord spécialisé dans la BD depropagande, il s’est ensuite orienté vers l’étude des minorités culturelles chinoises dont sa province, le Yunnan, est si riche. Il est membre du Parti communiste chinois et administrateur de l’Association des artistes du Yunnan et de l’Institut chinois d’étude du dessin de presse.

Noire, La vie méconnue de Claudette Colvin – Émile Plateau – Ed. Dargaud

Sortie le 18 janvier 2019 – Visuels © Plateau/Dargaud

D’après le roman éponyme de Tania de Montaigne (Grasset, 2015).

C. Colvin

Des boulevards, des avenues, des squares, des écoles portent les noms de Martin Luther King ou Rosa Parks. Une petite rue dans un quartier misérable de Montgomery en Alabama, a pris celui de Claudette Colvin. Mais qui connaît le rôle courageux et précurseur que joua ce minuscule personnage, oublié de la grande histoire ? Un oubli qu’Émilie Plateau propose à son tour de réparer.

Il y avait bien peu de fées autour du berceau de Claudette Colvin, en ce jour de 1939 à Austin. À peine ouvrait-elle les yeux que son père dispraissait, avant de réapparaitre le temps de lui donner une petite soeur, Delphine, et de s’évaporer à tout jamais. Sa mère ne put guère faire mieux, qui confia ses deux enfants à ses grand-tante et grand-oncle qui vivaient à King Hill, le quartier le plus pauvre de Montgomery.

Puis Delphine décède, laissant sa sœur affronter seule les contradictions entre ses rêves et la ségrégation. Claudette, bonne élève, voudrait devenir avocate, mais sa peau est bien sombre et ses cheveux pas assez lisses.

Or, voici ce qui arriva. Le 2 mars 1955, elle rejoint le bus sur le trottoir réservé aux Noirs et s’assied dans la section qui leur est dévolue, quand une Blanche se présente. Le chauffeur invite Claudette à se lever. Celle-ci ne bouge pas, elle a payé sa place. Le bus s’arrête, la police intervient et la conduit manu militari en prison, d’où elle finit par être libérée, avec l’aide du Révérend Johnson.

Présentée à Rosa Parks de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et à Jo Ann Gibson, présidente du WPC (Women’s Political Council), on lui propose de plaider non coupable et de poursuivre la ville, pendant qu’un boycott sera engagé par les deux institutions. Lors de son procès, le 18 mars, elle soutient courageusement sa position, aidée du témoignage de ses camarades. Las, elle reste sous le coup de trois chefs d’accusations : violation de la loi, troubles à l’ordre public et agression envers des représentants de la loi. Le mouvement de boycott qui s’en suit n’étant relayé par aucun leader, il s’essouffle et cesse.

Les rêves de futur se brisent pour Claudette qui rejoint le NAACP afin de témoigner de son expérience. Ce qui n’est pas sans danger car, victime d’un viol commis par un homme blanc, elle se retrouve enceinte.

Cette histoire nous en rappelle une autre. Elle apparaît en effet comme la répétition de ce grand mouvement qui se mettra en branle le 1er décembre, initié par Rosa Parks qui elle aussi a refusé de céder sa place dans un bus à un Blanc. Sauf que cette fois, le leader anti-ségrégationniste, Martin Luther King, est appelé à la rescousse par Jo Ann Gibson. Des tracts sont distribués, le boycott, auquel les femmes noires participent massivement, se met en place.

Même motif, même sanction, le procès de Rosa Parks conduit aux mêmes chefs d’inculpation. Les hommes rallient les femmes, le boycott fonctionne, des meeting s’organisent qui galvanisent les foules, une épreuve de force s’engage pour démontrer que la ségrégation dans les bus va à l’encontre du 14e amendement de la Constitution fédérale des Etats-Unis. Claudette Colvin, que tout le monde avait oubliée, est sollicitée pour rejoindre quatre femmes noires prêtes à engager une nouvelle action.

Nous connaissons la suite : le 20 décembre 1956, après 381 jours, c’est la fin du boycott et de la ségrégation dans les bus de Montgomery, déclarée inconstitutionnelle par deux juges de la Cour fédérale contre trois.

Le lendemain, une photographie de Martin Luther King montant dans un bus accompagné de trois leaders noirs fait le tour du monde. Quelques photos de Rosa Parks paraissent dans le magasine Look. Mais aucune ne montre les plaignantes, pas plus que Jo Ann Gibson.

Comme Rosa Parks, Claudette Colvin quitte le sud pour rejoindre la nord. Aide-soignante, elle poursuivra une vie pauvre et anonyme en élevant son fils.

Il a fallu attendre qu’elle ait soixante-dix-neuf ans pour qu’une rue porte son nom à elle, qui n’était pas Rosa Parks.

Nicole Cortesi-Grou

136 p., 18 €

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White Spirit – Dédo – Weldohnson – Ed. Delcourt

Depuis le 9 janvier 2019 – POUR LES ADULTES
Visuels © Dédo/Weldohnson – Delcourt

Pour s’être laissé embarquer par son groupe de copains dans une séance de spiritisme, alors qu’il aurait préféré partager un moment très intime avec Marina, la femme de l’un entre eux, Pascal, la trentaine, un peu cabotin et peu attentif à son entourage, va se retrouver dans de beaux draps.

Plantons le décor. Une planche de ouija vient d’être placée au centre de la table, les participants forment une chaîne, la bulle commence son parcours, elle s’arrête sur plusieurs lettres, jusqu’à former un mot : JOG SHIGGRITT. L’entité est là, il ne reste plus qu’à lui poser des questions. Pascal se sent en danger lorsque quelqu’un aborde sa vie sentimentale. Avec qui a-t-il couché pour la dernière fois ? Il botte en touche et s’empresse de rompre la chaîne, condamnant ainsi le Yog à demeurer ad vitae aeternam dans le monde des vivants.

Les choses en restent là. Du moins en apparence, personne n’ayant imaginé que l’esprit convoqué n’ait pas apprécié qu’on lui coupe la parole et qu’on porte atteinte à sa liberté de mouvement.

De retour chez lui, Pascal reçoit en pleine nuit la visite de son frère, mort un an auparavant dans un accident de voiture. Adrien est sacrément amoché : sanguinolent, édenté, manchot. « Il ne faut jamais jouer avec l’au-delà, petit frère », dit-il.

Trop tard. Les conséquences de ce manquement aux règles élémentaires du respect dû à autrui vont être ravageuses pour celui qui, quelques heures auparavant, se conduisait comme un gamin provocateur et capricieux. Pascal va dès lors être en proie à de sérieux troubles du comportement : phobie, anthropophagie, nécrophilie e tutti quanti.

S’agit-il de représailles pures et simples ou bien est-ce le dernier acte d’une pièce dans laquelle le personnage principal est condamné à naviguer entre le tangible et l’intangible, dans cette zone qu’on appelle les limbes ? « Acta est fabula » ? À moins que l’humour féroce qui plane sur la bande dessinée (Dédo est un ex du Jamel Comedy Club) n’entraine ses lecteurs vers d’autres horizons…

Anne Calmat

112 p., 16,50 €

Des « Courtes distances » aux « Grands espaces »… d’hier et d’aujourd’hui

B
Sortie le 15 février 2018. Sélection Angoulême 2019

de Joff Winterhart (G.B.), traduction Martin Richet – Ed. çà et là.

Visuels © C. Winterhart/çà et là

Dans L’été des Bagnold (2013), Joff Winterhart avait su capter les tourments de l’adolescence et la difficulté que connaissent un fils et sa mère à communiquer, ou tout simplement à être sur la même longueur d’ondes.

Dans cet album, composé quatre ans plus tard, il est certes question d’un fils et de sa mère, mais c’est ici une tout autre histoire que nous conte Joff Winterhart – avec cet art consommé de la demi-teinte qui le caractérise. 

« Après trois tentatives universitaires avortées, une période infructueuse de travail en free lance… et la dépression qui s’en suivit, je prenais un nouveau-nouveau départ. (…) J’avais quand même appris une chose : chaque tentative de gagner de l’argent, qui me tenait à coeur ou qui me plaisait, s’était soldée par un désastre. (…) »

Un nouveau départ donc pour Sam, vingt-sept ans, qui à sa sortie de clinique retrouve le douillet nid maternel. Pour le meilleur. Sa mère a en effet tapé dans l’oeil d’un certain Keith Nutt, la cinquantaine bien enrobée, qui lui a proposé d’embaucher son grand dadais de fils dans sa petite entreprise spécialisée dans la distribution et le transport.

Notre première rencontre. (p.6)

Que distribue-t-elle ? Que transporte-t-elle ? Sam n’en n’aura qu’une très vague idée. Contraint d’attendre le retour de son boss une grande partie de la journée, le jeune homme ne va pas tarder à comprendre que son job consiste essentiellement à recueillir ses souvenirs de jeunesse, dont la plupart impliquent un certain Geoff Crozier.  Peu à peu, Sam se sent mieux. Il semble puiser une force nouvelle dans celle de Keith, dont il découvre progressivement les failles.

Ce que tu as sous les yeux est une arme fatale… (p.106)

De rugueuse au départ, la relation entre les deux hommes va finalement faire place à une connivence presque filiale.

Simple, profond, brillamment dialogué, l’album montre avec justesse la mélancolie d’un quotidien sans relief et les affres de la solitude.

Anne Calmat

… Et je me dis, ce samedi soir, que nous avons peut-être plus de choses en commun que des sœurs en Australie et de l’eau de coco. (p. 89)

128 p., 24 €

Depuis le 21 septembre 2018. Sélection Angoûlème 2019

de Catherine Meurisse (texte et dessin) – Ed. Dargaud

Visuels © C. Meurisse/Dargaud

Paris, ciel gris, bas et pollué. Dans un appartement donnant sur les toits, une jeune femme trace sur un mur le dessin d’une porte, formulant le vœu que celle-ci ouvre sur les champs et les près. Et… comme dans un conte de Marcel Aymé, la porte s’ouvre, révélant un champ de tournesols.

Ce récit est celui d’une évasion dans la mémoire retrouvée et de la célébration d’une guérison.

Mû par une intuition, un couple décide d’aller vivre à la campagne pour donner une chance à leurs deux filles : l’auteure et sa sœur.

Le père, habité par la fibre constructive, restaure une vieille ferme en ruines pendant que la mère saisie d’une fièvre horticole sème à longueur de journée des graines dans les champs alentours et dans le cœur des enfants, en leur récitant poèmes et citations.

Les filles transformées en exploratrices conservent leurs étranges trouvailles dans un musée, créé dans le souci culturel d’imiter Pierre Loti, mais aussi d’arrondir leur argent de poche en le donnant à visiter aux parents et voisins.

Ce sont les animaux qui leur font découvrir les expériences de la mort, de la fécondation et du don de la vie. L’apprentissage de la littérature se fait à travers fleurs et fruits : les lettres grecques par les roses du Centifolia au parfum entêtant, Proust par la grande sauge des prés, qui, lui semblait-il, avait toujours quelque chose à lui dire, Montaigne par la beauté de ses roses éponymes et Rabelais par la saveur des figues.

Le plus beau présent fut sans doute le don d’un jardinet découpé façon Le Nôtre, dans lequel les enfants, outre scruter la pousse de leurs plantations, purent s’imaginer dans le parc de Versailles, un nain de jardin figurant avantageusement sa statuaire.

Tout paradis n’est cependant pas exempt d’incursions infernales : l’infecte odeur du sang de l’abattoir déversé sur les champs de maïs, un président de conseil régional dont l’ambition est de doter la région d’un parc d’attraction, la monoculture, les lotissements qui poussent comme du chiendent.

Un intermède : une longue visite au Louvre. Rien de bien particulier à découvrir, on y trouve des murs épais, comme à la maison, des poteries, comme dans le jardin et des statues, comme dans le « musée de Pierre Loti ». Mais ce qu’on y découvre, ce sont d’extraordinaires peintures de Corot, Watteau, Poussin, Fragonard qui célèbrent la nature et lui restituent son génie.

Dès son retour, Catherine ne lâche plus le pinceau, les fleurs, les arbres, les ruines, tant et si bien qu’elle est pressentie pour dessiner l’affiche du prochain festival du Cabicou, présidé par Ségolène Royal !

Las, sa chèvre allongée dans un hamac ne fait pas l’unanimité. Dépitée, elle caricature avec frénésie les festivaliers, ce qui lui assure dans le village un rapide et vif succès. Mystère de la naissance d’une vocation…

Avec de larges planches colorées, Catherine Meurisse nous restitue sa vénération pour la nature. Ses petits personnages, avec leurs mines et leurs gestes expressifs, conservent leur fragilité. Mais surtout, il est impossible de lire cet album sans avoir en tête le précédent, La légèreté*, qui suivait sa lente et douloureuse reconstruction après la tuerie de Charlie Hebdo. Ce retour à l’enfance et surtout à la source créatrice nous montre l’achèvement du processus de guérison. La munificence des couleurs est là pour le confirmer.

Nicole Cortesi-Grou

92 p., 19,90 €

  • La légèreté (archives BdBD, avril 2016) ici

Les Rois de la mode – Camille Monge – Stella Lory – Ed. Vraoum

Sortie le 21 janvier 2019 © Monge-Lory/Ed. Vraoum

Rien n’est jamais acquis. Celle qu’on encensait hier est aujourd’hui dédaignée. Aux « Sublime ! Révolutionnaire ! » des premières années, ont succédé « Touchant de naïveté ».

Jeanne Falencia, alias Fafa, ex-papesse de la Haute Couture vient de l’apprendre à ses dépens. Du balai Fafa, place à une nouvelle équipe. Vanganesh Berlingo, un jeune designer de choc d’origine inuit vient d’être embauché. Il va, selon les mots de Jipé Foucard, le tout récent PDG du groupe « Fafa de Paris », passé sous pavillon russe, déploucardiser cette maison poussiéreuse. Et de préciser au personnel, « C’est un type formidable ! ».

Nous découvrons le type formidable en question sur la planche suivante – on pense irrésistiblement au grand couturier japonais Kenzo Takata. Berlingo a tout pour déplaire : hautain, colérique, tout à fait le genre à trépigner s’il ne retrouve pas sa peluche porte-bonheur ou n’obtient pas sur le champ ce qu’il a demandé.

Berlingo a aussi la folie des grandeurs. N’a-t-il pas décidé d’importer de Laponie trente mille pingouins et un iceberg géant pour servir de décor au prochain défilé de sa collection… qui aura lieu dans un hangar de la banlieue parisienne. Le comble de l’originalité !

(détail)

C’est risqué, mais si Anna (Wintour) aime, c’est gagné…

Son verdict vient de tomber : « Ugly, bizarre ». La cote de « Fafa de Paris » est en chute libre. Soumis au bon vouloir d’un oligarque russe et aux caprices de son épouse, Berlingo a du souci à se faire. A-t-il une chance de retrouver les faveurs d’Anatoli Menkov ou bien va-t-il se faire virer pour extravagance coupable et inappropriée ?

On l’aura compris, l’humour est le maître-mot de cette bd aussi impertinente que pertinente. Les dessins acidulés de Stella Lory servent à merveille l’apparente légèreté du propos de Camille Monge, dont c’est le premier album. Les personnages qui gravitent autour de celui qui a endossé des responsabilités auxquelles il n’était peut-être pas préparé (son retour au bercail parental en dit long sur lui) symbolisent le monde de la mode, avec ses outrances et sa vulnérabilité face à des actionnaires cyniques et versatiles. Car derrière l’agitation et la superficialité, se cache une ruche industrieuse au service de la création qui, face à l’échec d’une collection, redoute de subir le sort que l’on réserve à ceux qui ont cessé de plaire…

A. C.

106 p., 18 €