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Sourvilo – Olga Lavrentieva – Ed. Actes Sud

C O M M U N I Q U É – Copyright O. Lavrentieva / Actes Sud

Traduction Polina Petrouchnina. En librairie le 2 septembre 2020 – 320 p. 28 €

En Russie, les grand-mères sont la mémoire vivante de l’histoire tragique de leur pays. L’écrivaine Svetlana Aleksievitch, prix Nobel de Littérature en 2015,  raconte d’ailleurs qu’enfant, sa grand-mère lui avait appris à écouter ce qu’on avait pas le droit de dire

Ici, c’est Valentina Sourvilo, 94 ans, qui raconte à sa petite-fille, Olga Lavrentieva, son enfance heureuse à Leningrad, brutalement interrompue par l’arrestation de son père, en 1937. Viennent ensuite l’assignation à résidence, la mort de sa mère, le retour dans sa ville natale, qui sera assiégée pendant plus de deux ans. C’est le tristement célèbre Siège de Leningrad. C’est aussi l’époque de la faim persistante, de la peur épuisante, des trahisons d’amis, puis plus rares, comme par miracle, celle des mains qui se tendent… Tout cela a laissé une profonde cicatrice dans le cœur de Valentina, la conduisant, même dans les années relativement prospères d’après-guerre, à souffrir d’une peur irraisonnée pour ses proches.

Imprégnée de tendresse, l’histoire de cette femme, que l’auteure illustre à travers un graphisme en noir et blanc, laconique  et puissant, devient le reflet du destin de millions d’autres, et de tout une nation*.

Olga Lavrentieva est membre de l’Union des artistes de Saint-Pétersbourg. Elle privilégie dans ses bandes dessinées la fiction documentaire, comme dans son premier album consacré à un procès de militants proches d’Édouard Limonov. Auteure reconnue en Russie, ses œuvres sont publiées en Finlande, en Suisse, en Norvège, aux États-Unis, en Hongrie, en Pologne et, pour la première fois, en France.

  • Pour mémoire – 1937 marque l’apogée de ce qu’on a appelé la Grande Terreur instaurée par Staline. La répression procède par catégories sociales : les anciens nobles, les trotskistes, les militaires, les ouvriers… et ceux qui sont d’origine polonaise comme Vikenty Kazimirovitch Sourvilo, dont le nom de famille est sans équivoque.
  • 1941. L’Allemagne envahit l’URSS sur plusieurs fronts. Hitler l’a ordonné, Leningrad, berceau de la Révolution de 17, doit être rayée de la carte. Assiégée, cette ville de trois millions d’habitants brutalement confinés, se retrouve coupée du monde, avec des stocks de nourriture largement insuffisants : blé et farine pour 35 jours, viande et bétail sur pied pour 33 jours, sucre et conserves pour 300 jours alors que le siège va durer… 900 jours. Bombes et obus vont réduire la Venise du Nord en un champ de ruines où sévissent le froid – jusqu’à moins 38 °C – et la famine. 

Quand enfin le siège sera levé, en 1944, on dénombrera 1 800 000 morts dont 1 million de civils. 

Un train d’enfer – Erwan Manac’h – Gwenaël Manac’h – Ed. La ville brûle

Copyright E. & G. Manac’h / La ville brûle – En librairie le 11/09/2020
136 pages • 18 €

À première vue, le sujet de la BD ne semble pas très glamour : « préparer la SNCF à l’ouverture à la concurrence, ce qui signifie nouveau modèle de management, nouvelle organisation, nouveaux tarifs« …

Pas très glamour, mais plutôt prometteur quand on connaît le duo de choc que forment, chacun dans sa spécialité, les « Manac’h Brothers ».

L’un, le journaliste Erwan Manac’h, est parti à la rencontre des salariés de la SNCF, et jusque dans les couloirs du Pouvoir, pour nous permettre de comprendre les transformations à l’œuvre dans le transport ferroviaire.

Cette enquête citoyenne et politique, parue dans Politis en 2019 interrogeait et interroge plus encore aujourd’hui notre avenir : alors que l’urgence climatique devrait être une préoccupation constante des pouvoirs publics, comment expliquer que l’on sacrifie le seul mode de transport écologique ?
Qu’en est-il réellement du statut de cheminot ?
Quels sont les enjeux qui sous-tendent l’ouverture à la concurrence ? Au terme de cette enquête, se dessine la genèse d’une crise aiguë qui souligne les ressorts cachés
et les logiques invisibles qui régissent notre économie.

Quant au second, Gwenaël Manac’h, il s’est emparé de son porte-mine, de son tire-ligne, de ses encres de Chine couleur, de son curvimètre, de son compas à balustre… et s’est lancé, à la vitesse qui lui convenait mais sûrement pas à 100 à l’heure, dans les illustrations de la version BD du reportage extrêmement fouillé et sans concessions d’Erwan Manac’h.

La rectitude de l’un associée au coup de crayon percutant de l’autre, cela donne envie d’en savoir plus. Et puis, ne sommes-nous pas toutes et tous concerné-e-s ?

LES AUTEURS

Erwan Manac’h
Né en 1987, il est journaliste à Politis depuis 2011, responsable de la rubrique économique et social et auteur de plusieurs enquêtes sur les nouvelles méthodes de management. Depuis de nombreuses années, il enquête sur les conséquences, notamment sociales, de l’ouverture à la concurrence de la SNCF.

Gwenaël Manac’h
Né en 1990, il est auteur de bande dessinée et illustrateur, diplômé de l’ESA Saint-Luc. Sa première BD intitulée La cendre et le trognon est parue chez Six pieds sous terre en
janvier 2019.