Archives de catégorie : Communiqué

Communiqués de presse

L’accident de chasse – David L. Carlson – Landis Blair – ED. Sonatine

Copyright D. L. Carlson (scénario), Landis Blair (dessin) / Ed. Sonatine –
400 p., 29 €
Fauve d’Or Angoulême 2021

1959. Charlie Rizzo vient de perdre sa mère et doit emménager à Chicago avec son père, Matt, aveugle à la suite suite d’un accident de chasse, passionné de littérature et de poésie. C’est du moins la version officielle de la cause de sa cécité.

Mais un jour tout va basculer pour le père et le fils : Charlie a fait plusieurs pas de côté, Matt n’a pas d’autre choix, pour sauver le sauver de la prison, que de revenir sur un mensonge vieux de plusieurs dizaines d’années, au risque de casser le lien de complicité qui s’était instauré entre eux. Matt lui raconte alors ses années de prison… Un chemin initiatique éclairé par les poètes.

Touché par les faits à haute densité émotionnelle que lui a rapportés Charlie Rizzo, David L. Carlson va d’abord vouloir en faire un projet transmédia en l’adaptant au théâtre, en musique et au cinéma, mais après plusieurs déconvenues, et suite à sa rencontre avec Landis Blair, il décide d’en faire une bande dessinée.

L’élaboration graphique de L’Accident de chasse va prendre près de 4 ans au dessinateur (l’encrage d’une planche nécessite une journée entière), le résultat est à la hauteur.

Un chef-d’œuvre absolu ! Le style littéraire est fluide et de haute tenue, l’adaptation graphique en noir et blanc hachuré à la plume crée une incroyable symbiose entre les mots et les images.

Jean-Michel Basquiat – Ed Tashen, 2021

Icône des années 1980 à New York, Jean-Michel Basquiat, (1960–1988), s’est d’abord fait connaître à l’âge de 15 ans sous le pseudo «SAMO» (pour « Same all Shit », toujours la même merde), avant d’établir son atelier et de se retrouver catapulté vers le succès à 20 ans. Même si sa carrière a duré 10 ans à peine, il reste une figure culte de la critique sociale artistique et un pionnier qui a rapproché l’art du graffiti de celui des galeries.
L’album – Taschen- 20 € © 2021

« Quand je travaille, je ne pense pas à l’art, j’essaie de penser à la vie. »

Ce livre présente la brève mais prolifique carrière de Basquiat, son style unique son profond engagement dans les questions d’intégration et de ségrégation, de pauvreté et de richesse

La monographie XXL à succès, maintenant disponible dans une édition condensée. Les reproductions exceptionnelles des peintures, dessins et croquis les plus importants de Basquiat, ainsi que les textes de l’éditeur Hans Werner Holzwarth et de la conservatrice et historienne de l’art Eleanor Nairne, nous permettent d’approcher plus intimement une légende synonyme du New York des années 1980.

Autoportrait

L’œuvre de Basquiat s’est inspirée de divers médias et sources pour élaborer un vocabulaire artistique original et insistant, attaquant les structures de pouvoir et de racisme. Il mêlait dans sa pratique l’abstraction et la figuration, la poésie et la peinture et s’inspirait aussi bien de l’art grec, romain et africain que de la poésie française, du jazz ou du travail d’artistes contemporains comme Andy Warhol et Cy Twombly. Le tout donne un mélange vif et viscéral de mots, d’emblèmes africains, de silhouettes de dessin animé et de barbouillis de couleurs vives, entre autres.

Prison n°5 – Zehra Doğan – Ed. Delcourt

En librairie de 17 mars 2021 – Copyright Z. Dogan / Delcourt – 120 p., 19,99 €

« Je ne comprends pas pourquoi on nous jette dans des prisons, nous en ressortons encore plus fort-e-s. »

Communiqué : L’album est le dernier maillon d’un travail créatif et déterminé, transformant un long emprisonnement en une résistance : celle de Zehra Doğan, journaliste et artiste kurde, condamnée pour un dessin (ci-dessous) et une information qu’elle avait relayée, jetée dans la prison n° 5 de Diyarbakir, dans l’est de la Turquie.

Nuzaybin détruite (ville à majorité kurde)

En 2019, il y a eu le livre traduit par Naz Öke…

Le livre rassemble les lettres que l’artiste a adressées durant ses 600 jours d’incarcération à son amie Naz Öke, journaliste turque vivant en France et animatrice, avec Daniel Fleury, du webzine Kedistan pour la liberté d’expression.
Cette correspondance passionnée révèle une femme d’une générosité et d’une énergie exceptionnelles, une artiste surdouée, une poétesse, mais aussi une fervente militante pour la liberté des femmes et les droits des Kurdes, soucieuse des autres et du monde.

Z. Dogan

« Je pourrais te raconter tout ce qui se passe ici mais les mots me manquent pour te parler du chant de ces femmes. Pourtant, leurs voix qui s’élèvent depuis ces quatre murs et s’accrochent aux barbelés sont celles qui expriment le mieux l’emprisonnement. Ces voix, que la pluie accompagne, nous frappent au visage et chantent la révolte de l’emprisonnement, dans toute sa nudité. » (10 décembre 2018)

La jeune artiste militante nous immerge dans ce quartier de femmes et l’immense solidarité qui les lie. Découvrir le passé de ce lieu sinistrement surnommé « la geôle d’Hamed », c’est apprendre à connaître la lutte du peuple kurde depuis des décennies. C’est aussi avoir le privilège de contempler une suite d’images soustraites à la censure, dessinées au dos des lettres écrites sur du papier kraft que lui envoyait Naz Öke.

Journaliste et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décret à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres. Pendant ses années d’incarcération, elle a été soutenue par le PEN Club International et de grands artistes comme le peintre dissident chinois Ai Weiwei ou l’artiste Banksy qui a créé à Manhattan une fresque en son hommage. Elle est l’autrice de Les yeux grands ouverts (éditions Fage, 2017). Artissima (Foire italienne d’art contemporain) lui a décerné le Prix Carol Rama en 2020. Elle a reçu d’autres nombreux prix dont Printemps de liberté de presse, Allemagne, 2018, Courage in Journalism Award, USA, 2018. et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décretà la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée
cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres.

Les espionnes racontent – Chloé Aeberhardt – Aurélie Pollet – Ed. Steinkis / Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/085067-005-A/les-espionnes-racontent-genevieve-la-liste-russe-de-la-dst/

Chloé Aeberhardt

À l’origine, le livre d’investigation menée par la journaliste du Monde, Chloé Aeberhardt (R. Laffont, 2017), puis la mini-série série éponyme en six épisodes sur Arte. Ensuite, le 9è Art s’en est mêlé…

Une enquête de cinq ans durant laquelle l’auteure, conseillée par Edmond Béranger, un ancien de la DGSE, a multiplié mails et coups de fil aux services secrets français, américains, russes, israéliens et essuyé autant de refus, avant de décrocher un premier rendez-vous avec Geneviève qui, dans les années 70, travaillait à la DST. S’en suivront les rencontres avec Martha, Jonna, Gabriele, Ludmila, Yola…

« Je me suis aperçue qu’il y avait peu de livres sur les espionnes contemporaines. Il s’agissait surtout d’ouvrages historiques qui s’intéressaient toujours aux mêmes grandes figures (Mata Hari, Joséphine Baker) et avaient tendance à maintenir le mythe de l’intrigante sexy. Je me suis dit que ce serait un défi d’essayer d’aller à leur recherche et j’en ai fait une enquête. » Chloé Aeberhardt

L’enjeu de cette enquête était de casser l’image misogyne du monde de l’espionnage, notamment autour de la figure hyper « testostéronée » de James Bond où les femmes sont réduites sans complexe au rôle d’objets sexuels avec, malgré les changements dans les films récents, quelques relents révisionnistes. Ainsi, armée d’une infinie patience, Chloé Aeberhardt a réussi à entrer en contact avec diverses « retraitées » du monde de l’espionnage en tentant notamment de joindre les agences de surveillance les plus réputées, à savoir la DST en France, la DIA et la CIA aux États-Unis, le KGB en URSS, la Stasi en ex-Allemagne de l’Est, le Mossad en Israël. La représentation des agences est loin d’être exhaustive mais la diversité des profils d’espionnage permet d’avoir un panorama plus large et proche de la réalité des agents du renseignement de la seconde moitié du XXe siècle, pris dans les enjeux notamment de la Guerre froide. Il est ainsi question aussi de l’idéologie nationale et/ou patriotique au service de laquelle les espionnes ont sacrifié plus ou moins leur vie.

Le graphisme des dessins d’Aurélie Pollet – avec un code couleur différent pour chaque personnage – se situe entre réalisme et effet vintage. L’aspect documentaire est ainsi pleinement respecté, de même que l’aspect ludique de ces récits de vie traversant la géopolitique de chacun des pays évoqués.

Depuis le 28 janvier 2021 Copyright Ed. Steinkis / Arte

176 p., 20 €

Long Story Short – Simon Hanselmann – Misma Ed.

Depuis novembre 2020 – Copyright S. Hanselmann / Misma – 340 p., 35 €

Avertissement de l’auteurCe livre a principalement été conçu pour être lu aux WC. À ranger sur une étagère dans vos toilettes (couverture avec pelliculage brillant anti-éclaboussures de pipi.

Le ton est donné… Difficile d’imaginer personnages plus déjantés que ceux de Simon Hanselmann ! La structure classique des planches et le dessin d’une grande simplicité apparente ne dissimulent cependant pas la dimension « trash » de cette série inspirée par une enfance difficile, qui permet à son auteur de dépasser des traumatismes personnels tout en provoquant le rire doux-amer de ses lecteurs.

Ce nouveau livre de Simon Hanselmann est un pot-pourri de Megg, Mogg & Owl : un mélange aux effets puissants et stupéfiants qui va vous faire bien tripper ! Rassemblant des épisodes parus à droite à gauche dans divers fanzines, revues et magazines entre 2016 et 2020, on retrouve au cours des multiples saynètes sélectionnées tous les personnages qui font le succès de cette série culte dans le monde entier : Megg et Mogg, toujours accros à la fumette, qui passent leur temps à traînasser sur le canapé ; Owl, maniaque de l’ordre et de la propreté qui voit chaque fois ses efforts anéantis par la tornade Werewolf Jones et ses sales gosses. Sans oublier Mike le magicien dealer qui vit toujours chez sa mère et Booger, l’amie trans de la bande.

Planche p. 35

On se fait une joie de retrouver ces loosers finis, et en particulier Owl, grand absent du précédent opus qui nous avait tant manqué dans le rôle du parfait souffre-douleur. La série Megg, Mogg & Owl avait obtenu en 2018 le Fauve de la Série au Festival d’Angoulême pour l’album Happy fuking birthday.

Planche p. 360
Simon Hanselmann

SImon Hanselmann – Encore inconnu du paysage de la bande dessinée indépendante il y a 7 ans, ce jeune australien né en 1981, originaire de Tasmanie, adepte du travestissement s’est imposé en Europe et aux États-Unis comme un auteur incontournable.
Il vient juste de publier le quatrième volume de sa série chez le prestigieux éditeur américain Fantagraphics et son oeuvre est aujourd’hui traduite et publiée dans toutes les langues ! Et il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. Simon Hanselmann est un auteur prolifique à l’imagination inépuisable qui continue de développer et enrichir sa série jour après jour.

Claire Bretécher – Morceaux choisis – Ed. Dargaud/L’Obs

Sortie le 5 février 2021 – Visuels © Ed. Dargaud / L’Obs – 104 p., 17 €

Claire Bretécher nous a quittés le 11 février 2020 mais elle reste présente au travers de ses personnages devenus cultes grâce à son don d’observation. Au fil de ses histoires, elle s’impose comme la plus grande « humoriste-sociologue » du 9e art. Faussement simpliste, son graphisme nerveux et précis soutient parfaitement son propos lucide et sans concession – surtout quand sa cible est friquée, nombriliste et désabusée, mais plein de tendresse pour certaines femmes et à peu près tous les enfants.

Avec Cellulite, Agrippine, les Frustrés ou Les Mères, Claire Bretécher a décrit, souvent de façon lapidaire, nos ridicules, nos faiblesses et nos petits travers par le biais de formats courts qui rendaient son humour d’autant plus percutant.

SOMMAIRE

L’album est atypique et foisonnant : reportages, témoignages, photographies, planches de dessins, portraits privés (tableaux sentimentaux)…

Née le 17 avril 1940 à Nantes et précocement terrassée par l’ennui, Claire Bretécher se lance très vite dans la bande dessinée, pour s’occuper. 

Au début des années 1960, après avoir laissé tomber les Beaux-Arts parce que la bande dessinée y est persona non grata, elle enseigne le dessin pendant neuf mois, puis elle livre des illustrations dans différents journaux du groupe Bayard. 

En 1963, elle rencontre René Goscinny, qui l’invite à dessiner dans L’Os à moelle pour sa série Le Facteur Rhésus, bouleversante épopée d’un héros postal. « J‘ai été flattée de cette proposition, et puis je n’étais pas en position de refuser… Il me faisait dessiner des trucs que je ne savais pas dessiner : un ravalement d’immeuble, par exemple. Je suis nulle pour dessiner un ravalement d’immeuble ! D’ailleurs, il n’a pas été content du tout du résultat et il ne me l’a pas envoyé dire, avec courtoisie, comme toujours. Après, il m’a commandé des illustrations pour Pilote ».

© Glénat 1977

En attendant, Bretécher collabore au journal Tintin en 1965 et 1966, puis, en 1968, crée la série Baratine et Molgaga dans le mensuel Record (Bayard Presse).

© Glénat 1977

De 1967 à 1971, Spirou l’accueille, d’abord pour quelques courts récits, lesquels laissent ensuite la place aux Gnangnan, aux Naufragés (texte de Raoul Cauvin), ainsi qu’à l’éphémère Robin des foies (texte d’Yvan Delporte). En 1977, Claire refait une brève apparition dans le magazine – plus précisément dans son supplément, Le Trombone illustré – pour y raconter les mésaventures de Fernand l’orphelin (texte d’Yvan Delporte).

En 1969, elle commence, dans Pilote les aventures de Cellulite (princesse plus ou moins médiévale et féministe avant l’heure) et ses futures Salades de saison. Elle y dessine également plusieurs bandes d’actualité.

En 1972, elle participe à la création de L’Écho des savanes, avec ses amis Gotlib et Mandryka. Préfigurant ses inoubliables Frustrés, ses histoires se font plus acides.

En 1973, elle est sollicitée par la presse « chic » : Le Sauvage, pour lequel elle dessine Le Bolot occidental. Pour Le Nouvel Observateur elle livre une planche hebdomadaire, bientôt intitulée La Page des Frustrés.

C’est également à cette époque qu’elle décide de se lancer dans l’auto-édition — aventure passionnante et épuisante. Le premier album des Frustrés paraît en 1975. Après La Vie passionnée de Thérèse d’Avila (1980, réédité en 2007 chez Dargaud), elle édite en 1988 le premier album des aventures d’Agrippine (superbe prototype de l’ado), sept autres suivront.

En dehors de la bande dessinée, Claire Bretécher pratique (avec grand talent) l’art de la peinture, en témoignent les portraits hypersensibles de ses proches (ou les autoportraits) tirés de ses carnets intimes et repris dans les albums Portraits (Denöel, 1983), Moments de lassitude (Hyphen, 1999) et Portraits sentimentaux (La Martinière, 2004).

Visuels © Dargaud / LObs

Les Ogres-Dieux 4/4 : Première-née – Hubert – Bertrand Gatignol – Ed. Soleil

Depuis le 25 novembre 2020 – Copyright Hubert, B. Gatignol / Soleil, Collection Métamorphoses – 156 p., 26 €
B. Gatignol & Hubert

Du plus jeune et plus petit des géants, c’est toute l’histoire d’une famille et de ses membres qui nous a régulièrement été contée depuis 2014. Les auteurs nous proposent cette fois de remonter le temps.

On se souvient que la lignée des Ogres-Dieux était dès les deux premiers volumes en voie d’extinction, en particulier pour excès d’unions co-sanguines (voirOgres-Dieux » Tomes 1 à 3 dans Archives BdBD/Arts +). Après s’en être éloignés dans Demi-Sang et Le Grand Homme, Hubert et Bertrand Gatignol reviennent ici aux sources en nous dévoilant l’origine des géants. Un récit sans tabous, aussi somptueux que glaçant sur le déterminisme familial.

Dans cet ultime épisode, Bragante, celle par qui tout a été et sera, est maintenant âgée ; elle décide de révéler à sa petite-fille la vérité sur son histoire et celle des Géants. Au fond, qui sont-ils ?

Enfermée dans le gynécée royal dont elle n’est jamais sortie, Bragante attend la mort qui, malgré une trop longue existence, semble se refuser à elle. Celle que l’on nomme Première-Née dit comment sa naissance coûta la vie de sa propre mère, incapable de survivre à l’accouchement d’un bébé aussi gigantesque ; comment son terrible père, une fois remis de la mort de son épouse, asservit tant de femmes pour engendrer la première génération de géants ; comment Bragante devint leur mère de substitution à tous et tenta de les instruire, tout en gérant le royaume en l’absence du Fondateur, guerroyant sans cesse ; comment elle devint reine et tenta, en vain, de s’opposer à la violence et la barbarie des hommes…

Aussi somptueux graphiquement, avec ses noir profonds ou irisés et ses blanc étincelants, que captivant.

Hommage à Hubert Boulard, dit Hubert, scénariste des Ogres-Dieux, décédé en février 2020 à l’âge de 49 ans.

Patrick Dewaere « À part ça la vie est belle » – LF Bollée – Maran Hrachyan – Ed. Glénat

En librairie le 6 janvier 2021 – Copyright L.F Bollée, Maran Hrachyan (illustrations) / Glénat

« Moi je crois que plus on s’abîme, plus on est beau. »

Un après-midi d’été de l’année 1982, chez lui face à un miroir, Patrick Dewaere se saisit de son fusil .22 Long Rifle, l’enfonce dans sa bouche et tire. Une étoile filante vient de s’éteindre, il avait 35 ans.

Quelques heures auparavant, il répétait une scène du film Edith et Marcel mis en scène par Claude Lelouch (il sera remplacé par le propre fils de Marcel Cerdan). En moins de quinze ans et 37 films, Patrick Dewaere s’était imposé comme l’un des acteurs les plus brillants de sa génération, marquant de son empreinte les films dans lesquels il avait joué – allant peut-être jusqu’à s’identifier aux personnages qu’il incarnait et se fondre dans l’atmosphère du film qu’il portait.

Cher Patrick, je te le dis maintenant sans gêne et sans drame. J’ai toujours senti la mort en toi. Pire, je pensais que tu nous quitterais encore plus vite. C’était une certitude terrible que je gardais pour moi. Je ne pouvais rien faire. J’étais le spectateur forcé de ce compte à rebours. Ton suicide fut une longue et douloureuse maladie. »

Ces quelques mots, extraits d’une lettre posthume de Gérard Depardieu à celui qui déclarait « Moi je crois que plus on s’abîme, plus on est beau », éclairent avec force et justesse la fatalité d’une tragédie qui ébranla alors le cinéma français.

De son enfance complexe et douloureuse, à son ascension en tant qu’acteur, en passant par ses rencontres, ses amours et sa mort, ces planches content l’histoire d’un écorché vif, éternel enfant à la destinée rimbaldienne, où c’est ce « ça » qui faisait toute la différence…

22 €

LF Bolée

Né en 1967 à Orléans, LF Bollée se passionne très vite pour le journalisme et la bande dessinée, au point d’en faire ses deux métiers. Il signe son premier contrat de scénariste de bande dessinée à 21 ans et a déjà publié plus de soixante albums pour les plus grandes maisons d’éditions européennes. Il est le co-scénariste de La Bombe, paru en 2020, le roman graphique événement consacré à la « saga » de la bombe atomique et qui connait depuis sa sortie un immense succès critique et public. On lui doit d’autres œuvres marquantes comme Terra AustralisDeadline (avec Christian Rossi) ou le XIII Mystery Billy Stockton avec Steve Cuzor (Dargaud). Il est également le repreneur officiel du personnage de Bruno Brazil depuis 2019 (Le Lombard).

Les Soldats de Salamine – Javier Cercas – José Pablo García – Ed. Actes Sud

TRADUIT DE L’ESPAGNOL PAR ALEKSANDAR GRUJICIC.

Depuis le 7 octobre 2020 – © J. Cercas, J.P. Garcia / Actes Sud – 160 p., 22 €

Le roman de Javier Cercas devient graphique sous l’égide de José Pablo Garcìa. Il aurait dû figurer en bonne place dans les vitrines des librairies, mais rien n’interdit de pratiquer le « Click and collect » dans celle de votre quartier. Au contraire.

Le livre, dont le thème central n’est pas la Guerre civile espagnole mais ses belligérants, parle essentiellement des héros et de la possibilité de l’héroïsme. Il parle des morts et du fait qu’ils ne nous quittent pas tout à fait tant que quelqu’un se souvient d’eux*. Il parle de la quête du père, de Télémaque à la recherche d’Ulysse. Il parle aussi de l’inutilité de la vertu et de la littérature comme seule forme de salut personnel. (Actes Sud)

  • Voir Le Silence est d’ombre, BdBD/Arts + 3 novembre 2020

On se souvient de la trame du roman éponyme de Javier Cercas : dans les derniers jours de la guerre civile espagnole, l’écrivain idéologue de la Phalange espagnole, Rafael Sánchez Mazas, “le premier fasciste d’Espagne”, un des fondateurs de la Phalange avec José Antonio Primo de Rivera (1933), échappe au peloton d’exécution des troupes républicaines et parvient à s’enfuir dans la forêt. Un milicien républicain, à ses trousses, le retrouve caché dans un trou mais le laisse en vie après avoir croisé son regard pendant quelques secondes. Sánchez Mazas est ensuite aidé par des paysans catalans et parvient à survivre jusqu’à l’arrivée des troupes franquistes.

Soixante ans plus tard, un journaliste s’attache au destin des deux adversaires, qui ont joué leur vie dans un seul regard.

Ce roman-document est porté par une réflexion profonde sur l’essence même de l’héroïsme et l’inéluctable devoir de réconciliation après les horreurs d’une guerre civile fratricide. Ce chef-d’œuvre est devenu, grâce au talent de José Pablo García et à la complicité de Javier Cercas, un roman graphique à part entière. Une gageure, car la structure labyrinthique qui est le dispositif essentiel du livre, devait être sauvegardée très fidèlement.

Javier Cercas (Ibahernando, 1962) enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. Son œuvre est publiée en France chez Actes Sud. 

En 2019, il a remporté le prestigieux Prix Planeta pour son roman Terra Alta (à paraître chez Actes Sud). Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. Anatomie d’un instant a été consacré Livre de l’année 2009 par El Pais

José Pablo García (Málaga, 1982) est dessinateur de bandes dessinées. Après avoir gagné plusieurs concours nationaux, il a publié Orbita 76, d’après le scénario de Gabriel Noguera. Il est auteur de Las aventuras de Joselito et Vidas ocupadas, deux bandes dessinées de non-fiction qui abordent respectivement la vie du chanteur célèbre surnommé “le petit rossignol” et la chronique du voyage de l’auteur dans les territoires palestiniens occupés. Il a adapté des essais de Paul Preston : La guerra civil española et La muerte de GuernicaC

Renaud « Putain d’expo » – Philarmonie de Paris

du 16 octobre 2020 au 2 mai 2021 – 221 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris M° Porte de Pantin 01 44 84 44 84 – Se reporter au site de la Cité de la Musique pour les infos complémentaires : https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/22596-renaud-putain-dexpo

Visuels copyright Philharmonie, Musée de la Musique

« C’est pas un Olympia pour moi tout seul, mais une « putain d’expo ! » juste pour mézigue que vous allez zieuter… Et au Musée de la musique, s’il te plaît ! Moi qui connais trois accords de guitare je trouve ça zarbi, mais bon, j’dis rien. Ce s’rait une sorte de rétrospective de ma vie de chanteur, y paraîtrait. Un pote m’a dit que ça « sentait le sapin » mais j’m’en tape un peu, j’aime cette odeur qui me rappelle les doux Noëls de mon enfance. Une expo de son (mon) vivant – ou ce qu’il en reste – c’est franchement pas ordinaire, faut bien dire. C’est beaucoup d’honneur pour un chanteur énervant qu’a pas encore tout à fait calanché et qui compte bien ne jamais arriver à ce manque de savoir-vivre, comme disait ce bon Alphonse… « Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard », déclarait le poète, et c’est un peu cet exercice agité, livré à ses enthousiasmes et à ses désenchantements, que mes gentils apologistes ont voulu mettre en avant dans cette exposition qui porte le nom du plus vieux métier du monde pour honorer le plus beau de tous : le mien ! »
Renaud, juin 2020

Mis à part celles et ceux de la « jeune classe » qui n’ont jamais balancé à leur pote « T’vas voir la gueule à la récré. » ou « Casse-toi tu pues et marche à l’ombre », il y a de fortes chances que ces sommations, qui ont fait entrer dans le langage courant de nouvelles expressions, renvoient les moins jeunes à leur jeunesse, au temps où Renaud dans toute la force des 25 ans bousculait la variété française.

Plus tard, il y eut cette image d’un homme que la gloire avait probablement cueilli trop trop tôt et trop fort, celle d’un Renaud bouffi par l’alcool qui faisait mal à voir et que les plateaux de télévision se plaisaient à exhiber.

Cette expo lui restitue sa splendeur.

A.C.

Extrait du communiqué de presse. 

Dans la tradition des chanteurs de rue qui poussent la goualante des faubourgs, Renaud commence au début des années 1970 par chanter sur les marchés, dans les rues et les cours d’immeuble. Accompagné à l’accordéon par son ami Michel Pons, il reprend Bruant, Fréhel et le répertoire de la chanson réaliste, mais chante aussi des morceaux de sa propre composition. Dans la rue, il faut retenir le public parce qu’il n’est pas acquis, mais il est ainsi possible de s’exprimer sans contrainte : Renaud invente sa voix. Quittant la rue pour les cafés concerts, le chanteur fait alors les premières parties de Coluche, son camarade comédien du Café de la gare. Imposant son répertoire et sa gouaille, il finit par enregistrer son premier disque Amoureux de Paname en 1975. Sur celui-ci figure « Hexagone », chanson culte, fédératrice de toutes les révoltes et de toutes les colères. 

Grâce à l’emploi de l’argot et du verlan, les chansons de Renaud manifestent une relation permanente à la société, en même temps qu’elles font preuve d’une extraordinaire créativité linguistique. «J’aime la langue française. C’est pour ça que je me permets parfois de la maltraiter comme une vieille dame un peu trop rigide. » Contre le langage institutionnalisé, Renaud impose le langage oral entre parodie, transformations lexicales, jeux de mots et registre de langue. Cette subversion linguistique et sa dimension ludique font la griffe du Renaud parolier.

À vingt-cinq ans, Renaud affiche une silhouette de personnage de bande dessinée : jambes arquées, foulard rouge et cuir noir. Il semble tout droit sorti des fictions musicales qu’il met en scène depuis le succès de « Laisse béton » en 1977. Son paysage imaginaire repose cependant sur une observation attentive de l’évolution de la société au tournant des années 70 : la ville, son béton, l’opposition entre bourgeois et habitants des grands ensembles. Avec tendresse et dérision, ses « chansons-histoires » héroïsent la zone et la banlieue avec ses codes : virées en mobs, bastons et bistrots ; elles jonglent avec les mots et transforment l’argot et le verlan en respiration poétique. Les personnages sont si vivants que Renaud les tutoie et le public s’y reconnaît. 

L’exposition explore les différents répertoires de l’artiste : Renaud le révolté, Renaud le poète-portraitiste, Renaud l’engagé et Renaud l’amoureux de l’enfance. 

Pour incarner ces différents univers, l’exposition se déploie à travers une série de décors réalisés par Gérard Lo Monaco, l’auteur de nombreux décors de scène de l’artiste. 

Elle présente des documents rares : archives familiales, manuscrits, objets de la collection personnelle de l’artiste, dessins, planches de bande dessinée et maquettes de décors.

Si l’exposition dévoile la profondeur d’un artiste engagé, elle témoigne aussi de son impertinence et de son humour. Poétique et colorée, elle est accessible à toutes les générations.

Elle se poursuivra dans l’enceinte du Musée de la musique avec une projection de Renaud en concert.

Mille milliards de merveilles – François David – Anne-Hélène Dubray – Ed. Sarbacane

En librairie le 7 octobre 2020 – Dès 5 ans – 40p.,18€ – Copyright F. David, A H Dubray / Sarbacane

Une fausse encyclopédie à la fantaisie débordante, pour voir le monde autrement !

Sais-tu que tu as sur la tête autant de cheveux qu’il y a de chevaux en Bulgarie, galopant à bride abattue ? Qu’il y a plus d’étoiles dans le ciel que de grains de sable sur toutes les plages et les déserts du monde ? Mieux encore : qu’il y a un petit peu d’or dans tout être humain ? Vraiment de l’or ! Dommage que souvent l’homme ignore à quel point il est précieux…

En seize anecdotes et questions décalées sur les hommes, le monde et soi-même, François David et Anne-Hélène Dubray proposent un pas de côté aussi inventif que poétique aux enfants, pour découvrir le monde autrement, avec humour, et une grande humanité.

Auteur, poète, éditeur (Møtus), François David a publié depuis 25 ans plus de 150 textes et nouvelles pour la jeunesse, dont une quinzaine chez Sarbacane, couronnés de nombreux prix. Le lire demeure un vrai bonheur, un moment d’exception qu’il faut offrir aux enfants, pour les aider « à découvrir peu à peu, patiemment, librement, leur propre guide en eux ». Il vit près de Cherbourg.

Anne-Hélène Dubray est diplômée des Beaux-Arts de Tours. D’abord graphiste et enseignante à Paris, elle se consacre désormais à l’illustration jeunesse. Elle a illustré et/ou écrit plusieurs albums aux Éditions de La Martinière d’abord puis chez L’Agrume, dont L’alphabet cocasse illustré, Prix Révélation Livre Jeunesse 2019 et Les Farceurs, primé à la Foire internationale du Livre de Bologne 2017.

Kent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

En librairie le 10 septembre 2010 – Copyright D. Backderf / ça & là – 288 p. , 24 €

Ce qu’en dit l’éditeur (communiqué de presse) :

50 ans après les événements tragiques de la manifestation de Kent State, Backderf livre un récit historique magistral et poignant.

Après Mon Ami Dahmer et Trashed* (BdBD, nov. 2015), l’auteur américain Derf Backderf réalise un magistral documentaire historique sur les années 1970 et la contestation contre la guerre du Vietnam.

Kent State relate les événements qui ont mené à la manifestation du 4 mai 1970 et à sa violente répression sur le campus de cette université de l’Ohio. Quatre manifestants, âgés de 19 à 20 ans, furent tués par la Garde nationale au cours de cette journée. Cet événement marqua considérablement les esprits et provoqua des manifestations gigantesques dans tout le pays avec plus de quatre millions de personnes dans les rues, marquant un retournement de l’opinion publique sur l’engagement américain au Vietnam.

L’auteur avait 10 ans à l’époque des faits. Il a vu des troupes traverser sa ville en 1970, et il a été profondément marqué par la répression sanglante de la manifestation du 4 mai. Dans Kent State, il brosse le portrait des étudiants qui seront tués au cours de la manifestation ainsi que celui d’un membre de la Garde nationale. Sa description détaillée de la journée du 4 mai 1970, montre comment l’incompétence des responsables locaux a débouché sur une véritable boucherie.

Derf Backderf a consacré trois ans à la réalisation de Kent State, il a réalisé un véritable travail journalistique et interviewé une dizaine de personnes ayant participé à la manifestation. Kent State est un récit extrêmement prenant, poignant, une leçon d’histoire et une démonstration implacable de l’absurdité de l’utilisation de la force armée pour contrôler des manifestations.


Parution simultanée aux États-Unis et en France en septembre 2020

Ce qu’en ont dit nos confrères :

« Un récit documentaire remarquable. » François Busnel, France Inter

« Cette chronique magistralement réalisée d’un moment décisif de l’histoire des États-Unis est également une émouvante oraison funèbre à la mémoire des victimes. » Publishers’ Weekly

« Un roman graphique documentaire poignant et très approfondi. » The New Yorker

 » Déjà auteur du mémorable « Mon ami Dahmer » consacré à la vie d’un serial-killer, le dessinateur n’en finit plus de mettre du sel sur les plaies de l’Amérique. » Les Inrockuptibles

« Un pur travail d’enquêteur. » Brain

« Derf Backderf réussit à allier un point de vue littéraire, une maîtrise artistique et la quête de la vérité. Rares sont les travaux d’une telle cohérence. » Zoo

La dernière rose de l’été (suivi de) L’aimant – Lucas Harari – Ed. Sarbacane

C O M M U N I Q U É

Copyright L. Harari (scénario et dessins) / Sarbacane – En librairie le 26 août 2020 – 192 p., 29

C’est l’été. Léo, jeune rêveur parisien caressant l’espoir de devenir écrivain, bosse dans une laverie automatique en attendant de trouver l’inspiration pour son grand œuvre. Un soir, il croise par hasard un cousin qui lui propose de garder sa maison de vacances au bord de la mer. Coup de pouce du destin, le timide Léo devient quelques jours plus tard le voisin de riches plaisanciers.

Cependant, malgré l’atmosphère légère et surréaliste, quelque chose ne tourne pas rond. De jeunes hommes disparaissent aux alentours, la tension monte… 

C’est dans ce cadre étrange, et tandis que l’inspecteur Belœil mène l’enquête, que Léo rencontre sa jeune voisine, une adolescente capricieuse et sauvage : la belle Rose.

Policier intimiste hitchcockien d’inspiration Nouvelle Vague, La dernière rose de l’été revisite le récit d’ambiance avec une grâce épurée, une esthétique léchée, des couleurs hypnotiques, et un don singulier pour établir des atmosphères mystérieuses. Pas de doute, c’est bien le nouvel Harari ! 

Après L’aimant ( 2017 Ed. Sarbacane), La dernière rose de l’été est le second roman graphique de Lucas Harari.

Copyright L. Harari / Sarbacane –
152 p., 25 €

Pierre, le héros, était à ce point fasciné par l’architecture que Peter Zumthor avait imaginée à la fin des années 1990 pour la construction des nouvelles Thermes de Vals, qu’il a écrit sa thèse de doctorat sur ce complexe thermal et hôtelier niché à 1.200 mètres d’altitude dans le canton des Grisons. Puis, il s’est ravisé et l’a jetée aux orties. La puissance d’attraction qu’avait exercé sur lui le lieu se faisant de nouveau sentir, il a décidé de se rendre sur place. Pour savoir.

Après une brève introduction sur les conditions d’écriture de la BD, nous le rejoignons dans le tortillard qui le mène vers son destin. Là, un petit caillou doté d’étranges pouvoirs surgit de l’extérieur et atterrit à ses pieds. Il aura une importance non négligeable tout au long de cette histoire qui échappe à toute rationalité. De même qu’un certain carnet de croquis, disparu puis réapparu, et un Zippo « passe-muraille »…

Une fois arrivé, le jeune homme va faire un relevé minutieux de la topographie de l’imposante structure minérale aux lignes géométriques et noter la présence d’une porte sur l’un de ses panneaux. La réalité de ladite porte va bientôt être contestée avec véhémence par l’un des personnages du récit, l’inquiétant Philippe Varet, un écrivain-conférencier, spécialiste dans l’étude des villes d’eau.

Pierre l’a pourtant vue de ses yeux vue, et même dessinée…

Le jeune homme va également être le seul à croire l’histoire que raconte Testis, un vieil ermite des montagnes, dont l’âge canonique porte les autres à déclarer qu’il déraille. Le vieillard prétend en effet que jadis, un jeune déserteur de la Première Guerre mondiale s’est volatilisé sous ses yeux, comme absorbé par la paroi rocheuse, cependant qu’une pluie de pierres fondait sur lui.  

On n’en dira pas plus, préférant laisser au lecteur le soin de découvrir cet album aussi troublant que captivant.

Lucas Harari est né à Paris en 1990, où il vit toujours. Après un passage éclair en architecture, il entreprend des études aux Arts déco de Paris, dans la section image imprimée dont il sort diplômé en 2015. Sensibilisé aux techniques traditionnelles de l’imprimé, il commence par publier quelques petits fanzines dans son coin, avant de travailler comme auteur de bande dessinée et illustrateur pour l’édition et la presse.

A.C.

Simon & Louise – Max de Radiguès – Ed. Sarbacane

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO
Copyright M. de Radiguès / Sarbacane

Simon et Louise ont quinze ans, ils s’aiment ; mais c’est les vacances, alors ils sont séparés. Puis Simon reçoit une terrible notification : Louise n’est plus “en couple” avec lui sur Facebook, et refuse de répondre à ses questions. C’est le drame. Ne faisant ni une ni deux, Simon enfile son sac-à-dos, et part en stop la retrouver, à cinq-cents km de là. Car rien ne pourra l’arrêter. Il ne sait pas encore ce qu’il va découvrir à l’arrivée, mais ce périple va le faire entrer de plain-pied dans le monde des grands. Louise, va-t-elle rester « célibataire », ou succomber au charme d’un autre ?

Léger et frais comme une coupe de Champomy .

128 p., 18,50 €

Ce qu’en ont dit nos confrères :

Tendre, drôle et touchante, cette bande-dessinée est une véritable bouffée d’air qui ne marquera pas, pour beaucoup, d’évoquer quelques souvenirs de jeunesse. La Provence

Un must have avant l’été ! Planète BD

Voilà un album intelligent et tout en finesse. L’Express

Max de Radiguès dévoile son immense capacité à reproduire ces petits gestes et échanges qu’offre l’amour. Du grand art ! dBD

Né en Belgique en 1982, Max de Radiguès est auteur de bande dessinée, éditeur à l’Employé du Moi et directeur de collection chez Sarbacane. En 2012, son livre sur sa résidence au Center for Cartoon Studies (USA) fait partie de la sélection officielle du festival de la BD d’Angoulême. Il est l’auteur de Bâtard, (Casterman, 2017), lauréat du Prix Polar SNCF 2018 et Pépite du Salon du livre jeunesse de Montreuil 2017 dans la catégorie BD. Le premier tome de sa série Stig & Tilde (Sarbacane) était en sélection officielle du Fauve jeunesse 2019 du festival d’Angoulême.

Profession Solidaire -Jean-François Corty – Jérémie Dres -Marie-Ange Rousseau – Ed. Steinkis

Copyright J-F Corty, J.D, M-A R /Ed. Steinkis – En librairie depuis le 4 juin 2020

La question migratoire est au cœur du discours politique et médiatique en France et en Europe, souvent traitée sous un angle sécuritaire où se côtoient fantasme, peur et données erronées…
Au cours de son expérience au sein de diverses ONG, Jean-François Corty a sillonné le monde (Erythrée, Afghanistan, Niger, Iran…) et la France qui est aussi, aujourd’hui, un terrain d’actions humanitaires. Souvent interrogé en tant qu’expert de la question, ce roman graphique lui permet de livrer différemment son témoignage. Sa parole est plus libre que sur les plateaux télévisés… et la déconstruction des clichés d’autant plus efficace.


Les auteurs :
Médecin et diplômé en anthro­pologie politique, Jean-François Corty est engagé depuis près de vingt ans au sein d’ONG hu­manitaires et médico-sociales en France et à l’international. Cofon­dateur du label indépendant Lelia Productions, il a publié en 2018, avec Dominique Chivot, La France qui accueille (Les Éditions de l’Atelier) et avec Didier Tabuteau, Pratique et éthique médicales à l’épreuve des politiques sécuri­taires (Sciences Po Les Presses, 2010).

Jérémie Dres vit et travaille à Pa­ris. Diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg, il est l’auteur de trois romans graphiques : Nous n’irons pas voir Auschwitz (Cam­bourakis, 2011), Dispersés dans Babylone (Gallimard BD, 2014) et Si je t’oublie Alexandrie (Steinkis, 2018). Parallèlement, il réalise des reportages BD courts pour la presse dans des revues comme XXI, Neon, Phosphore ou Muze. Profession solidaire, est le premier ouvrage qu’il scénarise sans le dessiner.

Née en banlieue parisienne en 1990, Marie-Ange Rousseau a toujours aimé dessiner et raconter des his­toires. Attirée par les histoires de vie et les récits historiques et engagés, elle a reçu avec Jessica Oublié le Prix de la BD politique France Culture 2018 pour leur roman graphique Péyi an nou (Steinkis, 2017).

128 p., 18 €

« How dare you ! » Greta change le monde – Gabriella cinque – Vamille – Ed. Sarbacane

Copyright G. Cinque – Vamille / Sarbacane – Communiqué

« Vous avez volé mon enfance ! »

Les auteures s’expriment.

« Il y a deux grands protagonistes dans cette histoire. Le premier est le changement : changer soi-même, pour changer ce qui ne va pas. La réflexion sur nous-mêmes, l’interaction avec les autres, la curiosité sont par exemple des moteurs positifs de changement. C’est malheureux mais parfois, les catastrophes le sont elles aussi, nous le voyons bien avec la crise sanitaire actuelle, ou avec les urgences climatiques très graves qui obligent des communautés entières à changer leurs modes de vie.

C’est là qu’entre en jeu le deuxième protagoniste de cette histoire : la communauté. Des plus petites, comme l’école, où un enfant aujourd’hui doit être capable de trouver les outils pour comprendre ce qui doit être changé, jusqu’aux plus grandes communautés, les grands mouvements de personnes qui protestent partout dans le monde pour le bien de tous, en mettant de côté la paresse individuelle.

Mon album Greta change le monde parle de tout cela, montrant l’exemple d’une jeune fille courageuse et le processus de prise de conscience que j’imagine qu’elle a pu traverser. » G. C.

En librairie depuis le mois de mars. Mais hier c’est aujourd’hui, et c’est aussi demain…

48 p., 14,90 €

Gabrielle Cinque

Gabriella Cinque est née à Naples en 1988 et a suivi des études de bande dessinée et de cinéma. Elle travaille depuis treize ans dans la communication digitale et la direction artistique. Autrice et artiste touche-à- tout, elle anime des ateliers d’écriture, réalise des projets de street art ou de body art et a publié un album pour la jeunesse en Italie. Greta change le monde est son premier album en France. Elle vit à Paris.

Vamille

Née en 1991, Vamille (de son vrai nom Camille Vallotton), diplômée de la HEAD-Genève en communication visuelle, est aujourd’hui dessinatrice, surtout en bande dessinée, et vit à Fribourg. Avec tout juste trois livres à son actif, elle a déjà été lauréate de plusieurs récompenses, dont le prix Töpffer de la Jeune bande-dessinée à Genève en 2016. Greta change le monde est son premier album jeunesse.

Le Rituel – Nicolas Mahler – Ed. L’Association

Copyright N. Malher – L’association – En librairie le 11 mai 2020
1901-1970

Le Rituel est librement inspiré de la vie du véritable maître des effets spéciaux japonais, Eiji Tsuburaya, qui jouit du statut de héros au Japon en raison des prouesses technique qu’il a réalisées pour la série des Godzilla. « Je n’ai jamais pris soin des histoires, j’avais d’autres tâches », explique-t-il dans la BD de Nicolas Mahler, tout énumérant ses « faits d’armes » passés. On comprend qu’il a plus de mal qu’auparavant avec les hommes en costumes de caoutchouc et les monstres géants sur cordes, et surtout que les moyens techniques mis à sa disposition sont en dessous  de ses attentes.

Il n’empêche qu’au cours de sa carrière, Eiji Tsuburaya a allègrement détruit plusieurs fois Tokyo, donné vie à des papillons géant et fait se combattre les monstres des profondeurs. Entre autres Joyeusetés.

Dans sa nouvelle bande dessinée, Nicolas Mahler décrit par le biais de dessins minimalistes le travail fastidieux de l’art des films dits « trash » et entraîne ses lecteurs dans les coulisses d’une industrie cinématographique qui, depuis le Voyage dans la lune que proposa Gorges Méliès jusqu’à Gravity réalisé par Alfonso Cuarón, garde sa toute puissance évocatrice.

64 p., 16 €

Livres lus : L’accompagnatrice – Nina Berberova – Jeanne Moreau – Actes Sud audio

La lecture à haute voix, par les auteurs ou par les comédiens, fait depuis longtemps partie de la culture d’Actes Sud.  Au-delà du livre imprimé, il s’agit de continuer à servir les textes, de les faire découvrir sous une autre forme, celle de l’oralité. 

La collection de livres audio d’Actes Sud se propose de rendre accessibles les livres de son catalogue aux lecteurs, de plus en plus nombreux, désireux de faire l’expérience de l’écoute d’une œuvre. La lecture en est confiée à des comédiens confirmés et de renom. Chaque titre de la collection est conçu de façon spécifique par une direction artistique, et en étroite collaboration avec les auteurs français – certains d’ailleurs lisent eux-mêmes leur texte. Des bonus peuvent aussi proposés, comme par exemple l’interview de Laurent Gaudé, menée par Guillaume Gallienne. (voir Archives*)

En quelques scènes où l’économie des moyens renforce l’efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d’une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre ; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d’Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l’amour et de la haine. Virtuose de l’implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l’antagonisme sournois des classes sociales et l’envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s’exiler définitivement aux Etats-Unis.

Née à Saint-Pétersbourg en 1901, Nina Berberova est morte à Philadelphie en 1993. Son oeuvre de fiction lui a valu une réputation internationale peu de temps après sa découverte par Actes Sud en 1985 et la publication de L’Accompagnatrice. Nina Berberova a également écrit des ouvrages biographiques dont le plus connu est à coup sûr C’est moi qui souligne, son autobiographie. Toute son oeuvre a été publiée par Actes Sud.

Jeanne Moreau (1928-2017) a accompagné les plus grands réalisateurs de cinéma et metteurs en scène de théâtre. Guidée par son immense curiosité, elle mène une riche carrière, qui la conduira à être chanteuse, auteure et réalisatrice. Comédienne reconnue, elle obtient de nombreux prix, dont le César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann. Présidente du Festival de Cannes et officier de la Légion d’honneur, elle n’a eu de cesse de transmettre son énergie et son savoir.

14 € – 2’55 » (depuis le 1er avril)

  • Salina de Laurent Gaudé, lu par Guillaume Gallienne
  • La cage dorée de Camilla Lãckberg, lu par Odile Cohen
  • Le Mur invisible de Marlen Haushofer, lu par Marie-Ève Dufresne

La Chute – Jared Muralt – Ed. Futuropolis

© Jared Mulralt/Futuropolis, depuis mars 2020

Liam vient de perdre son épouse emportée par le virus de la grippe et va devoir affronter seul avec ses deux enfants, Sophia et Max, un monde en chute libre secoué par une crise économique, sociale, politique, sanitaire puis sécuritaire sans précédent.

Les records de chaleur et la pénurie d’eau posant de graves problèmes, il faut s’attendre à de mauvaises récoltes. La récession persistante et la crise économique mondiale qui l’accompagne ont pris une ampleur catastrophique. Plusieurs des pays sont en train de sombrer dans le chaos ; aussi pour garantir la sécurité intérieure, le gouvernement maintient-il sa décision de mobiliser une partie des forces armées. Pour finir, une bonne nouvelle : la grippe estivale semble désormais en phase de décroissance…

Dans cette BD conçue bien avant la crise qui sévit aujourd’hui dans le monde, Jared Muralt s’interroge aussi sur les raisons qui ont amenés les hommes à cette apocalypse…

« il y a quatre ans », confie le dessinateur au quotidien Le Monde  « je voulais faire une bande dessinée post-apocalyptique, un genre dont je suis un grand fan. Mes recherches, afin de savoir quelle serait la menace la plus importante et la plus probable pour notre société, m’ont amené à conclure qu’il s’agirait d’une pandémie. » Jared Muralt explique avoir collecté « des tonnes d’informations, jusqu’à ce que le scénario devienne, dans [satête, presque réel ». Voire « un peu trop réel à mon goût aujourd’hui », ajoute-t-il. © Le Monde

L’auteur

Jared Muralt est né en 1982 à Berne en Suisse. Il suit des cours dans une école d’art mais développe surtout des qualités de dessin anatomique de manière autodidacte au travers des livres. Il est aussi le co fondateur des studios Backyard, une agence de design graphique qui à reçu un prix de la ville de Berne. La chute est sa seconde BD. © Paquet

72 p., 15 €

Ce qui nous sépare – Hélène Aldeguer – Ed. Futuropolis

Sortie le 8 avril 2020 – © Futuropolis, H. Aldegueur
COMMUNIQUÉ

Janvier 2016. Bilal, jeune Tunisien, est arrivé à Paris grâce à une bourse au mérite pour poursuivre son master d’histoire contemporaine. Il s’est lié d’amitié avec Ahmed, un autre Tunisien, et avec Yann, un Antillais arrivé aussi en métropole pour des études supérieures.

Il rencontre Léa, une jeune parisienne, avec laquelle il se met en couple. Il découvre une nouvelle vie pleine de possibilités : une réussite universitaire, des projections professionnelles, une liberté personnelle et intime, une ville-musée… Mais son statut d’homme arabe le rattrape dans une société française en crise identitaire.
Ses fantasmes d’une « Europe de tous les possibles » se heurtent rapidement au racisme et aux préjugés. Lorsque le corps noyé de son cousin, resté en Tunisie, est identifié, il est rappelé à sa condition « d’immigré » qui brise la jeunesse « du sud ».
Face à de jeunes européens libres de parcourir le monde, il regarde de loin sa jeune sœur, restée en Tunisie, qui manifeste et survit entre désillusion et enfermement.
Sa rancœur atteint ses relations avec ses amis : accusant d’un côté Ahmed d’être un bourgeois incapable de comprendre les Tunisiens qui galèrent, il déverse sur Léa sa colère et sa solitude en la chargeant des travers racistes de la société française. Lorsque sa tristesse éclate, il lui livre ce qu’elle n’avait pu voir ni comprendre.

« Un récit très actuel et nécessaire sur notre société et sur le déracinement intérieur de ces jeunes venus en France et qui sont accueillis bien différemment selon leurs origines… » © Futuropolis

104 p., 18 €

L’auteure

Hélène Aldeguer étudie à l’École Estienne en section illustration, dont elle sort diplômée en 2015. Elle exerce comme illustratrice dans des médias en ligne spécialistes du Moyen-Orient.

Elle participe en 2016 au concours jeunes talents à Angoulême avec Souvenir de la révolution, entre fiction et reportage, qui est retenu dans la sélection. 

En 2017, elle remporte le concours du prix Raymond Leblanc de la jeune création avec son projet Saïf, qui deux ans plus tard est publié sous le titre Après le Printemps : une jeunesse tunisienne ; l’ouvrage reçoit le Prix étudiant de la BD politique.

Entretemps, en 2017, elle créé avec Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, une bande dessinée intitulée Un chant d’amour : Israël-Palestine, une histoire française.