Archives de catégorie : Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

La Légèreté

de Catherine Meurisse (scénario, dessin, couleurs) – Ed. Dargaud – Préface Philippe Lançon

Couverture
copyright C. Meurisse / Dargaud – Parution le 29 avril 2016

Dans La Légèreté, l’auteure pose cette question : suite à un grand traumatisme, le syndrome de Stendhal (ressentir des troubles physiques à la vue d’une œuvre d’art) peut-il soulager de celui du 7 janvier, quand de surcroît ses effets ont été redoublées par le choc du 13 novembre ?

La légèreté peut-elle être reconquise, lorsqu’on se sent plombée par une mémoire qui vous renvoie en boucle des scènes du passé et qu’on a perdu d’un coup, son amant, ses collègues, son journal, son travail et l’inspiration ?

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Les premières planches de l’album montrent un paysage maritime peint aux couleurs de Turner, dans lequel un minuscule personnage féminin aux cheveux raides et aux yeux fixes, camouflés sous une capuche de duffle-coat, promène sa tristesse.
L’océan est toujours là, le monde est le même qu’avant, mais rien n’est plus pareil.

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Une plongée dans une page colorée comme une toile de Rothko, couleur brasier, et nous voici ramenés au petit matin du 7 janvier 2015.

L’héroïne rumine sous sa couette sa rupture de la veille avec son amant marié, décidé à retrouver son épouse. Suivent toutes sortes de fantasmes qui cautérisent pour un temps les plaies du cœur, mais occasionnent ce qu’on appelle « une panne de réveil ». Son bus manqué, elle se rend à pied à la conférence de rédaction du journal où elle est dessinatrice : Charlie Hebdo.

À l’entrée de l’immeuble des cris l’arrêtent : « Ne pas monter », « des types ont emmené Coco », « une prise d’otages ».

Vite, se réfugier dans un bureau voisin avec Luz, croisé devant la porte, une galette des rois à la main ! De là, entendre Tak, tak, tak, tak, tak, puis… « Allez voir. »

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Après, tout fait problème. Il faut affronter l’impuissance à retrouver la main et l’esprit Charlie, pour que la vie continue malgré tout. Mais non, le passé s’invite sans cesse, l’équipe revit, les tueurs aussi. Les fantasmes tentent de transfigurer la réalité, les cauchemars la ramènent inexorablement. Rien n’empêche la paralysie qui gagne. Alors mieux vaut prendre du champ, retrouver Proust à Cabourg, son lieu d’enfance préféré, son ancien amoureux, la pureté des montagnes, oui les montagnes, ça fait du bien. Et tenter même l’exorcisme du retour sur le lieu du massacre. Mais voilà qu’au Bataclan, le 13 novembre… Alors ?

Retrouver Dostoïevski, qui écrivait  « La beauté sauvera le monde ». Se souvenir que Serge Boulgakov a repris cette déclaration à son compte, en y ajoutant : « …et l’Art en est un instrument. »

Il faut aller trouver la beauté là où elle est, et s’y immerger.

La beauté attend Catherine à Rome, dans le refuge de la Villa Médicis. Stendhal lui servira de guide occasionnel, mais il n’empêchera pas, qu’involontairement les statues martyrisées par le temps paraîtront des victimes et que les tragédies évoquées par les ruines antiques feront écho à celle, intérieure.

C’est finalement à Paris, au musée Louvre, que le plomb cédera. L’abréaction commencera devant Le Radeau de la Méduse, image parfaite d’une salle de rédaction après le passage des tueurs et avant l’arrivée des secours. Elle se parachèvera dans la pénombre annonciatrice de la fermeture du musée, par le surgissement de la beauté, à travers La Diseuse de bonne aventure du Caravage.
L’océan, achèvera le processus thérapeutique. Alors, et alors seulement, les choses pourront se dire, et mieux se dessiner.

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Au début de l’album, les dessins en noir et blanc sont éclairés de-ci de-là par une tache de couleur. Au fur et à mesure du retour de la pulsion de vie, de grandes pages polychromes figurent des lieux, et plus loin des personnages. Ça et là, des planches à la manière de… évoquent les deux peintres de référence : Turner et Rothko. La dernière mêle les tonalités de l’océan au tracé de Rothko.
Cette narration bouleversante privilégie un graphisme au trait simple, enfantin dans le meilleur sens du terme, et un ton qui s’accorde parfaitement au parcours de résilience de l’héroïne.

Nicole Cortesi-Grou

136 p., 19,99 €

7 janvier 2020, cinq ans après l’attentat, Charlie hebdo sort un numéro spécial.

De Salvador Dalí à Antoni Gaudí – Ed. Taschen

Antoni Gaudí (1852–1926)
Salvador Dalí (1904–1989)
Copyright R. Descharnes / Ed. Taschen – 40 €

Salvador Dalí de Robert Descharnes et Gilles Néret

À l’âge de 6 ans,  Salvador Dalí rêvait de devenir cuisinier. À 7 ans, il voulait être Napoléon. « Dès lors, affirma-t-il plus tard, mon ambition n’a cessé de grandir, et ma mégalomanie avec elle. Maintenant je veux seulement être Salvador Dalí. Je n’ai pas d’autre souhait ».

 

Ce volumineux ouvrage est à ce jour l’étude la plus complète jamais publiée sur l’œuvre peint de Dalí. Après des années de recherche, Robert Descharnes et Gilles Néret ont localisé des toiles signées de l’artiste, qui sont longtemps restées inaccessibles, à tel point que près de la moitié des œuvres présentées ici sont rendues visibles au public pour la première fois.

Plus qu’un catalogue raisonné, ce livre replace les œuvres de Dalí dans leur contexte et les explique à travers des documents contemporains : écrits, dessins, pièces issues d’autres aspects de son travail, tels que le ballet, le cinéma, la mode, la publicité et les objets d’art. Sans ces éléments venant soutenir l’analyse, les peintures ne seraient qu’une simple collection d’images.

Robert Descharnes (1926–2014), photographe et écrivain, a publié plusieurs études sur des artistes majeurs, parmi lesquels Antoni Gaudí et Auguste Rodin. Il a dressé le catalogue commenté des peintures et écrits de Dalí, dont il était reconnu comme le principal expert. 

Gilles Néret (1933–2005) était historien d’art, journaliste et correspondant de musées. Il a organisé plusieurs rétrospectives artistiques au Japon et fondé le musée Seibu et la Wildenstein Gallery à Tokyo. Il a dirigé des revues d’art, dont L’Œil etConnaissance des Arts, et reçu le prix Élie-Faure pour ses publications en 1981. Parmi ses nombreux ouvrages publiés chez Taschen, citons Dalí – L’œuvre peint, Matisse et Erotica Universalis.

Réédition du Jeu de Tarot imaginé par Dalí.

Où, dans l’extraordinaire jeu de Tarot personnalisé de l’artiste, l’on voit Dalí le facétieux en Bateleur et son épouse, Gala en Impératrice. La mort de Jules César est quant à elle réinterprétée sous l’aspect du Six d’Épée… Publié pour la première fois en 1984 dans une édition d’art limitée et depuis longtemps épuisée, ce luxueux coffret reproduit les 78 cartes du jeu, accompagnées d’un livret explicatif consacré à la sa conception et aux instructions pratiques pour le consulter. 50 €

Copyright R. Zerbst /Ed. Taschen – 40 €

Antoni Gaudí i Cornet de Rainer Zerbst

L’architecte catalan Antoni Gaudí i Cornet, célèbre dans le monde entier pour son immense talent et son écclectisme, a inventé un langage architectural unique, personnel et sans précédent, qui aujourd’hui encore reste difficile à définir.

Casa Vicens

Collegio Teresiano

Sa vie fut pleine de contradictions. Jeune homme, critique à l’égard de l’Église, il rejoignit le mouvement nationaliste catalan, mais voua la fin de sa vie à la construction d’une église unique et spectaculaire, la Sagrada Família. Il mena un temps une vie de dandy dans le beau monde, mais à sa mort dans un accident de tram à Barcelone, ses vêtements étaient si miteux que les témoins le prirent pour un mendiant.

La Sagrada familia


« La structure qui sera celle de la Sagrada Familia, je l’ai essayée d’abord pour la Colonie Güel. Sans cet essai préalable, je n’aurais jamais osé l’adopter pour le Temple. »
L’incomparable architecture de Gaudí traduit cette multiplicité de facettes. Textures chatoyantes et structure squelettique de la Casa Batlló ou matrice arabo-andalouse de la Casa Vicens, son travail mêle orientalisme, matériaux innovants, formes naturelles et foi religieuse pour façonner une esthétique moderniste unique. Aujourd’hui, son style particulier rencontre une popularité et une admiration mondiales. Son opus magnum, la Sagrada Família, est le monument le plus visité d’Espagne et sept de ses œuvres figurent au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Illustré de photos inédites, de plans, de dessins de la main de Gaudí et de clichés historiques, enrichi d’annexes approfondies présentant toutes ses créations y compris ses meubles et ses projets inachevés, cet ouvrage présente son univers comme jamais. À la manière d’une visite guidée privée de Barcelone, on découvre combien le «Dante de l’architecture» fut un constructeur au sens le plus pur du terme, qui façonna des édifices extraordinaires, foisonnant de détails fascinants où se matérialisent les visions fantasmatiques au cœur de la ville. 

Détail

L’auteur :

Rainer Zerbst a étudié les langues vivantes à l’Université de Tübingen et au Pays de Galles, de 1969 à 1975. De 1976 à 1982, il a travaillé comme assistant de recherche au département d’anglais de l’Université de Tübingen. Après son doctorat en 1982, Zerbst est devenu critique d’art, de littérature et de théâtre. 

Vertiges : un art-book consacré à Jean-Marc Rochette – Ed. Daniel Maghen

En librairie le 21 novembre 2019 © JM Rochette / D. Maghen – 180 p., 39 €

Jean-Marc Rochette (ci-contre) est un artiste prolifique et vertigineux. Alpiniste chevronné, il a flirté avec les plus hauts sommets alpins, puis, épris d’art et de littérature, il a tenté la voie du roman graphique, qui pour lui s’est, au fil du temps, avérée royale.

Dessinateur virtuose, peintre, sculpteur, scénariste, l’homme surprend par la profondeur de sa pensée. Il étonne aussi par la singularité de son mode de vie, la plupart du temps pastorale, quelquefois citadine. « Dans l’Oisans, j’y suis depuis que j’ai dix ans, donc je connais tout comme ma poche : les sommets, leurs noms, la profondeur des vallées. Je sais même à peu près où sont les loups. C’est ma maison. »

Vertiges conjugue entretien avec la journaliste Rebecca Manzoni (une vingtaine de pages au total, réparties sur l’ensemble de l’album), aquarelles inédites et huiles sur toile qui représentent cette montagne, SA montagne « vivante comme un fleuve », dont il est follement épris. Et naturellement, nombre d’extraits de BD ou de romans graphiques, sur pleine ou double page, récents ou plus anciens.

Son œuvre peint ou dessiné nous renvoie au rapport osmotique que ce grand sage entretient avec les hauts sommets – comme c’était le cas de ses illustres prédécesseurs : Edward Whymper, Gaston Rébuffat ou Lionel Terray – à qui il rend hommage dans Ailefroide Altitude 3954.

L’artiste et la journaliste ont d’emblée été sur la même longueur d’ondes. Un rapport tout en simplicité s’est instauré dès qu’ils se sont retrouvés dans le hall de la gare de Grenoble. « J’ai les cheveux blancs et je suis habillé tout en noir », lui avait-il précisé. Ils ont ensuite rejoint son chalet dans le parc des Ecrins, et c’était parti pour une longue séance de questions-réponses.

Cela donne une somme éblouissante d’images et de réflexions sur l’Art et le monde tel est et qu’il va.

Jean-Marc Rochette évoque avec elle la genèse et les raisons de chacune de ses créations, dans lesquelles la question environnementale est souvent omniprésente. « Si on ne change pas de paradigme social, on va crever. On ne va pas tenir comme les montagnes. Pour ça, il aurait fallu qu’on s’intègre à la nature, qu’on ne la tabasse pas comme on le fait  (…) »

Casterman 2019

Le Loup, par exemple, interroge sur la place de l’humain au sein du règne animal. L’action se déroule au cœur du massif des Écrins, où un grand loup blanc et un berger vont s’affronter jusqu’à leurs dernières limites, avant de pactiser et de trouver le moyen de cohabiter. Pour la composition de ce roman graphique, l’auteur s’est inspiré de l’histoire d’un berger qui vit près de chez lui. Il s’est ensuite dessiné sous les traits de cet homme au passé douloureux. Pourtant c’est à son grand-père paternel qu’il a pensé : « Gaspard a 60 ans et il est montagnard, comme moi. (…) Mais il a un caractère plus proche de celui de Jean-Désiré Rochette, mon grand-père, qui avait perdu un fils – mon père – en Algérie. »

Casterman 2018

Puis vient Ailefroide Altitude 3954, un livre d’une incroyable richesse, tant sur le plan graphique qu’émotionnel, dans lequel Rochette évoque l’absence de son père et sa propre entrée en alpinisme. On le découvre ici enfant, en arrêt devant une toile de Chaïm Soutine, intitulée Le bœuf écorché. Le jeune garçon est émerveillé par la force de l’œuvre. « Il peint parce que c’est plus fort que lui » dit-il à Rebecca Manzoni. Rochette se lancera quelques années plus tard à l’assaut des sommets, parce que ce sera plus fort que lui.

Sa passion pour l’escalade demeure intacte. Bien qu’il ait dû renoncer à être guide suite à un grave accident survenu lors d’une course en solo en 1976, il continue de grimper, considérant « qu’être alpiniste, c’est pour la vie ».* Nous partageons avec lui les nuits à la belle étoile, les bivouacs, les avalanches, les chutes de pierres qui exposent au pire, les crevasses qui happent les corps et ne les rendent pas, les escalades à corde tendue, les rappels à l’épaule… (* Ailefroide Altitude 3954)

Que la montagne est belle, vibrante et fière sous les pinceaux et les crayons de Jean-Marc Rochette ! Elle peut aussi être impitoyable : il l’a vécu dans sa chair, il sait l’engagement et l’humilité qu’il faut pour mesurer à elle.

Casterman 1994 à 2000. Une intégrale a été publiée en 2014

Nous remontons ensuite le temps, pour cette fois nous immerger dans une histoire au long cours qui, en ce début de 21e siècle, résonne avec une force particulière : celle du Transperceneige, à bord duquel se trouve le dernier bastion de l’espèce humaine, après que la bombe a fini par éclater. Ses passagers seront par la suite contraints de quitter ce train devenu infernal, à la recherche d’un nouvel abri. Malgré les risques encourus, ce sera pour chacun l’espoir d’une vie meilleure, car, pensent-ils, rien ne pourrait être pire que l’existence qui est devenue la leur…

Les dessins originaux de ce livre seront exposés à la Galerie Daniel Maghen du 10 décembre au 11 janvier 2020. Galerie DM, 36 rue du Louvre Paris 1er

Anne Calmat

Écolila – François Olislaeger – Ed. Actes sud BD

Depuis le 6 novembre 2019 Copyright F.O . / Actes Sud

Nous sommes ici témoins d’une discussion sur la nature et l’écologie entre une petite fille de cinq ans et son papa. Tous deux déambulent dans le zoo de Chapultepec (Mexico). Lui, est préoccupé et ne sait que lui répondre, bien qu’en réalité, les deux visiteurs se posent les mêmes questions.

Ensemble, ils interrogent les grands enjeux et les dangers du changement climatique, un peu partout sur les cinq continents. En suivant les quatre éléments et les quatre saisons, ils ébauchent des solutions, tout en rendant hommage à l’intelligence de la vie et à l’architecture de la biodiversité. En s’appuyant sur des concepts, tels que la permaculture comme philosophie applicable à de nouvelles organisations sociales, en abordant le biomimétisme pour imaginer un futur, en retrouvant le lien entre l’homme et la nature, ils tentent de trouver la meilleure façon de résister à leur destruction mutuelle.

Les jeux et les dessins qu’ils vont alors inventer au gré de leurs rencontres (Yakari, l’enfant sioux ; l’essayiste Jeremy Rifkin ; Charles Darwin ; Lenz de Buchner ; le chef amérédien Seattle ; le peintre Pierre Bonnard ; le compositeur Camille Saint-Saëns) sont autant de propositions, de prises de conscience ou d’idées nouvelles pour préparer demain.

L’auteur – Né le 17 mai 1978 à Liège, François Olislaeger est diplômé de l’École Émile-Cohl de Lyon. Depuis 2003, il travaille pour la presse (Le Monde, Beaux-Arts Magazine, America, Le 1…). Après des années de reportage au Festival d’Avignon, il publie ses Carnets d’Avignon (Actes Sud/Arte éditions, 2013). Cette expérience lui permet de rencontrer Mathilde Monnier, avec qui il entame un travail scénique et biographique dans le livre Mathilde, danser après tout (Denoël Graphic, 2013). Il écrit ensuite Marcel Duchamp, un petit jeu entre moi et je , puis il participe au projet René Magritte vu par… (Actes Sud BD/Centre Pompidou, 2014).

En juin 2019, le ministère de la Culture a arrêté la liste de la promotion 2019-2020 des pensionnaires admis à l’Académie de France à Rome, parmi lesquels figure celui de François Olislaeger. Il est entré en résidence de création à la Villa Médicis pour une durée d’un an en septembre 2019.

240 p., 26 €

Déguisé – Albertine – Ed. La Joie de lire, collection « À vos crayons » (Album interacatif)

Depuis oct. 2019 copyright Albertine/La Joie de lire –
86 p., 29,90€

Cet album de coloriage est avant tout un beau livre. Il comporte une quarantaine d’illustrations originales d’Albertine, et au dos de chaque illustration, autant de silhouettes à colorier, peindre, décorer. Mais l’enfant en dessinant ne voit pas l’œuvre d’Albertine qui est toujours derrière la silhouette, ainsi il n’est pas influencé et peut laisser libre cours à son talent. 
Le papier épais permet à l’enfant d’utiliser de la peinture s’il le souhaite et chaque page est détachable et peut ensuite être affichée… Les chambres d’enfant (ou d’adulte !) vont devenir de vraies galeries d’art !
Personnages loufoques, monstres de toutes sortes, masques bizarres, costumes improbables… Tout l’univers d’Albertine est ici concentré : amour du vêtement et de la mode, humour, goût des couleurs… Albertine s’amuse et nous amuse par la même occasion avec force couleurs et détails rigolos !

Et maintenant, « l’envers du décor » imaginé par un jeune graphiste, Guillaume Philippe

VERSO
RECTO

La Joie de lire ou de créer sans cesse renouvelée…

VERSO
RECTO
VERSO
RECTO
VERSO
RECTO

Albertine est une illustratrice de grand talent. Elle a participé à de nombreuses expositions en tant qu’artiste en Suisse et à l’étranger. Elle a reçu de nombreux prix. Elle est ainsi la première artiste suisse à avoir obtenu la prestigieuse Pomme d’Or de Bratislava pour Marta et la bicyclette. Elle a reçu le Prix Jeunesse et Médias en 2009 pour La Rumeur de Venise. Elle est également lauréate du Prix Sorcières pourLes Oiseaux, paru en 2010. En 2012, le même titre a été sélectionné parmi les 10 meilleurs livres de l’année par la New York Times Book Review. Elle a également reçu en 2016 le 1er prix de la foire de Bologne pourMon tout petit.

http://www.albertine.ch/

Voir également Archives BdBD/Arts pluriels : Le Président du Monde (oct. 2016) et Roberto et Gélatine (juin 2019).


Actes Sud audio : Le Mur invisible de Marlen Haushofer, lu par Marie-Ève Dufresne

En librairie le 4 novembre 2019

Une femme, dont on ne connaîtra jamais le nom, part en week-end à la montagne chez un couple d’amis. Durant la nuit qui suit leur arrivée, une catastrophe, sans doute planétaire, se produit. Le lendemain matin, un mur transparent infranchissable a surgi, qui coupe l’invitée du reste du monde. Demeurée seule dans le chalet dont les occupants s’étaient absentés la veille au soir, la recluse va dès lors consigner sur un agenda les évéments de chaque journée, puis ensuite rassembler ses souvenirs pour en faire un récit non chronologique. Elle écrira jusqu’à l’épuisement du stock de papier dont elle dispose. La lira-t-on un jour ? Peu lui importe. « M’obliger à écrire me semble le seul moyen pour ne pas perdre la raison ».

Hugo, le propriétaire des lieux avait auparavant pris soin d’y engranger tout ce qui serait nécessaire à la survie en cas de nécessité absolue (le roman a été écrit en 1963, en pleine guerre froide). Ignorant la durée probable de son isolement, cette citadine élévée à la campagne va retrouver les gestes ancestraux et se faire cultivatrice, chasseuse, cueilleuse de baies, bucheronne ; tentant ainsi de pourvoir à sa survie et à celles et ceux qui se sont trouvés du bon côté du mur : le chien Lynx, « son sixième sens » ; la vache Bella, et plus tard son petit veau ; la vieille chatte et ses chattons.

Tous sont devenus ses enfants de substitution. Ses deux enfants, les vrais, sont restés en ville. Ils sont probablement morts. Comme le sont à coup sûr les deux vieillards qu’elle a aperçus de l’autre côté du mur, ainsi que tous les animaux qui gisent sur le sol, pétrifiés, comme ont dû l’être les habitants de Pompéi lors de l’éruption du Vésuve. Ses compagnons à quatre pattes ont autant besoin d’elle pour leur survie qu’elle a besoin d’eux. Pour combien de temps encore ? Elle ne se projette pas dans l’avenir, seul le présent compte. Cette nouvelle vie l’a révèlée à elle-même, elle s’est réinventée en échappant à l’étroitesse d’une existence qui auparavant lui pesait. ”Quand je me remémore la femme que j’ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j’éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main.

Nous nous perdons avec elle dans les méandres de son récit – parfois on peine à situer dans le temps les épisodes auxquels elle fait allusion ; nous nous désolons quand l’un de ses animaux vient à mourir ; nous parcourons à sa suite les sentiers qui mènent à l’alpage, participons à la récolte des pommes de terre qu’elle a semées et aux fenaisons.

Combien d’années se sont-elles écoulées depuis que le mur a surgi entre cette partie de la vallée et le reste du monde ? Est-on toujours en été ou bien est-ce déjà l’automne ? Grâce aux provisions que Marco a laissées et surtout grâce à l’extraordinaire sens pratique de la narratrice, elle et ses animaux semblent être assurés de pouvoir vivre paisiblement.

Pour le moment…

8h30 d’écoute en 31 chapitres d’une durée variable pour ce vibrant éloge du courage et de la combativité d’une femme livrée à un monde où tout désormais est incertain. 21 €

Anne Calmat

L’auteure.

Après des études de philologie allemande à Vienne, Marlen Haushofer (1920-1970) se marie et élève deux enfants. Tiraillée entre ses devoirs de mère au foyer et ses ambitions littéraires, elle est obligée d’écrire tôt le matin ou pendant la nuit. C’est à partir de 1946 qu’elle publie ses premiers contes dans des journaux ; suivront ensuite des nouvelles et des romans. Son œuvre, dont la plupart des protagonistes sont des femmes, est marquée par l’intrusion de troublantes fantasmagories dans la banalité du quotidien. Avec Le Mur invisible, son talent est enfin reconnu dans son pays. Plus tard, ce sont les féministes qui ont révélé son travail au grand public. Désormais, Marlen Haushofer fait partie de ces écrivaines dont les héroïnes sont inoubliables.

Nanaqui. Une vie d’Antonin Artaud – Benoît Broyart – Laurent Richard – Ed. Glénat

« Qui je suis ? D’où je viens ? Je suis Antonin Artaud / et que je le dise / comme je sais le dire / immédiatement / vous verrez mon corps actuel / voler en éclats / et se ramasser / sous dix mille aspects notoires / un corps neuf / où vous ne pourrez plus jamais m’oublier » – Texte datant de 1947, écrit en vue de l’émission de radio interdite Pour en finir avec le jugement de Dieu.

Antonin Artaud après neuf ans d’internement.
Frère Jean Massin

Avant d’être une œuvre, Antonin Artaud (1896-1948) reste pour beaucoup un regard, un visage. Celui de l’acteur des années 30 à la beauté troublante (Marat dans le Napoléon d’Abel Gance, Frère Jean Massin dans la Jeanne d’Arc de Carl Dreyer…), puis, presque sans transition, celui du vieillard avant l’âge au visage émacié, qui disait qu’on l’avait « salopé vivant ».

Copyright Laurent Richard
Copyright Laurent Richard

La BD : En septembre 1937, Antonin Artaud est arrêté en Irlande pour trouble à l’ordre public, puis débarqué en France. Dans un état de confusion mentale avancée, sujet à de fréquents accès de démence, l’asile et l’internement seront dès lors son lot quotidien, pendant plus de 9 ans. Mais si l’art a toujours été et restera l’ultime échappatoire des douleurs qui le rongent intérieurement, Antonin Artaud ne se remettra jamais vraiment de cet état de fait, malgré le soutien de ses amis artistes. La faute à un encadrement médical inefficace ou de mauvaises conditions d’internement ? Reste aux lecteurs une œuvre immense où réside sans doute les clés d’un monde intérieur trop intense pour le carcan de la réalité.

Benoît Broyart, auteur, crée une porte d’entrée originale et puissante sur l’univers d’Artaud ; un texte merveilleusement servi par le trait acéré de Laurent Richard.

128 p., 22 €

Autoportrait

Voir également « L’Esprit rouge  » BdBD/Arts + Archives, mars 2016

Théâtre : La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – Frédéric Chevaux – Anne Bouvier


du 20 septembre au 3 novembre 2019

Un titre miroir…

Qui n’a en effet jamais rêvé de dresser une telle liste ? Qui n’a jamais tenté sa chance au grattage ou – voyons grand – à l’Euro millions ? L’histoire, vous la connaissez certainement, c’est celle d’une mercière d’Arras, ni jeune ni vieille, pas spécialement jolie, qui joue régulièrement au loto avec ses copines. Et voilà qu’elle gagne ! Que va-t-elle faire de ses dix-huit millions d’euros et comment son entourage va-t-il réagir ? Elle hésite à encaisser le chèque, par peur de gâcher le bonheur simple qu’elle vit auprès de son époux et de ses enfants. Lorsqu’elle se résout à le faire, elle décide d’établir la liste de ses envies, de ses besoins et de ses folies. Mais est-ce si simple ? Et si cet argent était un cadeau empoisonné ?

La gagnante est interprétée par un comédien, Frédéric Chevaux, qui joue les douze personnages qui gravitent autour de Jocelyne : son mari, la psychologue de la Française des jeux, etc.

Un contre cruel à découvrir au Théâtre Lepic à partir du 20 septembre.

1, avenue Junot Paris 18e – M° Abbesses ou Caulaincourt – Du jeudi au samedi à 19 h 30, le dimanche à 16 h – 01 42 54 15 12


Chaplin en Amérique – Laurent Seksik – David François – Ed. Rue de Sèvres 1/3

Sortie le 18 septembre 2019 – © Visuels L. Seksik – D. François/Ed. Rue de Sèvres

L’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit. Charlie Chaplin

Octobre 1912. Charles Spencer Chaplin débarque aux États-Unis la tête pleine de rêves et d’ambition. Son nom, il le voit déjà en gros sur la 5e avenue.

Son enfance à l’époque victorienne a ressemblé à un roman de Dickens. Fils d’artistes tombés dans l’oubli, puis dans la misère, son demi-frère et lui connaissent les taudis, les nuits passées dans les rues, et la mendicité. Charles se retrouve cependant sur les planches dès l’âge de six ans, pour un numéro de danse puis de pantomime anglaise qui le conduira en tournée pendant un an aux USA, en 1910.

« Salut, l’Amérique !
Je suis venu te conquérir !
Il n’est pas une femme, un homme, un enfant, qui n’aura pas mon nom aux lèvres !
 » Charlie Chaplin

Le rêve américain va alors s’emparer de lui et le faire revenir deux ans plus tard. Remarqué par Mack Sennet, il signe rapidement un contrat dans lequel cavalcades et tartes à la crème sont au menu. Il a déjà adopté le look qui le rendra célèbre : chapeau melon, petite moustache, démarche en canard, grandes chaussures, pantalon trop large. Puis il va affiner son personnage en devenant le chômeur amoureux aux prises avec les pires difficultés, desquelles il se tirera par son humour, sa dignité et ses trouvailles ingénieuses.

Charlie Chaplin (1889-1977) dans le personnage de Charlot, créé en 1914. (AFP)

Fait unique dans l’histoire du cinéma, la personnalité de l’artiste aura autant d’impact sur les foules que celle du personnage qu’il a créé.

Chaplin en Amérique raconte comment ce garçon, qui avait eu au départ de si mauvaises cartes dans son jeu, a pu rapidement devenir tout à la fois le plus grand cinéaste de son temps, l’inventeur du cinéma moderne, un créateur visionnaire et un acteur d’exception, doublé d’un porte-parole des misérables, des moins que rien, des vagabonds…

C’est cette conquête de l’Amérique que retrace ce premier volume. D’une vie de misère à la gloire absolue d’un géant, que vient déjà menacer la passion de la chair et l’engagement politique. Cette première aventure débute en 1910, lorsqu’il quitte l’Angleterre pour les Etats-Unis, et se termine vers 1920.

A. C.

72 p. 17€

Sous le signe du Grand Chien – Anja Dahle Øverbye – Ed. ça et là

En librairie depuis le 14 juin – COMMUNIQUÉ
Visuels copyright A. Dahle Øverbye / Ed. ça et là

Les « journées du chien » est un phénomène qui se produit au cœur de l’été, pendant les journées les plus chaudes de l’année, entre le 22 juillet et le 23 août. Cette période est placée sous le signe de la constellation du Grand Chien, au moment où les esprits s’échauffent sous l’effet de la chaleur, « dans ces jours de chaleur, le sang est furieusement excité ! » (Roméo et Juliette, Shakespeare ).

C’est à ce moment-là que nous faisons la connaissance d’une jeune norvégienne, Anne, à mi-chemin entre l’enfance et l’adolescence. Le temps de plus en plus étouffant et poisseux de cet été a des répercussions sur les relations de la jeune fille avec son entourage. Sa meilleure amie, Mariell, préfère passer du temps avec Karianne, qui est légèrement plus âgée. Anne est laissée de côté, et même brimée par les deux autres filles, mais elle veut désespérément redevenir amie avec Mariell… Jusqu’à quel point ?

Les paysages de l’ouest de la Norvège, représentés avec une grande sensibilité dans des dessins au crayon jouent un rôle central dans cette histoire, un aperçu de la nature parfois violentes des relations entre adolescentes.

Sous le signe du grand chien est le premier roman graphique de l’autrice norvégienne Anja Dahle Øverbye.

Dans le même esprit, on aura plaisir à redécouvrir, toujours aux éditions çà et là, Ce qui se passe dans la forêt (oct. 2016) et L’une pour l’autre (juin 2017) de Hilda-Maria Sandgren (voir archives).

72 p., 15 €

« L’hiver en été » Art-book de Jean-Pierre Gibrat – Entretien Rebecca Manzoni – Ed. Daniel Maghen

© J-P Gibrat/D. Maghen – En librairie le 18 avril 2019
Jackie Berroyer
Jean-Pierre Gibrat

Le book s’ouvre sur un vibrant hommage à Jackie Berroyer, aux côtés de qui Gibrat fit ses premières armes à la toute fin des années 1970. Un parcours décisif qui le mènera de Pilote à B.D. (créé par le Professeur Choron en 1977), en passant par Hara-Kiri, Charlie mensuel, Fluide glacial et quelques autres magazines plus grand public.

Mattéo T.3 © J-P Gibrat/Ed. Futuropolis, 2013

On apprend ensuite que pendant plusieurs années, Gibrat a été vu comme un dessinateur talentueux au service des scénaristes, mais que l’envie d’écrire ses propres histoires lui étant venue – avec la période de l’Occupation pour cadre privilégié – c’est son diptyque intitulé Le Sursis (Ed. Dupuis 1997-1999) qui va le propulser dans la cour des grands de la BD. Le fond et la forme y sont, ses dessins réalisés en couleur directe font sensation. Par la suite, le succès du Vol du corbeau (Ed. Dupuis, 2002) et de Mattéo (Ed. Futuropolis, v. planche ci-dessus) ne feront que confirmer son immense talent de scénariste dialoguiste illustrateur.

Mattéo © J-P Gibrat/D. Maghen
Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D.Maghen

Si Mattéo raconte la destinée d’un homme, entraîné malgré son pacifisme viscéral dans tous les grands conflits de la première moitié du XXè siècle, et si Le Vol du corbeau parle de traque et de résistance à l’occupant allemand, Le Sursis donne en revanche à voir un homme devenu invisible par choix, retranché en 1943 dans le grenier d’une maison aveyronnaise et occupé à observer ce qu’il se passe à l’extérieur.

Le Sursis © J-P Gibrat/D. Maghen

On retrouve ici les mêmes figures héroïques – ou détestables – que dans les œuvres précédentes, avec toute la palette de sentiments parfois contradictoires qui les animent. Leur créateur, qui n’est en rien manichéen, rend hommage aux premiers, tout en introduisant une notion de conjoncture, favorable ou non, face à leur héroïsme. « On est capable d’être terriblement minable et ponctuellement grandiose », confie-t-il à la journaliste Rebecca Manzoni.

Ses personnages – Céline, Julien, Mattéo, Jeanne, François… – sont en effet contrastés, imprévisibles. Ils peuvent, selon ses propres mots « se surprendre eux-mêmes, dans les deux sens du mot ». Gibrat prend pour exemple Céline, qui fut détestable par certains aspects et génial par d’autres. Sur le plan graphique, Gibrat, génial, lui, en toutes circonstances, insiste sur le côté nécessairement « tripal » d’une œuvre pour qu’elle soit authentique. Il s’explique aussi sur la beauté et la sensualité de ses personnages féminins, évoque ses propres souvenirs de jeunesse, du temps où…

Un entretien d’une vingtaine de pages, entrecoupées d’une centaine de dessins pleine ou double page, qui témoignent de cet art consommé qu’a Jean-Pierre Gibrat de restituer, avec la plus grande simplicité, une ambiance, un lieu, un sentiment ou un moment historique. Chaque planche est une œuvre d’art, le tout est éblouissant.

Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D. Maghen

Anne Calmat

175 p., 39 € – 25×35 cm

L’Archéologie – en bulles –

© Enki Bilal

Petite galerie du musée du Louvre Paris – Espace d’éducation artistique et culturelle (aile Richelieu). Du 26 septembre 2018 au 1er juillet 2019

Chaque année, l’Espace d’éducation artistique et culturelle du musée du Louvre propose un nouveau thème en lien avec les programmes scolaires. Un choix d’œuvres, mêlant les époques et les différentes formes d’art, vise à sensibiliser le regard du public, invité à poursuivre sa visite dans les collections, grâce à des propositions de parcours.

Cette année l’exposition de la Petite galerie fera dialoguer l’archéologie et la bande dessinée, art invité pour cette 4è édition.

© Jacques Tardi

Période glacière Nicolas de Croissy ©

Une centaine d’œuvres et une sélection de planches d’auteurs inspirés par l’archéologie (Marion Montaigne, Jul, Enki Bilal, Nicolas de Crécy, Emmanuel Guibert…) permettront d’une part aux visiteurs de s’approprier la démarche de l’archéologue et de l’autre de comprendre comment, à leur tour, les auteurs de BD se sont emparés de ce vaste champ d’étude qu’est l’archéologie.

Se glisser dans les pas des curieux, amateurs et archéologues épris d’Antiquité, découvrir fortuitement des « trésors », exhumer des objets enfouis à différentes époques, les classer puis essayer de les interpréter, autant d’étapes qui seront l’occasion de montrer comment le 9e art s’approprie, entre réel et fiction, les découvertes archéologiques à l’origine des collections du Louvre.

Une centaine de planches vont ainsi raconter aux visiteurs les méthodes de la fouille, de la recherche de vestiges matériels des civilisations anciennes.

© Marion Montaigne

Les quatre salles* du parcours conçu par Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, et Fabrice Douar, responsable éditorial au service de la médiation et de la programmation culturelle du musée, illustreront quatre thématiques distinctes : « Artistes et archéologues », « Trésors archéologiques », « Classer pour comprendre » et « Interpréter et rêver ».

  • La première salle sera consacrée à la question du dessin comme outil commun à l’archéologue et à l’auteur de BD.
  • La deuxième proposera une variation autour des notions de trouvailles et de trésors, illustrées par des objets issus des collections du Louvre.
  • La troisième salle évoquera la méthodologie de la recherche et son pendant dans la construction de l’univers d’un héros de BD.
  • La quatrième salle portera sur l’importance du rêve et de l’imaginaire, dans le travail du dessinateur comme dans celui de l’archéologue.

Pour accompagner cette exposition, l’auditorium du Louvre proposera différentes conférences, ainsi qu’un cycle de films portant sur le thème « Aventure et archéologie », ainsi qu’un stage BD pour les 8-12 ans et 12 ans et plus (24, 25 et 26 octobre, vacances de la Toussaint).rLes cycles d’ateliers sont en vente exclusivement à la Fnac et sur www.fnac.fr

  • Horaires de l’expo : de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

Tarif unique d’entrée au musée : 15 €.

Gratuit pour les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidents de l’U.E. Achat en ligne : www.ticketlouvre.fr  www.louvre.fr #PetiteGalerie #ArcheoEnBulles

© Florent Chavouet

 

Festival d’automne : « Infidèles » au théâtre de la Bastille

« Infidèles » : une création de tg STAN et du collectif De Roovers

Du 10 au 28 septembre 

Avec : Ruth BecquartRobby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen

Cet automne, la compagnie anversoise tg STAN investit à trois reprises le plateau du théâtre de la Bastille, avec Infidèles (10-28 sept.), Atelier (1er-12 oct.) et Après la répétition (25 oct.-14 nov.). Anticonformisme assuré. 

Infidèles est un hommage à Ingmar Bergman (1918-2017) et à la qualité de ses dialogues, souvent durs, parfois cruels.

À l’origine du spectacle, il y a le scénario du metteur en scène suédois datant de 1996, puis le film éponyme – au singulier cette fois – réalisé dans une version légèrement écourtée par Liv Ullmann en 2000.

Dans Infidèles, basé sur le scénario du même nom qui date de 1996 et sur Laterna Magica (Gallimard 1991), Bergman se met lui-même en scène face à un personnage qui se crée au cours de dialogues entrecoupés de commentaires et de flash-back, sur le thème de la passion et de la trahison amoureuse.

Cette exploration de la dimension autobiographique ne bascule cependant pas dans le voyeurisme, la confession ou le portrait psychologisant, elle illustre une nouvelle fois combien Bergman savait se montrer subtil et impitoyable dans son exploration des rapports humains.

Reclus sur une île, un auteur nommé Bergman vit seul. Assis devant son bureau, il a beaucoup de mal à rassembler ses souvenirs. En ouvrant un tiroir et en y retrouvant un portrait, une voix de femme, qu’il nomme Marianne, s’adresse à lui.

C’est ce souvenir réincarné qui permet de déclencher tout le processus narratif. Bergman lui demande de lui avouer et de lui raconter son infidélité…

Pour cette adaptation théâtrale, les répliques sont développées, nourries d’autres textes et éléments de scénarios, redistribuées et prises en charge par quatre acteurs afin de rééquilibrer le dialogue et donner une plus grande place à la voix de Bergman.

Pour compléter le scénario dInfidèles, les comédiens intègrent des éléments de Laterna magica, œuvre autobiographique et auto-analytique qui révèle à la fois l’enfant, fils de pasteur, l’homme de théâtre et de cinéma s’exprimant sans complaisance sur l’homme privé qu’il a été, avec ses joies et ses désastres, ses grandeurs et ses misères. Il  décrit aussi son obsession de la trahison puis évoque les artistes rencontrés : « Je passe mes derniers films* et mes mises en scène les plus récentes au peigne fin et je découvre çà et là une maniaquerie perfectionniste qui tue la vie et l’esprit. Au théâtre, le danger est moindre ; je peux surveiller mes faiblesses et, dans le pire des cas, les comédiens peuvent me corriger. Au cinéma tout est irrévocable ».

À partir de ces moments de vie, le spectacle offre une composition musicale où les interprètes mêlent leurs voix pour explorer les multiples variations autour du thème central qu’est Ingmar Bergman.

76 rue de la Roquette Paris 11è – 01 43 57 42 14 – 21 à 27 € 

tg STAN

Deux compagnies théâtrales pour un spectacle…

Le collectif tg STAN a été fondé par quatre acteurs diplômés du conservatoire d’Anvers en 1989. Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Waas Gramser et Frank Vercruyssen refusèrent catégoriquement de s’intégrer dans une des compagnies existantes, ne voyant dans celles-ci qu’esthétisme révolu, expérimentation formelle aliénante et tyrannie de metteur en scène. Ils voulaient se placer eux-mêmes – en tant qu’acteurs, avec leurs capacités et leurs échecs (avoués) – au centre de la démarche qu’ils ambitionnaient : la destruction de l’illusion théâtrale, le jeu dépouillé, la mise en évidence des divergences éventuelles dans le jeu, et l’engagement rigoureux vis-à-vis du personnage et de ce qu’il a à raconter. Après quelques spectacles, Waas Gramser (actuellement membre de la Compagnie Marius en Belgique) a quitté la troupe, qui a alors accueilli Sara De Roo. Thomas Walgrave est venu les rejoindre en tant que scénographe attitré.

Être résolument tourné vers l’acteur, refuser tout dogmatisme, voilà ce qui caractérise tg STAN. Ce refus est évoqué par son nom – S(top) T(hinking) A(bout) N(ames) – mais aussi par le répertoire hybride, quoique systématiquement contestataire, où Cocteau et Anouilh côtoient Tchekhov, Bernhard, Ibsen, les comédies de Wilde et de Shaw voisinant avec des essais de Diderot. Mais cet éclectisme, loin d’exprimer la volonté de contenter tout le monde, est le fruit d’une stratégie de programmation consciente et pertinente.

STAN fait la part belle à l’acteur. Malgré l’absence de metteur en scène et le refus de s’harmoniser, d’accorder les violons – ou peut-être justement à cause de cette particularité – les meilleures représentations de STAN font preuve d’une grande unité dont fuse le plaisir de jouer, tout en servant de support – jamais moralisateur – à un puissant message social, voire politique. Pour entretenir la dynamique du groupe, chacun des quatre comédiens crée régulièrement des spectacles avec des artistes ou compagnies extérieurs à STAN.

De telles collaborations ont fréquemment lieu avec Dito’Dito, Maatschappij Discordia (Hollande), Dood Paard (Hollande), compagnie de KOE (Belgique) et Rosas (Belgique).

Cette démarche résolue pousse aussi les membres de la compagnie à affronter les publics les plus divers (de préférence étrangers), souvent dans une autre langue. STAN joue une grande partie de son Répertoire en français et/ou en anglais, à côté des versions néerlandaises. Le groupe a ainsi trouvé un nouvel élément auquel se confronter : en jouant dans une autre langue, les mots acquièrent un sens différent.

Le collectif anversois de Roovers  est composé de quatre acteurs et créateurs de théâtre. Ils travaillent sans metteur en scène et chaque processus de création implique une recherche commune de et sur l’histoire choisie.

Les acteurs optent pour le théâtre de texte et adaptent le répertoire classique notamment Shakespeare, Tchekhov et Eschyle, ou d’auteurs contemporains comme Paul Auster et Judith Herzberg. Par ailleurs, ils font aussi du théâtre pour enfants et du théâtre musical.

Le collectif voit le jour en 1994 quand Robby Cleiren, Sara De Bosschere, Luc Nuyens et Sofie Sent terminent leur formation théâtrale au conservatoire d’Anvers. Le photographe et scénographe Stef Stessel, qui fait partie du trajet de de Roovers depuis le début, marque lui aussi de son sceau le style typique du collectif.

Anne Boille, peintre plasticienne

le coup de cœur de Jean Marc Boissé

À deux pas de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste de Belleville et du métro Jourdain, et juste à côté d’un café baptisé Le relais Belleville, qui a su garder son charme d’antan, se trouve la Galerie-Atelier d’Anne Boille*.

Originaire de Tours et diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Ateliers d’Art et des Métiers d’Art (ENSAAMA, Paris), Anne Boille a participé à des Salons d’Arts contemporains, à des expositions dans des lieux  prestigieux, tel que, par exemple, l’Hôtel Lutétia (Paris 6e), et fait de nombreuses expos, en France comme à l’étranger.

Anne Boille a développé depuis plusieurs années une technique appelée le fixé sous verre.

Ce procédé est né à la Renaissance, à Murano où les artisans verriers peignaient des copies de thèmes bibliques ou des ex-voto sur des chutes de verre, qu’ils vendaient ensuite sur les marchés. Ce procédé qui consiste à peindre au dos d’une plaque de verre est très particulier et minutieux. Il s’est étendu de l’Italie à toute l’Europe jusqu’au au début du XIX siècle.

Anne Boille a quant à elle remplacé le verre par du plexiglass, plus léger et moins fragile.

« Je travaille à l’envers », dit-elle. « Les premiers plans sont peints d’abord, donc les boutons avant la chemise, les lacets avant les chaussures, les lunettes avant le visage. »

Viennent ensuite les plans suivants, ce qui donne à tous ses tableaux un visuel très « cinématographique », avec un premier plan, un arrière-plan, et un éclairage qui vient du fond.

Visuels copyright Anne Boille

Le grand talent d’Anne Boille est d’offrir à chaque scène, à chaque « séquence », une qualité exceptionnelle du détail – je dirais « comme au cinéma ». Car il s’agit bien de séquences de lieux urbains et contemporains…

Ses thèmes de prédilection ? Les terrasses de cafés – Les Deux Magots, La Brasserie Parisienne, Le Bar de Belleville, Le Café Florian… Mais aussi les devantures de boulangeries-pâtisseries, les personnages « bobos » ou « populaires », « Arty », serveurs… Tout ce qui donne vie à ces lieux.

Elle a récemment ajouté à ses créations de très belles et beaux « Runners » (ex-joggeurs).

  • Galerie-Atelier Anne Boille (Expo permanente) 7 rue Constant Berthaud Paris 20e

J.M.B.

Théâtre – Déjà la nuit tombait (fragments de l’iliade)

 

Coup de projecteur sur…

Déjà la nuit tombait d’après Homère – Conception, mise en scène Daniel Jeanneteau. Théâtre de Genevilliers, du 19 au 23 juin 2018

Avec Thibault Lac (danseur), Axel Bogousslavsky, Thomas Cabel (comédiens) et la participation de Laurent Poitrenaux (voix enregistrée).

Conçu avec la collaboration de l’Ircam, ce spectacle-performance explore les possibilités scénographiques du son et s’inscrit dans les modules d’expérimentation In Vivo, présentés lors du festival Académie ManiFeste 2018*.

« [il] s’approcha de lui

Et lui planta son javelot dans le bas de la nuque.

Le bronze sortit de ses dents en lui tranchant la langue,

Et l’homme chut, serrant le bronze froid entre ses dents. »

L’Iliade, chant V, 72.

« Aucun ne vit entrer Priam. Il s’approcha d’Achille,

Il lui embrassa les genoux, il lui baisa les mains,

Ces terribles mains qui lui avaient tué tant de fils ! »

L’Iliade, chant XXIV, 349

Trop âgé pour prendre part à la guerre de Troie, le Roi Priam a envoyé Hector, son fils bien-aimé. À l’époque où se déroule le poème d’Homère – celle de la dixième année de la guerre – Hector vient de mourrir au cours du combat qui qui opposait les deux camps. Priam vient récupérer son corps, que détient rageusement Achille. C’est la tombée du jour, le vieillard traverse la lande avec un âne. Il a perdu sa superbe. Achille vient lui aussi de perdre un être cherPatrocle, tué par Hector. Deux ennemis irréductibles, deux inconsolables vont s’affronter.

Au moment où débute le spectacle, Priam arrive, il baise les mains d’Ulysse, « ces effroyables mains, tueuses de guerriers, sous lesquelles ont succombé tant de ses fils ». Il le supplie humblement de lui rendre son enfant. Ce faisant, il touche la part d’humanité de l’impétueux fils de Pélée et de Thétis…

Le duel d’Achille et la prière de Priam (Chant XXIV) comptent parmi les épisodes les plus célèbres de ce poème épique (IIIe siècle avant J.-C.), admirable par sa puissance et la force des sentiments qui sont exprimés.

Ce qu’en dit Daniel Jeanneteau:

« Pendant un instant, protégés par le sommeil de toute une armée, les deux ennemis se regardent. Rien ne les rattache plus aux lois extérieures, aux haines apprises. Ils inventent un moment qui n’est qu’à eux, fait d’admiration et de larmes. Des siècles de fureur machinale se précipitent dans leurs regards brûlés, et s’éteignent : en eux l’espèce se reconnaît. Ils se taisent, se regardent, mangent, dorment. Leur insignifiance commune représente l’exacte contrepoids de tout le tumulte qui l’a précédée. »

Beau projet. À découvrir sans coup férir.

Anna K.

Du 19 au 23 juin au T2G – Théâtre de Gennevilliers – 41 avenue des Grésillons – M° Gabriel Péri (ligne 13) 01 41 32 26 10

www.theatre2gennevilliers.com

Plein tarif : 24 € 

 9 € Pour les résidents de Gennevilliers, Asnières et Clichy
18 € pour les seniors, résidents du 92,
14 €  les professionnels de la culture et de l’éducation nationale
12 € pour les moins de 30 ans, étudiants, intermittents, demandeurs d’emploi, adhérents à la Maison des Artistes, public handicap

  • Académie et ManiFeste sont un moment de rencontres privilégiées entre les différents protagonistes du spectacle vivant. L’accent est cette année mis sur le théâtre. Pour ce projet bien spécifique, le metteur en scène a proposé à deux jeunes compositeurs, Chia Hui Chen (Chine) et Stanislav Makovsky (Russie), de concevoir un spectacle commun en travaillant sur une scénographie sonore de L’Iliade, matérialisant la violence extrême du poème. Cette scénographie sonore, purement électronique, se nourrit de leurs apports, utilisant les outils logiciels de transformation du son et de spacialisation de L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

Willy Ronis par Willy Ronis

Entrée libre

Au Pavillon Carré de Baudoin, Paris 20e  – Jusqu’au 29 septembre 2018 – Chronique Jean Marc Boissé

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

mPrêts pour le voyage ?

Où ?

121 rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 

M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h

Expo : Plantu 50 ans de dessin de presse à la BnF François Mitterrand

En une cinquantaine d’années, le dessinateur de presse Plantu a réalisé des milliers de dessins publiés dans de nombreux journaux. C’est à la Bibliothèque nationale de France qu’il a choisi de confier cet important fonds, véritable illustration de l’actualité française et internationale de ce demi-siècle écoulé.

À l’occasion de cette entrée exceptionnelle dans les collections de la Bibliothèque, quelque 150 pièces, dont une centaine de dessins originaux, sont présentées dans la Galerie des donateurs. L’exposition permettra de saisir l’évolution graphique de Plantu, mais aussi d’apprécier son talent de sculpteur humoristique et son engagement à défendre les dessinateurs de presse du monde entier par le biais de l’association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006.

Après la publication de premiers dessins à la fin des années 1960, dans des journaux de tendances différentes – La Vie du Rail ou Bonne soirée, Le Pèlerin, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo… – Jean Plantureux, alias Plantu, retient l’attention avec un dessin de presse sur la guerre du Vietnam, publié dans le journal Le Monde en 1972, alors qu’il n’a que 21 ans (ci-dessus) : coup d’envoi d’une longue carrière de dessinateur caricaturiste d’actualité qui a accompagné le parcours du quotidien.

À partir de 1985, André Fontaine, directeur du Monde de l’époque, décide de le publier en Une et en exclusivité : c’est ainsi que Plantu devient le dessinateur attitré du célèbre quotidien du soir.

En 1991, il entre à l’Express où ses dessins sont publiés en pleine page, jusqu’en 2017.

L’exposition présente une centaine de dessins originaux, parmi lesquels des inédits, des études et croquis préparatoires, ainsi qu’une cinquantaine d’impressions couleurs. Cet ensemble permet d’apprécier différentes facettes du travail de l’artiste : son graphisme, du plus épuré au plus illustratif, ses dessins audacieux jusqu’au burlesque, facétieux jusqu’à l’insolence, émouvants jusqu’à l’hommage respectueux. On voit naître et évoluer les animaux fétiches de Plantu, la colombe et la souris, mais aussi tout un bestiaire où l’on retrouve les figures clé du monde politique d’hier et d’aujourd’hui.

En tant que journaliste, Plantu observe et commente les décisions gouvernementales et les faits de société ; en tant qu’humoriste, il se joue des personnages, les transposant, en quelques traits d’une tendre cruauté, dans des univers cocasses, souvent plus révélateurs et percutants que de longs discours. Pour lui, le dessin de presse est l’art nécessaire du dérapage : il faut aller loin dans la provocation mais s’arrêter à temps, pour ne pas blesser gratuitement ou toucher à la vie privée.

Critique à l’égard des choix des hommes et femmes de pouvoir, il l’est, attirant l’attention sur leurs contradictions ou leurs mensonges : sous son crayon, la planète ressemble à un gros ballon coupé en deux et asphyxié, les rapports entre les populations se soldent par des murs que l’on monte ou que l’on détruit et des ponts que l’on jette entre deux pays avec un espoir fragile. En faisant pénétrer les lecteurs dans d’improbables salles de classes, Plantu insiste avec élégance sur le rôle essentiel de la culture et de l’éducation, pour une lutte sans merci contre l’ignorance, source de violence et de barbarie.

Il s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et nous présente les mille et une tribulations de Marianne, figure emblématique de la République française.

Habile dessinateur, rompu à toutes les astuces graphiques pour exprimer le mouvement, les sentiments et les émotions, Plantu ne cache pas son admiration pour des créateurs d’exception qui ont tissé l’imaginaire collectif, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la sculpture, ou de la bande dessinée (Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin, Hergé, Reiser, Goscinny et Uderzo…). Il leur rend hommage, les pastichant avec bonheur pour traduire les faits de société et les manœuvres politiciennes.

L’exposition complète cet ensemble avec la présentation de quelques Unes célèbres et une sélection d’albums, réunissant les dessins publiés au cours de l’année précédente ; on découvrira aussi un choix de sculptures, – juges, souris et présidents de la République (le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) – ainsi que des produits dérivés illustrés par Plantu.

Des enregistrements audiovisuels montrent l’artiste au travail, expliquant sa démarche en tant que dessinateur engagé, en prise avec ses crayons et ses feuilles pour restituer, dans la juste dérision, son sentiment à l’écoute des informations diffusées par les médias. 

Enfin, on pourra voir ou revoir des documents de l’association Cartooning for Peace, que Plantu a fondée en 2006, encouragé par Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et ancien Secrétaire général de l’ONU. L’association, qui compte aujourd’hui 162 dessinateurs de presse de tous les pays, s’est donné comme rôle de défendre la liberté d’expression à travers le dessin de presse, lors d’expositions itinérantes, de conférences et d’interventions dans les établissements scolaires.

Du 20 mars au 20 mai 2018

Galerie des donateurs
Quai François Mauriac, Paris 13e (ligne 14) 01 53 79 53 79

Du mardi au samedi 10h > 19h. Dimanche 13h > 19h
Fermeture les lundis et jours fériés

Entrée libre

 

Théâtre : Hedda Gabler

d’Henrik Ibsen – Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 25 mars 2018. Mise en scène : Edith Garraud

Avec Lisa Sans (Hedda), Benoît Dugas (Jörgen Tessman), Vincent Gauthier (le juge Brack), Murie Adam (Julie Tessman, la tante), Damien Boisseau (Ejlert Lövborg), Marie Hasse (Madame  Elvsted), Maryvonne Pellay ou Diane de Segonzac (Berthe)

Hedda Gabler, représentée en alternance dans le cadre d’une intégrale Ibsen, à l’affiche du Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 3 juin, est remarquablement servie par la mise en scène sobre et sombre d’Edith Garraud.

Dès que s’allument les lumières, tout est posé. Dans un décor noir, quelques tâches blanches : une table, un piano, un sofa, avec en leur centre, un tapis écarlate et sur le côté droit, le rougeoiement d’un feu de bois. C’est bien dans l’inexorable mouvement de l’innocence vers la passion et le deuil que seront jetés les protagonistes du drame.

L’impeccable direction d’acteurs transforme chaque personnage en un type saisissant de la petite bourgeoisie : la « bonne tante » corsetée dans ses préjugés ; le mari falot que ses longs séjours dans la salle des archives rendent aveugle à ce qui se joue chez lui ; le juge, ambigu à souhait mais soucieux des convenances.

Trois « héros » poussent le conflit relationnel à l’extrême. Ejlert, brillant, noceur et séducteur oscille entre la rédemption et la chute ; Théa, la mal mariée naïve, brûle de passion pour lui, et enfin Hedda, Hedda Gabler. Longue, mince, noire, héroïne malfaisante à l’ennui agressif, pleine de braises et de violence rentrée, elle arpente la scène tel un fauve en cage. La contradiction entre l’étroitesse des conventions et des carcans contrarient ses désirs profonds jusqu’à produire cette force explosive destructrice qui fait d’elle une victime/ bourreau. Nous ne pouvons lui en vouloir tant la ronde des personnages sur le devant de la scène révèle jusqu’au dégoût la vacuité intérieure petite-bourgeoise.

Seul le halo orangé de trois lampes apporte quelque douceur. Celle-ci, semble renvoyer à l’œuvre de réparation qui se joue près de la fin, dans un petit salon qui domine la scène, côté jardin, où, Tessman, le mari, et Théa, reprennent les notes du carnet brûlé d’Ejlert.

Les quatre actes s’enchaînent dans une implacable progression vers l’abîme. Taillée comme un diamant cette pièce est forte, tragique, magnifique.

Nicole Cortesi-Grou

Quelques mots à propos du théâtre du Nord Ouest.

Ce lieu original a une histoire. Il fut d’abord un cabaret, le Club des Cinq, ouvert à la Libération par cinq anciens de la 2è Division blindée. Edith Piaf y donna de nombreux récitals, Yves Montand y fit ses débuts, Marcel Cerdan y entendit « la môme » pour la première fois. Passé de mode, le cabaret se reconvertit en cinéma de quartier, Le club, puis connut un épisode musical avec l’organisation de concerts de jazz et de rock. Il fut nommé alors Le passage du Nord-Ouest, en référence à la route maritime qui relie parfois les océans Atlantique et Pacifique.

Jean-Luc Jeener, le directeur actuel y installa sa compagnie de l’Elan. Un temps théâtre d’art de d’essai, il bénéficia de subventions. Désormais, théâtre de boulevard, sa situation financière est tendue, bien qu’il soit un espace de créations contemporaines, le lieu de rencontre de nombreux comédiens et un tremplin pour des spectacles qui ne peuvent bénéficier d’une production. Le soutenir dans son projet est un véritable geste culturel.

Pour les 20 ans du théâtre, Armelle Héliot  a signé un joli article dans le Figaro (v. ci-dessous).

Théâtre du Nord-Ouest 11, rue du Faubourg Montmartre Paris 9è – M° Grands Boulevards

01 47 70 32 75 – 23/13 €

http://www.lefigaro.fr/theatre/2017/12/21/03003-20171221ARTFIG00207-jean-luc-jeener-la-revolution-du-nord-ouest.php

Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €