Archives de catégorie : BD Coup d’œil dans le rétro

Docteur Rorschach – Vaïnu de Castelbajac – Ed. Delcourt

Copyright V. de Castelbajac /Delcourt
96 p., 14,50

Que ce soit dans le cadre d’une thérapie individuelle, de groupe, familiale ou de couple, la plupart des personnages imaginés par Vaïnu de Castelbajac (texte et dessins) se retrouvent sur le canapé de ce psychiatre qui, ici, porte le nom du Test projectif aux tâches d’encre mis au point il y a une centaine d’années par le psychanalyste Hermann Rorschach.

Test de Rorschach

Lunettes vissées sur un pif en forme de patate, barbe fournie (comme il se doit), habillé à la va-comme-je-te-pousse (idem), le praticien écoute ceux qui sont venus à lui pour exprimer leurs doutes, leurs angoisses, leurs attentes. Il prend des notes, parfois il commente. « Pourquoi avoir tenté de mettre fin à vos jours en vous auto-avalant ? » demande-t-il, par exemple, à une gomme à la mine défaite. L’auteure parvient à détourner les termes de la psychiatrie pour les adapter aux drôles de zèbres venus consulter le bon docteur Rorschach.Point de zèbre en l’occurence, mais un chien heureux d’être enfin autorisé à monter sur un canapé ; une licorne qui souffre de l’impression de ne pas exister ; un père Noël en pleine crise existentielle ; un puzzle qui craint de ne jamais se reconstruire ; une cigarette qui ne se trouve pas assez bien roulée, etc.Côté thérapies de groupe, familiales ou de couples, le psy voit, entre autres patients, défiler Eve et Blanche-Neige qui évoquent leurs troubles alimentaires compulsifs ; deux oeufs au plat qui craignent de finir par se brouiller ; un kangourou adulte qui refuse de sortir de la poche marsupiale de sa mère ; un clou que son marteau d’époux cherche toujours à enfoncer ; deux postes de radio qui ne se sentent plus sur la même longueur d’onde… Ou encore, dans le registre « relations amoureuses destructrices », un crayon à papier et un taille-crayon ; une carotte et une râpe à carottes ; une bougie et un briquet… Au total, quatre-vingt-seize planches métaphoriques, souvent proches du dessin de presse, qui visent juste à tous les coups. Jubilatoire en diable !

Anne Calmat

Les petites victoires

« Quand j’ai su qu’Olivier était autiste, j’ai été d’abord terrifié pour son avenir. Puis je me suis souvenu qu’un enfant très doué peut tout rater si ses parents ne lui donnent pas confiance dans la vie. » (p. 57)

Mention spéciale du jury œcuménique d’Angoulême pour «Les petites victoires», prix remis pour les qualités de valeurs humaines de la BD.

Scénario et dessin Yvon Roy – Ed. Rue de Sévres – Postface Régis Loisel

Dans la vie d’un couple, la confirmation du handicap d’un enfant résonne souvent comme un cataclysme. Chloé et Marc se sont aperçus que quelque chose n’allait pas pas chez Olivier, ils sont allés consulter dans un centre d’évaluation et le diagnostique est tombé : autisme. Passé le choc face à ce qui est devenu pour eux un principe de réalité, Marc se ressaisit : il se consacrera désormais à Olivier afin de lui permettre d’affronter l’existence dans les meilleures conditions. Il lui apprendra à équilibrer les moments de plaisir et de déplaisir, à maîtriser ses mouvements de colère, et en l’amenant peu à peu à tolérer un contact physique avec l’autre. 

En dépit des consignes données par les spécialistes du handicap, Marc, désormais séparé de Chloé, mais unis dans l’épreuve, va, au gré de ses intuitions, poursuivre son combat contre ce qu’il refuse de considérer comme une fatalité. De petites victoires en petites victoires, remportées au quotidien mais sans cesse à consolider, il parvient à instaurer un dialogue – tout d’abord minimal et fragile – avec Olivier. Une conversation rarement interrompue, destinée à le convaincre que le monde et ce qui le compose ne doit pas être perçu comme terrifiant. Marc sait aussi qu’il va devoir faire preuve de beaucoup de créativité pour que son fils parvienne à maîtriser ses accès de panique face, par exemple, à une poussière qui tournoie dans l’eau de son bain ou lorsqu’un bruit intempestif lui vrille les tympans. 

Superbe, tendre, émouvant de simplicité et d’authenticité, comme le sont les trois albums cités ci-dessous*, Les petites victoires, multi traduit, multi primé est à (re)découvrir. 

Anne Calmat

Yvon Roy est un auteur et illustrateur canadien. Il a réalisé, en collaboration avec Jean-Blaise Djian, l’adaptation en bande dessinée du roman phare d’Yves Thériault, Agaguk, ainsi que plusieurs contes pour enfants. Il vit au Québec, près de Montréal. Son fils a maintenant douze ans.

À découvrir également…

  • Ce n’est pas toi que j’attendais (Ed. Delcourt, oct. 2014)
  • La Différence invisible (Ed. Delcourt, août 2016)
  • Arthur et la vie de château (Des Ronds dans l’O éditions, nov. 2016)

Un sac de billes – Hommage à Joseph Joffo

 

Article mis en ligne en 2017

adapté du roman de Joseph Joffo (1931- 2018) – Récit Kris, dessin Vincent Bailly – Ed. Futuropolis  

Ce pourrait être une saga.

Il y eut d’abord le légendaire grand-père, Joseph, qui vivait prospère et heureux dans un petit village près d’Odessa, jusqu’à ce que les premiers pogroms éclatent en1905. Quand les bataillons tsaristes vinrent prêter main-forte à la populace déchaînée, commença pour lui et sa famille un exode à travers l’Europe, non dépourvu cependant de rires, de beuveries, de larmes et de mort.

Son arrivée dans un pays dans lequel on pouvait lire au fronton d’une grande maison de village « Liberté, Égalité, Fraternité » mit un terme à son périple. Il y posa ses valises et se mit à l’aimer comme le sien.

Le père Joffo dut également quitter son pays, la Russie. Pour renforcer ses troupes, le tsar envoyait ses émissaires ramasser de jeunes garçons pour les enrôler. Son père lui enjoignit de prendre la fuite sans attendre et de se débrouiller, à sept ans, il était un petit homme. Son périple l’amena à Paris, où il s’établit coiffeur pour hommes.

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Les enfants Joffo, Joseph et Maurice, passaient une enfance insouciante, rue Marcadet. Quand il fallut  coudre une étoile jaune au revers de leur veste et renoncer à prendre le train ou aller au cinéma, leur père déclara : « C’est à votre tour aujourd’hui, le courage c’est de savoir partir. » Le but du voyage était Menton, en zone libre, où Albert et Henri, leurs aînés, avaient trouvé refuge. Pour cela il s’agissait de passer d’abord la ligne de démarcation à Hagetmau, dans le département des Landes.

MEP_SDBILLES_240x300ok.qxd:Mise en page 1Ce qui apparut comme une folle aventure à Joseph et Maurice, commença avec cinq mille francs en poche – pour eux, une fortune – et la promesse solennelle faite de ne jamais, jamais, avouer leur judéité.Dès la gare de Bercy, il fallut jouer des coudes dans les trains bondés, compter sur son jeune âge pour susciter la protection des adultes, et bien sûr mentir, ne jamais avouer qu’on voyage seuls.
Leur spontanéité d’enfants les sert quand ils se laissent aller, par exemple, à faire confiance à un inconnu qui propose un rabais conséquent sur le prix du passage, en échange d’une tournée de livraison de viande. Ou bien quand, au mépris du danger, Maurice se fait passeur occasionnel pour que leur pécule ne fonde pas trop vite.

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Le corps forcit avec les kilomètres qu’il faut bien faire à pieds, l’assurance s’affirme au gré des rencontres et l’esprit s’aiguise pour imaginer des astuces qui permettent de déjouer les pièges que tendent la police française et l’occupant. Il n’y a guère que les prostituées de Marseille pour provoquer l’effroi des gamins, tant ces dames sont offensives.
Malgré tout, l’enfance est encore prête à s’émerveiller devant la mer que l’on découvre.
Ils finissent par arriver sains et saufs à Menton. Mais le périple est loin de s’arrêter là. Il faudra encore repartir, cette fois pour Nice, retrouver la famille réunie suite à la libération rocambolesque par le frère aîné des parents arrêtés et en instance de déportation.

Sans ressources régulières, comment survivre si ce n’est en devenant expert en système D ? Ce qui est grandement facilité par le règne de la « combinazione » instauré par l’armée d’occupation italienne.
Quand celle-ci laisse la place à l’armée allemande, les rafles contraignent la famille à se séparer à nouveau, et les deux frères à se fondre dans l’anonymat d’un camp de jeunesses pétainistes.

C’est le moment de s’endurcir à nouveau et comme les espions, de s’inventer une identité, des adresses, des parents. Et cela tombe bien car, lors d’une sortie à Nice, les deux enfants ne peuvent échapper à une souricière tendue par les nazis. Seul, le culot permettra à Maurice, fidèle au serment fait à son père de nier leur judéité, de trouver le moyen de convaincre un bon curé niçois de venir apporter au commandant deux certificats de baptême.

La fuite à nouveau, cette fois à Aix-les-Bains, dans un restaurant pour Maurice, dans une librairie pétainiste pour Joseph. Les épreuves ont tant marqué ce dernier qu’il ne trouve plus suffisamment de larmes pour pleurer la mort de son père. Elle précède de peu la libération du village.
Reste à savoir ce qu’ils retrouveront rue Marcadet…

L’ensemble des planches est richement coloré, décors et personnages sont extrêmement bien figurés par un trait précis et dynamique.
Parue sous la forme d’un récit en 1973, cette histoire de formation donna lieu à deux adaptations cinématographiques : la première réalisée par Jacques Doillon en 1975, la seconde par Christian Duguay en 2017. Joseph Joffo, qui avait dix ans en 1941, est écrivain, acteur et continue à raconter son histoire. Il vient de mourrir à l’âge de 87 ans.

Nicole Cortesi-Grou

126 p., 20 €

Notre Mère la Guerre

Première parution le 6 novembre 2014 © Ed. Futuropolis

Chroniques de Notre Mère la Guerre Récits de Kris. Dessins et couleurs Damien Cuvillier, Edith, Hardoc, Vincent Bailly, Maël, Jeff Pourquié – Ed. Futuroplis

Dans cet ultime opus, à la fois complémentaire et indépendant des quatre albums éponymes que Kris et Maël ont publiés entre 2009 et 2012, les auteurs ont voulu rendre hommage à ces hommes et à ces femmes qui ont laissé des traces littéraires ou visuelles de ce qu’ils ont vécu durant la Première Guerre mondiale.

Certains, animés d’une ferveur toute patriotique, étaient partis la fleur au fusil. D’autres s’étaient au contraire élevés contre l’infamie que représentait à leurs yeux cette guerre, qu’ils qualifiaient de « flétrissante pour leur civilisation, dont ils étaient si fiers ».

Ce sont là les mots du caporal Louis Barthas, simple tonnelier dans un village de l’Aude, antimilitariste convaincu, socialiste patenté, dont les dix-neuf carnets, écrits sur le Front entre août 1914 et janvier 1918, ont participé à l’élaboration de cet album.

On le voit, tenant tête à un officier qui veut à tout prix re-mobiliser ses troupes épuisées. Deux jours plus tard, Louis Barthas écrira : « J’arrachai mes galons, que je jetai dans la boue. Je me sentis délivré d’un remords, libéré d’une chaîne ».

Dessin et couleurs Maël

Puis on croise le lieutenant Charles Péguy. Fusil à baïonnette au poing, il ordonne à ses hommes de charger. « Tirez, mais tirez nom de Dieu ! » leur crie-t-il, avant d’être abattu d’une balle en plein front.

Les balles et les obus ne transperçaient pas seulement le cœur des soldats, mais aussi celui de leurs mères, de leurs épouses et de leurs fiancées

Les sublimes pages que Vera Brittain, anéantie par trois deuils successifs, a écrites sont d’autant plus précieuses qu’elles contribuent à donner un visage à ces millions de femmes qui un jour se sont retrouvées seules.

Les dessins signés Edith servent à merveille cette parenthèse féminine. Ils se démarquent stylistiquement de ceux qui illustrent les autres chroniques. La déréliction est là, dans les traits de ces tout jeunes gens aux yeux noirs sans pupilles. Ils ne peuvent plus offrir à leur entourage que l’esquisse d’un sourire.

On découvre ensuite que l’auteur de l’inénarrable Clochemerle, Gabriel Chevallier, avait écrit en 1930 un roman polémique intitulé La Peur. Un texte jugé impubliable à l’époque, dans lequel Chevallier énonçait des vérités indicibles. « Parler de la guerre sans parler de la peur, c’eut été une fumisterie. (…) Peu d’êtres sont taillés pour l’héroïsme, ayons la loyauté d’en convenir, nous qui en sommes revenus.», avait-il écrit.

Dans la dernière case du chapitre qui lui est consacré, un soldat en interpelle un autre et lâche: « Tu ne crois pas qu’on nous a bourré le crâne avec cette histoire de « haine des races » ?  Tout est dit.

Anne Calmat

64 p., 16€

Shutter island (suivi de) Scarface

Coup d’œil dans le rétro…

2008

d’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir

Visuels © Casterman / De Metter

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

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Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres.

Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.shutterislandp_

De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

128 p., 19€

Ed. Rivages/Casterman/Noir, 2011

 

 

 

Après Shutter Island, Christian De Metter s’attaque avec tout autant de brio à un monument du polar noir américain, inspiré de la vie d’Al Capone : Scarface de Armitage Trail (1902-1930).

Mourrir ce n’est pas si terrible finalement. Tout s’éteint d’un coup et basta. Ce qui est terrible, c’est de savoir qu’on va mourir. Cela peut ne durer qu’une fraction de seconde… Mais cette fraction de seconde peut être un enfer.

Fils d’émigrés italiens, Tony Guarino a grandi avec son frère à Chicago. Au fil des années, leurs visions respectives de l’existence les a séparés, Ben est entré dans la police, alors que Tony s’est acoquiné avec les voyous de la ville.

Au moment où débute le récit, après un « prologue-épilogue » qui tient sur une seule planche (ci-dessus), Tony s’est mis à fréquenter Vyvyanne, la femme d’Al Spingola, le caïd de la ville.

Surpris avec elle dans un bar par Spingola, Tony prend les devants et abat le gangster. Il se rapproche ensuite de l’Irlandais O’hara pour s’immiscer dans le Milieu, et lui soumet des idées de business lucratif et sans risque, comme par exemple protéger les habitants d’éventuels agresseurs, en échange d’une petite participation. On fera ce que les flics ne sont pas fichus de faire…

p. 60

Guarino grimpe rapidement les échelons dans l’organisation du nouveau parrain, fréquemment en proie aux attaques des anciens acolytes de Spingola. Afin de calmer le jeu, il s’engage dans l’armée et part faire la guerre en Europe. Après avoir perfectionné sous toutes ses formes l’art de tuer en toute légalité et avoir été blessé, il en revient avec un visage balafré sur le côté gauche, et sous l’identité de Tony Camonte. On le surnommera désormais Scarface. 

À Chicago, on m’aurait envoyé en taule pour avoir dézingué tant de types, là on m’file des médailles.

Mais O’hara est mort, et sa place à lui ne lui est plus acquise… Scarface doit faire ses preuves.

Guerres de gangs, bains de sang, histoires de femmes, trahisons, magouilles avec les notables et les haut-gradés de la police se succèdent et constituent la trame de ce récit tout en noirceur, avec en son centre, un homme dominé par l’ambition et la soif de pouvoir. 

La narration très fluide et les dessins réalistes aux couleurs souvent crépusculaires de Christian De Metter font de cette adaptation, fidèle au roman initial, un vrai plaisir de lecture.

108 p., 18€

Anna K.

 

Le Chevalier d’Éon – T.1 et 2/2

Été 2018

Coup d’œil dans le rétro…

Le Chevalier d’Éon d’Agnès Maupré (texte et dessins) – Ankama Editions

T. 1 :  Lia

Bal costumé à la cour de Louis XV, le séduisant Charles de Beaumont, chevalier d’Éon (1728-1810), s’est déguisé en femme. L’illusion est parfaite. Le roi l’aperçoit et jette son dévolu sur elle. Charles se retrouve bientôt dans le boudoir du Bien-Aimé, sous l’oeil furibond de la Pompadour. Mais au moment suprême, le monarque s’aperçoit de sa méprise, et les choses en restent là.

Séduit malgré tout par l’aptitude à la métamorphose du bel androgyne, il le bombarde agent secret et l’envoie à la cour de la tsarine Elisabeth dans l’espoir d’un rapprochement entre la France et la Russie, au détriment de l’ennemi anglais.

Elisabeth a pour habitude d’évincer tous les diplomates de sexe masculin ? Qu’à cela ne tienne…

Quelques planches plus loin, « Madame Lia de Beaumont » est devenue la lectrice attitrée de la tsarine… qui s’empresse de l’attirer dans son impérial plumard. Stupeur et tremblements, le pot-aux-roses est découvert, la mission du chevalier va-t-elle échouer ?

T. 2 : Charles

Le temps a passé, le fringant jeune homme s’est illustré dans le corps des Dragons durant la guerre de Sept Ans ; le voilà maintenant secrétaire d’ambassade à Londres. Ce qui ne l’empêche pas de porter de temps à autre robes à paniers et escarpins. Mais bientôt les intrigues de palais, la jalousie à l’égard de ce petit nobliau nivernais parti de rien, vont mettre à mal le plan de carrière de « Milord d’Éon »… 

Un vrai plaisir de lecture, une BD pleine de charme, tout en couleurs acidulées exécutées à l’encre acrylique, qui revisite avec humour et légèreté l’histoire de la France et de ses relations avec les autres nations. Et bien entendu, celle de ce pauvre chevalier, qui fût tour à tour encensé (on le voit cerné par des  groupies féministes en pâmoison), méprisé, convoité par les deux sexes, puis emporté dans le tourbillon de l’Histoire.

Anna K

55 et 124 p., 15,90 € ch. vol.

 

D’une Alice à l’autre… 3/3

2016 – Visuels © éditions Soleil

Ce serait merveilleux si on pouvait entrer dans la maison du miroir, dit Alice à la chatte Kitty. Essayons !

Dans cette suite du chef-d’œuvre de Lewis Carroll, intitulée De l’autre côté du miroir (1872), traduite par Henri Parisot et illustrée par Benjamin Lacombe, Alice décide de passer à travers la plaque de verre. Elle découvre le Jardin des fleurs vivantes et côtoie des personnages plus insolites les uns que les autres: les deux inséparables Bonnet Blanc et Blanc Bonnet (Tweedledee et Tweedledum) ou bien un œuf plutôt prétentieux qu’on appelle le Gros Coco… D’étranges dialogues s’instaurent entre eux. La reine, par exemple, lui promet de la confiture pour chaque lendemain, jusqu’à ce, parvenant à la huitième case de l’échiquier, Alice devienne reine à son tour.

Un autre pays des merveilles l’attend. Il se présente comme un monde inversé dans lequel l’espace et le temps sont mis à mal ; décors, personnages évoluent littéralement. Certaines pages se déplient à la façon d’un plateau de jeu d’échec et accompagnent la bascule d’une dimension à l’autre.

On y retrouve bien entendu les personnages du Pays des merveilles, mais d’autres font leur apparition, comme exemple les jumeaux Tweedledee et Tweedledum…

Benjamin Lacombe se délecte en proposant ainsi une interprétation singulière de la beauté étrange d’un monde bercé par un délicieux mélange de poésie, d’humour et de non-sens, qui vise implicitement à former les plus jeunes.

A.C.

292 p., 29,95 € 

 

D’une Alice à l’autre… 2/3

2015 – Visuels © éditions Delcourt Coll. Métamorphoses

Autre approche graphique particulièrement innovante, celle de Benjamin Lacombe.

Il s’agit cette fois d’une traduction du roman de Lewis Carroll par Henri Parisot et non de son adaptation en bande dessinée.

« J’ai souhaité revenir à la source: aux désirs de Carroll, à son époque, à ses références très victoriennes ; et surtout à l’ambivalence, à l’ambiguïté du texte qu’il a écrit », dit Benjamin Lacombe.

« Pour créer mon Alice, je me suis nourri du modèle que l’auteur avait fourni à John Tenniel – les photos de Béatrice Henley – ainsi que de l’univers singulier et sulfureux des photos d’enfants qu’il a prises toute sa vie. Et pour donner corps au pays des merveilles, j’ai eu envie d’aller beaucoup plus loin dans mes images, avec un format bien plus grand que celui que j’utilise habituellement. Ainsi, une fois réduites, ces images donnent un sentiment de vertige propre au monde dans lequel la petite Alice vacille… »

Nous sommes ainsi propulsés au coeur de l’œuvre de celui dont Gilles Deleuze affirmait qu’il avait « fait la première mise en scène des paradoxes du sens, tantôt en les recueillant, tantôt en les renouvelant, tantôt en les réinventant ». 

Au fil de du récit, que l’on connaît moins pour l’avoir lu qu’au travers du cinéma, de la BD, du théâtre ou de la musique, les illustrations de Benjamin Lacombe (gouache, huile et aquarelle) s’imprègnent d’une fantaisie baroque qui met parfaitement en lumière sa dimension surréaliste et subversive.

Et quelle belle idée d’avoir traduit les changements de taille d’Alice à l’aide de planches qui se rabattent ou se déploient !

A.C.

296 p. 29,95 €

D’une Alice à l’autre… 1/3

C’est au travers du personnage d’Alice, revu et corrigé au fil du temps par une flopée d’illustrateurs, que nous aborderons l’été 2018. 

Avec successivement Alice au pays des comics (le 21 juin)Alice au pays des merveilles (le 28 juin) et De l’autre côté du miroir (le 5 juillet).

Ed. Urban comics, 2017

Dans Alice au pays des comics, quinze visions (Walt Kelly, Jerry Sieglel, Warren Kremer, etc.) et autant de styles graphiques, l’ont illustrée dans le courant des années 1940-1950: du noir et blanc, des couleurs criardes, de la sobriété, de l’exubérance, avec en toile de fond une certaine vision de la société victorienne du 19e siècle.

D’autres signatures présentes dans l’album, datant également de la même période, ne laisseront pas un souvenir impérissable aux lecteurs de cette anthologie conçue à l’occasion des 150 ans de celle qui, dans la vraie vie, se nommait Alice Liddell… et était peut-être devenue une vieille dame indigne… Mais ceci est une autre histoire…

Lewis Carroll (1832-1898)

Alice est à la fois l’archétype de la petite fille modèle et une projection idéalisée de ce que son créateur, timide, bègue et replié sur lui-même, aurait voulu être. Une Alice, certes en inadéquation permanente avec le monde qui l’entoure – tantôt naine, tantôt géante, mais toujours prompte à imposer son esprit frondeur et à transgresser les règles sociales de bienséance qui lui ont été inculquées.

Ses aventures semblent dans cet album plus audacieuses que dans l’œuvre initiale, bien qu’elles l’étaient en réalité plus qu’il n’y paraissait lorsque le révérend Charles Lutwidge Dodgson, alias Lewis Carroll, professeur de mathématiques à Oxford, écrivit en 1865 ce récit pour enfants, dans lequel s’exprime, parfois en filigrane, la vision plutôt noire qu’il avait de ce pays prétendument merveilleux

On quitte ici encore plus souvent qu’à l’accoutumée le pays des merveilles pour s’enfoncer dans celui des embrouilles (avec George Carlson), des cauchemars (avec Alex Toth et Charles Schulz), ou bien, comme dans cet épisode que Stephen Kirkle a intitulé De l’autre côté du miroir, dans celui de l’effroi. Il introduit ainsi sa propre version d’Alice: Bienvenue cher lecteur dans ma bibliothèque de contes « défaits ». Aujourd’hui je vous propose un petit moment de « litterreur » qui ne manquera de vous glacer le sang et de vous retourner le cerveau à la vue de l’horreur la plus démentielle.

Son héroïne est manifestement dans de sales draps… Provisoirement.

À suivre.

A.C.

192 p., 29 €

 

 

 

 

Wake up America, vol. 1 à 3 (suivi de) Scottsboro Alabama & de Black in White America

Coup d’œil…

4 avril 1968 – 4 avril 2018 

Wake up America de John Lewis Andrew Aydin (scénario), et Nate Powel (dessin) – Traduction Basile Béguerie – Ed. Rue de Sèvres

images« America first » a martelé Donald Trump lors de son investiture. Soit (encore que…), mais ce slogan en forme d’oukase concerne-t-il tous ses habitants ?

On aurait aimé ne voir dans ces albums que le témoignage d’un passé révolu, mais l’Histoire a une fâcheuse tendance à bégayer et il est bon de se souvenir de ceux qui se sont battus pour que cesse la ségrégation raciale institutionnalisée aux USA.. Et que beaucoup continuent de le faire en 2018…

Le premier et le second volume de cette série graphique et autobiographique paraissent en France en 2014 et 2015. Ils retracent l’itinéraire de John Lewis, défenseur pendant des décennies des droits civiques des populations noires. Il est depuis 1980 le représentant parlementaire du cinquième district de l’État de Géorgie, sous la bannière du Parti Démocrate.

Moins connu en Europe que Martin Luther King, Lewis est le dernier des « Big six » encore en vie. Son témoignage n’en est que plus précieux.

Vol. 3
Vol. 3

Le troisième volume de la série est sorti le 22 février 2017.

Il couvre notamment la période durant laquelle John Lewis fut le président du Student Nonviolent Coodinating Commitee (1963-1966), et s’étendra jusqu’en 1968.

À l’automne 1963, le mouvement pour les droits civiques semble s’être imposé aux Etats-Unis, mais Lewis reste vigilant : les arrêtés ségrégationnistes promulgués par Jim Crow sont toujours appliqués dans les Etats du sud. Son seul espoir est de faire valoir et appliquer le principe du vote pour tous, y compris pour les Noirs. « Un homme, une voix ».

Avec cette nouvelle bataille, viendront de nouveaux alliés. Mais aussi de redoutables  ennemis, comme George Wallace, gouverneur de l’Alabama jusqu’en 1967, et membre de l’American Indépendant Party d’extrême-droite jusqu’en 1970.1541-2

Cette nouvelle page s’ouvre sur un acte terroriste perpétré dans l’église baptiste d’une petite ville emblématique des luttes pour l’égalité des droits civiques : Birmingham en Alabama. « Vingt-et-un blessés et quatre enfants assassinés dans la maison du Seigneur (…) Nous comprenions tous ce que voulait dire le Dr King. Le gouverneur George Wallace avait débuté son mandat en disant « La ségrégation à jamais », et deux semaines avant l’attentat, il disait dans un journal : « Ce dont ce pays a besoin, ce sont quelques funérailles de première classe. »

Au-delà des faits qui sont décrits tout au long des trois albums, c’est la pérennité des crimes racistes – souvent impunis – dans certaines parties des États-Unis qui revient immanquablement en mémoire. On ne peut qu’être admiratifs face à la détermination sans faille de celles et ceux qui ont érigé la non-violence comme fondement de leur action, sans jamais déroger à cette règle, malgré les brutalités dont ils étaient victimes.

A. C.

256 p., 15 €

Rappel des volumes précédents :

vol. 1
vol. 1

Ici, les souvenirs d’enfance de John Lewis (né en 1940 en Alabama) alternent avec l’évocation des événements survenus dans les années 50-60, et avec celle des luttes que lui et ses camarades ont menées en faveur de leurs frères de couleur : le refus de Rosa Parks de céder sa place à un passager blanc (déc. 1955), la répression brutale du Bloody Sunday (mars 1965), les sit-in non-violents de Nashville pour en finir avec l’apartheid dont les Noirs étaient les victimes (février-mai 1960)…

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Les dessins de Nate Powel, exécutés à l’encre de chine et au fusain, illustrent  avec la sobriété qui convient le combat pacifiste de ceux qui ont ouvert la voie au premier président afro-américain des Etats-Unis. A. C.

Vol. 2
Vol. 2

L’album se concentre sur le mouvement baptisé Freedom Rides (voyages de la liberté)créé par des étudiants et des militants en faveur de l’évolution du statut des Noirs aux États-Unis. Leur objectif : mettre un terme à la ségrégation et faire respecter une décision rendue par la Cour Suprême en juillet 1964, le Civil Rights Act.

Une quête désespérée, si l’on en juge par l’accueil qui leur est réservé par les autorités locales. Battus, humiliés, emprisonnés pour « troubles à l’ordre public », les militants poursuivent cependant leur action, en dépit du climat de terreur instauré par une frange de la population blanche.wu 2

On constate que leur détermination s’est malgré tout avérée payante, puiqu’elle a permis une avancée importante dans la lutte pour les droits civiques.

Ce second opus s’achève le jour de la célèbre marche sur Washington, le 28 août 1963. Elle a réuni entre 200 000 et 300 000 personnes et s’est clôturée par l’immortel « I had a dream » de Martin Luther King, immédiatement après que John Lewis se soit exprimé lors de ce fameux rassemblement devant le Capitole.

A. C.

Dans la même vaine, quelque trente ans auparavant…

scottsboroScottsboro de l’esclavage à la révolution
de Andrew H. Lee, Robin D.G. Kelly, Michael Gold (textes) et Lin Shi KanTony Perez (dessins) – Traduction Franck Veyron – Ed. L’Echappée, nov. 2014

L’album était à l’origine, en 1935, un recueil de cent-dix-huit linogravures qui dépeignaient les atrocités commises envers les Noirs dans le sud des Etats-Unis. Il avait eu pour point de départ, un « incident » survenu quatre ans auparavant, en Alabama.

Le 25 mars 1931, un train de marchandises est stoppé à Selma, près de la petite ville de Scottsboro, suite à une bagarre entre un groupe de hobos blancs et des passagers noirs. Tous les protagonistes de la rixe sont interpellés, seuls les Blancs seront aussitôt relâchés. Rapidement, deux jeunes femmes blanches, Ruby Bates et Victoria Price, manipulées par les policiers, accusent neuf jeunes Noirs de les avoir violées. Ils ont entre treize et dix-neuf ans. Quelques jours plus tard, huit d’entre-eux sont condamnés à mort.
Les irrégularités flagrantes qui ont entouré la procédure vont toutefois obliger la Cour suprême de l’Alabama à ordonner la tenue d’un second procès, « plus équitable ».Scottsboro-Khan-Perez-3L’International Labor Defense, la National Association for the Advencement of Colored People et plusieurs comités de soutien, tous d’obédience communiste, entrent alors en action. Ils vont donner à cette « tragédie sudiste ordinaire », un retentissement international.
Plusieurs vagues procès suivront. Deux condamnations à la chaise électrique seront à nouveau prononcées, puis commuées en peines de prison à vie. Pour finir, une seule condamnation à mort, celle de Clarence Norris, sera confirmée en 1939. Libéré sur parole en 1944, puis déclaré « not guilty » en 1976, le dernier des  Scottsboro Boys  s’éteindra en 1989, à l’âge de 76 ans.
Des années de captivité illégale, puisque dès janvier 1932, l’une des deux jeunes femmes avait avoué à l’avocat des garçons que leur mensonge n’avait eu d’autre but que celui de leur éviter une peine de prison pour vagabondage ou prostitution.
Lin Shi Kan et Tony Perez (dont on ne sait pratiquement rien) ont voulu inscrire cet épisode édifiant dans le long terme de l’histoire des Noirs afro-américains ; depuis leur rapt sur le continent africain, jusqu’au combat qu’ils menaient dans les années 30 pour une société plus égalitaire. Des études récentes d’historiens et de journalistes viennent parfaire cette œuvre de mémoire, impeccablement mise en pages.
Les dessins sont simples, immédiatement identifiables, les légendes, concises et percutantes. Ici, des esclaves sont conduits enchaînés dans les plantations de coton et de tabac. Là, l’arrestation musclée des neuf garçons. Plus loin, les notables locaux préparent une corde pour le lynchage de ceux qui auraient bénéficié d’une peine trop clémente.

A. C.

192 p., 20 €

Black in White America de Leonard Freed – Ed. Steinkis (oct. 2018)

Leonard Freed (1929 – 2006) est un photographe américain issu d’une famille juive originaire d’Europe de l’Est. Il nait à Brooklyn et se tourne vers la photographie grâce à son apprentissage auprès du directeur de Harper’s Bazaar, Alex Brodovitch.

En 1967, Cornell Capa le sélectionne avec cinq autres photographes pour participer à son exposition « Concerned Photography »

Leonard Freed fut membre de l’agence Magnum à partir de 1972 et fut publié dans les grands magazines à travers le monde (LifeLookParis-Match, Der Spiegel…)

USA. Baltimore, Maryland. 1964. Supporters try to shake the hand of Martin Luther KING.

La carrière de Freed prend son envol au cours du mouvement pour les Droits Civiques, alors qu’il voyage à travers l’Amérique en compagnie de Martin Luther KingIl en tire l’ouvrage Black In White America que les éditions Steinkis publieront à la rentrée 2018-2019.

Et toujours disponible aux éditions Steinkis : I Have a Dream de Kadir Nelson.

 

Docteur Rorschach

Coup d’oeil…

Vaïnui de Castelbajac (scénario, dessin, couleurs) – Ed. Delcourt, 2013 – Visuels © éditions Delcourt

Que ce soit dans le cadre d’une thérapie individuelle, de groupe, familiale ou de couple, la plupart des personnages imaginés par Vaïnu de Castelbajac se retrouvent sur le canapé de ce psychiatre qui, ici, porte le nom du Test projectif aux tâches d’encre mis au point il y a une centaine d’années par le psychanalyste Hermann Rorschach.

Lunettes vissées sur un pif en forme de patate, barbe fournie (comme il se doit), habillé à la va-comme-je-te-pousse (idem), le praticien écoute ceux qui sont venus à lui pour exprimer leurs doutes, leurs angoisses, leurs attentes. Il prend des notes, parfois il commente. « Pourquoi avoir tenté de mettre fin à vos jours en vous auto-avalant ? » demande-t-il, par exemple, à une gomme à la mine défaite.L’auteure parvient à détourner les termes de la psychiatrie pour les adapter aux drôles de zèbres venus consulter le bon docteur Rorschach.

Point de zèbre en l’occurence, mais un chien heureux d’être enfin autorisé à monter sur un canapé ; une licorne qui souffre de l’impression de ne pas exister ; un père Noël en pleine crise existentielle ; un puzzle qui craint de ne jamais se reconstruire ; une cigarette qui ne se trouve pas assez bien roulée, etc.

Côté thérapies de groupe, familiales ou de couples, le psy voit, entre autres patients, défiler Eve et Blanche-Neige qui évoquent leurs troubles alimentaires compulsifs ; deux oeufs au plat qui craignent de finir par se brouiller ; un kangourou adulte qui refuse de sortir de la poche marsupiale de sa mère ; un clou que son marteau d’époux cherche toujours à enfoncer ; deux postes de radio qui ne se sentent plus sur la même longueur d’onde… Ou encore, dans le registre « relations amoureuses destructrices », un crayon à papier et un taille-crayon ; une carotte et une râpe à carottes ; une bougie et un briquet…

Au total, quatre-vingt-seize planches métaphoriques, souvent proches du dessin de presse, qui visent juste à tous les coups. 

A.C.

96 p., 14,95 €

V. de Castelbajac

 

Parutions récentes :                              We are the 90’s, Delcourt 2016

Au taf, Delcourt 2017

 

 

 

BD – Sélection Angoulême 2018 : nous les avons tant aimées…

Bangalore de Simon Lamouret – Ed. Warum

(…) Savoir que Bangalore, cette ancienne cité forteresse construite en 1537, est devenue un pôle économique et scientifique mondial, que Microsoft, Google, Axa et autres Business Objects y ont  » leurs habitudes « , ne donne pas nécessairement envie de s’y rendre… Rien ne vaut le regard que pose un autochtone sur sa ville, quand bien même il la décrirait ainsi :  » Bangalore c’est assez moche, ça n’a pas le charme désuet de Calcutta ni la folie épicée de Bombay ou la grandeur historique de New Delhi. Avec le dessin, ce qui est laid est plus facile à magnifier « .(v. BdBD)

La terre des fils

La terre des fils de Gipi Ed. Futuropolis

(…) Sur une terre à l’abandon où la violence impose sa loi, un père survit avec ses fils. Chaque soir, il écrit dans un carnet des mots que ses enfants, illettrés, ne peuvent comprendre. Une réflexion sur la transmission, le langage et l’amour, qui marque une nouvelle étape pour Gipi, Prix du meilleur album en 2006 avec Notes pour une histoire de guerre, réédité en 2018 (v. BdBD)

Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne Ed. Dargaud

Marion Montaigne s’est fait connaître il y a près de 10 ans à travers le blog Tu mourras moins bête… mais tu mourras quand même !, décliné en livres et adapté en série animée sur Arte. Avec le même humour ravageur et le plaisir d’expliquer, ce reportage retrace la trajectoire de Thomas Pesquet, le célèbre astronaute français envoyé récemment dans la Station spatiale internationale. (…) (v. BdBD)

L’inconnu d’Anna Sommer Ed. Les Cahiers dessinés

Le jour où Hélène, une séduisante quadragénaire, découvre un bébé dans la cabine d’essayage de sa boutique, elle décide de le garder sans en parler à personne, même pas à Antoine, son compagnon…

Doux et acide, dénué de toute mièvrerie,  l’univers résolument féminin d’Anna Sommer fait rimer légèreté et cruauté, et ne cesse de s’enrichir de nouvelles trouvailles.

Derrière son trait, plus arrondi qu’à son habitude, l’auteure fait une nouvelle fois preuve d’une redoutable capacité à disséquer les sentiments, à traquer le malaise et pointer les névroses contemporaines. Elle offre ici un scénario à la violence sourde, taillé au cordeau, et totalement fascinant. (v. BdBD)

La Ferme des Animaux

 

Coup d’œil…

d’après George Orwell   Traduction du créole au français Alice Becker-Ho – Dessin Norman Pett, texte Donald Freeman – Introduction Patrick Marcoli. Avec en bonus la version créole de l’album

Les éditions de L’Echappée ont eu la belle idée de remettre en lumière cette œuvre écrite entre 1943 et 1944 par l’auteur britannique, socialiste convaincu, George Orwell (1903-1950). Elle a été adaptée en bande dessinée en 1950 par Norman Pett et Donald Freeman, sur la demande de la CIA.

1975

Cette nouvelle édition est agrémenté dans sa partie intermédiaire, entre les versions française et créole, de commentaires et de notes qui donnent de précieuses indications sur la genèse du texte et sur son auteur.

Animal farm, 1950
Animal farm, 1950

Pour dénoncer les dangers du totalitarisme, en particulier sous le régime stalinien, Orwell compose une allégorie animale, dans laquelle ce sont les opprimés qui deviennent oppresseurs, après leur combat pour la liberté. La trame est simple : deux jeunes porcs, Napoléon et Boule de Neige prennent la tête d’un soulèvement contre celui qui exploite la force de travail des animaux de sa ferme, Mr. Jones. Ils Ie chassent et instaurent un système de gestion comparable à celui des kolkhozes soviétiques. Les deux leaders sont de tempérament opposé : Napoléon, brutal et mégalomane, renvoie à Joseph Staline – il trahit les principes égalitaristes mis en place lors de la révolte contre les hommes et finit par se comporter comme eux. Boule de Neige, courageux et idéaliste, évoque Léon Trotsky. Une autre figure du récit, Cochon l’Ancien, est très probablement celle de Karl Marx.1er_strip_c_l_echappee_2016-2321e

La fable, qui tient à la fois du pamphlet politique et du conte philosophique, a rapidement été traduite et largement diffusée dans les pays du tiers-monde (Inde, Birmanie, Thailande, etc.), devenus l’enjeu des luttes entre grandes puissances, à l’instar de celle qui opposait les Etats-Unis à l’Union soviétique.

ferme_des_animaux_page_1Les têtes pensantes de la coalition vont rapidement faire prospérer la ferme, mais Napoléon veut le pouvoir absolu et il mène une lutte sans merci contre Boule de Neige. Avec la complicité de la meute de chiens qu’il a lui-même élevés, il parvient à exclure le gêneur. 20eme_strip_c_l_echappee_2016-98a36Sous couvert de protéger les animaux d’une possible contre-offensive  de celui qui est désormais présenté comme un traître, partisan des humains, Napoléon instaure un régime totalitaire, dans lequel « Tous les animaux sont égaux, mais certains plus que d’autres ». Peu à peu « ses sujets » oublient tout ce que Boule de Neige leur avait enseigné et ne sont plus capables que d’ânonner les slogans dont Napoléon les a abreuvés.

capture« Avec La ferme des animaux, on est dans un double paradoxe, puisque le récit mis en images à des fins de propagande est lui-même une dénonciation de la propagande« , ironise Patrick Marcoli, tout en mettant l’accent sur l’intemporalité et l’universalité du propos. Il n’est que de voir comment va le monde pour s’en convaincre.42eme_strip_c_l_echappee_2016-abc45 Anna K. 

80 p., 15 €

Repiblik zanimo
Repiblik zanimo

Le Voyage de Phœnix

Coup d’oeil…

 

de Sik Jung Jung (texte et dessin) – Ed. Soleil

Après son bouleversant Couleur de peau: miel (en quatre volumes) et le film d’animation qui a suivi, Jung est revenu en 2015 sur le devant de la scène bédéiste avec ce roman graphique – en partie autobiographique – dans lequel la puissance du scénario va de pair avec la beauté des dessins.Ici, plusieurs destins s’entrelacent pour former un tout.

Tout d’abord, celui de la narratrice, Jennifer, dont le père, un marine américain, serait mort en Corée du Sud peu avant sa naissance. Une chape de plomb s’était alors abattue sur les circonstances qui ont entouré sa disparition. N’en pouvant plus et se sentant souvent en terrain hostile, la jeune fille s’est rendue à Séoul dans l’espoir de découvrir la vérité. Elle y vit depuis six ans au moment où débute l’histoire. On y découvre le destin du petit Kim, cinq ans, que ses parents adoptifs, Aron et Helen, sont venus chercher à l’orphelinat américain de Séoul. C’est Jennifer qui leur remet l’enfant. L’arrivée de ce petit être solaire « habité par une âme très ancienne » marquera à tout jamais la vie du couple.

À cette histoire intimiste, vient se greffer celle de la guerre fratricide que se sont livrées les deux Corées au début des années 50, avec en toile de fond, le régime terrifiant du dictateur Kim Il Sung, et le sort qui était réservé à ceux qui tentaient de fuir. Le personnage de San-Ho, passé du Nord au Sud après dix-huit ans de captivité dans un camp de discipline, en est une parfaite illustration.En prélude à chacun des vingt-et-un chapitres qui composent cet album qui parle de quête des origines, de secrets de famille, de mort et de résilience, le fabuleux oiseau, posté en sentinelle, semble être une promesse de renaissance pour ceux que la vie a détruits…

Superbe !

Anna K.

320 p., 19,99 €

 

Migration et hospitalité : colloque

Dans le cadre du 21e Festival de l’imaginaire : Journée du Patrimoine culturel immatériel des migrations le 23 novembre au Musée de l’histoire de l’immigration – Palais de la Porte dorée*

Le patrimoine de l’immigration s’est imposé comme une catégorie du champ patrimonial depuis une quinzaine d’années en France. Son émergence coïncide, au niveau international, à celle d’une autre catégorie, le patrimoine culturel immatériel (PCI) défini par la Convention de l’Unesco (2003).

Fondé sur la participation des communautés à la définition de leur patrimoine, qui leur procure un sentiment d’identité et de continuité, le PCI contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle. Malgré les difficultés inhérentes à la notion de communauté dans le contexte français, les patrimoines immatériels liés à l’immigration ont été pris en compte dès la mise en œuvre de la Convention en France.

De nombreuses associations impliquant les populations et les artistes issus des diasporas œuvrent activement à la reconnaissance de ces héritages pluriels. Plus récemment, le PCI est apparu comme un enjeu majeur pour les communautés et les individus forcés aux migrations internes et externes. Comment assurer la transmission des cultures et des patrimoines immatériels aux jeunes générations, dans ces contextes divers ? Artistes, représentants d’institutions et acteurs culturels partageront leurs expériences et réflexions.

Participants :

Jordi Savall à l’occasion du concert d’Orpheus XXI qui aura lieu au Palais de la Porte Dorée le 24 novembre dans le cadre du festival Welcome !


Kamel Daffri, directeur du festival Villes des Musiques du Monde.
Luc Gruson, chargé de mission sur l’accueil des migrants pour le ministère de la Culture
Claude Lechat, directeur des Affaires culturelles de la Ville de la Courneuve
Nicolas Prévôt, maître de conférences à l’université Paris-Ouest-Nanterre.
 

  • Le 23 novembre à 19h (auditorium)
    293 avenue Daumesnil Paris 12e (01 53 59 58 60) – www.palais-portedoree.fr

Entrée libre

Scènes : Marionnettes sur eau du Vietnam (Hanoï)

À l’Espace Chapiteaux de la Villette* du 22 au 26 novembre 2017 

Découvert par la Maison des Cultures du Monde qui lui faisait quitter pour la première fois le Vietnam en 1984, le mua roi nûoc, littéralement « danse des marionnettes sur l’eau », est une forme d’expression millénaire, attestée dès l’an 1121.

Né pour les fêtes saisonnières ponctuant les cycles agricoles au nord du Vietnam, régions où l’eau est au centre de la vie quotidienne, ce spectacle populaire représente les travaux et les jeux des villageois.

Les danses des marionnettes ont failli disparaître, car elles étaient auparavant exclusivement pratiquées par des corporations d’artisans, paysans et pêcheurs qui gardaient jalousement les secrets de leur manipulation. Depuis une trentaine d’années, néanmoins, les marionnettistes traditionnels ont accepté de former de jeunes artistes qui enseignent aujourd’hui à l’Institut des Marionnettes de Hanoï. Cet art continue ainsi d’être pratiqué d’un côté par les villageois lors de divertissements populaires, et de l’autre par des troupes professionnelles dans les théâtres en ville. Autour de l’étang du village, des scènes pleines de poésie et d’humour racontent la vie quotidienne, les croyances, les amours et les déconvenues, les disputes familiales et les compétitions, des batailles militaires aux parties de pêche, de la récolte du riz à la danse des immortelles…

Les marionnettes sur eau ne peuvent être classées dans aucune des catégories classiques, telles que marionnettes à fils, à gaine ou à tige. Elles sont fixées sur des perches, simples ou complexes. Les premières, destinées à déplacer les marionnettes, sont munies d’un gouvernail. Les deuxièmes sont reliées aux poupées par des tiges et des fils, actionnés par les doigts des marionnettistes. Les danses des marionnettes ont failli disparaître, car elles étaient auparavant exclusivement pratiquées par des corporations d’artisans, paysans et pêcheurs qui gardaient jalousement les secrets de leur manipulation. On raconte même que deux jeunes gens n’ont pu se marier parce que le garçon était le fils aîné du trùm (chef) d’une troupe, mais sa bien-aimée était malheureusement membre d’une troupe rivale.

Présenté par Têu, beau jeune homme et personnage central qui commente les travers des habitants et taquine les villageoises, le mua roi nûoc est un spectacle rare et magique à ne manquer sous aucun prétexte.

  • Quai de la Charente Paris 19è, M° Porte de la Villette – Réservations / Renseignements 01 40 03 75 75 www.

22, 23, 24 novembre à 20h


25 novembre à 16h et 20h

26 novembre à 16h

Diab’-là

Coup d’œil…

d’après le roman de Joseph Zobel (1915-2006) – Adaptation et dessin de Roland Monpierre – Nouvelles Editions Latines.

Un homme, surnommé Diab-’là, fuyant l’enfer des champs de canne, est venu s’établir dans un village du bord de mer dans l’intention d’y cultiver ses légumes et de les vendre aux pêcheurs. D’abord circonspects face à cet   » étranger  »  les autochtones vont rapidement l’accepter parmi eux, et même l’aider à défricher sa terre. « Si un beau jour tous les nègres du monde voulaient se donner un coup de main comme ça, les uns les autres, quelle sacrée victoire, hein ! »

Diab‘-là saura leur prouver que lorsque l’on se donne à la terre ou à la mer avec obstination et respect, toutes deux savent en retour se montrer nourricières.

Il va trouver en Fidéline (la bien-nommée) une compagne courageuse et volontaire, qui partagera avec lui les fruits de leur entente.

Ce sont sans conteste les questions de la propriété de la terre, de l’indépendance des populations antillaises, de la revendication sociale et culturelle qui sont ici posées. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que ce premier roman de Joseph Zobel ait été jugé subversif par les représentants de Vichy en Martinique, et interdit pendant quatre ans.  

Voici le roman que j’avais écrit en 1942 à l’intention de mes compatriotes gémissant dans les ténèbres de la Révolution nationale. (…) Aujourd’hui, à la faveur des libertés retrouvées, je le livre au public, tel que l’amour de mon pays et de mes congénères me l’avait inspiré. « , dira-t-il plus tard.

Le héros de Joseph Zobel n’est d’ailleurs pas si éloigné que cela de celui de La rue Case-Nègres (roman autobiographie paru en 1950 puis adapté pour le cinéma en 1983), dans lequel un enfant, envoyé à l’école par sa grand-mère, échappe au sort commun à tous les jeunes Antillais, condamnés à être enrôlés dans des bandes de petits délinquants, avant d’aller, plus tard, s’épuiser sur les plantations de canne à sucre.

Anna K.

64 p., 16 €

Musique(s) : Bach to the Future (suivi de) Découverte des musiciens

Saint Pierre donne le la...

« Bach to the future » : Motets de Jean-Sébastien Bach et de Ola Gjeilo  direction Jean-Sébastien Veysseyre. Orgue Vincent Grappy, violoncelle Louis Rodde, avec le Chœur de chambre de l’Ile-de-France.

choeurdechambre-idf.org/les-concerts/

Faire dialoguer des motets de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) avec ceux du compositeur norvégien, Ola Gjeilo (1978-), telle est l’ambition du concert qui sera donné le dimanche 8 octobre 2017 à 17 h en l’Église   luthérienne Saint Pierre (Paris 19e)*. Un dialogue des plus convaincants si l’on en juge par le succès qu’ont obtenu les deux  » rencontres  » précédentes  (mars et juin 2017).

  • Programme :

    Motets de J. S. Bach :
    – Komm Jesu, komm
    – Jesu meine Freude
    – Lobet den Herrn
    – Der Geist hilft unser Schwachheit auf.

    Motets de Ola Gjeilo :
    – Ubi caritas (extrait)
    – Northern lights
    – The spheres
    – Serenity.

    + pièces de violoncelle.

  • 55, rue Manin Paris 19e – M° Laumière (ligne 5) ou Buttes-Chaumont (ligne 7) – Entrée libre, libre participation.

Coup de projecteur sur…

Jean-Sébastien Bach de Paula Du Bouchet, illustrations Charlotte VoakeGallimard Jeunesse, 2015, collection Découverte des musiciens

Faire découvrir les plus grands compositeurs  ou interprètes – classiques ou contemporains – aux 6-13 ans, tel est l’objectif de cette collection, créée au tout début des années 2000. Chaque livre-CD est décliné en onze tableaux qui relatent l’enfance du musicien ou de l’artiste, dans ses incidences avec la musique et avec son œuvre à venir. À la fin de chaque album, trois ou quatre doubles pages expliquent les principaux axes de cette œuvre. Le petit plus ?  Tout au long de ce parcours, l’enfant est mis à contribution grâce à un jeu de questions incitatives.

Une association parfaite entre CD et livre où chacun garde son existence propre.

22 p., CD 26 mn, 16,50 € 

Également… *

Antonio Vivaldi (Olivier Beaumont/illustration Charlotte Voake – Frédéric Chopin (Catherine Weill/C.V.) – Georg Friedrich Handel (Mildred Clary/C.V.) – Franz Schubert (Paula Du Bouchet/C.V.) – Henry Purcell (Marielle D. Khovry/C.V.) – Ludvig van Beethoven (Yann Walcher/ C.V.) – Hector Berlioz(Christian Wasselin/C.V.) – Wolfgang Amadeus Mozart (Yann Walcher/C.V.) – Louis Armstrong (Stephane Olivier/Rémy Courgeon) – Ray Charles (S.O./R.C.) – Elvis Presley (S.O.) – Ella Fitzgerald(S.O./R.C.), Django Reinhardt (S.O./Rémi Courgeon).

  • Prix moyen par album 15 €

Gauguin super star (2) Gauguin, l’autre monde

Coup d’œil…

de Fabrizio Dori (texte et dessin) – Ed. Sarbacane, 2016

Mais auparavant…

Paul Gauguin, d’ascendance franco-périvienne, naît à Paris le 7 juin 1848 et passe une partie de son enfance à Lima. Après une incursion dans la marine, il se marie avec une jeune danoise prénommée Mette.

Il peint d’abord en amateur puis, sous l’influence de Camille Pissarro, expose. Après plusieurs séjours entre la France et le Danemark, il s’installe en Bretagne, à Pont-Aven qui sera l’un de ses ports d’attache.

En 1887, attiré par l’exotisme des îles du Pacifique, il embarque pour la Martinique. Il y restera un an, période au cours de laquelle il se détachera peu à peu du mouvement impressionniste. Retour à Pont-Aven, puis  épisode arlésien où Van Gogh et lui mettent sur pied un  « atelier du midi » destiné à approfondir leurs réflexions mutuelles sur la véritable nature de l’art. Neuf semaines d’une grande richesse artistique, mais  entachées par  « l’affaire de l’oreille coupée » .

Gauguin fera par la suite deux séjours à Tahiti, où il va mener la vie que l’on sait, avec cet appétit insatiable pour les très jeunes filles, revendiqué dans son oeuvre peinte et explicité au cinéma (à partir du 20 septembre). 

L’Esprit des morts (toile Gauguin)

Son art devient alors de plus en plus mystique et empreint d’un symbolisme personnel influencé par les apports pré-colombiens ou polynésiens : la figure de l’esprit des morts venant tourmenter les tahitiennes apparaissant dès lors régulièrement dans ses œuvres.

Quatre ans plus tard, dans sa grande composition, probablement testamentaire, intitulée D’où venons-nous ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ?, Gauguin exprimera ses préoccupations philosophico-religieuses face au grand mystère du perpétuel recommencement de la naissance, de l’amour et de la mort.

Qui sommes-nous ? (toile Gauguin)

L’auteur propose ici un scénario qui juxtapose les périodes qui renseignent sur la vie du peintre, auxquelles il mêle légendes et réalités.

La diversité des ambiances, ajoutée à la beauté des dessins  « à la manière de », signés Fabrizio Mori (sans qu’il soit pour autant tombé dans l’imitation grossière) , donnent un charme indéniable à ce nouvel éclairage sur celui qui écrivait « J’ai voulu établir le droit de tout oser », et qui allait disparaître quelques années plus tard, seul et incompris, mais après avoir tout osé.

A.C.

144 p, 22,50 €

Concert : Caroline Harvey

Le 20 septembre à 19h30 – L’Entrepôt Paris 14è*

Qui ne se souvient du « Vive le Québec libre » lancé avec enthousiasme, par un homme politique français ?

Caroline Harvey, artiste québécoise engagée originale et fort sympathique,  nous conte, elle en chansons, l’histoire de la quête d’autonomie de sa nation, le Québec. La narration historique entrecoupée de chansons se poursuit par l’interprétation de ses propres compositions mêlées à des airs que nous avons tous fredonnés, tels « Le petit bonheur », « Quand les hommes vivront d’amour »…

C’est un régal ! Elle créé un moment rare d’émotions, de plaisir musical et d’échanges chaleureux avec le public.

Caroline Harvey, originaire d’une région du Québec réputée pour la sociabilité de ses habitants, n’en finit pas, depuis son premier récital à l’âge de sept ans, de déployer les multiples facettes de son talent. Auteur-compositrice-interprète, elle a été lauréate du Grand Prix d’interprétation du Festival international de la chanson de Granby au Québec et d’un prix Yves Montand en France. Directrice artistique, elle conçoit et organise de nombreux spectacles multiculturels et multidisciplinaires. Un spectacle « Jazz et chanson » l’a conduite en orient et en extrême-orient. Elle se produit à la télévision et à la radio, en France et au Québec.

Militante infatigable pour la paix, la coopération des peuples et la cause des femmes, elle a participé à la marche des femmes et conduit une mission en Irak.

Et ce n’est pas tout ! Soucieuse de faire partager sa passion pour le piano, elle a même conçu une méthode d’apprentissage pour adultes…

Nicole Cortesi-Grou

* 7-9 rue Francis de Pressensé – M° Pernety

 01 45 40 07 50 – 15 € /TR12 €