Archives de catégorie : BD Coup d’œil dans le rétro

« XIII » – Intégrale 3/5, vol. 9 et 10

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de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

L »album 8 nous a livré l’identité du Numéro I et celle, véritable cette fois, de XIII, fils du journaliste John Mac Lane, assassiné vingt ans plus tôt par les membres du KKK local en raison de ses idées de gauche. Mais rien n’est résolu pour autant. Jason Mac Lane, l’as du contre-espionnage, reste atteint d’une amnésie antérograde. Que s’est-il passé durant les six années pendant lesquelles il a disparu des écrans radars, pour réapparaître sous les traits d’un certain Jack Shelton, suspect principal dans l’assassinat du président William Sheridan ?

XIII, on le sait, a par la suite été blanchi, et même engagé par son successeur, Walter Sheridan, pour découvrir l’identité du Numéro I. Mission accomplie, mais un coup d’épée dans l’eau, puisque celui par qui tout est arrivé a usé de son influence pour que la commission d’enquête classe le dossier. Le Numéro 1 n’a jamais existé.

Page 5L’album suivant débute par une réunion dans les bureaux d’une mystérieuse société d’affaires, la Minerco. Jason Mac Lane est sur la sellette. C’est l’homme qu’il nous faut (…) un homme sans passé, surentraîné, qui manie n’importe quelle arme et parle couramment l’espagnol. Et où se trouve la meilleure école de guérilla en Amérique latine ? À Cuba. Et de montrer une photographie sur laquelle on voit un homme mort, étendu dans une flaque de boue.

On apprendra plus tard qu’il s’agit du « Cascador », un héros de la révolution costaverdienne, exécuté trois ans auparavant par les hommes du général Ortiz, mais toujours vivant dans le cœur du « petit peuple ». Il suffira de convaincre XIII (alias, alias, alias…) qu’il est El Cascador (Brian Kelly à l’état civil) et qu’il a pour mission de…

Le Padre-guerillero Jacinto va s’en charger. Mais n’allons pas trop vite.Page 11

Petit détail qui aura forcément son importance : il est dit au cours de cette réunion que l’on a trouvé aucune trace de la naissance de Jason Mac Lane dans les registres de l’Etat Civil et qu’on n’a aucune photographie de lui datant de la période antérieure à son recrutement par le contre-espionnage, lorsque, pour les besoins de la cause, son aspect physique a été modifié afin de lui permettre de confondre le commanditaire de l’assassinat du président Sheridan.Page 7

Direction San Miguel donc, où Jason vient d’atterrir. Fort de la mission qui lui a été confiée par la Minerco, sans qu’il en devine la finalité réelle, Jason a pris l’apparence d’un trafiquant d’armes nommé Karl Meredith, en affaires avec Ortiz. Peu de temps après son arrivée, il apprend du père Jacinto que six ans plus tôt, il a épousé une certaine Maria Isabel de los Santos, fille de l’ex président du Costa Verde, et que la jeune femme est emprisonnée dans les geôles d’Ortiz. Elle doit être prochainement exécutée. Selon Jacinto, Jason et El Cascador ne seraient qu’une seule et même personne.

Avec un amnésique, on le sait, tous les coups sont permis et beaucoup ont intérêt à le lui faire croire et à œuvrer dans ce sens. Seule Maria connaît la vérité. Reste pour lui à s’introduire dans la place (ou à y être emprisonné), et le tour sera joué. Encore que…

El Cascador (Vol. 10)
El Cascador (Vol. 10)

Anne Calmat

To-day

« XIII » – Intégrale 2/5, vol. 6 à 8

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de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

XIII est maintenant à Greenfalls sous le nom de John Fleming (voir épisode précédent), avec entre les mains le dossier que lui a remis le général Carrington.

Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour revenir, Jason ? lui a dit Zacharias « Zeke » Hattaway, l’ex rédac chef du Mountain News pour lequel aurait travaillé le père de XIII, Jonathan Fly, avant d’être exécuté par le KKK. Le vieil homme est maintenant aveugle, mais il est certain d’avoir reconnu le fils de son ami assassiné en la personne de celui qui est venu lui demander des renseignements sur lui.

Ainsi XIII, alias Steve Rowland, Jake Shelton, Ross Taner, John Fleming, etc., se nommerait Jason Fly, et la boucle serait en partie bouclée ? Wait and see.

D. S. Rigby
D. S. Rigby

Leur rencontre n’est pas passée inaperçue dans la petite ville des Rocheuses et on comprend rapidement qu’au moins deux hommes, dont Dwight Rigby, le magna local, ont tout intérêt à ce que Hattaway passe pour un vieux chnoque qui déraille, et que Flemming aille fouiner ailleurs. Zeke va être hospitalisé arbitrairement et Flemming, étroitement surveillé par le patron de l’hôtel dans lequel  il est descendu.6TM0tYlqsQRKkOTmeAuY9JAyFDSSXRnU-page5-1200Pendant ce temps, deux des tueurs de la Mangouste viennent d’arriver à Greenfalls, bien déterminés à régler définitivement son compte à XIII. Ce sera du gâteau a affirmé le premier. Ils vont, on s’en doute, s’y casser les dents.

XIII a passé la nuit ailleurs et la bombe placée dans sa chambre explose au nez du patron de l’hôtel, venu chercher des indices. Résultat des courses,  XIII-Fleming est accusé de meurtre.

Jones
Jones

Le Major Jones, agressée chez elle peu de temps auparavant par les deux tueurs, qu’elle a mis en fuite, n’est heureusement jamais très loin, et les murs d’une prison ne sont pas infranchissables.

xiii-tome-7-la-nuit-du-3-ao-tDans l’album 7, Jones et XIII (que nous appellerons Jason jusqu’à nouvel ordre) ont les hommes de la Mangouste et la police locale aux trousses. Ils se sont réfugiés chez Judith, l’une des conquêtes de Fleming.

Judith
Judith

JMJnnIz9mDYhCO8pNitw6ZD4ZPRZBzBK-page6-1200Il se rend chez Zeke, qui a été hospitalisé sous un prétexte fallacieux, et y découvre de vieilles coupures de presse et un cahier, destiné à Jason lorsqu’il serait en âge de comprendre ce qui est arrivé à son père.

Le cahier relate la vie de Jonathan Fly et de son fils Jason depuis le jour de leur arrivée à Greenfalls vingt ans plus tôt. Jason apprend que son père était en réalité le grand Mac Lane, connu pour ses articles en faveur des Mountroses (transposition de l’affaire Rosenberg), accusés à tort de complicité avec les soviétiques pendant la Guerre froide. Cette prise de position, jugée trop à gauche, lui avait valu d’être emprisonné, ce qui explique son changement d’identité et son départ de New York pour Greenfalls, où il allait mourir dans l’incendie de sa maison, après avoir été lynché par les représentants du KKK local, avec à leur tête ceux-là mêmes qui redoutent que Fly-Flemming ne découvre la vérité.

Zeke, devenu le meilleur ami de Jonathan, puis une sorte de père de substitution de Jason, a assisté impuissant à la scène, il consigné les événements dans un cahier destiné à Jason.xiii-tome-8-treize-contre-un

À la fin du vol. 7 et au début du suivant, Rigby n’a rien perdu de son immense potentiel de nuisance et la Mangouste a été emprisonné. Une fois encore, les murs des prisons ne sont pas infranchissables…

la Mangouste
la Mangouste

Quant à Jason, il a reçu tous pouvoirs de la part du président Walter Sheridan pour identifier le numéro I. Mais ceci est une autre histoire.

A.C.

Intégrale vol 2, env. 200 p., 34,90 €

To-day

 

« XIII » – Intégrale 2/5, vol. 5 – Ed. Dargaud

Couverture-2de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin).

Dans l’Intégrale 1, un homme au look de baroudeur se retrouve, sans nom, sans passé, sans souvenir, dans un lieu inconnu. Il a reçu une balle de révolver dans la tempe. Seul début d’indice pour lui permettre de découvrir qui il est, le chiffre XIII tatoué sous la clavicule gauche. XIII découvre rapidement qu’une bande de tueurs, emmenée par l’insaisissable Mangouste, est à ses trousses et que de hautes personnalités civiles et militaires semblent plutôt enclines à le protéger. Pourtant, celui qui a assassiné le président William Sheridan peu de temps auparavant lui ressemble trait pour trait et ils ont les mêmes empreintes digitales. XIII ne serait autre que Steve Rowland, un militaire pourtant jugé d’exception, mort deux ans auparavant dans un accident d’hélicoptère pour les uns, toujours vivant pour les autres.

On apprend plus tard que le tatouage en question est un signe distinctif de l’organisation qui a commandité l’assassinat (selon le même scénario que pour JFK) ; reste à identifier ceux qui portent les autres numéros, et surtout le numéro 1.
Les dernières planches nous en disent plus sur Steve Rowland, alias Jake Shelton, Ross Taner (et bientôt Jason Fly), sans que XIII ait pour autant la moindre idée des raisons qui l’auraient poussé à éliminer le président Sheridan.Page 8

Face aux assauts répétés des « forces du mal », XIII, toujours amnésique, est envoyé, sous le nom de Ross Taner, dans le camp d’entraînement des SPADS (Special Assault Destroying Sections), que dirige le redoutable Mac Call, mais l’hélico à bord duquel il a pris place a un accident. La très séduisante major Jones et le sergent Betty Barnowsky sont également du voyage. Toutes deux en pincent bien entendu pour le beau ténébreux aux muscles d’acier.Page 14

Ils sont acheminés vers leur destination par un certain Emiliano… qui ne se trouvait pas là par hasard.

Page 5L’Intégrale n° 2 débute avec les obsèques du père du président assassiné, Henry Sheridan, patriarche self-made man riche et puissant, qui n’est pas sans évoquer le père de JFK. Un homme tire sur le sénateur Walter Sheridan, prétendant face au vice-président Galbrain à la succession de son frère à la Maison Blanche. Pas de quartier, l’homme (un photographe) est abattu d’une balle en pleine tête par un tireur d’élite. Sheridan, lui, n’est que blessé. À qui profite le crime ?

Un groupe de comploteurs, emmené par Mac Call et le conseiller Calvin L. Wax, connu pour ses sympathies néo-fascistes, s’apprête à assassiner Galbrain et à instaurer un gouvernement digne de la « Grande Amérique ». Le général Carrington, soutien sans faille de XIII, est arrêté pour haute trahison par ceux-là mêmes qui veulent le pouvoir.Page 20XIII, Jones et Betty sont parvenus à regagner les EU. Aidés par Walter Sheridan, ils déjouent le complot et l’identité du N° II apparaît au grand jour. Reste à identifier le Numéro I et à découvrir qui se cache derrière celui qu’on appelle la Mangouste…

Une page noircie de trahisons en tous genres vient d’être tournée, Galbran a renoncé à se présenter aux sélections et c’est sans réelle surprise que Walter Sheridan va succéder à son frère. Pour XIII, le chasseur chassé qui enquête sur lui-même, c’est toujours le brouillard à couper au couteau. Qui est-il ? Pourquoi continue-t-on à le traquer ? Des noms ont été rayés de la liste mais d’autres restent en suspens ou sont sur le point d’apparaître – Van Hamme nous livre les informations au compte-goutte.

XIII ne sait pas encore que les épreuves qu’il vient de traverser ne sont rien à côté de celles qui l’attendent dans les épisodes suivants. Le Dossier Jason Fly (vol. 6) lui en dira peut-être un peu plus sur lui. xiii-tome-6-le-dossier-jason-fly

Welcome to Greenfalls, où XIII est censé avoir passé son enfance.

A.C.

Intégrale vol 2, env. 200 p., 34,90 €

To-day

« XIII » – Intégrale 1/5, vol. 1 à 4 – Ed. Dargaud

Page 3Partis pour un grand plongeon dans la mer le l’Intranquillté, à la (re)découverte de la série culte créée dans les années 80 par Jean Van Hamme (scénario) et William Vance (illustrations) et regroupée en 5 intégrales aux Ed. Dargaud en 2014 ?

Dans le volume 1, intitulé Le Jour du soleil noir, celui que l’on désigne sous le nom de XIII a été retrouvé inanimé sur une plage. Une blessure par balle à la tempe gauche l’a rendu amnésique ; seules traces de son passé, ce chiffre romain tatoué sur la clavicule et une clef cousue dans le col de sa chemise. Ceux qui l’ont sauvé vont rapidement être éliminés par une bande de tueurs professionnels lancée à ses trousses, sans qu’il en comprenne la raison.Page 12À l’instar du roman de Robert Ludlum, La Mémoire dans la peau et de la non moins culte série télévisée des années 80, Le Prisonnier, XIII a semble-t-il appartenu à un service on ne peut plus secret. Des forces antagonistes ont maintenant toutes les raisons de souhaiter le récupérer ou l’éliminer.

L’assassinat peu de temps auparavant du président William Sheridan n’est pas sans rapport avec ce qui prend, dès les premières minutes du récit, des allures de traque à mort. D’autant qu’un film amateur tourné au moment du drame montre un homme qui lui ressemble étrangement, l’arme du crime à la main. Des investigations plus poussées font apparaître que les empreintes digitales de XIII et celles du tueur sont identiques.

Cet homme – un militaire d’exception formé au combat dans les troupes d’élite de l’armée américaine –  se nomme Steve Rowland. Pour les uns, il a été tué dans l’explosion de son hélicoptère, pour les autres, il est en toujours en vie…

Page 22Ne comprenant toujours pas les raisons de ce déchaînement de violence autour de lui, mais manifestement de taille à envoyer tous ses adversaires au tapis, XIII va finir par identifier la maison qui correspond à la clé trouvée sur lui, et qu’il occupait auparavant sous le nom de Jack Shelton. De nouveaux indices l’y attendent, mais pas seulement. Un lieutenant de police ripou va tenter de récupérer une somme faramineuse qui a été planquée dans un coffre à la National Trust Bank (l’argent du « contrat » ?), puis des tueurs à la solde de celui qu’on appelle « La Mangouste » vont à nouveau tout faire pour l’éliminer. Pour finir, XIII va exfiltré par des agents du « Service fédéral de recherche » dont dépend  un certain colonel Amos. Ce dernier espère qu’il l’aidera à remonter jusqu’au chef de l’organisation qui a mis au point l’opération dite « Soleil noir » : l’assassinat du président…

Mais à qui se fier ?p.16Après  une incursion dans le nid de vipères qu’est la famille Rowland, une accusation de double meurtre, plusieurs agressions dans les règles de l’art et quelques séances d’électrochoc destinées à lui faire recouvrer la mémoire (entre autres réjouissances), XIII, alias Steve Rowland, Jake Shelton ou Ross Tanner va poursuivre sa quête d’identité et tenter de démêler le vrai du faux. D’autant que l’élection d’un nouveau président se profile et que les prétendants au titre sont loin d’être des enfants de chœur… À suivre.

Anne Calmat

200 p., 34,90 €

To-day

 

 

 

Alcibiade (suivi de) Le Pantin noir

ÉTÉ 2016 : COUP DE PROJO SUR 2 ALBUMS JEUNESSE

alcibiade_carreAlcibiade de Rémi Farnos (texte et illustrations) – Ed. La Joie de lire (sept. 2015)

Un paysage de moyenne montagne, une route qui serpente au milieu des champs, au loin, un village. Alcibiade, haut comme trois pommes, marche d’un pas décidé, son baluchon fixé au piolet qu’il tient en équilibre sur ses frêles épaules. Il salue au passage Sigismond et lui apprend qu’il part vers l’Est « à la recherche de Celui qui lui révèlera son destin ». Un voyage qui va s’étaler sur plusieurs années. Sa rencontre avec Assatour, le condor, sera déterminante dans la réalisation de son rêve, somme toute assez universel.
Mais là encore, il lui faudra attendre plus longtemps que prévu.

Il y aura aussi Akim, le forgeron. Akim a mis au point une armure qui grandit avec son propriétaire. L’enfant est donc fin prêt pour le parcours du combattant.
Alcibiade et Assatour, devenus inséparables, vont devoir s’attaquer à la longue et incontournable chaîne des Lapages, appelée également « La Mâchoire du requin ».  Arrivés à son dernier sommet, le redoutable Minotaure – une montagne à lui seul -, tapi au fond d’un labyrinthe, les attend…Al

Au fil du temps, les exploits du jeune Alcibiade sont devenus légendaires ; cependant, c’en est une tout autre version qu’il découvrira lors de son retour parmi les hommes…
Alcibiade n’est certes ni Thésée ni David, et les noms des grands philosophes lui sont encore inconnus, peu importe, la valeur de vérité d’un mythe n’est-elle pas secondaire lorsque celui-ci permet à une société de réviser nombre de ses idées reçues ?
Cette fable philosophique, ponctuée de dialogues savoureux, a toutes les chances de remporter les suffrages d’un large lectorat.

Anne Calmat

40 p., 10 € alcibiade_INT-9

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Le Pantin noir de S. Corinna Bille (texte) et Hannes Binder (dessins) – Ed. La Joie de lire (2014)

Luce a fait une fugue. Le matin-même, sa maman lui a crié : Tu es méchante. Je voudrais te piler en petits morceaux. L’enfant va par les sentiers valaisans, fait des rencontres, puis finalement, se ravise et regagne la demeure familiale. Cette mère adorée de tous aura à peine le temps d’enseigner à sa fille la beauté de la vie en toutes circonstances, avant d’être emportée par la maladie.

pantin_noir_INT-1Deux ans plus tard, sa rencontre d’un soir  avec « le Pantin noir », un montreur de marionnettes, va bouleverser la vie de Luce. Le lendemain, le jeune homme a quitté le village. Mais alors, qui est celui qu’elle aperçoit de sa fenêtre quelques jours plus tard, et qui semble la regarder avec insistance ? Mais est-ce vraiment Luce qu’il regarde ?

pantin_noir_INT-5L’auteure de cet album singulier, envoutant à bien des égards, a su aborder les thèmes de la mort et de l’éveil à l’amour avec une subtile simplicité. Son style soutenu met en valeur cette fable aux différents niveaux de lecture, emplie d’émotions troubles et fortes, qui devrait, là encore, plaire à un large lectorat.

Les superbes illustrations noir et blanc en pleines pages de Hannes Binder évoquent fortement le monde fantastique et multidimensionnel du graveur Hollandais M.C. Escher.pantin_noir_INT-2

A.C. in Témoignage Chrétien, 2014
72 p., 16 €

To-day

La Nuit de la Saint-Jean

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Coup d’oeil dans le rétro…

La Nuit de la Saint-Jean de Reetta Niemensivu (scénario et dessin) – Ed. Cambourakis –

Il y a des images ou des sensations qui renvoient instantanément à des épisodes à jamais inscrits dans notre mémoire. Un air de musique ou le parfum entêtant d’une fleur et c’est tout un pan de notre vie qui ressurgit.

Dans cette BD autobiographique écrite sous la forme d’un long flash-back, un gros orage est venu troubler la quiétude d’une soirée familiale. La grand-mère de l’auteure se souvient de celui, plus terrible encore, qui changea le cours de son existence, alors qu’elle sortait à peine de l’enfance.

Autrefois, raconte-t-elle, le solstice d’été était – et demeure – une source de fantasmes pour beaucoup de filles et de garçons. Fantasmes réalisables, croyaient-ils, par la pratique de rites d’envoûtement, issus de traditions païennes.image_suhde_tammikuu
Sur les premières planches de l’album, deux groupes d’adolescents s’observent en catimini. Ils font leur choix, élaborent des stratégies d’attaque, elles font mine de regarder dans une autre direction.

Le souvenir de rites ancestraux, censés attirer les faveurs de l’élu(e), vient alors en renfort : cueillir une fleur de fougère la nuit de la Saint-Jean apportera richesse, amour et bonheur éternel à celui ou celle qui l’a dénichée. Enfouir son corsage dans une fourmilière pendant trois nuits consécutives donnera un pouvoir de séduction à nul autre pareil. Se rouler nue dans un champ de seigle conduira immanquablement à l’être aimé. Certaines jeunes filles y croient, d’autres non. Les garçons optent en général pour des « travaux d’approche » plus expéditifs.

La Saint-Jean coïncide ici avec la Confirmation des adolescentes, (l’équivalent chez les luthériens de la Communion solennelle des catholiques).  Presque tous les villageois sont réunis dans la paroisse pour assister à la cérémonie, qui selon la tradition s’achèvera par un immense feu de joie sous le soleil de minuit. L’arrivée d’un nouveau pasteur, dont ce sera le premier prêche, ajoute encore à l’exaltation générale.

Mais il va en être tout autrement.

L’auteur finnoise livre un album étrange et décalé, qui ne manque pas charme. Le trait, tout en rondeurs, et les dessins à dominantes brun clair, sépia et blanc servent particulièrement bien cette histoire, dont l’issue déroutera probablement plus d’un lecteur, quant au sens à lui donner.
A. C.
94 p., 18 euros

 

Shackleton l’Odyssée de l’Endurance (suivi de) Hommes à la mer

Après Taïpi un paradis cannibale, attardons-nous quelques instants sur ces poètes-voyageurs qui ont laissé une trace écrite de leurs pérégrinations sur toutes les mers du globe, ou sur ceux qui, voyageurs immobiles, nous ont fait rêver…

shackleton-couvShackleton L’Odyssée de l’Endurance – Texte et dessins Nick Bertozzi – Ed. Cambourakis (janv. 2015).

Janvier 1914. Le très obstiné Ernest Shackleton expose une nouvelle fois son projet devant les membres de la Royal Geographic Society : traverser l’Antarctique, pour ensuite rallier le pôle Sud à pied. Fadaises disent les uns. La troisième fois est toujours la bonne rétorquent les autres.124
Des fonds sont finalement levés et une équipe de vingt-huit hommes et trente-quatre chiens, constituée. Le 4 août 1914, l’Endurance est prêt à lever l’ancre.

Le trois-mats goélette se fraie à présent un chemin dans les eaux glacées de la mer de Weddell, mais rapidement l’épaisseur du pack se révèle plus importante que prévu. Ne pouvant résister à la pression de la glace qui enserre et broie ses flancs, le bâtiment s’immobilise. Commencent alors pour l’équipe, plus soudée que jamais, des mois d’attente dans la nuit australe. Le retour du soleil fera en partie fondre la glace… et irrémédiablement sombrer le navire. Matériel et vivres ont cependant échappé au naufrage, il est temps de charger les traîneaux et de se mettre en route. L’aventure ne fait que commencer, elle se poursuivra et entraînera le lecteur jusqu’à ce matin du 30 août 1916 où les naufragés seront embarqués à bord d’un navire chilien.

Entre-temps, que de moments intenses à découvrir au travers de ce récit captivant, illustré avec force détails par l’Américain Nick Bertozzi !

A.C.

128 p. 19 €

imagesC’est pas l’homme qui prend mer, c’est la mer qui prend l’homme

Hommes à la mer de Riff Reb’s (adaptation et dessins), Ed. Soleil (déc. 2014).

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Dernier opus d’une trilogie maritime débutée en 2009, l’album comprend cette fois huit adaptations de nouvelles et sept extraits de grands textes de la littérature classique. Parmi les auteurs, plusieurs ont eux-mêmes entretenu un rapport étroit et durable avec la navigation en haute mer : Jack London, Joseph Conrad, William Hope Hodgson, Pierre Mac Orlan…

Hommes_Planche_1Certains récits ont une tonalité à la fois fantastique et symboliste. Politique également. Ils parlent de galériens, de contrebandiers, de mercenaires, d’hommes d’hier et d’aujourd’hui, prêts à en découdre avec la terre entière pour survivre. Ils questionnent sur la nature de l’être humain et sur sa dualité.

Riff Reb’s a su restituer toute la profondeur des œuvres initiales et en traduire le lyrisme et la poésie. Le graphisme est nerveux, le trait, contrasté et précis. Un jeu subtil de couleurs presque monochromes marque chaque épisode d’un sceau particulier. Les doubles pages qui illustrent les extraits de textes frôlent la perfection. Ci-dessous, L’Odyssée (Homère).

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A.C.

116 p., 18 €

 

 

 

Baci dalla Provincia

hanno-ritrovato-la-macchina-cover-1024x770de Gipi (textes et illustrations) – Ed. Futuropolis, 72 p., 16 €  –

L’album, dont la tonalité évoque le cinéma néo-réaliste des années 50, réunit deux récits, écrits et illustrés par Gipi (Gian Alfonso Pacinotti) en 2005 et 2006 : Les Innocents et Ils ont retrouvé la voiture.

Trainer dans la rue. Faire partie de la bande. Pendant des années, nous n’avons pas cherché autre chose. (…) Il y avait la rue, avec ses lois inconnues et ses figures menaçantes. Et il  avait nous qui étions encore innocents, jusqu’à preuve du contraire, peut-on lire sur la 4ème de couverture.

bons_baisers_de_la_province-11_telLes personnages tentent de faire table rase d’un passé qui leur colle à la peau. Il y est question de violences policières, d’un forfait, d’amitiés trahies, sans que l’auteur en précise la nature exacte. Qu’est-il arrivé à Valerio, pour qu’à sa sortie de prison, il n’ait qu’un seul objectif : se venger de ceux qu’ils l’y ont envoyé ? Qu’y avait-il de compromettant dans cette voiture inopportunément retrouvée, pour que les héros se sentent menacés au point de commettre l’irréparable ?bons_baisers_de_la_province-9_tel

Si la vérité nous est en partie dévoilée, ou apparaît en filigrane, le lecteur a tout le loisir d’éclairer à sa convenance les zones d’ombres  » épaisses comme les parpaings d’un Enfer en construction  » de ces deux « courts-métrages graphiques »;

L’écriture distanciée de Gipi, la forte expressivité de ses dessins, son univers à la fois poétique et douloureux séduiront une nouvelle fois les admirateurs du maestro de la BD italienne, et probablement ceux qui le découvriront.

A. C.

Visuels © Futuroplis, 2014 et Coconino Press, 2005-2006

Baci dalla provincia  Gli innocenti (seguito da)  Hanno ritrovato la macchina – Fandango Ed. Cocomino Press

Due brevi racconti di Gipi sulla fine dell’innocenza, la rabbia giovane, il passato che ritorna sullo sfondo : crimini e amicizie tradite.

Stare in strada. Essere nella banda. Per anni, noi ragazzi non abbiamo desiderato altro… C’era la strada, c’erano leggi sconosciute e personaggi prepotenti. E c’eravamo noi, ancora innocenti, fino a prova contrariabaci

In Baci dalla provincia c’è tutto il talento narrativo di Gipi in sole 72 pagine, spesse e consistenti come il cartonicino che le ospita.

 

couve_en_descendant_le_fleuve_telÉgalement chez Futuropolis (oct. 2015)

 

En descendant le fleuve – Diario di fiume 

Rubrique « On a aimé »

 

 

To-day

 

Shutter Island

shutterd’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir, 128 p., 19€

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

9782203007758_pb3Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres. Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.
shutterislandp_De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Une tempête est annoncée, les fédéraux sont condamnés à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée. Les protagonistes de ce huis clos lancinant et captivant vont dès lors évoluer dans une pénombre qui va se transformer en nuit menaçante.

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

L’identité même des enquêteurs est mise en question par un jeu d’anagrammes révélateurs ; le passé se réécrit sous forme d’accusation de l’accusateur, qui se retrouve face à une identité qu’il récuse.

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

To-day

L’Écume des jours

ECUME DES JOURS - C1C4.inddd’après le roman de Boris Vian, scénario  Jean-David MorvanFrédérique Voulyzé, dessin Marion Mousse – Ed. Decourt, coll. Mirages, 17,95 €

Visuels © Delcourt, 2012, Morvan, Voulzy, Mousse

Boris Vian qui, depuis les années 50, a inspiré plusieurs générations, garde au fil du temps ses admirateurs et s’en fait de nouveaux, ainsi qu’en témoignent les multiples rééditions de L’Écume des jours* et ses adaptations pour le cinéma, le théâtre et la bande dessinée.

ECUMEDESJOURS_02-page-001Celle-ci fait revivre avec fidélité le texte pétillant et protéiforme de celui que d’aucuns considèrent comme l’une des personnalités artistiques et littéraires les plus remarquables de l’après-guerre.

Tout commence dans une atmosphère d’une incroyable légèreté. Colin, jeune homme fortuné (son coffre-fort contient la coquette somme de cent mille doublezons), vit dans son bel appartement équipé d’une machine à faire la cuisine et d’un « pianocktail ». À chaque note, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace (…).

Et si l’on joue un peu trop « hot », en appuyant sur pédale forte, il tombe des morceaux d’omelette, et c’est dur à avaler…

ECUMEDESJOURS_03-page-001Son confort est assuré au quotidien par Nicolas, son cuisinier-maître d’hôtel au parler alambiqué, comme les plats qu’il élabore.

Colin court les patinoires, les conférences et les réceptions où s’gitent ses amis : Chick son double, jeune ingénieur sans le sou, Alise la nièce de Nicolas, et la honte de sa famille car elle a délaissé la philosophie pour l’art culinaire. Et déjà, on s’interroge : Alise-Sainte-Reine, Alésia ?

Et surtout, Isis Ponteauzane, avec ses lunettes noires et son patronyme transparent, elle nous prévient, par le biais du classique pont aux ânes, que la solution du mystère, nous l’avons sous le nez.

Nous verrons que ce virtuose du travestissement verbal aime à multiplier les signaux et les pistes.

ECUMEDESJOURS_04-page-001Chez les parents d’Isis, Colin rencontre la jeune et ravissante Chloé. Subitement, le zazou décontracté aux vêtements trop larges se mue en amoureux transi. Chloé, c’est aussi le titre d’un enregistrement du prestigieux Duke Ellington, que Vian, lui-même trompettiste de talent, admirait tant et dont il est devenu l’ami.

Chick est lui à la lisière entre deux mondes : il a rencontré Alise à une conférence de Jean-Sol Partre – on reconnaît dans cette contrepétrie le nom du pape de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre. Depuis, le jeune homme collectionne les éditions les plus saugrenues des oeuvres du Maître, comme Le Vomi, imprimé sur un papier réservé généralement à un autre usage. On reconnaîtra là encore La Nausée, un titre de Sartre qui surnage dans les mémoires. Chick achète à prix d’or des « reliques » de Jean-Sol : pipes portant SES empreintes digitales, pantalons élimés, chaussures trouées. Il ne tarde pas à se retrouver sur la paille.ECUMEDESJOURS_05-page-001

L’écrivain-musicien, qui semblait condamné à l’insuccès auprès du grand public, par le succès même de son double littéraire, Vernon Sullivan, s’était peu à peu intégré à l’entourage de Sartre, qui avait su discerner l’inspiration et le talent derrière la caricature. Le philosophe n’avait pas hésité à le soutenir pour le prix de la Pléiade, dont le jury avait finalement préféré un ouvrage moins original**.

Tout va bien jusqu’au mariage de Chloé et Colin mais, lorsqu’ils partent en voyage de noces, l’histoire s’ouvre sur un extérieur qui n’est plus aussi joli que leur petit aquarium parisien. La route, trop endommagée, est impraticable, il leur faut traverser des mines de cuivre et toutes leurs horreurs. Tout au long du voyage, la nature s’asphyxie lentement, Chloé est prise de douleurs à la poitrine de plus en plus violentes – Chloé est aussi une des épithètes de Déméter, la déesse de la végétation, de la nature.

ECUMEDESJOURS_13-page-001Boris Vian n’y va pas de main morte. Peut-être vivait-il à l’époque charnière où tout a commencé à basculer. Il aura annoncé à sa manière la destruction de l’environnement plusieurs décennies avant la prise de conscience mondiale.

Retour précipité chez Colin. On appelle des médecins, tous plus farfelus les uns que les autres. Diaforus, le médicastre inventé par Molière, semble revenu d’entre les ombres du XVIIIe siècle, de même que Toinette, servante déguisée en médecin, diagnostiquant le poumon, le poumon !

Un traitement par les fleurs a été suggéré, les amis de Chloé lui en apportent, Colin également, par brassées. Ses doublezons fondent comme neige au soleil…

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La suite est à découvrir (ou à retrouver) dans l’album de Voulyzé, Morvan et Mousse. Tous trois ont parfaitement mis en valeur les trouvailles extravagantes et les nombreux effets comiques de ce conte cruel aux tonalités surréalistes, ce qui fait que le rire nous secoue au milieu du drame, dont les comparses ne sont, somme toute, que l’écume des jours.

Jeanne Marcuse

  • Le roman, paru en 1947,  s’est vendu à deux millions d’exemplaires, en France et à l’étranger.
  • Terres d’exil**, recueil de poèmes de Jean Grosjean

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

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de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

Copyright Dargaud

To-day

 

 

Dures à cuire

Dures a- cuire couv50 femmes hors du commun qui ont marqué l’Histoire de Till Lukat – Ed. Cambourakis,

Elles ont été samouraï, cosmonaute, résistante, agent secret, conductrice de chiens de traîneaux, gangster, toréro… Elles ont brûlé la vie par les deux bouts et se sont parfois brûlé les ailes. Leurs noms ? Tomoe Gozen, Cléopâtre, Marie Curie, Rosa Parks, Simone de Beauvoir, Linda Lovelace, Tina Turner…Postillon

Till Lukat les a croquées en deux temps trois mouvements – et manifestement savourées : une effigie de l’élue sur la page de gauche, et sur celle de droite, un épisode emblématique de sa vie, en quatre cases et quelques bulles.

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reine des bandits2Cinquante portraits de femmes, entrecoupés de planches didactiques, qui prolongent les informations données précédemment.

On apprend par exemple que Anne Mc Cormac-Bonny, maîtresse du célèbre pirate Jack Rackham, pouvait le dépasser en intrépidité, ou bien que la pilote allemande de haute-voltige, Beate Ushe, est à l’origine de l’ouverture du premier sex-shop au monde dans les années 50.

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On passe allègrement d’un millénaire à l’autre, on côtoie Anne Nzinga, reine des royaumes de Ndongo et de Mataba, Mary Norris sauvée des griffes des redoutables « Magdelene Sisters », ou bien encore, Belle Starr, amie de coeur des célèbres frères James, devenue elle-même une redoutable hors-la-loi.

D’autres noms plus familiers surgissent des plis de notre mémoire : Marie Curie, Christine de Suède, Ulrike Meinhof, Valentina Tereshkova… Avec en point d’orgue, Malala Yousafzai, Prix Nobel de la Paix en 2014 à l’âge de dix-sept ans.

simone de beauvoirIl manque bien sûr nombre de figures incontournables du patrimoine de l’humanité – à chacun son panthéon  – mais ce premier « catalogue », dont on peut raisonnablement penser qu’il sera suivi par d’autres, est là pour nous rappeler, parfois avec humour et effronterie (la reine Beauvoir sur son « trône » !), que ces femmes ont toutes voulu être actrices de leur propre vie.

A. C.

128 p., 15 € 

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http://www.lukat-land.de

 

 

 

 

 

Les 110 ans d’Annaïck Labornez…

41cLu4zuOVL._SX363_BO1,204,203,200_Bécassine Une Légende du siècle de Bernard Lehembre et Joseph-Porphyre Pinchon – Musée de la Poupée*, 168 p., 29 € –

ccf18022015_00003_1Annaïck Labornez, née en février 1905 à Clocher-lès-Bécasses, plus connue sous le nom de Bécassine, ne sait pas lors de sa première apparition, qu’elle va devenir l’un des personnages les plus connus de la bande dessinée.

La brave petite Bretonne, tout à la fois naïve et dévouée, servante au grand coeur, traverse avec succès tout le XXe siècle et joue les prolongations au XXIe. Autour d’elle gravitent quelques personnages hauts en couleurs, parmi lesquels se distinguent la célèbre marquise Grand-Air et sa fille adoptive Loulotte. »*

1905, c’est l’année de la première publication d’un magazine destiné aux petites filles, intitulé la Semaine de Suzette. Les circonstances vont amener Suzette et Bécassine à faire un bout de chemin ensemble. À quelques jours de sa mise en vente, la dernière page du mag est toujours blanche. Que faire ?

Maurice Languereau (alias Caumery à partir de 1913), neveu de l’éditeur de « la Semaine« , écrit à la hâte l’histoire d’une petite campagnarde un peu gauche et ingénue – mais qui s’avèrera par la suite plutôt finaude – fraîchement débarquée dans la Capitale. On fait appel au seul dessinateur présent, Emile-Joseph Pinchon, et hop ! le tour est joué… et la carrière de Bécassine, lancée.

UnkL’Erreur de Bécassine (titre de cette page) va être un succès immédiat. La gamine au visage rond et aux yeux en forme de boutons de bottine aura par la suite plusieurs papas et une maman. Elle va participer à la Seconde Guerre Mondiale (ses albums, jugés subversifs par les Allemands seront saisis), voyager, mener des enquêtes, faire de l’escalade, pouponner, piloter un avion, fêter ses 90 ans, ses 100 ans, puis ses 110 ans. Une « véritable fresque proustienne« , écrira Francis Lacassin dans le Magazine Littéraire de janvier 1969.Couv_107628

Dans l’esprit de Caumery, il s’agissait simplement de divertir les jeunes lectrices de la Semaine de Suzette, mais Bécassine va, presque à son insu, damer le pion à toutes ses concurrentes potentielles et régner en maître sur l’hebdo qui l’a vue naître. Puis partir vivre sa vie sous d’autres cieux dès 1913.

« Son » dernier album, Bécassine au studio, a été réédité en 2005 (on l’avait découvert sous cette forme en 1993), suivi en février 2015 de Bécassine Une Légende du siècle (réédition). Rendez-vous en 2025 ?

A.C.

Unknown

  • Musée de la Poupée – 28 rue Beaubourg, Paris 3e
  • « La Bande dessinée » de Patrick Gaumer et Claude Moliterni (Ed. Larousse, 1994)