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Pleins feux sur Thierry Murat

Thierry Murat est auteur de bandes dessinées et illustrateur de livres pour enfants. Aux éditions Futuropolis, il a notamment publié : Animabilis (En librairie le 1er nov. 2018), EtunwAn Celui Qui Regarde (juin 2016), Le Vieil homme et la mer (oct. 2014), Au vent mauvais (mars 2013), Les larmes de l’assassin (nov. 2011).

© T. Murat/Futuropolis, 2018

Animabilis 

ANIMABILIS : vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant… Du mot latin anima (âme, vie, air….), suivi du suffixe bilis, qui lui donne une fonction d’adjectif.

                      Cicéron, 1er siècle av. J.C.

Il neige fort ce jour de décembre 1872. Un jeune homme cherche sa route en direction de Hauwton Brigde, un village perdu du nord Yorkshire. Il est Français, journaliste et vient enquêter sur des choses bizarres qui ressurgissent ici depuis quelques temps.

Sa première rencontre se fait avec une corneille qui lui abandonne un peu de son sang incarnat.

Une simple corneille ?

Dans l’auberge Old farmer’s Inn, où il est froidement accueilli, Victor de Nelville collecte les angoisses des villageois isolés, assorties de légendes aussi vivaces que leurs vieilles rivalités.

Les brebis sont décimées par une maladie mystérieuse attribuée au retour de Padfoot, le chien noir aux yeux rouges, annonciateur de la mort.

En quelle considération un esprit rationnel peut-il tenir ces « balivernes » issues d’un ésotérisme anglo-saxon ? Mais que sait-on de la tradition druidique et du haut enseignement celtique ?

La découverte, un matin brumeux, du corps pendu d’un chien noir, coïncidant avec la disparition du berger magnétiseur, fait se délier les langues, qui évoquent la lycanthropie, métamorphose de l’homme en animal. Est-on enfin débarrassé à tout jamais de Padfoot ?

Or, le corps du berger est retrouvé mort par strangulation, ainsi qu’une boîte au couvercle orné d’un pentacle contenant le cœur d’une brebis, qu’il lègue à Victor.

Dès lors, celui-ci fait des rêves dans lesquels il rencontre une femme mystérieuse, Mëy, en même temps qu’une inspiration poétique lui dicte des vers. Au matin, il découvre à son chevet la corneille, qui couvre son carnet de perles de sang.

Entre rêve et imaginaire, entre veille et sommeil, Victor va basculer du côté de la nuit et du monde poétique, associé à Satan par l’église et moqué par le commun des mortels. Monde troublant, exigeant, qui conduit aux limites de la folie, mais qui, seul, peut révéler aux hommes une autre vérité que celle, commune, colportée par livres et journaux.

Et puis, cet univers l’autorise à retrouver Mëy, et avec elle, le féminin sacré qui s’est tissé au fil des siècles.

Commencé dans la neige, ce récit se terminera tragiquement dans la neige, non sans qu’un cycle de saisons se soit écoulé.

Le prologue et l’épilogue offrent des scènes d’enfance au Moyen Âge, période connue pour avoir été traversée par le destin de ces femmes si inquiétantes et savantes que l’on nommait sorcières.

Ce récit étrange prend forme au cours d’une succession de planches au graphisme magnifique. Paysages et personnages apparaissent en noir, blanc et brun clair. Quelques bleus évoquent la nuit, le rouge orangé, les scènes d’incendie et le rouge sombre, la violence. Le trait est noir, précis, net, impressionnant d’évocation et de justesse dans les détails. Le texte apparait au bas des planches, les échanges, rares, s’inscrivent directement sur l’image. L’effet de silence est saisissant, d’autant que la première partie se déroule sous une neige épaisse qui tombe sans fin.

Un exercice d’admiration rendue à la femme, à la poésie, poétique lui-même, qui a sur nous un profond retentissement.

Nicole Cortesi-Grou

160 p., 22 € (Archives BdBD/Arts +)

copyright Murat/Futuropolis

EntunwAn Celui Qui Regarde

On a déjà beaucoup écrit, beaucoup filmé sur le sort qui fut celui des premières nations d’Amérique, ceux qu’on a appelés tour à tour les Indiens, les Amérindiens, les Américains natifs, les peuples autochtones, les Premières Nations, chez les Canadiens…
Du western caricatural et historiquement mensonger à la prise de conscience du génocide des premiers Américains, films et livres ont retracé le long cheminement de la conscience occidentale. Il faut évoquer aussi les  auteurs amérindiens, de Tony Hillerman avec ses polars navajos à Louise Erdrich et Scott Momaday, en passant par Joseph Boyden, écrivain majeur de notre siècle.


Nous avons entre les mains un objet singulier et intéressant, un roman graphique qui imagine le parcours de Joseph Wallace, personnage de fiction, photographe à Pittsburgh. Parti en 1867 avec ce qu’il croit être une expédition d’exploration, il va découvrir peu à peu les territoires de l’Ouest et consigner ses réflexions dans un petit carnet, que l’auteur nous montre dans sa langue originale.

La première rencontre emblématique du héros est celle d’un tueur de buffles qui travaille pour la Transcontinentale, la ligne de chemin de fer qui traverse les terres autochtones. Joseph apprend ainsi le massacre des animaux.
Il débarque du train à Saint-Louis, Missouri, et découvre ceux qui vont être ses compagnons lors de l’expédition Walker & Johnson, financée par le gouvernement fédéral. Elle comprend nombre de scientifiques, mais aussi des chercheurs d’or et quelques repris de justice. Le convoi de chariots traverse les étendues sauvages, comme dans les bons vieux westerns.Tout en s’interrogeant sur les raisons qui l’ont poussé à quitter la quiétude de son studio de Pittsburgh, où il portraiturait sans enthousiasme les bourgeois du cru, Joseph consigne ses impressions dans son carnet. Il va apprendre que cette expédition a en fait pour but la découverte de nouvelles terres à coloniser.
Ne risque-t-il pas d’y perdre son innocence ?

Nous allons assister, au cours d’une scène très filmique, à une première rencontre avec les « Indiens ». Un membre de l’expédition tire à vue et sans sommation sur les cavaliers, et un ornithologue reçoit une flèche en retour. On apprend qu’ils expriment ainsi leur colère face au massacre des bisons, source de vie.

Le ton est donné. Le héros va faire des rencontres déterminantes, comme celle de ce jeune Indien, qui après avoir vu comment il capture la lumière, lui permet de vivre quelques jours dans son campement, et de découvrir le quotidien de sa tribu, ainsi que sa langue. À la fin de l’expédition dont l’aspect brutal et dominateur ne lui a pas échappé, Joseph rentre à Pittsburgh avec ses clichés précieux. Il ne rêve que de repartir – ce qu’il fera quelques années plus tard – pour prolonger seul cette découverte des terres indiennes et des peuples qui y vivent.

Joseph a bien conscience déjà, à la fin des années 1860, qu’il assiste à l’anéantissement d’une civilisation riche, pacifique, proche de la terre, mais incapable de se défendre contre le monstre.
Il passera quelques jours chez le trappeur Isaac, sorte d’alter ego, qui, lui, serait allé au bout de ses idées. Cet épisode rappellera aux cinéphiles le personnage de
Jeremiah Johnson ou celui de Danse avec les loups.

Après une histoire d’amour avec une belle autochtone, dont le nom signifie  « papillon », on retrouvera notre photographe trois décennies plus tard, toujours tiraillé entre deux mondes et étreint par une nostalgie inextinguible.
On suivra sa correspondance avec Herman Greenstone, professeur et compagnon de la première expédition. On y lira son engouement pour les
Fleurs du Mal – Baudelaire embarqué au Far-West.

C’est son ami qui lui apprendra le massacre à grande échelle des Indiens, chronique d’une mort annoncée…

Ce qui fait l’originalité de ce roman graphique, c’est d’abord le traitement de l’image. C’est à travers l’objectif de Joseph que nous découvrons lieux et gens. La gamme des sépias, des bleus dans les scènes de nuit, le traitement de la lumière sont ceux de la prise de vue photographique et de la nouvelle technique du collodion sur plaque. Cela nous permet un coup d’œil sur l’évolution de cet art ; le dessinateur nous donne à voir des clichés autant que des dessins, y compris les négatifs des photos de Joseph avant qu’il ne les développe. Par ailleurs l’auteur, très bien documenté, donne à lire aussi bien l’anglais de Wallace dans son carnet que les langues orales des Amérindiens, transcrites en phonétique. Et même si nous n’avons pas les clés pour déchiffrer ces paroles en Lakota, on y croit, effet de réel garanti.

Le récit n’est certes pas exempt d’un certain manichéisme, les Indiens n’y apparaissent que sous leur jour le plus flatteur, mais sans doute n’est-ce que justice…

Plus profondément, la BD nous mène à une interrogation sur le statut de la photo et du photographe, « celui qui regarde »… Comme s’il fallait choisir entre photographier et agir.
Joseph Wallace a rêvé de faire un livre de ses clichés, mais suffit-il de témoigner avec des photos de la beauté d’un monde englouti, de la violence qui est faite aux peuples et aux animaux pour agir sur le monde ? Brûlante question d’actualité.

Thierry Murat a fort bien réussi son coup, on est en empathie avec son personnage, on est à même de saisir ses interrogations et l’on garde sur la rétine ces clichés d’un monde disparu.

Danielle Trotzky

160 p., 23 € (Archives BdBD/Arts +)

Copyright Murat/Futuropolis

Le Vieil homme et la mer

Communiqué

Cuba. Début des années 1950. Santiago, un vieux pêcheur rentre une fois encore la barque vide. 84 jours qu’aucun poisson ne mord sa ligne. Tout le monde le pense
trop vieux et devenu piètre marin.


Seul Manolin, petit garçon, continue de croire en lui et veut l’accompagner dans ses sorties en mer. Mais ses parents l’obligent à regagner un navire plus chanceux, et l’enfant continuera le soir à visiter le vieil homme dans sa cabane.

Le 85e jour, Santiago décide d’aller pêcher loin dans le golfe. Il est confronté à un espadon, poisson énorme et fort. La lutte homérique entre le vieil homme et le poisson prédateur durera trois jours
et trois nuits ; à son retour sur la terre ferme, le vieil homme aura regagné sa dignité après une bataille courageuse.

128 p., 19 €

Copyright Rascal/Murat/Futuropolis,

Au vent mauvais de Rascal (récit) et Thierry Murat (dessin)

« La vie est une farce à mener par tous »*, peut-on lire en exergue à ce qui va suivre…

Alors qu’Abel Mérian est en train de réaliser qu’il peut faire une croix sur le magot qu’il avait planqué avant son incarcération dans le sous-sol d’une usine désaffectée, la sonnerie d’un téléphone portable, oublié sur un banc, retentit.

Une voix de femme lui demande de bien vouloir lui expédier ledit portable en Italie « Mon avion décolle dans quinze minutes, je vous communiquerai mon adresse par texto », ajoute-t-elle. Mi-intrigué mi-séduit par cet incident qui arrive à point nommé pour le distraire de ses pensées moroses, Mérian s’immerge dans la vie de l’inconnue – manifestement en pleine rupture amoureuse. Il découvre son visage, lit les messages qui lui ont été adressés, se substitue à elle pour y répondre. Puis finalement, décide de la rejoindre, afin de lui remettre en main propre le précieux objet. « J’aimais déjà sa voix, ses beaux yeux noirs et son doux prénom de fleur à épines. »

Pas de bulles, mais des commentaires lapidaires en off, écrits à la première personne, comme on en trouvait dans les polars de la Série Noire : « Ça n’a pas traîné plus de trois secondes avant qu’un tubard ne gare sa voiture en double file pour aller s’acheter son paquet de clopes. Moteur et radio tout allumés. Plus qu’à passer en première. »

Son périple débute par une surprise qui va faire chavirer son cœur d’enfant, avec au bout de la route, un dénouement totalement inattendu.

La mise en images est simple, réaliste, les dessins aux encrages d’un noir soutenu sont sous-tendus par des couleurs à dominante ocre.

Le titre de la BD ? (…) Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte / De çà, de là / Pareil à la feuille morte.

« Chanson d’automne« , P. Verlaine

Anne Calmat

112 p., 18 € (Archives BdBD/Arts +)

copyright Murat/Futuropolis

Les larmes de l’assassin 

Communiqué

Comment survivre à la mort de ses parents, et auprès de l’assassin de ceux-ci ? Peut-on s’attacher à un enfant alors qu’on est capable de tuer des humains de sang-froid ?
Peut-il y avoir un rapport filial entre deux êtres que la mort a mis face à face ?

C’est une terre malmenée par le vent, en bordure du Pacifique qui charrie des blocs d’iceberg, c’est au sud extrême du Chili. C’est là que vit Paolo, dans une ferme misérable et isolée, livré à lui-même, plus ou moins abandonné par des parents qui ne s’occupent pas de lui. Si petit, si naïf, quel âge a-t-il ? Il ne le sait.
Un jour, un homme arrive jusqu’à la ferme. C’est Angel Allegria, un truand, un escroc, un assassin. Pour lui, le crime est monnaie courante pour régler tout type de conflit : dettes d’argent, bagarres d’ivrognes… Il tue les parents de Paolo pour mettre fin à deux semaines d’errance et s’approprier leur petite bicoque, refuge idéal pour un homme traqué par la police. Dans un sursaut — de bonne conscience ? —, il épargne Paolo ; il n’a jamais tué d’enfant.
Paradoxalement, une relation d’affection naît entre lui et l’enfant. Ils s’apprivoisent.Un an plus tard, un autre voyageur arrive. Luis Secunda, 30 ans, fuyant Valparaiso et sa riche famille, s’installe d’abord à côté dans une cahute qu’il construit, puis l’hiver venu, emménage  avec eux dans la ferme. Il apprend à Paolo à lire. Angel n’aime pas cela du tout. Le fragile équilibre affectif entre lui et Paolo est en péril…

128 p., 20 €

La congrégation

Depuis l 23 août 2018

de Thomas Olsson (dessin et scénario, traduit du suédois par Aude Pasquier – L’Agrume Editions

Visuels © T. Olsson/L’Agrume

L’histoire, racontée en 7 périodes, s’étale sur 12 ans.

Le ton est donné dès les premières planches cet l’album autobiographique –  l’auteur a été élevé par des parents Témoins de Jéhovah – qui décrit, avec une bonne dose d’humour et dans une esthétique très american comics 70’s, les mécanismes d’embrigadement dans une secte, fondés sur la peur, la culpabilisation et l’anathème : point de salut pour ceux qui n’auront pas appliqué à la lettre les règles fixées à l’origine par le Très-Haut. Les homosexuels et les consommateurs de produits illicites sont en tête de liste ; quant à l’hypothèse d’actes pédophiles, elle est balayée d’un revers de la main par le prédicateur, puisque la congrégation « n’est pas dirigée par les hommes, mais par Dieu ».

Il rappelle à ses fidèles qu’au jour du Jugement dernier, les impies seront précipités dans les flammes de l’Enfer, tandis que ceux qui ont respecté les Commandements du Seigneur se retrouveront à sa droite. Il va sans dire que les membres de la congrégation seront placés au premier rang…Le jeune Tommy prend à ce point au sérieux les mises en garde du Frère Dahlman qu’il accepte de l’assister dans ses déplacements, lesquels consistent à faire du porte-à-porte pour délivrer la bonne parole et promettre à ceux qui leur prêtent une oreille attentive, moyennant achat d’une brochure,   « de vivre pour l’éternité dans un paradis terrestre ».

Si bien qu’il rêve de devenir un jour prédicateur à plein temps.

Pour l’heure, il doit faire face à l’incompréhension de ses camarades de classe. Une incompréhension qui s’exprime parfois de façon violente ; mais il n’en n’a cure, au contraire, plus on le persécute et plus il se rapproche de Dieu.

L’adolescence venant et l’influence de son copain libre-penseur et fan du groupe de rap Public Ennemy faisant le reste, Tommy finira pourtant par remettre en question les fondamentaux qui lui ont été serinés pendant plusieurs années, malgré le prix qu’il devra en payer. Le frère Sund n’a-t-il pas prévenu : « Il faut éviter toute fréquentation des exclus sous quelque forme que ce soit, même s’il s’agit d’un membre de notre famille, sinon, nous risquons d’émousser notre foi. » ?

Il ne manquerait plus que Tommy monte un groupe de rock !

L’issue prévisible de cette histoire pointe malgré tout du doigt le sort de ceux qui n’ont pas eu ou n’auront pas la force de rompre avec leur famille d’origine (ou spirituelle), afin de vivre leur vie comme ils l’entendent.

Anne Calmat

184 p., 22 €

Babybox

En librairie le 17 oct. 2018

de Jung (scénario et dessin) – Ed. Soleil, collection Noctambule 

Visuels © Jung/Soleil

Un jour quand tu seras grande, je te dirai un secret.

Umma Kim a souvent été tentée de le révéler à sa fille, mais à chaque fois, le moment était trop doux, trop magique pour qu’elle le fasse. Le temps a passé, Claire Kim est devenue une jeune fille et le secret est demeuré enfoui.

Aujourd’hui cette mère tant aimée vient de mourir dans un accident de voiture et son père est dans le coma. Claire est dévastée, mais elle doit veiller sur Julien, son petit frère.

Se replonger, quoi qu’il en soit, dans les souvenirs, contempler les photographies qui témoignent des jours heureux, comme celui de cette promenade dans un champ de coquelicots, dont le rouge éclatant a par la suite « déteint » sur sa chevelure.

Mais il suffit d’une boîte, que selon ses propres mots, elle n’aurait pas dû ouvrir, pour que le secret jalousement gardé apparaisse au grand jour sous la forme d’un acte de naissance établi à Séoul en 1982, alors qu’elle avait onze mois.

Birthday place: unknown.

Dès lors, sa vie est « comme un livre ouvert dont plusieurs pages seraient devenues blanches. »Claire rompt pour un temps avec tout ce qui faisait sa vie en France et se rend en Corée avec Julien, dans l’espoir d’écrire les chapitres manquants.

Comment retrouver les traces du passé en sachant uniquement qu’elle a été déposée anonymement dans une babybox en mars 1982 par celle qui ne pouvait assumer sa naissance ? 

Et peut-elle encore appeler maman celle à qui elle s’adresse si souvent dans cet au-delà auquel Umma croyait tant ?

Comment, en parcourant les rues de la ville, ne pas fantasmer sur une rencontre avec sa génitrice. « … par enchantement aller l’une vers l’autre » ?

Qu’est-ce qui pour finir permettra à Claire de mettre fin à « cette tristesse insidieuse, qui la gangrenait et qu’elle ne comprenait pas » ?

On ne peut qu‘admirer la force des dessins à l’aquarelle noire diluée, rehaussés de touches de rouge, qui illustrent ce superbe roman d’inspiration autobiographique – l’auteur, d’origine coréenne, a lui-même été adopté. Superbe et émouvant, comme le sont également ceux qui l’ont précédé : Couleur de peau: miel (4 T. 2007-2016) et Le voyage de Phoenix (v. archives, sept. 2015).

Anne Calmat

154 p., 19,99 €

 

 

La vie commence aujourd’hui

Septembre 2018

Roman de Christophe Léon – Ed. La Joie de lire – À partir de 15 ans.

Les éditions La Joie de lire ont décidément l’art de dénicher des œuvres à haute densité émotionnelle. Après le troublant Un Détective très très très spécial (v. archives, sept. 2017), voici un roman tout aussi fort et délicat, dans lequel la question du handicap et de la sexualité des personnes handicapées est abordée avec simplicité.

La vie commence aujourd’hui est écrit à la première personne, sous la forme de flashes-back. Le roman s’ouvre sur une fête organisée en l’honneur de Clément, 14 ans, qui vient d’avoir son bac avec mention très bien et une moyenne défiant toute concurrence. Le jeune garçon pose un regard mi-goguenard mi-désabusé sur ceux qui sont venus le fêter, et sur la caméra qui filme la scène. Il est en fauteuil roulant, ses membres supérieurs sont encore en partie épargnés, mais il sait que la forme grave de poliomyélite dont il est atteint depuis l’enfance fera inéluctablement son œuvre.

Puis nous remontons le temps. Clément a 5 ans, il s’escrime en vain à escalader l’échelle qui mène en haut d’un toboggan, pour faire honneur à se mère.

Si, en dépit de l’amour qu’il lui porte, il lui en veut d’être ce qu’elle est (attentive, prête à tous les sacrifices pour lui, donc culpabilisante) ; s’il lui arrive d’être odieux avec elle et de lui faire payer la désertion de son père alors qu’il n’avait que 6 ans ; s’il lui rappelle méchamment que ses jours sont comptés, c’est que lui, pourtant si brillant, enrage de ne pouvoir enrayer la paralysie qui gagne tous ses membres.

Qui pourrait trouver les mots qui apaisent ? Olga, son auxiliaire de vie, et Janie, son âme sœur, son impossible amour, sont souvent là pour réguler ses excès de langage.

Un jour Janie, devenue femme, pose son regard sur un médecin genevois. Trahison, pense Clément. Repli immédiat sur lui-même.

Vient aussi pour lui le temps des désirs charnels. Clément a 17 ans, il est tétraplégique. À qui en parler ?

Sept chapitres plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Il en a maintenant 25, et c’est une tout autre scène que filme la caméra.

Une histoire simple et belle qui démontre une nouvelle fois la capacité de l’humain à se réaliser en dépit de l’adversité.

Anne Calmat

112 p., 13 €

NDA. L’activité d’assistant sexuel est apparue dans les années 1970 aux EU avant de s’étendre à certains pays européens. Aujourd’hui l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, l’Espagne, Israël et les Pays-Bas notamment autorisent cette pratique et reconnaissent un statut particulier aux personnes exerçant ce métier. Les assistants sexuels bénéficient par ailleurs d’une formation spécifique. En France, malgré plusieurs tentatives depuis 2007 pour la légaliser, cette activité est toujours assimilée à de la prostitution.

Animabilis

En librairie le 2 nov. Planches © T. Murat/Futuropolis, 2018

texte et dessin Thierry Murat – Ed. Futuropolis

ANIMABILIS : vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant… Du mot latin anima (âme, vie, air….), suivi du suffixe bilis, qui lui donne une fonction d’adjectif.

                      Cicéron, 1er siècle av. J.C.

Il neige fort ce jour de décembre 1872. Un jeune homme cherche sa route en direction de Hauwton Brigde, un village perdu du nord Yorkshire. Il est Français, journaliste et vient enquêter sur des choses bizarres qui ressurgissent ici depuis quelques temps.

Sa première rencontre se fait avec une corneille qui lui abandonne un peu de son sang incarnat.

Une simple corneille ?

Dans l’auberge Old farmer’s Inn, où il est froidement accueilli, Victor de Nelville collecte les angoisses des villageois isolés, assorties de légendes aussi vivaces que leurs vieilles rivalités.

Les brebis sont décimées par une maladie mystérieuse attribuée au retour de Padfoot, le chien noir aux yeux rouges, annonciateur de la mort.

En quelle considération un esprit rationnel peut-il tenir ces « balivernes » issues d’un ésotérisme anglo-saxon ? Mais que sait-on de la tradition druidique et du haut enseignement celtique ?

La découverte, un matin brumeux, du corps pendu d’un chien noir, coïncidant avec la disparition du berger magnétiseur, fait se délier les langues, qui évoquent la lycanthropie, métamorphose de l’homme en animal. Est-on enfin débarrassé à tout jamais de Padfoot ?

Or, le corps du berger est retrouvé mort par strangulation, ainsi qu’une boîte au couvercle orné d’un pentacle contenant le cœur d’une brebis, qu’il lègue à Victor.

Dès lors, celui-ci fait des rêves dans lesquels il rencontre une femme mystérieuse, Mëy, en même temps qu’une inspiration poétique lui dicte des vers. Au matin, il découvre à son chevet la corneille, qui couvre son carnet de perles de sang.

Entre rêve et imaginaire, entre veille et sommeil, Victor va basculer du côté de la nuit et du monde poétique, associé à Satan par l’église et moqué par le commun des mortels. Monde troublant, exigeant, qui conduit aux limites de la folie, mais qui, seul, peut révéler aux hommes une autre vérité que celle, commune, colportée par livres et journaux.

Et puis, cet univers l’autorise à retrouver Mëy, et avec elle, le féminin sacré qui s’est tissé au fil des siècles.

Commencé dans la neige, ce récit se terminera tragiquement dans la neige, non sans qu’un cycle de saisons se soit écoulé.

Le prologue et l’épilogue offrent des scènes d’enfance au Moyen Âge, période connue pour avoir été traversée par le destin de ces femmes si inquiétantes et savantes que l’on nommait sorcières.

Ce récit étrange prend forme au cours d’une succession de planches au graphisme magnifique. Paysages et personnages apparaissent en noir, blanc et brun clair. Quelques bleus évoquent la nuit, le rouge orangé, les scènes d’incendie et le rouge sombre, la violence. Le trait est noir, précis, net, impressionnant d’évocation et de justesse dans les détails. Le texte apparait au bas des planches, les échanges, rares, s’inscrivent directement sur l’image. L’effet de silence est saisissant, d’autant que la première partie se déroule sous une neige épaisse qui tombe sans fin.

Un exercice d’admiration rendue à la femme, à la poésie, poétique lui-même, qui a sur nous un profond retentissement. Nicole Cortesi-Grou

160 p., 22 €

v. Archives juin 2016

Thierry Murat est auteur de bandes dessinées et illustrateur de livres pour enfants. Dans les mêmes éditions Futuropolis, il a publié « EtunwAn Celui Qui Regarde », « Au vent mauvais », « Les larmes de l’assassin ». Il s’est vu décerner de nombreux prix et récompenses.

Une saison à l’ONU Au cœur de la diplomatie mondiale

Depuis le 3 octobre 2018

Scénario Karim Lebhour, dessin Aude Massot – Préface Gérard Araud – Ed. Steinkis. Visuels © Ed. Steinkis

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » Isaac Newton

L’auteur a été reporter de 2011 à 2015 aux Nations Unies pour RFI. Des émeutes de Bengazi (févr. 2011), à celles qui ont eu lieu en Syrie quelques mois plus tard, en passant par la mort de Kim Jong-il (déc. 2011) et la reconduction pour la troisième fois au pouvoir de Vladimir Poutine (mars 2012), tout était suivi de près par l’administration onusienne. 

Les dirigeants de la vénérable institution « condamnaient », « déploraient », étaient « irrités », voire « exaspérés ». Leurs sujets de préoccupations ont figuré et figurent encore à l’ordre du jour des différents Conseils de sécurité, avec, dans le présent album, quelques flashes-back pour les illustrer. Comme, par exemple Dominique de Villepin se prononçant, au nom de la France, contre une intervention en Irak (févr. 2003).

À la lueur de ce qui s’est passé par la suite dans le monde et  à celle de son instabilité en 2018, on peut se demander d’où vient l’impuissance des Nations Unies à maintenir la paix et la sécurité. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès de l’ONU à New York de 2009 à 2014, et actuellement Ambassadeur de France à Washington, répond : Si les Nations Unies ne remplissent pas leur mandat, la faute en incombe aux États membres qui, soit ne donnent pas à l’ONU les moyens dont elle a besoin, soit s’opposent à son action. 

Nous suivons le premier contact de Karim Lebhour avec la gigantesque et labyrinthique forteresse de verre située sur la 1ère Avenue, le long de l’East River. Plus de 6 000 personnes y travaillent. Nous assistons, le temps d’un clin d’œil à Woody Allen, à son installation à quelques blocs de Central Park. Nous le retrouvons au Beer Garden Estoria avec d’autres correspondants internationaux. Nous l’accompagnons dans des soirées chez les ambassadeurs…

Puis vient le jour de son premier Conseil de sécurité et celui de son interview de Ban Ki-Moon, huitième secrétaire général des Nations Unies (2007-2016). « Plus secrétaire que général », disent quelques mauvaises langues. Nous apprenons dans la foulée comment les crises arrivent et comment elles sont gérées, qu’elles aient lieu à l’autre bout du monde ou pied de l’ONU : « Free Egypt ! », « Mubarak go ! »,« ONU Your silence kill ». Et qu’il vaut souvent mieux s’en tenir aux formules toutes faites qui ne fâchent personne…

Nous découvrons ses petits travers et ses grandes défaillances, mais aussi les espoirs que l’organisation suscite auprès des « petits États ». Nous mesurons le poids du droit de veto qu’exercent certains États membres, et comment il peut porter un coup fatal à la médiation de l’ONU. Nous découvrons aussi – ce qui est moins anecdotique qu’il y paraît – qu’il existe une Journée Mondiale des Toilettes… ou plutôt de leur absence dans nombre de pays.

Une plongée humoristique et passionnante dans les arcanes du pouvoir onusien, avec pour guide un homme de terrain*. 

Anne Calmat

208 p., 20€

  • Karim Lebhour

    Karim Lebhour est depuis 2007 le correspondant de plusieurs médias francophones au Proche-orient. Pendant trois ans, il a été le témoin du quotidien de la bande de Gaza, depuis la prise de pouvoir du Hamas jusqu’à l’offensive israélienne Plomb durci (déc. 2008-janv. 2009), puis reporter aux Nations Unies. Il a également collaboré à la Revue dessinée.

 

Petits travers

En librairie le 26 octobre 2018

de Claire Bretécher (textes et dessin) –© Ed. Dargaud

Depuis cinq décennies, Claire Bretécher porte un regard insolent et revigorant sur les bizarreries de ses contemporains. Elle les décline ici en huit chapitres, avec une prédilection pour certains petits travers qui manifestement n’ont cessé de l’interpeler. Comme par exemple notre rapport à la bouffe, aux fringues, à l’amour, notre relation aux vieux (pardon, aux séniors)…

Petits travers / Bouffe © C.Bretécher-Dargaud

Elle nous tend un miroir dans lequel il est parfois difficile de ne pas se reconnaître, avec souvent un sentiment de déjà-vu pour le lecteur (beaucoup de dessins ont auparavant été publiés dans la presse). Quoi qu’il en soit, son impertinence, son sens du dialogue et de l’à-propos restent sans cesse à redécouvrir. 

Petits travers / Générations © C.Bretécher-Dargaud

Dans les années 50, la bande dessinée franco-belge est considérée comme un divertissement réservé aux enfants. Quelques parutions font cependant tache (Le Journal de Spirou, Le Journal de Tintin…). C’est à la faveur de leur succès naissant que le premier numéro de Pilote, destiné aux adolescents, sort en octobre 1959. L’hebdo surprend par son contenu et la diversité de ses signataires : Uderzo, Goscinny, Hébrard, Tabary, Charlier…

En 1969, c’est au tour de Cellulite de se pointer, avec Claire Bretécher dans le rôle de la bonne fée. Elle va « transformer ce qui aurait pu être doux et fade en quelque chose d’appétissant et d’incroyablement farfelu », écrit alors René Goscinny. Cellulite a effectivement peu d’atouts dans son jeu : « La petite princesse ne fut pas baptisée Céleste, Blanchemine ou Claire, mais Cellulite. Le bon roi ne s’intéressa qu’au pognon et à courir le guilledou. Les princes devinrent des coureurs de dote, et Cellulite elle-même, une virago au visage approximatif  ».

Des parutions qui ancrent un peu plus la BD dans le monde des adultes. Avec en point d’orgue, la création de l’Echo des Savanes en mai 72.

Claire ne va pas se contenter de mettre en scène les états d’âme de la princesse Cellulite, les vapeurs de Camomille, les problèmes existentiels de Guiguite ou d’Agripine, elle va également faire un sort aux « pseudos » de tous poils. Dans les Frustrés (Obs, 1973), elle décrit avec une ironie mordante les mœurs du microcosme post-soixante-huitard parisien, où féministes patentées et intellos fumeux refont le monde aux Deux-Magots.

Elle saura aussi anticiper sur les grands sujets qui agiteront la société plusieurs décennies plus tard (GPA, PMA, mariage pour tous, identité sexuelle).

Petits travers / Bio © C.Bretécher-Dargaud
Petits travers / Education © C.Bretécher-Dargaud

A.C.

 112 p., 19.99 €

 

 

 

 

 

 

 

 

La Dame de Damas (Quand la route de la dame de Damas croisait celle de dame Espoir)

La Dame de Damas de Jean-Pierre Filiu (récit) et Cyrille Pomès (dessin, couleurs) – Ed. Futuropolis ©

La bande dessinée date de 2015, elle fait allusion à des événements antérieurs. Ce qu’elle raconte est d’autant plus tragique que ce qui s’est passé par la suite aurait pu être évité.

(…) La dame de Damas s’est levée ce matin / Liberté dans les cœurs, aube à portée de main.

Ce ne sont pas des bons / Ce ne sont que des chiens / Aboyeurs enragés/ Ivres de leur venin / La Syrie leur est due / Et nous sommes leurs serfs / Un pays aux Assad / Et pour nous la misère. (…) Cette dame que je chante, c’est la révolution / Sur les murs de Syrie, j’écris partout ton nom.

Extrait de la préface en vers libres de Jean-Pierre Filiu*

Le 16 novembre 2010 à Daraya, dans la banlieue sud-ouest de Damas, on célèbre le 40e anniversaire de la prise du pouvoir par Hafez al-Assad, auquel a succédé en juin 2000 son fils, Bachar. La foule, étroitement surveillée par ses sbires, manifeste sa désapprobation face aux affirmations d’un orateur. « Quarante ans de fierté et de prospérité ».

« Est-ce qu’on a déjà vu un peuple fêter quarante ans de servitude », s’indigne Karim.Zoom sur une famille de Daraya. Mona et Karim contestent la légitimité du pouvoir en place, leur frère Abdallah en est l’ardent défenseur. Il y a aussi Fatima, aimée de Karim, bien plus radicale que lui, et Bassel, hâbleur, arriviste, bras armé d’Assad.

2011. Les révolutions arabes ont continué d’essaimer, le mur de la peur qui oppressait les Syriens est en train de céder sous le poids des violences dont sont victimes les opposants au régime.

« Faisons de Daraya une tribune de contestation non-violente » propose Karim.

Des comités de quartiers clandestins se constituent et le même mot de passe – la dame de Damas – court sur les lèvres des résistants. Chacun espère que la diplomatie et la raison l’emporteront, mais face aux exactions dont les habitants de Damas, Homs et Daraya font l’objet, face à la passivité des USA et à la pusillanimité de l’ONU, c’est la violence qui va s’imposer dans les différentes strates de la société multiculturelle et multi-confessionnelle syrienne.

L’album se referme sur ce jour d’août 2013 où, aux premières heures, une attaque chimique a fondu sur la capitale syrienne. 

Le texte, dense et ultra documenté de Jean-Pierre Filiu et les dessins réalistes de Cyrille Pomès sont autant de piqures de rappel d’événements qui se sont déroulés en Syrie, aux temps où tout semblait encore possible, avec aujourd’hui, en ce mois de septembre 2018, leurs conséquences dramatiques sous la forme d’une probable offensive totale de Damas et de Moscou qui, ajoutée aux 360 000 morts passés, signerait une véritable catastrophe humanitaire. 

A.C.

104 p., 18 €

  • Jean-Pierre Filiu est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris), après avoir enseigné à Columbia (New York) et Georgetown (Washington). Ses travaux sur le monde arabo-musulman ont été publiés dans une douzaine de langues.
  • Il est également l’auteur du Printemps des Arabes (2013).

L’Ogre amoureux

En librairie le 13 septembre 2018

De Nicolas Dumontheuil (récit, dessin, couleurs) – Ed. Futuropolis

Visuels © N. Dumontheuil – Futuropolis

Délicieusement décalé, attendrissant, avec en filigrane, une réflexion sur la solitude, le besoin d’aimer, l’amitié et le poids des préjugés, ce road trip débute comme une fable de la Fontaine et se poursuit comme un conte de Grimm.

Un renard et un ours se promènent dans une campagne accueillante à souhait. Ils font une halte à proximité d’une ferme, à la recherche, pour le renard, d’un poulailler rempli de poulettes bien dodues, l’ours préférant attendre son futur repas à la lisière du bois. Las, le fermier a repéré maître Goupil et il a tôt fait d’estourbir le téméraire et de l’amener au terrible Barback dont l’appétit gargantuesque est connu à cent lieues à la ronde.

Intrigué, l’ogre, se demande tout d’abord ce qu’il va pouvoir faire de ce renard, dont la chair lui semble peu appétissante. C’est alors que, misant sur la débrouillardise légendaire de l’animal, il lui propose un marché : il ne sera pas dévoré s’il lui trouve une femme à épouser dès le lendemain. Et il lui demande dans la foulée de lui décrire celle qui ne peut que l’attendre avec impatience. Le renard laisse parler son imagination, l’ogre tombe follement amoureux.

Il ne reste plus qu’à aller chercher la belle à Montaigu, une petite ville aux allures de cité médiévale. Et c’est là que les choses se compliquent…

Les deux compères de circonstance vont tout d’abord échapper aux noirs desseins d’un couple de vieux amoureux, en apparence inoffensifs (Gros Louis n’aura pas cette chance), puis survivre à l’inondation qui submerge les terres vendéennes.

Ceux qui les croisent – hommes et bêtes – sont moins bien lotis, l’ogre n’ayant pas pour habitude de faire de quartier quand une petite faim vient le titiller.

Arrivés à destination, la partie est loin d’être gagnée.

Son titre de noblesse en fait bien minauder quelques-unes, mais sa réputation d’ogre-bandit finit par le rattraper. De plus, le bonhomme ignore totalement les règles de savoir-vivre en société…

Difficile pour lui dans ces conditions de redorer son blason, et de repartir avec l’oiseau rare.

Le conte Waldemar de Barback parviendra-t-il à réaliser son rêve ? Pour l’heure, un échafaud vient d’être dressé sur la place du marché, en vue de son exécution.

A.C.

96 p., 19 €

Boulevard de la BD : Voir aussi La longue marche des éléphants et La forêt des renards pendus.

Les Petites Cartes Secrètes

En librairie le 5 septembre 2018

d’Anaïs Vachez (scénario) et Cyrielle (dessin, couleurs). Ed. Delcourt, collection « Une case en moins ».

Visuels © Cyrielle – Delcourt

À l’origine, en 2014, l’histoire qui se déroule en 150 cartes postales a été mise en ligne sur le blog de l’auteure.

carte n°1
carte n°2
carte n°3

Elle vient d’être adaptée en bande dessinée dans la collection « Une case en moins » aux Ed. Delcourt. Une quarantaine de cartes seulement a été conservée, les dessins de Cyrielle remplaçant en grande partie ce que relatait la correspondance entre Tom et Lili.

Le scénario : Le monde des deux enfants s’est écroulé le jour où leurs parents ont divorcé. Le pire, c’est qu’eux aussi ont été séparés : Lila est restée chez sa mère, Tom est allé vivre chez son père. Ne supportant pas cette séparation, ils ont entamé une correspondance secrète, destinée à mettre sur pied un plan qui leur permettra d’être à nouveau réunis.

Planche n°1

Dans l’album, le premier échange épistolaire a lieu en septembre 1993 – l’auteure s’en donne à cœur joie avec les fotes d’ortografe, il se poursuivra pendant deux années au cours desquelles Tom et Lili vont subir le sort qui est parfois réservé aux enfants de couples divorcés… et à leurs parents, qu’ils aient ou non refait leur vie.

Planche 2

Le plan élaboré par Tom va du plus basique au plus cruel : bouderies, représailles à l’encontre de celle qu’il considère comme une empêcheuse de tourner en rond (et coup bas en retour), gestes inconsidérés qui peuvent vous envoyer à l’hôpital en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, etc. Quant à Lili, elle va, entre autres problèmes, devoir faire face à la déprime de sa mère, ravagée par le départ de son homme. Avec en prime, une révélation très perturbante pour les deux enfants.

(…) 

Mais que peuvent deux âmes sœur face à l’immaturité des adultes ?

L’issue de cette histoire aux multiples occurrences ne sera pas tout à fait celle à laquelle aspiraient nos jeunes héros, mais leur obstination à vouloir changer le cours des événements aura pour effet de faire prendre conscience à leurs parents du poids de leurs décisions.  

Anne Calmat

123 p., 17,95€

DYS, TDAH, EIP Manuel de survie pour les parents (et les profs)

Depuis le 28 août 2018

de Christelle Chantreau-Béchouche – Illustrations Morgane Carlier © – Ed. Trédaniel

Ce guide, sous-titré Pour mieux vivre au quotidien les troubles du langage et des apprentissages, est destiné à celles et ceux qui peuvent avoir le sentiment d’être perdus face au comportement atypique de leur enfant, ou de celui dont ils ont la responsabilité. 

Pour nombre d’entre-eux, l’aider reste en effet un parcours du combattant, vécu parfois comme une double peine.

« Mais s’il est difficile, ce parcours est aussi celui d’une vie, un quotidien auprès d’enfants formidables, créatifs, originaux, intelligents. Nombreux sont les moments d’émerveillement, de complicité et de fous rires… », précise l’auteure.

Dûment documenté et brillamment illustré, le livre fait un point précis sur ce que recouvrent les différentes pathologies regroupées sous le terme « DYS, TDAH ou EIP ». Qu’est-ce qui, par exemple, différencie un enfant atteint de dysphasie d’un autre atteint de dyspraxie ? Quels sont les signes de dysfonctionnement qui doivent alerter ? Quelles sont les conséquences d’un trouble du déficit de l’attention (TDHA) ? Comment accompagner un enfant intellectuellement précoce (EIP) ? Et plus généralement, comment accompagner tout enfant en situation de handicap, sans risquer de se perdre soi-même.

Le livre renferme quantité de renseignements et d’adresses qui guideront sa lectrice (ou son lecteur) dans le labyrinthe des prises en charge nécessaires et des soutiens de tous ordres : organismes d’Etat (reconnaissance du handicap, attribution d’une AVS ou d’une AESH, etc.) ; associations et fédérations ; groupes de parole ; établissements scolaires adaptés ; orientation professionnelle pour les adolescents… 

Tout est passé au crible et illustré avec humour. Dire que ce manuel de survie est clair, passionnant et plus qu’accessible est une évidence. Les quelque vingt-cinq planches de Morgane Charlier ajoutent encore à son attrait. il ne s’adresse pas uniquement à ceux qui sont confrontés jour après jour à l’une des situations décrites (avec témoignages à l’appui), mais également à ceux qui s’interrogent sur le fonctionnement et le ressenti de ces enfants, qui se sentent parfois démunis face aux réactions peu sécurisantes de leur entourage

On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas un facteur aggravant pour ces adultes en devenir, qui ont autant besoin d’un regard valorisant pour exister, qu’une plante a besoin d’eau.

A.C.

326 p., 22,90 €

En savoir plus sur les auteures…

Auteure-scénariste, Christelle Chantreau-Bachouche, elle-même concernée par des troubles des apprentissages, a étudié l’écriture scénaristique à l’école des Gobelins et à la FEMIS. Mère de trois enfants présentant des troubles des apprentissages, elle a décidé, après avoir franchi toutes les étapes de ce parcours du combattant, de partager son expérience sous la forme d’un guide illustré.

Morgane Carlier, illustratrice, retranscrit les scènes de la vie quotidienne en alliant humour et mise en scène colorée. Après une licence Illustration validée à la Birmingham Institut of Art and Design, elle revient en France pour réaliser son rêve : transmettre les émotions à travers le dessin.

Toujours y croire (chap. XIV)

Les Riches au tribunal – L’affaire Cahuzac et l’évasion fiscale

En librairie le 5 septembre 2018

de Monique et Michel Pinçon-Charlot – Dessin Etienne Lécroart – Ed. Seuil-Delcourt

Visuels © E. Lécroart/Seuil Delcourt

« Le fait que les puissants vivent toujours entre eux finit par créer un sentiment d’impunité qui favorise le goût immodéré du pouvoir et de l’argent et facilite la transgression. » M. P-C

« Les Ghettos du Gotha » (Seuil, 2007) pointait l’entre-soi des classes dominantes ; « Le Président des riches » (La Découverte, 2010) dénonçait l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkosy, fruit d’une connivence de plus en plus décomplexée entre pouvoir et monde des affaires ; « Les prédateurs au pouvoir – Main basse sur notre avenir » (Textuel, 2017) se livrait à une dénonciation en règle de la complicité des gouvernements avec le Dieu Argent, qui dicte sa loi aux hommes politiques de tous bords.

« On trouve un mélange des genres étonnant : chefs d’entreprise, hommes politiques, stars du show-biz, sportifs, trafiquants divers. « 
Acte 2

Les auteurs de la BD se concentrent cette fois sur la personne de l’ancien ministre du budget de François Hollande, Jérôme Cahuzac, dont le désormais célèbre « Les yeux dans les yeux, je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant, ni avant » marque d’un sceau particulier cette affaire pour le moins édifiante, mais somme toute terriblement banale.

Son issu renverra probablement le lecteur à notre ami Jean de La Fontaine qui concluait sa fable intitulée « Les animaux malades de la peste« , par « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. »

Acte 1 – Faudra que j’essaie la chirurgie esthétique, moi…
Acte 2

La tragédie-comédie se joue ici en 6 actes, un épilogue et quelques tableaux qui montrent l’itinéraire, la galaxie et le dispositif Cahuzac… and C°.

« Assister aux différentes étapes de ce procès nous a permis d’observer la mobilisation des membres de l’oligarchie de l’argent, soucieux d’échapper à la solidarité nationale en refusant de payer leurs impôts à la hauteur de leurs fortunes », écrit la sociologue en préambule à ce qui suit.

Acte 3

À la faveur de ce procès-spectacle censé être exemplaire, les auteurs décrivent par le menu comment la classe au pouvoir, sans distinction de couleur politique, se mobilise, parfois pour des raisons qui tiennent à sa propre survie politique, pour défendre l’un des siens au mépris de toute éthique morale. 

Acte 4
Acte 5

L’analyse des sociologues – tous deux ex chercheurs au CNRS – est fine, les dialogues, extrêmement denses et teintés d’un humour féroce, font mouche à tous les coups. La « scénographie » d’Etienne Lécroart témoigne une fois encore de sa vivifiante insolence et de son grand talent de caricaturiste. Il va sans dire que celle par qui le scandale est arrivé en prend autant pour son grade que le champion de la lutte contre l’évasion fiscale, et quantité d’autres personnages chez qui le cynisme le dispute souvent à la duplicité.

Mordant, jubilatoire, passionnant.

Acte 6 – Votre compte est bon !
– Quel compte ?

À quand un album croquignolesque (ou croquignolet) consacré au « Président des très riches » ?

Anne Calmat

128 p., 18,95 €

Ed. La Ville brûle, 2017

Des trois mêmes auteurs :

Note de l’éditeur. Le 16 mars 2016, la réunion de présentation d’un projet de centre d’hébergement d’urgence dans le très chic et très riche 16e arrondissement de Paris tourne à l’émeute?! Pour protester contre cette intrusion de la réalité sociale du pays dans leur havre de paix et de prospérité, les grands bourgeois du 16e se comportent comme les « racailles inciviques et violentes » qu’ils sont si prompts à dénoncer.
Cette explosion de violence qui a choqué l’opinion publique est un véritable bijou sociologique à partir duquel les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, spécialistes de la grande richesse, tirent les fils et analysent les enjeux de cet événement : l’entre-soi des beaux quartiers, le sentiment de propriété des riverains du bois de Boulogne, le cynisme et la violence des riches, leur conception pour le moins très particulière de la solidarité.                                    91 p., 16 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Motor girl

21 août, BdBD/Arts pluriels reprend ses chroniques bihebdomadaires…
En librairie le 22 août 2018

de Terry Moore (scénario et dessin) – Ed. Delcourt. Visuels © Delcourt/T. Moore

Libby

Samantha, ex Marine, est atteinte d‘un syndrome post-traumatique, avec en prime un éclat d’obus fiché dans la boîte crânienne, ce qui lui vaut de terribles migraines. Elle vit retirée du monde dans le désert du Nevada et gère un garage – ou plutôt une casse de voitures – qui appartient à la vieille Libby. Sam a pour seul compagnon Mike, un gorille qui lui sert à la fois de béquille et de nounou. Elle semble être la seule à le voir…

Un soir une soucoupe volante vient se crasher à proximité de la casse. Sam répare la soucoupe. Pour la remercier de son excellent travail, Bik l’extra-terrestre fait passer le mot à travers toute la galaxie et le garage devient rapidement le lieu de rendez-vous d‘engins venus d’ailleurs. Parallèlement, l’immense terrain qui abrite la casse est convoité par un certain Walden, qui offre un pont d’or à Libby pour qu’elle le lui vende. Pas question, cette casse est à ses yeux le meilleur endroit pour que Sam prenne le temps de se reconstruire, avant de retrouver sa famille. Et peut-être, mais ça Libby ne le sait pas, pour l’aider à atténuer sa douleur d’avoir vu un jeune irakien mourrir sous les bombes, alors qu’ii venait de lui confier son petit singe en peluche.

Au début, l’histoire  peut sembler un peu loufoque : cette jeune femme qui vit avec un gorille imaginaire, l’irruption de deux adorables extra-terrestres, suivie de celle dindividus qui n’hésitent pas à exercer sur elle un odieux chantage pour arriver à leurs fins, et pour finir, la résistance d’une mamie au grand cœur…

Mais on se dit rapidement que derrière la fable, c’est en grande partie l’Amérique de J.F.K., de G.W. Bush jr et de leurs successeurs qui est pointée du doigt. L’Amérique de ceux qu’on a appelés « les Revenants », avec leur difficile et parfois impossible reconstruction, lorsque les réminiscences du passé et le présent ne font plus qu’un, et que ce qu’ils avont vécu demeure insoutenable, qu’ils aient ou non eu à faire face à des séquelles physiques.

Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que les planches, particulièrement soignées et souvent métaphoriques de Terry Moore, démontrent une nouvelle fois la monstruosité des guerres, avec leurs mensonges, leurs calculs, leurs oublis… et leurs oubliés.

Anne Calmat

224 p., 19,99 €

 

 

Squarzoni « le zapatiste », à l’honneur aux Ed. Delcourt…

Saison brune (sortie 2012, réédition juin 2018)

Garduno, en temps de paix (sortie 2002, réédition août 2018)

Zapata, en temps de guerre (sortie 2003, réédition août 2018)

Dol (sortie 2007, réédition sept 2018)

Textes et illustrations : Philippe Squarzoni.

Visuels © Delcourt/Squarzoni

Le moins que l’on puisse dire de Philippe Squarzoni, observateur des droits de l’Homme, militant de l’association Attac*, c’est qu’avec lui, le pavé n’est jamais loin de la mare.

Ses cibles : les pouvoirs financiers, politiques et médiatiques. Ses chevaux de bataille : le fonctionnement du climat, l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les différents scénarios de la hausse des températures à venir, les risques d’effets de seuil, les risques de rétroactions positives.

Squarzoni annonce la couleur mais s’exprime en noir et blanc.

Ses planches, souvent enrichies de documents photographiques – redessinés ou non -, d’interviews, de croquis sur le vif, donnent le vertige tant on a l’impression de se trouver au bord d’un précipice. Il frappe tous azimuts, passe au scanner le monde tel qu’il va, interpelle les puissants, allant même jusqu’à imaginer quelles peuvent être leurs conversations.

 Ses albums « d’intervention politique » tirent leur origine de ses expériences militantes sur le terrain et d’études menées par des spécialistes (économistes, climatologues…). Il s’appuie également sur l’expertise menée par le GIEC*. 

Philippe Squarzoni décrit son long cheminement vers la vérité. La sienne. Qui cependant croise celle d’un nombre exponentiel de citoyens. 

Il dénonce le libéralisme à outrance, qui creuse les inégalités au sein même des pays occidentaux, revient sur les discours sur l’économie mondiale dont on nous abreuve en permanence, sur les guerres, et sur tous les conflits qui passent presque inaperçus tant ils sont devenus légion.

« Comment des sociétés organisées politiquement et économiquement pour produire plus et consommer plus, dont le développement repose sur l’exaspération du désir de possession, pourraient-elles s’accorder avec une culture de la sobriété et de la responsabilité collective ?

Que faire au niveau individuel ? Que faire, quand ce qui est pointé du doigt touche au fonctionnement même de l’économie mondiale ? Par où, par quoi commencer ?

Selon lui le temps de l’indignation n’a plus cours, celui de la révolte lui a succédé.

Son mot d’ordre : RÉSISTER, comme le font les zapatistes du Chiapas.

« Il y a, au Mexique, un village dont le nom a été oublié par les cartes de voyage. Les paysans qui l’habitent disent qu’il s’appelle Garduno, en temps de paix et Zapata, en temps de guerre… »

Sa radicalité va bien sûr de pair avec une certaine forme de manichéisme, mais elle a le mérite de n’avoir de cesse de mettre  en lumière des éléments de réflexion sur les grandes questions qui impactent nos vies. 

A.C.

  • Organisation internationale impliquée dans le mouvement altermondialiste.
  • Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

    Dol

 

Tamba, l’enfant soldat

En librairie le 22 août 2018

de Marion Achard (scénario) et Yann Dégruel (dessin et couleur) – Postface Marion Achard et Laure Borgamano – Ed. Delcourt –

Visuels © Delcourt/Y. Dégruel

La question des enfants soldats est encore et plus que jamais au coeur des sociétés des pays en développement ravagés par les guerres. Aujourd’hui, on dénombre plus de 300 000 enfants soldats dans le monde, dont 200 000 en sur le continent africain. M.A.

UNICEF 2016

Dans un village d’Afrique qui n’est pas nommé – ici et partout ailleurs – beaucoup sont venus assister à une audience dirigée par la Commission Vérité et Réconciliation.

Dix années de guerre civile viennent de s’achever et le temps de la réconciliation est venu. « Si nous ne disons pas la vérité,  si nous n’apprenons pas à nous réconcilier, nous garderons notre haine tapie en nous et il est probable qu’un jour la tragédie se répète », affirme le modérateur chargé de recueillir les témoignages des acteurs et des victimes de ces affrontements dont nous apprendrons plus tard les enjeux réels. Au centre de la pièce, le jeune Tamba Cisso est invité à raconter les exactions auxquelles il a dû se livrer alors qu’il navait pas encore dix ans. Il en a maintenant seize. Il débute ainsi son récit : « J’avais huit ans lorsqu’on m’a kidnappé avec six autres enfants de notre village. (…) (…) J’ai été enrôlé  dans un conflit qui n’était pas le mien. J’ai combattu pour des idées qui n’étaient pas les miennes. J’ai été à la merci d’hommes qui possèdent quelque chose qu’aucun homme ne devrait posséder : le pouvoir de disposer de l’autre. »

Face à lui, le modérateur et trois assesseurs. Notre but est de « tenter de guérir et non pas de juger », déclare-t-il. Derrière Tamba, la cohorte de ceux qui sont venus chercher des responsables de ce qu’ils ont vécu.

Pour l’heure, l’adolescent décrit le camp d’entrainement, les ruses que le groupe utilisait pour obliger l’armée régulière à s’arrêter, puis les exécutions qui s’en suivaient. Tuer pour ne pas être tué. 

Il raconte les distributions de pilules et les injections de Bubble, qui donnent de la force et du courage. « Quand les effets s’arrêtent et qu’on comprend ce qu’on a fait, c’est insupportable. » Il parle des mauvais traitements, de l’addiction à la dope qui fait que jour après on ré-enclanche la machine à éliminer l’ennemi, il parle de la peur des représailles sur sa propre famille si on ne donne pas le meilleur de soi-même. Puis il en vient à sa fuite en compagnie d’Aceyta et d’Awa, sa camarade de jeu, aux temps bénis où…

Awa, l’enfant soldate-fille à tout faire, victime des appétits sexuels des rebelles.

Tamba et Awa

Tamba décrit aussi de son arrivée dans un camp de réfugiés, bientôt rejoint par Awa. Par respect pour elle, il passe sous silence les viols dont elle a été victime, se souvient de leur pacte sacré à la naissance du petit être innocent qu’elle devra aimer malgré tout.

En six ans, l’enfant qu’il était est devenu un homme ; Tamba espère qu’avec le temps, « les blessures deviennent cicatrices et qu’un jour elles pâlissent. »

Superbe BD, grande qualité d’écriture. À mettre entre toutes les mains à partir de 12 ans.

Anne Calmat

112 p., 18,95 €

Ailefroide Altitude 3954

Été 2018

Scénario Olivier Bocquet et Jean-Marie Rochette, illustrations Jean-Marie Rochette – Postface Bernard Amy – Ed. Casterman, 2018

Il n’y a pas deux vies d’alpiniste semblables, parce qu’il n’y a pas deux listes de sommets, de réussites et d’échecs semblables. En revanche, toutes les histoires d’alpiniste ont un point commun : leur commencement. Les débuts en alpinisme de Jean-Marc et Sempé, tels que racontés par Jean-Marc, pourraient sembler anecdotiques. Il n’en est rien. Ils sont remarquablement exemplaires. Ce que vivent aujourd’hui les jeunes gens qui découvrent l’univers de la haute montagne diffère peu de ce que nous montre le récit de Jean-Marc. Et il suffit de lire les nombreuses biographies publiées par les alpinistes depuis que l’ascension des montagnes est devenue un fait social, pour réaliser que tous ont vécu de la même façon leur « entrée en alpinisme ». B.A.

Le peintre-sculpteur Jean-Marc Rochette, co-auteur de la série post-apocalyptique des Transperceneige (Intégrale parue chez Casterman en 2013), signe ici un roman autobiographie d’une incroyable richesse, tant sur le plan graphique qu’émotionnel.

Enfant, à Grenoble, sa double passion pour les arts et les hauteurs lui a été transmise par sa mère, qui l’entraînait dans les musées, mais aussi dans de multiples randonnées pédestres en direction des sommets environnants du Massif des Écrins.

© JM Rochette

On le découvre tout d’abord en arrêt devant une toile de Chaïm Soutine intitulée Le bœuf écorché, émerveillé par la force de l’œuvre. Quelques planches plus loin, le jeune Rochette a accompagné sa mère dans l’une de ces randonnées en moyenne montagne qu’elle affectionne tant. « C’est ce jour-là que je suis tombé amoureux de la montagne. C’était d’une beauté absolue et je n’avais qu’une idée en tête : monter, monter tout en haut. »

© JMR

À l’école, il s’ennuie ferme. Son inclinaison pour le dessin, balayée d’un revers de main par son professeur, est pour lui une source de réconfort. Son second échappatoire va être la varappe le long des parois rocheuses que l’on trouve à l’extérieur de la ville, en compagnie de l’un de ses futurs compagnons de cordée, Philippe Sempé.

Rapidement, leur objectif sera l’escalade de la face nord d’Ailefroide. Mais auparavant, il leur faut faire leurs classes.

Dès lors, chaque expérience va être plus exigeante que la précédente… 

© JMR

Le jeune Rochette a maintenant pris de l’assurance, il tente même l’ascension d’un glacier en solo, pour les beaux yeux de deux filles. Alors qu’il s’attend à être félicité par les alpinistes qu’il a dépassés au pas de charge, il se fait remonter les bretelles pour avoir pris des risques inconsidérés. Il retiendra la leçon et se souviendra de ceux que la montagne a dévorés, sans jamais rendre leurs corps.

Nous partageons avec lui les nuits à la belle étoile, les bivouacs, les avalanches, les chutes de pierres qui exposent au pire – et dont Rochette fera les frais, les crevasses qui happent les corps, les escalades à corde tendueles rappels à l’épaule… 

Que la montagne est belle et vibrante sous les pinceaux de Jean-Marc Rochette !

© JM Rochette

Le récit s’articule autour des différentes ascensions effectuées. Il permet aussi de mettre en lumière les grands noms de l’alpinisme : Edward Whymper, Gaston Rébuffat, Lionel Terray… Et plus près de nous, Bruno Chardin ou Jean-Claude Zartarian. Mais aussi, d’appréhender une époque révolue et une façon, plus romanesque et peut-être moins pragmatique, d’aborder chaque expédition.

Bien qu’ayant dû renoncer à être guide de haute montagne, suite à un grave accident survenu lors d’une course en solo, Jean-Marie Rochette considère qu’être alpiniste, c’est pour la vie. Au retour d’une escalade difficile dans le Massif des Écrins en 2016, il a déclaré à Bernard Amy : Tu te rends compte, je n’avais pas grimpé depuis quarante ans ! Et ce qui est formidable, c’est que tout m’est revenu, comme si ça datait d’hier.

Anna K.

290 p., 28 €

 

 

 

 

 

Manolis (suivi de) Gilets de sauvetage

Depuis mai 2018

Manolis de Allain Glykos (scénario) et Antonin Dubuisson (dessin) – Ed. Cambourakis

 » Les soldats turcs ont séparé les hommes et les femmes. Ils ne nous ont donné que quelques minutes pour faire nos baluchons. Nous marchions en colonnes sur les routes jonchées de cadavres. Quand j’ai embarqué avec ma grand-mère pour un voyage sans retour, mon père était sûrement déjà mort. Nul ne sait comment et nul ne sait ce qu’ils ont fait de son corps. La mer était rouge de sang. Dans la déroute, ma mère et mes frères ont pris un autre bateau… « 

Voilà ce que mon père m’a souvent raconté. Une histoire si lointaine et si proche. Un récit qui, aujourd’hui encore, résonne de sa voix entrecoupée de larmes et de silences. Des images et des mots contre l’oubli. Allain Glykos

C’est à travers l’itinéraire du petit Manolis, chassé de son village de Vourla, dans la région de Smyrne (Izmir aujourd’hui), réfugié dans une famille d’accueil à Nauplie, retrouvant sa famille en Crète pour finalement émigrer en France, que ce roman graphique évoque l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire grecque du XXe siècle, connu sous le nom de « Grande catastrophe ». Il rejoint en ce sens le second roman graphique des deux auteurs (v. ci-après), publié dans le même temps aux éditions Cambourakis.

Rappel historique. Le conflit gréco-turc, qui fait suite à la première guerre mondiale, débouche à l’automne 1922 sur la défaite des troupes grecques face à l’armée conduite par Mustafa Kemal.

Les conséquences humaines de cet événement – massacre et expulsion des populations chrétiennes d’Anatolie – vont entre autres faire basculer le destin du père d’Allain Glykos. Cette mémoire douloureuse est au coeur de ce roman graphique, qui montre les souffrances endurées par les populations sans jamais s’y appesantir. Une chronologie et une carte complètent le récit et donnent les repères historiques essentiels.

La personnalité de Manolis, petit garçon courageux, généreux, avide de connaissances et désireux de découvrir le monde, illumine le récit. Au fil du livre, il perdra peu à peu sa naïveté initiale, écoutant les conversations des adultes qui rendent compte de la complexité de la situation.

192 p., 20 € – Visuels © Cambourakis

Depuis mai 2018

Gilets de sauvetage d’après le roman d’Allain Glykos (scénario) et Antonin Dubuisson (dessin) – Ed. Cambourakis

 » Aucune armée de douaniers, de soldats, aussi puissante soit-elle, n’empêchera la faim d’aller chercher le pain là où il y en a, de venir vérifier si la réalité a quelque chose à voir avec le rêve. » Allain Glykos

Trois ans que le narrateur n’est pas allé en Grèce, le pays de son père, où il a séjourné pendant des années auparavant afin de retracer la trajectoire paternelle.

Il se réjouit d’y retourner pour un peu de vacances. Quelques semaines d’apaisement en perspective alors que Paris vient d’être touchée par les attentats de 2015. Lorsqu’il arrive sur l’île de Chio, tout semble propice au repos recherché. Rapidement cependant sa compagne et lui perçoivent les signes et les difficultés quotidiennes des habitants, victimes de la crise économique qui touche tout le pays.

Ils vont surtout être vite témoins de l’arrivée de migrants. Rattrapés par cette criante et cruelle actualité, ils ne peuvent se contenter d’un séjour touristique. Au fil de leurs visites, ils vont ainsi aller à la rencontre de ces gens qui ont fuit leur quotidien, leur terre natale, en quête d’un peu de paix.

Dès lors, cette bande dessinée donne voix aux migrants, une façon de restituer leur histoire, leurs parcours, comme autant d’échos à celui du père du narrateur qui avait dû quitter sa terre, chassé par les Turcs lors de la Grande catastrophe en 1922.

Dans la continuité du roman graphique Manolis, Gilets de sauvetage livre un témoignage empreint d’une grande humanité qui rend compte des prolongements et des rebondissements de l’Histoire.

160 p., 24 € – Visuels © Cambourakis

Les auteurs

Né en 1948, Allain Glykos vit et enseigne à Bordeaux. Romancier, il a publié une vingtaine de livres, dont plusieurs d’inspiration autobiographique, principalement publiés aux éditions de L’Escampette. Il est également l’auteur d’un film documentaire TV autour de la figure de son père.

Né en 1986, Antonin Dubuisson dessine depuis tout petit dans les marges des cahiers. Il est l’un des animateurs du fanzine bordelais Zymase. Ses premières bandes dessinées Tout est bien qui finit bien et les Aventures de Roger Pixel, ainsi que le carnet de voyage Karakolo (Prix de la presse du festival du Carnet de voyage de Clermont-Ferrand en 2011) ont paru aux éditions Croc en jambe. Manolis est son premier projet d’envergure.

Les cahiers japonais (T.1 et 2/2)

Octobre 2015

Les Cahiers japonais (T.1) de Igort (texte et dessin) – Ed. Futuropolis, 184 p., 24 €

Chronique audio (5’04)  Juliette Poullot, librairie Les Buveurs d’Encre, Paris 19e

Également diffusée dans l’émission « Act’heure » sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM

 

 

 

 

En librairie le 7 juin

Les Cahiers japonais (T.2) Texte et dessin : Igort  – Ed. Futuropolis, 184 p., 24 €

«Tout avait commencé avec la lecture des carnets de voyage du poète Matsuo Basho, l’inventeur du haïku. Voyager, pour lui, c’était un état intérieur, un vagabondage sans but précis, le coeur prêt à cueillir la moindre étincelle de vie. Voilà, ce fut cette idée, je crois, qui me fascina et me mit sur la voie, encore une fois. En marche, sans but déterminé, allais-je rencontrer quelque chose qui enrichirait ma petite existence ?» 

Igort est l’un des rares auteurs occidentaux à avoir travaillé directement pour un éditeur japonais. Avec ce second ouvrage, il revient sur son amour pour la culture de ce pays, amenant le lecteur à découvrir des pans peu connus du Japon

Reprenant son bâton de pèlerin, il nous convie à un voyage très intime au Japon sur les traces de son ami Jiro Taniguchi, mais également, sur celles de Miyamoto Musashi, figure emblématique du Japon, maître bushi, philosophe et le plus célèbre escrimeur de l’histoire du Japon ou de Yasunari Kabawata, prix Nobel de littérature. Sur celles du passé, Igort sillonne notamment Hiroshima. Il visite aussi un fabricant de papier traditionnel qui aime à dire : « Boue, bois, papier, voilà l’essence du Japon. » Il raconte aussi la pression au travail et montre les Hikikomori, ces adolescents refusant de sortir de chez eux, ou Love Plus, une application vidéo qui permet une relation virtuelle avec une fille de rêve.

La photo vient alors s’associer au dessin. Igort mélange souvenirs de rencontres, impressions de voyage, instantanés et composition de paysages. Il mélange cette matière réelle à l’imaginaire. C’est cette subtile conjugaison qui donne sa ligne de force à sa narration.

 

Les Beaux étés (tome 4)

En librairie le 1er juin

de Zidrou (scénario) et Jordi Lafebre (dessin) – Ed. Dargaud

Zidrou reste au sommaire d’Arts pluriels, avec ce quatrième volet des Beaux étés. Une saga familiale successivement sous-titrée Cap au sud (T.1, avril 2015), La Calanque (T.2, juin 2016), Mam’zelle Estérel, (T.3, juin 2017) et Le Repos du guerrier (T.4, juin 2018).

Le grand talent de Zidrou est d’avoir écrit une histoire au long cours, dans laquelle la quasi absence de rebondissements maintient paradoxalement une forme de suspense quant aux tribulations de cette famille belge qui, été après été, choisit de venir passer ses vacances dans le sud de la France. Le charme de la série tient beaucoup au parfum d’époque révolue qu’elle dégage.

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On se souvient que dans le tome 1, les relations entre Mado et son époux, Pierre – dessinateur de bandes dessinées en permanence « charrette » – n’étaient pas au beau fixe. Bien que leurs trois enfants n’en aient pas conscience, ces vacances en famille avaient toutes les chances d’être les dernières. Les épisodes suivants démontrèrent une fois de plus que le pire n’est pas toujours sûr.

Pas d’événements extraordinaires cependant dans ce premier tome, dont l’action se situe en 1973 ; juste une histoire en demi-teinte particulièrement bien troussée, avec des personnages attachants et, côté auteurs, un art consommé de nous renvoyer à nos propres souvenirs.

Plus nostalgique que le précédent, le second tome revisite contre toute attente l’année 1969. C’est un peu comme si l’on  feuilletait une pile d’albums photos sans se soucier de leur chronologie.

Même scénario, les Faldérault s’apprêtent à partir en vacances dans une bicoque rikiki mais mimi située dans la Calanque marseillaise. Pierre met une avant-avant-dernière touche à l’album qu’il devrait avoir bouclé, mais cette année-là, Mado, enceinte de son quatrième rejeton, se contente de jeter sur son époux un regard indulgent. La joie règne au sein du clan, les vacances se présentent sous les meilleurs auspices.

Le tome 3 nous propulse cette fois en 1992. Les époux Faldérault sont désormais à la retraite, leurs enfants ont grandi et la 4L familiale – personnage à part entière de la série, rebaptisée Mam’zelle Estérel dans sa prime jeunesse, est à vendre. C’est l’occasion pour les protagonistes de se remémorer l’année de leurs toutes premières vacances en compagnie… des beaux-parents.

Dans ce quatrième épisode, même canevas, nous retrouvons les Faldérault au grand complet : Pierre, Madeleine et leur progéniture, auxquels s’est joint Jean-Manu, le petit ami de Nicole. Cet été 1980 a ceci de particulier que Pierre est devenu copropriétaire d’une villa « clé sur la porte », qu’il a baptisée « Le Repos du guerrier ». Il a cette fois inscrit le mot FIN sur sa BD, cap sur la Dordogne pour la tribu. Mais une obligation professionnelle de dernière minute bouleverse le timing : Pierre doit différer son départ, il rejoindra plus tard sa famille en train-couchettes.

Dans ce nouvel épisode, l’aventure va plus que jamais être au rendez-vous, aussi est-ce comme un seul homme que tous vont se serrer les coudes lorsqu’il leur faudra faire face à la « légère déconvenue » qui les attend à leur arrivée. Les vacances d’été chez les Faldérault, c’est sacré, donc pas question de baisser les bras. Et l’aînée de conclure : « Le Guerrier qui refuse le combat, moi j’appelle ça un déserteur « …

Rafraîchissant comme un sorbet à la fraise liégeoise.

Anne Calmat

56 p., 13,99 € (ch. album)

 

l’obsolescence programmée de nos sentiments

En librairie le 1er juin 2018

Scénario Zidrou – Dessins Aimée de Jongh. Ed. Dargaud

Lui, c’est Ulysse. Mais il n’a rien voir avec celui de L’Odyssée. C’est un déménageur, veuf, qui approche de la soixantaine et se trouve brutalement mis au chômage. Ecrasé de solitude, il a recours à toutes les ruses pour l’alléger, sans y parvenir vraiment. Son fils médecin est trop occupé pour soulager son malheur, le souvenir de sa fille décédée à l’âge de seize ans y ajoute encore. Reste cette adresse à laquelle il se rend une fois par semaine, en échange de quelques minutes d’oubli et de jouissance.

Elle, c’est Méditerranée, prénommée ainsi par un père corse amoureux de sa mer. Elle fut mannequin, posa au faîte de sa gloire pour une couverture de Lui, mais la quarantaine venue, se reconvertit dans la fromagerie, héritée de sa mère. Célibataire par conviction, le mal d’enfant à soixante-deux ans lui pèse encore.

Ils font connaissance dans la salle d’attente du fils.

Et, comme aucun d’eux ne s’y attendait, la vie se décide à leur faire un grand clin d’œil.

Ils se découvrent, se plaisent, s’aiment et s’accordent.

Au point que…

Mais cela, c’est la fin du récit, et elle ne peut se découvrir qu’en lisant le livre.

S’en tenir à cette présentation risquerait de faire passer cette romance touchante pour une histoire banale, n’était… la manière de la raconter, de figurer ces deux êtres, de les faire parler, de les montrer. C’est ce regard posé et porté sur les personnes et les sentiments qui vaut et va transformer cette rencontre en aventure poétique.

Le dessin des personnages, plus très jeunes, est sans concession. iIs ne sont ni beaux, ni canons, mais sans jamais verser dans la caricature. Ils sont comme ils sont.

Les dialogues empruntent au langage parlé des expressions savoureuses et imagées, Ulysse est déménageur. C’est le parler concret et drolatique de gens simples.

Les héros ne sont ni sublimes ni très originaux, mais ils possèdent une vérité, une vitalité, une humanité étonnantes, au point qu’on se croirait parfois au cinéma.

Quelques étreintes, dessinées avec des tons clairs et doux – beige orangé, gris et ocre sur blanc – figurent une sorte de chorégraphie tendre d’une grande beauté.

Et puis cette façon de bousculer l’ordre des choses est tout à fait sympathique.

Nicole Cortesi-Grou

144 p., 19,99 €

Aimée de Jongh, jeune auteure néerlandaise, a publié sa première bande dessinée, Aimée TV, à dix-huit ans. Son premier roman graphique, Le retour de la bondrée, dont elle signait également le scénario, a remporté le prestigieux Prix Saint-Michel du meilleur album 2014-2015. Il a été porté à l’écran en 2016. L’obsolescence programmée de nos sentiments est son deuxième roman graphique.

Zidrou est un maître d’école belge devenu scénariste de bandes dessinées. Lui et son camarade Falzar (L’instit Latouche et Léonie) écrivent de nombreux scénarios pour Spirou, sous le nom des « potaches ». Seul, c’est avec L’Élève Ducobu (Ed. Le Lombard) qu’il connait un vrai succès. Il a récemment ajouté des récits pour adultes à ses publications « Tout public/jeunesse et humour ».