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Nuit noire sur Brest

couve_brest_la_rouge_telD’après Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay – Adaptation et dialogues Bertand Galic et Kris – Dessin et couleurs Damien Cuvillier – Ed. Futuropolis –

Nuit noire sur Brest revient sur un fait historique survenu en août 1937, opposant différents courants politiques à propos de la présence d’un sous-marin espagnol dans la rade de Brest, le C2.

La France d’alors, après la chute du leader socialiste du Front populaire, Léon Blum, est divisée. Les conservateurs, les milieux patronaux, les militaires sont inquiets, l’extrême droite est vigoureuse. Du côté espagnol, le coup d’État du général Franco contre le Frente popular complique encore la situation.

Le gouvernement n’est pas unanime sur les décisions à prendre. Il subit de plus les pressions diplomatiques du Royaume-Uni, qui exige la neutralité.

C’est dans ce contexte tourmenté, propice à l’espionnite, au double jeu et aux luttes souterraines, que débute le récit.mep_nuit_noire_sur_brest-3_telLe 20 août 1937, un bateau heurte dans le brouillard un sous-marin, dont l’équipage est espagnol. Sous couvert de neutralité dans le conflit qui secoue l’Espagne, les autorités françaises refusent l’assistance technique réclamée par le commissaire de bord, et lui intiment l’ordre de mouiller dans le port. Commence alors un ballet de personnages, sympathiques ou antipathiques, selon les points de vue. Nous croisons un espion, quelques Croix-de-Feu, un reporter, un patron de bar anarchiste, un groupe de communistes, un commandant de l’armée franquiste, et une entraîneuse, liée par son passé au capitaine du sous-marin.

La maîtrise des voies fluviales est cruciale pour qui veut l’emporter, or, Franco manque cruellement de sous-marin. Rien de plus urgent donc que de s’emparer des bâtiments républicains, même s’ils stationnent en France.

Paralysées par la neutralité et certaines sympathies, les autorités ne feront rien. Communistes et anarchistes uniront leurs forces pour faire échec à la prise de guerre franquiste. Le commando sera défait, ses membres arrêtés. Mais une justice clémente les fera ressortir trois jours après l’audience, avec six mois de prison, pour détention d’armes de guerre et cinq jours, pour délit de port d’armes, purgés en préventive.mep_nuit_noire_sur_brest-6_tel

Les dernières pages évoquent l’importance de la mémoire de ces années noires, pour repousser l’oubli qui pourrait tout ensevelir.

La trame du récit, très dense, requiert une certaine attention pour être suivie. Les personnages et les décors sont réalistes, avec des contrastes de couleurs saisissants. La postface de l’auteur, qui relate l’affaire dans toute sa complexité, son issue, le devenir des personnages, agrémentée de photographies d’époque, est passionnante.

Nicole Cortesi-Grou

88 p., 17 € – En librairie le 15 septembre

À lire également (2015-2016) :

(B.G.) Le Cheval d’Orgueil, Un maillot pour l’Algérie…

(K.) Un maillot pour l’Algérie, Notre Mère la Guerre, Toussaint 66, Un homme est mort, Un sac de billes, La grande évasion…

(D.C.) La guerre des Lulus, Livre d’or Grand Angle, Mon histoire de migration…

 

 

 

Anna Politkovskaïa – Journaliste dissidente

ANNA-P_COUV.inddde Francesco Matteuzi (texte) et Elisabetta Benfatto (dessin) –  Steinkis Ed. STEINKIS_ANNA-P_INT_2704-P.26

« L’unique devoir d’une journaliste est d’écrire sur ce qu’elle a vu. »

Il y a tout juste dix ans, les reportages sans concessions d’Anna Politkovskaïa, témoin oculaire du conflit qui opposait les indépendantistes tchétchènes (assimilés par Moscou aux terroristes d’Al Quaïda) au régime de Vladimir Poutine, dont elle dénonçait les crimes contre l’humanité, ont scellé le destin de la journaliste.

Bien qu’ayant conscience que sa vie ne tenait qu’à un fil, et malgré son découragement face aux représailles que subissaient ses informateurs, elle mena son combat jusqu’au bout. Par éthique professionnelle et aussi pour que les jeunes générations sachent que résister à l’arbitraire est un devoir.

Le 7 octobre 2006, elle était assassinée dans l’ascenseur de son immeuble. Pour beaucoup, cet acte sonnait comme une nouvelle mise en garde à l’adresse des opposants à un pouvoir qui cultivait auprès de son peuple un esprit nationaliste et nostalgique de l’ère soviétique et des gloires passées de l’empire tsariste.

Parce que chez nous, ça fonctionne ainsi. Si vous parlez, si vous révélez des faits que le régime veut dissimuler, vous êtes mort. Il y a les journalistes rééducables, ceux qu’on peut remettre sur la bonne voie (…). Ceux qui disent la vérité mènent une vraie guerre », lui fait dire Francesco Matteuzi en page 51. STEINKIS_ANNA-P_INT_2704-P.2Quelques-uns des évènements majeurs qui ont traversé cette décennie sont ici illustrés, comme par exemple la prise d’otages au théâtre de la Doubrovka (oct. 2002). On la voit qui négocie avec l’un des assaillants. Il lui dicte ses conditions de retrait, mais l’irruption des forces spéciales russes, qui ont introduit un agent chimique inconnu dans le système de ventilation du lieu, vient réduire à néant toute tentative de conciliation.STEINKIS_ANNA-P_INT_2704-78Vient ensuite tragédie survenue dans l’école de Beslan, en Ossétie du Nord (sept. 2004). Elle est sobrement dépeinte par l’auteur à l’aide de quelques dessins de style naïf, sur un cahier d’écolier à petits carreaux : des militaires encagoulés, bâtons d’explosif à la main, terrorisent femmes et enfants. L’intervention des forces spéciales russes va une nouvelle fois mettre le feu aux poudres. La journaliste n’a rien pu faire. Elle espérait cette fois encore négocier avec les preneurs d’otages, mais elle en a été empêchée avant même d’avoir posé le pied sur le sol ossète.

Non rééducable, il faut la traiter en conséquence, a déclaré le maître du Kremlin…

Une BD toute simple, mais qui résonne comme un  bel hommage à l’exigence et à la rectitude d’une femme qui ne faisait que son métier.

Anne Calmat

126 p., 16 €

 

 

Trahie T.1 & 2

Couverturede Sylvain Runberg (scénario) et Joan Page 5Urgell (dessin), d’après le roman de la Suédoise Karin Alvtegen  – Ed. Dargaud

Le tome 1 pourrait se résumer ainsi : Henrik trompe Éva, qui décide de se venger. Un soir, la jeune mère de famille rencontre Jonas dans un bar et ils passent la nuit ensemble. Pour Éva, cet épisode est destiné à rester sans lendemain, mais Jonas ne l’entend pas ainsi.

On est un peu déboussolé au début de l’album, à cause des nombreux flash-back destinés en particulier à nous montrer le parcours de vie chaotique du jeune homme, mais au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture de ce thriller psychologique, on est impatient d’en connaître le dénouement.

Couverture - copieDans le tome 2, sorti en librairie le 26 août dernier, l’atmosphère est toujours aussi oppressante, le tour que prennent les événements, de plus en plus inquiétant, mais le suspense a curieusement perdu de son impact. On a compris dès le second tiers du volume précédent que Jonas est un psychopathe et on se doute qu’il va être prêt à tout pour récupérer la nouvelle élue de son cœur. De son côté, Éva n’a pas renoncé à faire payer à Henrik le prix de son infidélité et à lui pourrir la vie, ainsi que celle de sa rivale. Mais si noirs que soient ses desseins, ils sont peu de chose à côté de ce que lui réserve son amant d’une nuit, qui en l’occurrence n’a rien eu de torride. Page 7Le propre d’un thriller étant de maintenir ses lecteurs sur des charbons ardents, on n’en dira pas beaucoup plus, si ce n’est que la fin, glaçante et assez inattendue, donne à réfléchir. On ne peut s’empêcher de penser au cultissime film d’Adrian Lyne, Liaison fatale.

Le scénario est bien ficelé, même si on n’échappe pas aux incontournables clichés comportementaux, comme par exemple celui du fils mal-aimé qui, devenu adulte, recherche compulsivement l’amour inconditionnel d’une mère à travers toutes les femmes qu’il croise.Page 20Un plaisir de lecture malgré tout, tempéré par une certaine perplexité face au choix graphique de Joan Urgell : les visages sont tantôt inexpressifs, tantôt « surjoués », et on a du mal à identifier les personnages.

A.C. 

64 p., 14,99 € (chacun)

 

Iroquois

Iroquois03de Patrick Prugne (scénario et aquarelles) – Ed. Daniel Maghen

Le retour en grâce sur le petit écran des westerns des années 60 a mis un coup de projecteur sur ces hommes et femmes qu’à l’époque on appelait indifféremment « les Peaux-Rouges », qu’ils soient originaires d’Amérique du Nord, du Sud  ou du Canada. Il y avait les Apaches, les Sioux, les Comanches, les Cheyennes, etc. Et les Iroquois. Pour tous, sédentaires ou nomades, l’arrivée des Blancs a eu des répercussions plus négatives que positives.

L’action se déroule à Québec au début de l’été 1609. Plus préoccupé par les richesses que lui procurent la pêche à la baleine et le commerce des fourrures, la France d’Henri IV s’intéresse peu à ces arpents de terre habités par une poignée de « sauvages », pacifiés par l’explorateur Samuel de Champlain. Mais ce dernier, fondateur de Québec, a un objectif : établir des relations de confiance avec les nations amérindiennes (Hurons, Algonquins, Montagnais), grandes pourvoyeuses de fourrures, en leur prêtant main-forte pour que cessent les raids meurtriers dont ils font l’objet de la part des Iroquois, et donner ainsi à son comptoir l’ampleur d’un important lieu d’échanges commerciaux.

Constituée de trois bâtisses en rondins entourées d’une enceinte en bois, ladite colonie de Nouvelle-France abrite un groupe d’hommes qui s’apprêtent à faire face à leur premier conflit.

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L’album débute au moment où, soucieux de complaire à ses alliés hurons et montagnais et soutenu par une quarantaine de colons français, Champlain a décidé de passer à l’action en allant combattre l’ennemi sur ses propres terres. L’équipe est guidée par « Le Basque », un trafiquant de peaux qui connaît parfaitement la région, et qui a toutes les raisons de vouloir la mort de ceux qui l’ont scalpé. L’explorateur dispose quant à lui d’un argument de poids en la personne d’une otage, « Petite Loutre », fille d’un chef iroquois, achetée peu de temps auparavant aux Algonquins.

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Les Iroquois et « Petite Loutre » sont  résolus à vendre chèrement leur peau, mais que peuvent les plus braves contre les « bâtons tonnerre » ?  Champlain est  loin d’imaginer que cette opération guerrière, dite bataille du lac Champlain, va engendrer deux cents ans de conflits entre Français et Iroquois.

Je vois du sang… beaucoup de sang… Car la vengeance de notre peuple sera terrible pour d’innombrables lunes à venir, prédit en conclusion un vieux sage.

L’album, agrémenté d’un riche cahier graphique d’une vingtaine de pages, est splendide. L’évocation de cet épisode historique permet une nouvelle fois de mesurer les ravages sur les populations amérindiennes qu’ont engendrés l’arrivée des colons. Mais également, le degré de cynisme du personnage principal – peut-être à son corps défendant – dicté par l’obligation absolue de servir les intérêts du royaume de France. La haine qui oppose les Hurons aux Iroquois semble trop profonde, jamais nous ne parviendrons à les rapprocher. Il nous faudra choisir entre les uns et les autres, déclare l’un des personnages. Ce à quoi Champlain répond : Eh bien, nous choisirons en temps voulou. Ce sera le commerce des fourrures qui donnera le « la ».

À  bon entendeur.

Anne Calmat

104 p., 19,50 euros

10922841_436432756531015_6426752995452258534_nLes planches originales de cet album sont visibles à la galerie Maghen (Paris 6e) jusqu’au 17 septembre, puis au festival BD Boum de Blois, du 18 au 20 novembre 2016.

 

 

 

Pereira prétend

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d’après le roman de Antonio Tabucchi. Texte et dessin Pierre-Henry Gomont – Ed. Sarbacane. En librairie le 7 septembre

La phrase-titre, qui reviendra comme un leitmotiv tout au long du roman que Tabucchi écrivit en 1994, intrigue. Celle qui accompagne la première planche de l’album ne fait que renforcer une impression de mise en accusation. Pereire prétend qu’il était bon catholique. Etait ? N’est plus ? Un accusé nécessairement présumé coupable si l’on tient compte du contexte historique du récit…P2

Nous sommes en 1938, dans le Portugal livré à Salazar et à ses sbires. Il y a ceux qui adhèrent aux thèses fascistes du dictateur, ceux qui les combattent et ceux qui préfèrent regarder ailleurs. Pereira appartient à la troisième catégorie. Nous l’accompagnons tout au long de son cheminement, plus existentiel que politique, vers une prise de conscience de sa responsabilité face à l’Histoire.

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C’est à la faveur de rencontres déterminantes (Francesco Rossi et Marta : deux opposants au régime, le docteur Cardoso, l’abbé Antonio…) que Pereira, chroniqueur littéraire vieillissant dans un journal catholique prétendument indépendant, englué dans ses souvenirs et ses regrets d’une vie qu’il n’a pas vécue, va faire surgir, presque à son insu, son « moi hégémonique », et devenir un être agissant.

Il traduisait Maupassant et Balzac pour les lecteurs du Lisboa, ses nouveaux amis vont lui proposer de louer Lorca et Maiakovski, considérés comme « sataniques » par le pouvoir en place. Il jugeait impubliables les billets nécrologiques anticipés qu’il avait commandés à « son fils de substitution », il lui rendra le plus bel hommage qui soit le moment venu.13781863_1375639565786083_4507435319216453122_n

Le roman de Antonio Tabucchi est superbe, essentiel. La BD de Pierre-Henry Gomont l’est tout autant. Tabucchi l’avait écrit au moment de l’arrivée imminente au pouvoir du très populiste Silvio Berlusconi, Gomont l’a adapté au moment où garder les yeux grands ouverts face aux menaces qui rôdent de toutes parts, est plus que jamais indispensable.

De nombreuses séquences d’une grande force émotionnelle (le meurtre de Francesco, la rencontre avec le docteur Cardoso…), servies par un trait simple et expressif, feront à coup sûr de cette BD, l’un temps forts de la rentrée.

Anne Calmat

160 p., 24 €

Du même auteur : Crématorium (Casterman, 2012), Rouge Karma (Sarbacane, 2014), Les nuits de Saturne (Sarbacane, 2015)

To-day

La Forêt des Renards Pendus

couve_foret_des_renards_pendus_teld’après le roman de Arto Paasilinna. Scénario et dessin Nicolas Dumontheuil – Ed. Futuropolis

Raphaël Juntunen est un petit malfrat paresseux, manipulateur et roublard. Contrairement aux accords passés cinq ans plus tôt avec un dénommé Hemmo Siira, il n’a plus aucune envie de partager avec lui ce qu’il reste de leur butin : trois lingots d’or frappés du sceau de la banque nationale d’Australie. Siira est pour l’heure en prison, mais plus pour longtemps, aussi le jeune homme juge-t-il préférable d’aller planquer le magot au coeur de la forêt des Renards pendus, en Laponie finlandaise.

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De son côté, le Major Gabriel Amadeus Remes – brave type, le coup de poing facile et picolant sec – a pris un congé sabbatique d’une année, histoire de s’aérer les méninges. Il choisit de partir dans le nord du pays, direction la Toundra lapone.

13096216_10153357419632581_1683273767111724295_nSa route va bien entendu croiser celle de Raphaël. Chacun tente dans un premier temps de faire prendre des vessies pour des lanternes à l’autre, puis finalement les deux hommes décident de se poser quelques temps dans un vieux campement de bucherons à l’abandon, et de le transformer en un véritable trois étoiles. Raphaël a des goûts de luxe. Il donne les ordres et finance le projet, Gabriel Amadeus, qui a fini par découvrir l’origine de la fortune de son copain et comprendre qu’il s’était fait berner, lui sert docilement d’homme à tout faire.

Lorsqu’il va en ville pour échanger quelques centaines de grammes du métal précieux contre des espèces sonnantes et trébuchantes, afin de pouvoir acheter les matériaux et accessoires nécessaires à la rénovation des lieux, le Major s’attarde au bistro du coin. L’ébriété lui fait alors faire et dire pas mal de choses…

Bientôt, Naska, une nonagénaire en cavale qui a échappé de justesse à son placement dans un asile de vieillards, vient se joindre à ce tandem improbable, qui coule des jours heureux sous l’oeil complice d’un renard, que Raphaël et Amadeus ont appelé Cinq-cents balles. Les deux hommes iront même jusqu’à héberger un garde-rennes (corruptible) qui s’est pris le pied dans un piège à renards.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’au jour où le redouté Siira vient mettre les pieds dans le plat.

Tous les ingrédients du roman noir sont réunis, mais l’auteur les détourne allègrement pour en faire une fable loufoque, truculente… et parfaitement amorale. Beaucoup d’humour, des dialogues percutants, des personnages attachants : un vrai plaisir de lecture pour inaugurer la seconde saison de Boulevard de la BD.

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Il est donc l’or de noter sur vos tablettes la sortie en librairie de l’album, le 25 août.

Anne Calmat

144 p., 21 €

Nicolas Dumontheuil aux Ed. Futuropolis  : La colonne (2011) – Le landais volant (2009) – Big Foot (2007)

Arto Paasilinna a publié une vingtaine de romans dont : Le lièvre de VatanenPetits suicides entre amisUn homme heureux.

Ils sont traduits en 27 langues.

 

Kobané calling

 

couv provisoire Kobanéde Zerocalcare (texte et dessin) – Ed. Cambourakis – En librairie le 7 septembre (chronique bilingue).

Depuis quelques années, l’info à jet continu dont nous abreuvent nombre de médias TV, soumis à la dérisoire guerre du scoop, n’aide pas toujours à cerner une situation donnée. Le conflit syrien en est une parfaite illustration.

Parti fin 2014 avec un groupe de huit humanitaires à la rencontre de l’armée des femmes kurdes en lutte contre l’avancée du groupe État islamique sur la ville de Kobané, l’auteur a rendu compte à son retour de ce qu’il y avait vu et entendu. Son reportage graphique d’une quarantaine de pages, publié dans un premier temps dans l’hebdomadaire italien Internazionale, a par la suite été enrichi, au point de composer cet album qui en compte maintenant 288.

Le jeune dessinateur romain y décrit la vie dans cette partie du Kurdistan syrien, qu’on appelle le Rojova (constitué de trois cantons, dont Kobané). Il met l’accent sur les enjeux majeurs d’un conflit, dont les médias ont eu manifestement tendance à ne rendre compte que de façon parcellaire.Kobané p3Bien que dix-huit mois se soient écoulés depuis ses trois séjours au Rojava, son témoignage, aux antipodes de tout sensationnalisme, n’en demeure pas moins précieux. Il permet de mesurer le chemin parcouru, ou non, en faveur de la paix, dans cette zone dévastée où s’entassent, dans des camps de fortune, des dizaines de milliers de réfugiés Kurdes. L’image de la Maison, celle qui a été détruite et celle qui hante leurs rêves et leurs cauchemars est du reste omniprésente dans le récit.

Passées les premières planches dévolues aux réactions de la mamma lorsque Zerocalcare lui annonce son départ, on le retrouve avec ses compagnons dans le village de Mehser, à quelques encablures de Kobané. Les habitants doivent en effet faire face aux assauts incessants du groupe Etat islamique.
Ce qui est en jeu, c’est précisément l’autonomie du Rojava, cette utopie proche-orientale, régulée par un contrat social fondé, en particulier, sur la cohabitation ethnique et religieuse et sur l’émancipation des femmes. Impensable pour beaucoup, et pas seulement pour le GEI !

La première partie de l’album s’achève avec le retour à Rome de ZC, et sur une déclaration en flash-back de « l’Homme au Chai* » (le pilier central du village) : C’est notre bataille décisive. Pas seulement des Kurdes, de l’humanité. Tous les hommes et les femmes qui ont à coeur la liberté et l’humanité devraient être aujourd’hui à Kobané (le conflit a tourné à l’avantage des Kurdes en janvier 2015). Ce à quoi ZC répond, en s’adressant directement au lecteur : Et tout ce qui a modelé le tien, ce que l’on t’a appris, ce qu’on t’a transmis, ce qui t’a fait pleurer, ce qui t’a fait rire, le sang qui n’a fait qu’un tour et celui qu’on vous a fait cracher, tout ça est aujourd’hui à Kobané.Kobané p9Deux voyages vont suivre. ZC et ses compagnons sont conscients des risques encourus – une résistante kurde ne les a-t-elle pas prévenus que celui qui vient combattre ici, ne peut en ressortir que mort ou vainqueur ? Mais pour eux, tout est en effet une affaire de coeur.
Ce qui se passe ensuite dans la BD appartient à ceux qui la découvriront en septembre prochain.
L’auteur excelle dans le second le second degré, le ton est facétieux et désinvolte. Le dessin, faussement caricatural, est expressif et vigoureux.

taDu grand Zerocalcare, qu’on a découvert en France en 2014 avec La Prophétie du Tatou – Ed. Paquet.

Anne Calmat
288 p., 24 €

• Thé épicé

Kobane calling – Ed. Bao Publishing e Feltrinelli edizioni (uscita, aprile 2016)

Da qualche anno, le informazioni a flusso continuo che alimentano molti notiziari TV, sottomessi a una derisoria guerra allo « scoop », non ci aiutano a capire une situazione data. Il conflitto siriano ne è il perfetto esempio.

Partito alla fine del 2014 con otto operatori umanitari per incontrare un gruppo di donne che resistevano all’offensiva dello Stato islamico contro Kobane, il fumettista romano ha riferito al suo ritorno da quello che aveva visto e sentito. Il suo rapporto grafico di 40 pagine, che è stato pubblicato inizialmente nel’Internazionale. Arricchito da una lunga seconda parte inedita, è diventato un album di 288 pagine.
Il giovane designatore descrive la vita in questa parte del Medio Oriente chiamata Rojava, e mette in evidenza gli aspetti maggiori del conflitto.
Anche se sono ormai trascorsi  diciotto mesi da quando  ZC e’ tornato dalla zona di Rojeva, la sua testimonianza è preziosa. Permette di misurare la distanza percorsa – o no – a favore della pace in questa zona, adesso stipata di campi di fortuna per i profughi curdi. L’immagine della casa, quella che é stata distrutta, quella che assilla i sogni e gli incubi di molti, è assai presente nella narrazione.
Dopo le prime pagine, dedicate alle reazioni della mamma quando Zerocalcare le annuncia la sua partenza, lo ritroviamo con i suoi compagni nel villaggio di Mehser, vicino a Kobane. La città deve affrontare l’assalto incessante del ISIS.
Si tratta per gli abitanti di resecare l’autonomia del Rojova, questa utopia medio orientale, regolata da un contratto sociale basato, in particolare, sulla coesistenza etnica e religiosa e sull’emancipazione della donne*. Impensabile per molti, e non soltanto per ISIS

p. 58

La prima parte del album si conclude con il ritorno a Roma di ZC e una dichiarazione del “l’Uomo del Chai**” (il perno centrale di Mesher) : Questa è la  nostra battaglia decisiva e non solo di Kurdi, ma per tutta l’ umanità. Tutti  gli uomini e le donne, che hanno a cuore libertà e umanità, oggi dovrebbero essere a Kobane.

Zerocalcare, rivolgendosi direttamente al suo lettore, aggiunge : E tutto quello che ha toccato, gli insegnamenti, le cose trasmesse, quelle che ti hanno fatto piangere, quelle che ti hanno fatto ridere, il sangue che ti ribolliva dentro e quello che ti hanno fatto sputare fuori : ogni cosa, ogni sentimento è presente a Kobane.
Seguiranno, poi, altri due viaggi. ZC e i suoi compagni sono consapevoli dei rischi – una combattente curda le ha avvertiti : Chi viene a combattere qui può uscire in due modi : o da morto o da vincitore.
Ma per loro è effettivamente un affare di cuore e di umanità.
Adesso, tss ! Quello che succede nelle parte seguente dell’album appartiene ai suoi futuri lettori. I livelli narrativi sono vari, il tono è leggero ed impertinente. Il disegno, falsamente caricaturale, è molto espressivo e vigoroso.
A. C.


* Nel gennaio 2015, il conflitto si è trasformato in favore dei Kurdi

**Una specie di té pepato.

 

Les Beaux Étés – La Calanque (T.2)

Couverturede Zidrou (scénario) et Jordi Lafebre (dessin) – Ed. Dargaud

Dans le tome 1, on est en juillet 1973, Mado et ses quatre enfants sont fin prêts pour les vacances, direction le Lubéron. Comme d’habitude, Pierre doit terminer une BD pour la revue à laquelle il collabore. Après trois jours d’attente, tout finit par rentrer dans l’ordre. En apparence seulement. Pour le lecteur, il semble évident que les relations entre les époux sont loin d’être au beau fixe. C’est peut-être la dernière fois que la famille passera l’été ensemble, même si les plus jeunes n’en ont pas encore conscience.P1D2831064G_px_640_
Pas d’événements extraordinaires dans ce premier volet, juste une histoire en demi-teinte particulièrement bien troussée, avec des personnages attachants et, cerise sur le gâteau, la présence essentielle de l’ami imaginaire de Louis, Tchuki l’écureuil. Et, côté auteurs, un art consommé de faire naître l’émotion avec des petits riens. Page 9

Page 11Le second tome, plus nostalgique, nous renvoie contre toute attente quatre ans en arrière. On est en juillet 1969, les Faldérault s’apprêtent à partir en vacances dans une bicoque, rikiki mais mimi, située dans la Calanque marseillaise. Même scénario que dans le tome précédent : Pierre est (déjà) à la bourre. La BD sur laquelle il planche n’est pas terminée, ce qui fait dire à Mado, sur un ton aussi indulgent qu’énamouré : J’aurais dû épouser un fonctionnaire ! 

Page 15Le voyage en 4L – 100 000 bornes au compteur, ça s’arrose ! – va être ludique et animé.  Page 20Un auto-stoppeur en partance pour Katmandou est venu pour un temps s’agréger à la « bande des cinq »… qui, sous le regard impavide du hippie, chante à tue-tête « Je vais et je viens entre tes reins… et je me retiens… », avant d’assister médusée, quelques planches plus loin, aux premiers pas de l’Homme sur la lune.

En 1969, tous les espoirs sont permis, « La Maladie d’Amour« , au Hit-Parade des meilleures ventes de disques dans le tome 1, ne court pas encore.

Et Mado attend son quatrième enfant…Page 19Les dialogues percutants de Zidrou (le père de Ducobu) et le trait doux et rond de Jordi Lafebre servent à merveille cette histoire aussi poétique qu’attachante, avec, en ce qui me concerne, un battement de coeur supplémentaire pour le personnage de Pépé Buelo (le père de Pierre),  opposant irréductible au vieux Caudillo, qui n’a toujours pas cassé sa pipe.

Anne Calmat

56 p., 13,99 €

T.1 : voir  « Zoom des libraires », sept. 2015

 

 

Au cœur de Fukushima (T.2)

Couverturede Kasuto Tatsuta (scénario et dessin) – Ed. Kana

Nous retrouvons Fukushima, Tatsuta, les collègues, le travail en salle de repos, la pension. Mais tout va changer et la pression va encore monter d’un cran !

Lassés de la promiscuité de la pension, Tastuta et trois de ses collègues vont intriguer pour obtenir un nouveau logement, une denrée plus que rare dans la région.

La maison trouvée, l’auteur se lance à la recherche d’un nouvel emploi. La complexité du réseau de sous-traitants, qui empêche les travailleurs de passer d’un employeur à l’autre, le contraint à démissionner pour se faire embaucher là vers quoi tendaient tous ses souhaits : un chantier exposé, au cœur de la centrale 1 F. Le salaire est plus élevé, il peut en dessiner un témoignage de première main et le taux d’adrénaline convient peut-être mieux à son tempérament.

Nous pouvons ainsi suivre l’ensemble des séquences de réparation des canalisations du système de refroidissement de l’eau et de la piscine de stockage du combustible. Aux mesures de sécurité drastiques – entraînement préalable à tous les travaux, afin qu’ils se déroulent rapidement et soient parfaitement conformes – s’ajoutent les maux et malaises dus aux équipements et le stress de la notation des doses de radiations journalières qui, en cas d’un taux trop élevé sur une moyenne annuelle, entraîne l’arrêt immédiat du travail.
imagesNouveauté : l’auteur s’y révèle chanteur d’Enka* pour ses collègues, mais surtout pour des personnes âgées de la région, logées dans des habitats provisoires. Un flash-back lui permet d’évoquer l’écriture de son premier manga et sa publication top-secret, les interviews de journalistes pleins de préjugés, puis finalement sa crainte de ne pas être réemployé lorsque son activité de mangaka est découverte.

Nous partageons les anecdotes, les soirées entre collègues, et bien sûr, le clin d’œil sur l’usage de toilettes. Des planches intercalées présentent un lieu particulier, le quartier commerçant d’Hamakaze, la gare de Tatsuta, le bar Queen
Au hasard de ses déplacements, parfois non-autorisés, l’auteur nous donne à voir les espaces dévastés où s’entassent encore des monceaux de débris, et d’autres lieux, que la végétation luxuriante fait paraître enchanteurs.

Comme pour le précédent tome, la nécessité des longues séances d’équipement, le déclenchement des bips de radioactivité, les coups de chaleur, les ruines impressionnantes, l’alternance de planches presque noires et d’autres d’un blanc-gris sans nuance, entretiennent une teneur émotionnelle intense et fascinante.

Le message qui ressort de l’ensemble entend contrer les idées fausses, les rumeurs et préjugés : oui, les travaux progressent à Fukushima, non, les ouvriers ne sont ni des victimes ni des héros, ils font du bon travail, qui pour eux a du sens.

La région retrouve peu à peu son aspect avenant, l’autoroute a été reconstruite à 1 km de la centrale. Une virée sur la nationale 6 lui fait d’ailleurs se proposer pour y porter la flamme olympique entre Minamisöma et Narha, zone interdite lors de son premier travail en 2012.ichiefu_t.800
Déjà un merveilleux champ de cosmos rouge pâle est apparu sur un terrain laissé en jachère, comme pour consoler le cœur des hommes, écrit Tatsuta. Certains habitants s’apprêtent à rentrer, des commerces provisoires ouvrent et des terrains sont à vendre. Mieux, la production de riz dans la préfecture de Fukushima ne révèle aucune substance radioactive supérieure à la normale. Enfin, signe indiscutable d’amélioration, des jeunes femmes reviennent travailler dans le bâtiment anti-sismique.
Partagerons-nous la vision optimiste de l’auteur ?
N’empêche, ce voyage au cœur de l’enfer nous dévoile des scènes singulièrement chaleureuses et une foi en l’homme qu’on se prend à envier.

Nicole Cortesi-Grou

192 p., 12,70 €

* Chansons populaires japonaises

Bd de la BD, 2 mars 2016
see Bd de la BD, 2 mars 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ÉtunwAn Celui Qui Regarde

celuiquiregarde-couve-hdRoman graphique de Thierry Murat (récit et dessin) – Ed. Futuropolis.

On a déjà beaucoup écrit, beaucoup filmé sur le sort qui fut celui des premières nations d’Amérique, ceux qu’on a appelés tour à tour les Indiens, les Amérindiens, les Américains natifs, les peuples autochtones, les Premières Nations, chez les Canadiens…
Du western caricatural et historiquement mensonger à la prise de conscience du génocide des premiers Américains, films et livres ont retracé le long cheminement de la conscience occidentale. Il faut évoquer aussi les  auteurs amérindiens, de Tony Hillerman avec ses polars navajos à Louise Erdrich et Scott Momaday, en passant par Joseph Boyden, écrivain majeur de notre siècle.

Nous avons entre les mains un objet singulier et intéressant, un roman graphique qui imagine le parcours de Joseph Wallace, personnage de fiction, photographe à Pittsburgh. Parti en 1867 avec ce qu’il croit être une expédition d’exploration, il va découvrir peu à peu les territoires de l’Ouest et consigner ses réflexions dans un petit carnet, que l’auteur nous montre dans sa langue originale.

La première rencontre emblématique du héros est celle d’un tueur de buffles qui travaille pour la Transcontinentale, la ligne de chemin de fer qui traverse les terres autochtones. Joseph apprend ainsi le massacre des animaux.
Il débarque du train à Saint-Louis, Missouri, et découvre ceux qui vont être ses compagnons lors de l’expédition Walker & Johnson, financée par le gouvernement fédéral. Elle comprend nombre de scientifiques, mais aussi des chercheurs d’or et quelques repris de justice. Le convoi de chariots traverse les étendues sauvages, comme dans les bons vieux westerns.mep_celui_qui_regarde-1_telTout en s’interrogeant sur les raisons qui l’ont poussé à quitter la quiétude de son studio de Pittsburgh, où il portraiturait sans enthousiasme les bourgeois du cru, Joseph consigne ses impressions dans son carnet. Il va apprendre que cette expédition a en fait pour but la découverte de nouvelles terres à coloniser.
Ne risque-t-il pas d’y perdre son innocence ?

Nous allons assister, au cours d’une scène très filmique, à une première rencontre avec les « Indiens ». Un membre de l’expédition tire à vue et sans sommation sur les cavaliers, et un ornithologue reçoit une flèche en retour. On apprend qu’ils expriment ainsi leur colère face au massacre des bisons, source de vie.

Le ton est donné.mep_celui_qui_regarde-4_telLe héros va faire des rencontres déterminantes, comme celle de ce jeune Indien, qui après avoir vu comment il capture la lumière, lui permet de vivre quelques jours dans son campement, et de découvrir le quotidien de sa tribu, ainsi que sa langue. À la fin de l’expédition dont l’aspect brutal et dominateur ne lui a pas échappé, Joseph rentre à Pittsburgh avec ses clichés précieux. Il ne rêve que de repartir – ce qu’il fera quelques années plus tard – pour prolonger seul cette découverte des terres indiennes et des peuples qui y vivent.

Joseph a bien conscience déjà, à la fin des années 1860, qu’il assiste à l’anéantissement d’une civilisation riche, pacifique, proche de la terre, mais incapable de se défendre contre le monstre.
Il passera quelques jours chez le trappeur Isaac, sorte d’alter ego, qui, lui, serait allé au bout de ses idées. Cet épisode rappellera aux cinéphiles le personnage de Jeremiah Johnson ou celui de Danse avec les loups.

Après une histoire d’amour avec une belle autochtone, dont le nom signifie  « papillon », on retrouvera notre photographe trois décennies plus tard, toujours tiraillé entre deux mondes et étreint par une nostalgie inextinguible.
On suivra sa correspondance avec Herman Greenstone, professeur et compagnon de la première expédition. On y lira son engouement pour les Fleurs du Mal – Baudelaire embarqué au Far-West.

C’est son ami qui lui apprendra le massacre à grande échelle des Indiens, chronique d’une mort annoncée…

Ce qui fait l’originalité de ce roman graphique, c’est d’abord le traitement de l’image. C’est à travers l’objectif de Joseph que nous découvrons lieux et gens. La gamme des sépias, des bleus dans les scènes de nuit, le traitement de la lumière sont ceux de la prise de vue photographique et de la nouvelle technique du collodion sur plaque. Cela nous permet un coup d’œil sur l’évolution de cet art ; le dessinateur nous donne à voir des clichés autant que des dessins, y compris les négatifs des photos de Joseph avant qu’il ne les développe. Par ailleurs l’auteur, très bien documenté, donne à lire aussi bien l’anglais de Wallace dans son carnet que les langues orales des Amérindiens, transcrites en phonétique. Et même si nous n’avons pas les clés pour déchiffrer ces paroles en Lakota, on y croit, effet de réel garanti.

Le récit n’est certes pas exempt d’un certain manichéisme, les Indiens n’y apparaissent que sous leur jour le plus flatteur, mais sans doute n’est-ce que justice…

Plus profondément, la BD nous mène à une interrogation sur le statut de la photo et du photographe, « celui qui regarde »… Comme s’il fallait choisir entre photographier et agir.
Joseph Wallace a rêvé de faire un livre de ses clichés, mais suffit-il de témoigner avec des photos de la beauté d’un monde englouti, de la violence qui est faite aux peuples et aux animaux pour agir sur le monde ? Brûlante question d’actualité.

Thierry Murat a fort bien réussi son coup, on est en empathie avec son personnage, on est à même de saisir ses interrogations et l’on garde sur la rétine ces clichés d’un monde disparu.

Danielle Trotzky

160 p., 23 €

Du même auteur (Boulevard de la BD, 15 nov. 2015)

http://boulevarddelabd.com/au-vent-mauvais/

To-day

Une vie – Winston Smith, la biographie retrouvée T.1 & 2/6

de Guillaume Martinez (dessin) et Christian Perrissin (scénario)  – Ed. Futuropolis – D’après le roman autobiographique de l’écrivain et reporter anglais Dover W. Smith (1903-1984)
9782754808897couve_une_vie-t2_telT.1 : 1903-1984, Land Priors
T.2 : 1917-1921, King’s scholar

En librairie le 15 juin

Juin 1984, un hôtelier de Saint-Véran dans les Hautes-Alpes appelle une jeune femme, Anna Laurens, pour l’informer qu’il doit remettre à sa mère une enveloppe qui lui a été confiée par un certain Dover Smith, au cas où… Or, Smith vient de mourir accidentellement.

Anna informe son interlocuteur du décès de sa mère quatre ans auparavant, puis elle se rend à Saint-Véran. Dans l’enveloppe destinée à la défunte, elle découvre une lettre, un passeport et la clé d’une malle, qui contient des reliques du passé, quelques photographies de sa mère et d’elle et un manuscrit intitulé « Confessions d’un imposteur ». C’est ainsi que débute le premier tome de cette histoire aux multiples rebondissements.

L’imposteur, c’est Winston Smith, élève au collège de Land Priors du fait que sa mère, Fraülein Kiki, y tient un emploi de cuisinière. Eperdument amoureux de Julia, l’épouse du directeur, Smith parvient, à la suite d’un incident grave qui met en jeu la naissance de l’enfant du couple, à tirer son épingle du jeu et à devenir le protégé de celui-là même qu’il espérait tromper. Il y gagne la possibilité de préparer son examen d’entrée au prestigieux collège d’Eton.

Alternant récit de la jeune femme et témoignage de l’auteur du manuscrit, le second tome retrace ses années à Eton.mep_une_vie-t2-6_telCe séjour inattendu à la montagne réserve bien des surprises à Anna. Outre la découverte des secrets de famille, les routes trop enneigées l’obligent à le prolonger. Cela n’arrange pas les histoires sentimentales qu’elle a laissées en suspens à Nice, mais l’hôtelier se montre si accueillant et la montagne, tellement apaisante…

Et la vie de Winston Smith, plus mystérieuse que prévu.

Ami d’Aldous Huxley, de Katharine Hepburn, d’Humphrey Bogart et de George Orwell – à qui il a inspiré le héros de 1984 – Dover W. Smith était également un grand voyageur, doublé d’un aventurier.

La vie à Eton est rude, les impétrants sont livrés à un directeur d’études et à un élève de dernière année qui ont tout pouvoir sur eux et en abusent fréquemment. Les nouveaux venus doivent rapidement intégrer les codes qui prévalent et subir la coutume des coups de cane. La cruauté de l’environnement est d’autant plus féroce que la différence d’origine sociale est patente. À cette rudesse de formation s’ajoute un isolement familial. Fraülein Kiki, chassée du collège pour avoir giflé un élève, a trouvé refuge chez un comte qu’elle avait servi dans sa jeunesse.

La mort dans ces années de guerre fait non seulement des ravages dans les rangs des élèves et des professeurs, mais enlève également Fraülein Kiki à Winston. Invité à séjourner quelques jours dans le château du comte, il tombe en arrêt devant le portrait du fils de ce dernier, qui lui ressemble comme un frère.

Souffrant d’une commotion à la suite de cette découverte, le jeune homme est soigné à Land Priors par Julia. Une brève idylle s’en suit, mais sa fille disparait…mep_une_vie-t2-7_telLe manuscrit devient passionnant et  la simplicité chaleureuse de l’hôtelier donne envie de prolonger le séjour. Mêler enquête et romance ne serait pas désagréable…
Mais laissons Anna Laurens à ses découvertes… jusqu’à la publication du troisième tome, en 2007, de cette saga captivante.

Nicole Cortesi-Grou

72 p., 15 € x 2

Visuels © Futuropolis

To-day

L’Inversion de la courbe des sentiments

mep_inversion_de_la_courbe_l_-3_tel de Jean-Philippe Peyraud (scénario et dessin) – Ed. Futuropolis – Visuels © futuropolis

On se croirait presque dans un vaudeville, avec portes qui claquent, quiproquos, évanouissements, filatures et fausses pistes.

Le synopsis ? Un homme, Robinson, tente de quitter, chaussures à la main, l’appartement de la jeune femme qu’il a « pêcho » sur un site de rencontres – à moins que ce ne soit l’inverse.  Mais cette dernière se réveille…mep_inversion_de_la_courbe_l_-6_telOn le retrouve quelques planches plus loin en bas de chez lui, un sac de croissants à la main, au moment où sa copine lui apprend qu’elle le quitte. Puis c’est au tour de son propre père de débouler dans le vidéo-club qu’il tient avec son copain Mano : sa femme vient de le foutre à la porte.

mep_inversion_de_la_courbe_l_-7_telAjoutez à cela deux jeunes adultes à la recherche de leur géniteur (Robinson ?) et un braqueur amoureux particulièrement attentionné, et vous aurez une petite idée de ce qu’il se passe dans cette histoire romantico-cruelle, dans laquelle une douzaine de personnages vont se croiser, s’enlacer, se quitter, s’affronter.

L’action est menée tambour-battant, le scénario est précis comme une montre suisse, tout s’emboîte à merveille. Pour rester dans le parallèle du début avec un vaudeville, on n’est jamais très loin du tragi-comique de vérité des géniaux Labiche et Feydeau.

Anne Calmat

To-day

Vater und Sohn – Père et Fils

Couv_250420de Erich Ohser, dit E.O Plauen – Ed. Warum (Intégrale, 2015) – Fauve d’Angoulême 2016

Dans les années 30, en Allemagne, un  dessinateur-scénariste a fait œuvre.

N’ayant pu s’inscrire à la chambre professionnelle des dessinateurs, Ohser, virulent caricaturiste anti-nazi, prend le nom de E.O Plauen (ville de Saxe d’où venait son père) et publie dans l’Illustrierte Zeitung ses dessins, qui remportent un vif succès de 34 à 37.
Rançon de sa notoriété, Ohser est « invité » à collaborer à l’hebdomadaire nazi Das Reich. Il ne peut se soustraire mais cela finira mal pour lui.
Dénoncé pour propos défaitistes, arrêté par la Gestapo, il se pendra dans sa cellule en 1944 à la veille d’un procès dont l’issue ne faisait aucun doute.

Les Editions Warum ont eu l’excellente idée de publier ces planches, le plus souvent muettes, titrées lorsqu’il le faut, afin de nous faire découvrir cette œuvre pleine de tendresse et de drôlerie, mais aussi d’une fine subversion propre à braver la censure.VaterUndSohn-MEP011

C’est merveille de découvrir ce père rondouillard et affectueux, mais aussi, tricheur et de mauvaise foi, et son fils espiègle, très sensible et finaud.

Dans cette Allemagne rongée par la peste brune, Ohser nous donne à voir une éducation proprement libertaire où père et fils font ensemble des bêtises et transgressent les interdits. C’est l’anti Struwwelpeter *, ce livre terrifiant qui se voulait « amusant » de Heinrich Hoffmann, publié en 1844 : morale castratrice, images parfois cauchemardesques pour les petits Allemands qui en furent abreuvés…
On penserait plutôt au Chaplin du Kid, tant la tendresse entre le père et son fils est immense et bouleversante, lorsque l’on songe au destin du dessinateur.
On a beaucoup écrit sur la force subversive de ses dessins.
Pendant le nazisme, il fallait lire entre les lignes, Ohser a l’intelligence de ne pas ajouter de texte à ses planches, ou quasiment pas, ainsi l’interprétation reste ouverte.VaterUndSohn-MEP012
Chaque épisode est une petite fable. Ici, lorsque le gamin est puni pour le devoir que son père a fait à sa place, c’est ce dernier qui reçoit la fessée. Là, le père fait tellement le pitre pour que son fils accepte d’aller chez le coiffeur que le gamin, tordu de rire, en ressort avec le crâne à moitié rasé.
Plus loin, les poissons décrètent la grève pour cause de surpêche : Stop, on arrête l’hécatombe ! Comprenne qui voudra.

Pour aider son fils à grandir, le père est prêt à tout : se coucher à ses côtés lorsque le môme fait des cauchemars ; transformer le vieux cheval en coursier fabuleux ; flanquer une rouste au braqueur de banque qui a renversé l’enfant sur son chemin. Là encore, on pense à Chaplin, prêt à en découdre pour protéger son rejeton, souvent face à de grands costauds mous du bulbe…VaterUndSohn-MEP008
Les animaux tiennent une place importante. Bichonnés, protégés par le père et le fils, ils peuvent parfois devenir métaphoriques, comme ce petit poisson élevé en bocal qui finit par devenir baleine et fait exploser la demeure…

Les femmes sont peu présentes dans ce recueil, hormis de fugaces apparitions de fée ou de sirène. La mère est quasiment absente, si ce n’est comme figure d’autorité. Nous sommes dans un monde d’hommes.

page-plauen-3Le père donne beaucoup de fessées, mais le regrette aussitôt. Le fils résiste de multiples façons à cette éducation contradictoire. On le voit même plongé dans un ouvrage intitulé Eduquer sans punir.
Les disparités sociales ne sont pas absentes : laquais en livrée, dames de la haute société qui nourrissent les oiseaux de miettes de luxe dans les allées du parc…

Père et fils sont eux de l’autre côté de la barrière. Même lorsqu’ils font un héritage et deviennent riches, ils ne parviennent pas à se prendre au sérieux.
Beaucoup de scènes en miroir, le fils se faisant la tête du père et vice versa. Le père ne veut pas grandir, mais comment garder sa part d’enfance dans l’Allemagne nazie ?VaterUndSohn-MEP010

Plus on avance vers l’année 37, plus les récits filent vers la fiction. Père et fils deviennent riches, ils sont passés de l’autre côté des hauts murs.
Les derniers albums se font romans d’aventures.

Père et fils se sont échoués sur une île déserte où se croisent kangourous et castors, mais où l’on doit malgré tout faire parvenir, via une bouteille à la mer, un mot pour excuser l’absence du fils à l’école. La réponse revient, elle ne manque pas de sel…

C’est drôle et bouleversant, c’est un grand bonheur de lecture. On peut saluer le travail des traducteurs et rédacteurs des titres, qui souvent nous éclairent sur les petites histoires elliptiques…

Trois-cents pages d’amour fusionnel, mais aussi, subtilement, une résistance souterraine à l’oppression, une respiration.

Danielle Trotzky

300 p., 25 €

  • Edité en France sous le titre Pierre l’ébouriffé

Vater und Sohn

Das ist witzig und erschütternd, ein großes Lesevergnügen. Man muss den Übersetzern und Verfassern der Titel, die uns oft über die kleinen elliptischen Geschichten Aufschluss geben, fuer ihre ausgezeichnete Arbeit danken.
Dreihundert Seiten einer fusionnellen Liebe, aber auch, scharfsichtig und feinsinnig, ein unterirdischer Widerstand gegen die Unterdrückung, ein Aufatmen.

Heidemarie Sirguy

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Nouvelles du front d’un père moderne – Rules for Dating My Daughter

Nouvelles du front-cover.tifarton141-b9ab3 de Mike Dawson (EU) – Traduction Hélène Duhamel – Ed. çà et là –

© 2016 Éditions çà et là pour l’édition française –

Janvier 2014, dans le Kentucky.

L’auteur-narrateur et une amie évoquent la candidature du sénateur Rand Paul aux Primaires du Parti Républicain, (il y a renoncé en février dernier). Je crois qu’il se présente aux présidentielles, mais il est trop à gauche pour moi dit-elle. La conversation roule ensuite sur le présentateur ultra-réactionnaire d’une émission de télé-réalité qui bat des records d’audience depuis plusieurs années aux EU et dans différents pays : « Duck Dynasty« . Mais c’est une bonne personne, s’empresse d’ajouter la dame, qui s’attend probablement à une volée de bois vert de la part de son interlocuteur.

Ne pas dire ou penser des choses racistes, homophobes, misogynes (…) ne pas aller à l’église, être pour le mariage gay et contre les armes à feu, fait-il de vous une mauvaise personne ? se demande Mike.

De toute évidence, ces deux-là ne sont pas faits pour s’entendre sur le genre d’éducation à donner à leurs enfants. Mais face aux composantes politiques et religieuses qui impactent le monde d’aujourd’hui, l’auteur s’aperçoit qu’il n’est pas toujours facile d’être en accord avec ses convictions. Nouvelles-du-front-15

Pour le moment, pas de panique, son fils marche encore à quatre pattes et sa fille n’a que six ans. Malgré tout, que se passera-t-il lorsqu’elle en aura seize et que des petits branleurs d’ados se pointeront ? Dawson connaît la musique (et les paroles), on ne la lui fait pas, il est bien placé pour savoir ce qu’ils veulent vraiment. Un impératif : la protéger. J’ai une arme, je n’hésiterai pas à m’en servir, prévient-il.

Le ton est donné : derrière les dessins humoristiques, pleine page la plupart du temps, « se cache » un démocrate pur jus de la middle class américaine.

Plus loin, le choix de jouets et des programmes télé est à l’ordre du jour : les petites voitures pour les garçons, les robes de princesse pour les filles, ok, – encore que… –  mais comment réagir face aux histoires à dormir debout, made in Disney Channel, qui se résument à l’idée qu’une classe dirigeante, celle des princesses, est par définition bonne et bienveillante à l’égard d’une classe inférieure ? Tout faire pour que « sa petite princesse » accède un jour à la classe dominante et traite ses sujets avec bonté ou bien démonter l’arnaque et lui suggérer une autre alternative ?

Comment apprendre à ses enfants à faire la part des choses dans une société où chaque événement bénéficie du même matraquage médiatique, quelle qu’en soit l’importance ou la gravité ? Ou dans l’immédiat, comment tenir sa fille à distance de la télé et de l’Ipad…

Cette responsabilité vécue au quotidien amène l’auteur à réfléchir aux enjeux sociétaux et environnementaux auxquels ses propres enfants risquent d’être confrontés. Mine de rien, des mises en garde sont exprimées sans être assénées.Nouvelles-du-front-110

Et comme tout est lié, les saynètes qui s’enchaînent décrivent le quotidien de ce père au foyer (son épouse bosse à plein temps à l’extérieur), dessinateur free-lance de BD pour le net, qui doit se coltiner la gestion du temps, les pépins domestiques, les absences de la nounou, tout en tentant de rester au plus près de ce qu’il lui lui semble bon pour ses chères têtes blondes.

Cela donne une dizaine d’histoires courtes, écrites sur le mode carnet de bord, qui ont de bonnes chances de trouver un large écho auprès de leurs lecteurs.

Au début de la BD, Mike Dawson se demande si, malgré ses contradictions et ses insuffisances, il est a good person…

Sure guy !

A. C.
160 p., 16 €

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In Rules for Dating My Daughter, Mike Dawson uses visual storytelling to offer original, compelling, and funny commentary on fatherhood, gun rights, the gender of toys, and staying sane in a world where school shootings and Disney princesses get equal billing. Rules is the perfect guide to today’s vexing mediascape.

Mike Dawson is the author of three books : Freddie & Me,  Troop and Angie Bongiolatti. He lives in Fair Haven, New Jersey, with his wife and two children.

 

 

Mon père était boxeur

couve_pere_boxeur_telde Barbara Pellerin, Kris Vincent Bailly (dessin)  – Ed. Futuropolis (sortie le 26 mai)

Un boxeur harassé qui reprend son souffle entre les cordes, c’est la première image de ce roman graphique et autobiographique que Barbara Pellerin, dessinatrice, photographe et documentariste consacre à son père et à la relation souvent difficile, faite de silences et d’absences, qu’elle a entretenue avec lui.

L’histoire d’Hubert Pellerin c’est celle d’un jeune ouvrier, ancien espoir de la boxe – trois participations aux championnats de France, trois échecs – qui échappe sur le ring à la vie réglée de l’usine de Barentin où il travaille et où il a rencontré sa femme.
mep_pere_boxeur-4_telC’est le regard rétrospectif de la petite fille qui n’a jamais vu boxer son père et se souvient surtout des soirées difficiles, saturées d’alcool et de bagarres parentales, de sa peur, de celle de sa mère devant les accès incontrôlables de violence de cet homme.

Tous les souvenirs ne sont pas tragiques, mais l’histoire de Barbara et de son père est avant tout celle d’une rencontre ratée.mep_pere_boxeur-7_tel
Dans quelques très belles pages, elle fantasme un moment de solitude et de complicité dans les vestiaires désertés, entre la toute petite fille qu’elle fut et ce boxeur qui vient de perdre un combat. Liberté de scénariste, moment réparateur, même s’il n’a jamais eu lieu.
Pourtant, bien des années après, Barbara met ses pas dans ceux de son père, ouvrier, boxeur, représentant d’une maison de spiritueux, et pour finir, grand dépressif, souvent hospitalisé lorsque ses tourments psychiques deviennent insupportables.

Elle va tourner un film alors qu’il est encore en vie, sur les lieux où il s’entrainait, viendra ensuite cette BD qui complète le portrait délicat et nostalgique mais sans complaisance.
Hubert Pellerin était un homme de contrastes, amoureux romantique et grand cogneur, service militaire chez les paras et jeune père attendri.

Le trait ainsi que les couleurs avec une dominante de rouges, celui du sang des combats, de la colère à la maison, rendent compte de ces états discordants. Visage abimé, nez tordu, ecchymoses, il est souvent représenté ainsi.
La tentation suicidaire n’est jamais loin, particulièrement dans la dernière partie de sa vie. Il mourra en 2012 et ses obsèques donnent lieu à une très belle page où ses anciens amis du monde de la boxe l’accompagnent, gants rouges dressés vers le ciel.mep_pere_boxeur-6_telComment une petite fille perçoit-elle un père à la fois aimant mais aussi brutal ? Que comprend-elle du monde où il évolue ? Le trait est précis, le regard de l’enfant souvent poignant. Barbara a l’œil photographique, et son enfance dans cette région de Rouen, encore industrielle à l’époque, lui a donné une sensibilité au monde des ouvriers, des cités, des bistrots, des pavillons de banlieue. On peut d’ailleurs aller visiter son site qui en témoigne*.

Elle dit que la boxe est la métaphore des relations père-fille. Elle a loupé bien des rendez-vous avec lui, tout comme lui lorsqu’elle était enfant, mais le dernier, celui qu’elle lui donne dans ce roman graphique est une vraie réussite et un hommage à un homme attachant dans ses errements et son chemin singulier.     * www.barbarapellerin.com/

Danielle Trotzky 
80 p., 20 €

Visuels © Futuropolis, 2016

 

 

Taïpi un paradis cannibale

9782070665792[1]de Stéphane Melchior (scénario) et Benjamin Bachelier (dessin et couleurs) – D’après l’œuvre d’Herman Melville (1819-1891) – Ed. Gallimard BD

Révoltés par les conditions de vie à bord du baleinier la Doly, véritable bagne flottant, Tom et son ami Toby décident de déserter dès la prochaine escale. L’occasion se présente au large de l’archipel de Huka-Hiva, dans le Pacifique.

Les deux hommes s’enfoncent maintenant dans la jungle hostile ; ils savent qu’ils doivent éviter à tout prix la tribu des Taïpis, qui passent pour être cannibales, et rejoindre celle des Happas. Mais Tom se blesse à la jambe et ce sont finalement les Taïpis qui les recueillent. On est en 1841, les îles Marquises et Tahiti sont sur le point de passer officiellement sous protectorat français.Taipi_9_72dpi

L’atmosphère fraternelle et enjouée qui règne au sein de cette communauté égalitaire et la disponibilité des vahinés ont tôt fait de séduire et de rassurer Tom et Tony.Taipi_p49_72dpi

Cependant, ils vont peu à peu se sentir captifs et se demander ce que cachent les toutes attentions dont ils font l’objet. La capture d’un ennemi, suivie d’un repas lors duquel un cuissot est dévoré à belles dents, ajoutée à une découverte cauchemardesque (on ne peut exclure un abus de kava*) vont réactiver les soupçons de Tom. D’autant que Toby, parti à la recherche d’un médecin, n’est toujours pas revenu.Taipi_p72_72dpi

Dès lors, tout ce qui auparavant lui était apparu comme une réplique du jardin d’Eden, lui semble désormais infernal. Il  n’a plus qu’une idée, fausser compagnie à ceux qui pourtant le considèrent comme l’un des leurs…

L’adaptation par Stéphane Melchior du roman autobiographique de Melville, dont la vie et l’œuvre sont  marquées par l’océan, invite à une flânerie réflexive à la lisière du monde occidental et de celui qui est en train de disparaître sous le poids de la colonisation, et peut-être d’une évangélisation forcée.

Cette version graphique laisse au lecteur toute latitude de se faire sa propre opinion sur une possible part fantasmée de l’aventure qu’a vécue l’écrivain. Aucune longueur, le temps passe vite en compagnie de cette tribu, dont on partage les coutumes et parfois les secrets. Les dessins aux formes simples et aux couleurs chamarrées, comme le sont certaines étoffes exotiques, évoquent l’univers pictural de celui qui, quelques décennies plus tard, partira à la recherche du Paradis perdu : Paul Gauguin.

L’album se lit d’un trait, et c’est avec une certaine nostalgie qu’on le referme…après une initiation au langage taïpi dans les dernières pages.

Anne Calmat

  • Boisson enivrante extraite des racines du poivrier.

104 p., 29,90 €

 

La tête en l’air (suivi de) La Maison

tLa tête en l’air (Arrugas) de Paco Roca (scénario, dessin, couleurs ) – Ed. Delcourt.

Sorti en 2007 aux éditions Delcourt sous le titre Rides, l’album a été réédité en 2013 sous celui de La tête en l’air. Traduit en dix langues, il a reçu de nombreuses récompenses, en France comme à l’étranger, dont le Prix national de la bande dessinée à Barcelone en 2008. Il nous a paru opportun de lui redonner un coup de projecteur, à l’occasion de l’édition du nouvel opus de Paco Roca, La Maison.

Un père et son fils se querellent. Le premier, visage en lame de couteau, se croit toujours directeur de banque, cependant que le second tente de lui faire avaler son assiette de soupe, qu’il reçoit en pleine figure dans un accès de colère du vieil homme.
iOn saisit qu’Ernest a quelques problèmes, qui vont le conduire dans une maison de retraite médicalisée : il « perd la tête », selon l’euphémisme de rigueur qui désigne la maladie d’Alzheimer.
Paco Roca traite de manière sensible et réaliste la vie de ces personnes âgées dont le cerveau est peu à peu grignoté par cette atteinte qui efface tout à plus ou moins long terme.
roca3La vie à la maison de retraite est donnée à voir sans excès ni enjolivures. Ernest a encore des moments de lucidité et regarde autour de lui avec ironie et amertume. Emile, son voisin de chambre, vieux célibataire qui n’attend plus aucune visite, lui sert de guide et le prend en charge. Il le fait avec générosité, et l’on comprend aussi que ce geste a pour lui un aspect salvateur. Mais c’est en vain qu’ Emile va s’efforcer d’aider son ami à lutter contre l’invasion de la maladie, et face à sa propre impuissance, Ernest est parfois en colère.

Quand on est trop atteint, qu’on n’a pas pu répondre aux tests du médecin, on sait qu’on va être relégué au dernier étage, et que là-haut, ce n’est pas drôle. Sinon, au premier, on dort beaucoup : dans l’entrée, devant la télé, à la bibliothèque, et on attend l’heure des repas et la distribution de médicaments. De temps en temps, un cours de gym sur chaise et une sortie. Les journées sont uniformes, le temps est arrêté, rien d’étonnant à ce qu’on y perde ses repères.ri
Aussi Ernest, Emile le filou qui ne perd jamais une occasion de soustraire quelques euros aux autres pensionnaires et Adrienne, vont-ils, dans un ultime pied de nez romanesque, tenter une évasion. Une escapade qui donne à ce roman graphique une petite respiration, avant le plongeon inéluctable d’Ernest dans le monde du brouillard permanent, où le visage de l’autre s’efface à jamais.
La tête en l’air nous permet de mieux comprendre le processus de la maladie, et faute de nous rassurer, nous donne à voir malgré tout un reste d’humanité quand tout a fichu le camp.

112 p., 14,95 €

Danielle Trotzky

LA MAISON - C1C4.inddLa Maison ( La casa) de Paco Roca (scénario, dessin, couleurs ) – Ed. Delcourt (En librairie de 11 mai)

Un vieil homme referme derrière lui la porte de sa maison, nous comprendrons plus tard qu’il n’y reviendra pas. Quelques cases, une grande économie de moyens, un dernier regard sur ce qui fut son quotidien, des arbres, un pot de fleurs ébréché et un potager à l’abandon.

Sur les planches suivantes, son fils, un jeune écrivain et sa compagne pénètrent dans la maison vide, après la disparition du vieil homme. Des épisodes qui semblaient révolus resurgissent, et avec eux, les relations que le jeune homme entretenait avec son père. Flashbacks où l’on voyage dans un passé qui n’est pas si lointain.
Les frères et leur sœur enfin réunis se demandent finalement s’ils vont vendre cette demeure où leur père avait investi tant d’énergie, fait tant de projets, et qui porte les traces des étés de leur enfance.casa
Cette maison fut d’abord un lieu de vacances, rêve enfin accompli d’une famille modeste, ensuite, les parents y avaient pris leur retraite.

Là encore, avec sensibilité et délicatesse, Paco Roca amène ses personnages à prendre la mesure de cette vie qui s’est éteinte, de ce qu’est une existence au fond, si peu de choses, des traces fugaces, des objets démodés qui vont finir à la benne, des arbres qu’on plante et une tonnelle qui ne tient pas debout.
Il évoque aussi la vie de ce père, chauffeur, ouvrier, bricoleur infatigable, de ces hommes qui ne pouvaient jamais rester sans rien faire…
Et plus subtilement, apparaît en filigrane la place que chacun dans la fratrie a occupée auprès de ses parents, dans l’enfance et bien plus tard, au cours de leur vieillesse. Ceux qui avaient toujours autre chose à faire, qui se déclaraient trop pris par leur travail, par la distance, et ceux qui s’y collaient, qui faisaient face, qui étaient là lorsque le parent âgé est tombé malade, a perdu ses forces, ses moyens…
Tout cela sans acrimonie, sans ressentiment. Les pages défilent comme l’existence même, dont la maison du père est une belle métaphore.
Paco Roca, jeune dessinateur, montre dans ces deux albums une grande attention au troisième âge et nous dit que la vie est courte et qu’il nous appartient d’y tisser et d’y maintenir des liens avec ceux qui nous sont chers, même s’il nous semble que la maladie et le grand âge dévorent tout et que cela nous fait peur.

128 p., 16,95 €

D.T.

 

Le Comité

Couv_comitéde Thomas Azuélos (texte et dessin) – Ed. Cambourakis, 138 p., 20 € – D’après le roman de Sonallah Ibrahim (Actes Sud, 1993)

Le 6 octobre 1981, Anouar al-Sadat, prix Nobel de la Paix 1978, est assassiné devant des millions de téléspectateurs par des militaires appartenant à des groupuscules intégristes. Son vice-président, Hosni Moubarak, lui succède. Le 11 février 2011, ce dernier abandonne la présidence de l’Egypte.
Entre ces deux dates…
Dans une société où aucun fait et geste de ses membres ne passe inaperçu et où le pouvoir en place exige de la majorité silencieuse qu’elle le reste, Saïd le pâtissier a délibérément modifié la recette du gâteau que l’on sert traditionnellement pour commémorer la date anniversaire de la naissance du Prophète. Il attend maintenant la suite.comite-diapo_06

Le lieutenant de police Mish-Mish lui rend effectivement visite et lui fait une offre très lucrative. Si tu refuses, tu es cuit, prévient-il. Saïd accepte… à condition de rencontrer les membres du Comité. Mish-Mish fulmine : Tu es fou ! Tu te prends pour qui ? Ce pâtissier veut quelque chose qui n’existe pas. Qu’on l’amène de gré ou de force au commissariat. Mais dans l’intervalle, Saïd s’est volatilisé et le policier se retrouve avec un sérieux problème sur les bras : Trouvez-le, sinon on est foutus.

Dans les épisodes qui suivent, Saïd se présente sous différents traits : un fabricant d’étoffe de coton amoureux de son art, un fonctionnaire zélé, un courtier habile, etc. « On » lui propose invariablement d’accéder à un statut social supérieur, il accepte, à condition de…

Face à la fin de non recevoir qui lui est régulièrement opposée, il disparaît et se fond dans le paysage tourmenté d’une société livrée à l’emprise religieuse, aux inégalités, à la censure et à la corruption.comite-diapo_14

Vingt années ont passé depuis l’accession au pouvoir de Moubarak, Saïd symbolise cette fois tous les laissés-pour-compte de ce régime déliquescent. Il est sans abri et traîne derrière lui toute une flopée de délits. Mish-Mash menace de le mettre en prison s’il ne lui verse pas un bakchich. Je suis prêt à t’avouer tout ce que tu veux, et par là-même à assurer ta promotion, à condition

Même demande même refus, Saïd disparaît une fois de plus.
comite-diapo_09Ce ne sera pas son dernier pied de nez au représentant de la loi et aux instances dirigeantes.

La seconde partie de l’album, de loin la plus longue et la plus touffue, est dévolue à ce qui est en germe dans le pays et ne va pas tarder à éclore : le soulèvement de son peuple – avec un bel hommage de Thomas Azuélos au courage et à la détermination de toutes ces femmes qui se sont battues pour qu’une place leur soit enfin accordée.

On est maintenant en avril 2010, les acteurs du « Printemps égyptien » s’apprêtent à poser la première pierre de l’édification d’un monde plus égalitaire. Ce qui avait été refusé à Saïd le pâtissier ou à Saïd le va-nu-pieds va être accordé à Saïd l’ingénieur-syndicaliste. Avec en prime, l’apparition de « l’éminence grise » du Comité : le tout-puissant et insubmersible « Docteur », entité mystérieuse et inquiétante.comite-diapo_16

Le scénario de ce thriller labyrinthique fonctionne parfaitement, avec cependant l’impression de temps à autre, en particulier dans la dernière partie du récit, de n’avoir pas toutes les clés pour en suivre chaque développement. On fait alors une pause, on rassemble les pièces manquantes du puzzle, et apparaît alors le processus qui a permis en 2011 à la classe prolétarienne de faire corps avec l’idée de briser le plafond de verre qui la maintenait sous influence.

Anne Calmat

fantomeDu même auteur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légèreté

de Catherine Meurisse (scénario, dessin, couleurs) – Ed. Dargaud, 136 p., 19,99 € – Préface Philippe Lançon

CouvertureDans La Légèreté, l’auteure pose cette question : suite à un grand traumatisme, le syndrome de Stendhal (ressentir des troubles physiques à la vue d’une œuvre d’art) peut-il soulager de celui du 7 janvier, quand de surcroît ses effets ont été redoublées par le choc du 13 novembre ?

La légèreté peut-elle être reconquise, lorsqu’on se sent plombée par une mémoire qui vous renvoie en boucle des scènes du passé et qu’on a perdu d’un coup, son amant, ses collègues, son journal, son travail et l’inspiration ?

Page 7Les premières planches de l’album montrent un paysage maritime peint aux couleurs de Turner, dans lequel un minuscule personnage féminin aux cheveux raides et aux yeux fixes, camouflés sous une capuche de duffle-coat, promène sa tristesse.
L’océan est toujours là, le monde est le même qu’avant, mais rien n’est plus pareil.

Une plongée dans une page colorée comme une toile de Rothko, couleur brasier, et nous voici ramenés au petit matin du 7 janvier 2015.
Page 12Page 13

L’héroïne rumine sous sa couette sa rupture de la veille avec son amant marié, décidé à retrouver son épouse. Suivent toutes sortes de fantasmes qui cautérisent pour un temps les plaies du cœur, mais occasionnent ce qu’on appelle « une panne de réveil ». Son bus manqué, elle se rend à pied à la conférence de rédaction du journal où elle est dessinatrice : Charlie Hebdo.

À l’entrée de l’immeuble des cris l’arrêtent : « Ne pas monter », « des types ont emmené Coco », « une prise d’otages ».

Vite, se réfugier dans un bureau voisin avec Luz, croisé devant la porte, une galette des rois à la main ! De là, entendre Tak, tak, tak, tak, tak, puis… « Allez voir. »

Après, tout fait problème. Il faut affronter l’impuissance à retrouver la main et l’esprit Charlie, pour que la vie continue malgré tout. Mais non, le passé s’invite sans cesse, l’équipe revit, les tueurs aussi. Les fantasmes tentent de transfigurer la réalité, les cauchemars la ramènent inexorablement. Rien n’empêche la paralysie qui gagne. Alors mieux vaut prendre du champ, retrouver Proust à Cabourg, son lieu d’enfance préféré, son ancien amoureux, la pureté des montagnes, oui les montagnes, ça fait du bien. Et tenter même l’exorcisme du retour sur le lieu du massacre.Page 17Mais voilà qu’au Bataclan le 13 novembre… Alors ?

Retrouver Dostoïevski, qui écrivait  « La beauté sauvera le monde ». Se souvenir que Serge Boulgakov a repris cette déclaration à son compte, en y ajoutant : « …et l’Art en est un instrument. »

Il faut aller trouver la beauté là où elle est, et s’y immerger.

La beauté attend Catherine à Rome, dans le refuge de la Villa Médicis. Stendhal lui servira de guide occasionnel, mais il n’empêchera pas, qu’involontairement les statues martyrisées par le temps paraîtront des victimes et que les tragédies évoquées par les ruines antiques feront écho à celle, intérieure.

C’est finalement à Paris, au musée Louvre, que le plomb cédera. L’abréaction commencera devant Le Radeau de la Méduse, image parfaite d’une salle de rédaction après le passage des tueurs et avant l’arrivée des secours. Elle se parachèvera dans la pénombre annonciatrice de la fermeture du musée, par le surgissement de la beauté, à travers La Diseuse de bonne aventure du Caravage.
L’océan, achèvera le processus thérapeutique. Alors, et alors seulement, les choses pourront se dire, et mieux, se dessiner.

Page 9Au début de l’album, les dessins en noir et blanc sont éclairés de-ci de-là par une tache de couleur. Au fur et à mesure du retour de la pulsion de vie, de grandes pages polychromes figurent des lieux, et plus loin des personnages. Ça et là, des planches à la manière de… évoquent les deux peintres de référence : Turner et Rothko. La dernière mêle les tonalités de l’océan au tracé de Rothko.
Cette narration bouleversante privilégie un graphisme au trait simple, enfantin dans le meilleur sens du terme, et un ton qui s’accorde parfaitement au parcours de résilience de l’héroïne.

Nicole Cortesi-Grou

 

 

Stupor Mundi

sde Néjib (scénario et dessin) – Ed. Gallimard BD, 288 p., 26 €

Hannibal Quassim el Battouti, un savant arabe de grande renommée, sa fille Oudê et son serviteur-garde du corps, El Ghoul, tous originaires de Bagdad d’où ils ont été chassés, se rendent au château de Castel del Monte, dans le sud de l’Italie.

Ils sont accueillis par Hermann von Salza, ami et conseiller de l’Empereur Frédéric II, surnommé la Stupeur du monde (1194-1250).
Le plus Italien des monarques germaniques, protecteur des grands esprits de son époque, lui-même érudit, a annoncé sa venue prochaine à Castel de Monte, sa résidence favorite. Salza lui réserve une surprise à la hauteur de sa passion pour les sciences. Une camera oscura a d’ailleurs été construite à cet effet et Hannibal doit y présenter sa dernière invention.

Cependant, pour la parachever, le savant doit consulter le Traité d’optique du célèbre physicien arabe du XIe siècle, Alhazen (Ibn al-Haytham). Le manuscrit renferme en effet la formule chimique qui permet de fixer sur son support une image projetée. L’accès au précieux document lui ayant été refusé par le bibliothécaire du château, Hannibal va devoir se lancer, sans être certain du résultat.

L’essai s’avère satisfaisant, mais la Stupeur du monde émet des réserves : Aristote décrivait déjà ce prodige… Plusieurs membres du conseil des Sages – chrétiens, juifs, musulmans – en profitent pour crier à la mystification et à l’inanité de cette machine à produire des images.

Après mûre réflexion, le souverain y voit une occasion inespérée de mettre un terme au conflit qui l’oppose au pape, et d’en ressortir à jamais magnifié.
Hannibal va-t-il souscrire au subterfuge que vient d’imaginer son mécène ?stupor_2

Parallèlement à cette « histoire dans l’Histoire », on apprend que la jeune Oudê est dotée d’une mémoire phénoménale, mais que pour l’heure elle ne se souvient ni des circonstances de la mort de sa mère ni de celles qui l’ont privée de l’usage de ses jambes. Le moine Sigismond va l’aider à faire ressurgir les images du passé, qui vont éclairer sous un jour nouveau ce qui se joue à Castel del Monte.

Tout participe au plaisir que l’on éprouve à la lecture de cette BD, qui mêle personnages de fiction à réalité historique, pour accoucher d’une énième théorie sur ce qui reste le plus grand mystère de la chrétienté. On y croise le mathématicien Fibonacci, le peintre David Hockney, sur lesquels plane l’ombre du génie de la Renaissance, Léonard de Vinci.

En résumé : originalité des situations, fluidité du récit, montée en puissance de l’action, suspense, simplicité efficace des dessins de Néjib, font de Stupor Mundi l’un des albums les plus réussis du moment. Avec en filigrane, une réflexion sur la place de l’image au fil des siècles et sur les coups de frein, politiques ou religieux, qui de tous temps ont été donnés aux avancées technologiques ou scientifiques.Numériser

Anne Calmat