Archives de catégorie : Littérature Jeunesse

Factomule – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de Lire

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Depuis le 21 janvier 2021 – Visuels copyright Ø. Torseter / La Joie de Lire – 136 p., 18 €

Où l’on retrouve notre ami Tête de Mule et son acolyte, l’homme à la trompe. Le premier est factotum, le second est Président. De quel pays ? Nous ne le saurons pas, mais il est certain qu’il ne s’agit pas d’un confetti sur la carte du monde, puisque ledit président détient LA valise, celle qui peut faire beaucoup de dégâts si un irresponsable s’en empare et appuie sur le bouton rouge.

Tête de Mule est donc factotum. Un titre qui peut sembler pompeux pour dire qu’il est l’homme à tout faire du président : réparateur de chaise de bureau, plombier… Mais attention ! il doit bientôt être promu au rang du porteur de valise, le président préférant se concentrer sur les affaires courantes (ici, les parties de golf sont remplacées par la tonte de la pelouse devant de palais présidentiel).

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« Monsieur le Président, il y aurait des fuites dans le Palais. » « Factotum, jetez-y un œil quand vous aurez fini de décoller ma semelle… »

Pour l’heure, Tête de Mule se contente d’un emploi subalterne… mais essentiel.

Mais ne voilà-t-il pas qu’un soir, il se fait agresser et dépouiller par un individu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Tête de Mule ne tarde pas à constater que son mystérieux double s’est installé chez lui et – Ô rage ! Ô désespoir ! – qu’il occupe SON poste d’homme à tout faire auprès du président.

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Tête de Mule est dans de beaux draps, mais il a plus d’un tour dans sa boîte à outils…

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En attendant, comment prouver son identité, et surtout, comment éviter la cata ?

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Un « thriller » fantasque, bourré de charme et d’esprit, assorti d’une satire du pouvoir et des relations internationales. Une nouvelle fois*, la magie opère dès le premier regard. Tout lectorat.

Anne Calmat

V. BdBD Archives : Tête de Mule (2016),Mulysse prend le large (2018), La cape de Pierre (2020).

Factomule, « Grand thriller politique international » d’ Øyvind Torseter – Ed. La Joie de lire

À partir du 21 janvier 2021 – Visuels copyright Ø. Torseter / La Joie de Lire – 136 p., 18 €

Où l’on retrouve notre ami Tête de Mule et son acolyte, l’homme à la trompe. Le premier est factotum, le second est Président. De quel pays ? Nous ne le saurons pas, mais il est certain qu’il ne s’agit pas d’un confetti sur la carte du monde, puisque ledit président détient LA valise, celle qui peut faire beaucoup de dégâts si un irresponsable s’en empare et appuie sur le bouton rouge.

Tête de Mule est donc factotum. Un titre qui peut sembler pompeux pour dire qu’il est l’homme à tout faire du président : réparateur de chaise de bureau, plombier… Mais attention, il doit bientôt être promu au rang du porteur de valise, le président préférant se concentrer sur les affaires courantes (ici, les parties de golf sont remplacées par la tonte de la pelouse devant de palais présidentiel).

« Monsieur le Président, il y aurait des fuites dans le Palais. » « Factotum, jetez-y un œil quand vous aurez fini de décoller ma semelle… »

Pour l’heure, Tête de Mule se contente d’un emploi subalterne… mais essentiel.

Mais ne voilà-t-il pas qu’un soir, il se fait agresser et dépouiller par un individu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Tête de Mule ne tarde pas à constater que son mystérieux double s’est installé chez lui et – Ô rage ! Ô désespoir ! – qu’il occupe SON poste d’homme à tout faire auprès du président.

Tête de Mule est dans de beaux draps, mais il a plus d’un tour dans sa boîte à outils…

En attendant, comment prouver son identité, et surtout, comment éviter la cata ?

Un « thriller » fantasque, bourré de charme et d’esprit, assorti d’une satire du pouvoir et des relations internationales. Une nouvelle fois*, la magie opère dès le premier regard. Tout lectorat.

Anne Calmat

V. BdBD Archives : Tête de Mule (2016), Mulysse prend le large (2018), La cape de Pierre (2020).

Salon du livre jeunesse de Montreuil 2020 : Les Pépites

Malin ! Privés de scène, les auteurs ont « tenu salon » dans les classes. Rencontres, lectures de textes par des comédiens, c’était Noël avant l’heure. Devenus jurés, des élèves de 8 à 18 ans ont délibéré et décerné les prix Pépites dans quatre catégories : Fiction ado, Fiction junior, BD, Livre illustré

Coté BD (voir lien ci-dessous).

http://boulevarddelabd.com/ama-le-souffle-des-femmes-franck-manguin-cecile-beck-ed-sarbacane/‎(ouvre un nouvel onglet)

LIVRE ILLUSTRÉ À partir de 3 ans

Le Caramel du jurassique – Roxane Lumeret – Ed. Albin Michel – 56 p. 19 €

L’Autruche ne sait rien de ses origines et n’a jamais connu que la vie au zoo. Un soir, l’occasion de s’en échapper s’offre à elle… C’est ainsi que commence « sa grande histoire » . Employée au Muséum d’histoire naturelle, elle explore ses racines et découvre l’indépendance, mais aussi les règles insensées de la société qui l’entoure. Heureusement, ses compagnons, des évadés eux aussi, vont tout mettre en œuvre pour l’aider à réaliser un plan insolite pour sauver les siens…

J’ai vu Sisyphe heureuxKaterina ApostolopoulosEd. Bruno Doucet – 120 p., 15 €

FICTION ADO

Une famille de pêcheurs dont le père disparaît en mer, un couple de gens modestes que la mort vient séparer, un homme seul qui abandonne maison, papiers d’identité et biens matériels pour vivre en vagabond sous les étoiles…Trois poèmes narratifs. Trois destins aux prises avec la vie. Trois histoires simples pour dire la fierté du peuple grec. Ce ne sont pas les héros des batailles homériques que chante Katerina Apostolopoulou dans ce premier recueil écrit en deux langues, le grec et le français, mais le courage des êtres qui placent l’hospitalité et la liberté au-dessus de tout, qui se battent avec les armes de l’amour et de la dignité, qui ont peu mais donnent tout. À l’heure de la crise économique et du concept de décroissance, une voix venue de Grèce nous invite à voir ces destins aux prises avec la vie.

Carmin Le Garçon au pied-sabot L(T.1)- Amélie SarnEd. Seuil Jeunesse – 336 p., 14 €

FICTION JUNIOR

Carmin, pensionnaire à l’orphelinat Sainte-Alliance, pensait finir sa vie dans les usines de Linn. Qui, en effet, voudrait adopter un garçon doté d’un sabot à la place du pied droit ?
Alors, quand Gléphirina et Calphurnius Powell l’emmènent vivre dans leur demeure, le jeune orphelin n’en croit pas ses yeux. Aurait-il enfin droit, lui aussi, à la belle vie des riches habitants de Linn ?
Malheureusement, son enthousiasme laisse bientôt place à une sourde inquiétude.
Que cachent donc les Powell, collectionneurs d’animaux empaillés, dans le cabinet secret où ils passent leurs journées ?

Tom Sawyer détective – Mark Twain – Christel Espié – Ed. Sarbacane

Depuis le 11 novembre 2020 – Copyright C. Espié (illustrations) – 96 p., 19,90 €À partir de 10 ans

Selon Mark Twain, ce récit relate l’une des aventures qu’ont vécues ses compagnons d’école, Huck Finn, le galopin, et Tom Sawyer, le facétieux. Mythe ou réalité ?

L’histoire ? Deux frères jumeaux : Brace et Jubiter Dunlap,. L’un est un voleur poursuivi par ses complices à qui il a soustrait des diamants, l’autre est un « propre-à-rien » qui vit à la campagne. L’un des deux est assassiné et tout le monde s’accorde à penser qu’il s’agit de Jubiter, que l’on n’a pas vu depuis longtemps. L’oncle de Tom, le vieux Silas, est arrêté : il avait des raisons d’en vouloir à la victime, de plus il s’est lui-même accusé du meurtre.

Mais est-ce aussi simple ?

Des diamants disparus, des voleurs volés, un fantôme à lunettes, un pasteur qui s’accuse… Tom et son ami Huck vont avoir du pain sur la planche pour résoudre les mystères qu’offrent cette nouvelle aventure qui va les mener de Saint-Louis (Missouri) à la ferme de l’oncle Silas en Arkansas.

Silas est traîné au tribunal, mais au moment où son sort est sur le point d’être scellé, Tom a des révélations à faire…

Mark Twain (1835-1910) est revenu plusieurs fois dans sa carrière aux héros qu’il avait créés en 1876, Tom Sawyer et Huckleberry Finn, écrivant ainsi des “romans pour enfants pour adultes”. Les aventures de Tom Sawyer puis Les aventures de Huckleberry Finn, ce dernier opus raconté à la première personne par Huck, sont novatrices dans leur langage, et dans leur perception lucide des débordements pré-adolescents. Ces deux chefs-d’œuvre majeurs de la littérature américaine seront suivis de trois courts romans, dont le présentTom Sawyer détective (1897), où l’auteur n’hésite plus à confronter ses héros avec des voleurs et des meurtriers sans scrupules.

Christel Espié est née à Aix-en-Provence en 1975 et vit à Avignon. Diplômée de l’école Émile Cohl, son talent est d’abord reconnu pour sa mise en peinture de l’univers de Jørn Riel, chez Sarbacane, puis confirmé par sa vision de l’Angleterre de Sherlock Holmes (L’Aventure du ruban moucheté) et par le magnifique Tom Sawyer détective et un superbe travail sur la lumière, inspiré de la peinture des XVIIIe et XIXe siècles.

Homophonie – Karine Naccache – Serge Bloch – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 30 octobre 2020 – Copyright K. Nakache, S. Bloch / Joie de Lire – 96 p., 18,90 €

Raymond Devos

Beaucoup de souviennent d’un jongleur de mots qui pratiquait volontiers l’homophonie, d’autres le découvriront au travers de cet extrait de sketch pour le moins kafkaïen.

(…) Pour Caen, quelle heure ?  / Pour où ? / Pour Caen ! / Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où ? / Comment vous ne savez pas où est Caen ? / Si vous ne me le dîtes pas ! / Je vous ai dit Caen ! / Oui, mais vous ne m’avez pas dit où ! / Monsieur, je vous demande une petite minute d’attention. Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs de cars pour Caen ! (…)

Tendez l’oreille et ouvrez l’œil, de drôles de mots se sont donnés rendez-vous dans de drôles de fables (une trentaine) et vous invitent à partir à leur découverte. Des fables qui, par exemple, mettent en lumière la mite boulimique d’étoffes et le mythe qui se nourrit de légendes, la mûre et le mur, le foie et la fois, l’ancre et l’encre, le phare et le fard, et qui auront tôt fait d’entraîner leurs lecteurs et lectrices dans une farandole de mots et d’images.

Qui sait si les plus anciens résisteront à la tentation de faire croire à leurs petits choux qu’ils sont nés dans un chou ?

Malicieux, loufoque et joliment illustré par Serge Bloch.

A. C.

Élise – Fabian Menor – Ed. La Joie de lire

Copyright F. Menor / La Joie de lire – En librairie le 22 oct. 104 p., 17€90

Que peut donc penser cette enfant au visage impénétrable que l’on découvre sur la couverture de l’album ? Qui guette-t-elle, les bras sagement croisés ? On s’attarde un instant sur cette image, redoutant qu’à la noirceur du dessin s’ajoute celle du quotidien de la petite fille. Élise.

L’héroïne de cette histoire, qui n’est autre que la grand-mère de l’auteur, aurait cependant tout pour être heureuse, sans cette sorcière d’institutrice qui lui donne des cauchemars : une famille aimante, un chien attentif et fidèle. 

On la voit le matin qui se rend à l’école avec son petit frère et sa sœur. Une classe unique pour les différents niveaux, comme il y en avait dans les villages au début des années 1950. Elle est tenue par l’incontournable madame Jousseau qui mène son petit monde à la baguette. Ses élèves l’ont surnommée « la pionne ». Aucun gant de velours ne vient atténuer la vigueur de ses gifles (souvent accompagnées d’humiliations), qu’elle sème à tout vent. Sa perversité est sans limites, quant à ses compétences professionnelles, elles laissent à désirer…

Élise est sa cible privilégiée. Elle subit sans broncher. Pas question d’aller se plaindre. « Ce qui se passe à l’école, reste à l’école » a prévenu la Jousseau.

On est à une époque où la protection de l’enfant n’a pas encore été imposée dans les écoles.

Jusqu’au jour où une gifle administrée avec vigueur laisse une trace sur le visage d’Elise. Son père s’en émeut, vient demander des comptes. Outrée, la virago nie, prend à témoin ses élèves qui, terrorisés, se défilent. Le père repart en s’excusant. « Je ne sais pas ce qui est pire : le regard de mon père ou la lâcheté de mes camarades » s’est ensuite dit Elise.

Que vaut sa parole face à celle d’un adulte ? À qui faire confiance désormais ?

Qui Élise attend-t-elle, les bras sagement croisés ? Peut-être celle ou celui par qui tout pourrait rentrer dans l’ordre.

Un roman graphique éloquent, illustré avec sobriété au travers du dessin à l’encre de Chine et au lavis de Fabian Menor. Un album troublant également si l’on songe à la violence qui règne aujourd’hui dans certaines cours de récréation (bagarres, harcèlement…),

Anne Calmat

Mille milliards de merveilles – François David – Anne-Hélène Dubray – Ed. Sarbacane

En librairie le 7 octobre 2020 – Dès 5 ans – 40p.,18€ – Copyright F. David, A H Dubray / Sarbacane

Une fausse encyclopédie à la fantaisie débordante, pour voir le monde autrement !

Sais-tu que tu as sur la tête autant de cheveux qu’il y a de chevaux en Bulgarie, galopant à bride abattue ? Qu’il y a plus d’étoiles dans le ciel que de grains de sable sur toutes les plages et les déserts du monde ? Mieux encore : qu’il y a un petit peu d’or dans tout être humain ? Vraiment de l’or ! Dommage que souvent l’homme ignore à quel point il est précieux…

En seize anecdotes et questions décalées sur les hommes, le monde et soi-même, François David et Anne-Hélène Dubray proposent un pas de côté aussi inventif que poétique aux enfants, pour découvrir le monde autrement, avec humour, et une grande humanité.

Auteur, poète, éditeur (Møtus), François David a publié depuis 25 ans plus de 150 textes et nouvelles pour la jeunesse, dont une quinzaine chez Sarbacane, couronnés de nombreux prix. Le lire demeure un vrai bonheur, un moment d’exception qu’il faut offrir aux enfants, pour les aider « à découvrir peu à peu, patiemment, librement, leur propre guide en eux ». Il vit près de Cherbourg.

Anne-Hélène Dubray est diplômée des Beaux-Arts de Tours. D’abord graphiste et enseignante à Paris, elle se consacre désormais à l’illustration jeunesse. Elle a illustré et/ou écrit plusieurs albums aux Éditions de La Martinière d’abord puis chez L’Agrume, dont L’alphabet cocasse illustré, Prix Révélation Livre Jeunesse 2019 et Les Farceurs, primé à la Foire internationale du Livre de Bologne 2017.

L’Attrape-Malheur – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de lire (trilogie 1/3)

À partir de 13 ans – Copyright F. Hadjadj, T. Tirabosco / La Joie de Lire – 268 p., 17,95 € – En librairie le 17 sept. 2020

Au début, on pourrait croire à une comptine. Le son d’un haut-bois lui servirait de prélude, avant que quelques chapitres plus loin ne retentisse celui d’une grosse-caisse qui marquerait pour le héros de cette histoire sombre et envoutante, la fin des jours heureux.

Où sommes nous ? Dans une région montagneuse que l’on pourrait situer dans un pays frontalier de l’est de la France.

Visuels copyright T. Tirabosco / La Joie de lire

Imaginez un garçonnet de cinq ans, Jakob, que ses parents ont désiré au-delà des mots : il s’aperçoit qu’il est doté – ou affligé, c’est selon – d’une capacité d’auto-régénération et d’invulnérabilité hors du commun. Un jour, il tombe dans le tour d’un moulin, là où les épis de blé sont broyés, et il en ressort en charpie. Anéanti, son meunier de père le ramène au logis, mais il constate que son épouse semble ne pas croire un seul mot de son récit. Et pour cause : Jakob est là, à quelques mètres d’eux, en train de galoper aux côtés de son grand ami, Caddy le chien. Le père a-t-il été victime d’une hallucination ?

Plus tard, sa mère tombe gravement malade, mais comme par miracle, elle guérit, et c’est Jakob qui présente à son tour tous les symptômes de sa maladie. Un jour, il est pris pour cible par une bande de gamins hargneux, qui commencent par le tabasser copieusement, jusqu’à y aller de leurs coutelas lorsqu’ils le croisent à nouveau. Pour finir, ce sont eux qui détaleront comme des rats, après avoir constaté que leur souffre-douleur est indemne.

Tout cela préoccupe malgré tout ses parents. « En temps normal les parents meurent avant leurs enfants. Ils leur laissent la place. Et voilà que notre enfant va prendre notre mort et c’est nous qui devrons le mettre en terre », dit la mère. Ce à quoi le père lui répond : « Le bon Dieu raye sa parole, il réécrit par-dessus : Déteste ton père et ta mère et tu auras longue vie sur terre. » Ils décident alors d’endurcir leur petit, au fond de lui si vulnérable. Mais épargne-t-on celui qu’on aime en lui brisant le cœur ? La scène où Jakob, accusé de tous les maux par son père, doit quitter la maison qui l’a vu naître, sans réellement en comprendre la raison (c’est le moment fondateur du récit) est bouleversante.

Il est maintenant le « faire-valoir » d’un magicien-lanceur de couteaux dans le cirque ambulant Barnoves. Jacob a beau se prendre des poignards en pleine poitrine ou se jeter du haut d’une tour, rien n’y fait, il en ressort à chaque fois sans la moindre égratignure.

Sa renommée dépasse désormais de mille lieues les frontières du comté. Tous se pressent pour voir l’incroyable Môme Même-Pas-Mal. Ce don, il l’accepte avec simplicité. Il est différent, voilà tout, comme le sont la femme-tronc ou les frères siamois… On se dit que s’il advenait un jour que la foule demandât qu’on lui coupe la tête, histoire de voir si elle repousse, il la poserait sans hésiter sur le billot.

Mais toute médaille a son revers : le danger rôde autour du Môme, ne serait-ce qu’en la personne d’un individu qui dissimule son visage sous une capuche, et qui va jusqu’à pénétrer dans sa roulotte la nuit, lorsqu’il dort. Qu’attend-t-il de lui ?

En troisième partie de ce premier tome, qui évoque aussi bien le Seigneur des anneaux que le chef-d’œuvre cinématographique de Tod Browning, Freaks, le ciel s’est encore obscurci et Jakob est devenu un enjeu pour beaucoup. Son ami Grizzly (ci-dessous) n’est plus là pour le protéger de la folie des hommes…

Un roman inouï, enthousiasmant, magnifiquement illustré par Tom Tirabosco (dont BdBD/Arts + s’est fait l’écho à de nombreux reprises* (v. Archives), qui trouvera aussi bien son lectorat chez les adultes que chez les adolescents, tant on est dans un ailleurs de la littérature jeunesse. Chaque tournure de phrase est une trouvaille stylistique, chaque paragraphe, une source d’émotions fortes ; on aurait aimé en être l’auteur(e) !

En deux mots comme en cent : captivant, profond.

Anne Calmat

L’Attrape-Malheur, la Trilogie :

1 – Entre la meule et les couteaux / 2 – Des forêts aux foreuses (avril 2021) / 3 – Un berceau dans les batailles

Tom Tirabosco :

*Wonderland (août 2015) / Kongo (déc. 2015) / Femme sauvage(mai 2019)

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) (Tallandier, 2017) et Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque, 2017). Sa passion pour le théâtre l’a mené à composer des pièces, tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également fait composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire, dans le canton de Fribourg.

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ARTICLE PRÉCÉDENTKent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

Simon & Louise – Max de Radiguès – Ed. Sarbacane

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO
Copyright M. de Radiguès / Sarbacane

Simon et Louise ont quinze ans, ils s’aiment ; mais c’est les vacances, alors ils sont séparés. Puis Simon reçoit une terrible notification : Louise n’est plus “en couple” avec lui sur Facebook, et refuse de répondre à ses questions. C’est le drame. Ne faisant ni une ni deux, Simon enfile son sac-à-dos, et part en stop la retrouver, à cinq-cents km de là. Car rien ne pourra l’arrêter. Il ne sait pas encore ce qu’il va découvrir à l’arrivée, mais ce périple va le faire entrer de plain-pied dans le monde des grands. Louise, va-t-elle rester « célibataire », ou succomber au charme d’un autre ?

Léger et frais comme une coupe de Champomy .

128 p., 18,50 €

Ce qu’en ont dit nos confrères :

Tendre, drôle et touchante, cette bande-dessinée est une véritable bouffée d’air qui ne marquera pas, pour beaucoup, d’évoquer quelques souvenirs de jeunesse. La Provence

Un must have avant l’été ! Planète BD

Voilà un album intelligent et tout en finesse. L’Express

Max de Radiguès dévoile son immense capacité à reproduire ces petits gestes et échanges qu’offre l’amour. Du grand art ! dBD

Né en Belgique en 1982, Max de Radiguès est auteur de bande dessinée, éditeur à l’Employé du Moi et directeur de collection chez Sarbacane. En 2012, son livre sur sa résidence au Center for Cartoon Studies (USA) fait partie de la sélection officielle du festival de la BD d’Angoulême. Il est l’auteur de Bâtard, (Casterman, 2017), lauréat du Prix Polar SNCF 2018 et Pépite du Salon du livre jeunesse de Montreuil 2017 dans la catégorie BD. Le premier tome de sa série Stig & Tilde (Sarbacane) était en sélection officielle du Fauve jeunesse 2019 du festival d’Angoulême.

Roberto & Gélatine Cache-cache – Germano Zullo – Albertine – Ed. La Joie de lire

Depuis le 9 juin – Copyright G. Zullo, Albertine / Joie de lire

Les temps changent. Autrefois on aurait dit d’un tel album qu’il s’adresse aux jeunes de 7 à 77 ans, aujourd’hui, on peut affirmer qu’il parlera aux lectrices et lecteurs de 4 à 88 ans. Un sacré vol-plané ! Les plus jeunes, qui adorent qu’on leur raconte encore et encore la même histoire, se reconnaîtront dans celle-ci ; il n’est en outre pas exclu que les plus anciens essuient une larmichette en la partageant avec leurs petits démons (et merveilles).

Les souvenirs remonteront alors à la surface…

Comme Roberto, vous êtes plongé(e) dans un roman passionnant, au plus fort de l’action, et voilà que votre petit-fils ou votre petite-fille vous réquisitionne pour une partie de cache-cache. « Je n’ai pas le temps de jouer » lui dites-vous. Mon œil ! Vous avez beau protester, rien n’y fait. Vous capitulez, tout en tentant de ne pas perdre la face : « Alors juste une fois, après tu me laisses tranquille !» Vous faites alors semblant de chercher, en vous parlant à vous-même : « Ça ne peut pas être là, l’espace est trop petit ! » « Peut-être dans ce coffre… Non… Alors derrière la porte de la salle de bains… Tiens, c’est bizarre, tous les vêtements qui étaient dans le panier en osier sont maintenant éparpillés par terre… »

Vous entendez un rire étouffé, vous faites la sourde oreille, vous apercevez l’extrémité d’un pied qui dépasse d’un énorme coussin, vous passez votre chemin. Tout cela fait partie d’un rituel auquel grands et petits se plient avec un égal bonheur.

L’album concocté par Germano Zullo et Albertine – un enchantement ! – perpétue avec élégance et espièglerie ce moment de partage, dont on a eu un jour ou l’autre la nostalgie. C’est tout simple, plein de poésie et de vitalité ; le duo Germano Zullo & Albertine fonctionne cette fois encore à la perfection. (v. aussi Archives BdBD : Le Président du monde, Les Oiseaux et le premier opus de Alberto et Gélatine).

Délicieux comme une pomme d’amour.

Anne Calmat

88 p., 14,90 €

Le Dictateur – Ximo Abadia (suivi de) Papi Gaga & Tu te souviens… – Ed. La Joie de lire

Copyright X. Abadia / La Joie de lire

Comme il devient simple en parcourant cet album d’expliquer le concept de dictature aux jeunes enfants ! Il suffit dans un premier temps de savoir dessiner un carré, un rectangle, un cercle, un triangle et un général haut comme trois pommes et fluet comme un roseau (tout le monde connaît la fable de La Fontaine,Le chêne et le Roseau). Ajoutez au tableau des couleurs pétantes et lancez-vous.

Le héros de cette histoire a fait une fixation sur les carrés, au point de considérer que tous ceux qui aiment les autres figures géométriques sont des ennemis du peuple, c’est à dire ses ennemis.

« Il interdit ce qui n’était pas carré. » – « Et les autres finirent sous terre. »

Donnez-lui une once de pouvoir et il leur volera dans les plumes, donnez-lui le pouvoir absolu et ses sbires les enverront au cachot ou les aligneront face à un peloton d’exécution. Ceux qui n’auront pas eu la force de protester regarderont ailleurs, d’autres préfèreront l’exil dans un pays où les rectangles et leur clique ne sont pas regardés de travers. Du moins, espèrent-ils.

Dans le cas présent, celui qui nous occupe, un dénommé Franco – dont on a hélas un peu trop oublié qu’il fût l’égal de ses deux copains, Hitler et Mussolini, et non un général d’opérette – a fait édifier une statue monumentale à sa gloire afin que chacun sache qu’il est le seul Maître à bord. Il le restera pendant trente-neuf ans, sans qu’aucun État n’intervienne, et s’accrochera comme un damné à la vie pour ne pas quitter la scène.

« Il existe une sorte de « pacte de l’oubli », qui est en fait une récompense pour ceux qui ont participé à la dictature et un manque de respect pour toutes les personnes décédées. Cette période importante de notre histoire est à peine enseignée, dans certains livres universitaires, elle n’occupe que dix lignes », s’insurge Ximo Abadia. « Il est important que les jeunes sachent qui était le dictateur, sa mentalité et les exactions qui ont eu lieu pendant cette période. Nous ne pouvons pas grandir sans connaître notre passé. » (itv radiophonique)

Important aussi de savoir repérer les mécanismes de la dictature, ce livre ne pointant pas uniquement l’Espagne du passé mais bien tous les pays qui la subissent aujourd’hui, ou bien qu’elle menace.

Simple, efficace : tout est dit en très peu de mots. 56 p., 16,90

Anne Calmat

Parutions récentes

Roman illustré de Márcia Abreu, illustrations Lalimola / La joie de lire Copyright- 112. p.,9,90 €

Papi Gaga a peut-être un peu perdu la tête – un peu seulement ! – mais il a conservé l’essentiel : l’enthousiasme, la fantaisie et le goût de l’improvisation. De quoi ravir son petit-fils bien-aimé et nous entraîner à leur suite dans un voyage qui restera sûrement un de ses plus beaux souvenirs d’enfance pour Jéjé.

Papi et Jéjé

Délicieux ! A.C.

Album illustré de Zoran Drvenkar et Julia Bauer : La Joie de lire Copyright – 40 p., 22,90 €

« Tu te souviens quand nous sommes partis à l’aventure et que la route n’en finissait plus ? » « Tu te souviens quand les nuages ont rapproché leur tête et que tout à coup, il a fait sombre et que la pluie s’est mise à tomber ? Alors nous avons cherché un abri et vu un arbre qui écartait largement ses bras, comme un gardien de but guettant le ballon. » « Tu te souviens quand les vaches ont couru vers nous (…) quand les chiens ont débouché au coin de la rue et n’ont pas voulu nous laisser passer ? »

Ceux qui ici se souviennent sont en âge d’être grands-parents. Mais quel que soit l’âge de celle ou celui qui découvrira cet album, ces moments de partage, faits de petites frayeurs et de grands bonheurs, vécus avec l’ami(e) du moment ou peut-être celle ou celui de toujours, lui reviendront en mémoire. A.C.

« How dare you ! » Greta change le monde – Gabriella cinque – Vamille – Ed. Sarbacane

Copyright G. Cinque – Vamille / Sarbacane – Communiqué

« Vous avez volé mon enfance ! »

Les auteures s’expriment.

« Il y a deux grands protagonistes dans cette histoire. Le premier est le changement : changer soi-même, pour changer ce qui ne va pas. La réflexion sur nous-mêmes, l’interaction avec les autres, la curiosité sont par exemple des moteurs positifs de changement. C’est malheureux mais parfois, les catastrophes le sont elles aussi, nous le voyons bien avec la crise sanitaire actuelle, ou avec les urgences climatiques très graves qui obligent des communautés entières à changer leurs modes de vie.

C’est là qu’entre en jeu le deuxième protagoniste de cette histoire : la communauté. Des plus petites, comme l’école, où un enfant aujourd’hui doit être capable de trouver les outils pour comprendre ce qui doit être changé, jusqu’aux plus grandes communautés, les grands mouvements de personnes qui protestent partout dans le monde pour le bien de tous, en mettant de côté la paresse individuelle.

Mon album Greta change le monde parle de tout cela, montrant l’exemple d’une jeune fille courageuse et le processus de prise de conscience que j’imagine qu’elle a pu traverser. » G. C.

En librairie depuis le mois de mars. Mais hier c’est aujourd’hui, et c’est aussi demain…

48 p., 14,90 €

Gabrielle Cinque

Gabriella Cinque est née à Naples en 1988 et a suivi des études de bande dessinée et de cinéma. Elle travaille depuis treize ans dans la communication digitale et la direction artistique. Autrice et artiste touche-à- tout, elle anime des ateliers d’écriture, réalise des projets de street art ou de body art et a publié un album pour la jeunesse en Italie. Greta change le monde est son premier album en France. Elle vit à Paris.

Vamille

Née en 1991, Vamille (de son vrai nom Camille Vallotton), diplômée de la HEAD-Genève en communication visuelle, est aujourd’hui dessinatrice, surtout en bande dessinée, et vit à Fribourg. Avec tout juste trois livres à son actif, elle a déjà été lauréate de plusieurs récompenses, dont le prix Töpffer de la Jeune bande-dessinée à Genève en 2016. Greta change le monde est son premier album jeunesse.

Incroyable ! – Zabus – Hyppolyte – Ed. Dargaud

À partir du 17 avril 2020 – Copyright Zabus & Hippolythe / Dargaud

Cette histoire nous fait entrer un court moment dans la vie de Jean-Loup, un petit garçon timide et solitaire. Suite à sa rencontre fortuite avec une peau de banane placée sur sa route – incident qui va prendre tout son sens, comme dans le théâtre de Tchekhov – il sera amené, à son corps défendant, à renoncer progressivement à son monde imaginaire, à ses stratégies magiques, à ses tocs et talismans, afin que s’impose ce qu’un vieux monsieur nommé Sigmund Freud appela au siècle dernier « le principe de réalité ». 

L’action se déroule en Belgique. Le roi des Belges y joue un rôle réel et imaginaire important. C’est grâce à lui que s’ouvriront les opportunités qui feront sortir Jean-Loup de son isolement : celles de se présenter aux différents concours des Exposés, régional, général et national, d’y dépasser sa timidité, et mieux, d’y remporter un franc succès.

Agé de 11 ans, doté d’une mère adorée, absente mais très présente, d’un père présent mais très absent, sans frère ni sœur, Jean-Loup met en place des stratégies de survie : endosser l’habit de « mister nobody » à l’école, pour se protéger ; résister opiniâtrement à ses deux lignées d’ancêtres aux exigences redoutables ; tenir le réel à bonne distance par l’usage de fiches classant rigoureusement toutes informations en provenance du monde extérieur, et pour finir, donner forme à son quotidien en se distribuant ou s’ôtant des points, au gré de ses actions. 

Dans cet univers ingrat, deux objets constituent d’essentiels points d’appui : l’urne avec les cendres supposées de sa mère, auprès de quoi il puise conseils et confiance, ainsi qu’une petite figurine du roi des Belges qui, comme le faisait Jimini le cricket pour Pinocchio, lui sert de guide et de bonne conscience. 

Deux personnages vont s’associer pour lui offrir une chance de faire briller sa grande intelligence assortie d’une curiosité hors norme : un oncle maternel/ parrain, Johny Gala, improbable barbu-chevelu, et mademoiselle Ophélie, sa très charmante institutrice. Avec en toile de fond, le théâtre de Tchekhov qui au fil des évènements lui fournira ses références.

Les dimensions de son environnement font que le petit personnage blond apparaît bien fragile, engoncé dans son grand duffle-coat, camouflé derrière son gros cache-nez rouge ou vêtu d’un pull marin rayé rouge et blanc.

Les autres personnages stylisés mais extrêmement dynamiques et expressifs, s’animent comme un court métrage ou passent, comme tirés tout droit du cinéma de Fellini, des créatures comme cette Saraghina, secrétaire du roi.

Le Cosmos figure lui le destin qui, outre proposer un vaste champ d’exploration pour les exposés, fera au final se rencontrer le personnage-titre avec le passage de la comète 1983X58, ce qui déterminera l’issue de l’histoire, riche en surprises, que nous ne dévoilerons pas.

Le texte déroule le fil des dialogues intérieurs de Jean-Loup, entrecoupés de quelques échanges avec le monde extérieur. Il est émaillé de trouvailles poétiques, comme celle où il évoque son père, qu’il surnomme  monsieur « attends une minute Jean-Loup, j’arrive » et qu’il compare à une étoile : « quand il est là, il n’est pas vraiment là, et quand tu le vois, ce n’est pas vraiment lui que tu vois, j’ai l’impression qu’il est à des années lumières de moi ». 

On découvre, insérées entre les planches, quelques fiches issues des tiroirs de Jean-Loup ou part de ses lectures pour l’élaboration de son exposé. D’imposants dessins en noir et blanc séparent les différents chapitres (sept). 

Les images tracées en couleurs noir ou marron se détachent d’un fond qui va de l’abricot clair au marron sombre. Les touches de jaune et de rouge sont réservées au personnage principal, sauf lorsque de grandes tâches d’un rouge profond le mettent en valeur à travers la figuration d’un rideau de scène. 

L’ensemble, plein de charme et très finement observé, représente un antidote parfait au confinement.

Nicole Cortesi-Grou

200 p., 21 € – À partir de 12 ans – Copyright Ed. Dargaud

Vincent Zabus est dramaturge et scénariste de bandes dessinées. Né en 1971 à Namur, licencié de philologie romane il a enseigné le français, la littérature et le théâtre avant de se consacrer à l’écriture de pièces de théâtre et de scénarios de bandes dessinées. Sa pièce Les ombres obtint le prix Sony-Labou-Tansi en 2010, et le présent album, réalisé avec le dessinateur Hippolyte, a reçu plusieurs distinctions : Prix Laurence Tran, Prix des libraires Lucioles, prix des Lycéens de l’Ile-de-France. 

Hippolyte est illustrateur et auteur de bandes dessinées et l’un des principaux auteurs de bd-reportage. Installé dans l’ile de la Réunion, il est l’auteur de plusieurs séries, dont les adaptations de Dracula et du Maitre de Ballantrae de Robert L. Stevenson, et dans le domaine bd reportage, notamment L’Afrique de papa et Les Enfants de Kinshasa, nominé pour le prix Albert Londres. 

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Les Oiseaux de Germano Zullo & Albertine – Ed. La Joie de lire

68 p., 14,80 €
A vos agendas !

Les Oiseaux vient de recevoir le Prix de la poésie Lire et faire lire, organisé avec Le Printemps des poètes. Sa lecture sera en accès libre le 7 avril sur le blog « La Joie de Lire à la maison » (v. ci-après).

Ce n’est d’abord qu’un point rouge qui s’avance au milieu du désert doré. Arrivé au bord d’une falaise, un homme ouvre la porte arrière de son camion et libère une nuée d’oiseaux, de toutes tailles, de toutes couleurs, qui disparaissent à tire-d’aile. Ont-ils fait l’objet d’un trafic d’espèces rares, l’histoire ne le dit pas. 

Prendre un oiseau sous son aile…

Seul un petit noiraud au bec jaune n’a pas suivi ses semblables : il ne sait pas encore très bien voler. Les voilà maintenant tous les deux, côte-à-côte. L’homme mâchouille un sandwich et en propose un morceau à son voisin ; après quoi le libérateur d’oiseaux initie son nouvel ami à l’art de voler. Le volatile finit par prendre assez d’assurance pour partir à la recherche de ses congénères. 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là…

Un instant de poésie sacrée qui nous emporte dans un monde de douceur et de générosité.

Anne Calmat

Voir également BdBD Archives : Le Président du monde (oct. 2016) et Roberto & Gélatine (juin 2019).

« La Joie de Lire à la maison » : ouvrages et coloriages à …www.letelegramme.fr › … › Atelier enfants Des idees pour s occuper

Migrants – Issa Watanabe – La Joie de lire

En librairie le 20 janvier 2020 – copyright I. Watanabe/Joie de lire

Ce pourrait être l’illustration d’une fable de La Fontaine, ou bien celles de textes sacrés qui racontent l’histoire sans cesse renouvelée des grandes migrations humaines.

Celles et ceux qui ici ont pris la route de l’exil cheminent au milieu d’arbres aux membres décharnés, le regard fixe, dans un silence palpable, tous différents, tous tendus vers un seul et unique but. Ils ont fui les violences, la misère, leurs terres arides brûlées jusqu’aux entrailles. Les plus vigoureux veillent sur les plus vulnérables, la mort, escortée par un magnifique oiseau que l’on dirait sorti d’un conte des Mille et une nuits, ferme la marche.

On est immédiatement happé par la force des images.

Les couleurs bigarrées de leurs tenues contrastent avec l’uniformité des paysages lugubres qu’ils traversent. Plus tard, ils feront une halte, sortiront leurs ustensiles de cuisine, ensuite ils s’étendront à même le sol pour quelques heures de repos, avant de repartir. Combien seront-ils à atteindre la « Terre promise » ? Et tiendra-t-elle ses promesses ?

Une histoire qui se passe de mots, dotée d’une forte charge émotionnelle. À semer à tous les vents.

Anne Calmat

40 p., 15,90 €

La cape de Pierre – Ed. La Joie de lire

Depuis janvier 2020 – © I M Kjølstadmyr, Ø. Torseter/La Joie de lire – Tout public

Paris, au début du 20è siècle.

L’homme à la tête d’éléphant qui figure sur la couverture de ce nouvel opus imaginé par la Norvégienne Inger Marie Kjølstadmyr et son compatriote Øyvin Torseter n’est pas un inconnu pour les lecteurs de la rubrique Littérature Jeunesse de Bd/BD. Pas plus qu’il ne l’est pour leurs parents. Tous l’ont découvert précédemment dans le « rôle » d’un riche collectionneur d’objets insolites, à la recherche de l’aventurier qui l’aidera à dénicher l’œil le plus gros du monde*. Cet homme ne portait alors pas de chapeau melon riquiqui, mais une casquette de marinier. L’histoire était insolite, et, comme celle qui l’avait précédée** et celle qui nous occupe aujourd’hui, avait pour ingrédients un zeste de mythologie saupoudré d’une bonne dose de dépassement de soi.

Ici, c’est l’ami fidèle de Pierre qui raconte à son jeune client ce qu’il est advenu de ce singulier personnage dont le portrait trône en bonne place dans son salon de coiffure.

Pierre avait réalisé son rêve le plus accessible : il était à force de travail devenu un tailleur célèbre dont le nom courait sur les lèvres de celles et ceux qui attendaient patiemment leur tour avant de pénêtrer dans le « saint des saints » afin d’y commander ou de se procurer le vêtement convoité.

Les jours d’accalmie, Pierre créait de nouveaux modèles… et rêvait.

Il rêvait d’accomplir une action d’éclat qui inscrirait à jamais son nom dans le Grand livre des Exploits. Certains s’y étaient essayé dans le passé, mais ils s’étaient brûlé les ailes. D’autres y étaient parvenus, mais avec des moyens trop visibles qui, pensait Pierre, avaient eu pour effet de minorer la magie de l’instant. Qu’en serait-il de lui ?

Une réussite et de nouveau une très belle surprise. L’originalité de la fable, qui comme toujours comporte plusieurs niveaux de lecture, est accentuée par l’étrangeté physique de ses nombreux personnages et son dessin artistiquement inclassable.

Mais s’agit-il vraiment d’une surprise pour celles et ceux qui ont précédemment lu les albums illustrés par l’un des artistes les plus originaux du moment ?

Anne Calmat

56 p., 16,90 €

  • Tête de mule, oct. 2016 (voir Archives)
  • Mulysse prend le large, nov. 2018 (voir Archives)

Hercule à la plage – Fabrice Melquiot – Ed. La Joie de lire, coll. La Joie d’agir

Sortie en novembre 2019 – Mise en page Jeanne Roualet ©

Le livre se lit tête-bêche. D’un côté, il y a la pièce de Fabrice Melquiot, et de l’autre « l’Avant », c’est à dire tout ce qui a précédé – et précède en général – la présentation au public d’un spectacle vivant. Commençons donc par « l’Avant », ce sera très bientôt d’actualité.

«  On peut considérer qu’une pièce de théâtre connaît plusieurs états : la pièce que l’auteur a conçue, celle qu’il a écrite (ce n’est pas forcément la même), la pièce que jouent les comédiens et celle qu’entendent les spectateurs. Les arts plastiques apportent à leur tour toutes les ressourses dont ils disposent et la musique peut créer le mystère, l’inconnu divin. », Gaston Baty, 1923

Cette partie de l’album met un coup de projecteur sur celles et ceux qui participent à une telle aventure, et qu’on ne cite pas toujours le moment venu : assistant(e) à la mise en scène, scénographe, costumière, maquilleuse, technicien/technicienne (son, lumière…). Chaque spécialité est ici détaillée, puis commentée. La pièce a été créée en 2019 au festival d’Avignon dans une mise en scène de Mariama Sylla.

Ce que raconte Hercule à la plage

Angelo, Charles et Melvil cherchent India dans ce que l’auteur décrit comme un labyrinthe, en ruine. Un espace hors du temps qui évoque celui où Thésée, guidé par le fil d’Ariane, parvint à retrouver le Minotaure. Tous se sont connus sur les bancs de l’école primaire, puis ils se sont perdus de vue.

Ce labyrinthe contient leurs souvenirs, réels ou non. Ils traversent les âges, ils ont neuf, quinze, quarante ans. Ils se racontent, apparaissent puis disparaissent. Il y a longtemps, India, qui n’était encore qu’une enfant, a lancé un défi à ses trois soupirants : « Si vous voulez m’aimer, soyez Hercule, sinon rien. » (…) « Je ne veux pas d’une vie normale avec des amis moyens. » Pourquoi Hercule ? Parce que lorsqu’elle était enfant, sa maman lui racontait les douze travaux. Les gamins l’ont prise au mot, ils ont accompli des exploits qui, à hauteur d’enfant, étaient dans la lignée de ceux du héros de la mythologie gréco-romaine.

Quelques années plus tard, le père d’India les a tous emmenés voir la mer, ensemble pour la dernière fois. « Elle va déménager, le verbe le plus dégoûtant de la langue française » résume Melvil.

India sur le sable, India sous le soleil, India les mettant à l’épreuve… Puis India désertant, emportant avec elle leur certitude d’être toujours unis et ne leur laissant que le souvenir d’amours platoniques.

Angelo : « La vie était pleine de promesses. Et on était si jeunes et si pleins de rêves. On allait se revoir, un jour ou l’autre, c’était sûr et certain ! »

Le texte – un voyage initiatique au terme duquel l’héroïne apparaît sous un tout autre jour – comporte plusieurs niveaux de lecture selon l’âge auquel on le découvre. Les temporalités s’enchevêtrent, le présent des personnages se mêle à leur passé, la narration s’interrompt pour faire place au dialogue, la mythologie grecque côtoie celle des héros de Marvel : Superman et toute la flopée de ceux dont le nom se termine en « man« . Est-ce que tout cela est vrai ? Angelo, Charles et Melvil étaient-ils si « moyens » et India tellement hors du commun ? Troublant.

A.C.

Tout lectorat à partir de 12 ans. 128 p., 23 €

Socrate et son papa prennent leur temps – Einar Øverenget – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis octobre 2019 – Dessins copyright Øyvind Torseter – Collection Philo et autres chemins

Nous l’avons souvent constaté, les enfants ont à la fois les pieds solidement ancrés dans le sol et le nez dans les étoiles. C’est comme s’ils étaient des intermédiares entre le ciel et la terre.

C’est le cas du petit Socrate qui, à l’instar de son illustre homonyme, pose des questions – dont la pertinence n’échappe pas à son papa – et n’hésite pas à s’engager dans une antithèse lorsque sa réponse lui semble un peu juste.

Paru en 2015

Dans le volume précédent, notre philosophe en herbe se demandait, par exemple, si les choses doivent forcément être visibles pour être réelles, ou bien, pourquoi les étoiles nous paraissent-elles aussi petites que des grains de sable alors qu’elles ne le sont pas ?

Dans ce nouvel opus, « Socrate le Jeune » s’interroge et interroge son père (qui, de maître peut à l’occasion devenir disciple) sur le temps : celui dont on dispose ou non, que l’on prend ou non, sur les voyages dans le temps, qui peuvent ne durer qu’un instant… Sur le secret aussi, que l’on partage ou non, sur l’envie que l’on a de faire savoir à son entourage qu’on en détient un, mais qu’on le gardera pour soi… Sur les voyages, au sens propre comme au fuguré… Sur la subjectivité et le sentiment que de tel ou tel objet nous inspire… Sur les rêves : que se passe-t-il lorsque nous rêvons ? Les rêves sont-ils une l’occasion de vivre des choses inédites ? Quelle réalité explorons-nous alors ?

Une initation tout en douceur à la philosophie, un délice à partager avec les tout-petits (à partir de 6 ans)… qui ont de bonnes chances de vous stupéfier et de vous amener à stimuler vos petites cellules grises.

Anne Calmat

56 p., 11 €

Regarde, elles parlent ! Ed. La Joie de lire

Depuis le 19 septembre 2019 – Copyright F. Gilberti / La Joie de lire – À partir de 8 ans.

Giselle Comte, Sandrine Moeschler, Laurence Schmidlin, Déborah Strebel – Illustrations Fausto Gilberti

Le visage d’une femme ou d’un homme, les lieux, les événements qui ont marqué l’Histoire ont de tout temps inspiré les peintres et les sculpteurs. Leurs œuvres s’étalent sur les murs ou dans les salles d’exposition du monde entier. S’il arrive que certaines ne nous « parlent » décidément pas, c’est peut-être que nous n’avons pas suffisemment tendu l’oreille…

Vous êtes-vous jamais demandé ce que pensaient celles et ceux qui étaient obligés de rester immobiles des heures durant, dans une position parfois inconfortable, avec interdiction absolue de bouger et, le cas échéant, d’échanger quelques mots avec le ou les autres modèles qui se trouvaient à leurs côtés dans l’atelier de l’artiste ?

Vu sous cet angle, on compatit rétrospectivement au torticolis probable de La Jeune fille à la perle de Vemeer ou aux douleurs endurées par la Porteuse d’eau de Goya.

C’est ce que raconte ce livre.

La Mariette aux fraises, Albert Anker 1984 ©

Prenons ici l’exemple de la petite Rosa, dix ans, contrainte de jouer les statues, son panier en osier contenant deux gros pots en grès remplis de fraises accroché au bras. Que peut-elle se dire d’autre que « Dépêchez-vous, je vous en supplie Albert (…) j’ai le bras en compote. Et ce foulard [dont on m’a affublée], qu’est-ce qu’il me gratte ! Je n’en porte jamais d’habitude. »

Le port de Rouen, Félix Vallotton 1901 ©

Ou bien le choix qu’a fait Félix Vallotton de placer au premier plan de sa toile deux terrassiers en train de paver le quai du port de Rouen, et de reléguer à l’arrière-plan la célèbre cathédrale, rendue presque invisible par la pollution ambiante. Les deux hommes se félicitent qu’un artiste ait ainsi honoré des modestes travailleurs. « Enfin un peintre qui reconnaît notre boulot ! »

We Are All Astronauts, Julian Charrière 2013 ©

Et plus loin, au chapitre 6, ces quinze globes terrestres faits de différentes matières, tenus par un fil. Un seizième a échappé à la vigilance du plasticien, il l’observe depuis sa cachette, décrit le processus de création de l’artiste et invite à réfléchir sur le message à caractère écologique que sous-tend son installation.

Sans titre, Olivier Mosset 1975

Il y a aussi ce cercle noir qui donne le tournis. Il a été reproduit à l’identique des dizaines de fois par Olivier Mosset, quel que soit le format de la toile carrée qui l’a accueilli. « Je ne représente rien d’autre que moi-même : un cercle noir sur une surface blanche » explique ledit cercle. (…) Mais pourquoi s’obstiner à reproduire sans cesse une même forme alors qu’il existe tant de sujets à peindre ? Parce que l’artiste était paresseux ? Réponse au chapitre 3 de ce livre original qui en comporte 15. Gageons que les enfants, dont l’imagination est fertile, sauront donner vie à cette œuvre, destinée, selon son auteur, « à ne provoquer ni peur, ni rire, ni dégoût, ni plaisir« .

Quinze œuvres donc (*), revues sous l’angle de l’humour et de la légèreté – les animaux et les végétaux ont aussi leur mot à dire – à (re)découvrir dans un premier temps, avant d’aller au devant de toutes celles qui nous attendent dans les musées.

Anne Calmat

92 p., 14,90 €

(*) Albert Anker – Félix Vallotton – Olivier Mosset – Alice Bailly – Kader Attia – Julian Charrière – Giuseppe Penone – Louis Soutter – Françoise Dubois – Marcel Broudthaers – Daniel Spoerri – Auguste Rodin – Emilienne Farny – François Bocion – Oskar Kokoschka

Les amoureux – Victor Hussenot – Ed. La Joie de lire


Depuis août 2019 © V. Hussenot/Joie de lire

Ces deux-là n’ont probablement jamais entendu parler de Georges Brassens ou de Robert Doineau. Ils ne perdent pas leur temps à se bécoter sur les bancs publics ou devant les terrasses de cafés, ils agissent avec la pointe de leurs deux feutres-pinceaux : un rouge pour elle, un bleu pour lui. Ils ont dix, vingt, trente, cinquante ans (voire plus), et ils sont a-mou-reux. Appelons-les Léo et Léa.

Quand un obstacle tente d’infléchir le cours de leur existence, ils lui barrent la route et prennent les choses en main. Léo broie-t-il du noir après un cauchemar que, dès qu’elle s’en aperçoit, Léa s’empresse de mettre de la couleur dans sa vie intérieure. Pour la remercier, il lui dessine une monumentale pièce montée… Gare à l’indigestion !

Quelques planches plus haut, la portée musicale que Léo a créée au-dessus d’une bande de danseurs endiablés se défait et se transforme en une pluie diluvienne ; les danseurs fuient, Léo et Léa restent, mais se retrouvent trempés jusqu’aux os. Un immense parapluie aura tôt fait de les mettre au sec.

Détail planche

Les paysages apparaissent et se transforment au gré des circonstances et de l’humeur des deux héros… qui parfois peut s’avérer belliqueuse. Dans ce cas, c’est la castagne : furieux, Léo dessine alors un mur entre Léa et lui. Des tourbillons de colère noire envahissent l’espace et tentent de prendre le pouvoir. Plus sage, Léa opte pour une porte entrouverte.

Pour le moment leurs routes sont parallèles, comme si elles étaient destinées à ne plus jamais se croiser, mais peu à peu elles vont redevenir sinueuses, puis s’enchevêtrer. C’est ça l’amour.

Fin du voyage ? Oh que non !

Un album sans paroles, mais où tout est dit, à offrir aux amoureux de tous âges. Ils se reconnaîtront sûrement.

Anne Calmat

76 p., 16,90 €