Archives de catégorie : Littérature Jeunesse

Dans la forêt des Lilas

En librairie le 9 janvier

Les éditions Delcourt Jeunesse aborderont magnifiquement l’année 2019, avec ce récit initiatique de Nathalie Ferlut, sublimé par le dessin de Tamia Baudoindont BdBD/Arts + nous avait fait découvrir en août 2017 leur précédent album intitulé Artemisia.*

La jeune Faith, qui adore se faire appeler Comtesse, retrouve chaque nuit ses amis les hôtes de la forêt. Elle aimerait ne jamais grandir afin de préserver leur lien si précieux. Nés de son imagination, tous ont cependant conscience de la fragilité de leur existence.

© N. Ferlut/T. Baudoin/Delcourt
© N. Ferlut/T. Baudoin/Delcourt

Rongée par un mal dont son entourage lui cache la nature, mais que l’on devine en découvrant au fil du récit les taches de sang en forme de fleurs qui constellent ses vêtements à chaque quinte de toux, Comtesse vit recluse en compagnie de sa gouvernante dans un cottage isolé de la banlieue de Londres. À la fois surprotégée et fragilisée par son maintien dans l’ignorance de son état, la jeune fille s’accroche aux lieux de son enfance.

(détail)

Il lui faudra pourtant grandir, lorsque, sur son insistance à connaître la vérité, elle mesurera le temps qu’il lui reste à vivre. 

Grandir, constater que ses amis de la forêt se comportent désormais d’une étrange manière, voir clair en elle, puis s’éveiller à l’amour avant que le grand oiseau de nuit, qu’on appelle aussi la Camarde, ne vienne l’emporter un soir d’automne. 

Anne Calmat

72 p.,14,95€  

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Massamba, le marchand de tours Eiffel

En librairie depuis le 15 novembre 2018

de Béatrice Fontanel (scénario) et Alexandra Huart (illustrations) – Ed. Gallimard Jeunesse (dès 5 ans).

Soutenu par Amnesty International.

© Fontanel/Huard/Gallimard
(détail) © Fontanel/Huard/Ed. Gallimard

De l’Afrique à Paris : itinéraire d’un jeune migrant.

Après avoir été abandonné avec ses compagnons d’infortune à quelques encablures des côtes espagnoles, puis cueilli par des hommes en uniforme et parqué dans un camp de réfugiés, le jeune Massamba s’est finalement retrouvé vendeur de tours Eiffel porte-clés sur le parvis de la Dame de fer. Le jeune garçon est ingénieux, doté d’un esprit curieux et positif.

Vendre des tours Eiffel dans ce lieu mythique, même s’il est payé au lance-pierres, lui a tout d’abord semblé trop fort. Mais l’envers du décor lui est rapidement apparu. Guetter en permanence le passage des flics, prendre ses jambes à son cou au premier coup de sifflet, attendre que la voie soit de nouveau libre pour étaler sa quincaillerie sur le trottoir n’a vraiment rien de folichon. En revanche, contempler, la nuit venue, la fusée d’acier dans ses habits de lumière reste pour lui une source d’émerveillement, même lorsqu’il gèle à pierre fendre. Massamba sait d’instinct que son sort dépend en grande partie de son adaptabilité aux circonstances. Tenir bon, être vigilant, faire confiance aux Esprits qui veillent sur lui, et qui ne manqueront pas de lui offrir un jour l’opportunité de prouver qu’il est digne de confiance.

(détail) © Fontanel/Huard/Gallimard

Un album destiné aux adolescents aurait probablement pointé une réalité plus dure ; il n’en demeure pas moins que ce qui est ici dépeint, même de façon édulcorée, c’est l’itinéraire et le quotidien de ceux qu’on appelle les mineurs isolés, et que l’on peut résumer ainsi : exil, déni d’humanité, opportunités ou non de se construire une vie décente en dépit de l’adversité.

Un livre pour les tout-petits et leurs parents, dont le texte et les illustrations sur des pleines doubles pages aux tonalités africaines, témoignent de la connaissance qu’ont les deux auteures de ce continent.

A.C.

40 p., 14, 90 € cliquer ici

Mulysse prend le large

de Øyvind Torseter (texte et dessin), traduit du norvégien par Aude PasquierEd. La Joie de lire 

© Ø.Torseter/La Joie de lire

Dans l’album précédent (Archives, oct. 2016), Tête de mule délivrait ses six frères et leurs six promises, qu’un troll avait changés en statues de pierre. Nous le retrouvons ici apprenti coiffeur, occupé à massacrer la chevelure d‘une cliente.

Navré, mais vous êtes congédié, lui dit son patron.

Arrivé à son domicile, Tête de mule trouve un avis sur sa porte : La municipalité a donné l’autorisation de détruire cet immeuble, votre appartement a été vidé et vos affaires se trouvent dans un container au dépôt central. Désolés pour les éventuels inconvénients occasionnés.

L’inconvénient majeur, c’est la note passablement salée qu’il va devoir payer pour les récupérer.

À la taverne où il est venu, histoire se réconforter, pas de cacahuètes au chili pour lui remonter le moral. La serveuse est désolée.

Ce n’est décidément pas son jour. 

C’est alors que quelqu’un lance à la cantonade : 70 000 couronnes* à qui osera m’accompagner dans une expédition hasardeuse !

Celui qui a parlé est un riche collectionneur bon chic bon genre, avec quelques petites particularités physiques. L’enjeu de l’expédition : retrouver l’oeil le plus gros du monde, qui manque à sa collection.

Tope-là ! En route pour l’aventure, le capitaine à bâbord, le matelot à tribord… et une passagère clandestine dans la cale du trois-mâts.

Un voyage tempêtueux, plein d’embruns et d’embûches, à la recherche d’un œil, qui fera nécessairement défaut à son propriétaire et qui va nécessiter astuce et témérité de la part de ceux qui sont chargés de le dénicher, ledit oeil ne se trouvant pas sous le sabot d’un cheval, fût-il de mer.

Naufrage, animaux marins en tous genres, cyclope e tutti quanti ne vont pas faciliter la tâche aux deux aventuriers, le troisième ayant déserté.

C’est là qu’un rapprochement avec l’odyssée que vécut un certain Ulysse « saute aux yeux ».

L’originalité de la fable – qui entre autres choses nous rappelle qu’un trésor mille fois convoité n’est rien au regard d’une peine d’amour perdu – est accentuée par celle de son graphisme qui alterne planches en noir et blanc presque minimalistes et illustrations pleines pages en couleurs.

 

Un album tout public, intelligent, plein d’humour et de poésie.
Anne Calmat

160 p., 24,90 € (livre cartonné)

  • 70 000 couronnes = 6.700 €

 

 

 

La vie commence aujourd’hui

Septembre 2018

Roman de Christophe Léon – Ed. La Joie de lire – À partir de 15 ans.

Les éditions La Joie de lire ont décidément l’art de dénicher des œuvres à haute densité émotionnelle. Après le troublant Un Détective très très très spécial (v. archives, sept. 2017), voici un roman tout aussi fort et délicat, dans lequel la question du handicap et de la sexualité des personnes handicapées est abordée avec simplicité.

La vie commence aujourd’hui est écrit à la première personne, sous la forme de flashes-back. Le roman s’ouvre sur une fête organisée en l’honneur de Clément, 14 ans, qui vient d’avoir son bac avec mention très bien et une moyenne défiant toute concurrence. Le jeune garçon pose un regard mi-goguenard mi-désabusé sur ceux qui sont venus le fêter, et sur la caméra qui filme la scène. Il est en fauteuil roulant, ses membres supérieurs sont encore en partie épargnés, mais il sait que la forme grave de poliomyélite dont il est atteint depuis l’enfance fera inéluctablement son œuvre.

Puis nous remontons le temps. Clément a 5 ans, il s’escrime en vain à escalader l’échelle qui mène en haut d’un toboggan, pour faire honneur à se mère.

Si, en dépit de l’amour qu’il lui porte, il lui en veut d’être ce qu’elle est (attentive, prête à tous les sacrifices pour lui, donc culpabilisante) ; s’il lui arrive d’être odieux avec elle et de lui faire payer la désertion de son père alors qu’il n’avait que 6 ans ; s’il lui rappelle méchamment que ses jours sont comptés, c’est que lui, pourtant si brillant, enrage de ne pouvoir enrayer la paralysie qui gagne tous ses membres.

Qui pourrait trouver les mots qui apaisent ? Olga, son auxiliaire de vie, et Janie, son âme sœur, son impossible amour, sont souvent là pour réguler ses excès de langage.

Un jour Janie, devenue femme, pose son regard sur un médecin genevois. Trahison, pense Clément. Repli immédiat sur lui-même.

Vient aussi pour lui le temps des désirs charnels. Clément a 17 ans, il est tétraplégique. À qui en parler ?

Sept chapitres plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Il en a maintenant 25, et c’est une tout autre scène que filme la caméra.

Une histoire simple et belle qui démontre une nouvelle fois la capacité de l’humain à se réaliser en dépit de l’adversité.

Anne Calmat

112 p., 13 €

NDA. L’activité d’assistant sexuel est apparue dans les années 1970 aux EU avant de s’étendre à certains pays européens. Aujourd’hui l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, l’Espagne, Israël et les Pays-Bas notamment autorisent cette pratique et reconnaissent un statut particulier aux personnes exerçant ce métier. Les assistants sexuels bénéficient par ailleurs d’une formation spécifique. En France, malgré plusieurs tentatives depuis 2007 pour la légaliser, cette activité est toujours assimilée à de la prostitution.

Le crapaud au pays des trois lunes

Une histoire imaginée, racontée et chantée par Moïra Conrathécrite par Olivier Prou, illustrée par Ivan Sollogoub – Ed.© Le label dans la forêt*.

Sortie le 20 septembre 2018.

Avec Guillaume Guino (voix de la lune, chœurs et percussions), Clément Landais (contrebasse), Yann Féry (chœurs, guitare). 

À partir de 3 ans

Dans les fables ou dans les contes, il a souvent été métamorphosé en prince. Celui qui nous occupe n’a été victime d’aucun sortilège, il ne rêve pas de se mesurer aux plus grands : il souffre tout simplement d’un défaitisme chronique, lié à complexe d’infériorité. Sa voisine la rainette ne lui dit-elle pas à longueur de temps : 

Tout lui paraît infaisable. Comme par exemple quitter son abri et se laisser porter par l’onde de la mare pour aller rejoindre ceux qui, sur l’autre rive, semblent tant se divertir. D’ailleurs comment le pourrait-il, il ne sait pas nager. Ce qui fait, qu’en plus d’être défaitiste et passablement ronchon, il est cracra. 

S’il ne croit pas en lui, qui parmi les habitants de la mare pourrait le faire à sa place ?

Le désir de changer d’apparence ne le quitte pas. Edgar  s’imagine dans la peau d’un(e) autre, il se voit chameau, antilope, girafe, et même nénuphar. Le voilà girafe. « Je peux même souffler sur les nuages ! », s’extasie-t-il. Mais le mal des hauteurs le force bien vite à redescendre sur l’eau.

C’est vrai qu’il n’est pas jojo, le crapaud, avec sa peau verruqueuse et crasseuse, mais la suite des événements prouvera qu’il possède des qualités de cœur et un charisme que beaucoup de bellâtres devraient lui envier.

Un heureux concours de circonstances, combiné aux conseils éclairés de la lune, va lui permettre de sortir de sa condition de trouillard patenté. S’il s’agissait d’un conte de fées et non d’une métaphore de la vraie vie, on pourrait presque parier sur une histoire de vilain crapaud transformé en prince des marais…

Le crapaud au pays des trois lunesmis en valeur avec beaucoup de fraîcheur par Moïra Conrath, a d’abord été présenté dans sa version scénique au théâtre du Blanc-Mesnil (oct. 2017) et le sera prochainement à Aubervilliers*.

Le CD se décline en une suite d’instants poétiques, émaillés de chants venus d’ailleurs (Afrique, Bulgarie, Japon, Portugal…) : la magie opère dès les premiers clapotis de l’eau. À déguster en famille.

Anne Calmat

40 p., durée 48′, 19,90 €

  • Mardi 30 octobre 2018 à l’Espace Renaudie, 30 rue Jules et Martin Lopez, Aubervilliers (Seine-saint-Denis). Entrée 5 €
  • Le label dans la forêt est une maison d’édition pour les enfants et leurs parents, qui édite des livres-disques créés par des auteurs, des chanteurs, des musiciens, des illustrateurs. Le label défend une écriture mêlée, inventée avec naturel, exigence et liberté par les équipes de créateurs.

www.le-label-dans-la-foret.com

L’Ogre amoureux

En librairie le 13 septembre 2018

De Nicolas Dumontheuil (récit, dessin, couleurs) – Ed. Futuropolis

Visuels © N. Dumontheuil – Futuropolis

Délicieusement décalé, attendrissant, avec en filigrane, une réflexion sur la solitude, le besoin d’aimer, l’amitié et le poids des préjugés, ce road trip débute comme une fable de la Fontaine et se poursuit comme un conte de Grimm.

Un renard et un ours se promènent dans une campagne accueillante à souhait. Ils font une halte à proximité d’une ferme, à la recherche, pour le renard, d’un poulailler rempli de poulettes bien dodues, l’ours préférant attendre son futur repas à la lisière du bois. Las, le fermier a repéré maître Goupil et il a tôt fait d’estourbir le téméraire et de l’amener au terrible Barback dont l’appétit gargantuesque est connu à cent lieues à la ronde.

Intrigué, l’ogre, se demande tout d’abord ce qu’il va pouvoir faire de ce renard, dont la chair lui semble peu appétissante. C’est alors que, misant sur la débrouillardise légendaire de l’animal, il lui propose un marché : il ne sera pas dévoré s’il lui trouve une femme à épouser dès le lendemain. Et il lui demande dans la foulée de lui décrire celle qui ne peut que l’attendre avec impatience. Le renard laisse parler son imagination, l’ogre tombe follement amoureux.

Il ne reste plus qu’à aller chercher la belle à Montaigu, une petite ville aux allures de cité médiévale. Et c’est là que les choses se compliquent…

Les deux compères de circonstance vont tout d’abord échapper aux noirs desseins d’un couple de vieux amoureux, en apparence inoffensifs (Gros Louis n’aura pas cette chance), puis survivre à l’inondation qui submerge les terres vendéennes.

Ceux qui les croisent – hommes et bêtes – sont moins bien lotis, l’ogre n’ayant pas pour habitude de faire de quartier quand une petite faim vient le titiller.

Arrivés à destination, la partie est loin d’être gagnée.

Son titre de noblesse en fait bien minauder quelques-unes, mais sa réputation d’ogre-bandit finit par le rattraper. De plus, le bonhomme ignore totalement les règles de savoir-vivre en société…

Difficile pour lui dans ces conditions de redorer son blason, et de repartir avec l’oiseau rare.

Le conte Waldemar de Barback parviendra-t-il à réaliser son rêve ? Pour l’heure, un échafaud vient d’être dressé sur la place du marché, en vue de son exécution.

A.C.

96 p., 19 €

Boulevard de la BD : Voir aussi La longue marche des éléphants et La forêt des renards pendus.

Les Petites Cartes Secrètes

En librairie le 5 septembre 2018

d’Anaïs Vachez (scénario) et Cyrielle (dessin, couleurs).

Visuels © Cyrielle – Delcourt

À l’origine, en 2014, l’histoire qui se déroule en 150 cartes postales a été mise en ligne sur le blog de l’auteure.

carte n°1
carte n°2
carte n°3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle vient d’être adaptée en bande dessinée dans la collection « Une case en moins » aux Ed. Delcourt. Une quarantaine de cartes seulement a été conservée, les dessins de Cyrielle remplaçant en grande partie ce que relatait la correspondance entre Tom et Lili.

Le scénario : Le monde des deux enfants s’est écroulé le jour où leurs parents ont divorcé. Le pire, c’est qu’eux aussi ont été séparés : Lila est restée chez sa mère, Tom est allé vivre chez son père. Ne supportant pas cette séparation, ils ont entamé une correspondance secrète, destinée à mettre sur pied un plan qui leur permettra d’être à nouveau réunis.

Planche n°1

Dans l’album, le premier échange épistolaire a lieu en septembre 1993 – l’auteure s’en donne à cœur joie avec les fotes d’ortografe, il se poursuivra pendant deux années au cours desquelles Tom et Lili vont subir le sort qui est parfois réservé aux enfants de couples divorcés… et à leurs parents, qu’ils aient ou non refait leur vie.

Planche 2

Le plan élaboré par Tom va du plus basique au plus cruel : bouderies, représailles à l’encontre de celle qu’il considère comme une empêcheuse de tourner en rond (et coup bas en retour), gestes inconsidérés qui peuvent vous envoyer à l’hôpital en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, etc. Quant à Lili, elle va, entre autres problèmes, devoir faire face à la déprime de sa mère, ravagée par le départ de son homme. Avec en prime, une révélation très perturbante pour les deux enfants.

(…) 

Mais que peuvent deux âmes sœur face à l’immaturité des adultes ?

L’issue de cette histoire aux multiples occurrences ne sera pas tout à fait celle à laquelle aspiraient nos jeunes héros, mais leur obstination à vouloir changer le cours des événements aura pour effet de faire prendre conscience à leurs parents du poids de leurs décisions.  

Anne Calmat

123 p., 17,95€

La Danse de la Mer

Sept. 2016

de Laëtitia Devernay – Ed. La Joie de Lire – Littérature jeunesse

Coup d’œil dans le rétro pour ce superbe poème graphique sans paroles pour les petits et les grands, qui en dit long sur notre « mer nourricière » menacée d’épuisement.

C’est une armada de bateaux-frigorifiques pansus qui, dans un premier temps, accueille le lecteur. Les filets ont été jetés et les poissons multicolores pris au piège. Puis les envahisseurs s’éloignent et tout semble s’apaiser : poissons-oeil et sirènes peuvent alors révéler leurs secrets. Des nageuses, portées par la houle et les marées, offrent alors un étrange et énigmatique ballet.

page18

On s’attend  presque à voir surgir la petite Ponyo, que Hayao Miyazaki a imaginée courant sur la crête des vagues pour suivre son ami Sozuke, ou bien cette Enfant de la haute mer, si chère à Jules Supervielle. Qui sait ? c’est peut-être aussi à cet instant qu’Ondine et ses semblables s’apprêtent à quitter leur palais de cristal pour partir à la recherche de celui qui les fera femmes à part entière, avant de les trahir… page7

Réalisé à l’aide de collages, avec une trame à l’encre de Chine et des formes en faux relief du plus bel effet, l’album poétique de Laëtitia Devernay invite, on l’aura compris, au vagabondage et aux digressions littéraires.

A.C.

72 p., 22,90 €

De la même auteure : « Diapason « , « Be Bop ! » , « Bestiaire mécanique« . (Ed. La Joie de Lire).

 

Un détective très très spécial…

Septembre 2017

de Romain Puértolas – Ed. La Joie de lire

Coup d’œil dans le rétro pour ce roman singulier destiné aux adolescents.

Le matin, Gaspard est vendeur de souvenirs «made in China» dans une boutique à Montmartre. Et puisqu’il lui est impossible d’arnaquer à plein-temps les touristes, il est également «nez» pour une marque de déodorants l’après-midi. Ou plus prosaïquement, «renifleur d’aisselles», précise-t-il

Gaspard est trisomique, ce qui ne l’empêche pas de poser un regard aiguisé sur la marche du monde, avec ses merveilles et ses aberrations. Méthodique, il consigne jour après jour ses réflexions et découvertes dans des cahiers de couleurs différentes, en fonction de son ressenti face à chaque événement.

Gaspard est l’homme de tous les paradoxes. À la fois non-sensique à l’extrême et pétri de bon sens, il n’a semble-t-il pas son pareil pour résoudre un casse-tête sur lequel bien des individus, dotés d’un QI largement supérieur au sien, se casseraient les dents. Il pratique aussi, tout naturellement et presque systématiquement, la digression humoristique, le second degré, le calcul des probabilités, et se plaît à relever les défis que son imagination fertile a mis en travers de sa route.

Bref, Gaspard est un esprit supérieur qui s’ignore et dont ses parents, pourtant très aimants – pas du genre à avoir collé leur petit dans une institution spécialisée ! – semblent n’avoir pas pris la mesure.

Aussi, lorsque par un funeste concours de circonstances ses deux employeurs viennent à disparaître, Gaspard, qui a beaucoup regardé des séries télévisées (et en particulier Starsky et Hutch)*, opte-t-il pour une carrière de détective privé.

Le voilà maintenant « en immersion » dans un centre pour handicapés, afin de démasquer l’assassin de l’un de ses pensionnaires. La couverture idéale…

Mais la vie se charge parfois de remettre les pendules à l’heure, et c’est sur un double uppercut au plexus solaire que le lecteur arrivera au terme de cette histoire. En une vingtaine de pages, ce récit jubilatoire a fait place à l’émotion la plus intense…

Anne Calmat

120 p. 15,90 €

Du même auteur : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. 

Le Dilettante, 2013.

 

Cruelle Joëlle 1 à 3/3

Intégrale
En librairie le 20 juin 2018
  • La vie n’est pas si simple madame Lamort
  • Week-end frisson au lac Crystal
  • Une journée en Enfer !

Scénario Davide Cali, dessin Ninie – Ed. Les Petits Sarbac’/Sabacane – BD Jeunesse

La pimpante madame Lamort élève seule sa fille, Joëlle, 9 ans, que l’on découvre assez solitaire et désabusée. Evelyne Lamort travaille pour une société de pompes funèbres, la bien nommée Sté Trépas, particulièrement attentive à tout ce pourrait porter atteinte à son sacro-saint chiffre d’affaires. Comme par exemple les progrès de la science, les lois anti-tabac, la limitation de vitesse sur les routes… ou tout bonnement une veine de pendu (lorsque la corde casse). Chacune de ses opératrices, chargées de délivrer les très redoutées cartes noires aux « candidats » à l’au-delà, rêve de figurer au palmarès du mois de la meilleure employée. Un moribond qui revient à la vie, et c’est l’espoir d’une première place sur tableau d’honneur qui s’envole. La concurrence est rude et on se dit que s’il leur faut donner un coup de pouce pour faire « avancer le schmilblick », elles s’y colleront sans aucun état d’âme. 

Le titre vient justement de passer sous le nez de la pourtant très zélée Evelyne Lamort. Le fauteur de trouble, Monsieur Bavasse, a été démasqué, il n’est autre que le père du meilleur – et seul – ami de Joëlle, qui a eu l’indélicatesse de se soustraire à la carte noire en jouant sa vie aux échecs… et en trichant ! 

Qu’à cela ne tienne, elle a un plan. Mais les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévu…

C’est le début d’une série menée tambour-battant, servie par un graphisme expressif et vigoureux.

Dans l’épisode suivant, l’association des parents d’élèves de l’école de Joëlle a organisé un week-end camping au bord du lac Crystal. D’abord réservée, Madame Lamort réalise que c’est précisément là qu’habite son prochain « client », Verdoux, 35 ans, qui depuis huit ans déjoue toutes les tentatives pour lui remettre le fameux laissez-passer pour l’au-delà.

Permis de tuer si nécessaire.

Là encore, un obstacle de taille va se mettre en travers de sa route… 

 

Dans le tome 3, Evelyne est inquiète. Malgré le diagnostic rassurant du médecin, Joëlle reste terrée au fond de son lit. Est-ce un hasard si au même moment des cartes noires ont mystérieusement disparu du siège de la société Trépas ?

La jeune femme va pour la première fois devoir confier sa fille à Gilles, le père de Joëlle, pour mener son enquêteMais est-ce bien judicieux ? On découvre que dans sa jeunesse, Gilles a passé un contrat avec la Société Lucifer: plaire à Evelyne, en échange, plus tard, de son bien le plus précieux. 

Comment se fait-il que j’apprenne juste maintenant que tu as une fille, lui a dit Monsieur Belphégore, le bras droit de Lucifer, bien décidé à récupérer la fillette… Panique à bord.

Il reste beaucoup à découvrir dans cette histoire tout en rebondissements, dont la tonalité diablement gothique plaira à un jeune lectorat.

Anna K.

122 p., 11.50 €

L’auteur

Davide Cali est un jeune auteur italien né en Suisse, dont Sarbacane soutient le travail depuis ses débuts, pour son humour et son sens aigu de la narration. À Gênes où il vit, il enseigne la BD, collabore à des revues d’art, organise des expositions. Il pose un regard universel, tour à tour hilarant et touchant sur la vie. Il est aussi l’auteur de la série 10 petits insectes, avec Vincent Pianina.

L’Illustratrice

Diplômée des Beaux-Arts de Nantes, Ninie (Virginie Soumagnac) est publiée chez de nombreux éditeurs : Larousse, ZOOlibri, Milan, Bayard

En 2009, elle dessine la série de BD intitulée Rustine, d’après un scénario de Michaël Escoffier, qui paraît dans la revue J’aime lire. Ninie vit à Angoulême.

Jour de match (suivi de) Hors-jeu

En librairie depuis le 14 avril 2018

Texte et illustrations Antoine Trouvé – Ed. La Joie de lire (à partir de 6 ans).

Bienvenue à toutes et à tous sur TV Gazon Ballon, nous sommes en direct du Super Stadium pour cette finale de la Méga Cup 2018, qui promet d’être palpitante !

Les équipes en présence ? Le Vandeleck F.C, favori incontesté, contre l’A.S Pédant-Montfort. Autrement dit, le pot de terre contre le pot de fer, ou plus près de nous, les Herbiers contre le PSG.

Double planche (p. 8 et 9), le coach donne ses consignes aux joueurs de l’A.C Pédant-Monfort. Trois planches plus loin, les arbitres des deux équipes se serrent la main. C‘est parti pour 90 minutes de jeu.

Deux journalistes sportifs, Assan et Alain, nous renseignent sur l’évolution du match, les dessins d’une incroyable précision d’Antoine Trouvé font le reste. Tout y est, les coups-francs, les corners, les blessures, sans oublier les sponsors et les engueulades. Et bien entendu les milliers de supporters, croqués avec force détails par l’auteur. 

 

0-0 à la mi-temps…

Viennent la pause publicitaire, les commentaires contrastés des journalistes et de ceux qui ont suivi le match au bistrot du coin ou en bien « en mode Coca-pop-corn-canapé ». On espère un meilleur spectacle en seconde période (…) Buyado (Vanderleck F.C) a été in-vi-si-ble, par contre le gardien de but a été un véritable mur…

Reprise. Il reste 45 minutes. Tant que le coup de sifflet final de l’arbitre n’a pas retenti, tous les espoirs sont permis.

Qui repartira avec la Coupe ? Réponse page 40.

A.C.

45 p., 10 €

Coup d’oeil dans le rétro…

Avril 2016

de Matthieu Chiara (scénario et dessin). Ed. L’Agrume 

Un match de football ne sollicite pas uniquement les forces et l’énergie de ses organisateurs, des équipes en présence et de leurs supporters, sa genèse remonte au premier shoot de l’histoire de l’humanité, et trouve son aboutissement dans la souffrance de tous ces brins d’herbe meurtris par les chaussures à crampons des joueurs.

HORSJEU-2On l’aura compris, l’auteur de la BD donne libre cours à son imagination et nous propose une variation humoristique et métaphysique sur le football.

Cela fonctionne parfaitement – même auprès des profanes – grâce à un scénario astucieux et des dessins fouillés. Ils mettent en scène deux équipes de foot et une dizaine d’adeptes du ballon rond, parfois pour des raisons diamétralement opposées : deux sans-abri, une prostituée, un père de famille, « ses meufs » et son fils, une épouse exceptionnellement accueillante qui adore les tirs au but

On n’échappe pas à l’ineffable tandem de chroniqueurs sportifs qui, planqués derrière leur écran, « commentent leurs commentaires  » et s’auto-congratulent, pas plus qu’on échappe aux « brèves de tribunes » au ras des pâquerettes. Mais le plus intéressant, ce sont les réflexions, souvent in petto, de ceux qui vivent au rythme de cette rencontre de foot. À commencer par celles de son joueur vedette au crâne rasé (un nouveau divin chauve ?), qui s’est plié peu de temps auparavant au jeu du « parler analphabète » face à une meute de journalistes

Il cherche maintenant une justification et sens profond à sa présence sur le terrain et réalise qu’il est passé à côté de son rêve de gosse: devenir archéologue.  Le pognon ? Hum ! (…) Les Supporters ? Ils sont tous formatés… Les différents protagonistes de cette BD aigre-douce, que l’on retrouve  alternativement ou simultanément à intervalles réguliers, ont eux aussi leur avis sur la question. Comme par exemple le jugement de la prostituée sur l’acte footballistique, proche selon elle du culte phallique. Ou celui de l’une des épouses, sur la passion-canapé-canette-de-bière pour le football de son conjoint. Je suis sûre qu’il regarde le foot pour faire comme les autres…

HORSJEU-14

C’est drôle, piquant, bien vu. Ajoutez à cela un coup de crayon particulièrement efficace et vous serez fin prêt-e-s pour aborder le sourire aux lèvres la toute prochaine Coupe du Monde.

Anne Calmat

160 p., 22,90 €

 

Tout le monde est là ?

À partir de 6 ans.
En librairie depuis janv. 2018

de Anja Tuckermann, illustrations Tine Schulz – Traduit de l’allemand par Hélène Boisson – Ed. La Joie de Lire

La famille-image d’Épinal est révolue. De même que la société uniforme et unicolore que nos grands-parents ont connue, l’est. Certains le déplorent et ne sont font pas prier pour le crier haut et fort, beaucoup s’en félicitent.  

Les auteures de La Famille dans tous ses états (La Joie de lire, 2017), Alexandra Maxeiner et Anke Kuhl,  nous présentaient avec humour toutes sortes de familles : traditionnelle, monoparentale, famille avec parents divorcés, parents homosexuels, avec enfants adoptés, demi-frères, demi-soeurs, etc.

Les auteures de Tout le monde est là ? ont, quant à elles, préféré zoomer sur la planète entière, afin de proposer à leur jeune lectorat un voyage vers le multiculturalisme, avec ses migrants, ses réfugiés, grands et petits, celles et ceux qui vivent ici, mais qui un jour sont venus d’ailleurs, celles et ceux  qui ont fui la guerre, la misère, la dictature…

L’album souligne les particularismes des humains, mais aussi et surtout ce qu’ils ont en commun. Il aborde de façon réaliste les situations les plus dures – persécutions, exil, rejet, préjugés, mais il le fait avec fraîcheur. Le ton n’est pas à la dramatisation, mais plutôt à l’énergie et ce positivisme qui fait avancer les sociétés.

À mettre entre toutes les mains.

A.C.

36 p., 12 €

 

Les enfants du capitaine Grant (intégrale)

Adaptation et illustrations Alexis Nesme – Ed. Delcourt, 2016.

26 juillet 1864, un requin-marteau vient d’être harponné et hissé à bord du yacht de lord Glenarvan, le Duncan. Comme il se doit, les entrailles du squale sont soigneusement examinées. On y découvre une bouteille contenant trois feuillets en piteux état. Une date, une carte géographique incomplète et quelques bribes de mots permettent cependant de reconstituer le puzzle : le Britannia s’est abîmé dans une région située le long du 37e parallèle, avec à son bord le fameux explorateur écossais, Harry Grant, dont on est sans nouvelles depuis au moins deux ans. Une expédition est montée par le très fortuné lord, que l’Amirauté écossaise a lâché faute de certitudes. Mary et Robert Grant, déjà orphelins de mère, seront du voyage.

Commence alors un périple de cinq mois à la recherche des disparus, au cours duquel les protagonistes vont devoir affronter la dureté des éléments en Patagonie, la cruauté des hommes en Australie, le cannibalisme des Maoris en Nouvelle-Guinée… Avec en filigrane, une réflexion sur l’oppression des autochtones par les colons européens.

La trame de ce récit en trois parties reste classique et semble avant tout destinée aux adolescents. Cependant le roman de Jules Verne comporte différents niveaux de lecture. Il illustre notamment le passage de l’enfance à l’âge adulte, la symbolique de la recherche du père et la nécessaire distinction entre l’expérience et le raisonnement. 

Les personnages sont ici représentés sous la forme d’animaux : lord, lady Glenarvan et les jeunes Grant sont d’élégants félins ; le capitaine Mangeles, toujours un peu bougon, est un ours ; l’extravagant géographe, le Français Paganel, véritable puits de science, est une grenouille (un clin d’oeil aux « French frog eaters » ?) ; le traître Ayreton, que l’on retrouvera plus tard dans L’Île mystérieuse, a tout du renard.  

Le dosage entre la densité du récit (beaucoup de bulles, un grand nombre de cartouches) et les illustrations virtuoses d’Alexis Nesme (gouache, encres, pastels gras, clairs-obscurs) compose un ensemble très réussi.

Les inconditionnels du roman Jules Verne y retrouveront aisément leurs petits, ceux qui le découvriront au-travers de cette adaptation new look seront très probablement sous le charme.  

Anne Calmat

152 p., 22,95 € 

 

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

Visuels © S. Bravi Rue de Sèvres

Scénario Dorothée Werner – Dessin, couleur Soledad Bravi – Ed. Rue de Sèvres. À partir de 12 ans.

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?                   Grande question !

Soledad Bravi et Dorothée Werner s’y attellent en prenant le mal à sa racine, c’est à dire lors de son apparition avec les premiers humains.

Une petite introduction présente les différences physiologiques sur lesquelles le plus grand malentendu de l’histoire va se fonder : la procréation. De l’incapacité à comprendre ce processus étonnant, va, au fil des siècles s’élaborer une division du travail entre les deux sexes, avec la domination de l’un sur l’autre.

Un mauvais départ est pris lors de la préhistoire : la grossesse étant particulièrement incommode pour chasser, les femmes restent cantonnées à l’élevage des enfants, la préservation du foyer, la cueillette. Cette division des tâches va avoir un impact sur la distribution de nourriture : aux chasseurs le gras et la viande qui rendent forts, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la taille, la musculature et la robustesse.

À partir de là, l’antiquité ne fera qu’entériner la répartition des rôles en excluant les femmes du savoir, du pouvoir et en privilégiant les naissances masculines. Exception faite pour les Egyptiens, partisans d’une égalité relative, cette fonction d’assurer la descendance courra sur les siècles à venir, confirmée par la religion qui ira jusqu’à attribuer à Eve le péché originel. Deux exceptions toutefois pour les sorcières et les béguines.

Une ouverture au siècle de Lumières se refermera avec Napoléon, qui placera dans ses codes les filles sous la tutelle de leur père, puis de leurs maris. Quelques rares grandes figures féminines parviennent à émerger comme Olympe de Gouge, George Sand…

Le XXème siècle sera entre tous celui où les femmes défendront avec opiniâtreté leurs droits, libéreront leurs corps et acquerront leur autonomie.

En ce début de XXIème siècle, un bilan global montre qu’il y a encore beaucoup à faire, ici et ailleurs.

Réalisée pour les jeunes, cette fresque impressionnante, tout en humour, s’appuie sur des faits et des exemples significatifs. Elle est à la fois sérieuse et drôle. Les dessins, stylisés, colorés, « rigolos » donnent à la gravité du sujet une touche de légèreté indispensable à la prise de distance.

Nicole Cortesi-Grou

96 p., 10,50 €

Soledad Bravi est illustratrice et auteure française d’ouvrages pour la jeunesse.

Dorothée Werner, journaliste, grand reporter à Elle, auteure notamment de Au nom des nuits profondes qui traite du prix qu’ont payé les femmes pour leur émancipation.

 

La petite poule qui voulait pondre des œufs en or

d’Hanna Johansen (histoire) et Käthi Bhend (illustrations) – Ed. La Joie de Lire (nov. 2017) – Traduit de l’allemand par Lilo Neis et Anna Salem-Marin. 5 ans +

« Il était une fois trois mille trois-cent-trente-trois poules qui vivaient dans un grand hangar à poules. Dans l’air flottait une odeur puante de fiantes et de graines fortifiantes, et sur le sol, c’était la bousculade, car chaque poule avait juste assez le place pour ses propres pattes, rien de plus. »

© La Joie de Lire.

Entre pondre des oeufs en or – ce qui reste malgré tout hautement improbable – et permettre à trois mille trois-cent trente-trois compagnes de galère de cesser de se piquer du bec entre elles, furieuses de se faire marcher en permanence sur les pattes afin de pouvoir s’acquitter au mieux de leur mission nourricière, il n’y a pas à hésiter. 

© La Joie de Lire.

L’héroïne de cette fable, que n’auraient probablement pas désavouée Jean de La Fontaine, Ésope ou Charles Perrault, n’est peut-être pas encore en âge de déposer son premier oeuf sur l’infâme paillasse qui lui sert de nid, mais elle n’a pas pour autant les deux pattes dans le même sabot. Un picotage assidu dans un angle de leur habitat commun va être pour elle l’occasion de bouleverser la vie de ses congénères et de les amener à découvrir qu’au-delà de la grisaille de leur quotidien, il y a la verdeur des prés et des pâturages, la blondeur des champs de blé, la quiétude d’une mare aux canards, la saveur d’un tas de fumier mûri à l’air libre. Quant aux œufs en or, ils ont naturellement ici la force d’une métaphore…

Une fable ciselée par les très beaux dessins de Käthi Bhend qui enchantera petits et grands.

Anne Calmat

72 p., 13.90 €

 

 

Le Chaperon voit rouge

Coup d’oeil…

Petites histoires des droits de l’enfant de Joanna Olech (scénario) et Edgar Bak  (dessin) – Ed. La Joie de Lire (à partir de 6 ans)

Un Chaperon averti en vaut deux. Forte de l’enseignement qu’elle a tiré de sa rencontre dans une vie antérieure avec un prédateur sexuel déguisé en loup, la fillette aux taches de rousseur et aux pieds chaussés de tennis écarlates a repris du poil de la bête et ne s’en laisse plus conter. Elle est même devenue militante des Droits de l’Enfant (CIDE) et ne perd jamais une occasion de les faire valoir.

Chacun des principaux articles de Loi de la Convention internationale trouve ici son illustration au-travers d’une histoire inspirée de Charles Perrault, Hans Christian Andersen, Wilhelm Grimm, etc.

La première s’ouvre sur une nouvelle rencontre entre le loup et le Chaperon, qui a malencontreusement balancé une pomme de pin sur l’animal tapi en embuscade dans un fourré. La fillette s’en excuse, mais face à la réaction du loup qui s’est mis en tête de « compter les boutons de sa robe » et qui pense qu' »un petit baiser suffira à se faire pardonner« , elle n’hésite pas à dégainer l’article 19 de la CIDE.

Les jeunes lecteurs retiendront en substance qu’ils doivent se sauver à toutes jambes et avertir qui de droit, si un individu, connu ou inconnu, tente de tirer avantage d’une de leurs bêtises, réelle ou supposée, après les avoir culpabilisés.

La seconde histoire illustre l’Article 32 de la CIDE : le droit à la protection contre l’exploitation. Elle met en scène la Petite Fille aux allumettes. Le Chaperon soustrait la jeune vendeuse à la brutalité de son père, en la ramenant chez elle, et rappelle à tous que Personne n’a le droit de frapper un enfant ni de le forcer à effectuer un travail qui nuirait à sa santé et à son développement physique et intellectuel (…)  

Ch. 2 « Personne n’a le droit de frapper un enfant, ni de le forcer à effectuer un travail qui nuirait à sa santé (…) »

Chacune des rencontres suivantes est pour notre héroïne l’occasion de faire valoir le droit fondamental de chacun à la dénonciation de toute forme de maltraitance, qu’elle soit physique ou psychologique : droit au respect, à l’enseignement, à l’égalité de traitement, droit de s’exprimer, d’avoir des secrets, droit de n’être pas un enjeu au sein d’un couple désuni…

Ch. 7 « Les enfants handicapés ont les mêmes droits que les autres enfants »

 Les illustrations aux couleurs acidulées d’Edgar Bak, souvent proches du pictogramme, sont adaptées à leur jeune lectorat et donnent corps à ces histoires à portée universelle.

A.C.

96 p., 15,90 €

À lire également :

J’ai bien le droit et Mais jai aussi des devoirs (réimpression oct. 2016) de Tom Tirabosco – Ed. La Joie de Lire (à partir de 6 ans)

Réalisé à l’initiative du Département de la cohésion sociale, de la jeunesse et des sports de la Ville de Genève, cet outil synthétique et clair rappelle aux parents comme aux éducateurs la place et le respect qui sont dus à ces petites personnes.

 

La Brigade des cauchemars

Scénario Franck Thilliez, dessin Yomgui Dumont, couleur Drac –  Ed. Steinkis, coll. Jungle Frissons – À partir de 12 ans.

48 p., 11,95 €

Tristan et Esteban, 14 ans, font partie de la mystérieuse Brigade des cauchemars, créée par le professeur Angus, le père de Tristan.

Elle vient en aide à ceux qui n’arrivent pas à se débarrasser de leurs mauvais rêves, en entrant dans le cauchemar du patient afin d’en découvrir la source et de la détruire.

Aujourd’hui, le cas de Sarah a ceci de particulier qu’Esteban est certain de l’avoir déjà rencontrée. Mais où ? Esteban est amnésique, ceci explique peut-être cela.

Leur mission doit être remplie en un minimum de temps : si l’adolescente se réveille, ils resteront prisonniers dans son cauchemar.

Une fois la porte des songes franchie, nos deux  » explorateurs  » se retrouvent dans une ville fantôme entourée de hauts murs. Ils ne vont pas tarder à être traqués par une patrouille de mercenaires à la recherche de ceux qui ont échappé au sort qui leur est réservé : les enfants. 

Trois d’entre-eux viennent justement d’envoyer un message en Morse aux nouveaux venus :  » Ici-pas-d’adulte-pas de-danger …

 » Allons voir  » dit Esteban.

Une course contre la montre, passionnante pour le lecteur et à haut risque pour les deux garçons, s’engage alors. Elle est d’autant plus périlleuse que, suite au dépôt de plainte du père adoptif de Sarah, pour hospitalisation de sa fille sans qu’il y ait consenti, deux gendarmes viennent de faire irruption dans la clinique du professeur Angus et exigent que l’adolescente soit réveillée sur le champ. Ils joignent du reste le geste à la parole :  » Petite ? Petite, réveille-toi !  »  

Tempête dans un crâne, panique à bord.

Il reste une vingtaine de planches avant que le lecteur ne découvre le fin mot de cette folle aventure… et en imagine les prolongements. Une réussite.

A.C.

Un Détective très très très spécial

Roman de Romain Puértolas – Ed. La Joie de lire – Sortie le 21 septembre

Le matin, Gaspard est vendeur de souvenirs « made in China » dans une boutique à Montmartre. Et puisqu’il lui est impossible d’arnaquer à plein-temps les touristes, il est également « nez » pour une marque de déodorants l’après-midi. Ou plus prosaïquement, « renifleur d’aisselles », précise-t-il

Gaspard est trisomique, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un avis aiguisé sur la marche du monde, avec ses merveilles et ses aberrations. Méthodique, il consigne chaque jour ses réflexions et découvertes dans des cahiers de couleurs différentes, en fonction de son ressenti face à chaque événement.

Gaspard est l’homme de tous les paradoxes. À la fois « nonsensique » à l’extrême et pétri de bon sens, il n’a semble-t-il pas son pareil pour résoudre un casse-tête sur lequel bien des individus, dotés d’un QI largement supérieur au sien, se casseraient les dents. Il pratique aussi, tout naturellement et presque systématiquement, la digression humoristique, le second degré, le calcul des probabilités, et se plaît à relever les défis que son imagination fertile met en travers de sa route.

Bref, Gaspard est un esprit supérieur qui s’ignore, et dont ses parents, pourtant très aimants – pas du genre à avoir collé leur petit dans une institution spécialisée ! – semblent n’avoir pas pris la mesure.

Aussi, lorsque par un funeste concours de circonstances ses deux employeurs viennent à disparaître, Gaspard, qui a beaucoup regardé des séries télévisées (et en particulier Starsky et Hutch)*, opte-t-il pour une carrière de détective privé.

Le voilà maintenant « en immersion » dans un centre pour handicapés, afin de démasquer l’assassin de l’un de ses pensionnaires. La couverture idéale…

Mais la vie se charge parfois de remettre les pendules à l’heure, et c’est sur un double uppercut au plexus solaire que le lecteur referme ce roman destiné aux adolescents et aux adultes. En une vingtaine de pages, le récit jubilatoire a fait place à l’émotion la plus intense, c’est superbe !

Anne Calmat

120 p. 15,90 €

Du même auteur : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Le Dilettante, 2013.

Sortie en BD le 25 octobre aux Ed. Steinkis

 

  • Série américaine diffusée en France à partir des années 80, puis rediffusée sur le câble. 

Le Petit Prince

Coup d’œil…

 

(Le Petit Prince et le Renard, 4’43)

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry – Ed. Gallimard Jeunesse (livre DVD-CD).

Il y a six ans, j’avais eu une panne dans le désert du Sahara. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. (…) Le premier soir je me suis endormi sur le sable a mille milles de toute les terres habilitées. J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait :

– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !”

L’album, édité en 2013 à l’occasion des 70 ans du petit prince, contient 1 plage DVD qui propose la lecture par Gérard Philipe du début récit et d’autres extraits du récit sur CD. 

On reconnaîtra, dans le rôle-titre, la voix du jeune Georges Poujouly et celles de Michel Roux (le serpent), Pierre Larquey (l’allumeur de réverbères), Sylvie Pelayo (la rose) et Jacques Grello (le renard).

On découvrira également le livre tel qu’il fut publié par la NRF en 1943, avec les aquarelles originales de l’auteur.

104 p., 19,90 €

Le Monde des Végétanimaux (suivi de) Alcibiade

Le Monde des Végétaninaux de Rémi Farnos (texte et dessin) – Ed. La Joie de lire, 2017

Une soucoupe volante, avec à son bord un drôle de bonhomme en scaphandre – qui se révèlera par la suite être une femme – atterrit sur une planète peuplée de créatures mi-animales mi-végétales, semant l’émoi chez les haricolibris et autres hiboutondors, crapotirons , oustitillieuls, etc. Suivi et bientôt secondé par un poireaunard curieux et bavard, le nouveau venu traverse la planète aux trois lunes à la recherche du vaisseau à bord duquel voyageaient ses ancêtres, et qui s’est abîmé quelque part. Epiés par les végétanimaux (qui ne se privent pas de commenter l’action), ils échappent à l’étreinte d’un ananaconda, qui aurait pu leur être fatale, puis aidés par une valeureuse équipe d’homosapins, ils parviennent à terrasser un redoutable radinosaure. Mais l’inconnue est-elle vraiment celle qu’elle semble être ? Et qu’est-il arrivé à ses ancêtres ?

Suspens, humour, rebondissements, Rémi Farnos excelle une nouvelle fois dans l’art de conter des histoires à multiples niveaux de lecture.

Anna K.

40 p., 10 €

Alcibiade de Rémi Farnos (texte et dessin) – Ed. La joie de Lire, 2015

Un paysage de moyenne montagne, une route qui serpente au milieu des champs, au loin un village. Alcibiade, haut comme trois pommes, marche d’un pas décidé, son baluchon fixé au piolet qu’il tient en équilibre sur ses frêles épaules. Il salue au passage Sigismond et lui apprend qu’il part vers l’Est « à la recherche de celui qui lui révèlera son destin ». Un voyage qui va s’étaler sur plusieurs années.

Sa rencontre avec Assatour le condor sera déterminante dans la réalisation de son rêve, somme toute assez universel.

Mais là encore, rien ne se passera comme prévu…

Il y aura aussi Akim, le forgeron. Akim a mis au point une armure qui grandit avec son propriétaire. L’enfant est donc fin prêt pour ce qui pourrait bien ressembler à un parcours du combattant.

Alcibiade et Assatour, devenus inséparables, vont dans un premier temps s’attaquer à longue et incontournable chaîne des Lapages, appelée également « la Machoire du requin ». Arrivés à son dernier sommet, le redoutable Minotaure, tapi au fond d’un labyrinthe, les attend…

Au fil du temps, les exploits du jeune Alcibiade sont devenus légendaires, cependant, c’en est une tout autre version qu’il découvrira lors de son retour parmi les hommes.

Alcibiade n’est certes ni Thésée, ni David, et les noms des grands philosophes lui sont inconnus, mais peu importe, la valeur de vérité d’un mythe n’est-elle pas secondaire quand celui-ci permet à une société de réviser nombre de ses idées reçues ?

Cette fable philosophique agrémentée de dialogues savoureux a toutes les chances de remporter les suffrages d’un large lectorat.

Anna K.

40 p., 10 €