Archives de catégorie : Littérature Jeunesse

Les tableaux de l’ombre – Jean Dytar – Ed. Delcourt

Depuis le 9 mai 2019 – Copyright J. Dytar/Ed. Delcourt

Qui n’a jamais eu la sensation d’être suivi du regard par le personnage d’un tableau ou d’avoir surpris l’ébauche d’un sourire sur le visage d’un autre, d’ordinaire inexpressif  ? C’est ce qui arrive à Jean lors d’une visite scolaire au musée du Louvre.

Il s’est détaché du groupe d’élèves et s’intéresse aux œuvres exposées, lorsque son œil est attiré par une petite toile qui représente une jeune fille penchée sur son ouvrage. Soudain La Dentelière (peinte par Vermeer) regarde dans sa direction et esquisse un sourire.

À peine remis de sa surprise, Jean constate que la classe est repartie sans lui. Panique. Pendant qu’une guide court après le groupe, le jeune garçon découvre une série de petits tableaux qui illustrent les Cinq sens*. Cette fois, ce sont les personnages qui s’étonnent ouvertement qu’un visiteur s’intéresse à eux. « Eh les copains, je crois que j’ai tapé dans l’œil d’un gamin » lance fièrement Tobias (l’ouïe ) à la cantonade. Il est même prêt à prendre son luth pour lui jouer un petit air de sa composition, histoire de le remercier. C’est ainsi qu’on apprend que Tobias, Hilda (le goût), Caspar (l’odorat), Nils (le toucher) et Saskia (la vue) s’ennuient ferme dans leur coin, et même qu’ils voient d’un très mauvais œil l’intérêt que portent les visiteurs à un tableau voisin, qui il est vrai a la particularité de raconter deux histoires imaginées par deux peintres différents**.

Vingt années se sont écoulées depuis cet épisode et nous retrouvons « la bande des cinq » dans la même disposition d’esprit. À ceci près qu’une fiesta se prépare dans le département des peintures italiennes et que Saskia y a été invitée par Guido, son amoureux. Au risque pour ce dernier de s’attirer les foudres des trois jeunes beautés qui l’entourent depuis plus de trois siècles***… Mais l’amour à ses raisons, etc. Bien qu’en proie aux prémisses d’une crise existentielle, qui verra son aboutissement dans la seconde partie de l’album, Mona Lisa a prévu d’honorer la soirée de sa présence. Les autres Sens voudraient bien se joindre à Saskia, à commencer par Tobia. « Je lui chanterai une sérénade, elle ne pourra pas me refuser son autographe. »

Détail p. 15

Les invités, accompagnés (le cas échéant) de leurs animaux respectifs, sont tous sortis de leurs cadres (de vie) : il y a foule. Un vent révolutionnaire souffle néanmoins sur une partie de l’assistance – les tableaux de l’ombre contre ceux de la lumière – et les dissensions se font jour, avec une déconvenue de taille pour Saskia et Tobias, qui n’apparaissant pas sur la liste des VIP se sont faits refouler par le videur.

Au petit matin, chacun regagne ses pénates, ni vu ni connu.

Détail p. 23

Le temps de faire un nouveau bond d’une année et nous retrouvons nos cinq sens plus moroses que jamais « Encore une journée qui démarre (…) Quel ennui ! » Mais l’auteur est loin d’avoir dit son dernier mot… Il se paie même le luxe de se mettre en scène dans propre son album et d’y intégrer ses futurs lecteurs ; lesquels, on s’en doute, vont avoir le bon goût de s’intéresser aux œuvres qui d’ordinaire passent inaperçues…

Jubilatoire et futé. Une excellente façon d’entraîner les plus récalcitrants à la découverte d’œuvres, pour eux « antédiluviennes ».

Anne Calmat

72 p., 14,95 €

* Les cinq sens – Anthonie Palamedes (17e s.)

** Vue d’intérieur ou Les pantoufles – attribué à Samuel van Hoogstraten (17e s.)

*** Le Jugement de Pâris – Girolamo di Benvenuto (17e s.)

Les couleurs du ghetto – Aline Sax – Caryl Strzelecki – Ed. La Joie de lire

Depuis mars 2019 – Roman illustré traduit par Maurice Lomré © La Joie de lire

À partir de 13 ans.

À l’heure où un pourcentage non négligeable d’adolescents semble ne pas avoir pris la mesure de ce qu’a été la Shoah durant la Deuxième Guerre mondiale, ce texte sensible sera un complément précieux de leurs manuels d’histoire.

En septembre 1939, les Allemands envahissent la Pologne. Un an plus tard, lorsque débute le récit, il y a deux Varsovie : le ghetto juif et la partie aryenne de la ville. Le jeune Misja décrit tout d’abord le processus insidieux de la ségrégation à l’encontre de ceux dont l’Occupant veut se débarrasser : brimades, arrestations, exécutions. Jusqu’au jour où le ghetto se retrouve encerclé par un haut mur surmonté de tessons de verre et de barbelés, avec interdiction absolue de sortir, sauf pour aller travailler. Un ersatz de ville dans la ville. Les Juifs s’y entassent par centaines de milliers dans un dénuement absolu, la faim et les épidémies ne tardent pas à faire leur œuvre. « Certaines familles sortaient leurs morts et les déposaient sur le trottoir. Une carriole viendrait ensuite les emmener. »

Un soir, mu par la colère et la culpabilité de n’avoir pas résisté à ce qui était en train de se produire, le jeune Misja décide de quitter clandestinement le ghetto, à la recherche de nourriture pour les siens.

« J’avais trouvé le paradis : la boulangerie d’un copain de classe. (…) Je remplissais mes poches de gâteaux. Je suis sûr que l’homme (le boulanger) était au courant de mes visites… « 
© Caryl Strzelecki
« (…) jusqu’au jour où je l’ai attendue longtemps, très longtemps… » © Caryl Strzelecki

Cette sortie nocturne sera suivie de nombreuses autres.

Le

Le narrateur n’est pas le seul à transgresser les ordres, les Allemands le savent, aussi attendent-ils les fuyards au tournant, munis de lances-flammes. Ceux qui sont pris sur le fait sont exécutés ou font l’objet de représailles d’une cruauté inimaginable. «  Malgré cela, nous ne nous laissions pas faire. Le sang versé n’avait pas le temps de sécher que d’autres tentaient déjà leur chance. »

À l’été 1942, les déportations commencent sous un prétexte fallacieux. Misja sent intuitivement qu’il s’agit d’un aller sans retour. Le groupe de résistants qui s’est constitué au cœur même du ghetto et auquel il va s’intégrer lui en apportera la confirmation. Dès lors, il n’est plus seul, il se sent prêt à l’action.

« Nous les Juifs du ghetto, allions être transférés et vivre dans des petits villages russes. À nous le grand air et les vastes étendues (…) Je ne croyais pas à ces histoires. » © Caryl Strzelecki

L’insurrection est proche. Les armes sont fourbies sous l’œil avisé d’un déserteur allemand, les cocktails molotov sont prêts à être lancés à la face des bourreaux. Tous savent que leurs chances de survie sont plus que minces, mais là n’est pas la question : « Il existe deux façons de mourir : soit avec dignité en combattant, soit sans défense devant un peloton d’exécution ou dans une chambre à gaz. Laquelle choisissons-nous ? leur a demandé Mordechai, le chef du groupe. On est le 19 avril 1943.

La suite appartient à celles et ceux qui découvriront ce beau roman qui, à l’heure de la montée des populismes un peu partout en Europe, incite à lire le présent et le futur à la lueur du passé.

Anne Calmat

112 p., 14,50€

De la même auteure : La jeune fille et le soldat, La Joie de lire 2017.

Le Chat Muche (suivi de) Les Mécanos – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 21 mars 2019 – copyright S. Eidrigevicius / La Joie de lire

Le Chat Muche d’Yves Velan – Illustrations Statys Eidrigevicius. À partir de 6 ans.

Chacun a son point de vue sur la morale. Voici celui de l’auteur de cette histoire extravagante… et pas si morale de ça.


La morale est un sac de cailloux qu’on porte sur son estomac.
Bien sûr, on ne peut pas le voir mais on le sent.
Il vous entraîne à faire certaines choses et vous retient d’en faire d’autres.
Chez certaines personnes, il est léger et elles font presque tout ce qui leur passe par la tête ; alors ont dit qu’elle ont peu de morale ;
chez d’autres, il est lourd et elles n’osent faire presque rien ;
ces personnes-là ont énormément de morale.

Muche fait grise mine. Son maître ne lui a-t-il pas reproché de trop manger ? Il a même déclaré qu’avec ce qu’il dévore, on pourrait nourrir dix Indiens. Le poids de la morale est si lourd à porter que Muche en a perdu l’appétit.

Papa, maman, Babette et Muche

Du coup, il veut en savoir plus sur ceux à qui il a, bien malgré lui, ôté le chapati de la bouche. Il apprend ainsi que les yogi s’alimentent peu, qu’ils sont capables de léviter, de voir l’Invisible, et qu’ils peuvent sortir dans la neige enveloppés d’un drap mouillé, rester trois jours dehors sans manger, puis rentrer au bercail aussi frais qu’un gardon. Et qui plus est, avec le drap totalement sec. Le temps passe, Muche fait des rencontres insolites…

Un soir, Babette affirme à son père l’avoir vu flotter dans la cuisine. Une autre fois, on voit Muche sortir en trombe de la maison, trempé comme une souche, avant de disparaître pendant trois jours.

Dès lors, comment après avoir lu ce récit loufoque et doucement anthropomorphique, continuer à voir son chat du même œil ?

Il y a en tout cas fort à parier que pour lui, le sac de cailloux s’est considérablement allégé.

Anne Calmat
36 p. 14, 90

En librairie depuis le 21 mars 2019 – copyright M. Saladrigas/ La Joie de lire 

Les Mécanos de Max Saladigras (scénario et dessin) – À partir de 6 ans.

L’album raconte les aventures de Timothée et Théotim, deux jeunes inventeurs devenus à ce point célèbres que la reine d’une contrée très très lointaine, qu’on appelle la planète aux 5 lunes, les convoque et les charge de construire cinq capteurs d’énergie destinés à alimenter tout le royaume.

Les voilà qui galopent par monts et par vaux à la recherche des meilleurs emplacements. Un… deux…trois… quatre… Le temps pour Théotim de s’amouracher d’une jeune vendeuse de boissons, et le cinquième est trouvé. Il ne leur reste plus qu’à attendre que les cinq lunes soient alignées pour que la lumière soit.

Eh bien non, elle ne sera pas, car en réalité, le projet de la reine visait plus son enrichissement personnel que le bien de son peuple. Tiens donc… Mais si elle croit s’être débarrassée des témoins de sa cupidité en les jetant dans un cachot, elle se met le doigt dans l’œil !

Ici, les parents ne seront pas à être mis à contribution puisque, hormis les trois ou quatre informations du début, destinées à introduire l’action, les jeunes lecteurs auront, grâce à la puissance évocatrice des illustrations de Max Saladrigas, tout le loisir d’imaginer ce qu’il se passe, ce que se disent ou pensent les héros, qui des deux est le plus téméraire, etc.

Rafraîchissant, poétique et plein d’humour.

A. C.

40 p., 10,90 €


À bâbord, les Passiflore – Geneviève Huet-Béatrice Marthouret-Loïc Jouannigot – Ed. Daniel Maghen

En librairie le 11 avril 2019 – Copyright L. Jouannigot/Ed. D. Maghen – À partir de 4 ans.

À bâbord, les Passiflore est suivi de Le Premier bal d’Agaric et de La Famille Passiflore déménage, ces deux titres ressortent ici dans un format différent, avec de nombreuses nouvelles illustrations.

Un cerf-volant que Dentdelion a malencontreusement laissé filer derrière une palissade, un magasin de jouets à l’abandon, un navire en construction au beau milieu d’une pelouse, un Capitaine passablement bougon, une chute tout aussi malencontreuse, et c’est une odyssée confondante de poésie qui nous est contée. La morale de l’histoire ? On la trouve dans une vieille chanson toujours d’actualité, qui débute ainsi : « Si tous les gars du monde voulaient s’donner la main... »

À babord, les Passiflore – Texte Béatrice Marthouret

Nous constatons une nouvelle fois que les cinq rejetons de la famille Passiflore, dont nous suivons les péripéties depuis trois décennies, n’ont rien perdu de leur pouvoir de séduction.

Avec bien sûr, dans le rôle du magicien en chef (« un magicien du détail et de l’harmonie des couleurs« , écrit Régis Loisel dans la préface de l’album) : Loïc Jouannigot, dont les aquarelles subliment les vingt-quatre titres de cette série (environ 800 000 albums vendus à ce jour). Ici, comme dans les deux histoires qui suivent, la proximité affective et le processus d’identification aux personnages fonctionnent à merveille auprès des tout-petits. Une famille ne reste-elle pas une famille, quelles que soient ses différences ?

Le deux épisodes suivants nous renvoient aux débuts de la série : 1987 pour le premier bal du jeune Agaric, 1992 pour le déménagement des Passiflore. Voici dans les grandes lignes ce qu’ils racontent.

Onésime Passiflore a décidé d’emmener toute la famille au bal de la Pleine lune, mais le timide Agaric ne sait pas danser. La Pie, toujours à la recherche d’une bonne farce à jouer, lui conseille de prendre des cours de danse. Mais est-ce vraiment la bonne solution ? Heureusement, madame la Chouette sera là pour lui venir en aide le jour J…

Le Premier bal D’Agaric Passiflore – Texte Geneviève Huriet (détail)

Toute la famille Passiflore se réjouit à l’idée d’aller habiter une maison plus grande. Essais de peinture, cartons, baluchons, démontage et transport des meubles, quelle aventure pour la fraterie! Mais quel choc pour Agaric, le plus tendre des cinq ! Heureusement, que son papa saura le comprendre et l’aider…

La Famille Passiflore déménage – Texte Geneviève Huriet

Un régal !

A. C.

80 p., 19 €

Le grand méchant huit de Guillaume Long (suivi de) Bonjour Bonsoir de Vamille – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019
© G. Long/La Joie de lire
À partir de 6 ans

Pour son anniversaire, Robin s’est vu offrir deux entrées pour Youpiland, une pour lui, une pour son copain Rémi. Cerise sur le gâteau, ils iront seuls, à condition toutefois qu’ils restent à distance de certaines attractions, à commencer par le Grand huit. Promis, juré ! Mais voilà qu’ils rencontrent deux copines de classe, qui, prétendent-elles, en sont à leur sixième tour. Grr !

p. 23
p. 9

Mais qui est cet homme aux cheveux blancs qui les talonne depuis leur arrivée ? Un agent de la C.I.A.  ? Les imaginations galopent, les garçons aussi. Ils tentent de semer l’importun, s’engouffrent avec un mélange de crainte et de fierté dans le labyrinthe, voyagent à bord train fantôme, s’étourdissent dans les soucoupes tournantes, et le temps d’engloutir quelques youpi-burgers (pensez donc : un acheté, six offerts), histoire de prendre des forces, les voilà fin prêts pour le maxi frisson.

p. 31
p. 24

Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent dans le Grand huit…

p. 30

Ce qui devait arriver arrive : sous les effets conjugués de leur gloutonnerie, des montées vertigineuses et des descentes abyssales du dispositif, ils « repeignent » le visage de leur voisin… qui n’est autre que l’homme aux cheveux blancs.

p. 31

On n’en dira pas plus, si ce n’est que ce thriller humoristique destiné aux enfants est une réussite, tant sur le fond que sur la forme.

Anne Calmat

40 p. 10 €

En librairie depuis janvier 2019 – © C. Vallotton, alias Vamille/La Joie de lire À partir de 6 ans

Bonjour Bonsoir

L’exubérance des images et des couleurs de l’album précédent a fait place à la sobriété. Aux visages en forme de cratères lunaires des protagonistes du Grand méchant huit a succédé le minimalisme du trait de l’auteure. On pense aux bonshommes de Jean-Michel Folon. Il y manque cependant ses merveilleux pastels, la couleur n’intervenant ici que par petites touches ; mais rien n’interdit à de jeunes iconoclastes de prendre leurs feutres et d’ajouter ici ou là un soleil éclatant qui réchauffera de ses rayons la grisaille de la ville, un arc-en-ciel, ou même un chien qui lève la patte sur un réverbère, celui que l’on voit sur la BD n’osant manifestement pas le faire.

Bonjour (p. 6 et 7) Bonsoir (p. 6 et 7)

Quand aux dialogues, n’en parlons pas, mis à part « bonjour, bonsoir », il n’y en pas. Les lecteurs peuvent ainsi imaginer ce que se disent les autres personnages en croisant nos deux bi-syllabiques. Mais peut-être que précisément ils ne se disent rien, tout enfermés qu’ils sont dans leurs propres pensées. Car c’est bien l’absence de communication entre les individus et l’uniformité de leur quotidien que semble pointer Vamille.

Bonjour (p. 12)

N’allez surtout pas penser que l’on s’ennuie en parcourant cet album en deux parties inversées. Bien au contraire, l’imagination est sollicitée en permanence et les petits instants du quotidien – déguster un donut sur un banc du jardin botanique à côté d’une inconnue, aller au cinéma – prennent tout à coup un relief particulier. Le monsieur qui dit bonjour croise rarement celui qui dit bonsoir, mais nous lecteurs qui les voyons vivre, avons une furieuse envie de leur rappeler que la relation à l’autre ne s’arrête pas à ces deux mots lapidaires.

Bonsoir (p. 12)

C’est en tout cas un bel album à partager avec ses parents (et vice versa), pour mieux l’apprécier… et le commenter !

A. C.

52 p. 10, 90 €

Le temps des mots à voix basse – Anne-Lise Grobéty – Ed. La Joie de lire

En librairie depuis janvier 2019 – Première édition en 2001 – Prix Saint-Exupéry 2001. Prix des Sorcières 2002 (prix des Libraires spécialisés jeunesse).

C’était il y a longtemps, dans une petite ville allemande, à la fin des années 30…

Les héros du roman de Anne-Lise Grobéty sont deux enfants : Oskar et Benjamin, et leurs pères, Anton, l’épicier-poète et Heinzi, le comptable-poète. Tous quatre sont liés par une amitié profonde et indéfectible. Rien ne menace la quiétude de leur vie ni celle de leurs concitoyens. Mais un jour, tout bascule : le temps de la cruauté et de la barbarie a sonné et une araignée noire aux pattes en forme de crochets trône désormais sur les drapeaux.

« Dessins assassins, ou la corrosion antisémite en Europe » – Exposition au Mémorial de Caen, 2017 ©

Oskar est dans un premier temps relégué au fond de la classe, puis rapidement renvoyé de l’école et traité de ”fils de chien”, sans qu’il en comprenne la raison. Il est devenu un pestiféré.

Les premières manifestations de l’idéologie totalitaire nazie ont fait leur apparition dans le quotidien des habitants, sans qu’aucune voix ne s’élève pour protester. Ce qui fera dire plus tard à Heinzi (…) ”Ce qui nous a amenés dans le pétrin d’aujourd’hui, ce sont nos petites lâchetés quotidiennes à nous tous, depuis trop longtemps… Tout ce qu’on entendait dans les rues, dans les bistrots, la colère qui montait, l’hostilité (…) On a regardé la haine, la violence accoucher de leurs petits devant nos portes (…)”.

On pense bien sûr au texte de Franck Pavlov, Matin brun (Ed. Cheyne, 1998).

Version illustrée de Matin brun. Ici par Enki Bilal ©

Le père d’Oskar perd son emploi, la famille est contrainte de déménager dans ”un quartier réservé”. Les enfants ne se voient plus. C’est Oskar qui en a pris l’initiative, pour protéger Benjamin. Comme le fera propre son père lorsque celui du narrateur tiendra à tout prix à venir en aide à sa famille. ”Par amitié, tu mettrais ta propre vie en danger pour tenter de sauver la mienne ? Tu connais un véritable ami qui te demanderait une chose pareille ?” Il est cependant une chose que l’ami pourra faire pour l’ami… Ce qui donne lieu à l’un des moments les plus émouvants du livre.

On reçoit en plein cœur ce texte sobre, tout en finesse, comme murmuré à l’oreille, qui résonne d’autant fort plus aujourd’hui que dans de nombreux pays le rejet de l’Autre a pris le pas sur l’humanisme.

Anne Calmat

Tout lectorat à partir de 13 ans.
60 p., 9,90 €

Dans la forêt des Lilas

En librairie le 9 janvier

Les éditions Delcourt Jeunesse aborderont magnifiquement l’année 2019, avec ce récit initiatique de Nathalie Ferlut, sublimé par le dessin de Tamia Baudoindont BdBD/Arts + nous avait fait découvrir en août 2017 leur précédent album intitulé Artemisia.*

La jeune Faith, qui adore se faire appeler Comtesse, retrouve chaque nuit ses amis les hôtes de la forêt. Elle aimerait ne jamais grandir afin de préserver leur lien si précieux. Nés de son imagination, tous ont cependant conscience de la fragilité de leur existence.

© N. Ferlut/T. Baudoin/Delcourt

© N. Ferlut/T. Baudoin/Delcourt

Rongée par un mal dont son entourage lui cache la nature, mais que l’on devine en découvrant au fil du récit les taches de sang en forme de fleurs qui constellent ses vêtements à chaque quinte de toux, Comtesse vit recluse en compagnie de sa gouvernante dans un cottage isolé de la banlieue de Londres. À la fois surprotégée et fragilisée par son maintien dans l’ignorance de son état, la jeune fille s’accroche aux lieux de son enfance.

(détail)

Il lui faudra pourtant grandir, lorsque, sur son insistance à connaître la vérité, elle mesurera le temps qu’il lui reste à vivre. 

Grandir, constater que ses amis de la forêt se comportent désormais d’une étrange manière, voir clair en elle, puis s’éveiller à l’amour avant que le grand oiseau de nuit, qu’on appelle aussi la Camarde, ne vienne l’emporter un soir d’automne. 

Anne Calmat

72 p.,14,95€  

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Massamba, le marchand de tours Eiffel

En librairie depuis le 15 novembre 2018

de Béatrice Fontanel (scénario) et Alexandra Huart (illustrations) – Ed. Gallimard Jeunesse (dès 5 ans).

Soutenu par Amnesty International.

© Fontanel/Huard/Gallimard

(détail) © Fontanel/Huard/Ed. Gallimard

De l’Afrique à Paris : itinéraire d’un jeune migrant.

Après avoir été abandonné avec ses compagnons d’infortune à quelques encablures des côtes espagnoles, puis cueilli par des hommes en uniforme et parqué dans un camp de réfugiés, le jeune Massamba s’est finalement retrouvé vendeur de tours Eiffel porte-clés sur le parvis de la Dame de fer. Le jeune garçon est ingénieux, doté d’un esprit curieux et positif.

Vendre des tours Eiffel dans ce lieu mythique, même s’il est payé au lance-pierres, lui a tout d’abord semblé trop fort. Mais l’envers du décor lui est rapidement apparu. Guetter en permanence le passage des flics, prendre ses jambes à son cou au premier coup de sifflet, attendre que la voie soit de nouveau libre pour étaler sa quincaillerie sur le trottoir n’a vraiment rien de folichon. En revanche, contempler, la nuit venue, la fusée d’acier dans ses habits de lumière reste pour lui une source d’émerveillement, même lorsqu’il gèle à pierre fendre. Massamba sait d’instinct que son sort dépend en grande partie de son adaptabilité aux circonstances. Tenir bon, être vigilant, faire confiance aux Esprits qui veillent sur lui, et qui ne manqueront pas de lui offrir un jour l’opportunité de prouver qu’il est digne de confiance.

(détail) © Fontanel/Huard/Gallimard

Un album destiné aux adolescents aurait probablement pointé une réalité plus dure ; il n’en demeure pas moins que ce qui est ici dépeint, même de façon édulcorée, c’est l’itinéraire et le quotidien de ceux qu’on appelle les mineurs isolés, et que l’on peut résumer ainsi : exil, déni d’humanité, opportunités ou non de se construire une vie décente en dépit de l’adversité.

Un livre pour les tout-petits et leurs parents, dont le texte et les illustrations sur des pleines doubles pages aux tonalités africaines, témoignent de la connaissance qu’ont les deux auteures de ce continent.

A.C.

40 p., 14, 90 € cliquer ici

Mulysse prend le large

de Øyvind Torseter (texte et dessin), traduit du norvégien par Aude PasquierEd. La Joie de lire 

© Ø.Torseter/La Joie de lire

Dans l’album précédent (Archives, oct. 2016), Tête de mule délivrait ses six frères et leurs six promises, qu’un troll avait changés en statues de pierre. Nous le retrouvons ici apprenti coiffeur, occupé à massacrer la chevelure d‘une cliente.

Navré, mais vous êtes congédié, lui dit son patron.

Arrivé à son domicile, Tête de mule trouve un avis sur sa porte : La municipalité a donné l’autorisation de détruire cet immeuble, votre appartement a été vidé et vos affaires se trouvent dans un container au dépôt central. Désolés pour les éventuels inconvénients occasionnés.

L’inconvénient majeur, c’est la note passablement salée qu’il va devoir payer pour les récupérer.

À la taverne où il est venu, histoire se réconforter, pas de cacahuètes au chili pour lui remonter le moral. La serveuse est désolée.

Ce n’est décidément pas son jour. 

C’est alors que quelqu’un lance à la cantonade : 70 000 couronnes* à qui osera m’accompagner dans une expédition hasardeuse !

Celui qui a parlé est un riche collectionneur bon chic bon genre, avec quelques petites particularités physiques. L’enjeu de l’expédition : retrouver l’oeil le plus gros du monde, qui manque à sa collection.

Tope-là ! En route pour l’aventure, le capitaine à bâbord, le matelot à tribord… et une passagère clandestine dans la cale du trois-mâts.

Un voyage tempêtueux, plein d’embruns et d’embûches, à la recherche d’un œil, qui fera nécessairement défaut à son propriétaire et qui va nécessiter astuce et témérité de la part de ceux qui sont chargés de le dénicher, ledit oeil ne se trouvant pas sous le sabot d’un cheval, fût-il de mer.

Naufrage, animaux marins en tous genres, cyclope e tutti quanti ne vont pas faciliter la tâche aux deux aventuriers, le troisième ayant déserté.

C’est là qu’un rapprochement avec l’odyssée que vécut un certain Ulysse « saute aux yeux ».

L’originalité de la fable – qui entre autres choses nous rappelle qu’un trésor mille fois convoité n’est rien au regard d’une peine d’amour perdu – est accentuée par celle de son graphisme qui alterne planches en noir et blanc presque minimalistes et illustrations pleines pages en couleurs.

 

Un album tout public, intelligent, plein d’humour et de poésie.
Anne Calmat

160 p., 24,90 € (livre cartonné)

  • 70 000 couronnes = 6.700 €

 

 

 

La vie commence aujourd’hui

Septembre 2018

Roman de Christophe Léon – Ed. La Joie de lire – À partir de 15 ans.

Les éditions La Joie de lire ont décidément l’art de dénicher des œuvres à haute densité émotionnelle. Après le troublant Un Détective très très très spécial (v. archives, sept. 2017), voici un roman tout aussi fort et délicat, dans lequel la question du handicap et de la sexualité des personnes handicapées est abordée avec simplicité.

La vie commence aujourd’hui est écrit à la première personne, sous la forme de flashes-back. Le roman s’ouvre sur une fête organisée en l’honneur de Clément, 14 ans, qui vient d’avoir son bac avec mention très bien et une moyenne défiant toute concurrence. Le jeune garçon pose un regard mi-goguenard mi-désabusé sur ceux qui sont venus le fêter, et sur la caméra qui filme la scène. Il est en fauteuil roulant, ses membres supérieurs sont encore en partie épargnés, mais il sait que la forme grave de poliomyélite dont il est atteint depuis l’enfance fera inéluctablement son œuvre.

Puis nous remontons le temps. Clément a 5 ans, il s’escrime en vain à escalader l’échelle qui mène en haut d’un toboggan, pour faire honneur à se mère.

Si, en dépit de l’amour qu’il lui porte, il lui en veut d’être ce qu’elle est (attentive, prête à tous les sacrifices pour lui, donc culpabilisante) ; s’il lui arrive d’être odieux avec elle et de lui faire payer la désertion de son père alors qu’il n’avait que 6 ans ; s’il lui rappelle méchamment que ses jours sont comptés, c’est que lui, pourtant si brillant, enrage de ne pouvoir enrayer la paralysie qui gagne tous ses membres.

Qui pourrait trouver les mots qui apaisent ? Olga, son auxiliaire de vie, et Janie, son âme sœur, son impossible amour, sont souvent là pour réguler ses excès de langage.

Un jour Janie, devenue femme, pose son regard sur un médecin genevois. Trahison, pense Clément. Repli immédiat sur lui-même.

Vient aussi pour lui le temps des désirs charnels. Clément a 17 ans, il est tétraplégique. À qui en parler ?

Sept chapitres plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. Il en a maintenant 25, et c’est une tout autre scène que filme la caméra.

Une histoire simple et belle qui démontre une nouvelle fois la capacité de l’humain à se réaliser en dépit de l’adversité.

Anne Calmat

112 p., 13 €

NDA. L’activité d’assistant sexuel est apparue dans les années 1970 aux EU avant de s’étendre à certains pays européens. Aujourd’hui l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, l’Espagne, Israël et les Pays-Bas notamment autorisent cette pratique et reconnaissent un statut particulier aux personnes exerçant ce métier. Les assistants sexuels bénéficient par ailleurs d’une formation spécifique. En France, malgré plusieurs tentatives depuis 2007 pour la légaliser, cette activité est toujours assimilée à de la prostitution.

Le crapaud au pays des trois lunes

Une histoire imaginée, racontée et chantée par Moïra Conrathécrite par Olivier Prou, illustrée par Ivan Sollogoub – Ed.© Le label dans la forêt*.

Sortie le 20 septembre 2018.

Avec Guillaume Guino (voix de la lune, chœurs et percussions), Clément Landais (contrebasse), Yann Féry (chœurs, guitare). 

À partir de 3 ans

Dans les fables ou dans les contes, il a souvent été métamorphosé en prince. Celui qui nous occupe n’a été victime d’aucun sortilège, il ne rêve pas de se mesurer aux plus grands : il souffre tout simplement d’un défaitisme chronique, lié à complexe d’infériorité. Sa voisine la rainette ne lui dit-elle pas à longueur de temps : 

Tout lui paraît infaisable. Comme par exemple quitter son abri et se laisser porter par l’onde de la mare pour aller rejoindre ceux qui, sur l’autre rive, semblent tant se divertir. D’ailleurs comment le pourrait-il, il ne sait pas nager. Ce qui fait, qu’en plus d’être défaitiste et passablement ronchon, il est cracra. 

S’il ne croit pas en lui, qui parmi les habitants de la mare pourrait le faire à sa place ?

Le désir de changer d’apparence ne le quitte pas. Edgar  s’imagine dans la peau d’un(e) autre, il se voit chameau, antilope, girafe, et même nénuphar. Le voilà girafe. « Je peux même souffler sur les nuages ! », s’extasie-t-il. Mais le mal des hauteurs le force bien vite à redescendre sur l’eau.

C’est vrai qu’il n’est pas jojo, le crapaud, avec sa peau verruqueuse et crasseuse, mais la suite des événements prouvera qu’il possède des qualités de cœur et un charisme que beaucoup de bellâtres devraient lui envier.

Un heureux concours de circonstances, combiné aux conseils éclairés de la lune, va lui permettre de sortir de sa condition de trouillard patenté. S’il s’agissait d’un conte de fées et non d’une métaphore de la vraie vie, on pourrait presque parier sur une histoire de vilain crapaud transformé en prince des marais…

Le crapaud au pays des trois lunesmis en valeur avec beaucoup de fraîcheur par Moïra Conrath, a d’abord été présenté dans sa version scénique au théâtre du Blanc-Mesnil (oct. 2017) et le sera prochainement à Aubervilliers*.

Le CD se décline en une suite d’instants poétiques, émaillés de chants venus d’ailleurs (Afrique, Bulgarie, Japon, Portugal…) : la magie opère dès les premiers clapotis de l’eau. À déguster en famille.

Anne Calmat

40 p., durée 48′, 19,90 €

  • Mardi 30 octobre 2018 à l’Espace Renaudie, 30 rue Jules et Martin Lopez, Aubervilliers (Seine-saint-Denis). Entrée 5 €
  • Le label dans la forêt est une maison d’édition pour les enfants et leurs parents, qui édite des livres-disques créés par des auteurs, des chanteurs, des musiciens, des illustrateurs. Le label défend une écriture mêlée, inventée avec naturel, exigence et liberté par les équipes de créateurs.

www.le-label-dans-la-foret.com

L’Ogre amoureux

En librairie le 13 septembre 2018

De Nicolas Dumontheuil (récit, dessin, couleurs) – Ed. Futuropolis

Visuels © N. Dumontheuil – Futuropolis

Délicieusement décalé, attendrissant, avec en filigrane, une réflexion sur la solitude, le besoin d’aimer, l’amitié et le poids des préjugés, ce road trip débute comme une fable de la Fontaine et se poursuit comme un conte de Grimm.

Un renard et un ours se promènent dans une campagne accueillante à souhait. Ils font une halte à proximité d’une ferme, à la recherche, pour le renard, d’un poulailler rempli de poulettes bien dodues, l’ours préférant attendre son futur repas à la lisière du bois. Las, le fermier a repéré maître Goupil et il a tôt fait d’estourbir le téméraire et de l’amener au terrible Barback dont l’appétit gargantuesque est connu à cent lieues à la ronde.

Intrigué, l’ogre, se demande tout d’abord ce qu’il va pouvoir faire de ce renard, dont la chair lui semble peu appétissante. C’est alors que, misant sur la débrouillardise légendaire de l’animal, il lui propose un marché : il ne sera pas dévoré s’il lui trouve une femme à épouser dès le lendemain. Et il lui demande dans la foulée de lui décrire celle qui ne peut que l’attendre avec impatience. Le renard laisse parler son imagination, l’ogre tombe follement amoureux.

Il ne reste plus qu’à aller chercher la belle à Montaigu, une petite ville aux allures de cité médiévale. Et c’est là que les choses se compliquent…

Les deux compères de circonstance vont tout d’abord échapper aux noirs desseins d’un couple de vieux amoureux, en apparence inoffensifs (Gros Louis n’aura pas cette chance), puis survivre à l’inondation qui submerge les terres vendéennes.

Ceux qui les croisent – hommes et bêtes – sont moins bien lotis, l’ogre n’ayant pas pour habitude de faire de quartier quand une petite faim vient le titiller.

Arrivés à destination, la partie est loin d’être gagnée.

Son titre de noblesse en fait bien minauder quelques-unes, mais sa réputation d’ogre-bandit finit par le rattraper. De plus, le bonhomme ignore totalement les règles de savoir-vivre en société…

Difficile pour lui dans ces conditions de redorer son blason, et de repartir avec l’oiseau rare.

Le conte Waldemar de Barback parviendra-t-il à réaliser son rêve ? Pour l’heure, un échafaud vient d’être dressé sur la place du marché, en vue de son exécution.

A.C.

96 p., 19 €

Boulevard de la BD : Voir aussi La longue marche des éléphants et La forêt des renards pendus.

Les Petites Cartes Secrètes

En librairie le 5 septembre 2018

d’Anaïs Vachez (scénario) et Cyrielle (dessin, couleurs). Ed. Delcourt, collection « Une case en moins ».

Visuels © Cyrielle – Delcourt

À l’origine, en 2014, l’histoire qui se déroule en 150 cartes postales a été mise en ligne sur le blog de l’auteure.

carte n°1

carte n°2

carte n°3

Elle vient d’être adaptée en bande dessinée dans la collection « Une case en moins » aux Ed. Delcourt. Une quarantaine de cartes seulement a été conservée, les dessins de Cyrielle remplaçant en grande partie ce que relatait la correspondance entre Tom et Lili.

Le scénario : Le monde des deux enfants s’est écroulé le jour où leurs parents ont divorcé. Le pire, c’est qu’eux aussi ont été séparés : Lila est restée chez sa mère, Tom est allé vivre chez son père. Ne supportant pas cette séparation, ils ont entamé une correspondance secrète, destinée à mettre sur pied un plan qui leur permettra d’être à nouveau réunis.

Planche n°1

Dans l’album, le premier échange épistolaire a lieu en septembre 1993 – l’auteure s’en donne à cœur joie avec les fotes d’ortografe, il se poursuivra pendant deux années au cours desquelles Tom et Lili vont subir le sort qui est parfois réservé aux enfants de couples divorcés… et à leurs parents, qu’ils aient ou non refait leur vie.

Planche 2

Le plan élaboré par Tom va du plus basique au plus cruel : bouderies, représailles à l’encontre de celle qu’il considère comme une empêcheuse de tourner en rond (et coup bas en retour), gestes inconsidérés qui peuvent vous envoyer à l’hôpital en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, etc. Quant à Lili, elle va, entre autres problèmes, devoir faire face à la déprime de sa mère, ravagée par le départ de son homme. Avec en prime, une révélation très perturbante pour les deux enfants.

(…) 

Mais que peuvent deux âmes sœur face à l’immaturité des adultes ?

L’issue de cette histoire aux multiples occurrences ne sera pas tout à fait celle à laquelle aspiraient nos jeunes héros, mais leur obstination à vouloir changer le cours des événements aura pour effet de faire prendre conscience à leurs parents du poids de leurs décisions.  

Anne Calmat

123 p., 17,95€

La Danse de la Mer

Sept. 2016

de Laëtitia Devernay – Ed. La Joie de Lire – Littérature jeunesse

Coup d’œil dans le rétro pour ce superbe poème graphique sans paroles pour les petits et les grands, qui en dit long sur notre « mer nourricière » menacée d’épuisement.

C’est une armada de bateaux-frigorifiques pansus qui, dans un premier temps, accueille le lecteur. Les filets ont été jetés et les poissons multicolores pris au piège. Puis les envahisseurs s’éloignent et tout semble s’apaiser : poissons-oeil et sirènes peuvent alors révéler leurs secrets. Des nageuses, portées par la houle et les marées, offrent alors un étrange et énigmatique ballet.

page18

On s’attend  presque à voir surgir la petite Ponyo, que Hayao Miyazaki a imaginée courant sur la crête des vagues pour suivre son ami Sozuke, ou bien cette Enfant de la haute mer, si chère à Jules Supervielle. Qui sait ? c’est peut-être aussi à cet instant qu’Ondine et ses semblables s’apprêtent à quitter leur palais de cristal pour partir à la recherche de celui qui les fera femmes à part entière, avant de les trahir… page7

Réalisé à l’aide de collages, avec une trame à l’encre de Chine et des formes en faux relief du plus bel effet, l’album poétique de Laëtitia Devernay invite, on l’aura compris, au vagabondage et aux digressions littéraires.

A.C.

72 p., 22,90 €

De la même auteure : « Diapason « , « Be Bop ! » , « Bestiaire mécanique« . (Ed. La Joie de Lire).

 

Un détective très très spécial…

Septembre 2017

de Romain Puértolas – Ed. La Joie de lire

Coup d’œil dans le rétro pour ce roman singulier destiné aux adolescents.

Le matin, Gaspard est vendeur de souvenirs «made in China» dans une boutique à Montmartre. Et puisqu’il lui est impossible d’arnaquer à plein-temps les touristes, il est également «nez» pour une marque de déodorants l’après-midi. Ou plus prosaïquement, «renifleur d’aisselles», précise-t-il

Gaspard est trisomique, ce qui ne l’empêche pas de poser un regard aiguisé sur la marche du monde, avec ses merveilles et ses aberrations. Méthodique, il consigne jour après jour ses réflexions et découvertes dans des cahiers de couleurs différentes, en fonction de son ressenti face à chaque événement.

Gaspard est l’homme de tous les paradoxes. À la fois non-sensique à l’extrême et pétri de bon sens, il n’a semble-t-il pas son pareil pour résoudre un casse-tête sur lequel bien des individus, dotés d’un QI largement supérieur au sien, se casseraient les dents. Il pratique aussi, tout naturellement et presque systématiquement, la digression humoristique, le second degré, le calcul des probabilités, et se plaît à relever les défis que son imagination fertile a mis en travers de sa route.

Bref, Gaspard est un esprit supérieur qui s’ignore et dont ses parents, pourtant très aimants – pas du genre à avoir collé leur petit dans une institution spécialisée ! – semblent n’avoir pas pris la mesure.

Aussi, lorsque par un funeste concours de circonstances ses deux employeurs viennent à disparaître, Gaspard, qui a beaucoup regardé des séries télévisées (et en particulier Starsky et Hutch)*, opte-t-il pour une carrière de détective privé.

Le voilà maintenant « en immersion » dans un centre pour handicapés, afin de démasquer l’assassin de l’un de ses pensionnaires. La couverture idéale…

Mais la vie se charge parfois de remettre les pendules à l’heure, et c’est sur un double uppercut au plexus solaire que le lecteur arrivera au terme de cette histoire. En une vingtaine de pages, ce récit jubilatoire a fait place à l’émotion la plus intense…

Anne Calmat

120 p. 15,90 €

Du même auteur : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. 

Le Dilettante, 2013.

 

Cruelle Joëlle 1 à 3/3

Intégrale
En librairie le 20 juin 2018

  • La vie n’est pas si simple madame Lamort
  • Week-end frisson au lac Crystal
  • Une journée en Enfer !

Scénario Davide Cali, dessin Ninie – Ed. Les Petits Sarbac’/Sabacane – BD Jeunesse

La pimpante madame Lamort élève seule sa fille, Joëlle, 9 ans, que l’on découvre assez solitaire et désabusée. Evelyne Lamort travaille pour une société de pompes funèbres, la bien nommée Sté Trépas, particulièrement attentive à tout ce pourrait porter atteinte à son sacro-saint chiffre d’affaires. Comme par exemple les progrès de la science, les lois anti-tabac, la limitation de vitesse sur les routes… ou tout bonnement une veine de pendu (lorsque la corde casse). Chacune de ses opératrices, chargées de délivrer les très redoutées cartes noires aux « candidats » à l’au-delà, rêve de figurer au palmarès du mois de la meilleure employée. Un moribond qui revient à la vie, et c’est l’espoir d’une première place sur tableau d’honneur qui s’envole. La concurrence est rude et on se dit que s’il leur faut donner un coup de pouce pour faire « avancer le schmilblick », elles s’y colleront sans aucun état d’âme. 

Le titre vient justement de passer sous le nez de la pourtant très zélée Evelyne Lamort. Le fauteur de trouble, Monsieur Bavasse, a été démasqué, il n’est autre que le père du meilleur – et seul – ami de Joëlle, qui a eu l’indélicatesse de se soustraire à la carte noire en jouant sa vie aux échecs… et en trichant ! 

Qu’à cela ne tienne, elle a un plan. Mais les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévu…

C’est le début d’une série menée tambour-battant, servie par un graphisme expressif et vigoureux.

Dans l’épisode suivant, l’association des parents d’élèves de l’école de Joëlle a organisé un week-end camping au bord du lac Crystal. D’abord réservée, Madame Lamort réalise que c’est précisément là qu’habite son prochain « client », Verdoux, 35 ans, qui depuis huit ans déjoue toutes les tentatives pour lui remettre le fameux laissez-passer pour l’au-delà.

Permis de tuer si nécessaire.

Là encore, un obstacle de taille va se mettre en travers de sa route… 

 

Dans le tome 3, Evelyne est inquiète. Malgré le diagnostic rassurant du médecin, Joëlle reste terrée au fond de son lit. Est-ce un hasard si au même moment des cartes noires ont mystérieusement disparu du siège de la société Trépas ?

La jeune femme va pour la première fois devoir confier sa fille à Gilles, le père de Joëlle, pour mener son enquêteMais est-ce bien judicieux ? On découvre que dans sa jeunesse, Gilles a passé un contrat avec la Société Lucifer: plaire à Evelyne, en échange, plus tard, de son bien le plus précieux. 

Comment se fait-il que j’apprenne juste maintenant que tu as une fille, lui a dit Monsieur Belphégore, le bras droit de Lucifer, bien décidé à récupérer la fillette… Panique à bord.

Il reste beaucoup à découvrir dans cette histoire tout en rebondissements, dont la tonalité diablement gothique plaira à un jeune lectorat.

Anna K.

122 p., 11.50 €

L’auteur

Davide Cali est un jeune auteur italien né en Suisse, dont Sarbacane soutient le travail depuis ses débuts, pour son humour et son sens aigu de la narration. À Gênes où il vit, il enseigne la BD, collabore à des revues d’art, organise des expositions. Il pose un regard universel, tour à tour hilarant et touchant sur la vie. Il est aussi l’auteur de la série 10 petits insectes, avec Vincent Pianina.

L’Illustratrice

Diplômée des Beaux-Arts de Nantes, Ninie (Virginie Soumagnac) est publiée chez de nombreux éditeurs : Larousse, ZOOlibri, Milan, Bayard

En 2009, elle dessine la série de BD intitulée Rustine, d’après un scénario de Michaël Escoffier, qui paraît dans la revue J’aime lire. Ninie vit à Angoulême.

Jour de match (suivi de) Hors-jeu

En librairie depuis le 14 avril 2018

Texte et illustrations Antoine Trouvé – Ed. La Joie de lire (à partir de 6 ans).

Bienvenue à toutes et à tous sur TV Gazon Ballon, nous sommes en direct du Super Stadium pour cette finale de la Méga Cup 2018, qui promet d’être palpitante !

Les équipes en présence ? Le Vandeleck F.C, favori incontesté, contre l’A.S Pédant-Montfort. Autrement dit, le pot de terre contre le pot de fer, ou plus près de nous, les Herbiers contre le PSG.

Double planche (p. 8 et 9), le coach donne ses consignes aux joueurs de l’A.C Pédant-Monfort. Trois planches plus loin, les arbitres des deux équipes se serrent la main. C‘est parti pour 90 minutes de jeu.

Deux journalistes sportifs, Assan et Alain, nous renseignent sur l’évolution du match, les dessins d’une incroyable précision d’Antoine Trouvé font le reste. Tout y est, les coups-francs, les corners, les blessures, sans oublier les sponsors et les engueulades. Et bien entendu les milliers de supporters, croqués avec force détails par l’auteur. 

 

0-0 à la mi-temps…

Viennent la pause publicitaire, les commentaires contrastés des journalistes et de ceux qui ont suivi le match au bistrot du coin ou en bien « en mode Coca-pop-corn-canapé ». On espère un meilleur spectacle en seconde période (…) Buyado (Vanderleck F.C) a été in-vi-si-ble, par contre le gardien de but a été un véritable mur…

Reprise. Il reste 45 minutes. Tant que le coup de sifflet final de l’arbitre n’a pas retenti, tous les espoirs sont permis.

Qui repartira avec la Coupe ? Réponse page 40.

A.C.

45 p., 10 €

Coup d’oeil dans le rétro…

Avril 2016

de Matthieu Chiara (scénario et dessin). Ed. L’Agrume 

Un match de football ne sollicite pas uniquement les forces et l’énergie de ses organisateurs, des équipes en présence et de leurs supporters, sa genèse remonte au premier shoot de l’histoire de l’humanité, et trouve son aboutissement dans la souffrance de tous ces brins d’herbe meurtris par les chaussures à crampons des joueurs.

HORSJEU-2On l’aura compris, l’auteur de la BD donne libre cours à son imagination et nous propose une variation humoristique et métaphysique sur le football.

Cela fonctionne parfaitement – même auprès des profanes – grâce à un scénario astucieux et des dessins fouillés. Ils mettent en scène deux équipes de foot et une dizaine d’adeptes du ballon rond, parfois pour des raisons diamétralement opposées : deux sans-abri, une prostituée, un père de famille, « ses meufs » et son fils, une épouse exceptionnellement accueillante qui adore les tirs au but

On n’échappe pas à l’ineffable tandem de chroniqueurs sportifs qui, planqués derrière leur écran, « commentent leurs commentaires  » et s’auto-congratulent, pas plus qu’on échappe aux « brèves de tribunes » au ras des pâquerettes. Mais le plus intéressant, ce sont les réflexions, souvent in petto, de ceux qui vivent au rythme de cette rencontre de foot. À commencer par celles de son joueur vedette au crâne rasé (un nouveau divin chauve ?), qui s’est plié peu de temps auparavant au jeu du « parler analphabète » face à une meute de journalistes

Il cherche maintenant une justification et sens profond à sa présence sur le terrain et réalise qu’il est passé à côté de son rêve de gosse: devenir archéologue.  Le pognon ? Hum ! (…) Les Supporters ? Ils sont tous formatés… Les différents protagonistes de cette BD aigre-douce, que l’on retrouve  alternativement ou simultanément à intervalles réguliers, ont eux aussi leur avis sur la question. Comme par exemple le jugement de la prostituée sur l’acte footballistique, proche selon elle du culte phallique. Ou celui de l’une des épouses, sur la passion-canapé-canette-de-bière pour le football de son conjoint. Je suis sûre qu’il regarde le foot pour faire comme les autres…

HORSJEU-14

C’est drôle, piquant, bien vu. Ajoutez à cela un coup de crayon particulièrement efficace et vous serez fin prêt-e-s pour aborder le sourire aux lèvres la toute prochaine Coupe du Monde.

Anne Calmat

160 p., 22,90 €

 

Tout le monde est là ?

À partir de 6 ans.
En librairie depuis janv. 2018

de Anja Tuckermann, illustrations Tine Schulz – Traduit de l’allemand par Hélène Boisson – Ed. La Joie de Lire

La famille-image d’Épinal est révolue. De même que la société uniforme et unicolore que nos grands-parents ont connue, l’est. Certains le déplorent et ne sont font pas prier pour le crier haut et fort, beaucoup s’en félicitent.  

Les auteures de La Famille dans tous ses états (La Joie de lire, 2017), Alexandra Maxeiner et Anke Kuhl,  nous présentaient avec humour toutes sortes de familles : traditionnelle, monoparentale, famille avec parents divorcés, parents homosexuels, avec enfants adoptés, demi-frères, demi-soeurs, etc.

Les auteures de Tout le monde est là ? ont, quant à elles, préféré zoomer sur la planète entière, afin de proposer à leur jeune lectorat un voyage vers le multiculturalisme, avec ses migrants, ses réfugiés, grands et petits, celles et ceux qui vivent ici, mais qui un jour sont venus d’ailleurs, celles et ceux  qui ont fui la guerre, la misère, la dictature…

L’album souligne les particularismes des humains, mais aussi et surtout ce qu’ils ont en commun. Il aborde de façon réaliste les situations les plus dures – persécutions, exil, rejet, préjugés, mais il le fait avec fraîcheur. Le ton n’est pas à la dramatisation, mais plutôt à l’énergie et ce positivisme qui fait avancer les sociétés.

À mettre entre toutes les mains.

A.C.

36 p., 12 €

 

Les enfants du capitaine Grant (intégrale)

Adaptation et illustrations Alexis Nesme – Ed. Delcourt, 2016.

26 juillet 1864, un requin-marteau vient d’être harponné et hissé à bord du yacht de lord Glenarvan, le Duncan. Comme il se doit, les entrailles du squale sont soigneusement examinées. On y découvre une bouteille contenant trois feuillets en piteux état. Une date, une carte géographique incomplète et quelques bribes de mots permettent cependant de reconstituer le puzzle : le Britannia s’est abîmé dans une région située le long du 37e parallèle, avec à son bord le fameux explorateur écossais, Harry Grant, dont on est sans nouvelles depuis au moins deux ans. Une expédition est montée par le très fortuné lord, que l’Amirauté écossaise a lâché faute de certitudes. Mary et Robert Grant, déjà orphelins de mère, seront du voyage.

Commence alors un périple de cinq mois à la recherche des disparus, au cours duquel les protagonistes vont devoir affronter la dureté des éléments en Patagonie, la cruauté des hommes en Australie, le cannibalisme des Maoris en Nouvelle-Guinée… Avec en filigrane, une réflexion sur l’oppression des autochtones par les colons européens.

La trame de ce récit en trois parties reste classique et semble avant tout destinée aux adolescents. Cependant le roman de Jules Verne comporte différents niveaux de lecture. Il illustre notamment le passage de l’enfance à l’âge adulte, la symbolique de la recherche du père et la nécessaire distinction entre l’expérience et le raisonnement. 

Les personnages sont ici représentés sous la forme d’animaux : lord, lady Glenarvan et les jeunes Grant sont d’élégants félins ; le capitaine Mangeles, toujours un peu bougon, est un ours ; l’extravagant géographe, le Français Paganel, véritable puits de science, est une grenouille (un clin d’oeil aux « French frog eaters » ?) ; le traître Ayreton, que l’on retrouvera plus tard dans L’Île mystérieuse, a tout du renard.  

Le dosage entre la densité du récit (beaucoup de bulles, un grand nombre de cartouches) et les illustrations virtuoses d’Alexis Nesme (gouache, encres, pastels gras, clairs-obscurs) compose un ensemble très réussi.

Les inconditionnels du roman Jules Verne y retrouveront aisément leurs petits, ceux qui le découvriront au-travers de cette adaptation new look seront très probablement sous le charme.  

Anne Calmat

152 p., 22,95 € 

 

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

Visuels © S. Bravi Rue de Sèvres

Scénario Dorothée Werner – Dessin, couleur Soledad Bravi – Ed. Rue de Sèvres. À partir de 12 ans.

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?                   Grande question !

Soledad Bravi et Dorothée Werner s’y attellent en prenant le mal à sa racine, c’est à dire lors de son apparition avec les premiers humains.

Une petite introduction présente les différences physiologiques sur lesquelles le plus grand malentendu de l’histoire va se fonder : la procréation. De l’incapacité à comprendre ce processus étonnant, va, au fil des siècles s’élaborer une division du travail entre les deux sexes, avec la domination de l’un sur l’autre.

Un mauvais départ est pris lors de la préhistoire : la grossesse étant particulièrement incommode pour chasser, les femmes restent cantonnées à l’élevage des enfants, la préservation du foyer, la cueillette. Cette division des tâches va avoir un impact sur la distribution de nourriture : aux chasseurs le gras et la viande qui rendent forts, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la taille, la musculature et la robustesse.

À partir de là, l’antiquité ne fera qu’entériner la répartition des rôles en excluant les femmes du savoir, du pouvoir et en privilégiant les naissances masculines. Exception faite pour les Egyptiens, partisans d’une égalité relative, cette fonction d’assurer la descendance courra sur les siècles à venir, confirmée par la religion qui ira jusqu’à attribuer à Eve le péché originel. Deux exceptions toutefois pour les sorcières et les béguines.

Une ouverture au siècle de Lumières se refermera avec Napoléon, qui placera dans ses codes les filles sous la tutelle de leur père, puis de leurs maris. Quelques rares grandes figures féminines parviennent à émerger comme Olympe de Gouge, George Sand…

Le XXème siècle sera entre tous celui où les femmes défendront avec opiniâtreté leurs droits, libéreront leurs corps et acquerront leur autonomie.

En ce début de XXIème siècle, un bilan global montre qu’il y a encore beaucoup à faire, ici et ailleurs.

Réalisée pour les jeunes, cette fresque impressionnante, tout en humour, s’appuie sur des faits et des exemples significatifs. Elle est à la fois sérieuse et drôle. Les dessins, stylisés, colorés, « rigolos » donnent à la gravité du sujet une touche de légèreté indispensable à la prise de distance.

Nicole Cortesi-Grou

96 p., 10,50 €

Soledad Bravi est illustratrice et auteure française d’ouvrages pour la jeunesse.

Dorothée Werner, journaliste, grand reporter à Elle, auteure notamment de Au nom des nuits profondes qui traite du prix qu’ont payé les femmes pour leur émancipation.