Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

La recomposition des mondes – Alessandro Pignocchi – Ed. Seuil/Anthropocène – Postface Alain Damasio

En librairie depuis le 18 avril 2019 – Copyright A. Pignocchi/Seuil

Aujourd’hui c’est Notre-Dame-de-Paris qui retient toute l’attention, avant-hier c’était Notre-Dame-des-Landes, que les zadistes occupaient pour empêcher la construction d’un aéroport. En janvier 2018, le projet est abandonné. Pour ces femmes et ces hommes, installés sur le site depuis près de dix ans, va dès lors se jouer la pérennisation d’un certain mode de vie, d’une agriculture écologique, de la biodiversité, que d’aucuns estiment toujours menacée.

C’était hier et c’est aussi demain.

Avril 2018. Sur la première planche de la BD, ceux qui ont pu demeurer sur le site font face aux forces de l’ordre, arrivées en nombre au petit matin pour les déloger et détruire un maximum de lieux de vie. Le narrateur, Alessandro Pignocchi, ancien chercheur en sciences cognitives et philosophie – doublé d’un subtil aquarelliste – est là en observateur. Il va découvrir la violence répressive et la solidarité à toute épreuve de ceux qui luttent pour consolider et développer les projets mis en place au fil du temps. Ils attendent la répartition des terres…

La BD est dense, éloquente. On découvre la vie sur la Zad, avec ses moments paroxystiques et son esprit communard. La diversité du bocage, constitué de jardins tout mignons et de petites cabanes qui flottent sur une mer d’aubépine, s’étale sous nos yeux. La faune et la flore y ont leur mot à dire. « Ce n’est pas une nature à l’occidentale, mais un paysage à contempler, un petit objet précieux à protéger (…) un ensemble d’êtres humains et non-humains avec lesquels nouer toutes sortes de relations » se plaît à écrire Alessandro Pignocchi. Et de confier : « Il suffit de quelques heures dans un potager ou sur un chantier collectif pour se sentir happé puis dissous dans le bouillon de la Zad ».

Mais tout n’est pas aussi bucolique et la réalité a tôt fait de s’imposer.

Des habitations tombent sous l’effet des tractopelles, d’autres résistent. Face au gaz lacrymogène et aux grenades assourdissantes, les zadistes répliquent par des jets de pierres, « d’oeufs de peinture » et de cocktails Molotov. Les mythiques Vrais Rouges tiennent le choc, les barricades détruites sur la route des Fosses Noires sont reconstruites. À la Rolandière, les alertes sont suivies d’accalmies ; les habitants se retrouvent alors pour des soirées enflammées, le temps de souffler un peu et d’oublier les menaces extérieures. Car la Zad, c’est un état d’esprit qui recompose en permanence les liens que ses occupants ont tissé entre eux, mais aussi avec la nature, les plantes et le territoire tout entier.

La richesse de l’œuvre tient à ses dialogues ciselés, à sa dialectique fluide… et à son humour : le CRS qui ne sait plus où il en est et qui se retrouve sur la canapé du psy en est l’une des illustrations.

Le tour de la question n’est pas fait pour autant, reste à savoir ce qui se trame exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes

Anne Calmat

103 p. 15 €

« L’hiver en été » Art-book de Jean-Pierre Gibrat – Entretien Rebecca Manzoni – Ed. Daniel Maghen

© J-P Gibrat/D. Maghen – En librairie le 18 avril 2019
Jackie Berroyer
Jean-Pierre Gibrat

Le book s’ouvre sur un vibrant hommage à Jackie Berroyer, aux côtés de qui Gibrat fit ses premières armes à la toute fin des années 1970. Un parcours décisif qui le mènera de Pilote à B.D. (créé par le Professeur Choron en 1977), en passant par Hara-Kiri, Charlie mensuel, Fluide glacial et quelques autres magazines plus grand public.

Mattéo T.3 © J-P Gibrat/Ed. Futuropolis, 2013

On apprend ensuite que pendant plusieurs années, Gibrat a été vu comme un dessinateur talentueux au service des scénaristes, mais que l’envie d’écrire ses propres histoires lui étant venue – avec la période de l’Occupation pour cadre privilégié – c’est son diptyque intitulé Le Sursis (Ed. Dupuis 1997-1999) qui va le propulser dans la cour des grands de la BD. Le fond et la forme y sont, ses dessins réalisés en couleur directe font sensation. Par la suite, le succès du Vol du corbeau (Ed. Dupuis, 2002) et de Mattéo (Ed. Futuropolis, v. planche ci-dessus) ne feront que confirmer son immense talent de scénariste dialoguiste illustrateur.

Mattéo © J-P Gibrat/D. Maghen
Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D.Maghen

Si Mattéo raconte la destinée d’un homme, entraîné malgré son pacifisme viscéral dans tous les grands conflits de la première moitié du XXè siècle, et si Le Vol du corbeau parle de traque et de résistance à l’occupant allemand, Le Sursis donne en revanche à voir un homme devenu invisible par choix, retranché en 1943 dans le grenier d’une maison aveyronnaise et occupé à observer ce qu’il se passe à l’extérieur.

Le Sursis © J-P Gibrat/D. Maghen

On retrouve ici les mêmes figures héroïques – ou détestables – que dans les œuvres précédentes, avec toute la palette de sentiments parfois contradictoires qui les animent. Leur créateur, qui n’est en rien manichéen, rend hommage aux premiers, tout en introduisant une notion de conjoncture, favorable ou non, face à leur héroïsme. « On est capable d’être terriblement minable et ponctuellement grandiose », confie-t-il à la journaliste Rebecca Manzoni.

Ses personnages – Céline, Julien, Mattéo, Jeanne, François… – sont en effet contrastés, imprévisibles. Ils peuvent, selon ses propres mots « se surprendre eux-mêmes, dans les deux sens du mot ». Gibrat prend pour exemple Céline, qui fut détestable par certains aspects et génial par d’autres. Sur le plan graphique, Gibrat, génial, lui, en toutes circonstances, insiste sur le côté nécessairement « tripal » d’une œuvre pour qu’elle soit authentique. Il s’explique aussi sur la beauté et la sensualité de ses personnages féminins, évoque ses propres souvenirs de jeunesse, du temps où…

Un entretien d’une vingtaine de pages, entrecoupées d’une centaine de dessins pleine ou double page, qui témoignent de cet art consommé qu’a Jean-Pierre Gibrat de restituer, avec la plus grande simplicité, une ambiance, un lieu, un sentiment ou un moment historique. Chaque planche est une œuvre d’art, le tout est éblouissant.

Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D. Maghen

Anne Calmat

175 p., 39 € – 25×35 cm

Rappel : Robert Doisneau à la Cité de la musique jusqu’au au 5 mai 2019

© R. Doisneau/Cité de la Musique/Philharmonie de Paris/Zim Moriarty

Rolleiflex en bandoulière, Robert Doisneau (1912-1994) a arpenté des années durant Paris et sa banlieue. Grand amateur de musique, il a immortalisé bon nombre de ceux qui en étaient les représentants. « Dans mon école idéale de photographie », disait-il, « il y aurait un professeur de bouquet et un professeur de musique. On ne formerait pas des virtuoses du violon, mais on expliquerait le rôle de la musique qui donne une lumière sur les civilisations passées, formation complémentaire très nécessaire ».

Pierrette d’Orient

Dévoiler le sens musical de l’imaginaire et de l’œuvre du photographe, telle est l’ambition de ce parcours original qui rassemble plus de deux-cents photographies.

Les Rita Mitsouko

Dans ces clichés, la musique est partout présente et participe surtout du regard humaniste du photographe. Car l’amour pour la musique naît souvent chez Doisneau d’un amour pour les gens. En témoigne la série réalisée avec Jacques Prévert, ou encore l’immense galerie de portraits, poétiques et amusés, magnifiant son ami violoncelliste Maurice Baquet, son « professeur de bonheur » et complice pendant plus de cinquante ans.

Maurice Bacquet

Toujours inattendue, l’inspiration de Doisneau dépasse largement le cadre des musiques de rue ou le cercle électif de ses amitiés. Dès les années 1950, il captait la mélancolie d’un Pierre Schaeer ou le sourire d’un Pierre Boulez. Dans les années 1980 et 1990, il croisait le chemin de plusieurs chanteurs, et en particulier Jacques Higelin (photographié en 1991 au parc de la Villette, dans le décor en construction de la Cité de la musique), Renaud ou encore les Rita Mitsouko et les Négresses vertes, tous saisis dans la beauté de leur jeunesse et dont l’exposition dévoile des clichés totalement inédits.

R. Doisneau et Renaud

Conçue par Clémentine Deroudille, commissaire des expositions Brassens ou la liberté et Barbara, et petite-fille du photographe, cette joyeuse ballade est mise en musique par Moriarty et scénographiée par Stephan Zimmerli, musicien et graphiste du groupe. 

Juliette Gréco

Un prolongement de l’exposition est à découvrir au sein de la collection permanente du Musée de la Musique, sous la forme d’un accrochage original disséminé dans le parcours.

M° Porte de Pantin ou Porte de la Villette, du mardi au vendredi : 12h – 18h

  • samedi : 10h – 20h
  • dimanche : 10h – 18h

        Tarif plein : 9€

  • Abonnés Philharmonie de Paris : 6€
  • Tarif réduit : 7€
    Titulaires d’un billet de concert Philharmonie de Paris, groupes à partir de 10 personnes, professeurs des écoles de musique, comités d’entreprise, association du personnel, jeunes de 26 à 28 ans inclus, titulaires du Pass éducation.
  • Tarif réduit 2 : 5€
    Jeunes de moins de 26 ans, demandeurs dʼemploi, bénéficiaires des minima sociaux.
  • Gratuité
    Titulaires de certains justificatifs (carte presse CCIPJ uniquement, carte Culture, carte ICOM, carte de guide-conférencier), enfants de moins de 6 ans, membres des Amis de la Philharmonie de Paris, personnes handicapées et leurs accompagnateurs.

Groupe Moriarty © Zim Moriarty voir ici

Toutânkhamon, le trésor du pharaon

Statue à l’effigie du roi montant la garde ©

Toutankhamon, le trésor du Pharaon s’ouvre le 23 mars à la Grande Halle de la Villette à Paris : 150 objets provenant du trésor découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter pour une exposition qui s’annonce d’ores et déjà comme l’événement 2019.

Visuels © Laboratoriorosso, Viterbo/Italy,

Toutânkhamon, naît en 1327 avant J.-C. et fascine bien au-delà des cercles d’amateurs d’archéologie. Fils d’Akhenaton, l’inventeur sacrilège du monothéisme, et probablement de l’une de ses sœurs ou encore de Nefertiti, la double cousine germaine de son père, il meurt à l’âge de 18 ans.


L’archéologue Howard Carter, dans la tombe de Toutankhamon à Thèbes, en 1923. / INTERFOTO /© Alamy Stock Photo/

Suivez le guide…

La visite de l’exposition débute par une vidéo diffusée sur un écran à 180 degrés. L’action commence dans la Vallée des Rois, site qui abrita les tombeaux des pharaons pendant une durée de 500 ans. La caméra balaie le paysage montagneux et désertique, montrant les sites archéologiques en pleine activité, où l’on voit des groupes d’hommes étudier des cartes, fouiller, creuser des roches, ou tamiser du sable. Tous sont déterminés à trouver les tombeaux cachés des pharaons et les trésors qu’ils recèlent.



@ Cercueil miniature canope à l’effigie de Toutânkhamon

Le narrateur présente Howard Carter. Nous sommes en 1922, l’archéologue raconte les nombreuses années qu’il a passées à mettre au jour les tombeaux des monarques égyptiens et la façon dont certaines découvertes dans la Vallée des Rois ont retenu son attention et enflammé son imagination : une coupe de faïence sur laquelle est inscrit le nom d’un pharaon inconnu, Toutânkhamon, ainsi que des fragments de feuille d’or, sur lesquels figurent les noms de ce roi et de sa reine.



@ Lit funéraire en bois doré

Howard Carter avait la conviction que le tombeau de Toutânkhamon se trouvait quelque part dans la vallée, et que ses trésors étaient peut-être intacts. Il était méticuleux dans ses recherches et obsédé par sa quête, qui était financée par son mécène Lord Carnarvon, un aristocrate fortuné. Mais, après huit ans de recherches infructueuses, ce dernier s’apprête à mettre un terme à ses financements. Il reste à Carter une dernière chance de trouver le tombeau. La voix s’éteint et l’action démarre de façon soudaine.



Statue à l’effigie du roi montant la garde @

Un tourbillon d’images remonte rapidement les années, les siècles puis les millénaires. Le compteur s’arrête finalement en l’an 1323 av. J.-C. Des vues aériennes des palais des pharaons et des temples de Louxor se fondent en une animation qui nous montre le dieu Râ entreprendre son voyage quotidien dans le ciel. La voix imposante du grand prêtre tonne, pour nous raconter cette histoire. Il décrit comment, après la tombée de la nuit, Râ voyage dans l’au-delà avant de renaître chaque matin pour recommencer son voyage dans le ciel. Le dieu soleil, resplendissant dans sa barque solaire, disparaît ensuite dans un fondu laissant place à une effigie géante de Toutânkhamon qui occupe tout l’espace. Tandis que des reconstitutions de la vie du roi apparaissent, le prêtre rappelle les quelques faits connus au sujet de Toutânkhamon.



@ Chaouabti en bois tenant un fléau et portant une coiffe némès dorée et un large collier

Le narrateur explique qu’avant que le Ba, ou l’âme, de Toutânkhamon, ne puisse entreprendre son périple vers l’éternité, son corps doit d’abord être préparé selon les protocoles en vigueur depuis les temps anciens. Des images suivent le voyage final du défunt au fil du Nil, de Louxor jusqu’à la tente de préparation installée dans la Vallée des Rois. Les prêtres, dont on voit se dessiner les silhouettes à l’écran, s’occupent des préparatifs lorsque la caméra se met à suivre le Grand Prêtre qui dirige la cérémonie du rituel de l’Ouverture de la bouche.



@ Naos en bois doré présentant des scènes
de Toutânkhamon et Ankhésenamon

Tandis que ses mots continuent à résonner, la vidéo s’atténue, laissant progressivement les portes de l’exposition s’ouvrir. De l’autre côté, des lumières tamisées attirent les visiteurs vers la première vitrine d’objets et l’absolue beauté de ce qu’ils y découvrent…

Le masque funéraire de Toutankhamon, l’une des pièces maîtresses de l’exposition © AFP / MOHAMED EL-SHAHED

Toutânkhamon, le trésor du pharaon du 23 mars au 15 septembre 2019 – Grande Halle de la Villette – 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris – M° Porte de Pantin

Tous les jours de 10h à 20h (dernière séance à 18h30) – Billets en vente : www.expo-toutankhamon.fr – Par téléphone au 0892 390 100 (lundi au samedi de 9h30 à 18h30) – Billetterie sur place tous les jours de 10h00 à 19h00, à partir du 23 mars 2019.

Plein tarif semaine : 22€ – Plein tarif week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 24€

Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) semaine : 18 € – Tarifs enfants (de 4 à 14 ans) week-end, vacances scolaires (zone C) et jours fériés : 20€ – Enfants (- 4 ans) : gratuit

© IMG

Le Directør – Oscar Gómez Mata – Théâtre de la Bastille

Du 12 mars au 4 avril 2019

 Communiqué

Avec Pierre Banderet, Valeria Bertolotto, Claire Deutsch, Vincent Fontannaz, Christian Geffroy Schlittler, David Gobet, Camille Mermet, Aurélien Patouillard, Bastien Semenzato


Depuis vingt ans, le metteur en scène Oscar Gómez Mata est passé maître dans l’art de bousculer joyeusement les consciences. Pour ce nouveau spectacle, et pour sa première venue au Théâtre de la Bastille, il choisit d’adapter une comédie féroce du réalisateur danois Lars von Trier 2006).


Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables.

Voilà pour l’intrigue, dont le jeu de masques et le goût pour la mise en abîme n’est pas sans rappeler le théâtre de Marivaux ou de Pirandello.

Avec une jubilation émancipatrice et communicative, les interprètes s’emparent du scénario pour déconstruire le modèle de l’entreprise contemporaine, s’amusant tour à tour des nouvelles logiques managériales, de la dilution de la responsabilité, des journées team building et des réunions PowerPoint qui s’éternisent. Au coeur de l’open space, une lutte acharnée s’annonce ainsi entre le libre arbitre et l’irresponsabilité collective.

Au ton moralisateur, Oscar Gómez Mata préfère alors la force de l’humour et les folles digressions de la pensée. Le Direktør est autant une satire sociale qu’une réflexion sur le métier de l’acteur et la puissance du théâtre.

Et le spectacle s’impose comme un petit traité de comédie ; une même scène voit s’entrechoquer comiques de situation et de répétition, humour burlesque et réflexif, maniant toujours avec brio la nouvelle langue de la start-up.

Genève le 5 septembre 2017 Le Director spectacle de la companie L’ALAKRAN ©steeve iuncker-gomez

Les interprètes dansent, chantent, interrompent le cours du spectacle, interpellent le public, portent des perruques sans raison et font du canoë.

En somme, Le Direktør célèbre un théâtre dont l’absurde offre aux spectateurs une joyeuse promesse de résistance…

76 rue de la Roquette Paris 11e – 01 43 57 42 14 – Prix des places 25, 19, 15 €

La prochaine fois, le feu – James Baldwin – Ed. Taschen


© Ed.Taschen – Sortie en mars 2019 – Communiqué
J. Baldwin (copyright Mediapart.fr)

publié en France en 1963 et réédité en mars 2018 (Folio Gallimard), cet essai donne à voir la situation des Noirs aux Etats-Unis au début des années 60. James Baldwyn y évoque sa propre enfance à Harlem, où le maître-mot était la peur, son passage à l’église baptiste, dont il devint prédcateur pendant trois ans. J’eus la chance de tomber dans le « racket » religieux et de succomber à une séduction spirituelle avant de connaître une révélation charnelle, écrit-il.

S’en suit, parmi d’autres analyses et rencontres (Malcom X…), dans un mélange d’ironie acerbe et douloureuse, une dénonciation de la façon dont le Noirs sont amenés à intérioriser un problème, qui est en fait celui des Blancs.

Aussi remarquable par sa prose que par la franchise avec laquelle Baldwin raconte ce que signifie être Noir et homosexuel aux États-Unis, ce livre est considéré comme l’une des plus passionnées et puissantes explorations des relations interraciales à cette époque, où amour, foi et famille s’entrelacent dans un assaut conjoint contre l’hypocrisie de « la terre des hommes libres ».

Aujourd’hui, cette œuvre, toujours aussi pertinente, est rééditée chez Taschen, accompagnée de plus de 100 photographies de Steve Shapiro, qui a sillonné le Sud américain avec Baldwin pour le magazine Life. Le périple a eu pour effet de plonger le photographe au cœur du mouvement et lui a permis de prendre des clichés décisifs, souvent emblématiques, de ses leaders (Martin Luther King, Rosa Parks, Fred Shuttlesworth et Jerome Smith…)  et d’événements marquants, comme la marche pour les droits civiques sur Washington (28 août 1963) et celle sur Montgomery (9 mars 1965).

L’ouvrage est complété par les anecdotes précieuses de Schapiro, une introduction originale de John Lewis, la grande figure des droits civiques, aujourd’hui membre du Congrès américain, des légendes rédigées par Marcia Davis du Washington Post, et un texte de Gloria Baldwin Karefa-Smart, qui était avec son frère en Sierra Leone quand il a commencé à écrire le livre. L’ensemble constitue un remarquable témoignage visuel et littéraire sur l’une des luttes les plus importantes et acharnées de l’histoire américaine.


James Baldwin (1924–1987) fut romancier, essayiste, auteur dramatique, poète et observateur critique de la société, et l’une figures littéraires les plus brillantes et provoquantes de l’après-guerre. Ses essais, dont Chroniques d’un pays natal (1955) et La prochaine fois, le feu(1963), les plus célèbres, ainsi que ses romans, comme La Chambre de Giovanni (1956) et Un autre pays (1962) explorent la complexité, implicite mais profonde, des disparités entre les races, les sexes et les classes dans l’Amérique du milieu du XXe siècle. Natif de Harlem, à New York, il a principalement vécu dans le sud de la France.

Steve Shapiro est un photo-journaliste reconnu dont les clichés ont fait la couverture de Vanity FairTime, Sports Illustrated, Life, Look, Paris Match et People, et figurent dans les collections de nombreux musées. Il a publié sept livres sur son travail, dont American EdgeShapiro’s Heroes, The Godfather Family Album, Taxi DriverThen and NowBowie et récemment Misericordia. Nombre de ses images iconiques ont été utilisée pour des affiches de films et la promotion de grands classiques comme Midnight CowboyTaxi DriverPortrait craché d’une famille modèle et Le Parrain III.

276 p., 40 €

Vincent van Gogh : une visite étoilée à l’Atelier des Lumières (Paris 11è)

du 22 février au 31 décembre 2019
L’Atelier des Lumières et la Nuit étoilée de Vincent van Gogh

Un lieu exceptionnel, dans lequel des spectacles sons et lumières, créés à partir de toiles de grands maîtres, projetées sur des murs monumentaux, propulsent en quelques secondes les visiteurs dans l’œuvre et l’esprit de l’artiste. Chaque centimètre carré de béton, sol compris, est éclaboussé par l’un des cent-quarante vidéo-projecteurs autonomes ; les images défilent et jouent avec l’agencement du site, soutenues par une composition musicale originale ou classique. 

Un aperçu ?

L’Atelier des Lumières a ouvert ses portes le 13 avril 2018, avec une exposition consacrée à Gustav Klimt, Egon Schiele et Friederich Hundertwasser. Elle a joué les prolongations jusqu’en janvier 2019. Cette seconde manifestation propose cette fois une immersion dans l’œuvre de Vincent van Gogh (1853-1890), génie ignoré de son vivant, qui a bouleversé la peinture.

Expo Klimt

Épousant la totalité de l’espace (2000 m² sur 10 mètres de hauteur), cette création visuelle et sonore retrace la vie intense de cet artiste tourmenté, qui peignit pendant les dix dernières années de sa vie plus de 2000 tableaux, aujourd’hui dispersés à travers le monde.

Les Tournesols

Une somme picturale qui évolue radicalement au fil des ans, des Mangeurs de pommes de terre (1885), aux Tournesols (1888) en passant par la Nuit étoilée (1889) et à La Chambre à coucher (1889).

Les mangeurs de pommes de terre
La Chambre à coucher (Arles)

L’Atelier des Lumières révèle les coups de brosse expressifs et puissants du peintre hollandais, il s’illumine aux couleurs audacieuses de ses toiles au style sans égal. Les nuances sombres succèdent aux teintes chaudes. L’exposition immersive évoque le monde intérieur à la fois démesuré, chaotique et poétique de Van Gogh et souligne un dialogue permanent entre l’ombre et la lumière.

Le parcours thématique retrace les différentes étapes de la vie de l’artiste, ses séjours à Nuenen, Paris, Arles, Saint-Rémy-de-Provence, pour s’achever avec sa fin tragique à Auvers-sur-Oise. Le visiteur voyage au cœur des œuvres, de ses débuts à sa maturité, de ses paysages ensoleillés et de ses nocturnes à ses portraits et natures mortes.

La création visuelle et musicale de Luca Longobardi, compositeur et pianiste qui a ouvert le langage classique à l’expérimentation électronique, produite par Culturespaces et réalisée par Gianfranco Lannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, met en lumière cette richesse chromatique ainsi que la puissance du dessin et la force des empâtements de l’artiste.

Infos pratiques : Atelier des Lumières, 38 rue Saint-Maur Paris 11è / 01 80 98 46 00 – Tarifs 14, 50 € à 9,50 € – Gratuit moins de 5 ans – Lundi au jeudi de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h

Expo : « Les statues meurent aussi », sur les traces de l’histoire coloniale française au Musée national de l’histoire de l’immigration

Copyright Jan Mammey

Communiqué – Exposition photographique coproduite avec le Gœthe-Institut Paris – Jusqu’au 3 mars 2019

Les photographes Jan Mammey, Falk Messerschmidt et Fabian Reimann se sont penchés sur le passé colonial français. En se fondant sur leurs expériences et s’inspirant du concept d’André Malraux de « Musée Imaginaire », ils ont développé l’idée d’un non-lieu immatériel, après avoir effectué pendant trois ans un inventaire cartographique de plus d’une centaine de lieux et rassemblé un fonds de plus de 2000 photographies. Cette recherche de traces est marquée par une approche subjective fonctionnant sur des associations d’idées. Les trois artistes révèlent des images et des textes, qu’ils assemblent ensuite dans une démarche éditoriale et curatoriale pour créer une œuvre artistique aux facettes multiples. Leur projet artistique met l’accent sur l’espace public parisien, sur les musées et institutions de la capitale, et quelques archives publiques peu connues.

Les traces de l’époque coloniale sont omniprésentes et se retrouvent sous d’innombrables formes, à la fois à Paris et dans toute la France. Elles échappent pourtant la plupart du temps à l’attention du public. Les lieux de mémoire et plaques commémoratives s’y rapportant étant parfois si discrètes qu’on les voit sans y faire attention, et pour peu qu’on s’y attarde, rien ou presque ne vient renseigner sur les faits qui en sont à l’origine. 

Témoins, cette plaque commémorative à l’intérieur de la station de métro Charonne, placée dans un recoin en bas des marches qui mènent aux guichets, sur laquelle sont gravés les neuf noms de ceux qui sont morts le 8 février 1962 pour avoir manifesté en faveur de la paix en Algérie et contre les attentas que menait le groupe OAS favorable au maintien d’une présence française dans ce pays, ou encore, cette illustration non contextualisée que l’on peut voir 10 rue des Petits-Carreaux dans le quartier Montorgueil (Paris).

Au Planteur (1890)

Rappel : L’exposition dont l’intitulé fait référence au court-métrage d’Alain Resnais et Chris Marker (1963) censuré pendant onze ans pour sa dénonciation du colonialisme, est présentée sous la forme d’une installation jusqu’au 3 mars 2019. Entrée libre.

Palais de la Porte Dorée, Paris 12è
Musée national de l’Histoire de l’Immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

A. C.

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’Histoire de l’immigration Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

Visuels et doc audio © MNHI

Les Rois de la mode – Camille Monge – Stella Lory – Ed. Vraoum

Sortie le 21 janvier 2019 © Monge-Lory/Ed. Vraoum

Rien n’est jamais acquis. Celle qu’on encensait hier est aujourd’hui dédaignée. Aux « Sublime ! Révolutionnaire ! » des premières années, ont succédé « Touchant de naïveté ».

Jeanne Falencia, alias Fafa, ex-papesse de la Haute Couture vient de l’apprendre à ses dépens. Du balai Fafa, place à une nouvelle équipe. Vanganesh Berlingo, un jeune designer de choc d’origine inuit vient d’être embauché. Il va, selon les mots de Jipé Foucard, le tout récent PDG du groupe « Fafa de Paris », passé sous pavillon russe, déploucardiser cette maison poussiéreuse. Et de préciser au personnel, « C’est un type formidable ! ».

Nous découvrons le type formidable en question sur la planche suivante – on pense irrésistiblement au grand couturier japonais Kenzo Takata. Berlingo a tout pour déplaire : hautain, colérique, tout à fait le genre à trépigner s’il ne retrouve pas sa peluche porte-bonheur ou n’obtient pas sur le champ ce qu’il a demandé.

Berlingo a aussi la folie des grandeurs. N’a-t-il pas décidé d’importer de Laponie trente mille pingouins et un iceberg géant pour servir de décor au prochain défilé de sa collection… qui aura lieu dans un hangar de la banlieue parisienne. Le comble de l’originalité !

(détail)

C’est risqué, mais si Anna (Wintour) aime, c’est gagné…

Son verdict vient de tomber : « Ugly, bizarre ». La cote de « Fafa de Paris » est en chute libre. Soumis au bon vouloir d’un oligarque russe et aux caprices de son épouse, Berlingo a du souci à se faire. A-t-il une chance de retrouver les faveurs d’Anatoli Menkov ou bien va-t-il se faire virer pour extravagance coupable et inappropriée ?

On l’aura compris, l’humour est le maître-mot de cette bd aussi impertinente que pertinente. Les dessins acidulés de Stella Lory servent à merveille l’apparente légèreté du propos de Camille Monge, dont c’est le premier album. Les personnages qui gravitent autour de celui qui a endossé des responsabilités auxquelles il n’était peut-être pas préparé (son retour au bercail parental en dit long sur lui) symbolisent le monde de la mode, avec ses outrances et sa vulnérabilité face à des actionnaires cyniques et versatiles. Car derrière l’agitation et la superficialité, se cache une ruche industrieuse au service de la création qui, face à l’échec d’une collection, redoute de subir le sort que l’on réserve à ceux qui ont cessé de plaire…

A. C.

106 p., 18 €

Robert Doisneau et la Musique

© R. Doisneau/Cité de la Musique/Philharmonie de Paris/Zim Moriarty

Rolleiflex en bandoulière, Robert Doisneau (1912-1994) a arpenté des années durant Paris et sa banlieue. Grand amateur de musique, il a immortalisé bon nombre de ceux qui en étaient les représentants.

Un aspect méconnu de son œuvre est à découvrir au Musée de la Musique, à la Philharmonie de Paris jusqu’au 28 avril 2019

Pierrette d’Orient

« Dans mon école idéale de photographie », disait-il, « il y aurait un professeur de bouquet et un professeur de musique. On ne formerait pas des virtuoses du violon, mais on expliquerait le rôle de la musique qui donne une lumière sur les civilisations passées, formation complémentaire très nécessaire ».

Dévoiler le sens musical de l’imaginaire et de l’œuvre du photographe, telle est l’ambition de ce parcours original qui rassemble plus de deux-cents photographies.

Les Rita Mitsouko

Dans ces clichés, la musique est partout présente et participe surtout du regard humaniste du photographe. Car l’amour pour la musique naît souvent chez Doisneau d’un amour pour les gens. En témoigne la série réalisée avec Jacques Prévert, ou encore l’immense galerie de portraits, poétiques et amusés, magnifiant son ami violoncelliste Maurice Baquet, son « professeur de bonheur » et compagnon pendant plus de cinquante ans.

Maurice Bacquet

Toujours inattendue, l’inspiration de Doisneau dépasse largement le cadre des musiques de rue ou le cercle électif de ses amitiés. Dès les années 1950, il captait la mélancolie d’un Pierre Schaeer ou le sourire d’un Pierre Boulez. Dans les années 1980 et 1990, il croisait le chemin de plusieurs chanteurs, et en particulier Jacques Higelin (photographié en 1991 au parc de la Villette, dans le décor en construction de la Cité de la musique), Renaud ou encore les Rita Mitsouko et les Négresses vertes, tous saisis dans la beauté de leur jeunesse et dont l’exposition dévoile des clichés totalement inédits.

R. Doisneau et Renaud

Conçue par Clémentine Deroudille, commissaire des expositions Brassens ou la liberté et Barbara, et petite-fille du photographe, cette joyeuse ballade est mise en musique par Moriarty et scénographiée par Stephan Zimmerli, musicien et graphiste du groupe. 

Juliette Gréco

Un prolongement de l’exposition est à découvrir au sein de la collection permanente du Musée de la musique, sous la forme d’un accrochage original disséminé dans le parcours.

M° Porte de Pantin ou Porte de la Villette, du mardi au vendredi : 12h – 18h

  • samedi : 10h – 20h
  • dimanche : 10h – 18h

        Tarif plein : 9€

  • Abonnés Philharmonie de Paris : 6€
  • Tarif réduit : 7€
    Titulaires d’un billet de concert Philharmonie de Paris, groupes à partir de 10 personnes, professeurs des écoles de musique, comités d’entreprise, association du personnel, jeunes de 26 à 28 ans inclus, titulaires du Pass éducation.
  • Tarif réduit 2 : 5€
    Jeunes de moins de 26 ans, demandeurs dʼemploi, bénéficiaires des minima sociaux.
  • Gratuité
    Titulaires de certains justificatifs (carte presse CCIPJ uniquement, carte Culture, carte ICOM, carte de guide-conférencier), enfants de moins de 6 ans, membres des Amis de la Philharmonie de Paris, personnes handicapées et leurs accompagnateurs.

Groupe Moriarty © Zim Moriarty v.ici

Festival du Merveilleux, 9ème édition

« Vous entrez dans un monde de rêve. Ouvrez les yeux, profitez de la magie de chaque instant pour faire une réserve de merveilleux pour toute l’année. » Jean-Paul Favand

Du 26 décembre 2018 au 6 janvier 2019*

 

Manège à vélos (1897)

Cette année encore, le Musée des Arts forains, créé par Jean-Paul Favand en 1996 dans les anciens bâtiments de conservation des vins situés à l’extrémité du parc de Bercy, sera ouvert au public. On y retrouvera tout ce que les arts forains comptaient autrefois de manèges divers et variés (des chevaux de bois majestueux au manège à vélos  » qui fait mal aux mollets « …) mais également, un cabinet de curiosités et de magie, une montgolfière, un théâtre merveilleux où réel et virtuel se confondent, une myriade d’objets historiques glanés au fil du temps (chacun étant un acteur de l’histoire qui est racontée), un salon vénitien, etc.  

Beaucoup de surprises attendent aussi les visiteurs à l’extérieur des bâtiments décorés dès le début du mois de décembre à l’occasion de l’ouverture à tous du musée.

arts-forains.com

Spectacles et animations toute la journée
Sans réservation de 10h à 18h. Ouvert le 1er janvier.

  • 53, avenue des Terroirs Paris 12e – Ligne 14 Station Cour Saint-Émilion » – 01 43 40 16 22 

 

  • Billet adulte : 14€ (tout le lieu est de plein-pied). 
  • Moins de 12 ans : 6€
  • Gratuit pour les moins de 2 ans

1 ticket attraction offert pour chaque entrée

 

Jean-Jacques Lequeu – Bâtisseur de fantasmes

au Petit Palais* du 11 décembre 2018 au 31 mars 2019.

© Petit Palais/BnF

Le grand bailleur

Le Petit Palais donne pour la première fois à voir au public un ensemble inédit de 150 dessins du peintre-architecte Jean-Jacques Lequeu (1757-1826). Un artiste hors du commun dont l’œuvre graphique est l’une des plus singulières de son temps. Ce n’est pas un hasard si on a eu l’occasion d’en découvrir l’aspect le plus sulfureux lors d’une exposition au Musée d’Orsay consacrée à Sade, (oct. 2014 – janv. 2015)

Réalisée avec le concours de la Bibliothèque nationale de France, conservateur de la quasi-totalité des dessins que lui a légués cet artiste aussi virtuose que facétieux, la présente rétrospective laisse apparaître la dérive solitaire et obsédante de cet homme fascinant.

Autoportrait, dessin à la plume.

Originaire d’une famille de menuisiers rouennais, Lequeu reçoit d’abord une formation de dessinateur technique. Très doué, il est recommandé par ses professeurs et trouve rapidement sa place auprès d’architectes parisiens, dont le grand Jacques-Germain Soufflot. Celui-ci, occupé par le chantier de l’église Sainte-Geneviève (actuel Panthéon), le prend sous son aile. Mais Soufflot meurt en 1780. Dix ans plus tard, les bouleversements révolutionnaires font disparaître la riche clientèle que Lequeu avait tenté de courtiser. Désormais employé de bureau au Cadastre, il tente en vain de remporter des concours d’architecture, mais doit se résigner à dessiner des monuments et des « fabriques » dont il pressant qu’ils ne sortiront jamais de terre. Ce qui en même temps le libère des contraintes techniques et fait souffler un vent de folie sur ses travaux. Fort de sa technique précise de l’épure géométrique et du lavis, et à défaut de voir réalisés ses projets, il décrit scrupuleusement des édifices au milieu de paysages d’invention.

L’Île d’amour et repos de pêche

Ce voyage initiatique au sein d’un parc imaginaire, qu’il accomplit sans sortir de son modeste logement parisien, est nourri de figures et de récits tirés de références littéraires. Il conduit ainsi le visiteur de temples en buissons, de grottes factices en palais, de kiosques en souterrains labyrinthiques.

Autoportrait, dessin à la plume

Le dessinateur se portraiture à de nombreuses reprises et réalise des physionomies qui témoignent de ses recherches sur le tempérament et les émotions des individus. Ainsi, pour Lequeu, il s’agit de tout voir et de tout décrire, de l’animal à l’organique, du fantasme et du sexe cru à l’autoportrait, et au-delà, de mener une véritable quête afin de mieux se connaître lui-même.

Géométrie du visage – Frontispice de la nouvelle méthode 

L’exposition se termine sur une série de dessins blasphématoires ou irrévérencieux, oscillant entre idéalisation héritée de la statuaire antique et naturalisme anatomique.

Le caractère paradoxal de cet artiste de génie a fait l’objet d’interprétations physionomiques et d’analyses psychanalytiques. Les historiens ont vu ou voient en lui un esprit extravagant, curieux de tout. Son imagination a paru féconde ou maladive à certains, il a été qualifié tour à tour de maniaque, névropathe, pervers.

Même si peu d’architectes ont laissé autant d’autoportraits, Jean-Jacques Lequeu garde sa part d’ombre.

Et nous aussi nous serons mères

  • Avenue Winston-Churchill Paris 8e – 01 53 43 40 00

M° Champs-Élysées Clemenceau ou Franklin D. Roosevelt

Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturne les vendredis jusqu’à 21h – www.petitpalais.fr

11 ou 9 € – Gratuit jusqu’à 17 ans inclus.

 

Catalogue sous la direction de Jean-Philippe Garric et Martial Guedron. Norma éditions et BnF éditions. 192 p., 180 illustrations 39 € 

À lire également : Jean-Jacques Lequeu – Dessinateur-architecte par Philippe Duboÿ – Ed. Gallimard

Un sac de billes – Hommage à Joseph Joffo

 

Article mis en ligne en 2017

adapté du roman de Joseph Joffo (1931- 2018) – Récit Kris, dessin Vincent Bailly – Ed. Futuropolis  

Ce pourrait être une saga.

Il y eut d’abord le légendaire grand-père, Joseph, qui vivait prospère et heureux dans un petit village près d’Odessa, jusqu’à ce que les premiers pogroms éclatent en1905. Quand les bataillons tsaristes vinrent prêter main-forte à la populace déchaînée, commença pour lui et sa famille un exode à travers l’Europe, non dépourvu cependant de rires, de beuveries, de larmes et de mort.

Son arrivée dans un pays dans lequel on pouvait lire au fronton d’une grande maison de village « Liberté, Égalité, Fraternité » mit un terme à son périple. Il y posa ses valises et se mit à l’aimer comme le sien.

Le père Joffo dut également quitter son pays, la Russie. Pour renforcer ses troupes, le tsar envoyait ses émissaires ramasser de jeunes garçons pour les enrôler. Son père lui enjoignit de prendre la fuite sans attendre et de se débrouiller, à sept ans, il était un petit homme. Son périple l’amena à Paris, où il s’établit coiffeur pour hommes.

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Les enfants Joffo, Joseph et Maurice, passaient une enfance insouciante, rue Marcadet. Quand il fallut  coudre une étoile jaune au revers de leur veste et renoncer à prendre le train ou aller au cinéma, leur père déclara : « C’est à votre tour aujourd’hui, le courage c’est de savoir partir. » Le but du voyage était Menton, en zone libre, où Albert et Henri, leurs aînés, avaient trouvé refuge. Pour cela il s’agissait de passer d’abord la ligne de démarcation à Hagetmau, dans le département des Landes.

MEP_SDBILLES_240x300ok.qxd:Mise en page 1Ce qui apparut comme une folle aventure à Joseph et Maurice, commença avec cinq mille francs en poche – pour eux, une fortune – et la promesse solennelle faite de ne jamais, jamais, avouer leur judéité.Dès la gare de Bercy, il fallut jouer des coudes dans les trains bondés, compter sur son jeune âge pour susciter la protection des adultes, et bien sûr mentir, ne jamais avouer qu’on voyage seuls.
Leur spontanéité d’enfants les sert quand ils se laissent aller, par exemple, à faire confiance à un inconnu qui propose un rabais conséquent sur le prix du passage, en échange d’une tournée de livraison de viande. Ou bien quand, au mépris du danger, Maurice se fait passeur occasionnel pour que leur pécule ne fonde pas trop vite.

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Le corps forcit avec les kilomètres qu’il faut bien faire à pieds, l’assurance s’affirme au gré des rencontres et l’esprit s’aiguise pour imaginer des astuces qui permettent de déjouer les pièges que tendent la police française et l’occupant. Il n’y a guère que les prostituées de Marseille pour provoquer l’effroi des gamins, tant ces dames sont offensives.
Malgré tout, l’enfance est encore prête à s’émerveiller devant la mer que l’on découvre.
Ils finissent par arriver sains et saufs à Menton. Mais le périple est loin de s’arrêter là. Il faudra encore repartir, cette fois pour Nice, retrouver la famille réunie suite à la libération rocambolesque par le frère aîné des parents arrêtés et en instance de déportation.

Sans ressources régulières, comment survivre si ce n’est en devenant expert en système D ? Ce qui est grandement facilité par le règne de la « combinazione » instauré par l’armée d’occupation italienne.
Quand celle-ci laisse la place à l’armée allemande, les rafles contraignent la famille à se séparer à nouveau, et les deux frères à se fondre dans l’anonymat d’un camp de jeunesses pétainistes.

C’est le moment de s’endurcir à nouveau et comme les espions, de s’inventer une identité, des adresses, des parents. Et cela tombe bien car, lors d’une sortie à Nice, les deux enfants ne peuvent échapper à une souricière tendue par les nazis. Seul, le culot permettra à Maurice, fidèle au serment fait à son père de nier leur judéité, de trouver le moyen de convaincre un bon curé niçois de venir apporter au commandant deux certificats de baptême.

La fuite à nouveau, cette fois à Aix-les-Bains, dans un restaurant pour Maurice, dans une librairie pétainiste pour Joseph. Les épreuves ont tant marqué ce dernier qu’il ne trouve plus suffisamment de larmes pour pleurer la mort de son père. Elle précède de peu la libération du village.
Reste à savoir ce qu’ils retrouveront rue Marcadet…

L’ensemble des planches est richement coloré, décors et personnages sont extrêmement bien figurés par un trait précis et dynamique.
Parue sous la forme d’un récit en 1973, cette histoire de formation donna lieu à deux adaptations cinématographiques : la première réalisée par Jacques Doillon en 1975, la seconde par Christian Duguay en 2017. Joseph Joffo, qui avait dix ans en 1941, est écrivain, acteur et continue à raconter son histoire. Il vient de mourrir à l’âge de 87 ans.

Nicole Cortesi-Grou

126 p., 20 €

Expo Milton H. Greene

Communiqué

du 12 décembre 2018 au 27 février 2019 à la Galerie de l’Instant

Son nom est indissociable de celui de Marilyn Monroe, que le photographe de mode américain a sublimée dans les années 50, cependant, Julia Gragon, créatrice de la galerie, a tenu aussi à exposer d’autres portraits d’artistes réalisés par Milton Greene, peut être moins connus, mais non moins exceptionnels.

LOS ANGELES, 1953
© M. GREENE, COURTESY GALERIE DE L’INSTANT

Toutes ces photographies ont en commun une approche réaliste des stars photographiées, et même si ces femmes sont d’une beauté et d’un glamour affolants, elles ne doivent pas ce glamour aux robes, maquillages ou scénographie les entourant, mais bien à leur personnalité, et leur grâce, qui transparait de ces portraits.

AUDREY HEPBURN, 1955
© M. GREENE, COURTESY GALERIE DE L’INSTANT

C’est là que réside à mon sens le talent de Milton H. Greene, ce mélange de beauté et de sincérité. Il est évident qu’il respectait ses modèles et en faisait ressortir le meilleur, c’est-à-dire la profondeur, l’intensité, et le plus important : l’émotion, qui finalement est ce qui nous marque le plus en regardant ces images extraordinaires !

Galerie de l’Instant 46, rue du Poitou Paris 3e

01 44 54 94 09

Le lundi de 14h à 19h
du mardi au samedi de 11h à 19 h
et le dimanche de 14h30 à 18h30

MARLENE DIETRICH,
NEW YORK, 1952 © M. GREENE, COURTESY GALERIE DE L’INSTANT

Riad Sattouf – L’écriture dessinée

Bpi
14 nov. 2018 – 11 mars 2019

À propos de l’expo Riad Sattouf à la Bpi du Centre Pompidou…

Communiqué

Après les expositions consacrées à Art Spiegelman, Claire Bretécher ou Franquin, la Bibliothèque publique d’information (Bpi) rend hommage au travail du dessinateur et réalisateur Riad Sattouf, créateur de La vie secrète des jeunes, de Pascal Brutal, des Cahiers d’Esther et de L’Arabe du futur. Primé aux Césars en 2009 pour Les Beaux Gosses, l’auteur vient même d’entrer au Robert !

Les cahiers d’Esther Canal + depuis sept.

En librairie depuis sept. 2018 

Une année faste donc pour Riad Sattouf, puisque le créateur enchaîne au deuxième trimestre la publication du tome 4 de L’Arabe du futur, l’adaptation animée de ses Cahiers d’Esther, puis cette expo rétrospective à Beaubourg qui met en valeur son univers graphique, son regard acéré et tendre sur l’adolescence, la richesse de ses références, son art du récit et la dimension souvent autobiographique de ses travaux.

© R Sattouf/Bpi

© R Sattouf/Bpi

À tout juste 40 ans, Riad Sattouf a déjà derrière lui une oeuvre prolifique, tant dans les expressions artistiques que dans le style : du strip de presse au roman graphique, du film de science-fiction à la chronique sociale ou à la web série. D’une fine observation du réel, qui s’apparente parfois à la sociologie, Riad Sattouf tire des personnages, des histoires et des dialogues qui construisent un discours sur la société, ses structures et ses tensions. L’analyse des couleurs, du trait et des techniques permet un éclairage indispensable des univers foisonnants de l’auteur. Ses sources d’inspiration et son grand intérêt pour certains maîtres du dessin ou du cinéma viennent enrichir l’exposition, tout comme la diversité des éditeurs, auteurs et titres de presse avec lesquels il a collaboré… L’exposition déroule ainsi un itinéraire singulier, récit de soi, où le réel mais aussi la mémoire deviennent la matière du roman graphique.

© Riad Sattouf/Bpi

À travers planches originales, storyboards, croquis, calques et matériaux de travail, éditions originales et coupures de presse, photographies, objets personnels, extraits de film, c’est toute la relation entre le réel, le dessin et leur recomposition dans un récit qui est explorée dans un parcours d’exposition à la fois cruel et tendre, ludique et facétieux.

© R Sattouf/Bpi

L’exposition en trois parties (*) sera accompagnée d’une riche programmation associée (rencontres, conférences, projections, ateliers pour le grand public et les scolaires).

(*) L’observation du réel

– L’art graphique de Riad Sattouf

– L’autobiographie dessinée : L’Arabe du futur

Programme complet et infos sur le site www.bpi.fr.

Performance : À l’infini nous ressembler

À l’infini nous ressembler

Conception, texte, photographies, montage vidéo Jean-François Spricigo

Avec Anna Mougladis et Jean-François Spricigo

Extraits vidéo : D’amore si vive de Silvano Agosti 

Création du 07 au 17 novembre 2018 au Centquatre-Paris*

© Jean-François Spricigo

Communiqué

Que se trame-t-il derrière la rencontre entre deux individus ? Une attraction physique, intellectuelle, spirituelle ? Un dédale de déterminismes ? Un phénomène chimique ?

Jean-François Spricigo

Jean-François Spricigo, artiste associé au Centquatre-Paris met dans cette  performance fraîchement créée tous ses talents à l’œuvre pour tenter d’« atteindre la vérité de deux êtres enlacés par la vie ». 

L’écriture d’abord, parcellaire, musicale et visuelle, pour capter ces « instants de rien, éclats de silence ». La photographie ensuite, noire et blanche, grumeleuse et vibrante, pour frôler du regard « l’illumination [qui] aveugle les sourds ». La mise en scène enfin (v. ci-après).

La mise en scène enfin.

À l’infini nous rassembler, ce sont deux personnes, un homme et une femme, qui correspondent, séparées par un écran face public où se succèdent les images en mouvement. Leurs silhouettes se dédoublent en un jeu d’ombres qui étire leur rencontre et diffère le moment de l’étreinte.

 » Ils sont deux, Masculin et Féminin, ils sont trois, enlacés par la Vie, ils sont le début et la fin, ils sont tout dans ce monde et ils ne sont rien. Chacun ensemble, à l’infini nous rassembler. « 
© Jean-François Spricigo

Jean-François Spricigo murmure que le mystère d’une rencontre s’échappe toujours dans un ailleurs, et pour un temps, dans la voix de son interprète Anna Mouglalis, en parfaite osmose avec cet interstice clair-obscur.

© Jean-François Spricigo

Accompagné de la comédienne, il propose une fenêtre singulière sur le monde. Visions et ombres s’éclairent et les éclairent, jusqu’à enfin se retrouver.

À travers un dispositif d’images éthérées, se construit pas à pas la présence.

Comment faire éclore une rencontre ?

Pour atteindre la vérité de ces deux êtres, j’ai désiré le clair-obscur afin de cheminer en exacerbant les sens, une tentative d’extrême conscience, dit le photographe.

Exploration sensible sur le fil des mots et des images. Promenade funambule au gré du vent, approcher l’expérience de sa caresse et sentir le souffle des précipices quand vient la chute.

  • 5, rue Curial Paris 19è – M° Riquet. Bus 54/60
  • 01 53 35 50 00 

15/12/10 €

 

L’Araignée de Mashhad

Coup d’œil…

 

de Mana Neyestani (texte et dessin) – Ed. çà et là © / Arte Editions, 2017 

Traduit du persan par Massoumeh Lahidji.

« Ces femmes valent moins que des bêtes. » C’est parce qu’il se sent investi d’une mission de purification de sa ville que Saïd Hanaï, humble maçon sans histoires, assassine seize prostituées, entre 2000 et 2001.

L’histoire se passe à Mashhad, deuxième ville d’Iran et haut-lieu du chiisme. Le dessinateur et illustrateur iranien Mana Neyestani (qui vit exilé à Paris) s’est inspiré, pour la raconter en images, d’un documentaire réalisé à l’époque par deux journalistes iraniens (eux-mêmes exilés par la suite).©

Le récit suit l’entretien filmé par les journalistes avec le tueur en série, surnommé « L’araignée de Mashhad ». Tout en multipliant les éclairages, il donne la parole à sa femme, à son fils, au juge qui l’a arrêté, à la fille d’une des victimes, etc.

Chacun apporte son point de vue à une affaire criminelle qui révèle les ambiguïtés d’un pays converti à la religion d’Etat vingt ans plus tôt, mais embourbé dans des guerres (Saïd Hanaï est un vétéran traumatisé de la guerre Iran-Irak des années 1980) et une crise sociale qui culmine dans cette région où l’opium, venu d’Afghanistan, fait des ravages. Et où la prostitution se développe sur le terreau des inégalités et de l’injustice sociale.

Alors, Saïd est-il un assassin ou un héros ? Ce roman graphique révèle, de manière cruelle, les petites hypocrisies d’une société coincée entre les devoirs moraux imposés par la religion et la réalité des êtres humains.

Franck Podguszer

164 p., 18 €

L’auteur:

© Cartooning for peace

Né à Téhéran en 1973, Mana Neyestani a une formation d’architecte, mais il a commencé sa carrière en 1990 en tant que dessinateur et illustrateur pour de nombreux magazines culturels, littéraires, économiques et politiques. Il devient illustrateur de presse à la faveur de la montée en puissance des journaux réformateurs iraniens en 1999.
 En 2000, il publie son premier livre en Iran, Kaaboos (Cauchemar), qui sera suivi de Ghost House (2001) et M. Ka’s Love Puzzle (2004). Catalogué comme dessinateur politique, Neyestani est ensuite contraint de faire des illustrations pour enfants. Celle qu’il a réalisée en 2006 a conduit à son emprisonnement et à sa fuite du pays. Entre 2007 et 2010, il vit en exil en Malaisie, en faisant des illustrations pour des sites dissidents iraniens dans le monde entier.

Dans la foulée de l’élection frauduleuse de 2009, son travail est devenu une icône de la défiance du peuple iranien. Il publie en France le récit de son emprisonnement et de sa fuite d’Iran, intitulé Une Métamorphose Iranienne (çà et là / Arte, 2012). Puis en 2013, Tout va Bien !, un recueil de dessins de presse.  En 2015, son Petit manuel du parfait réfugié politique  paraît aux Ed. çà et là / Arte.

Mana Neyestani a remporté de nombreux prix iraniens et internationaux, et plus récemment, le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International ).

Membre de l’association Cartooning for Peace, il a reçu le Prix international du dessin de presse, le 3 mai 2012, des mains de Kofi Annan et le Prix Alsacien de l’engagement démocratique en 2015.
Mana Neyestani vit à Paris avec sa femme depuis 2011.

 

Théâtre : Réparer les vivants

 

d’après le roman de Maylis de Kerangal – Version scénique et mise en scène Sylvain Maurice – Théâtre de Sartrouville, du 3 au 6 octobre (reprise)*

Avec  Vincent Dissez et Joachim Latarjet

Maylis de Kerandal

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. » 

Simon, 19 ans, et ses deux amis se damneraient pour LA vague, celle qui explose sous leur planche et qu’il leur faut dompter. 

Ils ont l’habitude de se retrouver sur la plage du Havre sans avoir rien planifié, après avoir jeté un coup d’œil sur la météo.

Ce matin-là, ils vont une nouvelle fois défier la mer.

À leur retour, le conducteur du van, Chris, perd le contrôle du véhicule. Alors tout s’enchaîne, Simon est déclaré en état de mort cérébrale et ses parents autorisent le don d’organes.

Le récit suit alors le parcours de son cœur et les étapes d’une transplantation qui va bouleverser de nombreuses existences. En vingt-quatre heures, la tragédie, qui verra l’enterrement d’un mort, verra aussi comment on répare les vivants.

À propos du spectacle :

Comme de très nombreux lecteurs, j’ai été bouleversé par ce récit. Une des raisons est certainement sa dimension vitale, vivante et, osons le dire, heureuse. Le projet de Maylis de Kerangal s’inspire d’une phrase de Tchekhov dans Platonov : « Enterrer les morts, réparer les vivants ».

Après le deuil vient l’espoir : comment la greffe du cœur de Simon va redonner vie à Claire, qui était sur le point de mourir… 

Réparer les vivants est un grand livre grâce à son style : une langue magnifique, une narration haletante, des personnages hauts en couleur ; c’est une œuvre très théâtrale du point de vue des émotions, et en même temps, très précise et très documentée sur le plan scientifique et médical ; c’est aussi une œuvre réaliste et drôle quand l’auteur décrit le monde de l’hôpital. À certains égards, Maylis de Kerangal se fait anthropologue en abordant des questions comme la place de la mort dans nos sociétés, la sacralité du corps, l’éthique en médecine… Dire ce texte au théâtre, l’habiter, le traverser est une évidence. Sa langue musicale, rythmique, toujours portée par l’urgence en fait un texte physique, organique pour les acteurs. Sylvain Maurice

Sylvain Maurice, directeur de CND de Sartrouville, reprend pendant quelques jours le spectacle qu’il a créé en 2016, et qui porte haut le récit vital et magnifique de Maylis de Kerangal. Le dispositif scénique est spectaculaire : en déséquilibre sur un tapis roulant, Vincent Dissez endosse tous les rôles, toutes les voix intérieures décrites dans le roman de Maylis de Kerangal. Il raconte cette course contre la montre, tissée d’histoires intimes et de pratiques cliniques. Le comédien se tient au centre de la scène sur le sol mouvant, comme un athlète (un boxeur ? un sprinter ?) qui sait qu’il va devoir se confronter à un adversaire redoutable. Il est accompagné en direct à la guitare et au trombone par le musicien Joachim Latarjet. Les deux interprètes deviennent ainsi les maillons d’une chaîne, dont on mesure à chaque instant la fragilité et la force.

  • Place Jacques Brel 78505 Sartrouville – 01 30 86 77 79 (de 14h à 18h30) 

Adultes de 28 à 15 € – Enfants 10 et 8 €

Tournée :

– 6 novembre  – Théâtre d’Evry et de l’Essonne – Agora Desnos, scène nationale. 01 60 91 65 60

– du 21 novembre au 1er décembre – Théâtre national de Strasbourg 03 88 24 88 00

– 5 décembre – Agora de Boulazac 05 53 35 59 65

 

L’Archéologie – en bulles –

© Enki Bilal

Petite galerie du musée du Louvre Paris – Espace d’éducation artistique et culturelle (aile Richelieu). Du 26 septembre 2018 au 1er juillet 2019

Chaque année, l’Espace d’éducation artistique et culturelle du musée du Louvre propose un nouveau thème en lien avec les programmes scolaires. Un choix d’œuvres, mêlant les époques et les différentes formes d’art, vise à sensibiliser le regard du public, invité à poursuivre sa visite dans les collections, grâce à des propositions de parcours.

Cette année l’exposition de la Petite galerie fera dialoguer l’archéologie et la bande dessinée, art invité pour cette 4è édition.

© Jacques Tardi

Période glacière Nicolas de Croissy ©

Une centaine d’œuvres et une sélection de planches d’auteurs inspirés par l’archéologie (Marion Montaigne, Jul, Enki Bilal, Nicolas de Crécy, Emmanuel Guibert…) permettront d’une part aux visiteurs de s’approprier la démarche de l’archéologue et de l’autre de comprendre comment, à leur tour, les auteurs de BD se sont emparés de ce vaste champ d’étude qu’est l’archéologie.

Se glisser dans les pas des curieux, amateurs et archéologues épris d’Antiquité, découvrir fortuitement des « trésors », exhumer des objets enfouis à différentes époques, les classer puis essayer de les interpréter, autant d’étapes qui seront l’occasion de montrer comment le 9e art s’approprie, entre réel et fiction, les découvertes archéologiques à l’origine des collections du Louvre.

Une centaine de planches vont ainsi raconter aux visiteurs les méthodes de la fouille, de la recherche de vestiges matériels des civilisations anciennes.

© Marion Montaigne

Les quatre salles* du parcours conçu par Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, et Fabrice Douar, responsable éditorial au service de la médiation et de la programmation culturelle du musée, illustreront quatre thématiques distinctes : « Artistes et archéologues », « Trésors archéologiques », « Classer pour comprendre » et « Interpréter et rêver ».

  • La première salle sera consacrée à la question du dessin comme outil commun à l’archéologue et à l’auteur de BD.
  • La deuxième proposera une variation autour des notions de trouvailles et de trésors, illustrées par des objets issus des collections du Louvre.
  • La troisième salle évoquera la méthodologie de la recherche et son pendant dans la construction de l’univers d’un héros de BD.
  • La quatrième salle portera sur l’importance du rêve et de l’imaginaire, dans le travail du dessinateur comme dans celui de l’archéologue.

Pour accompagner cette exposition, l’auditorium du Louvre proposera différentes conférences, ainsi qu’un cycle de films portant sur le thème « Aventure et archéologie », ainsi qu’un stage BD pour les 8-12 ans et 12 ans et plus (24, 25 et 26 octobre, vacances de la Toussaint).rLes cycles d’ateliers sont en vente exclusivement à la Fnac et sur www.fnac.fr

  • Horaires de l’expo : de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

Tarif unique d’entrée au musée : 15 €.

Gratuit pour les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidents de l’U.E. Achat en ligne : www.ticketlouvre.fr  www.louvre.fr #PetiteGalerie #ArcheoEnBulles

© Florent Chavouet

 

Zao Wou-Ki, « L’Espace est silence » au Musée d’Art moderne (suivi de) Willy Ronis… joue les prolongations

« Les gens se définissent par une tradition. En ce qui me concerne, deux traditions me définissent. » Z W-K  赵无极

L’exposition qui se tiendra au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 6 janvier 2019 est la première manifestation de grande ampleur consacrée au peintre franco-chinois dans la capitale depuis quinze ans.


Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont en effet demeurées trop rares à Paris. L’exposition souhaite en renouveler la lecture et invite à une réflexion sur le grand format.

Le parcours sur quatre salles débute au moment où Zao Wou-Ki adopte une expression nouvelle, « abstraite » – terme trop restrictif à ses yeux – avec l’œuvre de 1956 intitulée Traversée des apparences. Cette étape décisive précède un premier séjour aux Etats-Unis l’année suivante, qui le conforte dans la quête d’un espace toujours plus vaste.

Traversée des apparences. 赵无极, 1956
© Bouchard – Zao Wou-Ki

Artiste au croisement de plusieurs mondes, Zao Wou-Ki quitte la Chine en 1948 pour venir à Paris, au moment où l’« art vivant » commence à se partager entre les États-Unis et la France. Son œuvre traverse les débats esthétiques qui marquent le développement de l’art moderne et, s’il appartient à une scène parisienne qu’il apprécie, il perçoit très tôt la vitalité de la peinture américaine. Progressivement, il renoue aussi avec certains traits de la peinture chinoise dont il s’était volontairement écarté.

Hommage à Matisse. 赵无极, 1986

Ses rapports avec le monde extérieur sont faits de découvertes et de voyages, de rencontres fécondes, dont les premières furent avec Henri Michaux et le compositeur Edgar Varèse. Poésie et musique demeureront pour lui deux pôles d’attraction permanents, comme une tension nécessaire avec la peinture – donnant sens, à mesure que son art s’affirme, à l’expression que l’artiste a inspirée très tôt à Michaux : L’espace est silence.

« L’espace est silence.
Silence comme le frai abondant tombant lentement en eau calme. Ce silence est noir. » (…) Henri Michaux

Hommage à Edgar Varèse. 赵无极, 1964
© Bouchard – Zao Wou-Ki

En insistant sur la portée universelle de son art et sur sa place aux côtés des plus grands artistes de la deuxième moitié du XXe siècle, le Musée d’Art moderne présente sur quatre salles une sélection de quarante œuvres de très grandes dimensions dont certaines, comme un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées.

Hommage à Claude Monet. 赵无极, 1991

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 10-12, avenue de New York, Paris 16è – M° Alma Marceau, Iéna – 01 53 67 40 40

Entrée 5 à 12 €

 

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

Prêts pour le voyage ?

Jean Marc Boissé

121, rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 – M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h – Entrée libre.