Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

Théâtre : Le Quatrième mur

d’après le roman de Sorj Chalandon (Prix Goncourt des lycéens 2013) – Mise en scène Julien Bouffier – Avec Yara Bou Nassar, Alex Jacob, Vanessa Liautey et Nina Bouffier (les  18, 19 et 20 mai), Paloma Dumaine (les 15, 17 et 24 mai), Jade Hernandez (les 16, 22 et 25 mai), Iocha Koltès (les 13, 23 et 26 mai)
Théâtre Paris-Villette  Paris 19e – Jusqu’au 26 mai.

Dans l’obscurité la plus totale, un faisceau lumineux balaye l’espace, cherchant à se frayer un chemin vers la scène, où se détache une silhouette masculine, longiligne. Crâne rasé, corps émacié, Sam (Alex Jacob) est malade, en fin de vie. Un cancer ronge ses dernières forces. Brune, svelte, lumineuse, son amie (Vanessa Liautey), sa compagne de toujours, le rejoint. Elle vient d’apprendre via la presse la terrible nouvelle. Face à l’inéluctable, il lui demande de reprendre son impossible projet de monter Antigone d’Anouilh, au cœur de la capitale libanaise, en demandant à chacune des communautés religieuses présentes dans la ville d’y participer. On est en 1982, Beyrouth est à feu et à sang. Un rien, une étincelle pourrait embraser l’antique cité. 

Jeune, belle, la metteuse en scène accepte le défi. Sans réfléchir, elle fonce. Quelques doutes bien sûr vont l’assaillir, ils seront brefs. Des cimaises du théâtre, une immense toile blanche, presque transparente, tombe. Paris, son foyer, sa fille, sont déjà loin. Les images qui défilent montrent une ville portant les stigmates d’une violence inouïe d’une guerre civile entre chrétiens et musulmans. Malgré tout, sa détermination ne faiblit pas. Il en va d’une promesse à un mourant.

Bien que personne ne croit à la réussite de l’entreprise, elle va à la rencontre, à ses risques et périls, des représentants de chaque faction, chaque communauté religieuse, afin de les convaincre de l’utilité de cette singulière démarche et d’accepter un cesser-le-feu le temps de l’unique représentation. Réussissant l’impossible, elle réunit les comédiens, commence les répétitions sur le toit d’un vieux cinéma situé au cœur de Beyrouth, en plein sur la ligne qui sépare la ville en deux. Les images défilent en filigrane, enveloppent le corps de cette frêle jeune femme, prête à tous les sacrifices. Mais l’impensable va se produire. La tragédie antique va être percutée de plein fouet par l’indicible et sanguinaire drame du massacre de Sabra et Chatila.

Écrivain et journaliste, Sorj Chalandon fut l’un des premiers reporters de guerre occidentaux à pénétrer, en septembre 1982, dans le camp de réfugiés palestiniens après les exactions. Cette macabre expérience le marqua à jamais. Mais comment raconter l’indicible horreur ? En couchant sur le papier immaculé ce que sa conscience engourdie, atone, n’arrive plus à exprimer. Mêlant fiction et réalité, engagement politique et militantisme, il signe un texte fort, puissant, cru, où la beauté des mots, des images, se fracasse contre la barbarie sanguinaire de la bête inhumaine, immonde que les guerres (de religion) engendrent.

S.C. à propos du Quatrième mur (5’13)

S’emparant de ce roman, où s’entremêlent bons sentiments et haines meurtrières Julien Bouffier signe une pièce coup de poing qui fissure, brise en mille morceaux le quatrième mur, barrière infranchissable entre la scène et la salle, et met K.O. Usant avec ingéniosité de la vidéo – tous les comédiens participants y sont poignants de vérité, de justesse – , il invite à ce voyage entre passé et présent, entre rêve d’un monde meilleur et cauchemar d’une actualité chaque jour plus sanglante. Sur une scène dépouillée, il convoque la vie, la mort, l’amour, l’amitié, la douleur, la perte.

Envouté par le jeu bouleversant, ténébreux de Vanessa Liautey, dont la voix suave ensorcèle et panse les fêlures infligées à nos esprits, troublé par la présence lumineuse de Yara Bou Nassar et captivé par la musique jouée « live » d’Alex Jacob, on se laisse submerger par nos émotions. Secoué par ce terrible récit, abasourdi, on laisse nos cœurs pleurer, nos larmes couler

Avec douceur et infini respect, Julien Bouffier donne effroyablement vie au terrifiant témoignage de Sorj Chalandon et offre à ce Beyrouth balafré, défiguré, une Antigone à bout de souffle, exsangue, mais debout et combattante. Derrière l’horrible tragédie de ce monde malade et gangrené par les religions et les guerres de pouvoir, de domination, un vent d’espoir renaît, la vie reprend lentement ses droits.

 21,45 € à 12,95 €
Réservations : 01 40 03 72 23 
Crédit photos : © Marc Ginot

 

Avignon 1968 et le Living Theatre (suivi de) Jean Vilar 1947

5’55  » In « Les Voix d’Avignon » de Bruno Tackels – France Culture – Ed. du Seuil

 

Avril 2018 – Ed. Deuxième Époque

Des regards croisés sur les crises secouant régulièrement le monde de la culture — comme celles que le festival a connues plus tard (suite aux mouvements des intermittents).

Des témoignages personnels permettant une restitution éclectique des événements de Juillet 68 à Avignon

Entretiens réalisés par Émeline Jouve.

Extraits :

« En 68 j’avais 17 ans et comme cadeau pour avoir réussi mon bac, ma mère m’a offert trois jours en Avignon ! De ce cadeau je rêvais, mais ma mère qui avait en tête toutes les images qui passaient sur l’unique chaîne de télévision de l’époque — les Beatniks, le Living, les filles à poil, les mecs maquillés — était convaincue que si je voulais aller là-bas, c’était dans la seule intention de me droguer. C’est vrai que j’y pensais, mais enfin, bon, j’étais encore presque au berceau, ignorant tout de la vie et bien loin d’être le beatnik camé qu’elle était terrorisée que je devienne ! Alors, pour éviter le pire, elle m’avait trouvé un séjour CEMÉA qui exigeait que l’on se couche à dix heures du soir, ce qui était une monstruosité puisqu’à Avignon c’est à cette heure-là que tout commence. » Philippe Caubère

« Pour la bande à Jean-Jacques Lebel qui avait décidé de prolonger Mai 68 à Avignon, le Festival était un « supermarché de la culture ». Lebel et ses copains ne réussiront pas en Avignon ce qu’ils avaient réussi avec la prise de l’Odéon, que Lebel rêvait de rebaptiser “Théâtre Rosa Luxemburg”. Ce qu’ils ne voyaient pas, ou ne voulaient pas voir, est que Jean Vilar était du côté de la jeunesse, et quand il a pris position par rapport aux grévistes de mai, il l’a fait en prenant ses responsabilités, ce qui n’est pas rien. » Lucien Attoun

« Ce soir-là, il faut quand même dire que j’ai vu le spectacle du Living, Paradise Now, quand tout s’est enfin calmé. Il y avait des choses intéressantes. Dès l’ouverture, ils descendaient l’allée au milieu du public. Quand vous pensez que le jour de la première, c’était la petite bourgeoisie avignonnaise qui venait, vous vous imaginez les réactions ! Beck et les autres se baladaient parmi le public et disaient “je n’ai pas le droit de fumer du haschich” et ils fumaient, “ je n’ai pas le droit d’ôter mes vêtements” et ils ôtaient leurs vêtements : alors les gens, enfin certains, étaient affolés et d’autres carrément méchants, mais méchants au-delà du raisonnable ! » Jack Ralite

Si l’Histoire a accueilli dans son rang la révolution de Mai 68, celle du mois de juillet qui traversa le Festival d’Avignon semble avoir été reléguée à sa marge. Pourtant, la XXIIe édition du festival, sous la direction de Jean Vilar, déchaîna les passions avec la même intensité que celles qui habitaient et agitaient les acteurs des contestations printanières ayant ébranlé le pays jusqu’à la dissolution de l’Assemblée. Se rejouait à Avignon la révolution alors étouffée par Charles de Gaulle, et le festival devint ainsi le théâtre de tensions entre les ennemis du « supermarché de la culture » et les défenseurs d’une conception vilarienne du théâtre populaire. Le Living Theatre, invité à présenter trois pièces — dont la création de Paradise Now — cristallisa beaucoup de ces tensions de par ses prises de position. Avignon 1968 et le Living Theatre est une immersion dans ce mois d’été 1968 avignonnais : un voyage dans le temps pris en charge par des témoins ayant vécu les évènements de juillet et dont les entretiens sont retranscrits dans ce volume, mais aussi par ceux qui sont revenus sur cette période passionnée par le biais de la fictionnalisation.

La réactualisation de ces souvenirs rend compte de crises continuant à secouer un monde de la culture qui n’a de cesse d’interroger les rapports entre l’art et le politique (l’institution, la révolution) mais aussi entre l’art et le poétique (le beau, le transcendant).

192 p., 19 €

Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre, de l’Institut national universitaire Jean-François Champollion et de l’EA CAS de l’université Toulouse Jean-Jaurès. Les éditions Deuxième époque sont subventionnées par la région Occitanie.

 » Il était une fois un homme et une ville qui se rencontrèrent et eurent un enfant nommé Festival… »

(4’53)

Introduction Bernard Dort (1986) lue par Anne Alvaro (INA)

Jean Vilar (INA)

Illustration musicale Miles Davis

Tout commence en septembre 1947, avec une exposition d’art contemporain (Balthus, Giacometti, Miro, Mondrian, Picasso…), deux concerts de musique ancienne et contemporaine dirigés par Roger Desormière, et trois créations dramatiques, sous la direction artistique de Jean Vilar : La Tragédie du roi Richard II de Shakespeare, L’histoire de Tobie et Sara de Paul Claudel et La Terrasse de midi de Maurice Clavel.

Les deux premières pièces sont jouées en plein air, dans la cour d’honneur du palais des Papes, la troisième au théâtre municipal.

L’année suivante, Vilar décide de poursuivre l’aventure pendant une semaine, mais cette fois en juillet. Il sent que dans ce lieu privilégié, des choses exceptionnelles pourront se passer. 

© Jacno

Ce n’est tout d’abord pas la ruée, mais le futur directeur du T.N.P. (1951-1963) a trouvé son espace et le moyen d’inventer une nouvelle manière d’habiter la scène et d’y faire résonner la parole des poètes, afin, dit-il, que « dans les murs de ce palais, imposant dans la nuit la quiétude de sa force, nous donnions des spectacles capables de se mesurer, sans trop déchoir, à ces pierres et à leur histoire ». Pendant des années, la représentation théâtrale va se concentrer sur la cour d’honneur et le Verger Urbain V, mais la cité va ensuite devenir une ville-théâtre qui s’étendra bien au-delà de ses remparts. C‘est cette alchimie romantique – poète-acteur-public – qui, été après été, demeure et perpétue depuis soixante-dix ans le miracle d’Avignon.

A.C.

 

Expo : Plantu 50 ans de dessin de presse à la BnF François Mitterrand

En une cinquantaine d’années, le dessinateur de presse Plantu a réalisé des milliers de dessins publiés dans de nombreux journaux. C’est à la Bibliothèque nationale de France qu’il a choisi de confier cet important fonds, véritable illustration de l’actualité française et internationale de ce demi-siècle écoulé.

À l’occasion de cette entrée exceptionnelle dans les collections de la Bibliothèque, quelque 150 pièces, dont une centaine de dessins originaux, sont présentées dans la Galerie des donateurs. L’exposition permettra de saisir l’évolution graphique de Plantu, mais aussi d’apprécier son talent de sculpteur humoristique et son engagement à défendre les dessinateurs de presse du monde entier par le biais de l’association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006.

Après la publication de premiers dessins à la fin des années 1960, dans des journaux de tendances différentes – La Vie du Rail ou Bonne soirée, Le Pèlerin, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo… – Jean Plantureux, alias Plantu, retient l’attention avec un dessin de presse sur la guerre du Vietnam, publié dans le journal Le Monde en 1972, alors qu’il n’a que 21 ans (ci-dessus) : coup d’envoi d’une longue carrière de dessinateur caricaturiste d’actualité qui a accompagné le parcours du quotidien.

À partir de 1985, André Fontaine, directeur du Monde de l’époque, décide de le publier en Une et en exclusivité : c’est ainsi que Plantu devient le dessinateur attitré du célèbre quotidien du soir.

En 1991, il entre à l’Express où ses dessins sont publiés en pleine page, jusqu’en 2017.

L’exposition présente une centaine de dessins originaux, parmi lesquels des inédits, des études et croquis préparatoires, ainsi qu’une cinquantaine d’impressions couleurs. Cet ensemble permet d’apprécier différentes facettes du travail de l’artiste : son graphisme, du plus épuré au plus illustratif, ses dessins audacieux jusqu’au burlesque, facétieux jusqu’à l’insolence, émouvants jusqu’à l’hommage respectueux. On voit naître et évoluer les animaux fétiches de Plantu, la colombe et la souris, mais aussi tout un bestiaire où l’on retrouve les figures clé du monde politique d’hier et d’aujourd’hui.

En tant que journaliste, Plantu observe et commente les décisions gouvernementales et les faits de société ; en tant qu’humoriste, il se joue des personnages, les transposant, en quelques traits d’une tendre cruauté, dans des univers cocasses, souvent plus révélateurs et percutants que de longs discours. Pour lui, le dessin de presse est l’art nécessaire du dérapage : il faut aller loin dans la provocation mais s’arrêter à temps, pour ne pas blesser gratuitement ou toucher à la vie privée.

Critique à l’égard des choix des hommes et femmes de pouvoir, il l’est, attirant l’attention sur leurs contradictions ou leurs mensonges : sous son crayon, la planète ressemble à un gros ballon coupé en deux et asphyxié, les rapports entre les populations se soldent par des murs que l’on monte ou que l’on détruit et des ponts que l’on jette entre deux pays avec un espoir fragile. En faisant pénétrer les lecteurs dans d’improbables salles de classes, Plantu insiste avec élégance sur le rôle essentiel de la culture et de l’éducation, pour une lutte sans merci contre l’ignorance, source de violence et de barbarie.

Il s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et nous présente les mille et une tribulations de Marianne, figure emblématique de la République française.

Habile dessinateur, rompu à toutes les astuces graphiques pour exprimer le mouvement, les sentiments et les émotions, Plantu ne cache pas son admiration pour des créateurs d’exception qui ont tissé l’imaginaire collectif, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la sculpture, ou de la bande dessinée (Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin, Hergé, Reiser, Goscinny et Uderzo…). Il leur rend hommage, les pastichant avec bonheur pour traduire les faits de société et les manœuvres politiciennes.

L’exposition complète cet ensemble avec la présentation de quelques Unes célèbres et une sélection d’albums, réunissant les dessins publiés au cours de l’année précédente ; on découvrira aussi un choix de sculptures, – juges, souris et présidents de la République (le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) – ainsi que des produits dérivés illustrés par Plantu.

Des enregistrements audiovisuels montrent l’artiste au travail, expliquant sa démarche en tant que dessinateur engagé, en prise avec ses crayons et ses feuilles pour restituer, dans la juste dérision, son sentiment à l’écoute des informations diffusées par les médias. 

Enfin, on pourra voir ou revoir des documents de l’association Cartooning for Peace, que Plantu a fondée en 2006, encouragé par Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et ancien Secrétaire général de l’ONU. L’association, qui compte aujourd’hui 162 dessinateurs de presse de tous les pays, s’est donné comme rôle de défendre la liberté d’expression à travers le dessin de presse, lors d’expositions itinérantes, de conférences et d’interventions dans les établissements scolaires.

Du 20 mars au 20 mai 2018

Galerie des donateurs
Quai François Mauriac, Paris 13e (ligne 14) 01 53 79 53 79

Du mardi au samedi 10h > 19h. Dimanche 13h > 19h
Fermeture les lundis et jours fériés

Entrée libre

 

Théâtre : Du côté de chez Colette

Depuis le 24 février

les 31 mars, 28 avril et 26 mai à 15h au Studio Hébertot*, dans le cadre des après-midi de sea art

Adaptation, conception et interprétation : Jenny Bellay

Musiques d’Erik Satie interprétées au piano par Léonce Langlois Favier.

Quelques notes des Gymnopédies glissent sous les doigts d’un très jeune pianiste.

Une vieille dame ridée, bouclée, vêtue d’un large pyjama à grosses fleurs se tient devant une table ancienne, un livre à la main.

Elle commence à lire, lève la tête puis récite : C’est un soir de Noël, Colette enfant, dans sa chambre glaciale, fait semblant de dormir, tandis que sa mère dépose devant la cheminée des paquets et deux bouquets de roses de Noël. Puis, Sido, cette mécréante, se ravise ; elle ne peut se rendre complice d’une duperie. Fleurs et présents seront disposés, le lendemain matin, près du bol de petit-déjeuner.

Les yeux de Jenny Bellay, profonds, vifs se promènent dans la salle, tels de petits projecteurs prenant à témoin les spectateurs. La voix de la comédienne se plie à toutes les inflexions que commandent les textes : grave, forte, murmurante, chantante, fragile, grinçante… On a raison de dire que ni la voix ni les yeux ne connaissent le temps. 

Dans un décor sobre, minimal, la magie déclamatoire opère, qui permet aux personnages de prendre corps, et soulignée par quelques gestes, nous fait suivre les dialogues cocasses entre Sido et sa fille, Colette et le capitaine, Colette et son frère Léo. Que le pianiste trinque avec la récitante suite à un éloge des vins nous fait regretter de n’être pas de la fête.

Le choix des textes associe ceux, connus, comme la lettre de Sido à Henri de Jouvenel, déclinant une visite pour cause de floraison d’un cactus rose (extrait audio ci-dessous), à d’autres qui le sont moins. Tel ce dialogue intérieur lors de la naissance de Bel Gazou, qui questionne anxieusement le miracle qu’est l’amour maternel.

La générosité du partage de la passion de Jenny Bellay pour son métier et pour Colette, la beauté des extraits de textes, la mélancolie des notes qui les soutiennent, font de cette heure un moment rare et enchanté.

Et nous ne pouvons que remercier Jenny Bellay qui nous donne, à la voir et à l’entendre, l’envie de relire Colette et de vieillir.

Nicole Cortesi-Grou

  • 78 bis bd des Batignoles Paris 17e – 01 42 93 13 04 – 20/15/10 €

Jenny Bellay invitée de Bernard Pivot lors de la création du spectacle au Petit Montparnasse en 1980 (archives INA).

 

 

 

Lectures publiques au Théâtre de la Huchette et au Théâtre 14

L’association Les Amis du Théâtre de la Huchette, soutenue par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques fondée en 1777 par Beaumarchais), propose très régulièrement la lecture publique d’une pièce inédite, afin de partager ses coups de cœur, et qui sait, provoquer la rencontre entre un auteur et un metteur en scène, un acteur, un théâtre…

– La Résistance et ses poètes d’après Pierre Seghers

Adaptation et mise en lecture Frédéric Almaviva

Avec Frédéric Almaviva, Grégoire BourbierLisa Livane

Le poète Pierre Seghers (1906-1987), résistant de la première heure, publia pendant toute la guerre une revue de poésie ouverte à toutes les plumes de la Résistance : Aragon, Eluard, Desnos, Tardieu, etc. 

En 1974, il publia La Résistance et ses poètes,  ouvrage de référence – à la fois récit historique et anthologie- sur les poètes et les écrivains engagés dans la Résistance    

  • Lundi 5 mars à 20h (Huchette)*

– Un amour de Frida Kahlo de Gérard de Cortanze

Mise en lecture Jean-Claude Idée

Avec Emmanuel Dechartre, Jean-Loup HorwitzKatia Miran

Mexico janvier 1937.  Léon Trotski et Natalia Sedova obtiennent l’asile politique au Mexique où Diego Rivera et Frida Kahloles hébergent. Entre l’exilé pourchassé par la Guépéou et l’artiste flamboyante naît une passion aussi vive qu’éphémère. Gérard de Cortanze, auteur de 80 livres traduit en 25 langues, est lauréat du prix Renaudot en 2002. 

Un amour de Frida Kahlo est sa première pièce de théâtre.

  • Lundi 12 mars à 20h (Huchette)

– La fille des Lumières de Jean-Claude Idée

Mise en lecture Jean-Claude Idée

Avec Annette Brodkom, Simon Willame

Printemps 1814. Germaine de Staël revient en France après 10 années d’exil tandis que Napoléon Bonaparte, son meilleur ennemi est exilé sur l’île d’Elbe. Elle retrouve à Paris Benjamin Constant, autrefois son amant, Madame Récamier, elle aussi fille de banquier, et François-René de Chateaubriand, à qui tout l’oppose pourtant, car il est catholique et royaliste. La fille de Necker devint l’égérie du romantisme en France et jeta les bases du libéralisme politique moderne.

  • Lundi 19 mars à 19h (14)**

– « Elles – alphabet » de Stanislas Cotton

Mise en lecture Hélène Cohen

Avec Emilie Chevrillon, Hélène HardouinPauline Vauvaillon

« Elles – alphabet », pour décliner ce que je crois savoir des femmes. Pour tenter l’esquisse d’un portrait de leurs conditions dans notre monde chaotique. Avec amour, avec tendresse, avec colère, avec passion et détermination… Dénoncer l’injustice, rapporter des faits, accuser les coupables. Tisser des histoires quotidiennes avec la matière de la langue. Appeler la poésie. Dire enfin que si les femmes sont les égales des hommes, l’égalité aujourd’hui tire parfois vraiment la gueule. » 

Stanislas Cotton

  • Lundi 2 avril à 20h (Huchette)

L’entrée est libre, mais il est indispensable de réserver:  

*Théâtre de la Huchette – 23 rue de la Huchette Paris 5e – M° Saint-Michel 01 42 49 27 90 ou amihuche@free.fr

** Théâtre 1420 Avenue Marc Sangnier, Paris 14e – M° Porte de Vanves 01 45 45 49 77

Expo : Artistes en exil

Jusqu’au 30 mars 2018 au Ministère de la Culture, Paris

Les vitrines de l’atelier des artistes en exil, comme autant de fenêtres sur les réalités du monde, invitent à ouvrir le regard, à appréhender l’impératif qui pousse des femmes, des hommes et des enfants au départ, au choix de l’exil et à ses épreuves, et à comprendre la détresse qui peut les saisir à leur arrivée. Elles déplacent la vision portée sur l’exil, la remettent en perspective à travers le prisme de l’art.

Venus d’Afghanistan, d’Iran, de République démocratique du Congo, de Soudan, de Syrie, les artistes des vitrines tendent au monde des miroirs. Leurs œuvres explorent les tréfonds intimes des notions de dignité et d’humanité ; questionnent les principes fondamentaux du droit d’asile.

L’atelier des artistes en exil (aa-e), structure unique en France, a pour mission d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner au regard de leur situation et de leurs besoins artistiques et administratifs, de leur offrir des espaces de travail et demonstration professionnelle afin de leur donner les moyens de se structurer et d’exercer leur pratique.

Fondé et dirigé par Judith Depaule et Ariel Cypel, l’aa-e occupe, à titre provisoire, au 102 rue des Poissonniers 75018 Paris, d’anciennes salles de formation (1000 m2) mises à disposition par Emmaüs Solidarité et la SCI Paris Poissonniers, transformées en ateliers et studios de répétitions. L’aa-e reçoit le soutien du Ministère de la Culture, de la Ville de Paris, du Fonds de dotation Porosus, du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (pour le projet AMARRE du Collectif Kahraba / HammanaArtist House), de l’Office national de diffusion artistique (Onda). Nombreuses sont les associations et les personnes qui contribuent à son développement.

Des visages et des oeuvres

Emty spaces & disires to fly

Kubra Khademi

Née en 1989 à Kaboul en Afghanistan, Kubra Khademi étudie les beaux-arts à l’Université de Kaboul,
avant d’intégrer l’Université de Beaconhouse à Lahore, au Pakistan. Artiste féministe, elle se fait connaître par sa performance L’Armure en 2015 qui dénonce une société où la femme est bafouée. Contrainte de quitter son pays, elle part en France. En 2016, elle reçoit une bourse de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et est nommée Chevalier dans l’Ordre des Arts
et des Lettres. Elle est suivie par Latitudes Prod. (Lille).

« Je suis une artiste afghane qui a été condamnée
 à mort parce que j’étais une femme. En 2015, j’ai dû fuir mon pays après avoir fait une performance durant laquelle je marchais avec une armure dans les rues 
de Kaboul, et la France m’a accueillie comme réfugiée. Je suis toujours en vie, mais que signifie réellement être vivant ? Que signifie être un être humain, un être libre ? Une partie de la lutte est terminée, mais en même temps, elle continue. La violence contre les femmes est universelle et n’a pas de frontières. Nous devons nous soutenir mutuellement, peu importe d’où nous venons. Quels changements pouvons-nous opérer ensemble, aujourd’hui ? »
 

Recherche de liberté,

 

Mehdi Yarmohammadi

Né en 1979 à Zabol en Iran, formé au dessin, à l’artisanat et à la peinture, Mehdi Yarmohammadi enseigne la peinture et la sculpture et participe à des expositions en Iran, au Danemark et en France, où il est forcé de rester depuis 2016 en raison des menaces qui pèsent sur lui en Iran. En mai 2017, il est accueilli pour un an avec son épouse, Hura Mirshekari, artiste peintre, à la Cité internationale des arts dans le cadre du programme du Ministère de la culture de résidence et d’accompagnement d’artistes réfugiés des zones de conflit.

« Les effets d’ombre et les espaces négatifs sont primordiaux dans mes compositions : le rythme, le mouvement et les formes circulaires liées à des concepts galactiques et métaphysiques sont les principales caractéristiques de mes sculptures. La simplicité des formes, les espaces négatifs idéalisés donnent une impression de flottement dans l’air, de délicatesse dans l’expression du mouvement. Mon but est de représenter des vues emblématiques de cultures profondes et anciennes à travers des formes visuelles innovantes et des méthodes technologiques nouvelles, où se reflètent respect et considération clairvoyante de la Nature. »

Ibrahim Adam

Né près d’Al Fasher en 1984 au Soudan, issu d’une ethnie minoritaire marginalisée du Darfour, Ibrahim Adam doit interrompre ses études d’architecture à l’Université du Soudan. Il est assistant dans un cabinet d’architecture puis superviseur sur des chantiers à Dubaï et à Addis-Abeba, avant de revenir au Soudan, où il lui est impossible de rester. Il passe par la Lybie et arrive en France en 2014. Après une escale à Calais, il suit le « programme étudiants invités » à l‘École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris.

« L’architecte se projette en imagination dans une nouvelle construction. Il y verse de la pensée et de la civilisation. Il navigue dans un monde loin de la réalité, étudie les objectifs, questionne les moyens et calcule la lumière et le reflet des rayons du soleil. Il se doit de trouver des formes et les espaces, pour une utilité. C’est une spécialisation scientifique artistique, dont l’objectif est la conception de bâtiments performants en termes de planification, de construction et d’éclairage. » 

Janvier 2018

Omar Ibrahim

Né en 1978 à Souida en Syrie, diplômé des Beaux-Arts à Damas en sculpture, Omar Ibrahim étudie également le design graphique et l’aménagement intérieur. Artiste peintre et plasticien, il travaille comme consultant artistique, fonde l’agence Cocoon, enseigne la calligraphie. Il transite par Dubaï puis Beyrouth où il est chargé de terrain pour l’ONG Première Urgence Internationale. Inquiété par les autorités, il part pour la France en 2015. Il expose en Syrie, au Liban, aux États-Unis, au Japon, en Angleterre et en France.

 Je l’ai vu de mes propres yeux… ce monstre 
qui se cache… sortir avec effronterie… tuer et détruire au nom de la patrie… de la religion… ou du désir. Toute une variété de formes d’apparence… il se manifeste sous les noms de l’intolérance… de la peur… du nationalisme… la race ou la couleur. Il refuse d’aider les autres, uniquement parce qu’ils n’ont pas le même niveau culturel … Ou d’ouvrir sa maison seulement à cause de la différence. »

Le Monstre, janvier 2018 (extrait)

Good news (vidéo) Alep, 2016

Mohammad Hijazi

Né en 1988 à Damas en Syrie, Mohammad Hijazi se consacre au montage vidéo, aux effets visuels 2D et 3D, au graphisme animé et aux formats courts. Au début de la révolution, il s’investit dans l’aide humanitaire et des actions médiatiques contre le régime. Enfermé trois mois en 2012, à sa libération il part pour le Qatar. Après la Jordanie et le Liban, il rejoint la Turquie où il est superviseur de post-production, producteur et directeur artistique. Il travaille à son premier film documentaire. Il arrive en France en 2017.

Avec le hashtag #MakeFacebookRed, des militants de ce mouvement avaient appelé les utilisateurs de Facebook à remplacer leur photo de profil par une image de couleur rouge-sang. Ils souhaitaient mobiliser l’opinion internationale et dénoncer la violence du régime syrien qui a fait des centaines de milliers de victimes. Cette brutalité s’est particulièrement révélée à Alep, ville soumise à un état de siège, où les hôpitaux et les civils étaient bombardés sans discernement, où les médecins en première ligne étaient systématiquement pris pour cible par les snipers du régime de Bachar Al-Assad et les forces aériennes russes alliées.

« J’ai réalisé cette vidéo pour une campagne qui utilisait les hashtags Save Aleppo (#Save_Aleppo – #SaveAleppo), faite par des activistes syriens et palestiniens pour sensibiliser l’opinion sur la situation désespérée de beaucoup de gens à Alep. 
C’est sûrement la meilleure chose à faire, quand on est loin de la Syrie. »

Exécution (bois, métal, plâtre, acrylique sur toile, 2018

Hura Mirshekari

Née en 1985 à Zarand en Iran, Hura Mirshekari étudie les mathématiques à Zābol et la peinture à l’université du Sistan-et-Baloutchistan, à Zāhedān. Elle participe à des expositions en Iran, aux Etats-Unis et en France, où elle est contrainte de rester en 2016. En mai 2017, elle est accueillie pour un an avec son époux, Mehdi Yarmohammadi, sculpteur, à la Cité internationale des arts, dans le cadre du programme du Ministère de la culture de résidence et d’accompagnement d’artistes.

« Les exécutions en Iran occupent une place banale, sous le couvert de la Loi islamique. De nombreuses femmes en Iran, et particulièrement dans la province du Sistan-et-Balouchistan, sont exécutées ou en attente de l’être. Ma peinture est un cri de protestation contre les exécutions et le viol. »

Réfugiés sur la route des Balkans, 2017

Abdul Saboor

Né en 1992 à Nagrahar en Afghanistan, Abdul Saboor doit subvenir à ses besoins dès son plus jeune âge. Il travaille avec l’armée américaine pendant 6 ans. Recherché par les Talibans, il est obligé de fuir son pays. Toujours équipé d’un appareil photo, il immortalise le périple de son exil, de ses deux années passées 
à traverser l’Europe jusqu’à la France, où il décide
de s’arrêter en 2017. Ses photographies sont exposées en Serbie, en Espagne, en Angleterre et en Pologne.

« Beaucoup de mes photos proviennent du lieu où les réfugiés étaient regroupés (près de la gare de Belgrade en Serbie, près de la porte de la Chapelle à Paris).
 Je suis parti d’Afghanistan, je suis passé par le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et je photographiais les réfugiés avec mon smartphone. J’ai été arrêté, emprisonné et renvoyé en Afghanistan, et je suis reparti, cette fois avec un appareil photo. J’ai traversé à nouveau le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Serbie et d’autres pays d’Europe en photographiant inlassablement les réfugiés.

Je me suis donné pour mission de les aider en faisant connaitre leur sort. Je suis l’un des leurs, je partage leur quotidien et leur intimité, c’est ma méthode 
de travail. Je pars du principe que la population des pays traversés ignore notre destin, qu’en le faisant connaitre, je les aiderai à en prendre conscience. »

Sans-titre

Lina Aljijakli

Née en 1982 à Hama en Syrie, Lina Aljijakli vit à Damas, à Riyad en Arabie Saoudite, puis de nouveau à Damas jusqu’à fin 2009. Diplômée en scénographie de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, elle conçoit décors et costumes, peintures et céramiques. Boursière du gouvernement syrien pour poursuivre des études théâtrales en France en 2010, la révolution et les menaces à l’encontre de sa famille l’empêchent de repartir dans son pays. En 2017, elle se remet à peindre après plusieurs années d’interruption.

« Mon tableau cherche à incarner la souffrance des femmes syriennes durant la guerre, dont elles sont avec les enfants les premières victimes. C’est le portrait de La femme syrienne, assassinée pendant la guerre, privée de ses enfants en prison, frappée par les bombardements sauvages, qui choisit le chemin de l’exil et traverse la mer pour trouver la sécurité.

Le point rouge dans le tableau, c’est la balle qui a tué La mère syrienne, annonçant une des plus grandes tragédies du siècle. Les lignes rappellent la détention et la torture qui n’ont fait qu’ajouter de la souffrance. Au milieu de tout ça, surgit le voyage vers l’exil avec la traversée de la mer, l’errance et la mort qui s’en suivent — représenté par le bleu du tableau. Malgré la douleur et l’injustice, les yeux restent grands ouverts sur l’espoir et continuent à témoigner de la plus grande tragédie de notre temps. »

Mohamed Abdulatief

Né en 1990 à Amman en Jordanie, Mohamed Abdulatief grandit au Soudan. Artiste autodidacte, il s’initie à la peinture au Studio Almrsm d’Omdurman. La situation de son pays l’oblige à tout quitter en 2016. Il passe par la Libye, les Pays-Bas, et enfin la France où il s’arrête en 2017. Il prend part à des expositions au Musée national de Khartoum, à Kasteel Baexem et au Leudal-Museum, aux Pays-Bas, et aux Ateliers 29, à Arpajon. Ses oeuvres trouvent leur inspiration dans les cultures nubiennes et nilotiques.

« La collection présentée au Palais-Royal, The Story, raconte mon histoire et mon parcours personnel. J’essaye d’expliquer comment et pourquoi je suis ici aujourd’hui à Paris. Mon histoire, ma vie, mon exil, je les représente à travers mes peintures.
 Je développe une pratique artistique abstraite inspirée de mon environnement personnel. Je compose mes oeuvres à partir de formes graphiques. J’accorde 
une grande place aux symboles, qui sont un vecteur important de l’art soudanais. J’utilise surtout des symboles simples, comme des triangles, des lignes, des cercles… Les poissons du Nil sont aussi très présents dans mes tableaux-histoires. Le Nil est à la fois un lieu de vie et de migration. »

 Janvier 2018

2018

Mahmoud Halabi

Né en 1982 à Baalbek au Liban, réfugié très jeune en Syrie, Mahmoud Halabi est titulaire d’un diplôme
 de scénographie de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas et d’un Master d’Arts plastiques à Paris 8. Artiste peintre, il utilise des matériaux insolites, expose à La Sorbonne, au Grand Palais, à l’Hôtel Paxton et à Artcité. Il est également dessinateur, scénographe, designer et architecte d’intérieur. Parti poursuivre ses études en France en 2011, la Révolution syrienne l’empêche de rentrer.

« Qu’il soit abstrait ou figuratif, le trait est un élément primordial de mon travail. Que ce soit pour esquisser un portait, ou pour tracer une calligraphie, le trait, avec la force du geste à la fois brut et maîtrisé, guide ma main et ma réflexion. Que ce soit pour les mots ou pour les visages, mon trait est expressionniste. Je l’utilise comme vecteur d’une vitalité débordante.

L’utilisation de matériaux autres que la peinture (encre, thé, café, poudre de métal, feuille d’or…) constituent aussi un élément essentiel de mon travail. Dans ma dernière série de portraits intitulée De rouille et d’or, je m’interroge sur la condition de la nature humaine et sur la finitude de l’être. Érosion, oxydation, transformation de la matière évoquent la notion de temporalité. La contradiction de ces deux matériaux renvoie à celle de la nature humaine. Plus qu’un portrait, ce travail dépeint un paysage humain d’échéant et décadent où la lueur de l’espoir ne subsiste plus que dans ce regard qui nous fixe et nous dévisage.

Quête existentielle, expressionnisme puissant, sensibilité exacerbée se devinent et se dévoilent dans ces visages à la fois anonymes et pourtant si familiers. »

Octobre 2017

 Carlos Lutangu

Le Penseur (métal, papier mâché), 2017

Né en 1990 à Kinshasa en République démocratique du Congo, Carlos Lutangu Wamba est diplômé de l’Institut et de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Sculpteur, il travaille l’argile, le bois, la pierre ou le bronze et des matériaux plus singuliers tels que le métal, le papier ou le plastique. À Kinshasa, il expose dans l’espace public, aux Beaux-Arts, à l’Espace Polidor et l’Espace Évolué. Militant actif de la contestation antigouvernementale, 
il est arrêté en 2016, s’évade de prison et gagne la France en 2017.

« Makanisi, Le Penseur en lingala, est mon premier projet à l’atelier des artistes en exil, en août 2017. L’arrivée dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture, pose beaucoup de questions. Qu’allais-je devenir ? Cette tête entre mes mains, ce sont mes angoisses, mes inquiétudes pour ma famille restée au pays, les papiers que je n’aurais peut-être pas.
 J’ai repris la forme d’un masque Kongo, de ma tribu d’origine. Sans matériel, j’ai décidé d’utiliser des matériaux recyclés : des journaux ramassés dans le train, dans le métro, dans les bars et cafés de Paris, pour en faire du papier mâché.

Le Réfugié est la première pièce d’une série sur les raisons de la migration, sur ce qui pousse des populations à quitter leur pays pour en rejoindre un autre. Derrière un réfugié, il y a toute une histoire. Jamais je n’avais pensé qu’un jour je serai aussi 
un réfugié. Ma pièce parle des migrations en général. Mon propre exil est politique, mais d’autres personnes ont dû fuir leur pays pour des raisons économiques, environnementales »

 Moneim Rahama

Né en 1960 à El Damer au Soudan, journaliste, écrivain et poète, Moneim Rahama est un homme de culture (radio, théâtre, cinéma, éditions, journaux), défenseur des droits de l’homme. Pour ses positions politiques, il est arrêté en 2011 et condamné à mort. Relâché grâce à une campagne de soutien internationale, il se réfugie en Ethiopie. Surveillé par les services de renseignements soudanais, il part en France en 2015 et reçoit la même année le Prix PEN International pour la liberté d’expression.

Colère,


Une colère qui déchire le ciel et fissure la terre / Et la patience, l’ombre du faible, saigne
 /Son âme s’est suicidée.

Colère,


Colère de ces papiers et de ce pétrissage interminable / Papier d’autorisation d’entrée, de sortie / 
Papier d’autorisation de change, de soins
 / Papier pour boire, pour manger / 
Papier pour la vie…

Un peuple entier qui mange du papier. 
Et tout cela, mon frère / Pour un cachet, une empreinte ou une signature.

Colère,

J’enfle de colère.

Colère,


Qui sont ces gens qui continuent à humilier l’Homme / Un être humain parfait
 / Et qui donnent de la valeur, même après la mort /
aux oiseaux, au chat et au chien
.

Et le chien ?

2016 – Traduit par Hicham Mansouri

Mohamed Abakar

Né en 1990 à Shearia au Darfour (Soudan), Mohamed Abakar fuit la prison et les conflits politiques qui ravagent son pays et se réfugie en France en 2015. Photographe, vidéaste et auteur, il écrit comme s’il était derrière son appareil. Il intègre le « programme étudiants invités » de l‘École nationale supérieure des Arts décoratifs en photo/vidéo de Paris, au sein de laquelle il participe à un atelier de mise en situation photographique au Château de Versailles où il obtient le second prix pour Réfugiés à découvert.

« En voyant dans le parc du château de Versailles ces statues entièrement occultées d’un drap épais pour les protéger des morsures de l’hiver, je n’ai pu me retenir d’avoir une pensée pour les réfugiés, ces frères d’expérience, tant ils me ramènent à mon passé récent.

[…] Obtenir un statut est un si long parcours. Les voilà ainsi drapés d’un aberrant dilemme : vivre là-bas leur est désormais impossible, vivre ici ne leur est pas reconnu. Pourtant, dans leur épreuve 
et leur anonymat, ce sont des êtres humains, comme les autres tout simplement, comme ceux qui ont un nom, une vie, et une famille là-bas. Ces clichés
 de Réfugiés à découvert, près de ces statues cachées, est un hommage à leur dignité d’homme et à leur sensibilité. »

Septembre 2017

Debout !

Khaled Dawwa

Né en 1985 à Masyaf en Syrie, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Damas en section sculpture, Khaled Dawwa présente ses œuvres au sein de son école 
et au Centre Culturel français de Damas. Début 2011, 
il participe activement à la création et la mise en œuvre de l’atelier Al Boustan, mais est obligé de partir au Liban en 2013, où il vit un an clandestinement, tout en continuant son art qu’il expose sur sa page Facebook (Clay&Knife). Fin 2014, il rejoint la France où il recommence à travailler publiquement. La collection d’œuvres intitulée Debout ! est une incitation à l’acte dans le domaine social et politique. Le titre lui-même est éloquent et laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.

« Pour moi c’est une tentative de mettre à nu le Pouvoir dans toutes ses dimensions, y compris celui qui agit à l’intérieur de chacun. C’est aussi une critique de la léthargie de l’homme et de son mutisme qui le rend complice de la stagnation de la réalité.

Tout est destruction…
Que regardes-tu donc ? 
En l’observant de loin, tu lui ressembles… Debout ! »

Mohamed Nour Wana

Né en 1992 à Mouli au Soudan.À l’âge de 5 ans Mohamed Nour Wana fuit son pays avec sa famille pour le Tchad, qu’il doit fuir à son tour pour la Libye, qu’il fuit à nouveau pour la France en 2016. Auteur-passager apatride,

il écrit de la poésie noire et deux livres (Au coeur de l’asile, Péril dans le bleu) qui parlent de l’injustice de l’État, du racisme et des problèmes qui font fuir les migrants vers l’Europe. Il lit comme il expose ses textes à la radio, dans des festivals et au cours de soirées littéraires.

« J’ai choisi d’écrire pour ne pas taire les histoires
 des meurtres cachés des familles paralysées par les conflits qui se déplacent sans aucune destination précise. L’écriture pour moi est une chance et une raison qui dépasse le personnel. Car on ne peut s’approcher du public qu’en allant à sa rencontre à travers des démarches artistiques. J’écris pour pouvoir éclaircir les raisons de l’exode et montrer l’authenticité de nos histoires. J’écris pour dire et décrire l’histoire de la migration forcée. Je m’inspire de ce que je suis, de ma vie et de mon histoire et celle de mes amis de souffrance. C’est pour quoi j’ai intitulé mes poèmes : Poésies noires. »

 Janvier 2018

Sans-papiers, 2016 (extrait)

« Parce que le prix de la liberté peut coûter jusqu’à l’âme, je suis sans-papiers. 
Je suis le fils d’un sans-papiers. 
Je suis la fille sans-papiers.

Je suis la mère de famille sans-papiers.
 Je suis le père de famille sans-papiers. 
Je suis l’âme vivante des sans-papiers qui ont péri dans le bleu et dans le désert.
 Je suis le nombre de balles tirées en Afrique.
 Je suis le péril dans le bleu et dans le Sahara.
 Je suis le nombre de réfugiés en Europe. 
Je suis la voix des sans-papiers qui parle à la place de l’autre sans-papiers.

  • Ministère de la Culture 5, rue de Valois Paris 1er – M° Palais Royal – Musée du Louvre – Entrée libre aa-e.org

 

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre : Hedda Gabler

d’Henrik Ibsen – Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 25 mars 2018. Mise en scène : Edith Garraud

Avec Lisa Sans (Hedda), Benoît Dugas (Jörgen Tessman), Vincent Gauthier (le juge Brack), Murie Adam (Julie Tessman, la tante), Damien Boisseau (Ejlert Lövborg), Marie Hasse (Madame  Elvsted), Maryvonne Pellay ou Diane de Segonzac (Berthe)

Hedda Gabler, représentée en alternance dans le cadre d’une intégrale Ibsen, à l’affiche du Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 3 juin, est remarquablement servie par la mise en scène sobre et sombre d’Edith Garraud.

Dès que s’allument les lumières, tout est posé. Dans un décor noir, quelques tâches blanches : une table, un piano, un sofa, avec en leur centre, un tapis écarlate et sur le côté droit, le rougeoiement d’un feu de bois. C’est bien dans l’inexorable mouvement de l’innocence vers la passion et le deuil que seront jetés les protagonistes du drame.

L’impeccable direction d’acteurs transforme chaque personnage en un type saisissant de la petite bourgeoisie : la « bonne tante » corsetée dans ses préjugés ; le mari falot que ses longs séjours dans la salle des archives rendent aveugle à ce qui se joue chez lui ; le juge, ambigu à souhait mais soucieux des convenances.

Trois « héros » poussent le conflit relationnel à l’extrême. Ejlert, brillant, noceur et séducteur oscille entre la rédemption et la chute ; Théa, la mal mariée naïve, brûle de passion pour lui, et enfin Hedda, Hedda Gabler. Longue, mince, noire, héroïne malfaisante à l’ennui agressif, pleine de braises et de violence rentrée, elle arpente la scène tel un fauve en cage. La contradiction entre l’étroitesse des conventions et des carcans contrarient ses désirs profonds jusqu’à produire cette force explosive destructrice qui fait d’elle une victime/ bourreau. Nous ne pouvons lui en vouloir tant la ronde des personnages sur le devant de la scène révèle jusqu’au dégoût la vacuité intérieure petite-bourgeoise.

Seul le halo orangé de trois lampes apporte quelque douceur. Celle-ci, semble renvoyer à l’œuvre de réparation qui se joue près de la fin, dans un petit salon qui domine la scène, côté jardin, où, Tessman, le mari, et Théa, reprennent les notes du carnet brûlé d’Ejlert.

Les quatre actes s’enchaînent dans une implacable progression vers l’abîme. Taillée comme un diamant cette pièce est forte, tragique, magnifique.

Nicole Cortesi-Grou

Quelques mots à propos du théâtre du Nord Ouest.

Ce lieu original a une histoire. Il fut d’abord un cabaret, le Club des Cinq, ouvert à la Libération par cinq anciens de la 2è Division blindée. Edith Piaf y donna de nombreux récitals, Yves Montand y fit ses débuts, Marcel Cerdan y entendit « la môme » pour la première fois. Passé de mode, le cabaret se reconvertit en cinéma de quartier, Le club, puis connut un épisode musical avec l’organisation de concerts de jazz et de rock. Il fut nommé alors Le passage du Nord-Ouest, en référence à la route maritime qui relie parfois les océans Atlantique et Pacifique.

Jean-Luc Jeener, le directeur actuel y installa sa compagnie de l’Elan. Un temps théâtre d’art de d’essai, il bénéficia de subventions. Désormais, théâtre de boulevard, sa situation financière est tendue, bien qu’il soit un espace de créations contemporaines, le lieu de rencontre de nombreux comédiens et un tremplin pour des spectacles qui ne peuvent bénéficier d’une production. Le soutenir dans son projet est un véritable geste culturel.

Pour les 20 ans du théâtre, Armelle Héliot  a signé un joli article dans le Figaro (v. ci-dessous).

Théâtre du Nord-Ouest 11, rue du Faubourg Montmartre Paris 9è – M° Grands Boulevards

01 47 70 32 75 – 23/13 €

http://www.lefigaro.fr/theatre/2017/12/21/03003-20171221ARTFIG00207-jean-luc-jeener-la-revolution-du-nord-ouest.php

Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €

Théâtre : Mademoiselle Julie

Mlle : C’est très bien tout ça ! Mais Jean, donne-moi du courage. Dis que tu m’aimes ! Prends-moi dans tes bras.

Jean : Je veux, mais je n’ose pas ! Pas dans cette maison ! Je vous aime – sûrement. Pouvez-vous en douter ?

Mlle : Vous ! Dis-moi tu ! Il n’y a plus de barrières entre nous !  Dis-moi tu !

Jean : Je ne peux pas ! Tant que nous serons dans cette maison, il y aura des barrières (…)

du 19 janvier au 18 mars 2018

Coup de projecteur 

d’August Strindberg – Traduction et adaptation Clémence Hérout et Nils Öhlund – Mise en scène Nils Öhlund – Théâtre de Poche Montparnasse*.

La nuit de la Saint-Jean. Seule au château, la comtesse Julie (Jessica Vedel) se mêle aux paysans qui célèbrent la fête du solstice d’été. Dans l’ivresse de cette nuit, effrontément, elle invite Jean (Fred Cacheux ou Nils Öhlund – en alternance), le domestique de son père et le fiancé de Kristin (Carolina Pecheny) la cuisinière, à danser la « valse des dames ». Rythmés par les musiques de la fête, les sentiments s’affolent, l’air se raréfie, la tension monte et l’issue… est incertaine ou tragique. Mus par un rêve d’affranchissement, Julie et Jean se laissent enflammer par leurs désirs, remettant en question l’ordre des choses. Mais une fois mutuellement conquis, le piège se referme.

Visuels : création mai 2O15 à la Comédie de l’Est, Colmar

Nils Öhlund : Ce qui me guide pour cette production de Mademoiselle Julie en compagnie de l’équipe artistique, c’est de restituer la complexité de ces êtres et la multiplicité de leurs facettes à travers le chaos de cette nuit blanche et le glissement implacable vers la tragédie : Rituel et jeu dominant/dominé entre maître et esclave, inversion des rôles, montée du désir, excitation de la transgression, bacchanale domestique, sexualité illégitime, bouffées d’espérances, dévoilement fragile de son intime, refuge de l’ivresse, accès de violence, vengeance ancillaire, préservation de l’ordre moral…

Avec un art certain de la situation et du rapport de force, en jouant finement de l’excès et de la nuance, August Strindberg nous offre une peinture sombre des paradoxes de l’âme humaine, des violences de l’ordre social et de la lutte des sexes.

En compagnie des trois acteurs, Fred Cacheux, Carolina Pecheny et Jessica Vedel, nous suivrons leur quête. La quête insatiable d’un autre pour ne pas être seul et avoir une chance de suivre une voie traditionnelle ou nouvelle. Un autre semblable à soi pour pouvoir subsister, perpétuer les castes, l’ordre de son monde et répondre à ce qu’on nous enjoint d’être, ou bien un autre aussi différent de soi qu’on voudrait différer de soi-même. Un autre pour quitter le poids du passé, de la tradition, de l’obligation, des dogmes et de la lignée. Un autre qui doit avant tout et surtout nous aimer, pour nous permettre de tenter d’aimer soi-même un jour. Un autre pour oser l’ailleurs et affronter le monde et ses rêves, s’aventurer hors de son propre corpus social imposé à la naissance, insulte à sa liberté propre. Un autre pour fuir, s’enfuir, s’extraire du carcan de sa condition où l’air manque.

L’autre est une espérance, celle d’oser dépasser ses peurs, de vivre ses désirs, d’assouvir ses propres ambitions. Mais l’autre n’est que l’instrument de l’envie de chacun. L’autre comme un levier, pour être enfin élevé à sa propre mesure et reconnu, exister en soi… mais qu’à soi. Mais cet autre qui semblait si proche et accessible, reste campé sur sa propre quête. Il ne s’y retrouve pas et ne répond plus. L’autre s’éloigne, s’échappe. Chacun est renvoyé à son angoisse, à sa peur et à sa solitude. Le désir ou ce qui ressemblait à l’amour se transforme en détestation, en haine et violence, ou bien en vengeance.

Ils marchent au bord du précipice. Un pas de trop et le gouffre les aspire. Un gouffre tourbillonnant dans lequel Jean et Julie s’entraînent l’un l’autre. Deux aimants qui s’attirent aussi violemment qu’ils se repoussent. Une seule issue pour être sûr de sauver sa peau, s’appuyer et marcher sur l’autre, l’enfoncer pour s’en sortir. Sacrifice et retour à l’ordre établi, là où se tient et les observe Kristin.

* 75, boulevard du Montparnasse Paris 6e – 01 45 44 50 21

19 / 10 € www.theatredepoche-montparnasse.com

Expo : Eugenio Foz

Eugenio Foz dans son atelier

La Table des Matières* rend hommage au peintre Eugenio Foz, qui vécut 40 ans dans le 14è arrondissement de Paris, en exposant une quinzaine d’œuvres de petit format, jusqu’au 17 février 2018.

 » Toute sa vie a été consacrée à la création d’une palette idéale qui, une fois la perfection atteinte, lui aurait permis de promener son pinceau de la palette à la toile sans jamais risquer la moindre dissonance ”.

Ainsi, Véronique Foz, présente-t-elle son père dans le catalogue, Eugenio Foz, Peintures, rédigé à l’occasion de la rétrospective consacrée au peintre, suite à son décès en 2016, par la Galerie Montparnasse.

Né à Barcelone en 1923, Eugenio Foz vint après des études d’art à Barcelone, suivre les Beaux-Arts de Paris.

C’est grâce à des bandes dessinées pour les quotidiens France Soir et Ce soir que le jeune peintre va peaufiner la justesse de son trait.

Puis le théâtre, en lui offrant l’occasion de jouer des matières et des couleurs, deviendra sa seconde passion. Il obteint le Trophée au Festival de Barcelone pour les décors et costumes d’Esther de Racine, mis en scène par Serge Ligier. Edith Garraud, comédienne et metteur en scène, qui tenait le rôle-titre, deviendra son épouse. Ensemble ils poursuivront une collaboration.

À partir des années 1970 cependant, il choisit le retrait dans son atelier où il se consacre à une recherche acharnée de concordances entre physique, musique et couleurs.

Sa palette se confrontera aux sujets les plus divers, natures mortes, marines, portraits, paysages, nus, avec nuances, délicatesses, violence, parfois humour, tâchant de faire ressortir les vibrations élémentaires qui, seules, donnent à un tableau une profonde unité.

Le choix ici d’exposer des toiles de petit format tient plus à des nécessités spatiales qu’esthétiques. En effet Foz est l’auteur de grands formats impressionnants (v. ci-dessous), conservés par son épouse. Celle-ci, dépositaire d’une impressionnante collection de toiles, est à la recherche d’un lieu pour les laisser vivre sous le regard d’amateurs et de collectionneurs.

Nicole Cortesi-Grou

  • TM 51, rue de l’Abbé Carton, Paris 14ème 

 http://eugenio-foz.com/

1600 x 1089

 

Festival du Merveilleux (Paris Bercy)

 

au Musée des Arts forainsdu 26 décembre 2017 au 7 janvier 2018

 

Manège à vélos (1897)

Cette Cette Cette année encore, le Musée des Arts forains, créé par Jean-Paul Favand en 1996 dans les anciens bâtiments de conservation des vins situés à l’extrémité du parc de Bercy, sera ouvert au public. On y retrouvera tout ce que les arts forains comptaient autrefois de manèges divers et variés (des chevaux de bois majestueux au manège à vélos  » qui fait mal aux mollets « …) mais également, un cabinet de curiosités et de magie, une montgolfière, un théâtre merveilleux où réel et virtuel se confondent, une myriade d’objets historiques glanés au fil du temps (chacun étant un acteur de l’histoire qui est racontée), un salon vénitien, etc.  

Beaucoup de surprises attendent aussi les visiteurs à l’extérieur des bâtiments, décorés dès le début du mois de décembre à l’occasion de l’ouverture à tous du musée.

Anna K.

arts-forains.com

Spectacles et animations toute la journée
Sans réservation de 10h à 18h. Ouvert le 1er janvier.

53, avenue des Terroirs Paris 12e – Ligne 14 « Cour Saint-Émilion » – 01 43 40 16 22

 

  • Billet adulte : 14€ (tout le lieu est de plein-pied).
  • Billet enfant ( 2-11 ans) : 6€
  • Gratuit pour les moins de 2 ans

1 ticket attraction offert pour chaque entrée
Tous les spectacles sont inclus avec le billet d’entrée. 

 

Etienne Daho, à tous les temps…

Etienne Daho par Pierre et Gilles, 1989

Son album Blitz est dans tous les bacs depuis le 16 novembre, une  tonne d’articles de presse  et deux bouquins  lui sont consacrés, David Chauvel et Alfred ont en leur temps mis en bulles et en mages son processus de création*, il sera au cœur d’une exposition à la Philarmonie de Paris à partir du 5 décembre 2017,  intitulée Daho l’aime pop !

Il y a du Dorian Gray chez Etienne Daho. Les années qui passent semblent n’avoir aucune prise sur lui. Le dandy élégant au déhanché à la fois sage et sexy de ses débuts poursuit son chemin, l’oeil rivé sur sa ligne d’horizon intérieure. Il a su, au fil de temps, prouver son épaisseur artistique et intellectuelle. Est-il pour autant un chanteur engagé ? La réponse se trouve bien souvent dans ses choix artistiques. Daho avance masqué, il dit mais n’assène pas.

En 2001, il interprète, par exemple, Sur mon cou et Le condamné à mort de Genet, en 2017, son dernier opus appelle à la fois à la résistance et à cette forme de légèreté indispensable à la survie. Blitz parle tout autant de djihad et que femmes qui tuent au nom de Dieu. Et dans L’hôtel des Infidèles, il rend hommage à ceux qui accueillaient des Insurgés dans le Paris des années 40.

A.C.

5 décembre 2017 – 29 avril 2018

Communiqué de presse

Intimiste et immersive, l’exposition retrace chronologiquement et subjectivement l’histoire de la chanson populaire à travers le regard sensible d’Étienne Daho. Sa voix unique guide le visiteur, avec une bande-son réalisée par ses soins, diffusée à l’audio-guide. Près d’une heure vingt  de contenus inédits.

Avec Daniel Darc – Photo Antoine Giacomini, 1969
Photo Antoine Giacomini, 1985

Les photographies évoquent ses débuts rock à Rennes en 1979 auprès du groupe Marquis de Sade, ainsi que la rencontre avec les Stinky Toys, groupe punk emmené par Elli Medeiros et Jacno, qui marque le point de départ d’une carrière jalonnée de succès critiques et populaires. Inédit, le parcours sonore et musical composé pour cette exposition-événement mène des caves de Saint-Germain-des-Prés aux bars de Rennes, des yéyés à la new wave, des Scopitone aux clips télévisuels, de Charles Trenet à Cassius, en passant par Catherine Deneuve et Vanessa Paradis.

La visite devient ainsi un voyage spatiotemporel organisé par Daho, qui promet de plonger dans les sources manifestes et cachées de la pop française et de révéler en images la playlist idéale d’un artiste qui a marqué nos dernières décennies.

Photo Claude Delorme, 1987

Il l’aime pop !

E.D. Je prenais des photos de loin en loin depuis mon adolescence. Je repris mes appareils à l’occasion d’une carte blanche musicale que me proposa la Philharmonie au printemps 2014. Comme je consacrais l’une des soirées aux artistes de la nouvelle pop française et à leurs parrains, je saisis l’occasion d’immortaliser leur insouciante photogénie et de capturer ce moment mystérieux de l’envol, celui où les choses se fabriquent. J’adorai l’expérience et la renouvelai lorsque le Midi Festival me proposa d’être le président d’honneur de l’édition 2016.

Quelques mois plus tard, la Philharmonie me proposa d’exposer ces images, mais comme je n’en avais qu’une trentaine, nous envisageâmes ensemble un projet plus opulent, où je serais le narrateur et guide d’un parcours subjectif de 70 années de pop française en 200 portraits. Ce ne serait donc pas un catalogue global de la pop française, mais un choix subjectif d’artistes : ceux qui ont nourri mon envie de devenir musicien, ceux dont la trajectoire croise la mienne, ou ceux encore sur lesquels je souhaitais mettre de la lumière.

Si le projet était excitant, il était aussi plein d’écueils et j’hésitai un temps, évaluant la difficulté de m’extraire complètement du monde de la pop, dont je fais partie intégrante, pour le raconter avec assez de distance. L’autre complexité était que le nombre limité d’images pour couvrir une période si vaste m’empêcherait d’y inclure tous les artistes souhaités, avec le risque d’en occulter certains et de provoquer des frustrations légitimes chez les absents.

J’acceptai finalement et me lançai dans l’aventure, avec l’aide de Tristan Bera, Nathalie Noënnec, Franck Vergeade et l’équipe de la Philharmonie. Au travers des portraits des artistes au moment où ils apparaissent ou au moment où ils rayonnent le plus, au travers également de clips ou de chansons emblématiques, nous nous mîmes à déplier l’histoire de cette passionnante pop française.

Philippe Pascal – Photo Etienne Daho, 2014

Dans le choix du titre, Daho l’aime pop ! il y a une énigme. Qu’est-ce que le mot « pop » signifie ?

Lorsque j’étais enfant et adolescent, je ne me suis jamais préoccupé des genres et passais allègrement de la chanson populaire à l’underground, avec un même plaisir non coupable. Lorsque je connus mes premiers succès, pour échapper aux modèles dominants et à la rigidité sectaire du rock et de la variété, je m’auto-définis comme chanteur pop. Cela me semblait m’offrir une zone de liberté qu’avaient défrichée certains de nos aînés. D’une manière générale, les « puristes » avaient tendance à considérer avec condescendance que la pop était essentiellement synonyme de plaisir hédoniste, de légèreté colorée et de compromission commerciale.

Gainsbourg fut traité de vendu par ses pairs lorsqu’il explosa les codes et composa pour les yé-yé. Puis il fut sanctifié. Nos aînés avaient bâti de belles fondations, fruits d’un hypermétissage de la chanson française et des rythmiques anglo-saxonnes. Le swing de Trenet, le rock de Boris Vian ou la pop anglaise sophistiquée de Françoise Hardy permirent aux générations suivantes de se retrouver en zone libre. Aujourd’hui, la pop a des contours fluctuants et se moque des définitions. Elle dresse des ponts entre les différents univers musicaux. Elle décloisonne, brasse, métisse, réconcilie les genres et arrache les étiquettes. Délivrée de la rigidité des codes, toute une nouvelle génération hisse très haut le drapeau d’une pop décomplexée, vive, variée, foisonnante et libre.

C’est à cette belle créativité et à cette liberté que cette exposition rend hommage.

Stinky Toys – Photo Pascal Carqueville, 1979

Dans la galerie principale, 180 portraits illustrent et font revivre 4 grandes périodes entre 1950 et aujourd’hui. À travers l’objectif de grandes signatures et des témoins de l’époque, on découvre les idoles des jeunes, les icônes éternelles du cinéma, les dandys raffinés, les blousons noirs et dorés, les jeunes gens modernes, les pop modèles, les couples en duo, les groupes contestataires, les formations expérimentales, les collectifs à géométrie variable, les paroliers subversifs, les musiciens audacieux, les interprètes exceptionnels, les DJ novateurs, les producteurs aventureux, les autodidactes, les virtuoses, les branchés, les francs-tireurs, les Parisiens, les Rennais ou les Lyonnais, minimalistes ou extravagants, prolifiques ou éphé mères, les populaires autant que les minoritaires.

Dans le Vidéodrome, un programme en boucle mixe une trentaine de documents audiovisuels INA et clips (durée 1h40) : Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Sylvie Vartan à l’Olympia, Birthday Party des Stinky Toys, Epaule Tatoo d’Étienne Daho, Tandem de Vanessa Paradis réalisé par Jean-Baptiste Mondino, Le Monde de Demain de NTM ou Sexy Boy de Air…

Dans l’alcôve intitulée Juke Box Baby, l’audioguide permet au visiteur de sélectionner et d’écouter à la

demande 200 titres choisis par Étienne Daho, offrant un panorama de la pop française allant de Que reste-t-il de nos amours ? (1950) de Charles Trenet à « Party in My Pussy » du groupe Catastrophe.

La troisième alcôve dite Daholab présente une trentaine de photos de la jeune scène actuelle (Flavien Berger, La Femme, Lescop, Lou Doillon, Calypso Valois…) et des quatre grands parrains de la French Pop (Elli Medeiros, Philippe Pascal, Patrick Vidal, Dominique A) réalisées par Étienne Daho et exposées en exclusivité.

Entrée 10 et 8 €

philarmoniedeparis.fr

Mais aussi…

  • Daho – L’Homme qui chante – Delcourt, 2015

128 p., 18,95

Théâtre: Au galop ! (suivi de) Tempête au Haras

Écriture et interprétation Stéphanie Chêne – Mise en scène Pierre Guillois – du 14 au 18 novembre à la Maison des métallos* – À partir de 14 ans.

Communiqué de presse

S.C. « Il y a vingt ans, j’ai été victime d’un très grave accident. Phénomène aussi absurde qu’invraisemblable: un cheval s’est couché sur moi, m’écrasant le bassin. Immobilisée durant des mois, dépossédée de mon corps, de mon intimité, cette expérience a fortement conditionné ma danse et mon rapport au monde.

Ce texte est donc un voyage intime, une invitation à pousser la porte de l’hôpital, à plonger dans l’existence d’une personne dont l’univers s’est restreint à un lit. Ce monologue montre à quel point les codes sociaux (communication, séduction, jeux de pouvoir) se réinventent malgré les contraintes et les règles du monde hospitalier.

Au Galop est aussi une ode à la pulsion de vie. Le spectacle s’organise en une vingtaine de séquences autonomes qui alternent monologues intérieurs, dialogues, apostrophes, narrations dans un souhait de multiplier les points de vue. Cette forme fragmentée déploie une chronologie non linéaire allant de l’accident à la mobilité. Photographie sensible d’une vie qui s’organise en marge du monde.

Après avoir collaboré avec le metteur en scène Pierre Guillois sur le solo de Nouara Naghouche « Sacrifices », puis sur « Le Chant des soupirs », journal intime et musical d’Annie Ebrel, j’ai été fascinée par la question de l’autobiographie portée à la scène. C’est donc avec Pierre que j’ai voulu mettre en forme ce récit.

C’est sans doute parce que je viens du mouvement que j’ai éprouvé la nécessité de me diriger vers une écriture plurielle de Au Galop. C’est pourquoi il était impératif de m’entourer d’un plasticien et d’un créateur sonore. Laurent Pernot avait réalisé une série où des objets usuels, des animaux taxidermisés sont pris dans la glace* ; j’y ai vu une résonance avec ma propre expérience, celle d’une femme gelée en attente d’un réchauffement.

En tant que danseuse j’ai un rapport charnel à la musique, une véritable passion. Jérémie Kokot est un complice de longue date et je sais sa capacité à naviguer entre la chanson française à texte, la création sonore électronique et la composition musicale qui permettra d’évoquer l’imaginaire débordant de la personne alitée que je fus. »

C’est suspendue que Stéphanie Chêne incarne ce récit saisissant, à l’image de ces longues journées figées, de ces mois d’attente dans le centre de rééducation pour grands blessés qu’elle a fréquenté. Elle est harnachée, corsetée au milieu des poulies, des sangles et des poids : une femme emmêlée dans les guindes, totalement bloquée, perdue dans le vide. Le visage seul s’anime. Il est joyeux, gourmand, bourré d’envie de jouissance. Mais le corps infirme oppose un interdit sans appel. L’actrice glisse au milieu de ses liens, se couche, se pend. Pierre Guillois invente ainsi un dispositif scénique saisissant pour le spectateur où la mise en scène s’amuse du sol, point d’ancrage et d’équilibre. La comédienne-danseuse joue de cet espace et chaque moment devient une danse de résistance. Ainsi éclatent sous nos yeux la vie qui bouillonne sous l’entrave, la vigueur de la jeune prisonnière dont la sublime volonté rivalise avec le miracle.

  • Still Live
  • 94, rue Jean-Pierre Timbaud Paris 11e – 01 47 00 25 20  5 à 15 € 

    Coup d’oeil…

    Dans le même esprit, en BD jeunesse…

  • Tempête au Haras de Chris Donner (scénario) et Jérémie Moreau (dessin) – Ed. Rue de Sèvres 2015, adapté du roman éponyme de l’auteur.                                   Branle-bas de combat au haras de Saint-James que dirigent Philippe et Agnès Goasquin : Belle Intrigante est sur le point de mettre bas. Le couple l’assiste, mais voilà que la jeune femme, elle-même sur le point d’accoucher, ressent les premières contractions. Pas le temps d’appeler un médecin, Philippe va devoir gérer l’arrivée du bébé et celle du poulain. Si bien que le premier regard de l’un va se poser sur l’autre.Le haras est financé par un homme d’affaires allemand, M. Schmidt (pourquoi avoir traduit de façon aussi caricaturale son accent germanique ?). Il craint que l’arrivée du petit Jean-Philippe ne soit une entrave à la bonne marche du domaine et aux objectifs qu’il s’est fixés.C’est mal connaître la détermination des Goasquin, éleveurs et entraîneurs de chevaux depuis trois générations, à voir un jour l’un de leurs trotteurs franchir le premier la ligne d’arrivée d’une course prestigieuse. C’est aussi sans compter sur le patrimoine génétique de l’enfant et sur le rapport osmotique qu’il ne peut manquer d’entretenir avec les chevaux. Il sait à peine marcher qu’il a déjà l’étoffe d’un  » crack-jockey « … au caractère extrêmement affirmé !Mais un soir de tempête, dans l’affolement général des animaux, Jean-Philippe est piétiné par une pouliche qui vient de naître. Il ne peut se relever: il est condamné à vivre en fauteuil roulant.  Mais, il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des hommes résignés, et celui qui rêvait de devenir joker et d’offrir à son père le plus beaux des trophées n’est pas du genre à baisser les bras.Cela tombe bien, celle qui a bouleversé sa vie, et qu’on a appelée Tempête, a l’étoffe d’une championne…

    Le récit, superbement illustré par les dessins et les aquarelles de Jérémie Moreau, nous permet d’entrer de plain-pied dans les disciplines équestres et le monde des courses sous toutes ses facettes. Il faut saluer en particulier son talent pour représenter les chevaux en action, dont les silhouettes déformées et aériennes évoquent la délicatesse des estampes japonaises. La palette des couleurs choisies, tantôt douces et lumineuses, tantôt sombres donne un supplément d’émotion à ce récit initiatique, né en 2012 sous la plume de Chris Donner.

    Anne Calmat

    72 p., 14 €

    last 7 days :

     

 

 

Expo :  » Monet collectionneur « 

Baigneuse assise – A. Renoir (NY)

Musée Marmottan Monet* (Paris) jusqu’au 14 janvier 2018

Claude Monet, de qui le critique d’art John Ruskin disait «  Il vint et descella les portes de la lumière », fut le plus secret des collectionneurs. Pour la première fois, le musée Marmottan Monet lève le voile sur cette passion privée, en organisant une exposition inédite.

Légataire universel du peintre de Giverny et dépositaire du premier fonds mondial de son œuvre, le musée Marmottan Monet a reconstitué cette collection grâce au soutien des plus grands musées et de prestigieuses collections particulières. Il offre l’occasion unique de découvrir ce qui fut le panthéon sentimental et artistique du chef de file des impressionnistes. 

On retrouve Delacroix, Corot, Boudin, Jongkind, Manet, Renoir, Caillebotte, Cézanne, Morisot, Pissarro, Rodin, Signac, Toulouse-Lautrec… Au-delà de ces grands noms, l’exposition nous permet de découvrir d’autres peintres de talent : Paul Baudry, Carolus-Duran, Jules Chéret, Henri Fantin-Latour, Jean-Louis Forain, Constantin Guys, Jean-Jacques Henner, Charles Lhullier, Georges Manzana et Lucien Pissarro (deux des fils de Camille Pissarro), Gilbert de Séverac.

Paysanes plantant des rames – C. Pissarro

L’exposition présente une centaine d’œuvres provenant du musée Marmottan Monet, mais aussi des Etats-Unis, d’Amérique latine, du Japon et d’Europe. Le Metropolitan Museum de New York, la National Gallery de Washington, les musées de Houston, de San Francisco, de Saint-Louis, le musée de Sao Paulo, le Musée National d’art occidental et le Sompo Museum à Tokyo, le Staatsgalerie de Stuttgart, le musée de Langmatt à Baden, le musée d’Orsay et le musée Rodin à Paris, ainsi que plusieurs collections particulières, ont prêté certains de leurs fleurons.

Le parcours retrace l’histoire inconnue de la collection et les différentes phases de sa constitution.

La Promenade – C. Monet
Neige fondante à Fontainebleau – P. Cézanne

Durant sa jeunesse, Claude Monet, sans le sou, ne peut acquérir une œuvre d’art. Les toiles qu’il réunit sont avant tout des cadeaux : des portraits de lui et de sa première épouse, Camille, peints par ses proches durant leurs années de compagnonnage.

Puis vient  le temps des échanges et de la reconnaissance mutuelle.

Monet peignant dans son atelier – E. Manet

Témoin, cette imposante toile peinte par Edouard Manet, représentant le couple dans le bateau-atelier, connu sous le titre Monet peignant dans son atelier (Stuttgart, Staatsgalerie). Elle est au cœur de cette section qui compte par ailleurs de nombreuses toiles de Renoir, dont Madame Monet et son fils au jardin).

P.A. Renoir

Une place est également accordée à la collection d’estampes japonaises du maitre. Considérées comme ayant peu de valeur à sa mort – comme c’est aussi le cas des Nymphéas exposées dans leur continuité – ces œuvres restent dans la demeure du peintre pendant de nombreuses années, cependant que les Corot, Cézanne, Manet et autre Renoir sont vendus à grand prix des 1927 par le fils du peintre, Michel.

Pour la première fois depuis lors, la collection dispersée de Claude Monet renaît en son musée, le musée Marmottan Monet.

* 2, rue Louis-Boilly Paris 16e – 01 44 96 50 33

11 € , 7,50 €, Gratuit s/conditions.

www.marmottan.fr

Gauguin super star (1)

Gauguin l’alchimiste au Grand Palais du 11 octobre 2017 au 22 janvier 2018*(Infos RMN) 

Forte d’un ensemble de plus de 200 oeuvres de l’artiste (environ 55 peintures, 30 céramiques, 30 sculptures et objets en bois, 15 bois gravés, 60 estampes et 35 dessins), Gauguin l’alchimiste est une plongée exceptionnelle dans le passionnant processus de création d Paul Gauguin.

Autoportrait

Elle est la première exposition du genre à étudier en profondeur la remarquable complémentarité des créations de l’artiste dans le domaine de la peinture, de la sculpture, des arts graphiques et décoratifs. Elle met l’accent sur la modernité du processus créateur de Gauguin (1848-1903), sa capacité à repousser sans cesse les limites de chaque médium.

Eh quoi…
Les aïeux de Teha’amana

À partir d’une trame chronologique, et ponctuée d’un grand nombre de prêts exceptionnels (Les aïeux de Teha’amana, Eh quoi, tu es jalouse ? etc.), l’exposition met en évidence l’imbrication et les apports mutuels entre schémas formels et conceptuels, mais également entre peinture et objets. Dans ces derniers, le poids de la tradition, moins pesante, permet davantage de libération et un certain lâcher-prise.

Prélude au parcours de l’exposition, La fabrique des images, est consacrée aux débuts de Gauguin, de sa représentation de la vie moderne dans le sillage de Degas et Pissarro, aux premières répétitions d’un motif, autour de la nature morte et des possibilités de mise en abîme qu’elle offre.

L’ultime section, En son décor, est centrée sur l’obsession de Gauguin pour les recherches décoratives dans sa dernière période, aussi bien dans les intérieurs que dans l’évocation d’une nature luxuriante (ci-dessous La cueillette des fruits).

Œuvre d’art totale, sa case à Hiva Oa (la Maison du Jouir) vient parachever sa quête d’un âge d’or primitif. L’évocation numérique sous forme d’hologramme de la Maison du Jouir, présentée pour la première fois dans une exposition, avec les sculptures qui ornaient son entrée, clôture l’exposition par une découverte de la dernière maison-atelier de Gauguin. L’occasion d’offrir au public une immersion inédite dans l’atelier de sa création.

Au sein de ce parcours, l’exposition propose également une salle dédiée au manuscrit de Noa Noa*, très rarement montré au public.

  • Récit de son séjour à Tahiti commencé en 1993 et remis à l’éditeur en 1997.

  • M° Franklin Roosevelt/ Champs- Elysées-Clémenceau. 14 ou 10 €, Gratuit pour les moins de 16 ans, les bénéficiaires du RSA ou du minimum vieillesse.

Théâtre : Agatha

de Marguerite Duras
Mise en scène Hans Peter Cloos
Avec Alexandra Larangot et Florian Carove – Café de la Danse* 

du 7 septembre au 7 octobre 2017

Scène I (extrait)

Lui – Vous disiez je crois que si lointaine qu’elle soit Il nous faudrait provoquer cette obligation de nous quitter, qu’un jour il nous faudrait choisir une date, un lieu, et s’y arrêter, et ensuite faire de telle sorte qu’on ne puisse plus empêcher le voyage, qu’on se mette hors d’atteinte de soi.

Un homme et une femme, « Elle » et « Lui », sont sur le point de se quitter, pour toujours. Nous apprenons peu à peu qu’ils sont frère et soeur. Elle part pour mettre un terme à cet amour interdit et secret. Ensemble, ils vont revivre l’amour de l’enfance, la scène originelle du passé, lorsque, adolescents, ils ont découvert leurs sentiments respectifs.

La passion incestueuse, que l’on retrouve dans les œuvres de Duras (Un Barrage contre le Pacifique, L’Amant…) est selon ses propres mots « Un amour dans lequel tout se mélange : l’enfance, l’amour de la mère partagé par les deux, et la négation de l’avenir. C’est à dire la négation de la maturité. » 

(Duras à Jean-Luc Godard) « Je pense que c’est Agatha (le personnage) qui l’a découvert, lui ne l’aurait pas fait, il n’était pas été capable de le découvrir. C’est là la force incommensurable de cette petite fille. » 

C’est aussi un rêve de gémellité et d’harmonie des contraires.

Marguerite Duras, c’est un ton particulier, unique, avec ses redites et ses circonvolutions. Comme chez Nathalie Sarraute, il y a ce qui est dit et ce que cachent les silences ou les phrases qui semblent anodines : les sous-conversations. 

« Si je n’avais pas vécu l’histoire avec mon frère, je n’aurais pas écrit Agatha. »

Bien que pour l’écrivaine la consommation de l’interdit n’ait jamais eu lieu, elle stigmatise ceux qui critiquent l’inceste et leur interdit de juger. 

Hans Peter Cloos, Alexandra Larangot et Florian Carove

Le metteur en scène explique lui aussi les raisons qui l’ont poussé à mettre en scène Agatha

« L’inceste ne passe pas le seuil des maisons. Il se passe dans une famille, complètement enfermé dans le ghetto de la famille. (…) Comme beaucoup de gens – et je le sais, parce que j’ai eu des frères. Plus grands – j’ai eu des frères qui avaient le désir de moi, de leur sœur, comme j’ai eu le désir d’eux. Et ce désir a été vécu. Il n’a pas été poussé jusqu’au bout, mais il a été vécu, très violemment. » (…)

« Pour moi, une évidence, faire la mise en scène d’une pièce écrite il y a presque quarante ans, avec de tous jeunes comédiens, signifie faire le grand écart. » Paris, décembre 2016.

  • 3, Passage Louis-Philippe Paris 11e – 08 99 23 33 76

Théâtre : You-You

Un spectacle de la Cie L’Œil des Cariatides

Texte Jovan Atchine – Mise en scène Elodie Chanut – Interprète Mina PoeStudio Hébertot* – 

À partir du 7 septembre 2017

Ce texte écrit en 1983 a été créé en 1993 par Philippe Adrien au Petit Théâtre de l’Odéon, Mina Poe y interprétait le rôle de You-You.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE (extraits)

« Chaque succès de l’entreprise était un succès pour moi, et je ressentais ses difficultés comme des ennuis personnels. »

Mina Poe

Une femme, s’adressant directement au public, fait un discours lors de son pot de départ en retraite devant les employés de l’entreprise où elle a travaillé toute sa vie. Abandonnant le document qu’elle avait préparé, de digression en digression, avec une chaleur naïve, elle parle enfin et raconte ce qu’a été sa vie.  

C’est pour l’auteur de double culture franco-serbe, Jovan Atchine, le point d’appui pour dresser le portrait d’une immigrée Yougoslave arrivée en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, pays sur lequel elle porte un regard tendre, et plein d’espoir. Cet idéalisme résistera-t-il à la réalité d’une société française qui à la fois bénéficie largement d’une main-d’œuvre venue des quatre coins du monde et conserve les rigidités. L’atelier de confection où elle travaille est le microcosme ironique de cette société cosmopolite rêvée.

Atchine livre ici une peinture douce-amère, faussement naïve, et pleine d’humanité d’une femme de courage et de sacrifices, confrontée aux évènements de son siècle.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, sur laquelle elle porte un regard tendre et plein d’espoir.

Elodie Chanut

« Soixante ans de la vie d’une femme…
Lorsque Mina m’a demandé de remettre en scène vingt ans après cette pièce, j’ai été subjuguée par l’énergie du personnage de You-You, portée par son interprète.
Une génération passée, ce texte nous touche par son actualité ; des guerres éclatent encore aux quatre coins du monde et des hommes et des femmes sont forcés à l’exil.
Cette femme secouée par la vie, reste toujours à flot, déployant une énergie cachée. Elle a toujours su saisir ce qu’elle pouvait d’optimisme et de beauté dans ce qu’elle vivait, pour y puiser ses forces.
Aujourd’hui, You-You nous invite à un voyage intérieur empreint de cet optimisme et de cette force de vie.

Je veux vous parler de ces femmes que nous croisons chaque jour sans jamais prendre le temps de connaître qui elles sont.

Chassée par les exactions des troupes russes qui envahissent son pays, You-You découvre le Paris de l’après-guerre, le Paris des beaux-arts et de sa fanfare ; en passant de mai 68 aux années 80, elle nous révèle notre histoire commune.
You-You, par sa position d’étrangère, porte un regard neuf sur notre société et nous la dépeint avec humour, lucidité critique et fraternité.
Dans mon précédent spectacle, Volatiles, je m’intéressais déjà à la figure de Dionysos, ce dieu passeur de frontière, changeant de masque afin d’être toujours dans la position de celui qui vient, l’étranger.
Je souhaite vous parler ici de celui qui vient nous voir.
Cette femme qui nous parle, à l’aube de la retraite, a toujours avancé en soutenant les autres. Aujourd’hui, alors que personne n’a plus besoin de son aide, quel chemin va-t-elle prendre ?
Vous parler, avec force et tendresse, de la solitude, de la condition de femme et de l’isolement dans lequel nos sociétés plongent les personnes vieillissantes.
Et faire de ce spectacle, un hymne à la vie, tout en rendant hommage à ceux venus des quatre coins du monde pour œuvrer à nos côtés ».

« Ce jour-là, mon père a planté un noyer. Pour que nous soyons, la Yougoslavie et moi, durs, solides, et que nous ayons longue vie, comme le noyer. »  You-You

  • 78, boulevard des Batignolles Paris 17e – 01 42 93 13 04  

Les Frères Forman vous invitent à Deadtown

Ambiance vieux saloon, cowboys, prostituées, colts 45 et voleurs de bétail à L’Espace chapiteaux de Paris Villette (19e) du 19 septembre au 15 octobre 2017

Depuis leur début en 1992, les jumeaux Forman, Petr et Matej, fils de réalisateur Milos Forman et artistes cultes en République Tchèque, ont presque tout signé à quatre mains : spectacles de marionnette, opéras, cabarets, etc.

Ils ne disposent pas de lieu ni même d’une équipe fixe pour inviter les spectateurs à entrer dans leur univers baroque et déjanté, l’espace se recréé à chaque nouveau projet. 

En octobre 2016, ils posaient leur chapiteau de poche dans la parc de la gare d’eau de Besançon, pour les ultimes représentations d’un voyage au cœur d’un monde forain rempli de femme à barbe, d’homme-tronc et autres freaks cette fois, c’est celui du western qui a colonisé leur imaginaire.

Sur fond de projections vidéo et avec dix-huit acteurs, musiciens, danseurs, chanteurs et marionnettes géantes, Deadtown marie les décors de théâtre, le monde magique des vieux films muets et des photographies recolorisées, pour recréer l’illusion de cet Eldorado que symbolise le mythique Ouest américain.

Dans une baraque en bois spécialement conçue pour l’occasion, les Frères Forman ont choisi de construire leur récit sur une mise en abyme de leurs propres personnages. Le scénario ? Après une dispute avec son frère, Matej part en Amérique. « C’est comme dans un film ! », écrit-il à Petr, qui du coup part le rejoindre.

Et voilà que l’histoire se déroule sous la forme d’un flash-back. Un flash-back grandeur nature, un saut dans le temps et dans l’espace, mais surtout une incursion dans les souvenirs de westerns (« spaghetti » ou non) qui ont bercé l’enfance de nos parents… ou la nôtre. 

Bienvenue à Deadtown !

Réservations / Renseignements 01 40 03 75 75 – Tarifs 25, 15, 10 €

 

 

Irving Penn au Grand Palais

du 21 septembre 2017 au 28 janvier

Communiqué de presse

L’année 2017 marque le centenaire de la naissance d’Irving Penn, et cette exposition, la première grande rétrospective consacrée en France depuis le décès de l’artiste américain en 2009, retrace soixante-dix années de sa carrière. 

Avec plus de 240 tirages photographiques entièrement réalisés de son vivant et de sa main, elle offre une vision complète de l’ensemble des sujets majeurs de son œuvre : la mode, les natures mortes, les portraits, les nus, les scènes de rue, la guerre, la beauté, les cigarettes et les débris, ainsi que les « petits métiers », photographiés au début des années 50 à Paris, Londres et New York.

Al Pacino

Certaines séries cultes, (les nus, les mégots, les petits métiers) seront présentées dans leur intégralité.

Issu d’une formation aux beaux-arts, Irving Penn développe un corpus d’images, marqué par une élégante simplicité, un certain goût pour le minimalisme et une rigueur remarquable dans le suivi de son travail photographique.

Les visiteurs découvriront la production de l’artiste depuis ses débuts à la fin des années trente, jusqu’à son travail autour de la mode et des natures mortes, des années 1990-2000.

L’exposition s’ouvre sur des scènes de rue à Philadelphie et New York, puis viennent des vues du sud des Etats-Unis, du Mexique, de l’Europe dévastée par la guerre. Son travail se déplace ensuite de la rue au studio, qui deviendra le lieu exclusif de ses prises de vue. On découvre aussi ses premières natures mortes en couleurs. 

Salvador Dali
Alfred Hitchcock

En 1947-1948, il réalise pour le magazine Vogue des portraits d’artistes, écrivains, couturiers et autres personnalités du monde de la culture : Charles James et Salvador Dali à Jérôme Robbins, Spencer Tracy, Igor Stravinsky, Alfred Hitchcock…

Spencer Tracy

Rapidement considéré comme un maître du portrait de mode, il est l’auteur de quelques-unes des plus grandes icônes photographiques du XXe siècle. Beaucoup sont des études de Lisa Fonssagrives-Penn – la femme et muse de l’artiste – portant des modèles haute-couture. 

Lisa Fonssagrives-Penn

En décembre 1948, il voyage jusqu’à Cuzco au Pérou. Il photographie alors des familles des régions montagneuses incas venues en ville pour assister aux festivités de fin d’année, ainsi que des travailleurs de Cuzco.

On trouve ensuite la série des « petits métiers », réalisée à Paris, Londres et New York entre 1950 et 1951.

Infos pratiques :

Grand Palais (Paris 8e)

Tous les jours de 10h à 20h
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h

Fermé le mardi
Fermé à 18h les dimanches 24 et 31 décembre
Fermé le lundi 25 décembre 2017

Plein tarif : 13 € / Tarif réduit : 9 €
 www.grandpalais.fr