Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

L’Archéologie – en bulles –

© Enki Bilal

Petite galerie du musée du Louvre Paris – Espace d’éducation artistique et culturelle (aile Richelieu). Du 26 septembre 2018 au 1er juillet 2019

Chaque année, l’Espace d’éducation artistique et culturelle du musée du Louvre propose un nouveau thème en lien avec les programmes scolaires. Un choix d’œuvres, mêlant les époques et les différentes formes d’art, vise à sensibiliser le regard du public, invité à poursuivre sa visite dans les collections, grâce à des propositions de parcours.

Cette année l’exposition de la Petite galerie fera dialoguer l’archéologie et la bande dessinée, art invité pour cette 4è édition.

© Jacques Tardi
Période glacière Nicolas de Croissy ©

Une centaine d’œuvres et une sélection de planches d’auteurs inspirés par l’archéologie (Marion Montaigne, Jul, Enki Bilal, Nicolas de Crécy, Emmanuel Guibert…) permettront d’une part aux visiteurs de s’approprier la démarche de l’archéologue et de l’autre de comprendre comment, à leur tour, les auteurs de BD se sont emparés de ce vaste champ d’étude qu’est l’archéologie.

Se glisser dans les pas des curieux, amateurs et archéologues épris d’Antiquité, découvrir fortuitement des « trésors », exhumer des objets enfouis à différentes époques, les classer puis essayer de les interpréter, autant d’étapes qui seront l’occasion de montrer comment le 9e art s’approprie, entre réel et fiction, les découvertes archéologiques à l’origine des collections du Louvre.

Une centaine de planches vont ainsi raconter aux visiteurs les méthodes de la fouille, de la recherche de vestiges matériels des civilisations anciennes.

© Marion Montaigne

Les quatre salles* du parcours conçu par Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, et Fabrice Douar, responsable éditorial au service de la médiation et de la programmation culturelle du musée, illustreront quatre thématiques distinctes : « Artistes et archéologues », « Trésors archéologiques », « Classer pour comprendre » et « Interpréter et rêver ».

  • La première salle sera consacrée à la question du dessin comme outil commun à l’archéologue et à l’auteur de BD.
  • La deuxième proposera une variation autour des notions de trouvailles et de trésors, illustrées par des objets issus des collections du Louvre.
  • La troisième salle évoquera la méthodologie de la recherche et son pendant dans la construction de l’univers d’un héros de BD.
  • La quatrième salle portera sur l’importance du rêve et de l’imaginaire, dans le travail du dessinateur comme dans celui de l’archéologue.

Pour accompagner cette exposition, l’auditorium du Louvre proposera différentes conférences, ainsi qu’un cycle de films portant sur le thème « Aventure et archéologie », ainsi qu’un stage BD pour les 8-12 ans et 12 ans et plus (24, 25 et 26 octobre, vacances de la Toussaint).rLes cycles d’ateliers sont en vente exclusivement à la Fnac et sur www.fnac.fr

  • Horaires de l’expo : de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

Tarif unique d’entrée au musée : 15 €.

Gratuit pour les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidents de l’U.E. Achat en ligne : www.ticketlouvre.fr  www.louvre.fr #PetiteGalerie #ArcheoEnBulles

© Florent Chavouet

 

Zao Wou-Ki, « L’Espace est silence » au Musée d’Art moderne (suivi de) Willy Ronis… joue les prolongations

« Les gens se définissent par une tradition. En ce qui me concerne, deux traditions me définissent. » Z W-K  赵无极

L’exposition qui se tiendra au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 6 janvier 2019 est la première manifestation de grande ampleur consacrée au peintre franco-chinois dans la capitale depuis quinze ans.


Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont en effet demeurées trop rares à Paris. L’exposition souhaite en renouveler la lecture et invite à une réflexion sur le grand format.

Le parcours sur quatre salles débute au moment où Zao Wou-Ki adopte une expression nouvelle, « abstraite » – terme trop restrictif à ses yeux – avec l’œuvre de 1956 intitulée Traversée des apparences. Cette étape décisive précède un premier séjour aux Etats-Unis l’année suivante, qui le conforte dans la quête d’un espace toujours plus vaste.

Traversée des apparences. 赵无极, 1956
© Bouchard – Zao Wou-Ki

Artiste au croisement de plusieurs mondes, Zao Wou-Ki quitte la Chine en 1948 pour venir à Paris, au moment où l’« art vivant » commence à se partager entre les États-Unis et la France. Son œuvre traverse les débats esthétiques qui marquent le développement de l’art moderne et, s’il appartient à une scène parisienne qu’il apprécie, il perçoit très tôt la vitalité de la peinture américaine. Progressivement, il renoue aussi avec certains traits de la peinture chinoise dont il s’était volontairement écarté.

Hommage à Matisse. 赵无极, 1986

Ses rapports avec le monde extérieur sont faits de découvertes et de voyages, de rencontres fécondes, dont les premières furent avec Henri Michaux et le compositeur Edgar Varèse. Poésie et musique demeureront pour lui deux pôles d’attraction permanents, comme une tension nécessaire avec la peinture – donnant sens, à mesure que son art s’affirme, à l’expression que l’artiste a inspirée très tôt à Michaux : L’espace est silence.

« L’espace est silence.
Silence comme le frai abondant tombant lentement en eau calme. Ce silence est noir. » (…) Henri Michaux
Hommage à Edgar Varèse. 赵无极, 1964
© Bouchard – Zao Wou-Ki

En insistant sur la portée universelle de son art et sur sa place aux côtés des plus grands artistes de la deuxième moitié du XXe siècle, le Musée d’Art moderne présente sur quatre salles une sélection de quarante œuvres de très grandes dimensions dont certaines, comme un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées.

Hommage à Claude Monet. 赵无极, 1991

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 10-12, avenue de New York, Paris 16è – M° Alma Marceau, Iéna – 01 53 67 40 40

Entrée 5 à 12 €

 

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

Prêts pour le voyage ?

Jean Marc Boissé

121, rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 – M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h – Entrée libre.

 

Festival d’automne : « Infidèles » au théâtre de la Bastille

« Infidèles » : une création de tg STAN et du collectif De Roovers

Du 10 au 28 septembre 

Avec : Ruth BecquartRobby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen

Cet automne, la compagnie anversoise tg STAN investit à trois reprises le plateau du théâtre de la Bastille, avec Infidèles (10-28 sept.), Atelier (1er-12 oct.) et Après la répétition (25 oct.-14 nov.). Anticonformisme assuré. 

Infidèles est un hommage à Ingmar Bergman (1918-2017) et à la qualité de ses dialogues, souvent durs, parfois cruels.

À l’origine du spectacle, il y a le scénario du metteur en scène suédois datant de 1996, puis le film éponyme – au singulier cette fois – réalisé dans une version légèrement écourtée par Liv Ullmann en 2000.

Dans Infidèles, basé sur le scénario du même nom qui date de 1996 et sur Laterna Magica (Gallimard 1991), Bergman se met lui-même en scène face à un personnage qui se crée au cours de dialogues entrecoupés de commentaires et de flash-back, sur le thème de la passion et de la trahison amoureuse.

Cette exploration de la dimension autobiographique ne bascule cependant pas dans le voyeurisme, la confession ou le portrait psychologisant, elle illustre une nouvelle fois combien Bergman savait se montrer subtil et impitoyable dans son exploration des rapports humains.

Reclus sur une île, un auteur nommé Bergman vit seul. Assis devant son bureau, il a beaucoup de mal à rassembler ses souvenirs. En ouvrant un tiroir et en y retrouvant un portrait, une voix de femme, qu’il nomme Marianne, s’adresse à lui.

C’est ce souvenir réincarné qui permet de déclencher tout le processus narratif. Bergman lui demande de lui avouer et de lui raconter son infidélité…

Pour cette adaptation théâtrale, les répliques sont développées, nourries d’autres textes et éléments de scénarios, redistribuées et prises en charge par quatre acteurs afin de rééquilibrer le dialogue et donner une plus grande place à la voix de Bergman.

Pour compléter le scénario dInfidèles, les comédiens intègrent des éléments de Laterna magica, œuvre autobiographique et auto-analytique qui révèle à la fois l’enfant, fils de pasteur, l’homme de théâtre et de cinéma s’exprimant sans complaisance sur l’homme privé qu’il a été, avec ses joies et ses désastres, ses grandeurs et ses misères. Il  décrit aussi son obsession de la trahison puis évoque les artistes rencontrés : « Je passe mes derniers films* et mes mises en scène les plus récentes au peigne fin et je découvre çà et là une maniaquerie perfectionniste qui tue la vie et l’esprit. Au théâtre, le danger est moindre ; je peux surveiller mes faiblesses et, dans le pire des cas, les comédiens peuvent me corriger. Au cinéma tout est irrévocable ».

À partir de ces moments de vie, le spectacle offre une composition musicale où les interprètes mêlent leurs voix pour explorer les multiples variations autour du thème central qu’est Ingmar Bergman.

76 rue de la Roquette Paris 11è – 01 43 57 42 14 – 21 à 27 € 

tg STAN

Deux compagnies théâtrales pour un spectacle…

Le collectif tg STAN a été fondé par quatre acteurs diplômés du conservatoire d’Anvers en 1989. Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Waas Gramser et Frank Vercruyssen refusèrent catégoriquement de s’intégrer dans une des compagnies existantes, ne voyant dans celles-ci qu’esthétisme révolu, expérimentation formelle aliénante et tyrannie de metteur en scène. Ils voulaient se placer eux-mêmes – en tant qu’acteurs, avec leurs capacités et leurs échecs (avoués) – au centre de la démarche qu’ils ambitionnaient : la destruction de l’illusion théâtrale, le jeu dépouillé, la mise en évidence des divergences éventuelles dans le jeu, et l’engagement rigoureux vis-à-vis du personnage et de ce qu’il a à raconter. Après quelques spectacles, Waas Gramser (actuellement membre de la Compagnie Marius en Belgique) a quitté la troupe, qui a alors accueilli Sara De Roo. Thomas Walgrave est venu les rejoindre en tant que scénographe attitré.

Être résolument tourné vers l’acteur, refuser tout dogmatisme, voilà ce qui caractérise tg STAN. Ce refus est évoqué par son nom – S(top) T(hinking) A(bout) N(ames) – mais aussi par le répertoire hybride, quoique systématiquement contestataire, où Cocteau et Anouilh côtoient Tchekhov, Bernhard, Ibsen, les comédies de Wilde et de Shaw voisinant avec des essais de Diderot. Mais cet éclectisme, loin d’exprimer la volonté de contenter tout le monde, est le fruit d’une stratégie de programmation consciente et pertinente.

STAN fait la part belle à l’acteur. Malgré l’absence de metteur en scène et le refus de s’harmoniser, d’accorder les violons – ou peut-être justement à cause de cette particularité – les meilleures représentations de STAN font preuve d’une grande unité dont fuse le plaisir de jouer, tout en servant de support – jamais moralisateur – à un puissant message social, voire politique. Pour entretenir la dynamique du groupe, chacun des quatre comédiens crée régulièrement des spectacles avec des artistes ou compagnies extérieurs à STAN.

De telles collaborations ont fréquemment lieu avec Dito’Dito, Maatschappij Discordia (Hollande), Dood Paard (Hollande), compagnie de KOE (Belgique) et Rosas (Belgique).

Cette démarche résolue pousse aussi les membres de la compagnie à affronter les publics les plus divers (de préférence étrangers), souvent dans une autre langue. STAN joue une grande partie de son Répertoire en français et/ou en anglais, à côté des versions néerlandaises. Le groupe a ainsi trouvé un nouvel élément auquel se confronter : en jouant dans une autre langue, les mots acquièrent un sens différent.

Le collectif anversois de Roovers  est composé de quatre acteurs et créateurs de théâtre. Ils travaillent sans metteur en scène et chaque processus de création implique une recherche commune de et sur l’histoire choisie.

Les acteurs optent pour le théâtre de texte et adaptent le répertoire classique notamment Shakespeare, Tchekhov et Eschyle, ou d’auteurs contemporains comme Paul Auster et Judith Herzberg. Par ailleurs, ils font aussi du théâtre pour enfants et du théâtre musical.

Le collectif voit le jour en 1994 quand Robby Cleiren, Sara De Bosschere, Luc Nuyens et Sofie Sent terminent leur formation théâtrale au conservatoire d’Anvers. Le photographe et scénographe Stef Stessel, qui fait partie du trajet de de Roovers depuis le début, marque lui aussi de son sceau le style typique du collectif.

Bob Dylan (suivi de ) Mert & Marcus – Ed. Taschen

 

Coup de projecteur sur…

 

Août 2018

Bob Dylan : Un an et un jour de Daniel Kramer – Ed. Taschen

Le portfolio légendaire de Daniel Kramer consacré à Bob Dylan immortalise les deux années décisives que furent 1964 et 1965 pour l’artiste. En lespace d’un an et un jour, Kramer suit de près Bob Dylan en tournée, sur scène et dans les coulisses, lui permettant ainsi de rapporter l’une des collections d’images les plus fascinantes jamais prises d’un artiste, et un magnifique portrait de Dylan en plein envol vers la gloire.

Le portfolio s’attarde notamment sur son concert avec Joan Baez, au Lincoln Center’s Philharmonic Hall, sur les séances d’enregistrement de Bringing It All Back Home et sur sa prestation désormais célèbre à Forest Hills, où son utilisation controversée de la guitare électrique a mis en lumière l’évolution constante et mystérieuse de Dylan.

Témoignages d’une période phare de l’histoire du rock n’roll autant que portraits personnels de Dylan, les images saisissent aussi ses amis et collaborateurs célèbres, tels que Joan Baez, Johnny Cash, Allen Ginsberg et Albert Grossman.

Bob Dylan : Un an et un jour présente une sélection minutieuse de près 200 photographies, dont celles extraites de Bringing It All Back Home et issues des séances de prises de vue de la couverture de l’album Highway 61 Revisited.

Précédemment publié par Taschen en Édition Collector, cette édition courante est un trésor pour les vrais fans de photographie et de Dylan.

Enrichi d’anecdotes tirées des archives de Kramer et d’une introduction de Bob Santelli, directeur général du Grammy Museum, cet ouvrage est autant un témoignage intime et puissant livré par un grand photographe, à un instant donné, sur un artiste singulier, mystérieux au moment précis de l’envol de sa carrière.

280 p., 50 € 

 

Coup de projecteur sur…

Mert Alas & Marcus Piggott – Ed. Taschen

Ed. Taschen, août 2018

Publié à l’origine également en édition Collecteur, l’album conserve dans cette nouvelle publication le même nombre de clichés (env. 300), mais il a fait une « cure d’amaigrissement » (26,2 x 35 cm au lieu de 41,2 x 36) et son prix a été ramené de 600 à 60 €. On y découvre – ou retrouve – la vision survoltée des deux photographes qui depuis deux décennies ne cessent de redéfinir les standards en matière de charme, de mode et de luxe. 

Charlotte Cotton en a signé la préface.

Elle a occupé les postes de responsable du département de la photographie Wallis Annenberg au Los Angeles County Museum of Art (2007-2009), conservatrice en charge de la photographie au Victoria and Albert Museum (1992-2004) et responsable de la programmation pour The Photographers Gallery à Londres (2004-2005). Charlotte Cotton est également la fondatrice et rédactrice en chef de wordswithoutpictures.org.

Pour la petite histoire…

Mert Alas (ci-contre), né en Turquie, et Marcus Piggott, originaire du Pays de Galles, se sont rencontrés en 1994 dans une soirée organisée sur une jetée à Hastings, en Angleterre. Piggott a demandé du feu à Alas, les deux hommes ont commencé à discuter, et se sont rapidement découvert de nombreux points communs, dont un amour pour la mode. Trois ans plus tard, le duo aujourd’hui connu sous le nom de Mert & Marcus s’installait dans un loft délabré de l’East London reconverti en studio et vendait sa première œuvre collaborative au magazine Dazed & Confused.

Aujourd’hui Mert et Marcus façonnent l’image mondiale de maisons aussi réputées que Giorgio Armani, Roberto Cavalli, Gucci, Yves Saint Laurent, Givenchy et Lancôme,… et de célébrités, dont Lady Gaga, Madonna, Jennifer Lopez, Linda Evangelista, Gisele Bündchen, Björk, Angelina Jolie et Rihanna. Leurs photographies déploient un large éventail de styles et d’influences, mais sont particulièrement connues pour leur traitement numérique et la fascination qu’elles expriment pour les femmes «des femmes puissantes, des femmes qui signifient quelque chose, des femmes du genre pas-besoin-d’en-dire-ou-d’en-faire-trop-pour-raconter-qui-je-suis».

408 p., 60 € 

 

 

Amy Winehouse

En librairie de 8 août 2018

«Ce n’est en rien une histoire sombre ou tragique comme les médias l’ont faussement rapporté. Elle était une âme exceptionnelle et aimante qui remporta des victoires personnelles incroyables, et c’est ce que je vois dans ces images.» 

Blake Wood

Quand en 2007, au lendemain d’une rupture, le photographe américain de 22 ans Blake Wood arrive à Londres, un ami commun lui présente Amy Winehouse. La chanteuse à la voix brute et sensuelle, qui vient de remporter cinq Grammy Awards pour son album de 2006, Back to Black, est alors au sommet de sa gloire, mais elle se débat dans une relation sentimentale compliquée et vit difficilement l’attention permanente que lui portent les médias. Unis par une même créativité et des histoires personnelles similaires, Wood et Winehouse bâtissent rapidement une amitié profonde, et ne se quitteront plus pendant deux ans.

Les images de Winehouse en concert à Paris ou jouant de la batterie dans le studio aménagé chez elle à Camden Town, à Londres, côtoient les portraits tendres de la jeune femme insouciante et détendue à Sainte-Lucie ou charmeuse devant l’appareil photo, pour composer ce journal intime de la diva de la soul au moment où elle était l’une des voix les plus célèbres sur la planète.

L’histoire de cette étroite collaboration émotionnelle se raconte à travers l’objectif de son confident, au fil de 85 photos couleur et noir et blanc, la plupart inédites, qui révèlent l’amour, la confiance et le respect qu’ils se vouaient l’un à l’autre. Guidé par un texte de la célèbre critique de la culture pop Nancy Jo Sales, découvrez une facette rare et plus légère de cette icône regrettée, totalement elle-même sous le regard de son ami, une fille de Londres, qui profitait à fond de la vie.

176 p., 30€

Anne Boille, peintre plasticienne

le coup de cœur de Jean Marc Boissé

À deux pas de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste de Belleville et du métro Jourdain, et juste à côté d’un café baptisé Le relais Belleville, qui a su garder son charme d’antan, se trouve la Galerie-Atelier d’Anne Boille*.

Originaire de Tours et diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Ateliers d’Art et des Métiers d’Art (ENSAAMA, Paris), Anne Boille a participé à des Salons d’Arts contemporains, à des expositions dans des lieux  prestigieux, tel que, par exemple, l’Hôtel Lutétia (Paris 6e), et fait de nombreuses expos, en France comme à l’étranger.

Anne Boille a développé depuis plusieurs années une technique appelée le fixé sous verre.

Ce procédé est né à la Renaissance, à Murano où les artisans verriers peignaient des copies de thèmes bibliques ou des ex-voto sur des chutes de verre, qu’ils vendaient ensuite sur les marchés. Ce procédé qui consiste à peindre au dos d’une plaque de verre est très particulier et minutieux. Il s’est étendu de l’Italie à toute l’Europe jusqu’au au début du XIX siècle.

Anne Boille a quant à elle remplacé le verre par du plexiglass, plus léger et moins fragile.

« Je travaille à l’envers », dit-elle. « Les premiers plans sont peints d’abord, donc les boutons avant la chemise, les lacets avant les chaussures, les lunettes avant le visage. »

Viennent ensuite les plans suivants, ce qui donne à tous ses tableaux un visuel très « cinématographique », avec un premier plan, un arrière-plan, et un éclairage qui vient du fond.

Visuels copyright Anne Boille

Le grand talent d’Anne Boille est d’offrir à chaque scène, à chaque « séquence », une qualité exceptionnelle du détail – je dirais « comme au cinéma ». Car il s’agit bien de séquences de lieux urbains et contemporains…

Ses thèmes de prédilection ? Les terrasses de cafés – Les Deux Magots, La Brasserie Parisienne, Le Bar de Belleville, Le Café Florian… Mais aussi les devantures de boulangeries-pâtisseries, les personnages « bobos » ou « populaires », « Arty », serveurs… Tout ce qui donne vie à ces lieux.

Elle a récemment ajouté à ses créations de très belles et beaux « Runners » (ex-joggeurs).

  • Galerie-Atelier Anne Boille (Expo permanente) 7 rue Constant Berthaud Paris 20e

J.M.B.

Théâtre – Déjà la nuit tombait (fragments de l’iliade)

 

Coup de projecteur sur…

Déjà la nuit tombait d’après Homère – Conception, mise en scène Daniel Jeanneteau. Théâtre de Genevilliers, du 19 au 23 juin 2018

Avec Thibault Lac (danseur), Axel Bogousslavsky, Thomas Cabel (comédiens) et la participation de Laurent Poitrenaux (voix enregistrée).

Conçu avec la collaboration de l’Ircam, ce spectacle-performance explore les possibilités scénographiques du son et s’inscrit dans les modules d’expérimentation In Vivo, présentés lors du festival Académie ManiFeste 2018*.

« [il] s’approcha de lui

Et lui planta son javelot dans le bas de la nuque.

Le bronze sortit de ses dents en lui tranchant la langue,

Et l’homme chut, serrant le bronze froid entre ses dents. »

L’Iliade, chant V, 72.

« Aucun ne vit entrer Priam. Il s’approcha d’Achille,

Il lui embrassa les genoux, il lui baisa les mains,

Ces terribles mains qui lui avaient tué tant de fils ! »

L’Iliade, chant XXIV, 349

Trop âgé pour prendre part à la guerre de Troie, le Roi Priam a envoyé Hector, son fils bien-aimé. À l’époque où se déroule le poème d’Homère – celle de la dixième année de la guerre – Hector vient de mourrir au cours du combat qui qui opposait les deux camps. Priam vient récupérer son corps, que détient rageusement Achille. C’est la tombée du jour, le vieillard traverse la lande avec un âne. Il a perdu sa superbe. Achille vient lui aussi de perdre un être cherPatrocle, tué par Hector. Deux ennemis irréductibles, deux inconsolables vont s’affronter.

Au moment où débute le spectacle, Priam arrive, il baise les mains d’Ulysse, « ces effroyables mains, tueuses de guerriers, sous lesquelles ont succombé tant de ses fils ». Il le supplie humblement de lui rendre son enfant. Ce faisant, il touche la part d’humanité de l’impétueux fils de Pélée et de Thétis…

Le duel d’Achille et la prière de Priam (Chant XXIV) comptent parmi les épisodes les plus célèbres de ce poème épique (IIIe siècle avant J.-C.), admirable par sa puissance et la force des sentiments qui sont exprimés.

Ce qu’en dit Daniel Jeanneteau:

« Pendant un instant, protégés par le sommeil de toute une armée, les deux ennemis se regardent. Rien ne les rattache plus aux lois extérieures, aux haines apprises. Ils inventent un moment qui n’est qu’à eux, fait d’admiration et de larmes. Des siècles de fureur machinale se précipitent dans leurs regards brûlés, et s’éteignent : en eux l’espèce se reconnaît. Ils se taisent, se regardent, mangent, dorment. Leur insignifiance commune représente l’exacte contrepoids de tout le tumulte qui l’a précédée. »

Beau projet. À découvrir sans coup férir.

Anna K.

Du 19 au 23 juin au T2G – Théâtre de Gennevilliers – 41 avenue des Grésillons – M° Gabriel Péri (ligne 13) 01 41 32 26 10

www.theatre2gennevilliers.com

Plein tarif : 24 € 

 9 € Pour les résidents de Gennevilliers, Asnières et Clichy
18 € pour les seniors, résidents du 92,
14 €  les professionnels de la culture et de l’éducation nationale
12 € pour les moins de 30 ans, étudiants, intermittents, demandeurs d’emploi, adhérents à la Maison des Artistes, public handicap

  • Académie et ManiFeste sont un moment de rencontres privilégiées entre les différents protagonistes du spectacle vivant. L’accent est cette année mis sur le théâtre. Pour ce projet bien spécifique, le metteur en scène a proposé à deux jeunes compositeurs, Chia Hui Chen (Chine) et Stanislav Makovsky (Russie), de concevoir un spectacle commun en travaillant sur une scénographie sonore de L’Iliade, matérialisant la violence extrême du poème. Cette scénographie sonore, purement électronique, se nourrit de leurs apports, utilisant les outils logiciels de transformation du son et de spacialisation de L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

Willy Ronis par Willy Ronis

Entrée libre

Au Pavillon Carré de Baudoin, Paris 20e  – Jusqu’au 29 septembre 2018 – Chronique Jean Marc Boissé

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

mPrêts pour le voyage ?

Où ?

121 rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 

M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h

Théâtre : Le Quatrième mur

d’après le roman de Sorj Chalandon (Prix Goncourt des lycéens 2013) – Mise en scène Julien Bouffier – Avec Yara Bou Nassar, Alex Jacob, Vanessa Liautey et Nina Bouffier (les  18, 19 et 20 mai), Paloma Dumaine (les 15, 17 et 24 mai), Jade Hernandez (les 16, 22 et 25 mai), Iocha Koltès (les 13, 23 et 26 mai)
Théâtre Paris-Villette  Paris 19e – Jusqu’au 26 mai.

Dans l’obscurité la plus totale, un faisceau lumineux balaye l’espace, cherchant à se frayer un chemin vers la scène, où se détache une silhouette masculine, longiligne. Crâne rasé, corps émacié, Sam (Alex Jacob) est malade, en fin de vie. Un cancer ronge ses dernières forces. Brune, svelte, lumineuse, son amie (Vanessa Liautey), sa compagne de toujours, le rejoint. Elle vient d’apprendre via la presse la terrible nouvelle. Face à l’inéluctable, il lui demande de reprendre son impossible projet de monter Antigone d’Anouilh, au cœur de la capitale libanaise, en demandant à chacune des communautés religieuses présentes dans la ville d’y participer. On est en 1982, Beyrouth est à feu et à sang. Un rien, une étincelle pourrait embraser l’antique cité. 

Jeune, belle, la metteuse en scène accepte le défi. Sans réfléchir, elle fonce. Quelques doutes bien sûr vont l’assaillir, ils seront brefs. Des cimaises du théâtre, une immense toile blanche, presque transparente, tombe. Paris, son foyer, sa fille, sont déjà loin. Les images qui défilent montrent une ville portant les stigmates d’une violence inouïe d’une guerre civile entre chrétiens et musulmans. Malgré tout, sa détermination ne faiblit pas. Il en va d’une promesse à un mourant.

Bien que personne ne croit à la réussite de l’entreprise, elle va à la rencontre, à ses risques et périls, des représentants de chaque faction, chaque communauté religieuse, afin de les convaincre de l’utilité de cette singulière démarche et d’accepter un cesser-le-feu le temps de l’unique représentation. Réussissant l’impossible, elle réunit les comédiens, commence les répétitions sur le toit d’un vieux cinéma situé au cœur de Beyrouth, en plein sur la ligne qui sépare la ville en deux. Les images défilent en filigrane, enveloppent le corps de cette frêle jeune femme, prête à tous les sacrifices. Mais l’impensable va se produire. La tragédie antique va être percutée de plein fouet par l’indicible et sanguinaire drame du massacre de Sabra et Chatila.

Écrivain et journaliste, Sorj Chalandon fut l’un des premiers reporters de guerre occidentaux à pénétrer, en septembre 1982, dans le camp de réfugiés palestiniens après les exactions. Cette macabre expérience le marqua à jamais. Mais comment raconter l’indicible horreur ? En couchant sur le papier immaculé ce que sa conscience engourdie, atone, n’arrive plus à exprimer. Mêlant fiction et réalité, engagement politique et militantisme, il signe un texte fort, puissant, cru, où la beauté des mots, des images, se fracasse contre la barbarie sanguinaire de la bête inhumaine, immonde que les guerres (de religion) engendrent.

S.C. à propos du Quatrième mur (5’13)

S’emparant de ce roman, où s’entremêlent bons sentiments et haines meurtrières Julien Bouffier signe une pièce coup de poing qui fissure, brise en mille morceaux le quatrième mur, barrière infranchissable entre la scène et la salle, et met K.O. Usant avec ingéniosité de la vidéo – tous les comédiens participants y sont poignants de vérité, de justesse – , il invite à ce voyage entre passé et présent, entre rêve d’un monde meilleur et cauchemar d’une actualité chaque jour plus sanglante. Sur une scène dépouillée, il convoque la vie, la mort, l’amour, l’amitié, la douleur, la perte.

Envouté par le jeu bouleversant, ténébreux de Vanessa Liautey, dont la voix suave ensorcèle et panse les fêlures infligées à nos esprits, troublé par la présence lumineuse de Yara Bou Nassar et captivé par la musique jouée « live » d’Alex Jacob, on se laisse submerger par nos émotions. Secoué par ce terrible récit, abasourdi, on laisse nos cœurs pleurer, nos larmes couler

Avec douceur et infini respect, Julien Bouffier donne effroyablement vie au terrifiant témoignage de Sorj Chalandon et offre à ce Beyrouth balafré, défiguré, une Antigone à bout de souffle, exsangue, mais debout et combattante. Derrière l’horrible tragédie de ce monde malade et gangrené par les religions et les guerres de pouvoir, de domination, un vent d’espoir renaît, la vie reprend lentement ses droits.

 21,45 € à 12,95 €
Réservations : 01 40 03 72 23 
Crédit photos : © Marc Ginot

 

Avignon 1968 et le Living Theatre (suivi de) Jean Vilar 1947

5’55  » In « Les Voix d’Avignon » de Bruno Tackels – France Culture – Ed. du Seuil

 

Avril 2018 – Ed. Deuxième Époque

Des regards croisés sur les crises secouant régulièrement le monde de la culture — comme celles que le festival a connues plus tard (suite aux mouvements des intermittents).

Des témoignages personnels permettant une restitution éclectique des événements de Juillet 68 à Avignon

Entretiens réalisés par Émeline Jouve.

Extraits :

« En 68 j’avais 17 ans et comme cadeau pour avoir réussi mon bac, ma mère m’a offert trois jours en Avignon ! De ce cadeau je rêvais, mais ma mère qui avait en tête toutes les images qui passaient sur l’unique chaîne de télévision de l’époque — les Beatniks, le Living, les filles à poil, les mecs maquillés — était convaincue que si je voulais aller là-bas, c’était dans la seule intention de me droguer. C’est vrai que j’y pensais, mais enfin, bon, j’étais encore presque au berceau, ignorant tout de la vie et bien loin d’être le beatnik camé qu’elle était terrorisée que je devienne ! Alors, pour éviter le pire, elle m’avait trouvé un séjour CEMÉA qui exigeait que l’on se couche à dix heures du soir, ce qui était une monstruosité puisqu’à Avignon c’est à cette heure-là que tout commence. » Philippe Caubère

« Pour la bande à Jean-Jacques Lebel qui avait décidé de prolonger Mai 68 à Avignon, le Festival était un « supermarché de la culture ». Lebel et ses copains ne réussiront pas en Avignon ce qu’ils avaient réussi avec la prise de l’Odéon, que Lebel rêvait de rebaptiser “Théâtre Rosa Luxemburg”. Ce qu’ils ne voyaient pas, ou ne voulaient pas voir, est que Jean Vilar était du côté de la jeunesse, et quand il a pris position par rapport aux grévistes de mai, il l’a fait en prenant ses responsabilités, ce qui n’est pas rien. » Lucien Attoun

« Ce soir-là, il faut quand même dire que j’ai vu le spectacle du Living, Paradise Now, quand tout s’est enfin calmé. Il y avait des choses intéressantes. Dès l’ouverture, ils descendaient l’allée au milieu du public. Quand vous pensez que le jour de la première, c’était la petite bourgeoisie avignonnaise qui venait, vous vous imaginez les réactions ! Beck et les autres se baladaient parmi le public et disaient “je n’ai pas le droit de fumer du haschich” et ils fumaient, “ je n’ai pas le droit d’ôter mes vêtements” et ils ôtaient leurs vêtements : alors les gens, enfin certains, étaient affolés et d’autres carrément méchants, mais méchants au-delà du raisonnable ! » Jack Ralite

Si l’Histoire a accueilli dans son rang la révolution de Mai 68, celle du mois de juillet qui traversa le Festival d’Avignon semble avoir été reléguée à sa marge. Pourtant, la XXIIe édition du festival, sous la direction de Jean Vilar, déchaîna les passions avec la même intensité que celles qui habitaient et agitaient les acteurs des contestations printanières ayant ébranlé le pays jusqu’à la dissolution de l’Assemblée. Se rejouait à Avignon la révolution alors étouffée par Charles de Gaulle, et le festival devint ainsi le théâtre de tensions entre les ennemis du « supermarché de la culture » et les défenseurs d’une conception vilarienne du théâtre populaire. Le Living Theatre, invité à présenter trois pièces — dont la création de Paradise Now — cristallisa beaucoup de ces tensions de par ses prises de position. Avignon 1968 et le Living Theatre est une immersion dans ce mois d’été 1968 avignonnais : un voyage dans le temps pris en charge par des témoins ayant vécu les évènements de juillet et dont les entretiens sont retranscrits dans ce volume, mais aussi par ceux qui sont revenus sur cette période passionnée par le biais de la fictionnalisation.

La réactualisation de ces souvenirs rend compte de crises continuant à secouer un monde de la culture qui n’a de cesse d’interroger les rapports entre l’art et le politique (l’institution, la révolution) mais aussi entre l’art et le poétique (le beau, le transcendant).

192 p., 19 €

Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre, de l’Institut national universitaire Jean-François Champollion et de l’EA CAS de l’université Toulouse Jean-Jaurès. Les éditions Deuxième époque sont subventionnées par la région Occitanie.

 » Il était une fois un homme et une ville qui se rencontrèrent et eurent un enfant nommé Festival… »

(4’53)

Introduction Bernard Dort (1986) lue par Anne Alvaro (INA)

Jean Vilar (INA)

Illustration musicale Miles Davis

Tout commence en septembre 1947, avec une exposition d’art contemporain (Balthus, Giacometti, Miro, Mondrian, Picasso…), deux concerts de musique ancienne et contemporaine dirigés par Roger Desormière, et trois créations dramatiques, sous la direction artistique de Jean Vilar : La Tragédie du roi Richard II de Shakespeare, L’histoire de Tobie et Sara de Paul Claudel et La Terrasse de midi de Maurice Clavel.

Les deux premières pièces sont jouées en plein air, dans la cour d’honneur du palais des Papes, la troisième au théâtre municipal.

L’année suivante, Vilar décide de poursuivre l’aventure pendant une semaine, mais cette fois en juillet. Il sent que dans ce lieu privilégié, des choses exceptionnelles pourront se passer. 

© Jacno

Ce n’est tout d’abord pas la ruée, mais le futur directeur du T.N.P. (1951-1963) a trouvé son espace et le moyen d’inventer une nouvelle manière d’habiter la scène et d’y faire résonner la parole des poètes, afin, dit-il, que « dans les murs de ce palais, imposant dans la nuit la quiétude de sa force, nous donnions des spectacles capables de se mesurer, sans trop déchoir, à ces pierres et à leur histoire ». Pendant des années, la représentation théâtrale va se concentrer sur la cour d’honneur et le Verger Urbain V, mais la cité va ensuite devenir une ville-théâtre qui s’étendra bien au-delà de ses remparts. C‘est cette alchimie romantique – poète-acteur-public – qui, été après été, demeure et perpétue depuis soixante-dix ans le miracle d’Avignon.

A.C.

 

Expo : Plantu 50 ans de dessin de presse à la BnF François Mitterrand

En une cinquantaine d’années, le dessinateur de presse Plantu a réalisé des milliers de dessins publiés dans de nombreux journaux. C’est à la Bibliothèque nationale de France qu’il a choisi de confier cet important fonds, véritable illustration de l’actualité française et internationale de ce demi-siècle écoulé.

À l’occasion de cette entrée exceptionnelle dans les collections de la Bibliothèque, quelque 150 pièces, dont une centaine de dessins originaux, sont présentées dans la Galerie des donateurs. L’exposition permettra de saisir l’évolution graphique de Plantu, mais aussi d’apprécier son talent de sculpteur humoristique et son engagement à défendre les dessinateurs de presse du monde entier par le biais de l’association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006.

Après la publication de premiers dessins à la fin des années 1960, dans des journaux de tendances différentes – La Vie du Rail ou Bonne soirée, Le Pèlerin, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo… – Jean Plantureux, alias Plantu, retient l’attention avec un dessin de presse sur la guerre du Vietnam, publié dans le journal Le Monde en 1972, alors qu’il n’a que 21 ans (ci-dessus) : coup d’envoi d’une longue carrière de dessinateur caricaturiste d’actualité qui a accompagné le parcours du quotidien.

À partir de 1985, André Fontaine, directeur du Monde de l’époque, décide de le publier en Une et en exclusivité : c’est ainsi que Plantu devient le dessinateur attitré du célèbre quotidien du soir.

En 1991, il entre à l’Express où ses dessins sont publiés en pleine page, jusqu’en 2017.

L’exposition présente une centaine de dessins originaux, parmi lesquels des inédits, des études et croquis préparatoires, ainsi qu’une cinquantaine d’impressions couleurs. Cet ensemble permet d’apprécier différentes facettes du travail de l’artiste : son graphisme, du plus épuré au plus illustratif, ses dessins audacieux jusqu’au burlesque, facétieux jusqu’à l’insolence, émouvants jusqu’à l’hommage respectueux. On voit naître et évoluer les animaux fétiches de Plantu, la colombe et la souris, mais aussi tout un bestiaire où l’on retrouve les figures clé du monde politique d’hier et d’aujourd’hui.

En tant que journaliste, Plantu observe et commente les décisions gouvernementales et les faits de société ; en tant qu’humoriste, il se joue des personnages, les transposant, en quelques traits d’une tendre cruauté, dans des univers cocasses, souvent plus révélateurs et percutants que de longs discours. Pour lui, le dessin de presse est l’art nécessaire du dérapage : il faut aller loin dans la provocation mais s’arrêter à temps, pour ne pas blesser gratuitement ou toucher à la vie privée.

Critique à l’égard des choix des hommes et femmes de pouvoir, il l’est, attirant l’attention sur leurs contradictions ou leurs mensonges : sous son crayon, la planète ressemble à un gros ballon coupé en deux et asphyxié, les rapports entre les populations se soldent par des murs que l’on monte ou que l’on détruit et des ponts que l’on jette entre deux pays avec un espoir fragile. En faisant pénétrer les lecteurs dans d’improbables salles de classes, Plantu insiste avec élégance sur le rôle essentiel de la culture et de l’éducation, pour une lutte sans merci contre l’ignorance, source de violence et de barbarie.

Il s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et nous présente les mille et une tribulations de Marianne, figure emblématique de la République française.

Habile dessinateur, rompu à toutes les astuces graphiques pour exprimer le mouvement, les sentiments et les émotions, Plantu ne cache pas son admiration pour des créateurs d’exception qui ont tissé l’imaginaire collectif, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la sculpture, ou de la bande dessinée (Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin, Hergé, Reiser, Goscinny et Uderzo…). Il leur rend hommage, les pastichant avec bonheur pour traduire les faits de société et les manœuvres politiciennes.

L’exposition complète cet ensemble avec la présentation de quelques Unes célèbres et une sélection d’albums, réunissant les dessins publiés au cours de l’année précédente ; on découvrira aussi un choix de sculptures, – juges, souris et présidents de la République (le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) – ainsi que des produits dérivés illustrés par Plantu.

Des enregistrements audiovisuels montrent l’artiste au travail, expliquant sa démarche en tant que dessinateur engagé, en prise avec ses crayons et ses feuilles pour restituer, dans la juste dérision, son sentiment à l’écoute des informations diffusées par les médias. 

Enfin, on pourra voir ou revoir des documents de l’association Cartooning for Peace, que Plantu a fondée en 2006, encouragé par Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et ancien Secrétaire général de l’ONU. L’association, qui compte aujourd’hui 162 dessinateurs de presse de tous les pays, s’est donné comme rôle de défendre la liberté d’expression à travers le dessin de presse, lors d’expositions itinérantes, de conférences et d’interventions dans les établissements scolaires.

Du 20 mars au 20 mai 2018

Galerie des donateurs
Quai François Mauriac, Paris 13e (ligne 14) 01 53 79 53 79

Du mardi au samedi 10h > 19h. Dimanche 13h > 19h
Fermeture les lundis et jours fériés

Entrée libre

 

Théâtre : Du côté de chez Colette

Depuis le 24 février

les 31 mars, 28 avril et 26 mai à 15h au Studio Hébertot*, dans le cadre des après-midi de sea art

Adaptation, conception et interprétation : Jenny Bellay

Musiques d’Erik Satie interprétées au piano par Léonce Langlois Favier.

Quelques notes des Gymnopédies glissent sous les doigts d’un très jeune pianiste.

Une vieille dame ridée, bouclée, vêtue d’un large pyjama à grosses fleurs se tient devant une table ancienne, un livre à la main.

Elle commence à lire, lève la tête puis récite : C’est un soir de Noël, Colette enfant, dans sa chambre glaciale, fait semblant de dormir, tandis que sa mère dépose devant la cheminée des paquets et deux bouquets de roses de Noël. Puis, Sido, cette mécréante, se ravise ; elle ne peut se rendre complice d’une duperie. Fleurs et présents seront disposés, le lendemain matin, près du bol de petit-déjeuner.

Les yeux de Jenny Bellay, profonds, vifs se promènent dans la salle, tels de petits projecteurs prenant à témoin les spectateurs. La voix de la comédienne se plie à toutes les inflexions que commandent les textes : grave, forte, murmurante, chantante, fragile, grinçante… On a raison de dire que ni la voix ni les yeux ne connaissent le temps. 

Dans un décor sobre, minimal, la magie déclamatoire opère, qui permet aux personnages de prendre corps, et soulignée par quelques gestes, nous fait suivre les dialogues cocasses entre Sido et sa fille, Colette et le capitaine, Colette et son frère Léo. Que le pianiste trinque avec la récitante suite à un éloge des vins nous fait regretter de n’être pas de la fête.

Le choix des textes associe ceux, connus, comme la lettre de Sido à Henri de Jouvenel, déclinant une visite pour cause de floraison d’un cactus rose (extrait audio ci-dessous), à d’autres qui le sont moins. Tel ce dialogue intérieur lors de la naissance de Bel Gazou, qui questionne anxieusement le miracle qu’est l’amour maternel.

La générosité du partage de la passion de Jenny Bellay pour son métier et pour Colette, la beauté des extraits de textes, la mélancolie des notes qui les soutiennent, font de cette heure un moment rare et enchanté.

Et nous ne pouvons que remercier Jenny Bellay qui nous donne, à la voir et à l’entendre, l’envie de relire Colette et de vieillir.

Nicole Cortesi-Grou

  • 78 bis bd des Batignoles Paris 17e – 01 42 93 13 04 – 20/15/10 €

Jenny Bellay invitée de Bernard Pivot lors de la création du spectacle au Petit Montparnasse en 1980 (archives INA).

 

 

 

Lectures publiques au Théâtre de la Huchette et au Théâtre 14

L’association Les Amis du Théâtre de la Huchette, soutenue par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques fondée en 1777 par Beaumarchais), propose très régulièrement la lecture publique d’une pièce inédite, afin de partager ses coups de cœur, et qui sait, provoquer la rencontre entre un auteur et un metteur en scène, un acteur, un théâtre…

– La Résistance et ses poètes d’après Pierre Seghers

Adaptation et mise en lecture Frédéric Almaviva

Avec Frédéric Almaviva, Grégoire BourbierLisa Livane

Le poète Pierre Seghers (1906-1987), résistant de la première heure, publia pendant toute la guerre une revue de poésie ouverte à toutes les plumes de la Résistance : Aragon, Eluard, Desnos, Tardieu, etc. 

En 1974, il publia La Résistance et ses poètes,  ouvrage de référence – à la fois récit historique et anthologie- sur les poètes et les écrivains engagés dans la Résistance    

  • Lundi 5 mars à 20h (Huchette)*

– Un amour de Frida Kahlo de Gérard de Cortanze

Mise en lecture Jean-Claude Idée

Avec Emmanuel Dechartre, Jean-Loup HorwitzKatia Miran

Mexico janvier 1937.  Léon Trotski et Natalia Sedova obtiennent l’asile politique au Mexique où Diego Rivera et Frida Kahloles hébergent. Entre l’exilé pourchassé par la Guépéou et l’artiste flamboyante naît une passion aussi vive qu’éphémère. Gérard de Cortanze, auteur de 80 livres traduit en 25 langues, est lauréat du prix Renaudot en 2002. 

Un amour de Frida Kahlo est sa première pièce de théâtre.

  • Lundi 12 mars à 20h (Huchette)

– La fille des Lumières de Jean-Claude Idée

Mise en lecture Jean-Claude Idée

Avec Annette Brodkom, Simon Willame

Printemps 1814. Germaine de Staël revient en France après 10 années d’exil tandis que Napoléon Bonaparte, son meilleur ennemi est exilé sur l’île d’Elbe. Elle retrouve à Paris Benjamin Constant, autrefois son amant, Madame Récamier, elle aussi fille de banquier, et François-René de Chateaubriand, à qui tout l’oppose pourtant, car il est catholique et royaliste. La fille de Necker devint l’égérie du romantisme en France et jeta les bases du libéralisme politique moderne.

  • Lundi 19 mars à 19h (14)**

– « Elles – alphabet » de Stanislas Cotton

Mise en lecture Hélène Cohen

Avec Emilie Chevrillon, Hélène HardouinPauline Vauvaillon

« Elles – alphabet », pour décliner ce que je crois savoir des femmes. Pour tenter l’esquisse d’un portrait de leurs conditions dans notre monde chaotique. Avec amour, avec tendresse, avec colère, avec passion et détermination… Dénoncer l’injustice, rapporter des faits, accuser les coupables. Tisser des histoires quotidiennes avec la matière de la langue. Appeler la poésie. Dire enfin que si les femmes sont les égales des hommes, l’égalité aujourd’hui tire parfois vraiment la gueule. » 

Stanislas Cotton

  • Lundi 2 avril à 20h (Huchette)

L’entrée est libre, mais il est indispensable de réserver:  

*Théâtre de la Huchette – 23 rue de la Huchette Paris 5e – M° Saint-Michel 01 42 49 27 90 ou amihuche@free.fr

** Théâtre 1420 Avenue Marc Sangnier, Paris 14e – M° Porte de Vanves 01 45 45 49 77

Expo : Artistes en exil

Jusqu’au 30 mars 2018 au Ministère de la Culture, Paris

Les vitrines de l’atelier des artistes en exil, comme autant de fenêtres sur les réalités du monde, invitent à ouvrir le regard, à appréhender l’impératif qui pousse des femmes, des hommes et des enfants au départ, au choix de l’exil et à ses épreuves, et à comprendre la détresse qui peut les saisir à leur arrivée. Elles déplacent la vision portée sur l’exil, la remettent en perspective à travers le prisme de l’art.

Venus d’Afghanistan, d’Iran, de République démocratique du Congo, de Soudan, de Syrie, les artistes des vitrines tendent au monde des miroirs. Leurs œuvres explorent les tréfonds intimes des notions de dignité et d’humanité ; questionnent les principes fondamentaux du droit d’asile.

L’atelier des artistes en exil (aa-e), structure unique en France, a pour mission d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner au regard de leur situation et de leurs besoins artistiques et administratifs, de leur offrir des espaces de travail et demonstration professionnelle afin de leur donner les moyens de se structurer et d’exercer leur pratique.

Fondé et dirigé par Judith Depaule et Ariel Cypel, l’aa-e occupe, à titre provisoire, au 102 rue des Poissonniers 75018 Paris, d’anciennes salles de formation (1000 m2) mises à disposition par Emmaüs Solidarité et la SCI Paris Poissonniers, transformées en ateliers et studios de répétitions. L’aa-e reçoit le soutien du Ministère de la Culture, de la Ville de Paris, du Fonds de dotation Porosus, du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (pour le projet AMARRE du Collectif Kahraba / HammanaArtist House), de l’Office national de diffusion artistique (Onda). Nombreuses sont les associations et les personnes qui contribuent à son développement.

Des visages et des oeuvres

Emty spaces & disires to fly

Kubra Khademi

Née en 1989 à Kaboul en Afghanistan, Kubra Khademi étudie les beaux-arts à l’Université de Kaboul,
avant d’intégrer l’Université de Beaconhouse à Lahore, au Pakistan. Artiste féministe, elle se fait connaître par sa performance L’Armure en 2015 qui dénonce une société où la femme est bafouée. Contrainte de quitter son pays, elle part en France. En 2016, elle reçoit une bourse de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et est nommée Chevalier dans l’Ordre des Arts
et des Lettres. Elle est suivie par Latitudes Prod. (Lille).

« Je suis une artiste afghane qui a été condamnée
 à mort parce que j’étais une femme. En 2015, j’ai dû fuir mon pays après avoir fait une performance durant laquelle je marchais avec une armure dans les rues 
de Kaboul, et la France m’a accueillie comme réfugiée. Je suis toujours en vie, mais que signifie réellement être vivant ? Que signifie être un être humain, un être libre ? Une partie de la lutte est terminée, mais en même temps, elle continue. La violence contre les femmes est universelle et n’a pas de frontières. Nous devons nous soutenir mutuellement, peu importe d’où nous venons. Quels changements pouvons-nous opérer ensemble, aujourd’hui ? »
 

Recherche de liberté,

 

Mehdi Yarmohammadi

Né en 1979 à Zabol en Iran, formé au dessin, à l’artisanat et à la peinture, Mehdi Yarmohammadi enseigne la peinture et la sculpture et participe à des expositions en Iran, au Danemark et en France, où il est forcé de rester depuis 2016 en raison des menaces qui pèsent sur lui en Iran. En mai 2017, il est accueilli pour un an avec son épouse, Hura Mirshekari, artiste peintre, à la Cité internationale des arts dans le cadre du programme du Ministère de la culture de résidence et d’accompagnement d’artistes réfugiés des zones de conflit.

« Les effets d’ombre et les espaces négatifs sont primordiaux dans mes compositions : le rythme, le mouvement et les formes circulaires liées à des concepts galactiques et métaphysiques sont les principales caractéristiques de mes sculptures. La simplicité des formes, les espaces négatifs idéalisés donnent une impression de flottement dans l’air, de délicatesse dans l’expression du mouvement. Mon but est de représenter des vues emblématiques de cultures profondes et anciennes à travers des formes visuelles innovantes et des méthodes technologiques nouvelles, où se reflètent respect et considération clairvoyante de la Nature. »

Ibrahim Adam

Né près d’Al Fasher en 1984 au Soudan, issu d’une ethnie minoritaire marginalisée du Darfour, Ibrahim Adam doit interrompre ses études d’architecture à l’Université du Soudan. Il est assistant dans un cabinet d’architecture puis superviseur sur des chantiers à Dubaï et à Addis-Abeba, avant de revenir au Soudan, où il lui est impossible de rester. Il passe par la Lybie et arrive en France en 2014. Après une escale à Calais, il suit le « programme étudiants invités » à l‘École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris.

« L’architecte se projette en imagination dans une nouvelle construction. Il y verse de la pensée et de la civilisation. Il navigue dans un monde loin de la réalité, étudie les objectifs, questionne les moyens et calcule la lumière et le reflet des rayons du soleil. Il se doit de trouver des formes et les espaces, pour une utilité. C’est une spécialisation scientifique artistique, dont l’objectif est la conception de bâtiments performants en termes de planification, de construction et d’éclairage. » 

Janvier 2018

Omar Ibrahim

Né en 1978 à Souida en Syrie, diplômé des Beaux-Arts à Damas en sculpture, Omar Ibrahim étudie également le design graphique et l’aménagement intérieur. Artiste peintre et plasticien, il travaille comme consultant artistique, fonde l’agence Cocoon, enseigne la calligraphie. Il transite par Dubaï puis Beyrouth où il est chargé de terrain pour l’ONG Première Urgence Internationale. Inquiété par les autorités, il part pour la France en 2015. Il expose en Syrie, au Liban, aux États-Unis, au Japon, en Angleterre et en France.

 Je l’ai vu de mes propres yeux… ce monstre 
qui se cache… sortir avec effronterie… tuer et détruire au nom de la patrie… de la religion… ou du désir. Toute une variété de formes d’apparence… il se manifeste sous les noms de l’intolérance… de la peur… du nationalisme… la race ou la couleur. Il refuse d’aider les autres, uniquement parce qu’ils n’ont pas le même niveau culturel … Ou d’ouvrir sa maison seulement à cause de la différence. »

Le Monstre, janvier 2018 (extrait)

Good news (vidéo) Alep, 2016

Mohammad Hijazi

Né en 1988 à Damas en Syrie, Mohammad Hijazi se consacre au montage vidéo, aux effets visuels 2D et 3D, au graphisme animé et aux formats courts. Au début de la révolution, il s’investit dans l’aide humanitaire et des actions médiatiques contre le régime. Enfermé trois mois en 2012, à sa libération il part pour le Qatar. Après la Jordanie et le Liban, il rejoint la Turquie où il est superviseur de post-production, producteur et directeur artistique. Il travaille à son premier film documentaire. Il arrive en France en 2017.

Avec le hashtag #MakeFacebookRed, des militants de ce mouvement avaient appelé les utilisateurs de Facebook à remplacer leur photo de profil par une image de couleur rouge-sang. Ils souhaitaient mobiliser l’opinion internationale et dénoncer la violence du régime syrien qui a fait des centaines de milliers de victimes. Cette brutalité s’est particulièrement révélée à Alep, ville soumise à un état de siège, où les hôpitaux et les civils étaient bombardés sans discernement, où les médecins en première ligne étaient systématiquement pris pour cible par les snipers du régime de Bachar Al-Assad et les forces aériennes russes alliées.

« J’ai réalisé cette vidéo pour une campagne qui utilisait les hashtags Save Aleppo (#Save_Aleppo – #SaveAleppo), faite par des activistes syriens et palestiniens pour sensibiliser l’opinion sur la situation désespérée de beaucoup de gens à Alep. 
C’est sûrement la meilleure chose à faire, quand on est loin de la Syrie. »

Exécution (bois, métal, plâtre, acrylique sur toile, 2018

Hura Mirshekari

Née en 1985 à Zarand en Iran, Hura Mirshekari étudie les mathématiques à Zābol et la peinture à l’université du Sistan-et-Baloutchistan, à Zāhedān. Elle participe à des expositions en Iran, aux Etats-Unis et en France, où elle est contrainte de rester en 2016. En mai 2017, elle est accueillie pour un an avec son époux, Mehdi Yarmohammadi, sculpteur, à la Cité internationale des arts, dans le cadre du programme du Ministère de la culture de résidence et d’accompagnement d’artistes.

« Les exécutions en Iran occupent une place banale, sous le couvert de la Loi islamique. De nombreuses femmes en Iran, et particulièrement dans la province du Sistan-et-Balouchistan, sont exécutées ou en attente de l’être. Ma peinture est un cri de protestation contre les exécutions et le viol. »

Réfugiés sur la route des Balkans, 2017

Abdul Saboor

Né en 1992 à Nagrahar en Afghanistan, Abdul Saboor doit subvenir à ses besoins dès son plus jeune âge. Il travaille avec l’armée américaine pendant 6 ans. Recherché par les Talibans, il est obligé de fuir son pays. Toujours équipé d’un appareil photo, il immortalise le périple de son exil, de ses deux années passées 
à traverser l’Europe jusqu’à la France, où il décide
de s’arrêter en 2017. Ses photographies sont exposées en Serbie, en Espagne, en Angleterre et en Pologne.

« Beaucoup de mes photos proviennent du lieu où les réfugiés étaient regroupés (près de la gare de Belgrade en Serbie, près de la porte de la Chapelle à Paris).
 Je suis parti d’Afghanistan, je suis passé par le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et je photographiais les réfugiés avec mon smartphone. J’ai été arrêté, emprisonné et renvoyé en Afghanistan, et je suis reparti, cette fois avec un appareil photo. J’ai traversé à nouveau le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Serbie et d’autres pays d’Europe en photographiant inlassablement les réfugiés.

Je me suis donné pour mission de les aider en faisant connaitre leur sort. Je suis l’un des leurs, je partage leur quotidien et leur intimité, c’est ma méthode 
de travail. Je pars du principe que la population des pays traversés ignore notre destin, qu’en le faisant connaitre, je les aiderai à en prendre conscience. »

Sans-titre

Lina Aljijakli

Née en 1982 à Hama en Syrie, Lina Aljijakli vit à Damas, à Riyad en Arabie Saoudite, puis de nouveau à Damas jusqu’à fin 2009. Diplômée en scénographie de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas, elle conçoit décors et costumes, peintures et céramiques. Boursière du gouvernement syrien pour poursuivre des études théâtrales en France en 2010, la révolution et les menaces à l’encontre de sa famille l’empêchent de repartir dans son pays. En 2017, elle se remet à peindre après plusieurs années d’interruption.

« Mon tableau cherche à incarner la souffrance des femmes syriennes durant la guerre, dont elles sont avec les enfants les premières victimes. C’est le portrait de La femme syrienne, assassinée pendant la guerre, privée de ses enfants en prison, frappée par les bombardements sauvages, qui choisit le chemin de l’exil et traverse la mer pour trouver la sécurité.

Le point rouge dans le tableau, c’est la balle qui a tué La mère syrienne, annonçant une des plus grandes tragédies du siècle. Les lignes rappellent la détention et la torture qui n’ont fait qu’ajouter de la souffrance. Au milieu de tout ça, surgit le voyage vers l’exil avec la traversée de la mer, l’errance et la mort qui s’en suivent — représenté par le bleu du tableau. Malgré la douleur et l’injustice, les yeux restent grands ouverts sur l’espoir et continuent à témoigner de la plus grande tragédie de notre temps. »

Mohamed Abdulatief

Né en 1990 à Amman en Jordanie, Mohamed Abdulatief grandit au Soudan. Artiste autodidacte, il s’initie à la peinture au Studio Almrsm d’Omdurman. La situation de son pays l’oblige à tout quitter en 2016. Il passe par la Libye, les Pays-Bas, et enfin la France où il s’arrête en 2017. Il prend part à des expositions au Musée national de Khartoum, à Kasteel Baexem et au Leudal-Museum, aux Pays-Bas, et aux Ateliers 29, à Arpajon. Ses oeuvres trouvent leur inspiration dans les cultures nubiennes et nilotiques.

« La collection présentée au Palais-Royal, The Story, raconte mon histoire et mon parcours personnel. J’essaye d’expliquer comment et pourquoi je suis ici aujourd’hui à Paris. Mon histoire, ma vie, mon exil, je les représente à travers mes peintures.
 Je développe une pratique artistique abstraite inspirée de mon environnement personnel. Je compose mes oeuvres à partir de formes graphiques. J’accorde 
une grande place aux symboles, qui sont un vecteur important de l’art soudanais. J’utilise surtout des symboles simples, comme des triangles, des lignes, des cercles… Les poissons du Nil sont aussi très présents dans mes tableaux-histoires. Le Nil est à la fois un lieu de vie et de migration. »

 Janvier 2018

2018

Mahmoud Halabi

Né en 1982 à Baalbek au Liban, réfugié très jeune en Syrie, Mahmoud Halabi est titulaire d’un diplôme
 de scénographie de l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas et d’un Master d’Arts plastiques à Paris 8. Artiste peintre, il utilise des matériaux insolites, expose à La Sorbonne, au Grand Palais, à l’Hôtel Paxton et à Artcité. Il est également dessinateur, scénographe, designer et architecte d’intérieur. Parti poursuivre ses études en France en 2011, la Révolution syrienne l’empêche de rentrer.

« Qu’il soit abstrait ou figuratif, le trait est un élément primordial de mon travail. Que ce soit pour esquisser un portait, ou pour tracer une calligraphie, le trait, avec la force du geste à la fois brut et maîtrisé, guide ma main et ma réflexion. Que ce soit pour les mots ou pour les visages, mon trait est expressionniste. Je l’utilise comme vecteur d’une vitalité débordante.

L’utilisation de matériaux autres que la peinture (encre, thé, café, poudre de métal, feuille d’or…) constituent aussi un élément essentiel de mon travail. Dans ma dernière série de portraits intitulée De rouille et d’or, je m’interroge sur la condition de la nature humaine et sur la finitude de l’être. Érosion, oxydation, transformation de la matière évoquent la notion de temporalité. La contradiction de ces deux matériaux renvoie à celle de la nature humaine. Plus qu’un portrait, ce travail dépeint un paysage humain d’échéant et décadent où la lueur de l’espoir ne subsiste plus que dans ce regard qui nous fixe et nous dévisage.

Quête existentielle, expressionnisme puissant, sensibilité exacerbée se devinent et se dévoilent dans ces visages à la fois anonymes et pourtant si familiers. »

Octobre 2017

 Carlos Lutangu

Le Penseur (métal, papier mâché), 2017

Né en 1990 à Kinshasa en République démocratique du Congo, Carlos Lutangu Wamba est diplômé de l’Institut et de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Sculpteur, il travaille l’argile, le bois, la pierre ou le bronze et des matériaux plus singuliers tels que le métal, le papier ou le plastique. À Kinshasa, il expose dans l’espace public, aux Beaux-Arts, à l’Espace Polidor et l’Espace Évolué. Militant actif de la contestation antigouvernementale, 
il est arrêté en 2016, s’évade de prison et gagne la France en 2017.

« Makanisi, Le Penseur en lingala, est mon premier projet à l’atelier des artistes en exil, en août 2017. L’arrivée dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture, pose beaucoup de questions. Qu’allais-je devenir ? Cette tête entre mes mains, ce sont mes angoisses, mes inquiétudes pour ma famille restée au pays, les papiers que je n’aurais peut-être pas.
 J’ai repris la forme d’un masque Kongo, de ma tribu d’origine. Sans matériel, j’ai décidé d’utiliser des matériaux recyclés : des journaux ramassés dans le train, dans le métro, dans les bars et cafés de Paris, pour en faire du papier mâché.

Le Réfugié est la première pièce d’une série sur les raisons de la migration, sur ce qui pousse des populations à quitter leur pays pour en rejoindre un autre. Derrière un réfugié, il y a toute une histoire. Jamais je n’avais pensé qu’un jour je serai aussi 
un réfugié. Ma pièce parle des migrations en général. Mon propre exil est politique, mais d’autres personnes ont dû fuir leur pays pour des raisons économiques, environnementales »

 Moneim Rahama

Né en 1960 à El Damer au Soudan, journaliste, écrivain et poète, Moneim Rahama est un homme de culture (radio, théâtre, cinéma, éditions, journaux), défenseur des droits de l’homme. Pour ses positions politiques, il est arrêté en 2011 et condamné à mort. Relâché grâce à une campagne de soutien internationale, il se réfugie en Ethiopie. Surveillé par les services de renseignements soudanais, il part en France en 2015 et reçoit la même année le Prix PEN International pour la liberté d’expression.

Colère,


Une colère qui déchire le ciel et fissure la terre / Et la patience, l’ombre du faible, saigne
 /Son âme s’est suicidée.

Colère,


Colère de ces papiers et de ce pétrissage interminable / Papier d’autorisation d’entrée, de sortie / 
Papier d’autorisation de change, de soins
 / Papier pour boire, pour manger / 
Papier pour la vie…

Un peuple entier qui mange du papier. 
Et tout cela, mon frère / Pour un cachet, une empreinte ou une signature.

Colère,

J’enfle de colère.

Colère,


Qui sont ces gens qui continuent à humilier l’Homme / Un être humain parfait
 / Et qui donnent de la valeur, même après la mort /
aux oiseaux, au chat et au chien
.

Et le chien ?

2016 – Traduit par Hicham Mansouri

Mohamed Abakar

Né en 1990 à Shearia au Darfour (Soudan), Mohamed Abakar fuit la prison et les conflits politiques qui ravagent son pays et se réfugie en France en 2015. Photographe, vidéaste et auteur, il écrit comme s’il était derrière son appareil. Il intègre le « programme étudiants invités » de l‘École nationale supérieure des Arts décoratifs en photo/vidéo de Paris, au sein de laquelle il participe à un atelier de mise en situation photographique au Château de Versailles où il obtient le second prix pour Réfugiés à découvert.

« En voyant dans le parc du château de Versailles ces statues entièrement occultées d’un drap épais pour les protéger des morsures de l’hiver, je n’ai pu me retenir d’avoir une pensée pour les réfugiés, ces frères d’expérience, tant ils me ramènent à mon passé récent.

[…] Obtenir un statut est un si long parcours. Les voilà ainsi drapés d’un aberrant dilemme : vivre là-bas leur est désormais impossible, vivre ici ne leur est pas reconnu. Pourtant, dans leur épreuve 
et leur anonymat, ce sont des êtres humains, comme les autres tout simplement, comme ceux qui ont un nom, une vie, et une famille là-bas. Ces clichés
 de Réfugiés à découvert, près de ces statues cachées, est un hommage à leur dignité d’homme et à leur sensibilité. »

Septembre 2017

Debout !

Khaled Dawwa

Né en 1985 à Masyaf en Syrie, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Damas en section sculpture, Khaled Dawwa présente ses œuvres au sein de son école 
et au Centre Culturel français de Damas. Début 2011, 
il participe activement à la création et la mise en œuvre de l’atelier Al Boustan, mais est obligé de partir au Liban en 2013, où il vit un an clandestinement, tout en continuant son art qu’il expose sur sa page Facebook (Clay&Knife). Fin 2014, il rejoint la France où il recommence à travailler publiquement. La collection d’œuvres intitulée Debout ! est une incitation à l’acte dans le domaine social et politique. Le titre lui-même est éloquent et laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.

« Pour moi c’est une tentative de mettre à nu le Pouvoir dans toutes ses dimensions, y compris celui qui agit à l’intérieur de chacun. C’est aussi une critique de la léthargie de l’homme et de son mutisme qui le rend complice de la stagnation de la réalité.

Tout est destruction…
Que regardes-tu donc ? 
En l’observant de loin, tu lui ressembles… Debout ! »

Mohamed Nour Wana

Né en 1992 à Mouli au Soudan.À l’âge de 5 ans Mohamed Nour Wana fuit son pays avec sa famille pour le Tchad, qu’il doit fuir à son tour pour la Libye, qu’il fuit à nouveau pour la France en 2016. Auteur-passager apatride,

il écrit de la poésie noire et deux livres (Au coeur de l’asile, Péril dans le bleu) qui parlent de l’injustice de l’État, du racisme et des problèmes qui font fuir les migrants vers l’Europe. Il lit comme il expose ses textes à la radio, dans des festivals et au cours de soirées littéraires.

« J’ai choisi d’écrire pour ne pas taire les histoires
 des meurtres cachés des familles paralysées par les conflits qui se déplacent sans aucune destination précise. L’écriture pour moi est une chance et une raison qui dépasse le personnel. Car on ne peut s’approcher du public qu’en allant à sa rencontre à travers des démarches artistiques. J’écris pour pouvoir éclaircir les raisons de l’exode et montrer l’authenticité de nos histoires. J’écris pour dire et décrire l’histoire de la migration forcée. Je m’inspire de ce que je suis, de ma vie et de mon histoire et celle de mes amis de souffrance. C’est pour quoi j’ai intitulé mes poèmes : Poésies noires. »

 Janvier 2018

Sans-papiers, 2016 (extrait)

« Parce que le prix de la liberté peut coûter jusqu’à l’âme, je suis sans-papiers. 
Je suis le fils d’un sans-papiers. 
Je suis la fille sans-papiers.

Je suis la mère de famille sans-papiers.
 Je suis le père de famille sans-papiers. 
Je suis l’âme vivante des sans-papiers qui ont péri dans le bleu et dans le désert.
 Je suis le nombre de balles tirées en Afrique.
 Je suis le péril dans le bleu et dans le Sahara.
 Je suis le nombre de réfugiés en Europe. 
Je suis la voix des sans-papiers qui parle à la place de l’autre sans-papiers.

  • Ministère de la Culture 5, rue de Valois Paris 1er – M° Palais Royal – Musée du Louvre – Entrée libre aa-e.org

 

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre : Hedda Gabler

d’Henrik Ibsen – Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 25 mars 2018. Mise en scène : Edith Garraud

Avec Lisa Sans (Hedda), Benoît Dugas (Jörgen Tessman), Vincent Gauthier (le juge Brack), Murie Adam (Julie Tessman, la tante), Damien Boisseau (Ejlert Lövborg), Marie Hasse (Madame  Elvsted), Maryvonne Pellay ou Diane de Segonzac (Berthe)

Hedda Gabler, représentée en alternance dans le cadre d’une intégrale Ibsen, à l’affiche du Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 3 juin, est remarquablement servie par la mise en scène sobre et sombre d’Edith Garraud.

Dès que s’allument les lumières, tout est posé. Dans un décor noir, quelques tâches blanches : une table, un piano, un sofa, avec en leur centre, un tapis écarlate et sur le côté droit, le rougeoiement d’un feu de bois. C’est bien dans l’inexorable mouvement de l’innocence vers la passion et le deuil que seront jetés les protagonistes du drame.

L’impeccable direction d’acteurs transforme chaque personnage en un type saisissant de la petite bourgeoisie : la « bonne tante » corsetée dans ses préjugés ; le mari falot que ses longs séjours dans la salle des archives rendent aveugle à ce qui se joue chez lui ; le juge, ambigu à souhait mais soucieux des convenances.

Trois « héros » poussent le conflit relationnel à l’extrême. Ejlert, brillant, noceur et séducteur oscille entre la rédemption et la chute ; Théa, la mal mariée naïve, brûle de passion pour lui, et enfin Hedda, Hedda Gabler. Longue, mince, noire, héroïne malfaisante à l’ennui agressif, pleine de braises et de violence rentrée, elle arpente la scène tel un fauve en cage. La contradiction entre l’étroitesse des conventions et des carcans contrarient ses désirs profonds jusqu’à produire cette force explosive destructrice qui fait d’elle une victime/ bourreau. Nous ne pouvons lui en vouloir tant la ronde des personnages sur le devant de la scène révèle jusqu’au dégoût la vacuité intérieure petite-bourgeoise.

Seul le halo orangé de trois lampes apporte quelque douceur. Celle-ci, semble renvoyer à l’œuvre de réparation qui se joue près de la fin, dans un petit salon qui domine la scène, côté jardin, où, Tessman, le mari, et Théa, reprennent les notes du carnet brûlé d’Ejlert.

Les quatre actes s’enchaînent dans une implacable progression vers l’abîme. Taillée comme un diamant cette pièce est forte, tragique, magnifique.

Nicole Cortesi-Grou

Quelques mots à propos du théâtre du Nord Ouest.

Ce lieu original a une histoire. Il fut d’abord un cabaret, le Club des Cinq, ouvert à la Libération par cinq anciens de la 2è Division blindée. Edith Piaf y donna de nombreux récitals, Yves Montand y fit ses débuts, Marcel Cerdan y entendit « la môme » pour la première fois. Passé de mode, le cabaret se reconvertit en cinéma de quartier, Le club, puis connut un épisode musical avec l’organisation de concerts de jazz et de rock. Il fut nommé alors Le passage du Nord-Ouest, en référence à la route maritime qui relie parfois les océans Atlantique et Pacifique.

Jean-Luc Jeener, le directeur actuel y installa sa compagnie de l’Elan. Un temps théâtre d’art de d’essai, il bénéficia de subventions. Désormais, théâtre de boulevard, sa situation financière est tendue, bien qu’il soit un espace de créations contemporaines, le lieu de rencontre de nombreux comédiens et un tremplin pour des spectacles qui ne peuvent bénéficier d’une production. Le soutenir dans son projet est un véritable geste culturel.

Pour les 20 ans du théâtre, Armelle Héliot  a signé un joli article dans le Figaro (v. ci-dessous).

Théâtre du Nord-Ouest 11, rue du Faubourg Montmartre Paris 9è – M° Grands Boulevards

01 47 70 32 75 – 23/13 €

http://www.lefigaro.fr/theatre/2017/12/21/03003-20171221ARTFIG00207-jean-luc-jeener-la-revolution-du-nord-ouest.php

Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €

Théâtre : Mademoiselle Julie

Mlle : C’est très bien tout ça ! Mais Jean, donne-moi du courage. Dis que tu m’aimes ! Prends-moi dans tes bras.

Jean : Je veux, mais je n’ose pas ! Pas dans cette maison ! Je vous aime – sûrement. Pouvez-vous en douter ?

Mlle : Vous ! Dis-moi tu ! Il n’y a plus de barrières entre nous !  Dis-moi tu !

Jean : Je ne peux pas ! Tant que nous serons dans cette maison, il y aura des barrières (…)

du 19 janvier au 18 mars 2018

Coup de projecteur 

d’August Strindberg – Traduction et adaptation Clémence Hérout et Nils Öhlund – Mise en scène Nils Öhlund – Théâtre de Poche Montparnasse*.

La nuit de la Saint-Jean. Seule au château, la comtesse Julie (Jessica Vedel) se mêle aux paysans qui célèbrent la fête du solstice d’été. Dans l’ivresse de cette nuit, effrontément, elle invite Jean (Fred Cacheux ou Nils Öhlund – en alternance), le domestique de son père et le fiancé de Kristin (Carolina Pecheny) la cuisinière, à danser la « valse des dames ». Rythmés par les musiques de la fête, les sentiments s’affolent, l’air se raréfie, la tension monte et l’issue… est incertaine ou tragique. Mus par un rêve d’affranchissement, Julie et Jean se laissent enflammer par leurs désirs, remettant en question l’ordre des choses. Mais une fois mutuellement conquis, le piège se referme.

Visuels : création mai 2O15 à la Comédie de l’Est, Colmar

Nils Öhlund : Ce qui me guide pour cette production de Mademoiselle Julie en compagnie de l’équipe artistique, c’est de restituer la complexité de ces êtres et la multiplicité de leurs facettes à travers le chaos de cette nuit blanche et le glissement implacable vers la tragédie : Rituel et jeu dominant/dominé entre maître et esclave, inversion des rôles, montée du désir, excitation de la transgression, bacchanale domestique, sexualité illégitime, bouffées d’espérances, dévoilement fragile de son intime, refuge de l’ivresse, accès de violence, vengeance ancillaire, préservation de l’ordre moral…

Avec un art certain de la situation et du rapport de force, en jouant finement de l’excès et de la nuance, August Strindberg nous offre une peinture sombre des paradoxes de l’âme humaine, des violences de l’ordre social et de la lutte des sexes.

En compagnie des trois acteurs, Fred Cacheux, Carolina Pecheny et Jessica Vedel, nous suivrons leur quête. La quête insatiable d’un autre pour ne pas être seul et avoir une chance de suivre une voie traditionnelle ou nouvelle. Un autre semblable à soi pour pouvoir subsister, perpétuer les castes, l’ordre de son monde et répondre à ce qu’on nous enjoint d’être, ou bien un autre aussi différent de soi qu’on voudrait différer de soi-même. Un autre pour quitter le poids du passé, de la tradition, de l’obligation, des dogmes et de la lignée. Un autre qui doit avant tout et surtout nous aimer, pour nous permettre de tenter d’aimer soi-même un jour. Un autre pour oser l’ailleurs et affronter le monde et ses rêves, s’aventurer hors de son propre corpus social imposé à la naissance, insulte à sa liberté propre. Un autre pour fuir, s’enfuir, s’extraire du carcan de sa condition où l’air manque.

L’autre est une espérance, celle d’oser dépasser ses peurs, de vivre ses désirs, d’assouvir ses propres ambitions. Mais l’autre n’est que l’instrument de l’envie de chacun. L’autre comme un levier, pour être enfin élevé à sa propre mesure et reconnu, exister en soi… mais qu’à soi. Mais cet autre qui semblait si proche et accessible, reste campé sur sa propre quête. Il ne s’y retrouve pas et ne répond plus. L’autre s’éloigne, s’échappe. Chacun est renvoyé à son angoisse, à sa peur et à sa solitude. Le désir ou ce qui ressemblait à l’amour se transforme en détestation, en haine et violence, ou bien en vengeance.

Ils marchent au bord du précipice. Un pas de trop et le gouffre les aspire. Un gouffre tourbillonnant dans lequel Jean et Julie s’entraînent l’un l’autre. Deux aimants qui s’attirent aussi violemment qu’ils se repoussent. Une seule issue pour être sûr de sauver sa peau, s’appuyer et marcher sur l’autre, l’enfoncer pour s’en sortir. Sacrifice et retour à l’ordre établi, là où se tient et les observe Kristin.

* 75, boulevard du Montparnasse Paris 6e – 01 45 44 50 21

19 / 10 € www.theatredepoche-montparnasse.com

Expo : Eugenio Foz

Eugenio Foz dans son atelier

La Table des Matières* rend hommage au peintre Eugenio Foz, qui vécut 40 ans dans le 14è arrondissement de Paris, en exposant une quinzaine d’œuvres de petit format, jusqu’au 17 février 2018.

 » Toute sa vie a été consacrée à la création d’une palette idéale qui, une fois la perfection atteinte, lui aurait permis de promener son pinceau de la palette à la toile sans jamais risquer la moindre dissonance ”.

Ainsi, Véronique Foz, présente-t-elle son père dans le catalogue, Eugenio Foz, Peintures, rédigé à l’occasion de la rétrospective consacrée au peintre, suite à son décès en 2016, par la Galerie Montparnasse.

Né à Barcelone en 1923, Eugenio Foz vint après des études d’art à Barcelone, suivre les Beaux-Arts de Paris.

C’est grâce à des bandes dessinées pour les quotidiens France Soir et Ce soir que le jeune peintre va peaufiner la justesse de son trait.

Puis le théâtre, en lui offrant l’occasion de jouer des matières et des couleurs, deviendra sa seconde passion. Il obteint le Trophée au Festival de Barcelone pour les décors et costumes d’Esther de Racine, mis en scène par Serge Ligier. Edith Garraud, comédienne et metteur en scène, qui tenait le rôle-titre, deviendra son épouse. Ensemble ils poursuivront une collaboration.

À partir des années 1970 cependant, il choisit le retrait dans son atelier où il se consacre à une recherche acharnée de concordances entre physique, musique et couleurs.

Sa palette se confrontera aux sujets les plus divers, natures mortes, marines, portraits, paysages, nus, avec nuances, délicatesses, violence, parfois humour, tâchant de faire ressortir les vibrations élémentaires qui, seules, donnent à un tableau une profonde unité.

Le choix ici d’exposer des toiles de petit format tient plus à des nécessités spatiales qu’esthétiques. En effet Foz est l’auteur de grands formats impressionnants (v. ci-dessous), conservés par son épouse. Celle-ci, dépositaire d’une impressionnante collection de toiles, est à la recherche d’un lieu pour les laisser vivre sous le regard d’amateurs et de collectionneurs.

Nicole Cortesi-Grou

  • TM 51, rue de l’Abbé Carton, Paris 14ème 

 http://eugenio-foz.com/

1600 x 1089

 

Festival du Merveilleux (Paris Bercy)

 

au Musée des Arts forainsdu 26 décembre 2017 au 7 janvier 2018

 

Manège à vélos (1897)

Cette Cette Cette année encore, le Musée des Arts forains, créé par Jean-Paul Favand en 1996 dans les anciens bâtiments de conservation des vins situés à l’extrémité du parc de Bercy, sera ouvert au public. On y retrouvera tout ce que les arts forains comptaient autrefois de manèges divers et variés (des chevaux de bois majestueux au manège à vélos  » qui fait mal aux mollets « …) mais également, un cabinet de curiosités et de magie, une montgolfière, un théâtre merveilleux où réel et virtuel se confondent, une myriade d’objets historiques glanés au fil du temps (chacun étant un acteur de l’histoire qui est racontée), un salon vénitien, etc.  

Beaucoup de surprises attendent aussi les visiteurs à l’extérieur des bâtiments, décorés dès le début du mois de décembre à l’occasion de l’ouverture à tous du musée.

Anna K.

arts-forains.com

Spectacles et animations toute la journée
Sans réservation de 10h à 18h. Ouvert le 1er janvier.

53, avenue des Terroirs Paris 12e – Ligne 14 « Cour Saint-Émilion » – 01 43 40 16 22

 

  • Billet adulte : 14€ (tout le lieu est de plein-pied).
  • Billet enfant ( 2-11 ans) : 6€
  • Gratuit pour les moins de 2 ans

1 ticket attraction offert pour chaque entrée
Tous les spectacles sont inclus avec le billet d’entrée.