Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €

Théâtre : Mademoiselle Julie

Mlle : C’est très bien tout ça ! Mais Jean, donne-moi du courage. Dis que tu m’aimes ! Prends-moi dans tes bras.

Jean : Je veux, mais je n’ose pas ! Pas dans cette maison ! Je vous aime – sûrement. Pouvez-vous en douter ?

Mlle : Vous ! Dis-moi tu ! Il n’y a plus de barrières entre nous !  Dis-moi tu !

Jean : Je ne peux pas ! Tant que nous serons dans cette maison, il y aura des barrières (…)

du 19 janvier au 18 mars 2018

Coup de projecteur 

d’August Strindberg – Traduction et adaptation Clémence Hérout et Nils Öhlund – Mise en scène Nils Öhlund – Théâtre de Poche Montparnasse*.

La nuit de la Saint-Jean. Seule au château, la comtesse Julie (Jessica Vedel) se mêle aux paysans qui célèbrent la fête du solstice d’été. Dans l’ivresse de cette nuit, effrontément, elle invite Jean (Fred Cacheux ou Nils Öhlund – en alternance), le domestique de son père et le fiancé de Kristin (Carolina Pecheny) la cuisinière, à danser la « valse des dames ». Rythmés par les musiques de la fête, les sentiments s’affolent, l’air se raréfie, la tension monte et l’issue… est incertaine ou tragique. Mus par un rêve d’affranchissement, Julie et Jean se laissent enflammer par leurs désirs, remettant en question l’ordre des choses. Mais une fois mutuellement conquis, le piège se referme.

Visuels : création mai 2O15 à la Comédie de l’Est, Colmar

Nils Öhlund : Ce qui me guide pour cette production de Mademoiselle Julie en compagnie de l’équipe artistique, c’est de restituer la complexité de ces êtres et la multiplicité de leurs facettes à travers le chaos de cette nuit blanche et le glissement implacable vers la tragédie : Rituel et jeu dominant/dominé entre maître et esclave, inversion des rôles, montée du désir, excitation de la transgression, bacchanale domestique, sexualité illégitime, bouffées d’espérances, dévoilement fragile de son intime, refuge de l’ivresse, accès de violence, vengeance ancillaire, préservation de l’ordre moral…

Avec un art certain de la situation et du rapport de force, en jouant finement de l’excès et de la nuance, August Strindberg nous offre une peinture sombre des paradoxes de l’âme humaine, des violences de l’ordre social et de la lutte des sexes.

En compagnie des trois acteurs, Fred Cacheux, Carolina Pecheny et Jessica Vedel, nous suivrons leur quête. La quête insatiable d’un autre pour ne pas être seul et avoir une chance de suivre une voie traditionnelle ou nouvelle. Un autre semblable à soi pour pouvoir subsister, perpétuer les castes, l’ordre de son monde et répondre à ce qu’on nous enjoint d’être, ou bien un autre aussi différent de soi qu’on voudrait différer de soi-même. Un autre pour quitter le poids du passé, de la tradition, de l’obligation, des dogmes et de la lignée. Un autre qui doit avant tout et surtout nous aimer, pour nous permettre de tenter d’aimer soi-même un jour. Un autre pour oser l’ailleurs et affronter le monde et ses rêves, s’aventurer hors de son propre corpus social imposé à la naissance, insulte à sa liberté propre. Un autre pour fuir, s’enfuir, s’extraire du carcan de sa condition où l’air manque.

L’autre est une espérance, celle d’oser dépasser ses peurs, de vivre ses désirs, d’assouvir ses propres ambitions. Mais l’autre n’est que l’instrument de l’envie de chacun. L’autre comme un levier, pour être enfin élevé à sa propre mesure et reconnu, exister en soi… mais qu’à soi. Mais cet autre qui semblait si proche et accessible, reste campé sur sa propre quête. Il ne s’y retrouve pas et ne répond plus. L’autre s’éloigne, s’échappe. Chacun est renvoyé à son angoisse, à sa peur et à sa solitude. Le désir ou ce qui ressemblait à l’amour se transforme en détestation, en haine et violence, ou bien en vengeance.

Ils marchent au bord du précipice. Un pas de trop et le gouffre les aspire. Un gouffre tourbillonnant dans lequel Jean et Julie s’entraînent l’un l’autre. Deux aimants qui s’attirent aussi violemment qu’ils se repoussent. Une seule issue pour être sûr de sauver sa peau, s’appuyer et marcher sur l’autre, l’enfoncer pour s’en sortir. Sacrifice et retour à l’ordre établi, là où se tient et les observe Kristin.

* 75, boulevard du Montparnasse Paris 6e – 01 45 44 50 21

19 / 10 € www.theatredepoche-montparnasse.com

Expo : Eugenio Foz

Eugenio Foz dans son atelier

La Table des Matières* rend hommage au peintre Eugenio Foz, qui vécut 40 ans dans le 14è arrondissement de Paris, en exposant une quinzaine d’œuvres de petit format, jusqu’au 17 février 2018.

 » Toute sa vie a été consacrée à la création d’une palette idéale qui, une fois la perfection atteinte, lui aurait permis de promener son pinceau de la palette à la toile sans jamais risquer la moindre dissonance ”.

Ainsi, Véronique Foz, présente-t-elle son père dans le catalogue, Eugenio Foz, Peintures, rédigé à l’occasion de la rétrospective consacrée au peintre, suite à son décès en 2016, par la Galerie Montparnasse.

Né à Barcelone en 1923, Eugenio Foz vint après des études d’art à Barcelone, suivre les Beaux-Arts de Paris.

C’est grâce à des bandes dessinées pour les quotidiens France Soir et Ce soir que le jeune peintre va peaufiner la justesse de son trait.

Puis le théâtre, en lui offrant l’occasion de jouer des matières et des couleurs, deviendra sa seconde passion. Il obteint le Trophée au Festival de Barcelone pour les décors et costumes d’Esther de Racine, mis en scène par Serge Ligier. Edith Garraud, comédienne et metteur en scène, qui tenait le rôle-titre, deviendra son épouse. Ensemble ils poursuivront une collaboration.

À partir des années 1970 cependant, il choisit le retrait dans son atelier où il se consacre à une recherche acharnée de concordances entre physique, musique et couleurs.

Sa palette se confrontera aux sujets les plus divers, natures mortes, marines, portraits, paysages, nus, avec nuances, délicatesses, violence, parfois humour, tâchant de faire ressortir les vibrations élémentaires qui, seules, donnent à un tableau une profonde unité.

Le choix ici d’exposer des toiles de petit format tient plus à des nécessités spatiales qu’esthétiques. En effet Foz est l’auteur de grands formats impressionnants (v. ci-dessous), conservés par son épouse. Celle-ci, dépositaire d’une impressionnante collection de toiles, est à la recherche d’un lieu pour les laisser vivre sous le regard d’amateurs et de collectionneurs.

Nicole Cortesi-Grou

  • TM 51, rue de l’Abbé Carton, Paris 14ème 

 http://eugenio-foz.com/

1600 x 1089

 

Festival du Merveilleux (Paris Bercy)

 

au Musée des Arts forainsdu 26 décembre 2017 au 7 janvier 2018

 

Manège à vélos (1897)

Cette Cette Cette année encore, le Musée des Arts forains, créé par Jean-Paul Favand en 1996 dans les anciens bâtiments de conservation des vins situés à l’extrémité du parc de Bercy, sera ouvert au public. On y retrouvera tout ce que les arts forains comptaient autrefois de manèges divers et variés (des chevaux de bois majestueux au manège à vélos  » qui fait mal aux mollets « …) mais également, un cabinet de curiosités et de magie, une montgolfière, un théâtre merveilleux où réel et virtuel se confondent, une myriade d’objets historiques glanés au fil du temps (chacun étant un acteur de l’histoire qui est racontée), un salon vénitien, etc.  

Beaucoup de surprises attendent aussi les visiteurs à l’extérieur des bâtiments, décorés dès le début du mois de décembre à l’occasion de l’ouverture à tous du musée.

Anna K.

arts-forains.com

Spectacles et animations toute la journée
Sans réservation de 10h à 18h. Ouvert le 1er janvier.

53, avenue des Terroirs Paris 12e – Ligne 14 « Cour Saint-Émilion » – 01 43 40 16 22

 

  • Billet adulte : 14€ (tout le lieu est de plein-pied).
  • Billet enfant ( 2-11 ans) : 6€
  • Gratuit pour les moins de 2 ans

1 ticket attraction offert pour chaque entrée
Tous les spectacles sont inclus avec le billet d’entrée. 

 

Etienne Daho, à tous les temps…

Etienne Daho par Pierre et Gilles, 1989

Son album Blitz est dans tous les bacs depuis le 16 novembre, une  tonne d’articles de presse  et deux bouquins  lui sont consacrés, David Chauvel et Alfred ont en leur temps mis en bulles et en mages son processus de création*, il sera au cœur d’une exposition à la Philarmonie de Paris à partir du 5 décembre 2017,  intitulée Daho l’aime pop !

Il y a du Dorian Gray chez Etienne Daho. Les années qui passent semblent n’avoir aucune prise sur lui. Le dandy élégant au déhanché à la fois sage et sexy de ses débuts poursuit son chemin, l’oeil rivé sur sa ligne d’horizon intérieure. Il a su, au fil de temps, prouver son épaisseur artistique et intellectuelle. Est-il pour autant un chanteur engagé ? La réponse se trouve bien souvent dans ses choix artistiques. Daho avance masqué, il dit mais n’assène pas.

En 2001, il interprète, par exemple, Sur mon cou et Le condamné à mort de Genet, en 2017, son dernier opus appelle à la fois à la résistance et à cette forme de légèreté indispensable à la survie. Blitz parle tout autant de djihad et que femmes qui tuent au nom de Dieu. Et dans L’hôtel des Infidèles, il rend hommage à ceux qui accueillaient des Insurgés dans le Paris des années 40.

A.C.

5 décembre 2017 – 29 avril 2018

Communiqué de presse

Intimiste et immersive, l’exposition retrace chronologiquement et subjectivement l’histoire de la chanson populaire à travers le regard sensible d’Étienne Daho. Sa voix unique guide le visiteur, avec une bande-son réalisée par ses soins, diffusée à l’audio-guide. Près d’une heure vingt  de contenus inédits.

Avec Daniel Darc – Photo Antoine Giacomini, 1969
Photo Antoine Giacomini, 1985

Les photographies évoquent ses débuts rock à Rennes en 1979 auprès du groupe Marquis de Sade, ainsi que la rencontre avec les Stinky Toys, groupe punk emmené par Elli Medeiros et Jacno, qui marque le point de départ d’une carrière jalonnée de succès critiques et populaires. Inédit, le parcours sonore et musical composé pour cette exposition-événement mène des caves de Saint-Germain-des-Prés aux bars de Rennes, des yéyés à la new wave, des Scopitone aux clips télévisuels, de Charles Trenet à Cassius, en passant par Catherine Deneuve et Vanessa Paradis.

La visite devient ainsi un voyage spatiotemporel organisé par Daho, qui promet de plonger dans les sources manifestes et cachées de la pop française et de révéler en images la playlist idéale d’un artiste qui a marqué nos dernières décennies.

Photo Claude Delorme, 1987

Il l’aime pop !

E.D. Je prenais des photos de loin en loin depuis mon adolescence. Je repris mes appareils à l’occasion d’une carte blanche musicale que me proposa la Philharmonie au printemps 2014. Comme je consacrais l’une des soirées aux artistes de la nouvelle pop française et à leurs parrains, je saisis l’occasion d’immortaliser leur insouciante photogénie et de capturer ce moment mystérieux de l’envol, celui où les choses se fabriquent. J’adorai l’expérience et la renouvelai lorsque le Midi Festival me proposa d’être le président d’honneur de l’édition 2016.

Quelques mois plus tard, la Philharmonie me proposa d’exposer ces images, mais comme je n’en avais qu’une trentaine, nous envisageâmes ensemble un projet plus opulent, où je serais le narrateur et guide d’un parcours subjectif de 70 années de pop française en 200 portraits. Ce ne serait donc pas un catalogue global de la pop française, mais un choix subjectif d’artistes : ceux qui ont nourri mon envie de devenir musicien, ceux dont la trajectoire croise la mienne, ou ceux encore sur lesquels je souhaitais mettre de la lumière.

Si le projet était excitant, il était aussi plein d’écueils et j’hésitai un temps, évaluant la difficulté de m’extraire complètement du monde de la pop, dont je fais partie intégrante, pour le raconter avec assez de distance. L’autre complexité était que le nombre limité d’images pour couvrir une période si vaste m’empêcherait d’y inclure tous les artistes souhaités, avec le risque d’en occulter certains et de provoquer des frustrations légitimes chez les absents.

J’acceptai finalement et me lançai dans l’aventure, avec l’aide de Tristan Bera, Nathalie Noënnec, Franck Vergeade et l’équipe de la Philharmonie. Au travers des portraits des artistes au moment où ils apparaissent ou au moment où ils rayonnent le plus, au travers également de clips ou de chansons emblématiques, nous nous mîmes à déplier l’histoire de cette passionnante pop française.

Philippe Pascal – Photo Etienne Daho, 2014

Dans le choix du titre, Daho l’aime pop ! il y a une énigme. Qu’est-ce que le mot « pop » signifie ?

Lorsque j’étais enfant et adolescent, je ne me suis jamais préoccupé des genres et passais allègrement de la chanson populaire à l’underground, avec un même plaisir non coupable. Lorsque je connus mes premiers succès, pour échapper aux modèles dominants et à la rigidité sectaire du rock et de la variété, je m’auto-définis comme chanteur pop. Cela me semblait m’offrir une zone de liberté qu’avaient défrichée certains de nos aînés. D’une manière générale, les « puristes » avaient tendance à considérer avec condescendance que la pop était essentiellement synonyme de plaisir hédoniste, de légèreté colorée et de compromission commerciale.

Gainsbourg fut traité de vendu par ses pairs lorsqu’il explosa les codes et composa pour les yé-yé. Puis il fut sanctifié. Nos aînés avaient bâti de belles fondations, fruits d’un hypermétissage de la chanson française et des rythmiques anglo-saxonnes. Le swing de Trenet, le rock de Boris Vian ou la pop anglaise sophistiquée de Françoise Hardy permirent aux générations suivantes de se retrouver en zone libre. Aujourd’hui, la pop a des contours fluctuants et se moque des définitions. Elle dresse des ponts entre les différents univers musicaux. Elle décloisonne, brasse, métisse, réconcilie les genres et arrache les étiquettes. Délivrée de la rigidité des codes, toute une nouvelle génération hisse très haut le drapeau d’une pop décomplexée, vive, variée, foisonnante et libre.

C’est à cette belle créativité et à cette liberté que cette exposition rend hommage.

Stinky Toys – Photo Pascal Carqueville, 1979

Dans la galerie principale, 180 portraits illustrent et font revivre 4 grandes périodes entre 1950 et aujourd’hui. À travers l’objectif de grandes signatures et des témoins de l’époque, on découvre les idoles des jeunes, les icônes éternelles du cinéma, les dandys raffinés, les blousons noirs et dorés, les jeunes gens modernes, les pop modèles, les couples en duo, les groupes contestataires, les formations expérimentales, les collectifs à géométrie variable, les paroliers subversifs, les musiciens audacieux, les interprètes exceptionnels, les DJ novateurs, les producteurs aventureux, les autodidactes, les virtuoses, les branchés, les francs-tireurs, les Parisiens, les Rennais ou les Lyonnais, minimalistes ou extravagants, prolifiques ou éphé mères, les populaires autant que les minoritaires.

Dans le Vidéodrome, un programme en boucle mixe une trentaine de documents audiovisuels INA et clips (durée 1h40) : Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Sylvie Vartan à l’Olympia, Birthday Party des Stinky Toys, Epaule Tatoo d’Étienne Daho, Tandem de Vanessa Paradis réalisé par Jean-Baptiste Mondino, Le Monde de Demain de NTM ou Sexy Boy de Air…

Dans l’alcôve intitulée Juke Box Baby, l’audioguide permet au visiteur de sélectionner et d’écouter à la

demande 200 titres choisis par Étienne Daho, offrant un panorama de la pop française allant de Que reste-t-il de nos amours ? (1950) de Charles Trenet à « Party in My Pussy » du groupe Catastrophe.

La troisième alcôve dite Daholab présente une trentaine de photos de la jeune scène actuelle (Flavien Berger, La Femme, Lescop, Lou Doillon, Calypso Valois…) et des quatre grands parrains de la French Pop (Elli Medeiros, Philippe Pascal, Patrick Vidal, Dominique A) réalisées par Étienne Daho et exposées en exclusivité.

Entrée 10 et 8 €

philarmoniedeparis.fr

Mais aussi…

  • Daho – L’Homme qui chante – Delcourt, 2015

128 p., 18,95

Migration et hospitalité : colloque

Dans le cadre du 21e Festival de l’imaginaire : Journée du Patrimoine culturel immatériel des migrations le 23 novembre au Musée de l’histoire de l’immigration – Palais de la Porte dorée*

Le patrimoine de l’immigration s’est imposé comme une catégorie du champ patrimonial depuis une quinzaine d’années en France. Son émergence coïncide, au niveau international, à celle d’une autre catégorie, le patrimoine culturel immatériel (PCI) défini par la Convention de l’Unesco (2003).

Fondé sur la participation des communautés à la définition de leur patrimoine, qui leur procure un sentiment d’identité et de continuité, le PCI contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle. Malgré les difficultés inhérentes à la notion de communauté dans le contexte français, les patrimoines immatériels liés à l’immigration ont été pris en compte dès la mise en œuvre de la Convention en France.

De nombreuses associations impliquant les populations et les artistes issus des diasporas œuvrent activement à la reconnaissance de ces héritages pluriels. Plus récemment, le PCI est apparu comme un enjeu majeur pour les communautés et les individus forcés aux migrations internes et externes. Comment assurer la transmission des cultures et des patrimoines immatériels aux jeunes générations, dans ces contextes divers ? Artistes, représentants d’institutions et acteurs culturels partageront leurs expériences et réflexions.

Participants :

Jordi Savall à l’occasion du concert d’Orpheus XXI qui aura lieu au Palais de la Porte Dorée le 24 novembre dans le cadre du festival Welcome !


Kamel Daffri, directeur du festival Villes des Musiques du Monde.
Luc Gruson, chargé de mission sur l’accueil des migrants pour le ministère de la Culture
Claude Lechat, directeur des Affaires culturelles de la Ville de la Courneuve
Nicolas Prévôt, maître de conférences à l’université Paris-Ouest-Nanterre.
 

  • Le 23 novembre à 19h (auditorium)
    293 avenue Daumesnil Paris 12e (01 53 59 58 60) – www.palais-portedoree.fr

Entrée libre

Théâtre: Au galop ! (suivi de) Tempête au Haras

Écriture et interprétation Stéphanie Chêne – Mise en scène Pierre Guillois – du 14 au 18 novembre à la Maison des métallos* – À partir de 14 ans.

Communiqué de presse

S.C. « Il y a vingt ans, j’ai été victime d’un très grave accident. Phénomène aussi absurde qu’invraisemblable: un cheval s’est couché sur moi, m’écrasant le bassin. Immobilisée durant des mois, dépossédée de mon corps, de mon intimité, cette expérience a fortement conditionné ma danse et mon rapport au monde.

Ce texte est donc un voyage intime, une invitation à pousser la porte de l’hôpital, à plonger dans l’existence d’une personne dont l’univers s’est restreint à un lit. Ce monologue montre à quel point les codes sociaux (communication, séduction, jeux de pouvoir) se réinventent malgré les contraintes et les règles du monde hospitalier.

Au Galop est aussi une ode à la pulsion de vie. Le spectacle s’organise en une vingtaine de séquences autonomes qui alternent monologues intérieurs, dialogues, apostrophes, narrations dans un souhait de multiplier les points de vue. Cette forme fragmentée déploie une chronologie non linéaire allant de l’accident à la mobilité. Photographie sensible d’une vie qui s’organise en marge du monde.

Après avoir collaboré avec le metteur en scène Pierre Guillois sur le solo de Nouara Naghouche « Sacrifices », puis sur « Le Chant des soupirs », journal intime et musical d’Annie Ebrel, j’ai été fascinée par la question de l’autobiographie portée à la scène. C’est donc avec Pierre que j’ai voulu mettre en forme ce récit.

C’est sans doute parce que je viens du mouvement que j’ai éprouvé la nécessité de me diriger vers une écriture plurielle de Au Galop. C’est pourquoi il était impératif de m’entourer d’un plasticien et d’un créateur sonore. Laurent Pernot avait réalisé une série où des objets usuels, des animaux taxidermisés sont pris dans la glace* ; j’y ai vu une résonance avec ma propre expérience, celle d’une femme gelée en attente d’un réchauffement.

En tant que danseuse j’ai un rapport charnel à la musique, une véritable passion. Jérémie Kokot est un complice de longue date et je sais sa capacité à naviguer entre la chanson française à texte, la création sonore électronique et la composition musicale qui permettra d’évoquer l’imaginaire débordant de la personne alitée que je fus. »

C’est suspendue que Stéphanie Chêne incarne ce récit saisissant, à l’image de ces longues journées figées, de ces mois d’attente dans le centre de rééducation pour grands blessés qu’elle a fréquenté. Elle est harnachée, corsetée au milieu des poulies, des sangles et des poids : une femme emmêlée dans les guindes, totalement bloquée, perdue dans le vide. Le visage seul s’anime. Il est joyeux, gourmand, bourré d’envie de jouissance. Mais le corps infirme oppose un interdit sans appel. L’actrice glisse au milieu de ses liens, se couche, se pend. Pierre Guillois invente ainsi un dispositif scénique saisissant pour le spectateur où la mise en scène s’amuse du sol, point d’ancrage et d’équilibre. La comédienne-danseuse joue de cet espace et chaque moment devient une danse de résistance. Ainsi éclatent sous nos yeux la vie qui bouillonne sous l’entrave, la vigueur de la jeune prisonnière dont la sublime volonté rivalise avec le miracle.

  • Still Live
  • 94, rue Jean-Pierre Timbaud Paris 11e – 01 47 00 25 20  5 à 15 € 

    Coup d’oeil…

    Dans le même esprit, en BD jeunesse…

  • Tempête au Haras de Chris Donner (scénario) et Jérémie Moreau (dessin) – Ed. Rue de Sèvres 2015, adapté du roman éponyme de l’auteur.                                   Branle-bas de combat au haras de Saint-James que dirigent Philippe et Agnès Goasquin : Belle Intrigante est sur le point de mettre bas. Le couple l’assiste, mais voilà que la jeune femme, elle-même sur le point d’accoucher, ressent les premières contractions. Pas le temps d’appeler un médecin, Philippe va devoir gérer l’arrivée du bébé et celle du poulain. Si bien que le premier regard de l’un va se poser sur l’autre.Le haras est financé par un homme d’affaires allemand, M. Schmidt (pourquoi avoir traduit de façon aussi caricaturale son accent germanique ?). Il craint que l’arrivée du petit Jean-Philippe ne soit une entrave à la bonne marche du domaine et aux objectifs qu’il s’est fixés.C’est mal connaître la détermination des Goasquin, éleveurs et entraîneurs de chevaux depuis trois générations, à voir un jour l’un de leurs trotteurs franchir le premier la ligne d’arrivée d’une course prestigieuse. C’est aussi sans compter sur le patrimoine génétique de l’enfant et sur le rapport osmotique qu’il ne peut manquer d’entretenir avec les chevaux. Il sait à peine marcher qu’il a déjà l’étoffe d’un  » crack-jockey « … au caractère extrêmement affirmé !Mais un soir de tempête, dans l’affolement général des animaux, Jean-Philippe est piétiné par une pouliche qui vient de naître. Il ne peut se relever: il est condamné à vivre en fauteuil roulant.  Mais, il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des hommes résignés, et celui qui rêvait de devenir joker et d’offrir à son père le plus beaux des trophées n’est pas du genre à baisser les bras.Cela tombe bien, celle qui a bouleversé sa vie, et qu’on a appelée Tempête, a l’étoffe d’une championne…

    Le récit, superbement illustré par les dessins et les aquarelles de Jérémie Moreau, nous permet d’entrer de plain-pied dans les disciplines équestres et le monde des courses sous toutes ses facettes. Il faut saluer en particulier son talent pour représenter les chevaux en action, dont les silhouettes déformées et aériennes évoquent la délicatesse des estampes japonaises. La palette des couleurs choisies, tantôt douces et lumineuses, tantôt sombres donne un supplément d’émotion à ce récit initiatique, né en 2012 sous la plume de Chris Donner.

    Anne Calmat

    72 p., 14 €

    last 7 days :

     

 

 

Expo :  » Monet collectionneur « 

Baigneuse assise – A. Renoir (NY)

Musée Marmottan Monet* (Paris) jusqu’au 14 janvier 2018

Claude Monet, de qui le critique d’art John Ruskin disait «  Il vint et descella les portes de la lumière », fut le plus secret des collectionneurs. Pour la première fois, le musée Marmottan Monet lève le voile sur cette passion privée, en organisant une exposition inédite.

Légataire universel du peintre de Giverny et dépositaire du premier fonds mondial de son œuvre, le musée Marmottan Monet a reconstitué cette collection grâce au soutien des plus grands musées et de prestigieuses collections particulières. Il offre l’occasion unique de découvrir ce qui fut le panthéon sentimental et artistique du chef de file des impressionnistes. 

On retrouve Delacroix, Corot, Boudin, Jongkind, Manet, Renoir, Caillebotte, Cézanne, Morisot, Pissarro, Rodin, Signac, Toulouse-Lautrec… Au-delà de ces grands noms, l’exposition nous permet de découvrir d’autres peintres de talent : Paul Baudry, Carolus-Duran, Jules Chéret, Henri Fantin-Latour, Jean-Louis Forain, Constantin Guys, Jean-Jacques Henner, Charles Lhullier, Georges Manzana et Lucien Pissarro (deux des fils de Camille Pissarro), Gilbert de Séverac.

Paysanes plantant des rames – C. Pissarro

L’exposition présente une centaine d’œuvres provenant du musée Marmottan Monet, mais aussi des Etats-Unis, d’Amérique latine, du Japon et d’Europe. Le Metropolitan Museum de New York, la National Gallery de Washington, les musées de Houston, de San Francisco, de Saint-Louis, le musée de Sao Paulo, le Musée National d’art occidental et le Sompo Museum à Tokyo, le Staatsgalerie de Stuttgart, le musée de Langmatt à Baden, le musée d’Orsay et le musée Rodin à Paris, ainsi que plusieurs collections particulières, ont prêté certains de leurs fleurons.

Le parcours retrace l’histoire inconnue de la collection et les différentes phases de sa constitution.

La Promenade – C. Monet
Neige fondante à Fontainebleau – P. Cézanne

Durant sa jeunesse, Claude Monet, sans le sou, ne peut acquérir une œuvre d’art. Les toiles qu’il réunit sont avant tout des cadeaux : des portraits de lui et de sa première épouse, Camille, peints par ses proches durant leurs années de compagnonnage.

Puis vient  le temps des échanges et de la reconnaissance mutuelle.

Monet peignant dans son atelier – E. Manet

Témoin, cette imposante toile peinte par Edouard Manet, représentant le couple dans le bateau-atelier, connu sous le titre Monet peignant dans son atelier (Stuttgart, Staatsgalerie). Elle est au cœur de cette section qui compte par ailleurs de nombreuses toiles de Renoir, dont Madame Monet et son fils au jardin).

P.A. Renoir

Une place est également accordée à la collection d’estampes japonaises du maitre. Considérées comme ayant peu de valeur à sa mort – comme c’est aussi le cas des Nymphéas exposées dans leur continuité – ces œuvres restent dans la demeure du peintre pendant de nombreuses années, cependant que les Corot, Cézanne, Manet et autre Renoir sont vendus à grand prix des 1927 par le fils du peintre, Michel.

Pour la première fois depuis lors, la collection dispersée de Claude Monet renaît en son musée, le musée Marmottan Monet.

* 2, rue Louis-Boilly Paris 16e – 01 44 96 50 33

11 € , 7,50 €, Gratuit s/conditions.

www.marmottan.fr

Gauguin super star (2) Gauguin, l’autre monde

Coup d’œil…

de Fabrizio Dori (texte et dessin) – Ed. Sarbacane, 2016

Mais auparavant…

Paul Gauguin, d’ascendance franco-périvienne, naît à Paris le 7 juin 1848 et passe une partie de son enfance à Lima. Après une incursion dans la marine, il se marie avec une jeune danoise prénommée Mette.

Il peint d’abord en amateur puis, sous l’influence de Camille Pissarro, expose. Après plusieurs séjours entre la France et le Danemark, il s’installe en Bretagne, à Pont-Aven qui sera l’un de ses ports d’attache.

En 1887, attiré par l’exotisme des îles du Pacifique, il embarque pour la Martinique. Il y restera un an, période au cours de laquelle il se détachera peu à peu du mouvement impressionniste. Retour à Pont-Aven, puis  épisode arlésien où Van Gogh et lui mettent sur pied un  « atelier du midi » destiné à approfondir leurs réflexions mutuelles sur la véritable nature de l’art. Neuf semaines d’une grande richesse artistique, mais  entachées par  « l’affaire de l’oreille coupée » .

Gauguin fera par la suite deux séjours à Tahiti, où il va mener la vie que l’on sait, avec cet appétit insatiable pour les très jeunes filles, revendiqué dans son oeuvre peinte et explicité au cinéma (à partir du 20 septembre). 

L’Esprit des morts (toile Gauguin)

Son art devient alors de plus en plus mystique et empreint d’un symbolisme personnel influencé par les apports pré-colombiens ou polynésiens : la figure de l’esprit des morts venant tourmenter les tahitiennes apparaissant dès lors régulièrement dans ses œuvres.

Quatre ans plus tard, dans sa grande composition, probablement testamentaire, intitulée D’où venons-nous ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ?, Gauguin exprimera ses préoccupations philosophico-religieuses face au grand mystère du perpétuel recommencement de la naissance, de l’amour et de la mort.

Qui sommes-nous ? (toile Gauguin)

L’auteur propose ici un scénario qui juxtapose les périodes qui renseignent sur la vie du peintre, auxquelles il mêle légendes et réalités.

La diversité des ambiances, ajoutée à la beauté des dessins  « à la manière de », signés Fabrizio Mori (sans qu’il soit pour autant tombé dans l’imitation grossière) , donnent un charme indéniable à ce nouvel éclairage sur celui qui écrivait « J’ai voulu établir le droit de tout oser », et qui allait disparaître quelques années plus tard, seul et incompris, mais après avoir tout osé.

A.C.

144 p, 22,50 €

Gauguin super star (1)

Gauguin l’alchimiste au Grand Palais du 11 octobre 2017 au 22 janvier 2018*(Infos RMN) 

Forte d’un ensemble de plus de 200 oeuvres de l’artiste (environ 55 peintures, 30 céramiques, 30 sculptures et objets en bois, 15 bois gravés, 60 estampes et 35 dessins), Gauguin l’alchimiste est une plongée exceptionnelle dans le passionnant processus de création d Paul Gauguin.

Autoportrait

Elle est la première exposition du genre à étudier en profondeur la remarquable complémentarité des créations de l’artiste dans le domaine de la peinture, de la sculpture, des arts graphiques et décoratifs. Elle met l’accent sur la modernité du processus créateur de Gauguin (1848-1903), sa capacité à repousser sans cesse les limites de chaque médium.

Eh quoi…
Les aïeux de Teha’amana

À partir d’une trame chronologique, et ponctuée d’un grand nombre de prêts exceptionnels (Les aïeux de Teha’amana, Eh quoi, tu es jalouse ? etc.), l’exposition met en évidence l’imbrication et les apports mutuels entre schémas formels et conceptuels, mais également entre peinture et objets. Dans ces derniers, le poids de la tradition, moins pesante, permet davantage de libération et un certain lâcher-prise.

Prélude au parcours de l’exposition, La fabrique des images, est consacrée aux débuts de Gauguin, de sa représentation de la vie moderne dans le sillage de Degas et Pissarro, aux premières répétitions d’un motif, autour de la nature morte et des possibilités de mise en abîme qu’elle offre.

L’ultime section, En son décor, est centrée sur l’obsession de Gauguin pour les recherches décoratives dans sa dernière période, aussi bien dans les intérieurs que dans l’évocation d’une nature luxuriante (ci-dessous La cueillette des fruits).

Œuvre d’art totale, sa case à Hiva Oa (la Maison du Jouir) vient parachever sa quête d’un âge d’or primitif. L’évocation numérique sous forme d’hologramme de la Maison du Jouir, présentée pour la première fois dans une exposition, avec les sculptures qui ornaient son entrée, clôture l’exposition par une découverte de la dernière maison-atelier de Gauguin. L’occasion d’offrir au public une immersion inédite dans l’atelier de sa création.

Au sein de ce parcours, l’exposition propose également une salle dédiée au manuscrit de Noa Noa*, très rarement montré au public.

  • Récit de son séjour à Tahiti commencé en 1993 et remis à l’éditeur en 1997.

  • M° Franklin Roosevelt/ Champs- Elysées-Clémenceau. 14 ou 10 €, Gratuit pour les moins de 16 ans, les bénéficiaires du RSA ou du minimum vieillesse.

Théâtre : Agatha

de Marguerite Duras
Mise en scène Hans Peter Cloos
Avec Alexandra Larangot et Florian Carove – Café de la Danse* 

du 7 septembre au 7 octobre 2017

Scène I (extrait)

Lui – Vous disiez je crois que si lointaine qu’elle soit Il nous faudrait provoquer cette obligation de nous quitter, qu’un jour il nous faudrait choisir une date, un lieu, et s’y arrêter, et ensuite faire de telle sorte qu’on ne puisse plus empêcher le voyage, qu’on se mette hors d’atteinte de soi.

Un homme et une femme, « Elle » et « Lui », sont sur le point de se quitter, pour toujours. Nous apprenons peu à peu qu’ils sont frère et soeur. Elle part pour mettre un terme à cet amour interdit et secret. Ensemble, ils vont revivre l’amour de l’enfance, la scène originelle du passé, lorsque, adolescents, ils ont découvert leurs sentiments respectifs.

La passion incestueuse, que l’on retrouve dans les œuvres de Duras (Un Barrage contre le Pacifique, L’Amant…) est selon ses propres mots « Un amour dans lequel tout se mélange : l’enfance, l’amour de la mère partagé par les deux, et la négation de l’avenir. C’est à dire la négation de la maturité. » 

(Duras à Jean-Luc Godard) « Je pense que c’est Agatha (le personnage) qui l’a découvert, lui ne l’aurait pas fait, il n’était pas été capable de le découvrir. C’est là la force incommensurable de cette petite fille. » 

C’est aussi un rêve de gémellité et d’harmonie des contraires.

Marguerite Duras, c’est un ton particulier, unique, avec ses redites et ses circonvolutions. Comme chez Nathalie Sarraute, il y a ce qui est dit et ce que cachent les silences ou les phrases qui semblent anodines : les sous-conversations. 

« Si je n’avais pas vécu l’histoire avec mon frère, je n’aurais pas écrit Agatha. »

Bien que pour l’écrivaine la consommation de l’interdit n’ait jamais eu lieu, elle stigmatise ceux qui critiquent l’inceste et leur interdit de juger. 

Hans Peter Cloos, Alexandra Larangot et Florian Carove

Le metteur en scène explique lui aussi les raisons qui l’ont poussé à mettre en scène Agatha

« L’inceste ne passe pas le seuil des maisons. Il se passe dans une famille, complètement enfermé dans le ghetto de la famille. (…) Comme beaucoup de gens – et je le sais, parce que j’ai eu des frères. Plus grands – j’ai eu des frères qui avaient le désir de moi, de leur sœur, comme j’ai eu le désir d’eux. Et ce désir a été vécu. Il n’a pas été poussé jusqu’au bout, mais il a été vécu, très violemment. » (…)

« Pour moi, une évidence, faire la mise en scène d’une pièce écrite il y a presque quarante ans, avec de tous jeunes comédiens, signifie faire le grand écart. » Paris, décembre 2016.

  • 3, Passage Louis-Philippe Paris 11e – 08 99 23 33 76

Théâtre : You-You

Un spectacle de la Cie L’Œil des Cariatides

Texte Jovan Atchine – Mise en scène Elodie Chanut – Interprète Mina PoeStudio Hébertot* – 

À partir du 7 septembre 2017

Ce texte écrit en 1983 a été créé en 1993 par Philippe Adrien au Petit Théâtre de l’Odéon, Mina Poe y interprétait le rôle de You-You.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE (extraits)

« Chaque succès de l’entreprise était un succès pour moi, et je ressentais ses difficultés comme des ennuis personnels. »

Mina Poe

Une femme, s’adressant directement au public, fait un discours lors de son pot de départ en retraite devant les employés de l’entreprise où elle a travaillé toute sa vie. Abandonnant le document qu’elle avait préparé, de digression en digression, avec une chaleur naïve, elle parle enfin et raconte ce qu’a été sa vie.  

C’est pour l’auteur de double culture franco-serbe, Jovan Atchine, le point d’appui pour dresser le portrait d’une immigrée Yougoslave arrivée en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, pays sur lequel elle porte un regard tendre, et plein d’espoir. Cet idéalisme résistera-t-il à la réalité d’une société française qui à la fois bénéficie largement d’une main-d’œuvre venue des quatre coins du monde et conserve les rigidités. L’atelier de confection où elle travaille est le microcosme ironique de cette société cosmopolite rêvée.

Atchine livre ici une peinture douce-amère, faussement naïve, et pleine d’humanité d’une femme de courage et de sacrifices, confrontée aux évènements de son siècle.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, sur laquelle elle porte un regard tendre et plein d’espoir.

Elodie Chanut

« Soixante ans de la vie d’une femme…
Lorsque Mina m’a demandé de remettre en scène vingt ans après cette pièce, j’ai été subjuguée par l’énergie du personnage de You-You, portée par son interprète.
Une génération passée, ce texte nous touche par son actualité ; des guerres éclatent encore aux quatre coins du monde et des hommes et des femmes sont forcés à l’exil.
Cette femme secouée par la vie, reste toujours à flot, déployant une énergie cachée. Elle a toujours su saisir ce qu’elle pouvait d’optimisme et de beauté dans ce qu’elle vivait, pour y puiser ses forces.
Aujourd’hui, You-You nous invite à un voyage intérieur empreint de cet optimisme et de cette force de vie.

Je veux vous parler de ces femmes que nous croisons chaque jour sans jamais prendre le temps de connaître qui elles sont.

Chassée par les exactions des troupes russes qui envahissent son pays, You-You découvre le Paris de l’après-guerre, le Paris des beaux-arts et de sa fanfare ; en passant de mai 68 aux années 80, elle nous révèle notre histoire commune.
You-You, par sa position d’étrangère, porte un regard neuf sur notre société et nous la dépeint avec humour, lucidité critique et fraternité.
Dans mon précédent spectacle, Volatiles, je m’intéressais déjà à la figure de Dionysos, ce dieu passeur de frontière, changeant de masque afin d’être toujours dans la position de celui qui vient, l’étranger.
Je souhaite vous parler ici de celui qui vient nous voir.
Cette femme qui nous parle, à l’aube de la retraite, a toujours avancé en soutenant les autres. Aujourd’hui, alors que personne n’a plus besoin de son aide, quel chemin va-t-elle prendre ?
Vous parler, avec force et tendresse, de la solitude, de la condition de femme et de l’isolement dans lequel nos sociétés plongent les personnes vieillissantes.
Et faire de ce spectacle, un hymne à la vie, tout en rendant hommage à ceux venus des quatre coins du monde pour œuvrer à nos côtés ».

« Ce jour-là, mon père a planté un noyer. Pour que nous soyons, la Yougoslavie et moi, durs, solides, et que nous ayons longue vie, comme le noyer. »  You-You

  • 78, boulevard des Batignolles Paris 17e – 01 42 93 13 04  

Irving Penn au Grand Palais

du 21 septembre 2017 au 28 janvier

Communiqué de presse

L’année 2017 marque le centenaire de la naissance d’Irving Penn, et cette exposition, la première grande rétrospective consacrée en France depuis le décès de l’artiste américain en 2009, retrace soixante-dix années de sa carrière. 

Avec plus de 240 tirages photographiques entièrement réalisés de son vivant et de sa main, elle offre une vision complète de l’ensemble des sujets majeurs de son œuvre : la mode, les natures mortes, les portraits, les nus, les scènes de rue, la guerre, la beauté, les cigarettes et les débris, ainsi que les « petits métiers », photographiés au début des années 50 à Paris, Londres et New York.

Al Pacino

Certaines séries cultes, (les nus, les mégots, les petits métiers) seront présentées dans leur intégralité.

Issu d’une formation aux beaux-arts, Irving Penn développe un corpus d’images, marqué par une élégante simplicité, un certain goût pour le minimalisme et une rigueur remarquable dans le suivi de son travail photographique.

Les visiteurs découvriront la production de l’artiste depuis ses débuts à la fin des années trente, jusqu’à son travail autour de la mode et des natures mortes, des années 1990-2000.

L’exposition s’ouvre sur des scènes de rue à Philadelphie et New York, puis viennent des vues du sud des Etats-Unis, du Mexique, de l’Europe dévastée par la guerre. Son travail se déplace ensuite de la rue au studio, qui deviendra le lieu exclusif de ses prises de vue. On découvre aussi ses premières natures mortes en couleurs. 

Salvador Dali
Alfred Hitchcock

En 1947-1948, il réalise pour le magazine Vogue des portraits d’artistes, écrivains, couturiers et autres personnalités du monde de la culture : Charles James et Salvador Dali à Jérôme Robbins, Spencer Tracy, Igor Stravinsky, Alfred Hitchcock…

Spencer Tracy

Rapidement considéré comme un maître du portrait de mode, il est l’auteur de quelques-unes des plus grandes icônes photographiques du XXe siècle. Beaucoup sont des études de Lisa Fonssagrives-Penn – la femme et muse de l’artiste – portant des modèles haute-couture. 

Lisa Fonssagrives-Penn

En décembre 1948, il voyage jusqu’à Cuzco au Pérou. Il photographie alors des familles des régions montagneuses incas venues en ville pour assister aux festivités de fin d’année, ainsi que des travailleurs de Cuzco.

On trouve ensuite la série des « petits métiers », réalisée à Paris, Londres et New York entre 1950 et 1951.

Infos pratiques :

Grand Palais (Paris 8e)

Tous les jours de 10h à 20h
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h

Fermé le mardi
Fermé à 18h les dimanches 24 et 31 décembre
Fermé le lundi 25 décembre 2017

Plein tarif : 13 € / Tarif réduit : 9 €
 www.grandpalais.fr 

Les villes utopiques et éphémères d’Olivier Grossetête

La prochaine édition de Paris L’Eté aura lieu du 17 juillet au 5 août. Nul doute que, cette fois encore, le festival, créé en 1990 sous l’impulsion de Patrice Martinet, alors directeur du Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, gagnera son pari : rechercher avant tout la mixité, le croisement des cultures et des êtres, la conciliation de l’avant-garde et du populaire.

Un exemple ? Bâtir ensemble une nouvelle ville éphémère, sous l’œil avisé du plasticien Olivier Grossetête.

Cela se passera du 17 au 30 juillet dans le parc de la Villette (Paris 19è). 

L’histoire débute par des voyages, beaucoup de voyages. Jouant avec les formes et les volumes des sites parcourus, Olivier Grossetête invite ensuite petits et grands à participer à la construction d’une ville éphémère en cartons. Chaque nouveau venu participe à une restitution stylisée du site visité. De gigantesques sculptures en carton se dressent alors à la vue de tous. Elles peuvent atteindre vingt-cinq mètres de haut et peser plus d’une tonne, Ces constructions, conçues spécifiquement pour chaque lieu (ci-dessus, Marseille), donnent aux acteurs de cette expérience originale l’occasion de vivre une expérience humaine et artistique inédite : se réunir pour bâtir ensemble, sans grue ni machine, une œuvre éphémère. 

Cette année, habitants du 19è, touristes, passants, petits* et grands, sont tous invités à participer à cette performance, qui repose uniquement sur l’énergie et les bras de ceux qui le voudront. 

Il est temps de retrousser vos manches !

A.K.

  • À partir de 9 ans

M° Porte de la Villette ou Porte de Pantin

 

 

Le grand bal – Variations autour de Messe pour le temps présent

Pierre Henry, Michel Colombier, Maurice Béjart, José Montalvo…  Nef du Grand Palais, le 13 juillet 2017 à 20h* Communiqué.

Cet événement est organisé par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, en collaboration avec la Maison des Arts de Créteil. 

 » La poésie est l’adhésion à la beauté du monde, de la vie, de l’humain, et à la fois, résistance à la cruauté du monde, de la vie, de l’humain. » écrit Edgar Morin.
 » Rêvons d’un bal du 14 juillet qui élargisse la part poétique de la vie, celle qui résiste à tout ce qui détruit, démolit, meurtrit et célèbre la beauté du monde, de la vie, de l’humain. »
répond José Montalvo.*

Le grand bal porte une double et exaltante ambition : concilier une réinvention dynamique, décalée et jubilatoire du bal du 14 juillet, avec la réinterprétation de l’extrait d’une œuvre majeure de l’histoire de la création chorégraphique : Messe pour le temps présent. Créée il y a exactement cinquante ans dans la Cour d’honneur du Palais des Papes sur une musique de Pierre Henry et Michel Colombier, cette pièce propose une vision de la jeunesse des années soixante, alors brillamment chorégraphiée par Maurice Béjart.

Pierre Henry (1927- 05 juillet 2017)

Pierre Henry, père des musiques concrète et électronique, a ouvert la musique concrète au grand public. En 2016, son Grand Remix, créé à La Philharmonie de Paris et chorégraphié par Hervé Robbe, offrait une première variation de sa Messe pour le temps présent.

Organisé par la Rmn-Grand Palais et imaginé par José Montalvo, qui sera à Chaillot en 2018*, ce Grand bal marque une célébration joyeuse de la fête nationale. L’événement s’articulera en deux temps forts qui s’entremêleront pour permettre aux participants de passer du statut de spectateur à celui d’acteur et de créateur de la soirée.

José Montalvo a invité sept chorégraphes d’aujourd’hui à imaginer une relecture personnelle de cette œuvre. Warenne Adien, Delphine Caron, Sylvain Groud, Fouad Hammani, Kaori ito, Chantal Loïal, et Merlin Nyakam l’ont revisitée à leur manière et dans leur style chorégraphique, nous donnant à voir un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui. Ces jeunes créateurs nous proposeront huit variations contemporaine, hip-hop, africaine, afro-antillaise, ou krump, qui seront interprétées à intervalle régulier par de jeunes talents de demain, 160 danseurs amateurs de haut niveau, chaque groupe provenant d’un des huit départements d’Ile-de-France.

  • Gratuit. Réservation indispensable avant le 10 juillet.  Ouverture des portes à 19h. Réservation obligatoire www.grandpalais.fr

José Montalvo sera également au Théâtre national de Chaillot (Paris) en février 2018, avec Après Don Quichotte et Y Olé !, pour ne citer que les plus récents, José Montalvo offrira une nouvelle immersion dans son univers onirique où la danse dialogue avec les souvenirs personnels. Il a choisi la figure de Carmen déclinée au féminin pluriel. « J’aime Carmen parce que cette pièce solaire me permet de réfléchir à des questions qui me taraudent : l’immigration, les valeurs du métissage, l’enfance. »

Dans un monde inquiétant où le repli, l’exclusion et le rejet étendent leurs territoires, il voit en Carmen une compagne de lutte à l’image des grandes figures féminines du XXe siècle. Georges Bizet, le compositeur de l’opéra, qui n’a jamais mis les pieds en Espagne, fera du métissage artistique un hymne à la beauté.

« Carmen est une explosion jubilatoire de vie et de rythmes. Une musique parcourue par un génie enfantin, d’une grande profondeur enjouée« , écrit le chorégraphe.

Et un vrai défi pour une version chorégraphique. 

« Repères » au Musée national de l’histoire de l’immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

Anne Calmat

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

À voir : Les Aquariums du Palais de la Porte dorée & Les Expositions temporaires (visites guidées).

Visuels et doc audio © MNHI

 

Le troisième Homme – Préhistoire de l’Atlas (expo)

Sur la route de vos vacances ?

 

Musée national de Préhistoire – Les Eyses-de-Tayac (Dordogne).

Du 1er juillet au 13 novembre 2017.

Expo organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

L’exposition retrace le processus de dispersion de l’Homo Sapiens hors du cerveau africain, d’abord tourné vers l’orient, puis vers l’Occident.. 

L’Altaï est une vaste région de la Sibérie, dans laquelle cohabitent, entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur (- 300 000 à – 12 000), trois espèces humaines différentes : des Néandertaliens, des Hommes modernes (Homo Sapiens) et des Denisoviens, dont l’existence a été récemment mise en évidence par les fouilles de la grotte de Denisova.

L’expansion de l’homme moderne en Europe occidentale, associée à l’apparition du Paléolithique supérieur, est marquée par le développement d’une culture matérielle caractéristique. Elle se distingue progressivement de celle de la période précédente, le Paléolithique moyen, dont l’artisan était l’Homme de Néandertal. C’est notamment dans le domaine symbolique, à l’exclusion des pratiques funéraires, que la différence est la plus remarquable. Les manifestations symboliques ne sont pas absentes des comportements des Néandertaliens, mais elles sont limitées et n’ont en rien la complexité et la diversité dont témoignent les vestiges rapportés au Paléolithique supérieur. En Sibérie orientale, dans la vaste région de l’Altaï, les premières formes d’expression symbolique connues, à partir de – 40 000 ans, apparaissent à une période où trois lignées humaines coexistent : non seulement des Néandertaliens et des Hommes modernes, mais aussi les Denisoviens récemment mis en évidence au travers des données paléogénétiques. Le scénario du remplacement rapide d’une population humaine archaïque par les Hommes modernes, tel qu’il fut établi pour l’Europe, n’est pas ici opératoire.

La coexistence d’au moins trois lignées humaines semble avoir été longue, menant à un certain nombre d’échanges génétiques comme en attestent les analyses paléogénomiques, mais probablement aussi culturels. Ainsi, la présence de pièces se rapportant à du débitage Levallois au sein d’industries lithiques caractéristiques, par d’autres aspects, du Paléolithique supérieur, suggère la perduration de façon de faire anciennes jusqu’à des périodes assez tardives.

À partir des matériaux de l’Altaï et de ses marges, l’exposition met en scène une trajectoire évolutive qui n’est pas seulement propre à cette zone mais qui illustre un scénario plus large à l’échelle continentale: celui du processus « out of Africa » qui fut peut-être d’abord oriental avant de marquer l’espace occidental ayant servi de références aux sciences préhistoriques.

Le gisement de Denisova occupe une place centrale en raison du renouvellement des connaissances induites par les différentes catégories de vestiges qui y furent découvertes et plus particulièrement les traces d’une troisième lignée humaine jusqu’alors inconnue.Un volet est developpé sur l’apport de la paléogénétique, mais avec une mise en perspective des autres registres de données (culture matérielle et anthropologie biologique). Les industries lithiques et osseuses des différentes phases du Paléolithique du Sud de la Sibérie sont illustrées à partir des collections de différents gisements de référence relevant de l’Institut d’Archéologie et d’ethnographie (IAET SO RAN) et de son musée, tandis que leurs objets d’art mobilier et leurs parures sont complétées par des modélisations 3D de spécimens conservés dans d’autres musées de Russie (l’imagerie virtuelle sert aussi de support ou de complément à la présentation des indices et des vestiges archéologiques trop ténus pour être suffisamment visibles).

Des contrepoints sont pris dans les séries classiques du fond muséographique du Musée national de Préhistoire ainsi que dans la vallée du Rhône où sont découverts des vestiges archéologiques antérieurs au Paléolithique supérieur pouvant traduire également une histoire culturelle plus complexe que celle très largement acceptée. Certaines données présentées dans l’exposition sont inédites ou de publications très récentes, et pour une part issues des travaux en cours du Laboratoire international associé franco-russe Artemir.

Où ?

1, rue du Musée Les Eyses-de-Tayac – 05 53 06 45 45 

Quand ?

Juin : Ouverture exceptionnelle de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h, fermé le mardi.

Juillet et août : 9h30 à 18h30, sans interruption, tous les jours, 


Septembre : 9h30 à 18h, sans interruption, fermé le mardi.


Octobre à mai : 9h30 à 12h30 | 14h00 à 17h30, fermé le mardi.

musee-prehistoire-eyzies.fr/

 

Shutter Island

shutterd’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir, 128 p., 19€

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

9782203007758_pb3Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres. Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.
shutterislandp_De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Une tempête est annoncée, les fédéraux sont condamnés à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée. Les protagonistes de ce huis clos lancinant et captivant vont dès lors évoluer dans une pénombre qui va se transformer en nuit menaçante.

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

L’identité même des enquêteurs est mise en question par un jeu d’anagrammes révélateurs ; le passé se réécrit sous forme d’accusation de l’accusateur, qui se retrouve face à une identité qu’il récuse.

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

Couverture Couverture-2 Couverture-3

 

 

 

 

 

de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

Copyright Dargaud

To-day