Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

« Repères » au Musée national de l’histoire de l’immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

Anne Calmat

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

À voir : Les Aquariums du Palais de la Porte dorée & Les Expositions temporaires (visites guidées).

Visuels et doc audio © MNHI

 

Le troisième Homme – Préhistoire de l’Atlas (expo)

Sur la route de vos vacances ?

 

Musée national de Préhistoire – Les Eyses-de-Tayac (Dordogne).

Du 1er juillet au 13 novembre 2017.

Expo organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

L’exposition retrace le processus de dispersion de l’Homo Sapiens hors du cerveau africain, d’abord tourné vers l’orient, puis vers l’Occident.. 

L’Altaï est une vaste région de la Sibérie, dans laquelle cohabitent, entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur (- 300 000 à – 12 000), trois espèces humaines différentes : des Néandertaliens, des Hommes modernes (Homo Sapiens) et des Denisoviens, dont l’existence a été récemment mise en évidence par les fouilles de la grotte de Denisova.

L’expansion de l’homme moderne en Europe occidentale, associée à l’apparition du Paléolithique supérieur, est marquée par le développement d’une culture matérielle caractéristique. Elle se distingue progressivement de celle de la période précédente, le Paléolithique moyen, dont l’artisan était l’Homme de Néandertal. C’est notamment dans le domaine symbolique, à l’exclusion des pratiques funéraires, que la différence est la plus remarquable. Les manifestations symboliques ne sont pas absentes des comportements des Néandertaliens, mais elles sont limitées et n’ont en rien la complexité et la diversité dont témoignent les vestiges rapportés au Paléolithique supérieur. En Sibérie orientale, dans la vaste région de l’Altaï, les premières formes d’expression symbolique connues, à partir de – 40 000 ans, apparaissent à une période où trois lignées humaines coexistent : non seulement des Néandertaliens et des Hommes modernes, mais aussi les Denisoviens récemment mis en évidence au travers des données paléogénétiques. Le scénario du remplacement rapide d’une population humaine archaïque par les Hommes modernes, tel qu’il fut établi pour l’Europe, n’est pas ici opératoire.

La coexistence d’au moins trois lignées humaines semble avoir été longue, menant à un certain nombre d’échanges génétiques comme en attestent les analyses paléogénomiques, mais probablement aussi culturels. Ainsi, la présence de pièces se rapportant à du débitage Levallois au sein d’industries lithiques caractéristiques, par d’autres aspects, du Paléolithique supérieur, suggère la perduration de façon de faire anciennes jusqu’à des périodes assez tardives.

À partir des matériaux de l’Altaï et de ses marges, l’exposition met en scène une trajectoire évolutive qui n’est pas seulement propre à cette zone mais qui illustre un scénario plus large à l’échelle continentale: celui du processus « out of Africa » qui fut peut-être d’abord oriental avant de marquer l’espace occidental ayant servi de références aux sciences préhistoriques.

Le gisement de Denisova occupe une place centrale en raison du renouvellement des connaissances induites par les différentes catégories de vestiges qui y furent découvertes et plus particulièrement les traces d’une troisième lignée humaine jusqu’alors inconnue.Un volet est developpé sur l’apport de la paléogénétique, mais avec une mise en perspective des autres registres de données (culture matérielle et anthropologie biologique). Les industries lithiques et osseuses des différentes phases du Paléolithique du Sud de la Sibérie sont illustrées à partir des collections de différents gisements de référence relevant de l’Institut d’Archéologie et d’ethnographie (IAET SO RAN) et de son musée, tandis que leurs objets d’art mobilier et leurs parures sont complétées par des modélisations 3D de spécimens conservés dans d’autres musées de Russie (l’imagerie virtuelle sert aussi de support ou de complément à la présentation des indices et des vestiges archéologiques trop ténus pour être suffisamment visibles).

Des contrepoints sont pris dans les séries classiques du fond muséographique du Musée national de Préhistoire ainsi que dans la vallée du Rhône où sont découverts des vestiges archéologiques antérieurs au Paléolithique supérieur pouvant traduire également une histoire culturelle plus complexe que celle très largement acceptée. Certaines données présentées dans l’exposition sont inédites ou de publications très récentes, et pour une part issues des travaux en cours du Laboratoire international associé franco-russe Artemir.

Où ?

1, rue du Musée Les Eyses-de-Tayac – 05 53 06 45 45 

Quand ?

Juin : Ouverture exceptionnelle de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h, fermé le mardi.

Juillet et août : 9h30 à 18h30, sans interruption, tous les jours, 


Septembre : 9h30 à 18h, sans interruption, fermé le mardi.


Octobre à mai : 9h30 à 12h30 | 14h00 à 17h30, fermé le mardi.

musee-prehistoire-eyzies.fr/

 

Shutter Island

shutterd’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir, 128 p., 19€

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

9782203007758_pb3Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres. Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.
shutterislandp_De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Une tempête est annoncée, les fédéraux sont condamnés à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée. Les protagonistes de ce huis clos lancinant et captivant vont dès lors évoluer dans une pénombre qui va se transformer en nuit menaçante.

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

L’identité même des enquêteurs est mise en question par un jeu d’anagrammes révélateurs ; le passé se réécrit sous forme d’accusation de l’accusateur, qui se retrouve face à une identité qu’il récuse.

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

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de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

Copyright Dargaud

To-day