Archives de catégorie : Expos-Scènes-Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

Théâtre : Agatha

de Marguerite Duras
Mise en scène Hans Peter Cloos
Avec Alexandra Larangot et Florian Carove – Café de la Danse* 

du 7 septembre au 7 octobre 2017

Scène I (extrait)

Lui – Vous disiez je crois que si lointaine qu’elle soit Il nous faudrait provoquer cette obligation de nous quitter, qu’un jour il nous faudrait choisir une date, un lieu, et s’y arrêter, et ensuite faire de telle sorte qu’on ne puisse plus empêcher le voyage, qu’on se mette hors d’atteinte de soi.

Un homme et une femme, « Elle » et « Lui », sont sur le point de se quitter, pour toujours. Nous apprenons peu à peu qu’ils sont frère et soeur. Elle part pour mettre un terme à cet amour interdit et secret. Ensemble, ils vont revivre l’amour de l’enfance, la scène originelle du passé, lorsque, adolescents, ils ont découvert leurs sentiments respectifs.

La passion incestueuse, que l’on retrouve dans les œuvres de Duras (Un Barrage contre le Pacifique, L’Amant…) est selon ses propres mots « Un amour dans lequel tout se mélange : l’enfance, l’amour de la mère partagé par les deux, et la négation de l’avenir. C’est à dire la négation de la maturité. » 

(Duras à Jean-Luc Godard) « Je pense que c’est Agatha (le personnage) qui l’a découvert, lui ne l’aurait pas fait, il n’était pas été capable de le découvrir. C’est là la force incommensurable de cette petite fille. » 

C’est aussi un rêve de gémellité et d’harmonie des contraires.

Marguerite Duras, c’est un ton particulier, unique, avec ses redites et ses circonvolutions. Comme chez Nathalie Sarraute, il y a ce qui est dit et ce que cachent les silences ou les phrases qui semblent anodines : les sous-conversations. 

« Si je n’avais pas vécu l’histoire avec mon frère, je n’aurais pas écrit Agatha. »

Bien que pour l’écrivaine la consommation de l’interdit n’ait jamais eu lieu, elle stigmatise ceux qui critiquent l’inceste et leur interdit de juger. 

Hans Peter Cloos, Alexandra Larangot et Florian Carove

Le metteur en scène explique lui aussi les raisons qui l’ont poussé à mettre en scène Agatha

« L’inceste ne passe pas le seuil des maisons. Il se passe dans une famille, complètement enfermé dans le ghetto de la famille. (…) Comme beaucoup de gens – et je le sais, parce que j’ai eu des frères. Plus grands – j’ai eu des frères qui avaient le désir de moi, de leur sœur, comme j’ai eu le désir d’eux. Et ce désir a été vécu. Il n’a pas été poussé jusqu’au bout, mais il a été vécu, très violemment. » (…)

« Pour moi, une évidence, faire la mise en scène d’une pièce écrite il y a presque quarante ans, avec de tous jeunes comédiens, signifie faire le grand écart. » Paris, décembre 2016.

  • 3, Passage Louis-Philippe Paris 11e – 08 99 23 33 76

Théâtre : You-You

Un spectacle de la Cie L’Œil des Cariatides

Texte Jovan Atchine – Mise en scène Elodie Chanut – Interprète Mina PoeStudio Hébertot* – 

À partir du 7 septembre 2017

Ce texte écrit en 1983 a été créé en 1993 par Philippe Adrien au Petit Théâtre de l’Odéon, Mina Poe y interprétait le rôle de You-You.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE (extraits)

« Chaque succès de l’entreprise était un succès pour moi, et je ressentais ses difficultés comme des ennuis personnels. »

Mina Poe

Une femme, s’adressant directement au public, fait un discours lors de son pot de départ en retraite devant les employés de l’entreprise où elle a travaillé toute sa vie. Abandonnant le document qu’elle avait préparé, de digression en digression, avec une chaleur naïve, elle parle enfin et raconte ce qu’a été sa vie.  

C’est pour l’auteur de double culture franco-serbe, Jovan Atchine, le point d’appui pour dresser le portrait d’une immigrée Yougoslave arrivée en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, pays sur lequel elle porte un regard tendre, et plein d’espoir. Cet idéalisme résistera-t-il à la réalité d’une société française qui à la fois bénéficie largement d’une main-d’œuvre venue des quatre coins du monde et conserve les rigidités. L’atelier de confection où elle travaille est le microcosme ironique de cette société cosmopolite rêvée.

Atchine livre ici une peinture douce-amère, faussement naïve, et pleine d’humanité d’une femme de courage et de sacrifices, confrontée aux évènements de son siècle.

Née le jour de la création de la Yougoslavie, symbole de l’espérance d’une nouvelle Europe, You-You se voit forcée de la quitter pour la France, sur laquelle elle porte un regard tendre et plein d’espoir.

Elodie Chanut

« Soixante ans de la vie d’une femme…
Lorsque Mina m’a demandé de remettre en scène vingt ans après cette pièce, j’ai été subjuguée par l’énergie du personnage de You-You, portée par son interprète.
Une génération passée, ce texte nous touche par son actualité ; des guerres éclatent encore aux quatre coins du monde et des hommes et des femmes sont forcés à l’exil.
Cette femme secouée par la vie, reste toujours à flot, déployant une énergie cachée. Elle a toujours su saisir ce qu’elle pouvait d’optimisme et de beauté dans ce qu’elle vivait, pour y puiser ses forces.
Aujourd’hui, You-You nous invite à un voyage intérieur empreint de cet optimisme et de cette force de vie.

Je veux vous parler de ces femmes que nous croisons chaque jour sans jamais prendre le temps de connaître qui elles sont.

Chassée par les exactions des troupes russes qui envahissent son pays, You-You découvre le Paris de l’après-guerre, le Paris des beaux-arts et de sa fanfare ; en passant de mai 68 aux années 80, elle nous révèle notre histoire commune.
You-You, par sa position d’étrangère, porte un regard neuf sur notre société et nous la dépeint avec humour, lucidité critique et fraternité.
Dans mon précédent spectacle, Volatiles, je m’intéressais déjà à la figure de Dionysos, ce dieu passeur de frontière, changeant de masque afin d’être toujours dans la position de celui qui vient, l’étranger.
Je souhaite vous parler ici de celui qui vient nous voir.
Cette femme qui nous parle, à l’aube de la retraite, a toujours avancé en soutenant les autres. Aujourd’hui, alors que personne n’a plus besoin de son aide, quel chemin va-t-elle prendre ?
Vous parler, avec force et tendresse, de la solitude, de la condition de femme et de l’isolement dans lequel nos sociétés plongent les personnes vieillissantes.
Et faire de ce spectacle, un hymne à la vie, tout en rendant hommage à ceux venus des quatre coins du monde pour œuvrer à nos côtés ».

« Ce jour-là, mon père a planté un noyer. Pour que nous soyons, la Yougoslavie et moi, durs, solides, et que nous ayons longue vie, comme le noyer. »  You-You

  • 78, boulevard des Batignolles Paris 17e – 01 42 93 13 04  

Irving Penn au Grand Palais

du 21 septembre 2017 au 28 janvier

Communiqué de presse

L’année 2017 marque le centenaire de la naissance d’Irving Penn, et cette exposition, la première grande rétrospective consacrée en France depuis le décès de l’artiste américain en 2009, retrace soixante-dix années de sa carrière. 

Avec plus de 240 tirages photographiques entièrement réalisés de son vivant et de sa main, elle offre une vision complète de l’ensemble des sujets majeurs de son œuvre : la mode, les natures mortes, les portraits, les nus, les scènes de rue, la guerre, la beauté, les cigarettes et les débris, ainsi que les « petits métiers », photographiés au début des années 50 à Paris, Londres et New York.

Al Pacino

Certaines séries cultes, (les nus, les mégots, les petits métiers) seront présentées dans leur intégralité.

Issu d’une formation aux beaux-arts, Irving Penn développe un corpus d’images, marqué par une élégante simplicité, un certain goût pour le minimalisme et une rigueur remarquable dans le suivi de son travail photographique.

Les visiteurs découvriront la production de l’artiste depuis ses débuts à la fin des années trente, jusqu’à son travail autour de la mode et des natures mortes, des années 1990-2000.

L’exposition s’ouvre sur des scènes de rue à Philadelphie et New York, puis viennent des vues du sud des Etats-Unis, du Mexique, de l’Europe dévastée par la guerre. Son travail se déplace ensuite de la rue au studio, qui deviendra le lieu exclusif de ses prises de vue. On découvre aussi ses premières natures mortes en couleurs. 

Salvador Dali
Alfred Hitchcock

En 1947-1948, il réalise pour le magazine Vogue des portraits d’artistes, écrivains, couturiers et autres personnalités du monde de la culture : Charles James et Salvador Dali à Jérôme Robbins, Spencer Tracy, Igor Stravinsky, Alfred Hitchcock…

Spencer Tracy

Rapidement considéré comme un maître du portrait de mode, il est l’auteur de quelques-unes des plus grandes icônes photographiques du XXe siècle. Beaucoup sont des études de Lisa Fonssagrives-Penn – la femme et muse de l’artiste – portant des modèles haute-couture. 

Lisa Fonssagrives-Penn

En décembre 1948, il voyage jusqu’à Cuzco au Pérou. Il photographie alors des familles des régions montagneuses incas venues en ville pour assister aux festivités de fin d’année, ainsi que des travailleurs de Cuzco.

On trouve ensuite la série des « petits métiers », réalisée à Paris, Londres et New York entre 1950 et 1951.

Infos pratiques :

Grand Palais (Paris 8e)

Tous les jours de 10h à 20h
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h

Fermé le mardi
Fermé à 18h les dimanches 24 et 31 décembre
Fermé le lundi 25 décembre 2017

Plein tarif : 13 € / Tarif réduit : 9 €
 www.grandpalais.fr 

Les villes utopiques et éphémères d’Olivier Grossetête

La prochaine édition de Paris L’Eté aura lieu du 17 juillet au 5 août. Nul doute que, cette fois encore, le festival, créé en 1990 sous l’impulsion de Patrice Martinet, alors directeur du Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, gagnera son pari : rechercher avant tout la mixité, le croisement des cultures et des êtres, la conciliation de l’avant-garde et du populaire.

Un exemple ? Bâtir ensemble une nouvelle ville éphémère, sous l’œil avisé du plasticien Olivier Grossetête.

Cela se passera du 17 au 30 juillet dans le parc de la Villette (Paris 19è). 

L’histoire débute par des voyages, beaucoup de voyages. Jouant avec les formes et les volumes des sites parcourus, Olivier Grossetête invite ensuite petits et grands à participer à la construction d’une ville éphémère en cartons. Chaque nouveau venu participe à une restitution stylisée du site visité. De gigantesques sculptures en carton se dressent alors à la vue de tous. Elles peuvent atteindre vingt-cinq mètres de haut et peser plus d’une tonne, Ces constructions, conçues spécifiquement pour chaque lieu (ci-dessus, Marseille), donnent aux acteurs de cette expérience originale l’occasion de vivre une expérience humaine et artistique inédite : se réunir pour bâtir ensemble, sans grue ni machine, une œuvre éphémère. 

Cette année, habitants du 19è, touristes, passants, petits* et grands, sont tous invités à participer à cette performance, qui repose uniquement sur l’énergie et les bras de ceux qui le voudront. 

Il est temps de retrousser vos manches !

A.K.

  • À partir de 9 ans

M° Porte de la Villette ou Porte de Pantin

 

 

Le grand bal – Variations autour de Messe pour le temps présent

Pierre Henry, Michel Colombier, Maurice Béjart, José Montalvo…  Nef du Grand Palais, le 13 juillet 2017 à 20h* Communiqué.

Cet événement est organisé par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, en collaboration avec la Maison des Arts de Créteil. 

 » La poésie est l’adhésion à la beauté du monde, de la vie, de l’humain, et à la fois, résistance à la cruauté du monde, de la vie, de l’humain. » écrit Edgar Morin.
 » Rêvons d’un bal du 14 juillet qui élargisse la part poétique de la vie, celle qui résiste à tout ce qui détruit, démolit, meurtrit et célèbre la beauté du monde, de la vie, de l’humain. »
répond José Montalvo.*

Le grand bal porte une double et exaltante ambition : concilier une réinvention dynamique, décalée et jubilatoire du bal du 14 juillet, avec la réinterprétation de l’extrait d’une œuvre majeure de l’histoire de la création chorégraphique : Messe pour le temps présent. Créée il y a exactement cinquante ans dans la Cour d’honneur du Palais des Papes sur une musique de Pierre Henry et Michel Colombier, cette pièce propose une vision de la jeunesse des années soixante, alors brillamment chorégraphiée par Maurice Béjart.

Pierre Henry (1927- 05 juillet 2017)

Pierre Henry, père des musiques concrète et électronique, a ouvert la musique concrète au grand public. En 2016, son Grand Remix, créé à La Philharmonie de Paris et chorégraphié par Hervé Robbe, offrait une première variation de sa Messe pour le temps présent.

Organisé par la Rmn-Grand Palais et imaginé par José Montalvo, qui sera à Chaillot en 2018*, ce Grand bal marque une célébration joyeuse de la fête nationale. L’événement s’articulera en deux temps forts qui s’entremêleront pour permettre aux participants de passer du statut de spectateur à celui d’acteur et de créateur de la soirée.

José Montalvo a invité sept chorégraphes d’aujourd’hui à imaginer une relecture personnelle de cette œuvre. Warenne Adien, Delphine Caron, Sylvain Groud, Fouad Hammani, Kaori ito, Chantal Loïal, et Merlin Nyakam l’ont revisitée à leur manière et dans leur style chorégraphique, nous donnant à voir un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui. Ces jeunes créateurs nous proposeront huit variations contemporaine, hip-hop, africaine, afro-antillaise, ou krump, qui seront interprétées à intervalle régulier par de jeunes talents de demain, 160 danseurs amateurs de haut niveau, chaque groupe provenant d’un des huit départements d’Ile-de-France.

  • Gratuit. Réservation indispensable avant le 10 juillet.  Ouverture des portes à 19h. Réservation obligatoire www.grandpalais.fr

José Montalvo sera également au Théâtre national de Chaillot (Paris) en février 2018, avec Après Don Quichotte et Y Olé !, pour ne citer que les plus récents, José Montalvo offrira une nouvelle immersion dans son univers onirique où la danse dialogue avec les souvenirs personnels. Il a choisi la figure de Carmen déclinée au féminin pluriel. « J’aime Carmen parce que cette pièce solaire me permet de réfléchir à des questions qui me taraudent : l’immigration, les valeurs du métissage, l’enfance. »

Dans un monde inquiétant où le repli, l’exclusion et le rejet étendent leurs territoires, il voit en Carmen une compagne de lutte à l’image des grandes figures féminines du XXe siècle. Georges Bizet, le compositeur de l’opéra, qui n’a jamais mis les pieds en Espagne, fera du métissage artistique un hymne à la beauté.

« Carmen est une explosion jubilatoire de vie et de rythmes. Une musique parcourue par un génie enfantin, d’une grande profondeur enjouée« , écrit le chorégraphe.

Et un vrai défi pour une version chorégraphique. 

« Repères » au Musée national de l’histoire de l’immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

Anne Calmat

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

À voir : Les Aquariums du Palais de la Porte dorée & Les Expositions temporaires (visites guidées).

Visuels et doc audio © MNHI

 

Le troisième Homme – Préhistoire de l’Atlas (expo)

Sur la route de vos vacances ?

 

Musée national de Préhistoire – Les Eyses-de-Tayac (Dordogne).

Du 1er juillet au 13 novembre 2017.

Expo organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

L’exposition retrace le processus de dispersion de l’Homo Sapiens hors du cerveau africain, d’abord tourné vers l’orient, puis vers l’Occident.. 

L’Altaï est une vaste région de la Sibérie, dans laquelle cohabitent, entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur (- 300 000 à – 12 000), trois espèces humaines différentes : des Néandertaliens, des Hommes modernes (Homo Sapiens) et des Denisoviens, dont l’existence a été récemment mise en évidence par les fouilles de la grotte de Denisova.

L’expansion de l’homme moderne en Europe occidentale, associée à l’apparition du Paléolithique supérieur, est marquée par le développement d’une culture matérielle caractéristique. Elle se distingue progressivement de celle de la période précédente, le Paléolithique moyen, dont l’artisan était l’Homme de Néandertal. C’est notamment dans le domaine symbolique, à l’exclusion des pratiques funéraires, que la différence est la plus remarquable. Les manifestations symboliques ne sont pas absentes des comportements des Néandertaliens, mais elles sont limitées et n’ont en rien la complexité et la diversité dont témoignent les vestiges rapportés au Paléolithique supérieur. En Sibérie orientale, dans la vaste région de l’Altaï, les premières formes d’expression symbolique connues, à partir de – 40 000 ans, apparaissent à une période où trois lignées humaines coexistent : non seulement des Néandertaliens et des Hommes modernes, mais aussi les Denisoviens récemment mis en évidence au travers des données paléogénétiques. Le scénario du remplacement rapide d’une population humaine archaïque par les Hommes modernes, tel qu’il fut établi pour l’Europe, n’est pas ici opératoire.

La coexistence d’au moins trois lignées humaines semble avoir été longue, menant à un certain nombre d’échanges génétiques comme en attestent les analyses paléogénomiques, mais probablement aussi culturels. Ainsi, la présence de pièces se rapportant à du débitage Levallois au sein d’industries lithiques caractéristiques, par d’autres aspects, du Paléolithique supérieur, suggère la perduration de façon de faire anciennes jusqu’à des périodes assez tardives.

À partir des matériaux de l’Altaï et de ses marges, l’exposition met en scène une trajectoire évolutive qui n’est pas seulement propre à cette zone mais qui illustre un scénario plus large à l’échelle continentale: celui du processus « out of Africa » qui fut peut-être d’abord oriental avant de marquer l’espace occidental ayant servi de références aux sciences préhistoriques.

Le gisement de Denisova occupe une place centrale en raison du renouvellement des connaissances induites par les différentes catégories de vestiges qui y furent découvertes et plus particulièrement les traces d’une troisième lignée humaine jusqu’alors inconnue.Un volet est developpé sur l’apport de la paléogénétique, mais avec une mise en perspective des autres registres de données (culture matérielle et anthropologie biologique). Les industries lithiques et osseuses des différentes phases du Paléolithique du Sud de la Sibérie sont illustrées à partir des collections de différents gisements de référence relevant de l’Institut d’Archéologie et d’ethnographie (IAET SO RAN) et de son musée, tandis que leurs objets d’art mobilier et leurs parures sont complétées par des modélisations 3D de spécimens conservés dans d’autres musées de Russie (l’imagerie virtuelle sert aussi de support ou de complément à la présentation des indices et des vestiges archéologiques trop ténus pour être suffisamment visibles).

Des contrepoints sont pris dans les séries classiques du fond muséographique du Musée national de Préhistoire ainsi que dans la vallée du Rhône où sont découverts des vestiges archéologiques antérieurs au Paléolithique supérieur pouvant traduire également une histoire culturelle plus complexe que celle très largement acceptée. Certaines données présentées dans l’exposition sont inédites ou de publications très récentes, et pour une part issues des travaux en cours du Laboratoire international associé franco-russe Artemir.

Où ?

1, rue du Musée Les Eyses-de-Tayac – 05 53 06 45 45 

Quand ?

Juin : Ouverture exceptionnelle de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h, fermé le mardi.

Juillet et août : 9h30 à 18h30, sans interruption, tous les jours, 


Septembre : 9h30 à 18h, sans interruption, fermé le mardi.


Octobre à mai : 9h30 à 12h30 | 14h00 à 17h30, fermé le mardi.

musee-prehistoire-eyzies.fr/

 

Shutter Island

shutterd’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir, 128 p., 19€

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

9782203007758_pb3Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres. Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.
shutterislandp_De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Une tempête est annoncée, les fédéraux sont condamnés à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée. Les protagonistes de ce huis clos lancinant et captivant vont dès lors évoluer dans une pénombre qui va se transformer en nuit menaçante.

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

L’identité même des enquêteurs est mise en question par un jeu d’anagrammes révélateurs ; le passé se réécrit sous forme d’accusation de l’accusateur, qui se retrouve face à une identité qu’il récuse.

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

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de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

Copyright Dargaud

To-day