La Nuit de la Saint-Jean

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Coup d’oeil dans le rétro…

La Nuit de la Saint-Jean de Reetta Niemensivu (scénario et dessin) – Ed. Cambourakis –

Il y a des images ou des sensations qui renvoient instantanément à des épisodes à jamais inscrits dans notre mémoire. Un air de musique ou le parfum entêtant d’une fleur et c’est tout un pan de notre vie qui ressurgit.

Dans cette BD autobiographique écrite sous la forme d’un long flash-back, un gros orage est venu troubler la quiétude d’une soirée familiale. La grand-mère de l’auteure se souvient de celui, plus terrible encore, qui changea le cours de son existence, alors qu’elle sortait à peine de l’enfance.

Autrefois, raconte-t-elle, le solstice d’été était – et demeure – une source de fantasmes pour beaucoup de filles et de garçons. Fantasmes réalisables, croyaient-ils, par la pratique de rites d’envoûtement, issus de traditions païennes.image_suhde_tammikuu
Sur les premières planches de l’album, deux groupes d’adolescents s’observent en catimini. Ils font leur choix, élaborent des stratégies d’attaque, elles font mine de regarder dans une autre direction.

Le souvenir de rites ancestraux, censés attirer les faveurs de l’élu(e), vient alors en renfort : cueillir une fleur de fougère la nuit de la Saint-Jean apportera richesse, amour et bonheur éternel à celui ou celle qui l’a dénichée. Enfouir son corsage dans une fourmilière pendant trois nuits consécutives donnera un pouvoir de séduction à nul autre pareil. Se rouler nue dans un champ de seigle conduira immanquablement à l’être aimé. Certaines jeunes filles y croient, d’autres non. Les garçons optent en général pour des « travaux d’approche » plus expéditifs.

La Saint-Jean coïncide ici avec la Confirmation des adolescentes, (l’équivalent chez les luthériens de la Communion solennelle des catholiques).  Presque tous les villageois sont réunis dans la paroisse pour assister à la cérémonie, qui selon la tradition s’achèvera par un immense feu de joie sous le soleil de minuit. L’arrivée d’un nouveau pasteur, dont ce sera le premier prêche, ajoute encore à l’exaltation générale.

Mais il va en être tout autrement.

L’auteur finnoise livre un album étrange et décalé, qui ne manque pas charme. Le trait, tout en rondeurs, et les dessins à dominantes brun clair, sépia et blanc servent particulièrement bien cette histoire, dont l’issue déroutera probablement plus d’un lecteur, quant au sens à lui donner.
A. C.
94 p., 18 euros