Le chien de Dieu

de Jean Dufaux (récit) et Jacques Terpant (dessin et couleurs) – Ed. Futuropolis

On est en 1961, Céline met une dernière touche à Rigodon, le troisième volet de sa trilogie allemandeLe provocateur d’hier n’est plus qu’un vieux misanthrope qui peste contre la terre entière (personne ne trouve grâce à ses yeux), et en l’occurence contre son éditeur, le « marketinge », la radio et la télévision qui pervertissent tout système de valeurs. 

L’écrivain vit depuis dix ans à Meudon avec sa femme, Lucette Almanzor-Destouches, entouré de toute une ménagerie. La solitude, et peut-être une fin qu’il sent proche – ou à laquelle il aspire – le renvoient à son passé.  

Il se souvient avec émotion de son premier amour, Elisabeth Craig, danseuse comme Lucette, qui vit naître le Voyage.  

Quelques années plus tard, il plongera tête baissée dans un antisémitisme forcené, qu’il minimisera par la suite mais ne reniera jamais. La BD passe rapidement sur cet aspect monomaniaque de sa personnalité, qu’il va toutefois tenter de justifier.  » Je supposais que les sémites nous poussaient à la guerre « . (p.18)

Un coup de tonnerre lui évoque la boucherie de 1914 – la silhouette du maréchal des logis Louis-Ferdinand Destouches lui est apparue au fond de son jardin. « Ce long voyage dans la nuit, c’est là que ça a commencé… en 14 », lui fait dire Jean Dufaux.

Le « bon docteur Destouches », qui ne cessa pratiquement jamais d’exercer, se remémore alors son quotidien de médecin durant la Première Guerre mondiale et à cette époque où  » l’on prenait les loups pour des chiens « *.

Le lecteur replonge par instant dans le présent de l’écrivain. Un présent morne, parfois émaillé de rencontres, diurnes ou nocturnes, lors desquelles c’est le médecin au grand coeur qui l’emporte sur le vieil anar fiévreux et acariâtre. Tour à tour rusé, sans artifice, emphatique, intraitable, altruiste, mesquin, le reclus de Meudon semble cumuler les traits de caractère les plus contradictoires. 

Le coup de crayon virtuose de Jacques Terpant, parfois rehaussé de couleurs sépia ou tirant sur le rouge sombre, fait revivre un Céline, fascinant pour les uns, insupportable pour les autres. Relativiser ses égarements politiques et antisémites reste impossible ; cependant, il n’est que de lire Voyage au bout de la nuit (1932) ou Mort à crédit (1936) pour recevoir en plein visage le souffle brûlant qu’il fit alors passer sur la littérature française, dont il demeure l’une des figures incontournables. 

Anne Calmat

72 p., 17 € Visuels © Futuropolis

  • Est-ce ainsi que les hommes vivent. Louis Aragon

 

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