« XIII » – Intégrale 3/5, vol. 13

Page 8de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud

Un grand nombre de personnages a défilé jusqu’ici, mais tous n’ont pas été mentionnés dans les résumés des volumes 1 à 12. XIII nous a emportés dans telle cascade de rebondissements qu’il était parfois difficile de trouver une place – la plupart du temps fluctuante – pour chaque nouvelle pièce du gigantesque puzzle que William Vance et Jean Van Hamme ont mis en place pour leurs lecteurs.

Le volume 13 arrive donc à point nommé pour combler quelques lacunes.

Page 6Deux journalistes, Ron Finkelstein et Warren Glass, enquêtent sur la récente prise en otage de l’actuel président Sheridan par le général Carrington (voir vol. 12), et sur XIII, cet homme aux identités multiples qui semble être étroitement lié aux événements qui se sont déroulés depuis l’assassinat de William Sheridan.

Deux hommes, probablement des services secrets, font irruption dans leur bureau, ils balancent Ron Finkelstein du haut de l’immeuble, dévastent son ordinateur et repartent avec le précieux dossier d’investigations sur lequel les journalistes travaillent depuis trois ans.

Le survivant, Warren Glass, absent au moment du drame, fuit en Europe et transmet un premier résultat de leurs investigations à Randolph McNight, le rédacteur en chef de son journal, le New York Daily. Glass sait que ses jours sont comptés…

On pense évidemment au film d’Alan J. Pakula, Les Hommes du président (1976), et au scandale du Watergate, révélé par les journalistes du Washington Post.Page 18

L’étude en question est composée de douze dossiers (Le clan Sheridan, L’affaire Rowland, L’énigme de la Mangouste, etc.). Ils contiennent les portraits détaillés des quelque cent-vingt personnages qui ont été impliqués, à des degrés divers, dans l’affaire Sheridan, révélant ainsi les zones d’ombres de chacun.

 

Page 14

A.C.

110 p.

To-day

 

« XIII » – Intégrale 3/5, vol. 11 et 12

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de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

Les tribulations de XIII au Costa Verde (pays imaginaire qui évoque fortement Cuba), avec son contingent de manipulateurs et de traîtres, se sont achevées en beauté. XIII, qu’on pourrait aussi appeler « El Magnifico », tant il excelle dans l’art de se sortir des situations les plus extrêmes (avec, il est vrai, un égal talent pour plonger tête baissée dans la suivante), a établi la preuve qu’il n’avait pas lâché les révolutionnaires. Les affreux ont été débusqués, les guérilleros ont repris du poil de la bête et la Minerco en a été pour ses  frais. Le Major Jones a bien entendu joué à la perfection son rôle de super woman, en venant en aide à XIII dans les moments critiques du récit. Quant à Maria Isabel de los Santos, la présumée épouse du beau ténébreux, elle a déclaré, en faisant allusion au « Cascador » : Je ne sais pas pourquoi, mais vous me faites penser à lui, Mac Lane. Un moment, j’ai cru que… Mais c’est absurde.

Mais si XIII était le Cascador, cela voudrait dire qu’il a également à un moment de sa vie été Kelly Brian (plus connu sous le nom de Cascador), membre de l’IRA et recherché par le FBI.

La porte reste donc entrouverte. À se demander si nous n’allons pas découvrir, au détour d’une planche, que Jason Mac Lane est un autre…

BqPZFeUbGxifoP2pKQgsYvSaHEzeTa9V-couv-1200Et c’est chose faite, en lisant le volume 11 : XIII apprend de qui il est réellement le fils, et pourquoi Jonathan Mac Lane, qu’il croyait être son père, s’est fait passer pour tel en lui donnant son nom. Il découvre par la même occasion l’histoire tragique de sa famille : modernes Atrides au mélange explosif de passions.

Faut-il dire « Bye bye Jason » ? Wait and see.

BqPZFeUbGxifoP2pKQgsYvSaHEzeTa9V-page5-1200

xiii-tome-12-le-jugementLe vol. 12 nous ramène aux USA.

XIII et Jones ont à peine eu le temps de refermer leur parenthèse révolutionnaire – et XIII d’encaisser les révélations sur sa véritable (?) identitè – qu’ils sont convoqués à la Maison Blanche pour une affaire de la plus haute importance.

On se souvient que l’assassin du président Walter Sheridan avait fait en sorte que son nom n’apparaisse jamais, mais  on se doutait bien que les auteurs n’en resteraient pas là.

C’est à la faveur de la passation de pouvoir entre le général Carrington (v. vol. 1 à 6) et son successeur, le général Wittaker, que l’affaire éclate de nouveau. La cérémonie de la remise du code de la mallette de contrôle de l’arme atomique se déroule à huis clos, quatre personnes y assistent, dont Walter Sheridan, le frère du président assassiné. À ce moment précis, un hélicoptère de l’armée décolle du toit du Pentagone, avec aux commandes, le général Carrington. Panique chez les agents des services secrets, le vice-président donne l’ordre que l’on ouvre la porte de la salle des codes : Carrington a neutralisé Wittaker et le ministre de la Défense à l’aide d’un gaz anesthésiant, puis il a kidnappé le président… et emporté la mallette.

Une note lapidaire de la main du général disant  « Jones et Mac Lane, personne d’autre », a été retrouvée plus tard dans l’hélico abandonné.

Carrington a découvert l’implication du président dans l’assassinat de son propre frère (eh oui !) et les dommages collatéraux qui s’en sont suivis. Avec au premier chef, la mort de sa fille bien-aimée (la veuve de Steve Rowland). Il veut désormais organiser un procès public, lors duquel, la Mangouste, âme damnée et tueur à gages au service de l’accusé, viendrait témoigner…

Du pain sur la planche pour XIII et Jones.ZkeRd9K3VsrvjFn0qJVgxuTc65ise0x3-page5-1200  A.C.

 

« XIII » – Intégrale 3/5, vol. 9 et 10

Page 3

de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

L »album 8 nous a livré l’identité du Numéro I et celle, véritable cette fois, de XIII, fils du journaliste John Mac Lane, assassiné vingt ans plus tôt par les membres du KKK local en raison de ses idées de gauche. Mais rien n’est résolu pour autant. Jason Mac Lane, l’as du contre-espionnage, reste atteint d’une amnésie antérograde. Que s’est-il passé durant les six années pendant lesquelles il a disparu des écrans radars, pour réapparaître sous les traits d’un certain Jack Shelton, suspect principal dans l’assassinat du président William Sheridan ?

XIII, on le sait, a par la suite été blanchi, et même engagé par son successeur, Walter Sheridan, pour découvrir l’identité du Numéro I. Mission accomplie, mais un coup d’épée dans l’eau, puisque celui par qui tout est arrivé a usé de son influence pour que la commission d’enquête classe le dossier. Le Numéro 1 n’a jamais existé.

Page 5L’album suivant débute par une réunion dans les bureaux d’une mystérieuse société d’affaires, la Minerco. Jason Mac Lane est sur la sellette. C’est l’homme qu’il nous faut (…) un homme sans passé, surentraîné, qui manie n’importe quelle arme et parle couramment l’espagnol. Et où se trouve la meilleure école de guérilla en Amérique latine ? À Cuba. Et de montrer une photographie sur laquelle on voit un homme mort, étendu dans une flaque de boue.

On apprendra plus tard qu’il s’agit du « Cascador », un héros de la révolution costaverdienne, exécuté trois ans auparavant par les hommes du général Ortiz, mais toujours vivant dans le cœur du « petit peuple ». Il suffira de convaincre XIII (alias, alias, alias…) qu’il est El Cascador (Brian Kelly à l’état civil) et qu’il a pour mission de…

Le Padre-guerillero Jacinto va s’en charger. Mais n’allons pas trop vite.Page 11

Petit détail qui aura forcément son importance : il est dit au cours de cette réunion que l’on a trouvé aucune trace de la naissance de Jason Mac Lane dans les registres de l’Etat Civil et qu’on n’a aucune photographie de lui datant de la période antérieure à son recrutement par le contre-espionnage, lorsque, pour les besoins de la cause, son aspect physique a été modifié afin de lui permettre de confondre le commanditaire de l’assassinat du président Sheridan.Page 7

Direction San Miguel donc, où Jason vient d’atterrir. Fort de la mission qui lui a été confiée par la Minerco, sans qu’il en devine la finalité réelle, Jason a pris l’apparence d’un trafiquant d’armes nommé Karl Meredith, en affaires avec Ortiz. Peu de temps après son arrivée, il apprend du père Jacinto que six ans plus tôt, il a épousé une certaine Maria Isabel de los Santos, fille de l’ex président du Costa Verde, et que la jeune femme est emprisonnée dans les geôles d’Ortiz. Elle doit être prochainement exécutée. Selon Jacinto, Jason et El Cascador ne seraient qu’une seule et même personne.

Avec un amnésique, on le sait, tous les coups sont permis et beaucoup ont intérêt à le lui faire croire et à œuvrer dans ce sens. Seule Maria connaît la vérité. Reste pour lui à s’introduire dans la place (ou à y être emprisonné), et le tour sera joué. Encore que…

El Cascador (Vol. 10)
El Cascador (Vol. 10)

Anne Calmat

To-day

« XIII » – Intégrale 2/5, vol. 6 à 8

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de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

XIII est maintenant à Greenfalls sous le nom de John Fleming (voir épisode précédent), avec entre les mains le dossier que lui a remis le général Carrington.

Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour revenir, Jason ? lui a dit Zacharias « Zeke » Hattaway, l’ex rédac chef du Mountain News pour lequel aurait travaillé le père de XIII, Jonathan Fly, avant d’être exécuté par le KKK. Le vieil homme est maintenant aveugle, mais il est certain d’avoir reconnu le fils de son ami assassiné en la personne de celui qui est venu lui demander des renseignements sur lui.

Ainsi XIII, alias Steve Rowland, Jake Shelton, Ross Taner, John Fleming, etc., se nommerait Jason Fly, et la boucle serait en partie bouclée ? Wait and see.

D. S. Rigby
D. S. Rigby

Leur rencontre n’est pas passée inaperçue dans la petite ville des Rocheuses et on comprend rapidement qu’au moins deux hommes, dont Dwight Rigby, le magna local, ont tout intérêt à ce que Hattaway passe pour un vieux chnoque qui déraille, et que Flemming aille fouiner ailleurs. Zeke va être hospitalisé arbitrairement et Flemming, étroitement surveillé par le patron de l’hôtel dans lequel  il est descendu.6TM0tYlqsQRKkOTmeAuY9JAyFDSSXRnU-page5-1200Pendant ce temps, deux des tueurs de la Mangouste viennent d’arriver à Greenfalls, bien déterminés à régler définitivement son compte à XIII. Ce sera du gâteau a affirmé le premier. Ils vont, on s’en doute, s’y casser les dents.

XIII a passé la nuit ailleurs et la bombe placée dans sa chambre explose au nez du patron de l’hôtel, venu chercher des indices. Résultat des courses,  XIII-Fleming est accusé de meurtre.

Jones
Jones

Le Major Jones, agressée chez elle peu de temps auparavant par les deux tueurs, qu’elle a mis en fuite, n’est heureusement jamais très loin, et les murs d’une prison ne sont pas infranchissables.

xiii-tome-7-la-nuit-du-3-ao-tDans l’album 7, Jones et XIII (que nous appellerons Jason jusqu’à nouvel ordre) ont les hommes de la Mangouste et la police locale aux trousses. Ils se sont réfugiés chez Judith, l’une des conquêtes de Fleming.

Judith
Judith

JMJnnIz9mDYhCO8pNitw6ZD4ZPRZBzBK-page6-1200Il se rend chez Zeke, qui a été hospitalisé sous un prétexte fallacieux, et y découvre de vieilles coupures de presse et un cahier, destiné à Jason lorsqu’il serait en âge de comprendre ce qui est arrivé à son père.

Le cahier relate la vie de Jonathan Fly et de son fils Jason depuis le jour de leur arrivée à Greenfalls vingt ans plus tôt. Jason apprend que son père était en réalité le grand Mac Lane, connu pour ses articles en faveur des Mountroses (transposition de l’affaire Rosenberg), accusés à tort de complicité avec les soviétiques pendant la Guerre froide. Cette prise de position, jugée trop à gauche, lui avait valu d’être emprisonné, ce qui explique son changement d’identité et son départ de New York pour Greenfalls, où il allait mourir dans l’incendie de sa maison, après avoir été lynché par les représentants du KKK local, avec à leur tête ceux-là mêmes qui redoutent que Fly-Flemming ne découvre la vérité.

Zeke, devenu le meilleur ami de Jonathan, puis une sorte de père de substitution de Jason, a assisté impuissant à la scène, il consigné les événements dans un cahier destiné à Jason.xiii-tome-8-treize-contre-un

À la fin du vol. 7 et au début du suivant, Rigby n’a rien perdu de son immense potentiel de nuisance et la Mangouste a été emprisonné. Une fois encore, les murs des prisons ne sont pas infranchissables…

la Mangouste
la Mangouste

Quant à Jason, il a reçu tous pouvoirs de la part du président Walter Sheridan pour identifier le numéro I. Mais ceci est une autre histoire.

A.C.

Intégrale vol 2, env. 200 p., 34,90 €

To-day

 

« XIII » – Intégrale 2/5, vol. 5

Couverture-2de Jean Van Hamme (scénario) & William Vance (dessin) – Ed. Dargaud –

Dans l’Intégrale 1, un homme au look de baroudeur se retrouve, sans nom, sans passé, sans souvenir, dans un lieu inconnu. Il a reçu une balle de révolver dans la tempe. Seul début d’indice pour lui permettre de découvrir qui il est, le chiffre XIII tatoué sous la clavicule gauche. XIII découvre rapidement qu’une bande de tueurs, emmenée par l’insaisissable Mangouste, est à ses trousses et que de hautes personnalités civiles et militaires semblent plutôt enclines à le protéger. Pourtant, celui qui a assassiné le président William Sheridan peu de temps auparavant lui ressemble trait pour trait et ils ont les mêmes empreintes digitales. XIII ne serait autre que Steve Rowland, un militaire pourtant jugé d’exception, mort deux ans auparavant dans un accident d’hélicoptère pour les uns, toujours vivant pour les autres.

On apprend plus tard que le tatouage en question est un signe distinctif de l’organisation qui a commandité l’assassinat (selon le même scénario que pour JFK) ; reste à identifier ceux qui portent les autres numéros, et surtout le numéro 1.
Les dernières planches nous en disent plus sur Steve Rowland, alias Jake Shelton, Ross Taner (et bientôt Jason Fly), sans que XIII ait pour autant la moindre idée des raisons qui l’auraient poussé à éliminer le président Sheridan.Page 8

Face aux assauts répétés des « forces du mal », XIII, toujours amnésique, est envoyé, sous le nom de Ross Taner, dans le camp d’entraînement des SPADS (Special Assault Destroying Sections), que dirige le redoutable Mac Call, mais l’hélico à bord duquel il a pris place a un accident. La très séduisante major Jones et le sergent Betty Barnowsky sont également du voyage. Toutes deux en pincent bien entendu pour le beau ténébreux aux muscles d’acier.Page 14

Ils sont acheminés vers leur destination par un certain Emiliano… qui ne se trouvait pas là par hasard.

Page 5L’Intégrale n° 2 débute avec les obsèques du père du président assassiné, Henry Sheridan, patriarche self-made man riche et puissant, qui n’est pas sans évoquer le père de JFK. Un homme tire sur le sénateur Walter Sheridan, prétendant face au vice-président Galbrain à la succession de son frère à la Maison Blanche. Pas de quartier, l’homme (un photographe) est abattu d’une balle en pleine tête par un tireur d’élite. Sheridan, lui, n’est que blessé. À qui profite le crime ?

Un groupe de comploteurs, emmené par Mac Call et le conseiller Calvin L. Wax, connu pour ses sympathies néo-fascistes, s’apprête à assassiner Galbrain et à instaurer un gouvernement digne de la « Grande Amérique ». Le général Carrington, soutien sans faille de XIII, est arrêté pour haute trahison par ceux-là mêmes qui veulent le pouvoir.Page 20XIII, Jones et Betty sont parvenus à regagner les EU. Aidés par Walter Sheridan, ils déjouent le complot et l’identité du N° II apparaît au grand jour. Reste à identifier le Numéro I et à découvrir qui se cache derrière celui qu’on appelle la Mangouste…

Une page noircie de trahisons en tous genres vient d’être tournée, Galbran a renoncé à se présenter aux sélections et c’est sans réelle surprise que Walter Sheridan va succéder à son frère. Pour XIII, le chasseur chassé qui enquête sur lui-même, c’est toujours le brouillard à couper au couteau. Qui est-il ? Pourquoi continue-t-on à le traquer ? Des noms ont été rayés de la liste mais d’autres restent en suspens ou sont sur le point d’apparaître – Van Hamme nous livre les informations au compte-goutte.

XIII ne sait pas encore que les épreuves qu’il vient de traverser ne sont rien à côté de celles qui l’attendent dans les épisodes suivants. Le Dossier Jason Fly (vol. 6) lui en dira peut-être un peu plus sur lui. xiii-tome-6-le-dossier-jason-fly

Welcome to Greenfalls, où XIII est censé avoir passé son enfance.

A.C.

Intégrale vol 2, env. 200 p., 34,90 €

To-day

« XIII » – Intégrale 1/5, vol. 1 à 4

Page 3Partis pour un grand plongeon dans la mer le l’Intranquillté, à la (re)découverte de la série culte créée dans les années 80 par Jean Van Hamme (scénario) et William Vance (illustrations) et regroupée en 5 intégrales aux Ed. Dargaud en 2014 ?

Dans le volume 1, intitulé Le Jour du soleil noir, celui que l’on désigne sous le nom de XIII a été retrouvé inanimé sur une plage. Une blessure par balle à la tempe gauche l’a rendu amnésique ; seules traces de son passé, ce chiffre romain tatoué sur la clavicule et une clef cousue dans le col de sa chemise. Ceux qui l’ont sauvé vont rapidement être éliminés par une bande de tueurs professionnels lancée à ses trousses, sans qu’il en comprenne la raison.Page 12À l’instar du roman de Robert Ludlum, La Mémoire dans la peau et de la non moins culte série télévisée des années 80, Le Prisonnier, XIII a semble-t-il appartenu à un service on ne peut plus secret. Des forces antagonistes ont maintenant toutes les raisons de souhaiter le récupérer ou l’éliminer.

L’assassinat peu de temps auparavant du président William Sheridan n’est pas sans rapport avec ce qui prend, dès les premières minutes du récit, des allures de traque à mort. D’autant qu’un film amateur tourné au moment du drame montre un homme qui lui ressemble étrangement, l’arme du crime à la main. Des investigations plus poussées font apparaître que les empreintes digitales de XIII et celles du tueur sont identiques.

Cet homme – un militaire d’exception formé au combat dans les troupes d’élite de l’armée américaine –  se nomme Steve Rowland. Pour les uns, il a été tué dans l’explosion de son hélicoptère, pour les autres, il est en toujours en vie…

Page 22Ne comprenant toujours pas les raisons de ce déchaînement de violence autour de lui, mais manifestement de taille à envoyer tous ses adversaires au tapis, XIII va finir par identifier la maison qui correspond à la clé trouvée sur lui, et qu’il occupait auparavant sous le nom de Jack Shelton. De nouveaux indices l’y attendent, mais pas seulement. Un lieutenant de police ripou va tenter de récupérer une somme faramineuse qui a été planquée dans un coffre à la National Trust Bank (l’argent du « contrat » ?), puis des tueurs à la solde de celui qu’on appelle « La Mangouste » vont à nouveau tout faire pour l’éliminer. Pour finir, XIII va exfiltré par des agents du « Service fédéral de recherche » dont dépend  un certain colonel Amos. Ce dernier espère qu’il l’aidera à remonter jusqu’au chef de l’organisation qui a mis au point l’opération dite « Soleil noir » : l’assassinat du président…

Mais à qui se fier ?p.16Après  une incursion dans le nid de vipères qu’est la famille Rowland, une accusation de double meurtre, plusieurs agressions dans les règles de l’art et quelques séances d’électrochoc destinées à lui faire recouvrer la mémoire (entre autres réjouissances), XIII, alias Steve Rowland, Jake Shelton ou Ross Tanner va poursuivre sa quête d’identité et tenter de démêler le vrai du faux. D’autant que l’élection d’un nouveau président se profile et que les prétendants au titre sont loin d’être des enfants de chœur… À suivre.

Anne Calmat

200 p., 34,90 €

To-day

 

 

 

Alcibiade (suivi de) Le Pantin noir

ÉTÉ 2016 : COUP DE PROJO SUR 2 ALBUMS JEUNESSE

alcibiade_carreAlcibiade de Rémi Farnos (texte et illustrations) – Ed. La Joie de lire (sept. 2015)

Un paysage de moyenne montagne, une route qui serpente au milieu des champs, au loin, un village. Alcibiade, haut comme trois pommes, marche d’un pas décidé, son baluchon fixé au piolet qu’il tient en équilibre sur ses frêles épaules. Il salue au passage Sigismond et lui apprend qu’il part vers l’Est « à la recherche de Celui qui lui révèlera son destin ». Un voyage qui va s’étaler sur plusieurs années. Sa rencontre avec Assatour, le condor, sera déterminante dans la réalisation de son rêve, somme toute assez universel.
Mais là encore, il lui faudra attendre plus longtemps que prévu.

Il y aura aussi Akim, le forgeron. Akim a mis au point une armure qui grandit avec son propriétaire. L’enfant est donc fin prêt pour le parcours du combattant.
Alcibiade et Assatour, devenus inséparables, vont devoir s’attaquer à la longue et incontournable chaîne des Lapages, appelée également « La Mâchoire du requin ».  Arrivés à son dernier sommet, le redoutable Minotaure – une montagne à lui seul -, tapi au fond d’un labyrinthe, les attend…Al

Au fil du temps, les exploits du jeune Alcibiade sont devenus légendaires ; cependant, c’en est une tout autre version qu’il découvrira lors de son retour parmi les hommes…
Alcibiade n’est certes ni Thésée ni David, et les noms des grands philosophes lui sont encore inconnus, peu importe, la valeur de vérité d’un mythe n’est-elle pas secondaire lorsque celui-ci permet à une société de réviser nombre de ses idées reçues ?
Cette fable philosophique, ponctuée de dialogues savoureux, a toutes les chances de remporter les suffrages d’un large lectorat.

Anne Calmat

40 p., 10 € alcibiade_INT-9

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Le Pantin noir de S. Corinna Bille (texte) et Hannes Binder (dessins) – Ed. La Joie de lire (2014)

Luce a fait une fugue. Le matin-même, sa maman lui a crié : Tu es méchante. Je voudrais te piler en petits morceaux. L’enfant va par les sentiers valaisans, fait des rencontres, puis finalement, se ravise et regagne la demeure familiale. Cette mère adorée de tous aura à peine le temps d’enseigner à sa fille la beauté de la vie en toutes circonstances, avant d’être emportée par la maladie.

pantin_noir_INT-1Deux ans plus tard, sa rencontre d’un soir  avec « le Pantin noir », un montreur de marionnettes, va bouleverser la vie de Luce. Le lendemain, le jeune homme a quitté le village. Mais alors, qui est celui qu’elle aperçoit de sa fenêtre quelques jours plus tard, et qui semble la regarder avec insistance ? Mais est-ce vraiment Luce qu’il regarde ?

pantin_noir_INT-5L’auteure de cet album singulier, envoutant à bien des égards, a su aborder les thèmes de la mort et de l’éveil à l’amour avec une subtile simplicité. Son style soutenu met en valeur cette fable aux différents niveaux de lecture, emplie d’émotions troubles et fortes, qui devrait, là encore, plaire à un large lectorat.

Les superbes illustrations noir et blanc en pleines pages de Hannes Binder évoquent fortement le monde fantastique et multidimensionnel du graveur Hollandais M.C. Escher.pantin_noir_INT-2

A.C. in Témoignage Chrétien, 2014
72 p., 16 €

To-day

Notre Univers en expansion (audio)

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Chronique 4’08

Scénario et dessin Alex Robinson – Ed. Futuropolis, 256 p., 28 €mep_notre_univers-8_tel

Trois copains new-yorkais, Billy, Scotty et Brownie : deux vivent en couple tandis que le troisième est un geek célibataire. L’un des couples décide d’avoir un enfant, l’autre attend son second. Aux angoisses de Billy devant l’inconnu d’être parent, répondent les bons conseils de Scottie et les sarcasmes de Brownie.

Mais tout cela n’est-il pas que faux-semblants ? 

mep_notre_univers-9_telChronique Yves Martin – Librairie Les Buveurs d’Encre, Paris 19e www.buveurs-d’encre.com

Également diffusée le 5 juillet dans l’émission Act’heure sur FPP 106.3 FM 

Ed. Rackham
Ed. Rackham

 

 

 

Du même auteur

Les Ogres-Dieux T. 1 & 2 (audio)

c170e0119968cd1b65d841fb8e146c7aChronique  8’47 »

Petit (T.1) et Demi-Sang (T.2) de Hubert (scénario) & Bertrand Gatignol (dessin) – Ed. Soleil

Ogres-Dieux-T2-Demi-Sang-229x300Petit est le fils du Roi-Ogre. À peine plus grand qu’un simple humain, il porte sur lui le signe de la dégénérescence familiale qui rend chaque génération plus petite que la précédente à force de consanguinité. Son père veut sa mort, mais sa mère voit en lui la possible régénération de la famille puisqu’il pourrait s’accoupler à une humaine tel que le fit jadis le Fondateur de la lignée. Elle le confie alors à la tante Desdée, la plus ancienne d’entre eux, qui déshonorée en raison de son amour pour les humains, vit recluse dans une partie de l’immense château.ori_aex_12834_11-575536f650c0e-150x150

 

fe99bd92b974a1a46a593615a60915Contrairement au souhait de sa mère, elle va tenter d’élever Petit à l’inverse des moeurs familiales…max-pecas-ogres-dieux-958420

Tiraillé entre les pulsions violentes dont il a hérité et l’éducation humaniste qu’il a reçu de Desdée, Petit trouvera-t-il sa place ? Et survivra-t-il à l’appétit vorace de sa famille ?

Chronique Juliette Poullot – Librairie « Les Buveurs d’Encre », Paris 19e, également diffusée le 5 juillet dans l’émission ‘Act’heure » sur FPP 106.3 FM

26 et 23 €

Les auteurs seront aux Buveurs d’Encre le 8 juillet à 18h30 (01 42 00 40 63)

www.buveurs-dencre.comaccueil

 

Kobané calling

 

couv provisoire Kobanéde Zerocalcare (texte et dessin) – Ed. Cambourakis – En librairie le 7 septembre (chronique bilingue).

Depuis quelques années, l’info à jet continu dont nous abreuvent nombre de médias TV, soumis à la dérisoire guerre du scoop, n’aide pas toujours à cerner une situation donnée. Le conflit syrien en est une parfaite illustration.

Parti fin 2014 avec un groupe de huit humanitaires à la rencontre de l’armée des femmes kurdes en lutte contre l’avancée du groupe État islamique sur la ville de Kobané, l’auteur a rendu compte à son retour de ce qu’il y avait vu et entendu. Son reportage graphique d’une quarantaine de pages, publié dans un premier temps dans l’hebdomadaire italien Internazionale, a par la suite été enrichi, au point de composer cet album qui en compte maintenant 288.

Le jeune dessinateur romain y décrit la vie dans cette partie du Kurdistan syrien, qu’on appelle le Rojova (constitué de trois cantons, dont Kobané). Il met l’accent sur les enjeux majeurs d’un conflit, dont les médias ont eu manifestement tendance à ne rendre compte que de façon parcellaire.Kobané p3Bien que dix-huit mois se soient écoulés depuis ses trois séjours au Rojava, son témoignage, aux antipodes de tout sensationnalisme, n’en demeure pas moins précieux. Il permet de mesurer le chemin parcouru, ou non, en faveur de la paix, dans cette zone dévastée où s’entassent, dans des camps de fortune, des dizaines de milliers de réfugiés Kurdes. L’image de la Maison, celle qui a été détruite et celle qui hante leurs rêves et leurs cauchemars est du reste omniprésente dans le récit.

Passées les premières planches dévolues aux réactions de la mamma lorsque Zerocalcare lui annonce son départ, on le retrouve avec ses compagnons dans le village de Mehser, à quelques encablures de Kobané. Les habitants doivent en effet faire face aux assauts incessants du groupe Etat islamique.
Ce qui est en jeu, c’est précisément l’autonomie du Rojava, cette utopie proche-orientale, régulée par un contrat social fondé, en particulier, sur la cohabitation ethnique et religieuse et sur l’émancipation des femmes. Impensable pour beaucoup, et pas seulement pour le GEI !

La première partie de l’album s’achève avec le retour à Rome de ZC, et sur une déclaration en flash-back de « l’Homme au Chai* » (le pilier central du village) : C’est notre bataille décisive. Pas seulement des Kurdes, de l’humanité. Tous les hommes et les femmes qui ont à coeur la liberté et l’humanité devraient être aujourd’hui à Kobané (le conflit a tourné à l’avantage des Kurdes en janvier 2015). Ce à quoi ZC répond, en s’adressant directement au lecteur : Et tout ce qui a modelé le tien, ce que l’on t’a appris, ce qu’on t’a transmis, ce qui t’a fait pleurer, ce qui t’a fait rire, le sang qui n’a fait qu’un tour et celui qu’on vous a fait cracher, tout ça est aujourd’hui à Kobané.Kobané p9Deux voyages vont suivre. ZC et ses compagnons sont conscients des risques encourus – une résistante kurde ne les a-t-elle pas prévenus que celui qui vient combattre ici, ne peut en ressortir que mort ou vainqueur ? Mais pour eux, tout est en effet une affaire de coeur.
Ce qui se passe ensuite dans la BD appartient à ceux qui la découvriront en septembre prochain.
L’auteur excelle dans le second le second degré, le ton est facétieux et désinvolte. Le dessin, faussement caricatural, est expressif et vigoureux.

taDu grand Zerocalcare, qu’on a découvert en France en 2014 avec La Prophétie du Tatou – Ed. Paquet.

Anne Calmat
288 p., 24 €

• Thé épicé

Kobane calling – Ed. Bao Publishing e Feltrinelli edizioni (uscita, aprile 2016)

Da qualche anno, le informazioni a flusso continuo che alimentano molti notiziari TV, sottomessi a una derisoria guerra allo « scoop », non ci aiutano a capire une situazione data. Il conflitto siriano ne è il perfetto esempio.

Partito alla fine del 2014 con otto operatori umanitari per incontrare un gruppo di donne che resistevano all’offensiva dello Stato islamico contro Kobane, il fumettista romano ha riferito al suo ritorno da quello che aveva visto e sentito. Il suo rapporto grafico di 40 pagine, che è stato pubblicato inizialmente nel’Internazionale. Arricchito da una lunga seconda parte inedita, è diventato un album di 288 pagine.
Il giovane designatore descrive la vita in questa parte del Medio Oriente chiamata Rojava, e mette in evidenza gli aspetti maggiori del conflitto.
Anche se sono ormai trascorsi  diciotto mesi da quando  ZC e’ tornato dalla zona di Rojeva, la sua testimonianza è preziosa. Permette di misurare la distanza percorsa – o no – a favore della pace in questa zona, adesso stipata di campi di fortuna per i profughi curdi. L’immagine della casa, quella che é stata distrutta, quella che assilla i sogni e gli incubi di molti, è assai presente nella narrazione.
Dopo le prime pagine, dedicate alle reazioni della mamma quando Zerocalcare le annuncia la sua partenza, lo ritroviamo con i suoi compagni nel villaggio di Mehser, vicino a Kobane. La città deve affrontare l’assalto incessante del ISIS.
Si tratta per gli abitanti di resecare l’autonomia del Rojova, questa utopia medio orientale, regolata da un contratto sociale basato, in particolare, sulla coesistenza etnica e religiosa e sull’emancipazione della donne*. Impensabile per molti, e non soltanto per ISIS

p. 58

La prima parte del album si conclude con il ritorno a Roma di ZC e una dichiarazione del “l’Uomo del Chai**” (il perno centrale di Mesher) : Questa è la  nostra battaglia decisiva e non solo di Kurdi, ma per tutta l’ umanità. Tutti  gli uomini e le donne, che hanno a cuore libertà e umanità, oggi dovrebbero essere a Kobane.

Zerocalcare, rivolgendosi direttamente al suo lettore, aggiunge : E tutto quello che ha toccato, gli insegnamenti, le cose trasmesse, quelle che ti hanno fatto piangere, quelle che ti hanno fatto ridere, il sangue che ti ribolliva dentro e quello che ti hanno fatto sputare fuori : ogni cosa, ogni sentimento è presente a Kobane.
Seguiranno, poi, altri due viaggi. ZC e i suoi compagni sono consapevoli dei rischi – una combattente curda le ha avvertiti : Chi viene a combattere qui può uscire in due modi : o da morto o da vincitore.
Ma per loro è effettivamente un affare di cuore e di umanità.
Adesso, tss ! Quello che succede nelle parte seguente dell’album appartiene ai suoi futuri lettori. I livelli narrativi sono vari, il tono è leggero ed impertinente. Il disegno, falsamente caricaturale, è molto espressivo e vigoroso.
A. C.


* Nel gennaio 2015, il conflitto si è trasformato in favore dei Kurdi

**Una specie di té pepato.

 

Les Beaux Étés – La Calanque (T.2)

Couverturede Zidrou (scénario) et Jordi Lafebre (dessin) – Ed. Dargaud

Dans le tome 1, on est en juillet 1973, Mado et ses quatre enfants sont fin prêts pour les vacances, direction le Lubéron. Comme d’habitude, Pierre doit terminer une BD pour la revue à laquelle il collabore. Après trois jours d’attente, tout finit par rentrer dans l’ordre. En apparence seulement. Pour le lecteur, il semble évident que les relations entre les époux sont loin d’être au beau fixe. C’est peut-être la dernière fois que la famille passera l’été ensemble, même si les plus jeunes n’en ont pas encore conscience.P1D2831064G_px_640_
Pas d’événements extraordinaires dans ce premier volet, juste une histoire en demi-teinte particulièrement bien troussée, avec des personnages attachants et, cerise sur le gâteau, la présence essentielle de l’ami imaginaire de Louis, Tchuki l’écureuil. Et, côté auteurs, un art consommé de faire naître l’émotion avec des petits riens. Page 9

Page 11Le second tome, plus nostalgique, nous renvoie contre toute attente quatre ans en arrière. On est en juillet 1969, les Faldérault s’apprêtent à partir en vacances dans une bicoque, rikiki mais mimi, située dans la Calanque marseillaise. Même scénario que dans le tome précédent : Pierre est (déjà) à la bourre. La BD sur laquelle il planche n’est pas terminée, ce qui fait dire à Mado, sur un ton aussi indulgent qu’énamouré : J’aurais dû épouser un fonctionnaire ! 

Page 15Le voyage en 4L – 100 000 bornes au compteur, ça s’arrose ! – va être ludique et animé.  Page 20Un auto-stoppeur en partance pour Katmandou est venu pour un temps s’agréger à la « bande des cinq »… qui, sous le regard impavide du hippie, chante à tue-tête « Je vais et je viens entre tes reins… et je me retiens… », avant d’assister médusée, quelques planches plus loin, aux premiers pas de l’Homme sur la lune.

En 1969, tous les espoirs sont permis, « La Maladie d’Amour« , au Hit-Parade des meilleures ventes de disques dans le tome 1, ne court pas encore.

Et Mado attend son quatrième enfant…Page 19Les dialogues percutants de Zidrou (le père de Ducobu) et le trait doux et rond de Jordi Lafebre servent à merveille cette histoire aussi poétique qu’attachante, avec, en ce qui me concerne, un battement de coeur supplémentaire pour le personnage de Pépé Buelo (le père de Pierre),  opposant irréductible au vieux Caudillo, qui n’a toujours pas cassé sa pipe.

Anne Calmat

56 p., 13,99 €

T.1 : voir  « Zoom des libraires », sept. 2015

 

 

Au cœur de Fukushima (T.2)

Couverturede Kasuto Tatsuta (scénario et dessin) – Ed. Kana

Nous retrouvons Fukushima, Tatsuta, les collègues, le travail en salle de repos, la pension. Mais tout va changer et la pression va encore monter d’un cran !

Lassés de la promiscuité de la pension, Tastuta et trois de ses collègues vont intriguer pour obtenir un nouveau logement, une denrée plus que rare dans la région.

La maison trouvée, l’auteur se lance à la recherche d’un nouvel emploi. La complexité du réseau de sous-traitants, qui empêche les travailleurs de passer d’un employeur à l’autre, le contraint à démissionner pour se faire embaucher là vers quoi tendaient tous ses souhaits : un chantier exposé, au cœur de la centrale 1 F. Le salaire est plus élevé, il peut en dessiner un témoignage de première main et le taux d’adrénaline convient peut-être mieux à son tempérament.

Nous pouvons ainsi suivre l’ensemble des séquences de réparation des canalisations du système de refroidissement de l’eau et de la piscine de stockage du combustible. Aux mesures de sécurité drastiques – entraînement préalable à tous les travaux, afin qu’ils se déroulent rapidement et soient parfaitement conformes – s’ajoutent les maux et malaises dus aux équipements et le stress de la notation des doses de radiations journalières qui, en cas d’un taux trop élevé sur une moyenne annuelle, entraîne l’arrêt immédiat du travail.
imagesNouveauté : l’auteur s’y révèle chanteur d’Enka* pour ses collègues, mais surtout pour des personnes âgées de la région, logées dans des habitats provisoires. Un flash-back lui permet d’évoquer l’écriture de son premier manga et sa publication top-secret, les interviews de journalistes pleins de préjugés, puis finalement sa crainte de ne pas être réemployé lorsque son activité de mangaka est découverte.

Nous partageons les anecdotes, les soirées entre collègues, et bien sûr, le clin d’œil sur l’usage de toilettes. Des planches intercalées présentent un lieu particulier, le quartier commerçant d’Hamakaze, la gare de Tatsuta, le bar Queen
Au hasard de ses déplacements, parfois non-autorisés, l’auteur nous donne à voir les espaces dévastés où s’entassent encore des monceaux de débris, et d’autres lieux, que la végétation luxuriante fait paraître enchanteurs.

Comme pour le précédent tome, la nécessité des longues séances d’équipement, le déclenchement des bips de radioactivité, les coups de chaleur, les ruines impressionnantes, l’alternance de planches presque noires et d’autres d’un blanc-gris sans nuance, entretiennent une teneur émotionnelle intense et fascinante.

Le message qui ressort de l’ensemble entend contrer les idées fausses, les rumeurs et préjugés : oui, les travaux progressent à Fukushima, non, les ouvriers ne sont ni des victimes ni des héros, ils font du bon travail, qui pour eux a du sens.

La région retrouve peu à peu son aspect avenant, l’autoroute a été reconstruite à 1 km de la centrale. Une virée sur la nationale 6 lui fait d’ailleurs se proposer pour y porter la flamme olympique entre Minamisöma et Narha, zone interdite lors de son premier travail en 2012.ichiefu_t.800
Déjà un merveilleux champ de cosmos rouge pâle est apparu sur un terrain laissé en jachère, comme pour consoler le cœur des hommes, écrit Tatsuta. Certains habitants s’apprêtent à rentrer, des commerces provisoires ouvrent et des terrains sont à vendre. Mieux, la production de riz dans la préfecture de Fukushima ne révèle aucune substance radioactive supérieure à la normale. Enfin, signe indiscutable d’amélioration, des jeunes femmes reviennent travailler dans le bâtiment anti-sismique.
Partagerons-nous la vision optimiste de l’auteur ?
N’empêche, ce voyage au cœur de l’enfer nous dévoile des scènes singulièrement chaleureuses et une foi en l’homme qu’on se prend à envier.

Nicole Cortesi-Grou

192 p., 12,70 €

* Chansons populaires japonaises

Bd de la BD, 2 mars 2016
see Bd de la BD, 2 mars 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Nuit de la Saint-Jean

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Coup d’oeil dans le rétro…

La Nuit de la Saint-Jean de Reetta Niemensivu (scénario et dessin) – Ed. Cambourakis –

Il y a des images ou des sensations qui renvoient instantanément à des épisodes à jamais inscrits dans notre mémoire. Un air de musique ou le parfum entêtant d’une fleur et c’est tout un pan de notre vie qui ressurgit.

Dans cette BD autobiographique écrite sous la forme d’un long flash-back, un gros orage est venu troubler la quiétude d’une soirée familiale. La grand-mère de l’auteure se souvient de celui, plus terrible encore, qui changea le cours de son existence, alors qu’elle sortait à peine de l’enfance.

Autrefois, raconte-t-elle, le solstice d’été était – et demeure – une source de fantasmes pour beaucoup de filles et de garçons. Fantasmes réalisables, croyaient-ils, par la pratique de rites d’envoûtement, issus de traditions païennes.image_suhde_tammikuu
Sur les premières planches de l’album, deux groupes d’adolescents s’observent en catimini. Ils font leur choix, élaborent des stratégies d’attaque, elles font mine de regarder dans une autre direction.

Le souvenir de rites ancestraux, censés attirer les faveurs de l’élu(e), vient alors en renfort : cueillir une fleur de fougère la nuit de la Saint-Jean apportera richesse, amour et bonheur éternel à celui ou celle qui l’a dénichée. Enfouir son corsage dans une fourmilière pendant trois nuits consécutives donnera un pouvoir de séduction à nul autre pareil. Se rouler nue dans un champ de seigle conduira immanquablement à l’être aimé. Certaines jeunes filles y croient, d’autres non. Les garçons optent en général pour des « travaux d’approche » plus expéditifs.

La Saint-Jean coïncide ici avec la Confirmation des adolescentes, (l’équivalent chez les luthériens de la Communion solennelle des catholiques).  Presque tous les villageois sont réunis dans la paroisse pour assister à la cérémonie, qui selon la tradition s’achèvera par un immense feu de joie sous le soleil de minuit. L’arrivée d’un nouveau pasteur, dont ce sera le premier prêche, ajoute encore à l’exaltation générale.

Mais il va en être tout autrement.

L’auteur finnoise livre un album étrange et décalé, qui ne manque pas charme. Le trait, tout en rondeurs, et les dessins à dominantes brun clair, sépia et blanc servent particulièrement bien cette histoire, dont l’issue déroutera probablement plus d’un lecteur, quant au sens à lui donner.
A. C.
94 p., 18 euros

 

ÉtunwAn Celui Qui Regarde

celuiquiregarde-couve-hdRoman graphique de Thierry Murat (récit et dessin) – Ed. Futuropolis.

On a déjà beaucoup écrit, beaucoup filmé sur le sort qui fut celui des premières nations d’Amérique, ceux qu’on a appelés tour à tour les Indiens, les Amérindiens, les Américains natifs, les peuples autochtones, les Premières Nations, chez les Canadiens…
Du western caricatural et historiquement mensonger à la prise de conscience du génocide des premiers Américains, films et livres ont retracé le long cheminement de la conscience occidentale. Il faut évoquer aussi les  auteurs amérindiens, de Tony Hillerman avec ses polars navajos à Louise Erdrich et Scott Momaday, en passant par Joseph Boyden, écrivain majeur de notre siècle.

Nous avons entre les mains un objet singulier et intéressant, un roman graphique qui imagine le parcours de Joseph Wallace, personnage de fiction, photographe à Pittsburgh. Parti en 1867 avec ce qu’il croit être une expédition d’exploration, il va découvrir peu à peu les territoires de l’Ouest et consigner ses réflexions dans un petit carnet, que l’auteur nous montre dans sa langue originale.

La première rencontre emblématique du héros est celle d’un tueur de buffles qui travaille pour la Transcontinentale, la ligne de chemin de fer qui traverse les terres autochtones. Joseph apprend ainsi le massacre des animaux.
Il débarque du train à Saint-Louis, Missouri, et découvre ceux qui vont être ses compagnons lors de l’expédition Walker & Johnson, financée par le gouvernement fédéral. Elle comprend nombre de scientifiques, mais aussi des chercheurs d’or et quelques repris de justice. Le convoi de chariots traverse les étendues sauvages, comme dans les bons vieux westerns.mep_celui_qui_regarde-1_telTout en s’interrogeant sur les raisons qui l’ont poussé à quitter la quiétude de son studio de Pittsburgh, où il portraiturait sans enthousiasme les bourgeois du cru, Joseph consigne ses impressions dans son carnet. Il va apprendre que cette expédition a en fait pour but la découverte de nouvelles terres à coloniser.
Ne risque-t-il pas d’y perdre son innocence ?

Nous allons assister, au cours d’une scène très filmique, à une première rencontre avec les « Indiens ». Un membre de l’expédition tire à vue et sans sommation sur les cavaliers, et un ornithologue reçoit une flèche en retour. On apprend qu’ils expriment ainsi leur colère face au massacre des bisons, source de vie.

Le ton est donné.mep_celui_qui_regarde-4_telLe héros va faire des rencontres déterminantes, comme celle de ce jeune Indien, qui après avoir vu comment il capture la lumière, lui permet de vivre quelques jours dans son campement, et de découvrir le quotidien de sa tribu, ainsi que sa langue. À la fin de l’expédition dont l’aspect brutal et dominateur ne lui a pas échappé, Joseph rentre à Pittsburgh avec ses clichés précieux. Il ne rêve que de repartir – ce qu’il fera quelques années plus tard – pour prolonger seul cette découverte des terres indiennes et des peuples qui y vivent.

Joseph a bien conscience déjà, à la fin des années 1860, qu’il assiste à l’anéantissement d’une civilisation riche, pacifique, proche de la terre, mais incapable de se défendre contre le monstre.
Il passera quelques jours chez le trappeur Isaac, sorte d’alter ego, qui, lui, serait allé au bout de ses idées. Cet épisode rappellera aux cinéphiles le personnage de Jeremiah Johnson ou celui de Danse avec les loups.

Après une histoire d’amour avec une belle autochtone, dont le nom signifie  « papillon », on retrouvera notre photographe trois décennies plus tard, toujours tiraillé entre deux mondes et étreint par une nostalgie inextinguible.
On suivra sa correspondance avec Herman Greenstone, professeur et compagnon de la première expédition. On y lira son engouement pour les Fleurs du Mal – Baudelaire embarqué au Far-West.

C’est son ami qui lui apprendra le massacre à grande échelle des Indiens, chronique d’une mort annoncée…

Ce qui fait l’originalité de ce roman graphique, c’est d’abord le traitement de l’image. C’est à travers l’objectif de Joseph que nous découvrons lieux et gens. La gamme des sépias, des bleus dans les scènes de nuit, le traitement de la lumière sont ceux de la prise de vue photographique et de la nouvelle technique du collodion sur plaque. Cela nous permet un coup d’œil sur l’évolution de cet art ; le dessinateur nous donne à voir des clichés autant que des dessins, y compris les négatifs des photos de Joseph avant qu’il ne les développe. Par ailleurs l’auteur, très bien documenté, donne à lire aussi bien l’anglais de Wallace dans son carnet que les langues orales des Amérindiens, transcrites en phonétique. Et même si nous n’avons pas les clés pour déchiffrer ces paroles en Lakota, on y croit, effet de réel garanti.

Le récit n’est certes pas exempt d’un certain manichéisme, les Indiens n’y apparaissent que sous leur jour le plus flatteur, mais sans doute n’est-ce que justice…

Plus profondément, la BD nous mène à une interrogation sur le statut de la photo et du photographe, « celui qui regarde »… Comme s’il fallait choisir entre photographier et agir.
Joseph Wallace a rêvé de faire un livre de ses clichés, mais suffit-il de témoigner avec des photos de la beauté d’un monde englouti, de la violence qui est faite aux peuples et aux animaux pour agir sur le monde ? Brûlante question d’actualité.

Thierry Murat a fort bien réussi son coup, on est en empathie avec son personnage, on est à même de saisir ses interrogations et l’on garde sur la rétine ces clichés d’un monde disparu.

Danielle Trotzky

160 p., 23 €

Du même auteur (Boulevard de la BD, 15 nov. 2015)

http://boulevarddelabd.com/au-vent-mauvais/

To-day

Une vie – Winston Smith, la biographie retrouvée T.1 & 2/6

de Guillaume Martinez (dessin) et Christian Perrissin (scénario)  – Ed. Futuropolis – D’après le roman autobiographique de l’écrivain et reporter anglais Dover W. Smith (1903-1984)
9782754808897couve_une_vie-t2_telT.1 : 1903-1984, Land Priors
T.2 : 1917-1921, King’s scholar

En librairie le 15 juin

Juin 1984, un hôtelier de Saint-Véran dans les Hautes-Alpes appelle une jeune femme, Anna Laurens, pour l’informer qu’il doit remettre à sa mère une enveloppe qui lui a été confiée par un certain Dover Smith, au cas où… Or, Smith vient de mourir accidentellement.

Anna informe son interlocuteur du décès de sa mère quatre ans auparavant, puis elle se rend à Saint-Véran. Dans l’enveloppe destinée à la défunte, elle découvre une lettre, un passeport et la clé d’une malle, qui contient des reliques du passé, quelques photographies de sa mère et d’elle et un manuscrit intitulé « Confessions d’un imposteur ». C’est ainsi que débute le premier tome de cette histoire aux multiples rebondissements.

L’imposteur, c’est Winston Smith, élève au collège de Land Priors du fait que sa mère, Fraülein Kiki, y tient un emploi de cuisinière. Eperdument amoureux de Julia, l’épouse du directeur, Smith parvient, à la suite d’un incident grave qui met en jeu la naissance de l’enfant du couple, à tirer son épingle du jeu et à devenir le protégé de celui-là même qu’il espérait tromper. Il y gagne la possibilité de préparer son examen d’entrée au prestigieux collège d’Eton.

Alternant récit de la jeune femme et témoignage de l’auteur du manuscrit, le second tome retrace ses années à Eton.mep_une_vie-t2-6_telCe séjour inattendu à la montagne réserve bien des surprises à Anna. Outre la découverte des secrets de famille, les routes trop enneigées l’obligent à le prolonger. Cela n’arrange pas les histoires sentimentales qu’elle a laissées en suspens à Nice, mais l’hôtelier se montre si accueillant et la montagne, tellement apaisante…

Et la vie de Winston Smith, plus mystérieuse que prévu.

Ami d’Aldous Huxley, de Katharine Hepburn, d’Humphrey Bogart et de George Orwell – à qui il a inspiré le héros de 1984 – Dover W. Smith était également un grand voyageur, doublé d’un aventurier.

La vie à Eton est rude, les impétrants sont livrés à un directeur d’études et à un élève de dernière année qui ont tout pouvoir sur eux et en abusent fréquemment. Les nouveaux venus doivent rapidement intégrer les codes qui prévalent et subir la coutume des coups de cane. La cruauté de l’environnement est d’autant plus féroce que la différence d’origine sociale est patente. À cette rudesse de formation s’ajoute un isolement familial. Fraülein Kiki, chassée du collège pour avoir giflé un élève, a trouvé refuge chez un comte qu’elle avait servi dans sa jeunesse.

La mort dans ces années de guerre fait non seulement des ravages dans les rangs des élèves et des professeurs, mais enlève également Fraülein Kiki à Winston. Invité à séjourner quelques jours dans le château du comte, il tombe en arrêt devant le portrait du fils de ce dernier, qui lui ressemble comme un frère.

Souffrant d’une commotion à la suite de cette découverte, le jeune homme est soigné à Land Priors par Julia. Une brève idylle s’en suit, mais sa fille disparait…mep_une_vie-t2-7_telLe manuscrit devient passionnant et  la simplicité chaleureuse de l’hôtelier donne envie de prolonger le séjour. Mêler enquête et romance ne serait pas désagréable…
Mais laissons Anna Laurens à ses découvertes… jusqu’à la publication du troisième tome, en 2007, de cette saga captivante.

Nicole Cortesi-Grou

72 p., 15 € x 2

Visuels © Futuropolis

To-day

Le jardin de Minuit

484329a0442431ebd2ff5614606e6475d’après le roman de Philippa PearceTom et le jardin de minuit, adaptation Edith – Ed. Soleil –

Pépite de la BD, Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, Montreuil 2015 –

Le frère de Tom a attrapé la rougeole et le petit garçon est contraint d’aller passer ses vacances chez son oncle et sa tante. Ils habitent un appartement sans charme, situé dans un immeuble qui donne sur une cour tout ce qu’il y a de plus banale. Dans le hall d’entrée, Tom remarque une vieille horloge sur pied qui, lui précise son oncle, n’indique jamais l’heure exacte. Elle est là depuis toujours, interdiction formelle d’y toucher. On suppose qu’elle appartient à la vieille dame un peu revêche qui vit à l’étage supérieur. Interdiction également de sortir avant que l’on ne soit certain qu’il n’est plus contagieux.le_jardin_de_minuit_image2

Une nuit, Tom entend l’horloge sonner. Il compte un deux, trois, quatre… treize coups ! Il descend, ouvre une porte qui laisse filtrer un rai de lumière… et se retrouve dans un immense jardin.648x415_jardin-minuit-extrait

Jour après jour, Tom va consigner par écrit ce qu’il vit la nuit lorsqu’il rejoint cet espace d’éternité, hors de toute réalité et où le temps s’écoule à un rythme très inhabituel.58-JardinMinuit_case1

Il y rencontre des enfants qui semblent ne pas le voir, à l’exception de Hatty, une fillette de son âge.

On pense bien entendu au Monde de Narnia, mais aussi à l’univers de Hayao Miyasaki, et en particulier à Arriety, dont il a signé le scénario.

Le découpage en courts chapitres permet aux plus jeunes lecteurs d’entrer de plain-pied dans cette histoire à plusieurs niveaux de lecture et il y a fort à parier qu’ils seront conquis par cette fable entre réalité et fantastique, superbement illustrée par Edith. Quant aux adultes, ils percevront sans peine son ouverture sur ce qu’Einstein a appelé « la relativité restreinte ».
Les dernières planches – la clé de l’énigme – sont particulièrement émouvantes.
À (re) découvrir !
A. C.
96 p., 17 €

To-day

L’Inversion de la courbe des sentiments

mep_inversion_de_la_courbe_l_-3_tel de Jean-Philippe Peyraud (scénario et dessin) – Ed. Futuropolis – Visuels © futuropolis

On se croirait presque dans un vaudeville, avec portes qui claquent, quiproquos, évanouissements, filatures et fausses pistes.

Le synopsis ? Un homme, Robinson, tente de quitter, chaussures à la main, l’appartement de la jeune femme qu’il a « pêcho » sur un site de rencontres – à moins que ce ne soit l’inverse.  Mais cette dernière se réveille…mep_inversion_de_la_courbe_l_-6_telOn le retrouve quelques planches plus loin en bas de chez lui, un sac de croissants à la main, au moment où sa copine lui apprend qu’elle le quitte. Puis c’est au tour de son propre père de débouler dans le vidéo-club qu’il tient avec son copain Mano : sa femme vient de le foutre à la porte.

mep_inversion_de_la_courbe_l_-7_telAjoutez à cela deux jeunes adultes à la recherche de leur géniteur (Robinson ?) et un braqueur amoureux particulièrement attentionné, et vous aurez une petite idée de ce qu’il se passe dans cette histoire romantico-cruelle, dans laquelle une douzaine de personnages vont se croiser, s’enlacer, se quitter, s’affronter.

L’action est menée tambour-battant, le scénario est précis comme une montre suisse, tout s’emboîte à merveille. Pour rester dans le parallèle du début avec un vaudeville, on n’est jamais très loin du tragi-comique de vérité des géniaux Labiche et Feydeau.

Anne Calmat

To-day

Mauvais genre

mde Chloé Cruchaudet (scénario, dessin, couleur) – Ed. Delcourt (En librairie le 26 mai) –

Gros coup de coeur pour cet album, qui vient tout juste d’être réédité. Très beau graphisme, mise en couleur impeccable, scénario hors du commun.

Nous sommes en 1915. Paul est parti sur le front, juste après son mariage avec Louise. Blessé, il choisit de s’enfuir de l’hôpital et de déserter, plutôt que devoir retourner sur le champ de bataille. Evidemment, il lui faut se cacher.

Les mois passent, Paul s’ennuie ferme et a un peu tendance à forcer sur la bouteille.

mauvais-genre_2Une nuit, ne supportant plus d’être enfermé, il endosse la robe de sa femme et sort dans la rue, travesti. Etrange sentiment de liberté, impression de revivre. Paul va très vite prendre goût à ces escapades, perfectionner son déguisement et se travestir complètement.mauvais-genre_1

Pendant une dizaine d’années (jusqu’à l’amnistie des déserteurs), Louise et Paul vont vivre au grand jour sous l’identité de Louise et Suzanne, deux « copines » qui travaillent et habitent ensemble. Cette situation quelque peu particulière va forcément perturber l’identité du couple, la personnalité de Paul/Suzanne, et sa sexualité.mauvais-genre_3 Le retour « à la normale », une fois l’amnistie prononcée, aura des conséquences tragiques.

Inspiré d’une histoire réelle, relatée par Fabrice Virgili et Danièle Voldman sous le titre La garçonne et l’assassin (Payot 2011), Mauvais Genre est une oeuvre très forte qui devrait enthousiasmer bon nombre d’amateurs de romans graphiques.

Yves Martin

  • En 2014 : Prix du public Cultura du Festival d’Angoulême, Grand Prix de la Critique ACBD, Prix du magazine Lire de la Meilleure bande dessinée, Prix Landernau BD.

160 p., 18.95 €

To-day