Théâtre : Agatha

de Marguerite Duras
Mise en scène Hans Peter Cloos
Avec Alexandra Larangot et Florian Carove – Café de la Danse* 

du 7 septembre au 7 octobre 2017

Scène I (extrait)

Lui – Vous disiez je crois que si lointaine qu’elle soit Il nous faudrait provoquer cette obligation de nous quitter, qu’un jour il nous faudrait choisir une date, un lieu, et s’y arrêter, et ensuite faire de telle sorte qu’on ne puisse plus empêcher le voyage, qu’on se mette hors d’atteinte de soi.

Un homme et une femme, « Elle » et « Lui », sont sur le point de se quitter, pour toujours. Nous apprenons peu à peu qu’ils sont frère et soeur. Elle part pour mettre un terme à cet amour interdit et secret. Ensemble, ils vont revivre l’amour de l’enfance, la scène originelle du passé, lorsque, adolescents, ils ont découvert leurs sentiments respectifs.

La passion incestueuse, que l’on retrouve dans les œuvres de Duras (Un Barrage contre le Pacifique, L’Amant…) est selon ses propres mots « Un amour dans lequel tout se mélange : l’enfance, l’amour de la mère partagé par les deux, et la négation de l’avenir. C’est à dire la négation de la maturité. » 

(Duras à Jean-Luc Godard) « Je pense que c’est Agatha (le personnage) qui l’a découvert, lui ne l’aurait pas fait, il n’était pas été capable de le découvrir. C’est là la force incommensurable de cette petite fille. » 

C’est aussi un rêve de gémellité et d’harmonie des contraires.

Marguerite Duras, c’est un ton particulier, unique, avec ses redites et ses circonvolutions. Comme chez Nathalie Sarraute, il y a ce qui est dit et ce que cachent les silences ou les phrases qui semblent anodines : les sous-conversations. 

« Si je n’avais pas vécu l’histoire avec mon frère, je n’aurais pas écrit Agatha. »

Bien que pour l’écrivaine la consommation de l’interdit n’ait jamais eu lieu, elle stigmatise ceux qui critiquent l’inceste et leur interdit de juger. 

Hans Peter Cloos, Alexandra Larangot et Florian Carove

Le metteur en scène explique lui aussi les raisons qui l’ont poussé à mettre en scène Agatha

« L’inceste ne passe pas le seuil des maisons. Il se passe dans une famille, complètement enfermé dans le ghetto de la famille. (…) Comme beaucoup de gens – et je le sais, parce que j’ai eu des frères. Plus grands – j’ai eu des frères qui avaient le désir de moi, de leur sœur, comme j’ai eu le désir d’eux. Et ce désir a été vécu. Il n’a pas été poussé jusqu’au bout, mais il a été vécu, très violemment. » (…)

« Pour moi, une évidence, faire la mise en scène d’une pièce écrite il y a presque quarante ans, avec de tous jeunes comédiens, signifie faire le grand écart. » Paris, décembre 2016.

  • 3, Passage Louis-Philippe Paris 11e – 08 99 23 33 76