Théâtre : Du côté de chez Colette

Depuis le 24 février

les 31 mars, 28 avril et 26 mai à 15h au Studio Hébertot*, dans le cadre des après-midi de sea art

Adaptation, conception et interprétation : Jenny Bellay

Musiques d’Erik Satie interprétées au piano par Léonce Langlois Favier.

Quelques notes des Gymnopédies glissent sous les doigts d’un très jeune pianiste.

Une vieille dame ridée, bouclée, vêtue d’un large pyjama à grosses fleurs se tient devant une table ancienne, un livre à la main.

Elle commence à lire, lève la tête puis récite : C’est un soir de Noël, Colette enfant, dans sa chambre glaciale, fait semblant de dormir, tandis que sa mère dépose devant la cheminée des paquets et deux bouquets de roses de Noël. Puis, Sido, cette mécréante, se ravise ; elle ne peut se rendre complice d’une duperie. Fleurs et présents seront disposés, le lendemain matin, près du bol de petit-déjeuner.

Les yeux de Jenny Bellay, profonds, vifs se promènent dans la salle, tels de petits projecteurs prenant à témoin les spectateurs. La voix de la comédienne se plie à toutes les inflexions que commandent les textes : grave, forte, murmurante, chantante, fragile, grinçante… On a raison de dire que ni la voix ni les yeux ne connaissent le temps. 

Dans un décor sobre, minimal, la magie déclamatoire opère, qui permet aux personnages de prendre corps, et soulignée par quelques gestes, nous fait suivre les dialogues cocasses entre Sido et sa fille, Colette et le capitaine, Colette et son frère Léo. Que le pianiste trinque avec la récitante suite à un éloge des vins nous fait regretter de n’être pas de la fête.

Le choix des textes associe ceux, connus, comme la lettre de Sido à Henri de Jouvenel, déclinant une visite pour cause de floraison d’un cactus rose (extrait audio ci-dessous), à d’autres qui le sont moins. Tel ce dialogue intérieur lors de la naissance de Bel Gazou, qui questionne anxieusement le miracle qu’est l’amour maternel.

La générosité du partage de la passion de Jenny Bellay pour son métier et pour Colette, la beauté des extraits de textes, la mélancolie des notes qui les soutiennent, font de cette heure un moment rare et enchanté.

Et nous ne pouvons que remercier Jenny Bellay qui nous donne, à la voir et à l’entendre, l’envie de relire Colette et de vieillir.

Nicole Cortesi-Grou

  • 78 bis bd des Batignoles Paris 17e – 01 42 93 13 04 – 20/15/10 €

Jenny Bellay invitée de Bernard Pivot lors de la création du spectacle au Petit Montparnasse en 1980 (archives INA).