Quelqu’un à qui parler – Grégory Panaccione – Ed. Le Lombard

Sortie le 27/08/2021 – Copyright Grégory Paraccione / Ed. Le Lombard – 256 p., 22,50 €

d’après le roman de Cyril Massarotto

Samuel, grand, bel homme, quoiqu’un peu hirsute, se vit comme un minable. Il fête ses trente-cinq ans face à des assiettes vides, souffle les 35 bougies de son gâteau en criant un vigoureux Joyeux anniversaire !!!! Mais le coeur n’y est pas. Il attrape alors son téléphone, appelle son ex d’il y a huit ans, qui l’envoie vertement balader, et réalise qu’il n’a personne d’autre à qui parler, ses voisins et amis – son seul réconfort – étant absents. Soudain, un numéro à huit chiffres lui revient en mémoire : celui de son enfance.

S’il le composait ? À son grand étonnement, quelqu’un décroche. La conversation s’engage avec son interlocuteur… qui n’est autre que lui à l’âge de 10 ans.

Mais que dire à celui qu’il fut vingt-cinq ans plus tôt ? Quels conseils lui donner ? Comment le jeune Samuel Verdi, qui rêve d’être footballeur et écrivain, pourrait-il faire confiance à l’adulte désenchanté qu’il a au bout du fil ? Quelles leçons de vie « Samuel l’ancien » pourrait-il donner à celui qui, précisément, a la vie devant lui ?

C’est plutôt l’inverse qui va se produire. Si bien que, chaque soir, grâce au dialogue qui s’est instauré entre eux, Samuel va peu à peu devenir l’acteur de sa propre vie…

Peut-on changer le cours de son existence ? Oui, à condition de le vouloir, et de modifier le regard de l’on porte sur soi.

Une version particulièrement attachante des bienfaits du développement personnel, qui parlera sans aucun doute à plus d’un-e d’entre nous.

Anne Calmat

Depuis tout petit Grégory Panaccione a toujours voulu dessiner. Le jour où son père lui a rapporté son premier Pif Gadget, il a su que, plus grand, il deviendrait auteur de BD.

A 14 ans, il entre à l’Ecole Estienne où il apprend les bases du dessin, du graphisme et de la gravure sur cuivre classique. Il poursuit ses études aux Beaux-Arts de Paris où il approfondit l’étude de la morphologie humaine par la pratique du dessin de nu. Son diplôme en poche, il entame une courte (et frustrante) expérience dans le monde de la publicité.
Il débarque ensuite dans l’univers du dessin animé chez Story, où il fera du storyboard pendant plusieurs années.

En parallèle, il entame une carrière d’auteur de BD chez Delcourt. Son premier album, Toby mon ami, est un récit muet (2012) déjà ambitieux. Il enchaîne avec Âme perdue (2013), Match (2014) et enfin Un Océan d’amour (avec Wilfrid Lupano, 2015) qui lui apportera la consécration et une kyrielle de récompenses (dont le Prix Fnac et une sélection à Angoulême). Depuis lors, on peut noter ses séries comme Chronosquad (avec Giorgio Albertini, 2016) et Minivip & Supervip (avec Bruno Bozzetto, 2018) ou ses one-shot en solo comme Un été sans maman (2019) ou Toajêne (2020). Il participe également à Donjon, la fresque Fantasy scénarisée par Lewis Trondheim et Johan Sfar en illustrant deux albums de la collection Antipodes (Delcourt 2020).

Aujourd’hui il vit à Milan où il continue à expérimenter différentes techniques de dessins (que ce soit en BD ou en animés). Il utilise l’écriture automatique, sans crayonné préparatoires, pour garder le maximum d’expressivité et de naïveté dans son récit.

La poule qui voulait…

d’Hanna Johansen (histoire) et Käthi Bhend (illustrations) – Ed. La Joie de Lire (nov. 2017) – Traduit de l’allemand par Lilo Neis et Anna Salem-Marin.

72 p., 13.90 € (À partir de 5 ans) 72 p., 13.90 €

« Il était une fois trois mille trois-cent-trente-trois poules qui vivaient dans un grand hangar à poules. Dans l’air flottait une odeur puante de fiantes et de graines fortifiantes, et sur le sol, c’était la bousculade, car chaque poule avait juste assez le place pour ses propres pattes, rien de plus. »

Entre pondre des œufs en or – ce qui reste malgré tout hautement improbable – et permettre à trois mille trois-cent trente-trois compagnes de galère de cesser de se piquer du bec entre elles, furieuses de se faire marcher en permanence sur les pattes et de ne pouvoir s’acquitter s’acquitter en toute quiétude de leur mission nourricière, il n’y a pas à hésiter.

© La Joie de Lire.

L’héroïne de cette fable, que n’auraient probablement pas désavouée Jean de La Fontaine, Ésope ou Charles Perrault, n’est peut-être pas encore en âge de déposer son premier oeuf sur l’infâme paillasse qui lui sert de nid, mais elle n’a pas pour autant les deux pattes dans le même sabot. Son picotage assidu dans un angle de leur habitat commun va être pour elle l’occasion de bouleverser sa vie et celle de ses congénères, et de leur permettre de découvrir qu’au-delà de la grisaille de leur quotidien, il y a la verdeur des prés et des pâturages, la blondeur des champs de blé, la quiétude d’une mare aux canards, la saveur d’un tas de fumier mûri à l’air libre. Quant aux œufs en or, ils ont naturellement ici la force d’une métaphore…

Une fable ciselée par les beaux dessins de Käthi Bhend, qui enchantera petits et grands.

Anne Calmat

Ailefroide – Scénario Olivier Bocquet et Jean-Marc Rochette, illustrations Jean-Marc Rochette – Ed. Casterman

Coup d’œil dans le rétro, juillet 2018

POSTFACE BERNARD AMY / Ed. Casterman – 290 p., 28 €

Il n’y a pas deux vies d’alpiniste semblables, parce qu’il n’y a pas deux listes de sommets, de réussites et d’échecs semblables. En revanche, toutes les histoires d’alpiniste ont un point commun : leur commencement. Les débuts en alpinisme de Jean-Marc et Sempé, tels que racontés par Jean-Marc, pourraient sembler anecdotiques. Il n’en est rien. Ils sont remarquablement exemplaires. Ce que vivent aujourd’hui les jeunes gens qui découvrent l’univers de la haute montagne diffère peu de ce que nous montre le récit de Jean-Marc. Et il suffit de lire les nombreuses biographies publiées par les alpinistes depuis que l’ascension des montagnes est devenue un fait social, pour réaliser que tous ont vécu de la même façon leur « entrée en alpinisme ». Bernard Amy

Le peintre-sculpteur Jean-Marc Rochette, co-auteur de la série post-apocalyptique desTransperceneige (Intégrale parue chez Casterman en 2013), signe ici un roman autobiographie d’une incroyable richesse, tant sur le plan graphique qu’émotionnel.

Enfant, à Grenoble, sa double passion pour les arts et les hauteurs lui a été transmise par sa mère, qui l’entraînait dans les musées, mais aussi dans de multiples randonnées pédestres en direction des sommets environnants du Massif des Écrins.

© JM Rochette

On le découvre tout d’abord en arrêt devant une toile de Chaïm Soutine intitulée Le bœuf écorché, émerveillé par la force de l’œuvre. Quelques planches plus loin, le jeune Rochette a accompagné sa mère dans l’une de ces randonnées en moyenne montagne qu’elle affectionne tant. « C’est ce jour-là que je suis tombé amoureux de la montagne. C’était d’une beauté absolue et je n’avais qu’une idée en tête : monter, monter tout en haut. »

© JMR

À l’école, il s’ennuie ferme. Son inclinaison pour le dessin, balayée d’un revers de main par son professeur, est pour lui une source de réconfort. Son second échappatoire va être la varappe le long des parois rocheuses que l’on trouve à l’extérieur de la ville, en compagnie de l’un de ses futurs compagnons de cordée, Philippe Sempé.

Rapidement, leur objectif sera l’escalade de la face nord d’Ailefroide. Mais auparavant, il leur faut faire leurs classes.

Dès lors, chaque expérience va être plus exigeante que la précédente… 

© JMR

Le jeune Rochette a maintenant pris de l’assurance, il tente même l’ascension d’un glacier en solo, pour les beaux yeux de deux filles. Alors qu’il s’attend à être félicité par les alpinistes qu’il a dépassés au pas de charge, il se fait remonter les bretelles pour avoir pris des risques inconsidérés. Il retiendra la leçon et se souviendra de ceux que la montagne a dévorés, sans jamais rendre leurs corps.

Nous partageons avec lui les nuits à la belle étoile, les bivouacs, les avalanches, les chutes de pierres qui exposent au pire (et dont Rochette fera les frais), les crevasses qui happent les corps, les escalades à corde tendueles rappels à l’épaule… 

Que la montagne est belle et vibrante sous les pinceaux de Jean-Marc Rochette !

© JM Rochette

Le récit s’articule autour des différentes ascensions effectuées. Il permet aussi de mettre en lumière les grands noms de l’alpinisme : Edward Whymper, Gaston Rébuffat, Lionel Terray… Et plus près de nous, Bruno Chardin ou Jean-Claude Zartarian. Mais aussi, d’appréhender une époque révolue et une façon, plus romanesque et peut-être moins pragmatique, d’aborder chaque expédition.

Bien qu’ayant dû renoncer à être guide de haute montagne, suite à un grave accident survenu lors d’une course en solo, Jean-Marie Rochette considère qu’être alpiniste, c’est pour la vie. Au retour d’une escalade difficile dans le Massif des Écrins en 2016, il a déclaré à Bernard Amy : Tu te rends compte, je n’avais pas grimpé depuis quarante ans ! Et ce qui est formidable, c’est que tout m’est revenu, comme si ça datait d’hier.

Anne Calmat