Archives de catégorie : Albums + littérature Jeunesse

Le Grand livre des records de l’art – Éva Bensard – Charlotte Molas – DADA

Album grand format 37×26 cm – Copyright E. Bensard, C. Molas / Dada – À partir du 14 octobre 2021 – 52 p. 19€

Détail planche

Depuis la nuit des temps, les humains ont exprimé leur vécu au travers de témoignages graphiques ou de compositions tridimensionnelles.

L’album n’est pas un simple catalogue, chaque représentation fait l’objet d’un questionnement. On note par exemple la présence de la statuette d’une femme aux formes généreuses, sculptée dans l’ivoire d’une défense de mammouth. Elle a été baptisée La Vénus de Hohle Fels (le nom de la grotte où elle fut découverte). S’agit-il d’un culte rendu à une déesse ? D’un hommage personnel à la femme aimée ?

Les toutes premières représentations (- 73 000 ans) ont été découvertes en Afrique du Sud et en Asie (- 40 000 ans).

Quelques millénaires plus tard – un soupir dans l’histoire de l’humanité – nos aïeux homo-sapiens, faisant preuve d’un indéniable sens artistique, se racontent sur les parois de leur refuge. Celles des grottes de Chauvet ou de Lascaux.

Puis nous faisons un bond en avant, à la rencontre des plus remarquables, extravagantes, monumentales, scandaleuses (etc.) réalisations nées de l’imagination et du savoir-faire de l’homme. Une vingtaine de chapitres leur sont consacrées. On y trouve, statues géantes, colosses sculptés dans la montagne, tours et palais gigantesques, peintures démesurées, et bien sûr, chefs-d’œuvre picturaux patrimoniaux et extra-patrimoniaux…

Chaque sujet traité (une vingtaine en tout) apporte son lot d’informations ou de citations sous la forme de petits encarts (où ? quand ? pourquoi ? comment ? etc.)

Saviez-vous, par exemple, que…

Palais idéal

« La fée Électricité » de Raoul Dufy mesure 62, 4 m de longueur. – Le « Salvador Mundi » attribué à Léonard de Vinci est l’œuvre la plus chère de tous les temps. Elle a été achetée 450 millions de dollars par le royaume du Quatar. Toutefois, selon certains experts, il ne s’agirait pas d’un Vinci mais de l’œuvre de l’un de ses élèves.. – Joseph Ferdinand Cheval, facteur de son état, a passé 33 ans de sa vie à édifier, pierre après pierre trouvées sur sa route, un monument achevé en 1912 qu’il a nommé le « Palais idéal ». (v. ci-contre) – Qui a dit « Celui qui n’a pas gravi La Grande Muraille de Chine* n’est pas un homme brave » ?

Un album de nature à composer votre Quizz-Art personnel pour les soirées au coin du feu.

Anne Calmat

Sortie de 14 octobre

Diplômée de l’École du Louvre et de l’Université Panthéon-Sorbonne, Éva Bensard est journaliste, spécialisée dans l’art. Elle collabore depuis plusieurs années avec la revue DADA. Elle est aussi l’auteure d’une dizaines de livres pour la jeunesse, dont deux qui ont reçu le prix Historia.

Avec ses images décalées et enjouées, Charlotte Molas a d’abord séduit la presse (Le Parisien) et les marques (Le Slip français). Depuis quelques années, elle illustre aussi les albums, comme Vaches (Gallimard) ou Sales temps pour les licornes (L’Agrume).

Roland Léléfan « L’artiste » – Louise Mézel – La Joie de Lire

Depuis le 16 septembre 2021 – Copyright L. Mézel / Joie de Lire – 92 p., 12 € – À partir de 5 ans
« Roland est un charmant petit éléphant, curieux et rêveur. Il n’est pas contorsionniste mais il sait enrouler sa trompe et se coucher dessus, il sait aussi entortiller sa queue ou plier ses oreilles et même faire des nœuds avec pour ne pas entendre le tonnerre. Il en a si peur ! Il aime faire plein de choses comme arroser les plantes, lire des livres, prendre des bains moussants, faire des bulles et manger des céréales. Mais ce qu’il aime par dessus tout c’est raconter des histoires ! »

Roland nous entraîne cette fois à Rome, et plus précisément, dans la prestigieuse Villa Médicis… où il a obtenu une résidence d’artiste !

Il est vrai qu’à l’origine, le propriétaire de l’immense parc sur lequel elle a été fondée en 1666 par le Roi Soleil, se nommait Lucius Lucinius Lelefantus… C’est du moins ce que prétend l’auteure de ce délicieux album aux dessins délicats et aux couleurs vaporeuses.

Feignons de la croire et suivons Roland Léléfan dans les allées du temple de la création, où de nombreux touristes sont venus admirer les œuvres exposées.

Savent-ils tous que derrière les murs qui les entourent, bien à l’abri des regards, d’autres créatrices et créateurs venu-e-s du monde entier, élaborent les chefs-d’œuvres de demain, que d’autres touristes viendront à leur tour admirer ?

En quittant la Villa Médicis, il y a fort à parier, qu’au contact de tant de beauté, il leur semblera qu’eux aussi sont un peu devenus des artistes… Et nous avec.

Anne Calmat

Louise Mézel est une jeune illustratrice diplômée de l’ESA Saint-Luc de Bruxelles. Elle a étudié auparavant l’histoire de l’art et la littérature à Paris et Rome. Elle travaille pour de nombreux magazines et a également réalisé de nombreuses couvertures de livres. Louise Mézel a illustré plusieurs projets jeunesse dont  Demain, sélectionné et exposé au Concours européen d’illustration du Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis (2013) ainsi qu’à la biennale d’illustration Ilustrarte de Lisbonne (2016) ; et un livre Ici très loin d’Ailleurs de Isabelle Mimouni aux Imaginemos (2013).

Pleins feux sur Georgia O’Keeffe (Expo & BD)

C O M M U N I Q U É
Centre Pompidou – Paris / 01 44 78 12 33

8 sept. – 6 déc. 2021
11h – 21h, tous les lundis, mercredis, vendredis, samedis, dimanches
11h – 23h, tous les jeudis
Copyright

Le Centre Pompidou présente une grande rétrospective de l’œuvre de Georgia O’Keeffe (1887-1986), la plus reconnue et la plus célébrée des peintres américaines. Elle retrace le parcours artistique d’une artiste dont la longévité lui valut d’être, successivement, la protagoniste de la première peinture moderniste américaine, de la recherche identitaire qui marque les années 1930, et de la peinture abstraite «hard edge» des années 1950.

Copyright (extrait du catalogue)
Alfres Stieglitz

Indissociable de son compagnon de vie, Alfred Stieglitz, photographe américain, galeriste, éditeur et promoteur de l’art moderne, O’Keeffe, s’est libérée de toutes les contraintes et les constructions liées au genre féminin au début du 20e siècle. Dans les années 1920, lorsqu’elle se fait remarquer pour la première fois dans le monde de l’art, O’Keeffe rejette largement l’étiquette de «femme artiste» qui lui a été attribuée par la critique.

Farouchement indépendante, elle suit son projet de vie et d’artiste avec une discipline de fer. Elle rejette les restrictions de genre dans tous les éléments imaginables, jusque dans la garde-robe austère qu’elle se dessine elle-même. Elle façonne ainsi une persona artistique au féminin, devenue aujourd’hui un modèle.

Copyright (extrait du catalogue)

Originaire des Grandes Plaines du Wisconsin, elle a très tôt la conviction qu’elle est appelée à devenir peintre. Elle rencontre Alfred Stieglitz en franchissant les portes de la galerie 291, fondée à New York, où il présente les artistes majeurs du modernisme. C’est lui qui exposera ses premières œuvres abstraites, teintées d’érotisme, et d’une spiritualité influencée par les écrits de Kandinsky. Cette exposition marque le début de la carrière de O’Keeffe, et la naissance de l’une des romances les plus médiatiques de l’histoire de l’art moderne.

Copyright (extrait du catalogue)

Bientôt reconnue par les plus prestigieuses institutions américaines vouées à l’art moderne, O’Keeffe expose ses œuvres au MOMA en 1928. Après un temps à New York, O’Keeffe multiplie les séjours au Nouveau Mexique, où elle découvre une lumière et des motifs à même de combler son goût des formes claires et synthétiques. Elle s’y installe définitivement en 1949, peignant des paysages qu’elle anthropomorphise à dessein, et traquant les formes qui témoignent des métamorphoses du vivant et des cycles de la Nature.

C O M M U N I Q U É
À partir du 2 septembre 2021 – Copyright Luca de Santis, Sara Colaone /Ed. Steinkis – 192p., 24 €

1949. Depuis la mort d’Alfred Stieglitz, trois ans auparavant, Georgia O’Keeffe s’est réfugiée dans son Ghost Ranch au Nouveau-Mexique, avec ses amies Maria Chabot, Anita Pollitzer et sa secrétaire Doris Bry, pour faire l’inventaire du patrimoine de photos et de dessins de Stieglitz.

À travers ce travail complexe, l’artiste retrace son propre parcours, dans la vie et dans l’art : de l’Arts Students League (New York, 1907) jusqu’à la consécration comme plus grande artiste femme américaine et à sa carrière des dernières années.

Sara Colaone et Luca de Santis

Les auteurs
Le scénariste Luca de Santis a signé en 2010 En Italie, il n’y a que des vrais hommes, puis Leda Rafanelli, la gitane anarchiste avec Sara Colaone (Steinkis, 2018) et Ariston Hotel (Ici-Même, 2019). Luca est également journaliste à Milan.

Sara Colaone est une dessinatrice italienne. Après une maîtrise en conservation des biens culturels et une thèse sur l’Histoire du cinéma, elle se consacre à la bande dessinée , Sara donne des cours de dessin à l’Académie des beaux-arts de Bologne. Chez Steinkis, elle a signé Leda Raffanelli, Les Evadées du harem et aujourd’hui Georgia O’Keeffe. Elle vit à Bologne.

Théodore en a trop marre… – Marion MacGuinness – Guilia Priori – Deb Azra – Ed. Steinkis (Coll. SPALSH !)

Nom : POULET

Prénom : Théodore

Âge : 7 ans

Signes particuliers : Partisan du moindre effort, râleur de compétition, allergique aux contraintes du quotidien, rapidement saoulé de tout ce que les adultes peuvent lui demander de faire, avide de liberté, d’indépendance et d’autonomie. Mais aussi, malin, vif et capable de changer d’avis et de comprendre ce qui est le mieux pour lui…

Théodore va découvrir au fil des albums que ce n’est pas pour l’embêter qu’on attend certaines choses de lui, mais pour son bien. Les deux premiers paraîtront le 26 août 2021. (40p., 8€50)

©
© 2021 Steinkis groupe

Marion McGuinness est autrice et traductrice littéraire. Si elle a déjà signé deux romans (Égarer la tristesse et Une bonne et une mauvaise nouvelle chez Eyrolles) et de nombreux guides pratiques, Théodore Poulet est sa première collaboration pour des albums illustrés jeunesse. Mère de deux garçons de 6 et 11 ans, elle s’inspire de son quotidien pour scénariser cette nouvelle collection mettant en scène un petit garçon qui en a vraiment trop marre…
Vous pouvez retrouver Marion sur Instagram : @marion_mcguinness_

Deb Azra vit à Paris c’est la nouvelle illustratrice de Théodore Poulet, son dessin inspiré du monde de l’animation va mettre en image les aventures de votre nouveau héros ! C’est la première série de livres pour enfants pour cette jeune illustratrice qui exerce dans l’animation. 
Vous pouvez retrouver Deborah sur Instagram : @azrette

Giulia Priori vit en Italie avec ses deux chats et son compagnon. Elle travaille comme coloriste depuis près de dix ans pour la France, l’Italie et les États-Unis. Elle signe avec Théodore Poulet sa première collection en tant que dessinatrice. Giulia en a trop marre des oignons qui la font pleurer quand elle cuisine, de ses jolies chaussettes à motifs chatons qui disparaissent comme par magie dans la machine à laver. Vraiment : où vont ces fichues chaussettes ?
Vous pouvez retrouver Giulia sur Instagram : @giulia_priori_art

La poule qui voulait…

d’Hanna Johansen (histoire) et Käthi Bhend (illustrations) – Ed. La Joie de Lire (nov. 2017) – Traduit de l’allemand par Lilo Neis et Anna Salem-Marin.

72 p., 13.90 € (À partir de 5 ans) 72 p., 13.90 €

« Il était une fois trois mille trois-cent-trente-trois poules qui vivaient dans un grand hangar à poules. Dans l’air flottait une odeur puante de fiantes et de graines fortifiantes, et sur le sol, c’était la bousculade, car chaque poule avait juste assez le place pour ses propres pattes, rien de plus. »

Entre pondre des œufs en or – ce qui reste malgré tout hautement improbable – et permettre à trois mille trois-cent trente-trois compagnes de galère de cesser de se piquer du bec entre elles, furieuses de se faire marcher en permanence sur les pattes et de ne pouvoir s’acquitter en toute quiétude de leur mission nourricière, il n’y a pas à hésiter.

© La Joie de Lire.

L’héroïne de cette fable, que n’auraient probablement pas désavouée Jean de La Fontaine, Ésope ou Charles Perrault, n’est peut-être pas encore en âge de déposer son premier oeuf sur l’infâme paillasse qui lui sert de nid, mais elle n’a pas pour autant les deux pattes dans le même sabot. Son picotage assidu dans un angle de leur habitat commun va être pour elle l’occasion de bouleverser sa vie et celle de ses congénères, et de leur permettre de découvrir qu’au-delà de la grisaille de leur quotidien, il y a la verdeur des prés et des pâturages, la blondeur des champs de blé, la quiétude d’une mare aux canards, la saveur d’un tas de fumier mûri à l’air libre. Quant aux œufs en or, ils ont naturellement ici la force d’une métaphore…

Une fable ciselée par les beaux dessins de Käthi Bhend, qui enchantera petits et grands.

Anne Calmat

En route vers l’Ailleurs – Peppe Millanta – Ed. La Joie de lire, coll. Encrage

À partir du 21 mai 2021 – 288 p., 15, 90 €

Après un prélude, sur lequel nous reviendrons, la fable débute par un concours de « lancer de nain ». Vous avez bien lu : un lancer de nain, comme on pratique le lancer de javelot ou de poids en athlétisme. À ceci près que si le nain en question hurle de douleur, le lanceur est éliminé (cette discipline a perduré jusqu’en 1995, avant qu’elle ne soit interdite pour « atteinte à la dignité humaine »).

Où sommes-nous ? Dans un petit hameau de 80 habitants, cerné par la mer et une immense forêt. La grande majorité d’entre-eux tient pour acquis que le monde se résume à leur village. Vinpeel, employé à la « Taperne Pirog », tenue par le sieur Pirog, n’est pas de cet avis. Il rêve de rejoindre cet Ailleurs, au-delà des mers, que son ami Doan et lui ont aperçu un soir, alors qu’ils contemplaient les étoiles.

La tonalité du roman est l’enjouement. L’inauguration de ladite « taperne » et l’envoi par catapulte de Dorothy-la truie vers cet Ailleurs restent deux parmi les scènes les plus burlesques du récit. On pense fortement à Mack Sennet ou à Charlie Chaplin. Cette loufoquerie ne masque cependant l’impression de solitude dans laquelle vivent certains personnages. En particulier, Vinpeel, qui a trouvé une solution bien à lui pour s’en défaire.

En attendant le jour J, Doan et lui répertorient soigneusement les merveilleux nuages aux mille formes qui s’étirent au dessus de leurs têtes, et ils font d’improbables expériences, comme tenter par exemple de vider la mer de toute son eau…

D’autres personnages gravitent autour des deux rêveurs éveillés : Net Bundy, le père de Vinpeel qui, plutôt que de communiquer avec son fils, préfère confier chaque jour à la marée descendante une bouteille contenant un message, en espérant qu’il parvienne à celui ou celle à qui il est destiné. S’agit-il de la jeune fille aux cheveux roux entrevue au tout début du récit ? Il y a aussi le vieux Krisheb qui, dans sa jeunesse, a voulu s’envoler. Plus tard, il a jeté sa jambe de bois – conséquence de sa tentative d’évasion – dans les flots et continue depuis d’espérer qu’ils la lui restituent. On n’oubliera pas non plus Mune, la jeune fille mutique (et magnétique) arrivée d’on ne sait d’où dans un rayon de lumière, et qui a littéralement subjugué Vinpeel ; pas plus qu’on sera surpris de croiser une certaine Lady Sawen, qui exige qu’on la sollicite à trois reprises avant qu’elle daigne répondre.

Un roman fou, fou, fou d’originalité et de poésie, à mettre entre toutes les mains à partir de 15 ans.

Anne Calmat

Peppe Millanta a mené plusieurs vies. Il a d’abord été avocat puis musicien de rue. Il est également diplômé de l’Académie nationale Silvio d’Amico, en dramaturgie et en mise en scène. Il a été récompensé de prix d’écriture et de théâtre. Son groupe de Musique du monde se produit lors de nombreux festivals dans toute l’Italie. En 2017, il a fondé à Pescara une école dédiée aux arts de l’écriture, la Scuola Maconda l’Officina delle storie .

Les mystères du temps – Sylvie Neeman – Rémi Farnos – Etienne Klein (préface et insertions scientifiques) – Ed. La Joie de Lire

Copyright S. Neeman, R. Farnos / Joie de Lire, coll. Les mystères de la connaissance – À partir du 21 mai. 168 p., 14, 50 €

L’histoire, régulièrement émaillée dans le corps du récit de mises au point scientifiques, est simple : une mère et ses deux enfants partent en excursion en montagne, à la recherche de vestiges d’un passé antédiluvien. Elle est géologue. Chemin faisant, elle fait profiter Polina et Léo de ses connaissances en matière d’évolution de la terre.

« Maman nous raconte un temps infini qui défile sous nos yeux, 500 millions d’années s’écoulent en quelques minutes, des animaux prodigieux volent au dessus de nos têtes, nagent sous nos pieds, puis les océans peu à peu se referment, les dinosaures disparaissent de la surface de la terre (…) Maman dit que la prochaine extinction de masse, qui a d’ailleurs déjà commencé, ne sera pas due à une météorite géante, pas à un tsunami, c’est uniquement l’être humain qui en sera la cause. »

Il est beaucoup question de temporalité et de datation dans le récit que fait Léo des conséquences de cette journée où tout a basculé. De perception du temps aussi, qui passe trop vite ou trop lentement. De mémoire, omniprésente ou envolée…

Pour l’heure, ils vont par les sentiers abruptes, insouciants, tout à leurs découvertes. Puis, en l’espace d’un instant, c’est l’accident : la mère emportée par un éboulis de pierres, l’hélicoptère, l’hôpital, le coma.

Polina n’a pas voulu voir, elle a instantanément oublié ce qu’il venait de se produire, elle est devenue amnésique. Léo a vu et se souvient ; la tâche lui incombe désormais de remettre un peu d’ordre dans tout ça. Léo est un enfant plein de ressources…

Tout cela est décrit sur un ton léger, plein d’humour et de fraîcheur, qui fait que l’on se glisse avec bonheur dans ce récit qui marrie avec beaucoup de pertinence sciences, philosophie et fiction, sans que l’on doute un seul instant que la Belle au bois dormant ne finisse par se réveiller.

Anne Calmat

Sylvie Neeman est née à Lausanne, en 1963. Après une licence en Lettres et la naissance de ses deux filles, elle s’est peu à peu spécialisée en littérature pour la jeunesse. Elle collabore à la revue Parole de l’Institut suisse Jeunesse et Médias, qu’elle a dirigée pendant 14 ans, et écrit des chroniques pour le journal Le Temps. À ce jour, elle a publié un roman pour les adultes, plusieurs nouvelles dans des ouvrages collectifs et quatre albums pour les enfants. Elle vit à Montreux.

Rémi Farnos est un auteur né le 18 décembre 1987 à Béziers. En 2008, il intègre l’école des Beaux-Arts d’Angoulême (EESI).
En 2013, il obtient son DNSEP (diplôme National Supérieur d’Expression Plastique), puis il part s’installer à Nantes. La même année, il intègre en tant qu’éditeur la maison d’édition Polystyrène. (Voir aussi Archives BdBD)

L’Attrape-Malheur (T. 2/3) – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de Lire

Roman illustré, à partir de 13 ans – 478 p., 22, 90 € (copyright F. Hadjadj (scénario), T. Tirabosco (illustrations) / La Joie de lire

Suite du roman de Fabrice Hadjajd, dont le style chatoyant a été salué par celles et ceux qui ont découvert le premier tome de sa trilogie. (v. Archives, sept. 2020). Si ce n’est pas le cas, ce bref résumé sera un heureux prélude à ce qui suit.

On se souvient qu’à la fin du T.1, Jakob Traum, né sous le signe de l’invulnérabilité, que l’on a surnommé « l’attrape-malheur » parce qu’il était capable de prendre sur lui les blessures et les maladies de ceux qu’il aime, a eu la tête tranchée, sur l’insistance de la foule toujours avide d’exploits spectaculaires et avec la bénédiction de sa (presque) fiancée, la jeune princesse Vérène, qui selon ses propres paroles « le déteste passionnément ». On se souvient aussi qu’au moment où il quittait le théâtre de son supplice, les machines volantes du vieil Altemore ont incendié le Dôme des Artistes…

Jakob s’en va dans la nuit, tenant devant lui sa tête fraîchement décapitée, à la manière d’un lampion. Une autre vie l’attend ; il se dit que puisque la mort ne veut définitivement pas de lui, il se tiendra désormais à l’écart des hommes – et des princesses.

Pour l’heure, il lui faut lutter contre les ennemis aux dents acérées qui ont déchiqueté ses vêtements, et se cacher de ce diable d’homme vêtu de noir, qui venait déjà hanter ses nuits lorsqu’il se produisait au cirque Barnoves après que son propre père l’eut rejeté. Qui est-il ? « Je ne sais pas si c’est un ami ou un ennemi. Vient-il d’un autre monde ? »

Malgré sa résolution de fuir toute autre compagnie que celle des bêtes et de Dame nature, Jakob a fini par rejoindre Ragar, le fils dissident d’Altemore, prince de Namubie.

Ragar est le chef de la Horde à laquelle nombre d’artistes du cirque détruit par les flammes se sont ralliés. Jakob se retrouve comme en famille, presque apaisé, aux antipodes de celui qui, il y a encore peu de temps, était capable de s’élancer du haut d’une tour pour se retrouver deux-cents mètres plus bas, sans une égratignure.

C’est à la faveur d’une inauguration, sur fond de complot fomenté par Ragar, que celui que l’on appelle maintenant « l’Enfant-Nature » va retrouver Clara, son amour d’enfance, aux temps bénis où il n’avait aucune raison de douter de l’affection des siens.

Jakob va apprendre à se battre au couteau et à chasser le sanglier, malgré sa répugnance à tuer des animaux. Il va aussi découvrir qu’un ami peut se changer en ennemi ou, au contraire, se révéler un ange gardien.

L’Enfant-Nature va également connaître la dualité : chérir Clara le jour et tenter de maudire Vérène la nuit, cependant que les chansons qu’elle a composées courent sur toutes les lèvres, avant de parvenir jusqu’à lui.

Ami rentre à la maison / Si je t’ai coupé la tête / Ce n’est pas une raison / Pour que tu fasses la tête.

Mais laissons maintenant aux lecteurs et lectrices la Joie de découvrir ce qui les attend… (sortie du T.2 le 22 avril 2021)

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais, qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) (Tallandier, 2017) et Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque, 2017). Sa passion pour le théâtre l’a mené à composer des pièces, tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également fait composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire, dans le canton de Fribourg.

Tom Tirabosco, illustrateur suisse, est né à Rome en 1966. Auteur de bandes dessinées, il est installé à Genève depuis 1971. Diplômé de l’École supérieure d’arts visuels de Genève, il est lauréat de plusieurs concours de bande dessinée tels que le Prix Toepffer de la Ville de Genève en 1997 et le Grand Prix de la Ville de Sierre 2003 (pour L’Œil de la Forêt. Éditions Casterman). Il a également signé cinq timbres pour La Poste suisse. Tom Tirabosco expose régulièrement en Suisse et à l’étranger, travaille pour la presse suisse et française et a signé de nombreuses affiches culturelles. Avec le célèbre caricaturiste Zep, Tom Tirabosco vient d’ouvrir une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève.

Sous terre – Mathieu Burniat – Ed. Dargaud

Copyright M. Burniat (scénario et dessin) / Dargaud. En librairie le 19 mars 2021 – 176 p., 19,99 €

« Hadès, dieu des enfers cherche une remplaçante, se présenter à la Porte 23 du Monde des morts… »

On pourrait résumer l’intrigue en trois ou quatre planches, mais ce serait négliger le véritable propos de l’auteur.


L’album illustre en effet un paradoxe : ceux qui ont quitté une terre moribonde dans le seul but de satisfaire leur appétit de toute-puissance vont découvrir LA VIE : celle qui grouille dans le monde d’en-bas.

Parmi les prétendants au trône, il y a Suzanne, 16 ans. En réalité, elle se fiche complètement du job, elle est là pour une tout autre raison. Il y a aussi Tom, celui qui va devenir son compagnon de route.

Détail planche

Le maître des lieux paraît, accompagné de son ami Cerbère, le chien tricéphale. Il dissimule un esprit revanchard sous l’apparence d’un aimable vieillard et rappelle aux trois-cents candidats à sa succession combien le monde invisible recèle de trésors, au point d’avoir fait de lui le plus riche des Dieux.

Mais pour lui succéder, ils vont devoir effectuer le parcours qu’il leur a lui-même concocté, au bout duquel se trouve la Corne d’Abondance, emblème de toutes les richesses. Le premier qui réussira à en goûter les fruits deviendra le nouveau maître des Enfers. Auparavant, Hadès tient à leur faire visiter son royaume.

Stupeur et déconvenue : « Je me casse, il est pourri cet endroit« . Mais Cerbère est là, il n’est plus temps de se défiler.

Les voici maintenant dans le monde souterrain. Les candidats, réduits à l’échelle de ce qui les entoure, vont croiser toutes sortes d’individus, apprendre, comprendre (l’auteur n’est pas avare en « cours » de sciences naturelles), découvrir les qualités nutritives de la matière organique…

Et réaliser rétrospectivement l’infinie nécessité qu’il y aurait eu à mieux veiller sur le devenir de leur planète. Trop tard pour eux, mais pas pour tout le monde. Reste à en tirer les enseignements…

No comment

Anne Calmat

Prix Sorcières 2021 : Migrants – Issa Watanabe – Ed. La Joie de Lire

Prix des Libraires Jeunesse 2021– Copyright I. Watanabe/Joie de lire 2020 – 40 p., 15,90 €

Ce pourrait être l’illustration d’une fable de La Fontaine, ou bien celles de textes sacrés qui racontent l’histoire sans cesse renouvelée des grandes migrations humaines.

Celles et ceux qui ici ont pris la route de l’exil cheminent au milieu d’arbres aux membres décharnés, le regard fixe, dans un silence palpable, tous différents, tous tendus vers un seul et unique but. Ils ont fui les violences, la misère, leurs terres arides brûlées jusqu’aux entrailles. Les plus vigoureux veillent sur les plus vulnérables, la mort, escortée par un magnifique oiseau que l’on dirait sorti d’un conte des Mille et une nuits, ferme la marche.

On est immédiatement happé par la force des images.

Les couleurs bigarrées de leurs tenues contrastent avec l’uniformité des paysages lugubres qu’ils traversent. Plus tard, ils feront une halte, sortiront leurs ustensiles de cuisine, ensuite ils s’étendront à même le sol pour quelques heures de repos, avant de repartir. Combien seront-ils à atteindre la « Terre promise » ? Et tiendra-t-elle ses promesses ?

Une histoire dotée d’une forte charge émotionnelle qui se passe de mots. À semer à tous les vents.

Anne Calmat

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Factomule – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de Lire

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Depuis le 21 janvier 2021 – Visuels copyright Ø. Torseter / La Joie de Lire – 136 p., 18 €

Où l’on retrouve notre ami Tête de Mule et son acolyte, l’homme à la trompe. Le premier est factotum, le second est Président. De quel pays ? Nous ne le saurons pas, mais il est certain qu’il ne s’agit pas d’un confetti sur la carte du monde, puisque ledit président détient LA valise, celle qui peut faire beaucoup de dégâts si un irresponsable s’en empare et appuie sur le bouton rouge.

Tête de Mule est donc factotum. Un titre qui peut sembler pompeux pour dire qu’il est l’homme à tout faire du président : réparateur de chaise de bureau, plombier… Mais attention ! il doit bientôt être promu au rang du porteur de valise, le président préférant se concentrer sur les affaires courantes (ici, les parties de golf sont remplacées par la tonte de la pelouse devant de palais présidentiel).

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« Monsieur le Président, il y aurait des fuites dans le Palais. » « Factotum, jetez-y un œil quand vous aurez fini de décoller ma semelle… »

Pour l’heure, Tête de Mule se contente d’un emploi subalterne… mais essentiel.

Mais ne voilà-t-il pas qu’un soir, il se fait agresser et dépouiller par un individu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Tête de Mule ne tarde pas à constater que son mystérieux double s’est installé chez lui et – Ô rage ! Ô désespoir ! – qu’il occupe SON poste d’homme à tout faire auprès du président.

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Tête de Mule est dans de beaux draps, mais il a plus d’un tour dans sa boîte à outils…

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En attendant, comment prouver son identité, et surtout, comment éviter la cata ?

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Un « thriller » fantasque, bourré de charme et d’esprit, assorti d’une satire du pouvoir et des relations internationales. Une nouvelle fois*, la magie opère dès le premier regard. Tout lectorat.

Anne Calmat

V. BdBD Archives : Tête de Mule (2016),Mulysse prend le large (2018), La cape de Pierre (2020).

Factomule, « Grand thriller politique international » d’ Øyvind Torseter – Ed. La Joie de lire

À partir du 21 janvier 2021 – Visuels copyright Ø. Torseter / La Joie de Lire – 136 p., 18 €

Où l’on retrouve notre ami Tête de Mule et son acolyte, l’homme à la trompe. Le premier est factotum, le second est Président. De quel pays ? Nous ne le saurons pas, mais il est certain qu’il ne s’agit pas d’un confetti sur la carte du monde, puisque ledit président détient LA valise, celle qui peut faire beaucoup de dégâts si un irresponsable s’en empare et appuie sur le bouton rouge.

Tête de Mule est donc factotum. Un titre qui peut sembler pompeux pour dire qu’il est l’homme à tout faire du président : réparateur de chaise de bureau, plombier… Mais attention, il doit bientôt être promu au rang du porteur de valise, le président préférant se concentrer sur les affaires courantes (ici, les parties de golf sont remplacées par la tonte de la pelouse devant de palais présidentiel).

« Monsieur le Président, il y aurait des fuites dans le Palais. » « Factotum, jetez-y un œil quand vous aurez fini de décoller ma semelle… »

Pour l’heure, Tête de Mule se contente d’un emploi subalterne… mais essentiel.

Mais ne voilà-t-il pas qu’un soir, il se fait agresser et dépouiller par un individu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Tête de Mule ne tarde pas à constater que son mystérieux double s’est installé chez lui et – Ô rage ! Ô désespoir ! – qu’il occupe SON poste d’homme à tout faire auprès du président.

Tête de Mule est dans de beaux draps, mais il a plus d’un tour dans sa boîte à outils…

En attendant, comment prouver son identité, et surtout, comment éviter la cata ?

Un « thriller » fantasque, bourré de charme et d’esprit, assorti d’une satire du pouvoir et des relations internationales. Une nouvelle fois*, la magie opère dès le premier regard. Tout lectorat.

Anne Calmat

V. BdBD Archives : Tête de Mule (2016), Mulysse prend le large (2018), La cape de Pierre (2020).

Salon du livre jeunesse de Montreuil 2020 : Les Pépites

Malin ! Privés de scène, les auteurs ont « tenu salon » dans les classes. Rencontres, lectures de textes par des comédiens, c’était Noël avant l’heure. Devenus jurés, des élèves de 8 à 18 ans ont délibéré et décerné les prix Pépites dans quatre catégories : Fiction ado, Fiction junior, BD, Livre illustré

Coté BD (voir lien ci-dessous).

http://boulevarddelabd.com/ama-le-souffle-des-femmes-franck-manguin-cecile-beck-ed-sarbacane/‎(ouvre un nouvel onglet)

LIVRE ILLUSTRÉ À partir de 3 ans

Le Caramel du jurassique – Roxane Lumeret – Ed. Albin Michel – 56 p. 19 €

L’Autruche ne sait rien de ses origines et n’a jamais connu que la vie au zoo. Un soir, l’occasion de s’en échapper s’offre à elle… C’est ainsi que commence « sa grande histoire » . Employée au Muséum d’histoire naturelle, elle explore ses racines et découvre l’indépendance, mais aussi les règles insensées de la société qui l’entoure. Heureusement, ses compagnons, des évadés eux aussi, vont tout mettre en œuvre pour l’aider à réaliser un plan insolite pour sauver les siens…

J’ai vu Sisyphe heureuxKaterina ApostolopoulosEd. Bruno Doucet – 120 p., 15 €

FICTION ADO

Une famille de pêcheurs dont le père disparaît en mer, un couple de gens modestes que la mort vient séparer, un homme seul qui abandonne maison, papiers d’identité et biens matériels pour vivre en vagabond sous les étoiles…Trois poèmes narratifs. Trois destins aux prises avec la vie. Trois histoires simples pour dire la fierté du peuple grec. Ce ne sont pas les héros des batailles homériques que chante Katerina Apostolopoulou dans ce premier recueil écrit en deux langues, le grec et le français, mais le courage des êtres qui placent l’hospitalité et la liberté au-dessus de tout, qui se battent avec les armes de l’amour et de la dignité, qui ont peu mais donnent tout. À l’heure de la crise économique et du concept de décroissance, une voix venue de Grèce nous invite à voir ces destins aux prises avec la vie.

Carmin Le Garçon au pied-sabot L(T.1)- Amélie SarnEd. Seuil Jeunesse – 336 p., 14 €

FICTION JUNIOR

Carmin, pensionnaire à l’orphelinat Sainte-Alliance, pensait finir sa vie dans les usines de Linn. Qui, en effet, voudrait adopter un garçon doté d’un sabot à la place du pied droit ?
Alors, quand Gléphirina et Calphurnius Powell l’emmènent vivre dans leur demeure, le jeune orphelin n’en croit pas ses yeux. Aurait-il enfin droit, lui aussi, à la belle vie des riches habitants de Linn ?
Malheureusement, son enthousiasme laisse bientôt place à une sourde inquiétude.
Que cachent donc les Powell, collectionneurs d’animaux empaillés, dans le cabinet secret où ils passent leurs journées ?

Tom Sawyer détective – Mark Twain – Christel Espié – Ed. Sarbacane

Depuis le 11 novembre 2020 – Copyright C. Espié (illustrations) – 96 p., 19,90 €À partir de 10 ans

Selon Mark Twain, ce récit relate l’une des aventures qu’ont vécues ses compagnons d’école, Huck Finn, le galopin, et Tom Sawyer, le facétieux. Mythe ou réalité ?

L’histoire ? Deux frères jumeaux : Brace et Jubiter Dunlap,. L’un est un voleur poursuivi par ses complices à qui il a soustrait des diamants, l’autre est un « propre-à-rien » qui vit à la campagne. L’un des deux est assassiné et tout le monde s’accorde à penser qu’il s’agit de Jubiter, que l’on n’a pas vu depuis longtemps. L’oncle de Tom, le vieux Silas, est arrêté : il avait des raisons d’en vouloir à la victime, de plus il s’est lui-même accusé du meurtre.

Mais est-ce aussi simple ?

Des diamants disparus, des voleurs volés, un fantôme à lunettes, un pasteur qui s’accuse… Tom et son ami Huck vont avoir du pain sur la planche pour résoudre les mystères qu’offrent cette nouvelle aventure qui va les mener de Saint-Louis (Missouri) à la ferme de l’oncle Silas en Arkansas.

Silas est traîné au tribunal, mais au moment où son sort est sur le point d’être scellé, Tom a des révélations à faire…

Mark Twain (1835-1910) est revenu plusieurs fois dans sa carrière aux héros qu’il avait créés en 1876, Tom Sawyer et Huckleberry Finn, écrivant ainsi des “romans pour enfants pour adultes”. Les aventures de Tom Sawyer puis Les aventures de Huckleberry Finn, ce dernier opus raconté à la première personne par Huck, sont novatrices dans leur langage, et dans leur perception lucide des débordements pré-adolescents. Ces deux chefs-d’œuvre majeurs de la littérature américaine seront suivis de trois courts romans, dont le présentTom Sawyer détective (1897), où l’auteur n’hésite plus à confronter ses héros avec des voleurs et des meurtriers sans scrupules.

Christel Espié est née à Aix-en-Provence en 1975 et vit à Avignon. Diplômée de l’école Émile Cohl, son talent est d’abord reconnu pour sa mise en peinture de l’univers de Jørn Riel, chez Sarbacane, puis confirmé par sa vision de l’Angleterre de Sherlock Holmes (L’Aventure du ruban moucheté) et par le magnifique Tom Sawyer détective et un superbe travail sur la lumière, inspiré de la peinture des XVIIIe et XIXe siècles.

Homophonie – Karine Naccache – Serge Bloch – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 30 octobre 2020 – Copyright K. Nakache, S. Bloch / Joie de Lire – 96 p., 18,90 €

Raymond Devos

Beaucoup de souviennent d’un jongleur de mots qui pratiquait volontiers l’homophonie, d’autres le découvriront au travers de cet extrait de sketch pour le moins kafkaïen.

(…) Pour Caen, quelle heure ?  / Pour où ? / Pour Caen ! / Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où ? / Comment vous ne savez pas où est Caen ? / Si vous ne me le dîtes pas ! / Je vous ai dit Caen ! / Oui, mais vous ne m’avez pas dit où ! / Monsieur, je vous demande une petite minute d’attention. Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs de cars pour Caen ! (…)

Tendez l’oreille et ouvrez l’œil, de drôles de mots se sont donnés rendez-vous dans de drôles de fables (une trentaine) et vous invitent à partir à leur découverte. Des fables qui, par exemple, mettent en lumière la mite boulimique d’étoffes et le mythe qui se nourrit de légendes, la mûre et le mur, le foie et la fois, l’ancre et l’encre, le phare et le fard, et qui auront tôt fait d’entraîner leurs lecteurs et lectrices dans une farandole de mots et d’images.

Qui sait si les plus anciens résisteront à la tentation de faire croire à leurs petits choux qu’ils sont nés dans un chou ?

Malicieux, loufoque et joliment illustré par Serge Bloch.

A. C.

Élise – Fabian Menor – Ed. La Joie de lire

Copyright F. Menor / La Joie de lire – En librairie le 22 oct. 104 p., 17€90

Que peut donc penser cette enfant au visage impénétrable que l’on découvre sur la couverture de l’album ? Qui guette-t-elle, les bras sagement croisés ? On s’attarde un instant sur cette image, redoutant qu’à la noirceur du dessin s’ajoute celle du quotidien de la petite fille. Élise.

L’héroïne de cette histoire, qui n’est autre que la grand-mère de l’auteur, aurait cependant tout pour être heureuse, sans cette sorcière d’institutrice qui lui donne des cauchemars : une famille aimante, un chien attentif et fidèle. 

On la voit le matin qui se rend à l’école avec son petit frère et sa sœur. Une classe unique pour les différents niveaux, comme il y en avait dans les villages au début des années 1950. Elle est tenue par l’incontournable madame Jousseau qui mène son petit monde à la baguette. Ses élèves l’ont surnommée « la pionne ». Aucun gant de velours ne vient atténuer la vigueur de ses gifles (souvent accompagnées d’humiliations), qu’elle sème à tout vent. Sa perversité est sans limites, quant à ses compétences professionnelles, elles laissent à désirer…

Élise est sa cible privilégiée. Elle subit sans broncher. Pas question d’aller se plaindre. « Ce qui se passe à l’école, reste à l’école » a prévenu la Jousseau.

On est à une époque où la protection de l’enfant n’a pas encore été imposée dans les écoles.

Jusqu’au jour où une gifle administrée avec vigueur laisse une trace sur le visage d’Elise. Son père s’en émeut, vient demander des comptes. Outrée, la virago nie, prend à témoin ses élèves qui, terrorisés, se défilent. Le père repart en s’excusant. « Je ne sais pas ce qui est pire : le regard de mon père ou la lâcheté de mes camarades » s’est ensuite dit Elise.

Que vaut sa parole face à celle d’un adulte ? À qui faire confiance désormais ?

Qui Élise attend-t-elle, les bras sagement croisés ? Peut-être celle ou celui par qui tout pourrait rentrer dans l’ordre.

Un roman graphique éloquent, illustré avec sobriété au travers du dessin à l’encre de Chine et au lavis de Fabian Menor. Un album troublant également si l’on songe à la violence qui règne aujourd’hui dans certaines cours de récréation (bagarres, harcèlement…),

Anne Calmat

Mille milliards de merveilles – François David – Anne-Hélène Dubray – Ed. Sarbacane

En librairie le 7 octobre 2020 – Dès 5 ans – 40p.,18€ – Copyright F. David, A H Dubray / Sarbacane

Une fausse encyclopédie à la fantaisie débordante, pour voir le monde autrement !

Sais-tu que tu as sur la tête autant de cheveux qu’il y a de chevaux en Bulgarie, galopant à bride abattue ? Qu’il y a plus d’étoiles dans le ciel que de grains de sable sur toutes les plages et les déserts du monde ? Mieux encore : qu’il y a un petit peu d’or dans tout être humain ? Vraiment de l’or ! Dommage que souvent l’homme ignore à quel point il est précieux…

En seize anecdotes et questions décalées sur les hommes, le monde et soi-même, François David et Anne-Hélène Dubray proposent un pas de côté aussi inventif que poétique aux enfants, pour découvrir le monde autrement, avec humour, et une grande humanité.

Auteur, poète, éditeur (Møtus), François David a publié depuis 25 ans plus de 150 textes et nouvelles pour la jeunesse, dont une quinzaine chez Sarbacane, couronnés de nombreux prix. Le lire demeure un vrai bonheur, un moment d’exception qu’il faut offrir aux enfants, pour les aider « à découvrir peu à peu, patiemment, librement, leur propre guide en eux ». Il vit près de Cherbourg.

Anne-Hélène Dubray est diplômée des Beaux-Arts de Tours. D’abord graphiste et enseignante à Paris, elle se consacre désormais à l’illustration jeunesse. Elle a illustré et/ou écrit plusieurs albums aux Éditions de La Martinière d’abord puis chez L’Agrume, dont L’alphabet cocasse illustré, Prix Révélation Livre Jeunesse 2019 et Les Farceurs, primé à la Foire internationale du Livre de Bologne 2017.

L’Attrape-Malheur – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de lire (trilogie 1/3)

À partir de 13 ans – Copyright F. Hadjadj, T. Tirabosco / La Joie de Lire – 268 p., 17,95 € – En librairie le 17 sept. 2020

Au début, on pourrait croire à une comptine. Le son d’un haut-bois lui servirait de prélude, avant que quelques chapitres plus loin ne retentisse celui d’une grosse-caisse qui marquerait pour le héros de cette histoire sombre et envoutante, la fin des jours heureux.

Où sommes nous ? Dans une région montagneuse que l’on pourrait situer dans un pays frontalier de l’est de la France.

Visuels copyright T. Tirabosco / La Joie de lire

Imaginez un garçonnet de cinq ans, Jakob, que ses parents ont désiré au-delà des mots : il s’aperçoit qu’il est doté – ou affligé, c’est selon – d’une capacité d’auto-régénération et d’invulnérabilité hors du commun. Un jour, il tombe dans le tour d’un moulin, là où les épis de blé sont broyés, et il en ressort en charpie. Anéanti, son meunier de père le ramène au logis, mais il constate que son épouse semble ne pas croire un seul mot de son récit. Et pour cause : Jakob est là, à quelques mètres d’eux, en train de galoper aux côtés de son grand ami, Caddy le chien. Le père a-t-il été victime d’une hallucination ?

Plus tard, sa mère tombe gravement malade, mais comme par miracle, elle guérit, et c’est Jakob qui présente à son tour tous les symptômes de sa maladie. Un jour, il est pris pour cible par une bande de gamins hargneux, qui commencent par le tabasser copieusement, jusqu’à y aller de leurs coutelas lorsqu’ils le croisent à nouveau. Pour finir, ce sont eux qui détaleront comme des rats, après avoir constaté que leur souffre-douleur est indemne.

Tout cela préoccupe malgré tout ses parents. « En temps normal les parents meurent avant leurs enfants. Ils leur laissent la place. Et voilà que notre enfant va prendre notre mort et c’est nous qui devrons le mettre en terre », dit la mère. Ce à quoi le père lui répond : « Le bon Dieu raye sa parole, il réécrit par-dessus : Déteste ton père et ta mère et tu auras longue vie sur terre. » Ils décident alors d’endurcir leur petit, au fond de lui si vulnérable. Mais épargne-t-on celui qu’on aime en lui brisant le cœur ? La scène où Jakob, accusé de tous les maux par son père, doit quitter la maison qui l’a vu naître, sans réellement en comprendre la raison (c’est le moment fondateur du récit) est bouleversante.

Il est maintenant le « faire-valoir » d’un magicien-lanceur de couteaux dans le cirque ambulant Barnoves. Jacob a beau se prendre des poignards en pleine poitrine ou se jeter du haut d’une tour, rien n’y fait, il en ressort à chaque fois sans la moindre égratignure.

Sa renommée dépasse désormais de mille lieues les frontières du comté. Tous se pressent pour voir l’incroyable Môme Même-Pas-Mal. Ce don, il l’accepte avec simplicité. Il est différent, voilà tout, comme le sont la femme-tronc ou les frères siamois… On se dit que s’il advenait un jour que la foule demandât qu’on lui coupe la tête, histoire de voir si elle repousse, il la poserait sans hésiter sur le billot.

Mais toute médaille a son revers : le danger rôde autour du Môme, ne serait-ce qu’en la personne d’un individu qui dissimule son visage sous une capuche, et qui va jusqu’à pénétrer dans sa roulotte la nuit, lorsqu’il dort. Qu’attend-t-il de lui ?

En troisième partie de ce premier tome, qui évoque aussi bien le Seigneur des anneaux que le chef-d’œuvre cinématographique de Tod Browning, Freaks, le ciel s’est encore obscurci et Jakob est devenu un enjeu pour beaucoup. Son ami Grizzly (ci-dessous) n’est plus là pour le protéger de la folie des hommes…

Un roman inouï, enthousiasmant, magnifiquement illustré par Tom Tirabosco (dont BdBD/Arts + s’est fait l’écho à de nombreux reprises* (v. Archives), qui trouvera aussi bien son lectorat chez les adultes que chez les adolescents, tant on est dans un ailleurs de la littérature jeunesse. Chaque tournure de phrase est une trouvaille stylistique, chaque paragraphe, une source d’émotions fortes ; on aurait aimé en être l’auteur(e) !

En deux mots comme en cent : captivant, profond.

Anne Calmat

L’Attrape-Malheur, la Trilogie :

1 – Entre la meule et les couteaux / 2 – Des forêts aux foreuses (avril 2021) / 3 – Un berceau dans les batailles

Tom Tirabosco :

*Wonderland (août 2015) / Kongo (déc. 2015) / Femme sauvage(mai 2019)

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) (Tallandier, 2017) et Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque, 2017). Sa passion pour le théâtre l’a mené à composer des pièces, tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également fait composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire, dans le canton de Fribourg.

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ARTICLE PRÉCÉDENTKent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

Simon & Louise – Max de Radiguès – Ed. Sarbacane

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO
Copyright M. de Radiguès / Sarbacane

Simon et Louise ont quinze ans, ils s’aiment ; mais c’est les vacances, alors ils sont séparés. Puis Simon reçoit une terrible notification : Louise n’est plus “en couple” avec lui sur Facebook, et refuse de répondre à ses questions. C’est le drame. Ne faisant ni une ni deux, Simon enfile son sac-à-dos, et part en stop la retrouver, à cinq-cents km de là. Car rien ne pourra l’arrêter. Il ne sait pas encore ce qu’il va découvrir à l’arrivée, mais ce périple va le faire entrer de plain-pied dans le monde des grands. Louise, va-t-elle rester « célibataire », ou succomber au charme d’un autre ?

Léger et frais comme une coupe de Champomy .

128 p., 18,50 €

Ce qu’en ont dit nos confrères :

Tendre, drôle et touchante, cette bande-dessinée est une véritable bouffée d’air qui ne marquera pas, pour beaucoup, d’évoquer quelques souvenirs de jeunesse. La Provence

Un must have avant l’été ! Planète BD

Voilà un album intelligent et tout en finesse. L’Express

Max de Radiguès dévoile son immense capacité à reproduire ces petits gestes et échanges qu’offre l’amour. Du grand art ! dBD

Né en Belgique en 1982, Max de Radiguès est auteur de bande dessinée, éditeur à l’Employé du Moi et directeur de collection chez Sarbacane. En 2012, son livre sur sa résidence au Center for Cartoon Studies (USA) fait partie de la sélection officielle du festival de la BD d’Angoulême. Il est l’auteur de Bâtard, (Casterman, 2017), lauréat du Prix Polar SNCF 2018 et Pépite du Salon du livre jeunesse de Montreuil 2017 dans la catégorie BD. Le premier tome de sa série Stig & Tilde (Sarbacane) était en sélection officielle du Fauve jeunesse 2019 du festival d’Angoulême.