Archives de catégorie : Albums + littérature Jeunesse

Jean-Blaise – Le chat qui se prenait pour un oiseau – Emilie Boré – Vincent – Ed. La Joie de Lire

À partir du 22 avril 2022 – Copyright E. Boré (sc.), Vincent (dessin)/ La Joie de Lire – Dès 5 ans

SAUF QUE…

dans son fort intérieur, Jean-Blaise était un oiseau. Et il entendait bien le prouver à ses « congénères ».

Jean-Blaise décida alors de mener une vie d’oiseau, dormant assis, la tête penchée et dissimulée sous sa patte, comme le font les hérons ; faisant sa toilette en se roulant dans l’eau, puis en gonflant ensuite son pelage pour le faire sécher, comme le font les canards ; s’élançant du sommet d’un arbre, tel un colibri, et faisant un vol plané…

Quant à chanter comme un pinson, ce fut une autre histoire. Face à cet échec, et à celui de prouver qu’il était bien celui qu’il prétendait être, et face à l’obstination de ses amis volatiles à lui démonter le contraire, Jean-Blaise fit une déprime carabinée. « Pauvre Blaise ! » aurait dit de lui la Comtesse de Ségur (private joke à l’attention des grands-parents qui liront cette chronique avant d’offrir l’album à leurs petits-enfants).

Cette fable aux accents anthropomorphiques renvoie à la question des différences et à leur difficile acceptation de la part de ceux qui ont un avis bien tranché sur toute question. Elle illustre l’éternel débat entre l’être et le paraître, entre la nécessité (ou non) de faire coïncider à tout prix son apparence extérieure avec son ressenti intérieur, et de vivre sereinement cette dichotomie.

Il est heureusement des rencontres qui aident à y parvenir. Ce merveilleux album participe à sensibiliser les adultes de demain à ces questions, qui semblent pourtant d’un autre âge…

Anne Calmat

À partir du 22 avril 2022 – Ed. La Joie de Lire – 80 p., 15,90 € – Lecture accompagnée, dès 6 ans.

Communiqué – Nous vous recommandons également Comment fait-on les bébés ? d’Anna Fiske, traduction Aude Pasquier.

Il arrive toujours un moment où les enfants s’interrogent, mais comment fait-on les bébés ?

Avec humour et intelligence et pas mal d’audace, l’album répond sans tabous à la question. Anna Fiske ne craint pas de montrer les corps tels qu’ils sont, dans toute leur diversité. Grâce à son style ludique, souvent proche de la bande dessinée, l’artiste norvégienne amuse les enfants et leur apprend l’essentiel : Quand on veut faire un bébé, tout commence par de l’amour.

Molière sa majesté l’acteur – Pierre Senges – Stéphane Bloch – La Joie de Lire (livre-CD)

Depuis. le 17 mars 2022 – Copyright P. Senges (scénario) & Serge Bloch (illustrations) / La Joie de Lire – Dès 6 ans, 80 p., 24,90 €

Un Livre CD qui donne à voir l’enfance du petit Jean-Baptiste Poquelin, avant qu’il ne devienne Molière, lu par Arnaud Mazorati et interprété par Les Lunaisiens et Les Pages du Centre de musique baroque de Versailles.

Frédéric Ladone

Les plus anciens n’auront pas oublié la part belle que la metteuse en scène-cinéaste, Ariane Mnouchkine fit au jeune Jean-Baptiste dans son film, Molière (1978). On assiste aux déambulations du presque adolescent dans le Paris de Louis XIV, où il va se nourrir de théâtre populaire, de l’art des bateleurs, des forains… Ce que voit alors le jeune Molière en herbe déterminera le destin du grand homme de théâtre français qu’il deviendra par la suite.

Parcourons maintenant l’album de Pierre Senges.

Jean-Baptiste, suivi de son grand-père, fou de théâtre (il aura tôt fait de détourner son petit-fils du destin universitaire que Jean Poquelin, tapissier du Roi, envisageait pour lui) a hâte d’atteindre le Pont-Neuf où le théâtre de la vie s’étale « en majesté » sous les yeux de tous les Parisiens.

Le Pont Neuf : « Un théâtre à ciel ouvert. On est sûr d’y voir des marchands d’onguents, des mimes, des acrobates, des jongleurs… » p. 16
Jean-Baptiste et Louis Poquelin partis à la découverte de  » toutes les merveilles qui se trouvent au centre de la ville ». p. 10
Marchand de remèdes miracles p. 18

C’est tout un éventail de sensations et une galerie de portraits que l’enfant, curieux de tout, va engranger, et qu’il restituera plus tard dans ses comédies.

Une autre scène nous attend quelques pages plus loin, au Jeu de Paume du Marais, où, dans le calme d’un vrai théâtre, avec une scène, des coulisses, un acteur en costume, tout maquillé de blanc est en train de répéter son texte. Il s’agit de Montdory, prince des acteurs, directeur de ce que sera notre actuel théâtre du Marais… Il prédit à ce gamin terrorisé, incapable d’articuler une réplique de la Médée de Pierre Corneille… un avenir dans la comédie.

Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que la simplicité du récit, des images et des sons est un un bain de jouvence pour celles ou ceux qui auront entre les mains ce merveilleux petit bouquin. Plongez-vous donc sans tarder dans ce récit, hommage au célèbre dramaturge dont on fête le 400è anniversaire de sa naissance, et entraînez dans votre sillage toutes celles et ceux, qui ensuite vous en remercieront. Un grand bravo également à Arnaud Marzorati et aux musiciens du Centre de Musique Baroque de Versailles, sans qui ce livre n’aurait peut-être pas eu tout à fait la même aura. https://youtu.be/9-7RhkVBfhQ

Anne Calmat

Trois histoires de Réfugiés – Melisa Ozkul – Robin Phildius – Jonas De Clerck – Ed. La Joie de Lire

En Librairie le 17 mars 2022 – Copyright M. Ozkul, R. Phildius, J. De Clerck, J. Sacco (couverture) / La Joie de Lire – 136 p., 19,90 € – À partir de 10 ans

lls sont trois à avoir quitté leur pays d’origine et s’être retrouvés dans un centre d’hébergement collectif. À Genève pour les deux premiers, à Fribourg pour le troisième: Lela, Sri et Ali, venus respectivement de Georgie, du Sri Lanka et d’Afghanistan. Leur parole a été recueillie par trois étudiants de l’ESBDI*.

  • École Supérieure de Bande Dessinée et d’Illustration.
Lela

Trois rencontres entre images et mots – y compris ceux que l’on « entend » en filigrane – qui démontrent de façon éclatante ce que les humains sont capables de faire pour assurer la survie des leurs, ou pour, comme c’est le cas de Sri, atteindre au droit élémentaire d’étudier.

Sri

Nous faisons la connaissance de Lela, prête à tout pour sauver la vie de son époux et protéger son noyau familial. Puis c’est au tour de Sri, d’origine tamoule dans un pays à majorité cinghalaise, en danger sur sa terre originelle, coupé des siens depuis près de deux décennies et ne parvenant jamais à réunir les sommes nécessaires pour la faire venir en Occident…

Ali (détail p. 98)

Et enfin celle du jeune Ali, 20 ans, venu d’une région d’Afghanistan dans laquelle il n’y a ni école secondaire ni, bien sûr, d’université. Un pays où, selon les contrées traversées, l’origine ethnique devient un obstacle supplémentaire et où la fatidique case départ se rappelle sans cesse aux aspirants à une vie meilleure.

Un roman graphique percutant et nécessaire autour d’une actualité malheureusement brûlante.

Anne Calmat

La guerre qui a changé Rondo – Romana Romany Shyn & Andriy Lesiv – Ed. Rue du Monde (Réédition)

© Romana Romany-Shyn & Andriv Lesiv – Rue du Monde – À partir de 6 ans – 40 p., 16 €

Publié en 2015, dans le contexte de la guerre du Donbass qui opposait déjà l’Ukraine et la Russie par le truchement des séparatistes pro-russes de la région, puis réédité en mars 2021, la lecture de cet album apparaît comme la répétition générale de la guerre qui se déroule en ce moment en Ukraine.
http://www.ruedumonde.fr/

Ou comment raconter la guerre aux enfants. Rondo est une ville où les fleurs chantent et donnent des concerts dans une grande serre musicale. Trois amis, Danko (une ampoule au cœur lumineux), Fabian (un ballon rose en forme de chien) et Zirka (un oiseau de papier) vivent au soleil une vie parfaitement heureuse, quand surgissent les tanks, les hélicoptères et les bombes. Dès lors, tout s’assombrit, les planches de l’album deviennent noires. C’est la nuit partout, les trois amis ont l’idée d’éclairer la guerre pour enfin pouvoir en sortir.

Danko
Romana Romany-Shyn et Andriy Lesiv

Ils vont défendre de façon très créative leur si jolie ville en construisant une incroyable machine destinée à aveugler la guerre et les plantes noires que partout elle sème… C’est ainsi que la lumière de l’inventivité va l’emporter sur les ténèbres.

Et même si la guerre laisse inéluctablement des cicatrices, nous verrons le chant des fleurs renaître sous la grande serre musicale de Rondo.

Un album étonnamment espiègle et innovant pour un sujet grave, vécu de l’intérieur par ses deux auteurs ukrainiens.

Entre mes branches – Nicolas Michel – Ed. La Joie de lire

Dès le 17 février 2022 – Copyright N. Michel / La Joie de lire – 64 p., 16,90 € – À partir de 8 ans.
(p. 62)

 » C’est une histoire qui commence mal. Elle a duré 457 ans, ce qui peut paraître bien long, mais dans ma famille, les plus anciens dépassent aisément les mille saisons… »

Après que la morsure de la hache a mis fin à ses jours et qu’il est devenu la quille et l’étrave d’un navire, un arbre – qui ne manque pas d’humour – se penche sur sa vie et se raconte (On frémit à la pensée qu’il y a un peu plus de quatre décennies, il aurait pu servir à la construction d’un échafaud !) « Je ne vais pas me plaindre, j’ai bien vécu », prévient-il.

Qu’a-t-il vécu ?

Tournons donc le cœur léger les pages de ce bel album destiné aux enfants, en prenant soin de leur dire que les arbres sont des organismes vivants, qu’ils se déplacent (eh oui !) et communiquent entre-eux par leurs racines, qu’ils peuvent à l’occasion trembler, pleurer, qu’ils souffrent lorsque l’on s’attaque à leur écorce, qu’ils peuvent mourir de soif, mais aussi protéger bêtes et gens contre les rayons du soleil et qu’ils gardent toute leur vie la marque des amours humaines…

Dans son livre, La Vie secrète des arbres, l’ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben explique que pour sauver les forêts de notre planète, nous devons d’abord reconnaître que les arbres sont « des êtres extraordinaires ». https://www.youtube.com/watch?v=Eu4mpUDKdTA

 » Entre mes branches, j’ai abrité de somptueux oiseaux de nuit… »

« Certains de mes hôtes se montrèrent parfois un peu envahissants… »

Nous verrons aussi dans ce délicieux album aux vingt-cinq dessins et commentaires, qu’en regard de la planche ci-dessus, l’arbre semble pester contre ceux qui « se montrèrent carrément sans-gêne« . Et pourtant, qui n’a jamais rêvé de se construire une cabane dans un arbre !

A.C.

Tonton schlingueur – Pedro Mañas – Ed. La joie de lire

Parution le 17 février 2022 / Ed. La Joie de lire – Traduit de l’espagnol par Anne Calmels – 168 p., 10,90 € – À partir de 9 ans

La traductrice de cette jolie fable initiatique intitulée Apestoso tío Muffin (en VO), dans laquelle odeur rime avec peur, a malicieusement amalgamé ou détourné une expression argotique, schlinguer (puer), le titre d’un film culte des années 1960, Les Tontons flingueurs, et le nom de figurines à la mode « qui puent vraiment », pour traduire celui du roman du dramaturge et acteur de théâtre Pedro Mañas, dans lequel humour et mélancolie vont de pair.

L’histoire ? Montgomery Muffin a tout essayé pour se défaire de l’odeur pestilentielle qui lui colle en permanence à la peau et rend impossible toute relation amicale, et encore moins amoureuse. Ses bains biquotidiens dans une eau bouillante, suivis de l’immersion de sa pauvre tête en vrac dans un seau de parfum additionné de quelques gouttes d’eau de Javel n’empêchent pas qu’on le sente venir de très loin et qu’on le fuie comme la peste. Aussi étrange que cela puisse paraître, Montgomery Muffin est en fait la personne la plus propre et la plus soignée qui soit. Quel est ce mystère ? Ironie du sort, il travaille dans une entreprise spécialisée en produits de nettoyage et de beauté.

Le pauvre Muffin connaît donc une vie monotone et solitaire dans une maisonnette qui sent la sardine pourrie (et bien d’autres bestioles moins ragoûtantes encore), héritée de sa grand-mère, laquelle a peut-être à voir avec son état actuel. « Tio Muffin » semble avoir a perdu à jamais le goût de vivre, si tant est qu’il ait connu cet état un seul jour dans son existence .

Mais un beau soir, la jeune Emma vient frapper à sa porte. Elle prétend être sa nièce et veut l’aider à se débarrasser de son odeur nauséabonde… et de sa peur pathologique de vivre.

A.C.

Migrants – Issa Watanabe – La joie de Lire

Coup d’œil dans le rétro

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Prix des Libraires Jeunesse 2021– Copyright I. Watanabe / Joie de lire 2020 – 40 p., 15,90 €

Ce pourrait être l’illustration d’une fable de La Fontaine, ou bien celles de textes sacrés qui racontent l’histoire sans cesse renouvelée des grandes migrations humaines. Une histoire immémoriale aussi.

Ici, celle et ceux qui ont pris la route de l’exil cheminent au milieu d’arbres aux membres décharnés, le regard fixe, dans un silence palpable, tous différents, tous tendus vers un seul et unique but. Ils ont fui les violences, la misère, leurs terres arides ont été brûlées jusqu’aux entrailles. Les plus vigoureux veillent sur les plus vulnérables, la mort, escortée par un magnifique oiseau que l’on dirait sorti d’un conte des Mille et une nuits, ferme la marche.

On est immédiatement subjugué par la force des images.

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Les couleurs bigarrées de leurs tenues contrastent avec l’uniformité des paysages lugubres qu’ils traversent. Plus tard, ils feront une halte, sortiront leurs ustensiles de cuisine, ensuite ils s’étendront à même le sol pour quelques heures de repos, avant de repartir. Combien seront-ils à atteindre la « Terre promise » ? Et tiendra-t-elle ses promesses ?

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Une histoire dotée d’une forte charge émotionnelle qui se passe de mots. À semer à tous les vents.

Anne Calmat

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Rédigez la légende…

DERNIÈRE MINUTE : BdBD/ARTS + se réjouit d’appendre que « Polly » a remporté la Pépite de la fiction pour adolescents-tes au Salon du livre de la Jeunesse de Montreuil. Coup d’œil dans le rétro

Un troisième prix pour Polly !

Après la Pépite de la fiction ados au Salon du livre de Montreuil 2021, et le Prix Töpffer de la Bande Dessinée 2021, le roman graphique de Fabrice Melquiot et Isabelle Pralong remporte le Bologna Ragazzi Award 2022 dans la catégorie Comics Young Adult.

Depuis le 19 août 2021. Copyright F.abrice Melquiot, Isabelle Pralong / Ed. La Joie de lire – 152 p., 21,90 €

« Polly, il ? Polly, elle ? Le genre de Polly a semé le trouble dès sa naissance… »

On a beaucoup écrit sur le terrible mal-être de celles et ceux qui, à un moment donné de leur existence, se sont perçu-e-s du sexe opposé à celui de leur naissance, et ont décidé d’y remédier.

Ici, la problématique est différente. Dès la lecture des premières planches du très beau roman graphique de Fabrice Melquiot – un brûlot contre l’assujettissement aveugle aux règles sociales – nous avons l’intuition d’une œuvre essentielle.

Polly est donc né avec l’ébauche de quelque chose qui n’est ni un zizi, ni une zézette, mais la rencontre des deux. Une « ziziette », en somme. Poly est intersexe, ni fille, ni garçon. Ses parents sont perplexes : « On a fait un enfant pas conforme. Tu peux m’expliquer ? » Pas conforme, le mot est lâché.

Il faut pourtant trancher. Le médecin a fini par opter pour un zizi (tiens donc !). Lorsque Polly aura sept ans, nous entreprendrons de le « réparer »… Pour son bien, a-t-il ajouté, sans préciser que la réparation en question implique des interventions à répétition, risquées et irréversibles, qui s’étaleront sur plusieurs années, avec les traitements hormonaux qui vont avec.

La veille de son hospitalisation, les parents de Polly l’ont mis devant le fait accompli de la façon la plus sournoise qui soit. On croyait pourtant te l’avoir dit !

Cet enfant, dont l’étrange beauté semble s’être altérée, a maintenant dix-sept ans. On l’a doté d’un petit zizi – Il ne sera pas bien grand avait prévenu le chirurgien – et affligé d’une énorme cicatrice…

Se sent-il garçon pour autant ? Se sent-il fille ? Farçon ou guille ?

Mais l’histoire est loin d’être terminée…

Anne Calmat

Fabrice Melquiot est dramaturge et metteur en scène. Il est l’auteur d’une quarantaine de pièces de théâtre, publiées à L’Arche et L’école des Loisirs. Il a reçu de nombreux prix : le Grand Prix Paul Gilson de la Communauté des radios publiques de langue française, le Prix SACD de la meilleure pièce radiophonique (avec France Culture), le Prix Jean-Jacques Gauthier du Figaro, le Prix Jeune Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, deux Prix du Syndicat national de la critique : révélation théâtrale, et, pour Le diable en partage, meilleure création d’une pièce en langue française. Fabrice Melquiot est lauréat des Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018.

Née en 1967 en Valais, Isabelle Pralong est une bédéiste suisse. Après des études à l’Istituto Europeo de Design à Milan, elle s’installe à Genève. Ses premiers albums paraissent début 2000 dont Ficus (2003) chez Atrabile et Fourmi ? à La Joie de Lire (2004). Elle enseigne également l’illustration et la bande dessinée à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève. Son œuvre a été récompensée par le Prix Töpffer (2007 et 2011) ainsi que le Prix Essentiel révélation au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (2007).

L’Île du bonheur – Marit Törnqvist – Ed. La Joie de lire

À partir du 25 novembre 2021 – Copyright M. Törnqvist (autrice, illustatrice) / Traduit du néerlandais par M. Lomré / La Joie de lire. 80 p., 11€

Une jeune fille navigue en haute mer sur une embarcation de fortune, elle veut atteindre l’horizon, mais il se dérobe sans cesse. Après s’être battue contre les éléments déchaînés, elle remarque un écriteau sur lequel est inscrit « l’île du bonheur ». Serait-elle arrivée au terme de son voyage ? Non, puisque chacune des nombreuses autres îles qui l’entourent revendique une spécificité propre à l’attirer : « l’île des pensées profondes », « de la fête permanente », « de la joie et de la liberté », « de la solidarité »… Le bonheur régnerait-il partout ? Le mieux est de s’en assurer. Elle fait plusieurs expériences, qui ne lui semblent pas concluantes, même si elle a trouvé l’amour – ou l’une de ses répliques – sur l’une d’entres-elles.

Aussi, loin de se décourager, décide-t-elle de poursuivre sa route.

p 7

Un très beau conte philosophique à hauteur d’enfant, superbement illustré, dans lequel, on l’imagine, livrée à elle-même, l’héroïne va devoir faire des choix, réfléchir sur sa propre situation, transformer son environnement, se transformer, prendre conscience de son identité et de sa liberté, avant de repartir « du bon pied » vers sa destinée. À moins qu’elle ne décide de demeurer sur cette île irréprochable au-delà de son horizon, et d’y « cultiver son jardin ». Mais tout ceci n’est qu’une extrapolation…

p. 60 & 61

Anne Calmat

(photographie © Rogier Veldman)

Née en 1964 à Uppsala en Suède, Marit Törnqvist est une autrice et illustratrice néerlando-suédoise. Après des études la Gerrit Rietveld Académie à Amsterdam, elle illustre de nombreux albums pour la jeunesse dont certains d’Astrid Lindgren. Reconnue à l’international, son œuvre a été récompensée par des prix tels que le IBBY I-Read Oustanding Reading Promotor Award en 2020.

Mulosaurus – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 14 octobre 2021 – Copyright Ø. Torseter – La Joie de lire – 104 p., 24, 90 €

Où Tête de Mule prend à nouveau le large, mais pour une tout autre raison…

BdBD 01/2021
BdBD 10/2016
BdBD 11/2018

Dans les albums précédents, Tête de Mule, qui est désormais devenu l’un de nos familiers, a successivement été un jeune prince parti à la recherche de ses six frères, changés en pierre par un troll (Tête de Mule) ; un apprenti-coiffeur parti à la recherche du plus grand œil du monde (Mulysse prend le large) ; un factotum en butte à un usurpateur d’identité (Factomule). Il est ici conservateur au Musée d’Histoire naturelle d’une ville qui reste à déterminer. Tout irait bien si le public venait voir les expos qu’il met en place, ce qui n’est pas le cas. Il risque de se retrouver au chômage, aussi lui faut-il trouver une attraction sensationnelle qui le mette à l’abri d’un tel désagrément. Tête de Mule a une idée: exhiber un squelette inédit de dinosaure. Mais où le trouver ?

Dans le même temps, le Président – qui n’est autre que l’homme à la trompe que nous avons déjà croisé à plusieurs reprises – a décidé d’aller regarder son peuple « au fond des yeux », comme il le fait chaque année depuis le début de son mandat. Le périple débute mal: les pompes à essence sont à sec, ses bains de foule risquent de tomber à l’eau. Quelqu’un lui a dit que le pétrole provient de la décomposition d’organismes primitifs dans les couches sédimentaires de la Terre… et qu’il reste un dinosaure dans la jungle. Le Président tient la solution, il ne reste plus qu’à monter une expédition et ramener l’animal, mort ou vif.

p. 18
p. 19

Ces deux-là sont faits pour se rencontrer…

p.46

On peut les voir pagayant en canoë, l’oreille aux aguets, allant peut-être au devant d’une bande de zombies affamés…

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Tête de Mule n’en n’est plus tout à fait certain. Quant au Président, il ne doute de rien et soigne sa postérité. « Il sera enterré sur la place, et fournira de l’essence aux générations futures. »

Øyvind Torseter se surpasse une nouvelle fois avec ce concentré de poésie douce-amère, d’humour et de loufoquerie. Jusqu’où ira-t-il ?

Anne Calmat

Øyvind Torseterest l’un des illustrateurs les plus en vue de Norvège. Il a créé de nombreux romans illustrés et albums, dont plusieurs ont été récompensés. il a également participé à des expositions, individuelles et collectives.

Le Grand livre des records de l’art – Éva Bensard – Charlotte Molas – DADA

Album grand format 37×26 cm – Copyright E. Bensard, C. Molas / Dada – À partir du 14 octobre 2021 – 52 p. 19€

Détail planche

Depuis la nuit des temps, les humains ont exprimé leur vécu au travers de témoignages graphiques ou de compositions tridimensionnelles.

L’album n’est pas un simple catalogue, chaque représentation fait l’objet d’un questionnement. On note par exemple la présence de la statuette d’une femme aux formes généreuses, sculptée dans l’ivoire d’une défense de mammouth. Elle a été baptisée La Vénus de Hohle Fels (le nom de la grotte où elle fut découverte). S’agit-il d’un culte rendu à une déesse ? D’un hommage personnel à la femme aimée ?

Les toutes premières représentations (- 73 000 ans) ont été découvertes en Afrique du Sud et en Asie (- 40 000 ans).

Quelques millénaires plus tard – un soupir dans l’histoire de l’humanité – nos aïeux homo-sapiens, faisant preuve d’un indéniable sens artistique, se racontent sur les parois de leur refuge. Celles des grottes de Chauvet ou de Lascaux.

Puis nous faisons un bond en avant, à la rencontre des plus remarquables, extravagantes, monumentales, scandaleuses (etc.) réalisations nées de l’imagination et du savoir-faire de l’homme. Une vingtaine de chapitres leur sont consacrées. On y trouve, statues géantes, colosses sculptés dans la montagne, tours et palais gigantesques, peintures démesurées, et bien sûr, chefs-d’œuvre picturaux patrimoniaux et extra-patrimoniaux…

Chaque sujet traité (une vingtaine en tout) apporte son lot d’informations ou de citations sous la forme de petits encarts (où ? quand ? pourquoi ? comment ? etc.)

Saviez-vous, par exemple, que…

Palais idéal

« La fée Électricité » de Raoul Dufy mesure 62, 4 m de longueur. – Le « Salvador Mundi » attribué à Léonard de Vinci est l’œuvre la plus chère de tous les temps. Elle a été achetée 450 millions de dollars par le royaume du Quatar. Toutefois, selon certains experts, il ne s’agirait pas d’un Vinci mais de l’œuvre de l’un de ses élèves.. – Joseph Ferdinand Cheval, facteur de son état, a passé 33 ans de sa vie à édifier, pierre après pierre trouvées sur sa route, un monument achevé en 1912 qu’il a nommé le « Palais idéal ». (v. ci-contre) – Qui a dit « Celui qui n’a pas gravi La Grande Muraille de Chine* n’est pas un homme brave » ?

Un album de nature à composer votre Quizz-Art personnel pour les soirées au coin du feu.

Anne Calmat

Sortie de 14 octobre

Diplômée de l’École du Louvre et de l’Université Panthéon-Sorbonne, Éva Bensard est journaliste, spécialisée dans l’art. Elle collabore depuis plusieurs années avec la revue DADA. Elle est aussi l’auteure d’une dizaines de livres pour la jeunesse, dont deux qui ont reçu le prix Historia.

Avec ses images décalées et enjouées, Charlotte Molas a d’abord séduit la presse (Le Parisien) et les marques (Le Slip français). Depuis quelques années, elle illustre aussi les albums, comme Vaches (Gallimard) ou Sales temps pour les licornes (L’Agrume).

Roland Léléfan « L’artiste » – Louise Mézel – La Joie de Lire

Depuis le 16 septembre 2021 – Copyright L. Mézel / Joie de Lire – 92 p., 12 € – À partir de 5 ans
« Roland est un charmant petit éléphant, curieux et rêveur. Il n’est pas contorsionniste mais il sait enrouler sa trompe et se coucher dessus, il sait aussi entortiller sa queue ou plier ses oreilles et même faire des nœuds avec pour ne pas entendre le tonnerre. Il en a si peur ! Il aime faire plein de choses comme arroser les plantes, lire des livres, prendre des bains moussants, faire des bulles et manger des céréales. Mais ce qu’il aime par dessus tout c’est raconter des histoires ! »

Roland nous entraîne cette fois à Rome, et plus précisément, dans la prestigieuse Villa Médicis… où il a obtenu une résidence d’artiste !

Il est vrai qu’à l’origine, le propriétaire de l’immense parc sur lequel elle a été fondée en 1666 par le Roi Soleil, se nommait Lucius Lucinius Lelefantus… C’est du moins ce que prétend l’auteure de ce délicieux album aux dessins délicats et aux couleurs vaporeuses.

Feignons de la croire et suivons Roland Léléfan dans les allées du temple de la création, où de nombreux touristes sont venus admirer les œuvres exposées.

Savent-ils tous que derrière les murs qui les entourent, bien à l’abri des regards, d’autres créatrices et créateurs venu-e-s du monde entier, élaborent les chefs-d’œuvres de demain, que d’autres touristes viendront à leur tour admirer ?

En quittant la Villa Médicis, il y a fort à parier, qu’au contact de tant de beauté, il leur semblera qu’eux aussi sont un peu devenus des artistes… Et nous avec.

Anne Calmat

Louise Mézel est une jeune illustratrice diplômée de l’ESA Saint-Luc de Bruxelles. Elle a étudié auparavant l’histoire de l’art et la littérature à Paris et Rome. Elle travaille pour de nombreux magazines et a également réalisé de nombreuses couvertures de livres. Louise Mézel a illustré plusieurs projets jeunesse dont  Demain, sélectionné et exposé au Concours européen d’illustration du Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis (2013) ainsi qu’à la biennale d’illustration Ilustrarte de Lisbonne (2016) ; et un livre Ici très loin d’Ailleurs de Isabelle Mimouni aux Imaginemos (2013).

Pleins feux sur Georgia O’Keeffe (Expo & BD)

C O M M U N I Q U É
Centre Pompidou – Paris / 01 44 78 12 33

8 sept. – 6 déc. 2021
11h – 21h, tous les lundis, mercredis, vendredis, samedis, dimanches
11h – 23h, tous les jeudis
Copyright

Le Centre Pompidou présente une grande rétrospective de l’œuvre de Georgia O’Keeffe (1887-1986), la plus reconnue et la plus célébrée des peintres américaines. Elle retrace le parcours artistique d’une artiste dont la longévité lui valut d’être, successivement, la protagoniste de la première peinture moderniste américaine, de la recherche identitaire qui marque les années 1930, et de la peinture abstraite «hard edge» des années 1950.

Copyright (extrait du catalogue)
Alfres Stieglitz

Indissociable de son compagnon de vie, Alfred Stieglitz, photographe américain, galeriste, éditeur et promoteur de l’art moderne, O’Keeffe, s’est libérée de toutes les contraintes et les constructions liées au genre féminin au début du 20e siècle. Dans les années 1920, lorsqu’elle se fait remarquer pour la première fois dans le monde de l’art, O’Keeffe rejette largement l’étiquette de «femme artiste» qui lui a été attribuée par la critique.

Farouchement indépendante, elle suit son projet de vie et d’artiste avec une discipline de fer. Elle rejette les restrictions de genre dans tous les éléments imaginables, jusque dans la garde-robe austère qu’elle se dessine elle-même. Elle façonne ainsi une persona artistique au féminin, devenue aujourd’hui un modèle.

Copyright (extrait du catalogue)

Originaire des Grandes Plaines du Wisconsin, elle a très tôt la conviction qu’elle est appelée à devenir peintre. Elle rencontre Alfred Stieglitz en franchissant les portes de la galerie 291, fondée à New York, où il présente les artistes majeurs du modernisme. C’est lui qui exposera ses premières œuvres abstraites, teintées d’érotisme, et d’une spiritualité influencée par les écrits de Kandinsky. Cette exposition marque le début de la carrière de O’Keeffe, et la naissance de l’une des romances les plus médiatiques de l’histoire de l’art moderne.

Copyright (extrait du catalogue)

Bientôt reconnue par les plus prestigieuses institutions américaines vouées à l’art moderne, O’Keeffe expose ses œuvres au MOMA en 1928. Après un temps à New York, O’Keeffe multiplie les séjours au Nouveau Mexique, où elle découvre une lumière et des motifs à même de combler son goût des formes claires et synthétiques. Elle s’y installe définitivement en 1949, peignant des paysages qu’elle anthropomorphise à dessein, et traquant les formes qui témoignent des métamorphoses du vivant et des cycles de la Nature.

C O M M U N I Q U É
À partir du 2 septembre 2021 – Copyright Luca de Santis, Sara Colaone /Ed. Steinkis – 192p., 24 €

1949. Depuis la mort d’Alfred Stieglitz, trois ans auparavant, Georgia O’Keeffe s’est réfugiée dans son Ghost Ranch au Nouveau-Mexique, avec ses amies Maria Chabot, Anita Pollitzer et sa secrétaire Doris Bry, pour faire l’inventaire du patrimoine de photos et de dessins de Stieglitz.

À travers ce travail complexe, l’artiste retrace son propre parcours, dans la vie et dans l’art : de l’Arts Students League (New York, 1907) jusqu’à la consécration comme plus grande artiste femme américaine et à sa carrière des dernières années.

Sara Colaone et Luca de Santis

Les auteurs
Le scénariste Luca de Santis a signé en 2010 En Italie, il n’y a que des vrais hommes, puis Leda Rafanelli, la gitane anarchiste avec Sara Colaone (Steinkis, 2018) et Ariston Hotel (Ici-Même, 2019). Luca est également journaliste à Milan.

Sara Colaone est une dessinatrice italienne. Après une maîtrise en conservation des biens culturels et une thèse sur l’Histoire du cinéma, elle se consacre à la bande dessinée , Sara donne des cours de dessin à l’Académie des beaux-arts de Bologne. Chez Steinkis, elle a signé Leda Raffanelli, Les Evadées du harem et aujourd’hui Georgia O’Keeffe. Elle vit à Bologne.

Théodore en a trop marre… – Marion MacGuinness – Guilia Priori – Deb Azra – Ed. Steinkis (Coll. SPALSH !)

Nom : POULET

Prénom : Théodore

Âge : 7 ans

Signes particuliers : Partisan du moindre effort, râleur de compétition, allergique aux contraintes du quotidien, rapidement saoulé de tout ce que les adultes peuvent lui demander de faire, avide de liberté, d’indépendance et d’autonomie. Mais aussi, malin, vif et capable de changer d’avis et de comprendre ce qui est le mieux pour lui…

Théodore va découvrir au fil des albums que ce n’est pas pour l’embêter qu’on attend certaines choses de lui, mais pour son bien. Les deux premiers paraîtront le 26 août 2021. (40p., 8€50)

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© 2021 Steinkis groupe

Marion McGuinness est autrice et traductrice littéraire. Si elle a déjà signé deux romans (Égarer la tristesse et Une bonne et une mauvaise nouvelle chez Eyrolles) et de nombreux guides pratiques, Théodore Poulet est sa première collaboration pour des albums illustrés jeunesse. Mère de deux garçons de 6 et 11 ans, elle s’inspire de son quotidien pour scénariser cette nouvelle collection mettant en scène un petit garçon qui en a vraiment trop marre…
Vous pouvez retrouver Marion sur Instagram : @marion_mcguinness_

Deb Azra vit à Paris c’est la nouvelle illustratrice de Théodore Poulet, son dessin inspiré du monde de l’animation va mettre en image les aventures de votre nouveau héros ! C’est la première série de livres pour enfants pour cette jeune illustratrice qui exerce dans l’animation. 
Vous pouvez retrouver Deborah sur Instagram : @azrette

Giulia Priori vit en Italie avec ses deux chats et son compagnon. Elle travaille comme coloriste depuis près de dix ans pour la France, l’Italie et les États-Unis. Elle signe avec Théodore Poulet sa première collection en tant que dessinatrice. Giulia en a trop marre des oignons qui la font pleurer quand elle cuisine, de ses jolies chaussettes à motifs chatons qui disparaissent comme par magie dans la machine à laver. Vraiment : où vont ces fichues chaussettes ?
Vous pouvez retrouver Giulia sur Instagram : @giulia_priori_art

La poule qui voulait…

d’Hanna Johansen (histoire) et Käthi Bhend (illustrations) – Ed. La Joie de Lire (nov. 2017) – Traduit de l’allemand par Lilo Neis et Anna Salem-Marin.

72 p., 13.90 € (À partir de 5 ans) 72 p., 13.90 €

« Il était une fois trois mille trois-cent-trente-trois poules qui vivaient dans un grand hangar à poules. Dans l’air flottait une odeur puante de fiantes et de graines fortifiantes, et sur le sol, c’était la bousculade, car chaque poule avait juste assez le place pour ses propres pattes, rien de plus. »

Entre pondre des œufs en or – ce qui reste malgré tout hautement improbable – et permettre à trois mille trois-cent trente-trois compagnes de galère de cesser de se piquer du bec entre elles, furieuses de se faire marcher en permanence sur les pattes et de ne pouvoir s’acquitter en toute quiétude de leur mission nourricière, il n’y a pas à hésiter.

© La Joie de Lire.

L’héroïne de cette fable, que n’auraient probablement pas désavouée Jean de La Fontaine, Ésope ou Charles Perrault, n’est peut-être pas encore en âge de déposer son premier oeuf sur l’infâme paillasse qui lui sert de nid, mais elle n’a pas pour autant les deux pattes dans le même sabot. Son picotage assidu dans un angle de leur habitat commun va être pour elle l’occasion de bouleverser sa vie et celle de ses congénères, et de leur permettre de découvrir qu’au-delà de la grisaille de leur quotidien, il y a la verdeur des prés et des pâturages, la blondeur des champs de blé, la quiétude d’une mare aux canards, la saveur d’un tas de fumier mûri à l’air libre. Quant aux œufs en or, ils ont naturellement ici la force d’une métaphore…

Une fable ciselée par les beaux dessins de Käthi Bhend, qui enchantera petits et grands.

Anne Calmat

En route vers l’Ailleurs – Peppe Millanta – Ed. La Joie de lire, coll. Encrage

À partir du 21 mai 2021 – 288 p., 15, 90 €

Après un prélude, sur lequel nous reviendrons, la fable débute par un concours de « lancer de nain ». Vous avez bien lu : un lancer de nain, comme on pratique le lancer de javelot ou de poids en athlétisme. À ceci près que si le nain en question hurle de douleur, le lanceur est éliminé (cette discipline a perduré jusqu’en 1995, avant qu’elle ne soit interdite pour « atteinte à la dignité humaine »).

Où sommes-nous ? Dans un petit hameau de 80 habitants, cerné par la mer et une immense forêt. La grande majorité d’entre-eux tient pour acquis que le monde se résume à leur village. Vinpeel, employé à la « Taperne Pirog », tenue par le sieur Pirog, n’est pas de cet avis. Il rêve de rejoindre cet Ailleurs, au-delà des mers, que son ami Doan et lui ont aperçu un soir, alors qu’ils contemplaient les étoiles.

La tonalité du roman est l’enjouement. L’inauguration de ladite « taperne » et l’envoi par catapulte de Dorothy-la truie vers cet Ailleurs restent deux parmi les scènes les plus burlesques du récit. On pense fortement à Mack Sennet ou à Charlie Chaplin. Cette loufoquerie ne masque cependant l’impression de solitude dans laquelle vivent certains personnages. En particulier, Vinpeel, qui a trouvé une solution bien à lui pour s’en défaire.

En attendant le jour J, Doan et lui répertorient soigneusement les merveilleux nuages aux mille formes qui s’étirent au dessus de leurs têtes, et ils font d’improbables expériences, comme tenter par exemple de vider la mer de toute son eau…

D’autres personnages gravitent autour des deux rêveurs éveillés : Net Bundy, le père de Vinpeel qui, plutôt que de communiquer avec son fils, préfère confier chaque jour à la marée descendante une bouteille contenant un message, en espérant qu’il parvienne à celui ou celle à qui il est destiné. S’agit-il de la jeune fille aux cheveux roux entrevue au tout début du récit ? Il y a aussi le vieux Krisheb qui, dans sa jeunesse, a voulu s’envoler. Plus tard, il a jeté sa jambe de bois – conséquence de sa tentative d’évasion – dans les flots et continue depuis d’espérer qu’ils la lui restituent. On n’oubliera pas non plus Mune, la jeune fille mutique (et magnétique) arrivée d’on ne sait d’où dans un rayon de lumière, et qui a littéralement subjugué Vinpeel ; pas plus qu’on sera surpris de croiser une certaine Lady Sawen, qui exige qu’on la sollicite à trois reprises avant qu’elle daigne répondre.

Un roman fou, fou, fou d’originalité et de poésie, à mettre entre toutes les mains à partir de 15 ans.

Anne Calmat

Peppe Millanta a mené plusieurs vies. Il a d’abord été avocat puis musicien de rue. Il est également diplômé de l’Académie nationale Silvio d’Amico, en dramaturgie et en mise en scène. Il a été récompensé de prix d’écriture et de théâtre. Son groupe de Musique du monde se produit lors de nombreux festivals dans toute l’Italie. En 2017, il a fondé à Pescara une école dédiée aux arts de l’écriture, la Scuola Maconda l’Officina delle storie .

Les mystères du temps – Sylvie Neeman – Rémi Farnos – Etienne Klein (préface et insertions scientifiques) – Ed. La Joie de Lire

Copyright S. Neeman, R. Farnos / Joie de Lire, coll. Les mystères de la connaissance – À partir du 21 mai. 168 p., 14, 50 €

L’histoire, régulièrement émaillée dans le corps du récit de mises au point scientifiques, est simple : une mère et ses deux enfants partent en excursion en montagne, à la recherche de vestiges d’un passé antédiluvien. Elle est géologue. Chemin faisant, elle fait profiter Polina et Léo de ses connaissances en matière d’évolution de la terre.

« Maman nous raconte un temps infini qui défile sous nos yeux, 500 millions d’années s’écoulent en quelques minutes, des animaux prodigieux volent au dessus de nos têtes, nagent sous nos pieds, puis les océans peu à peu se referment, les dinosaures disparaissent de la surface de la terre (…) Maman dit que la prochaine extinction de masse, qui a d’ailleurs déjà commencé, ne sera pas due à une météorite géante, pas à un tsunami, c’est uniquement l’être humain qui en sera la cause. »

Il est beaucoup question de temporalité et de datation dans le récit que fait Léo des conséquences de cette journée où tout a basculé. De perception du temps aussi, qui passe trop vite ou trop lentement. De mémoire, omniprésente ou envolée…

Pour l’heure, ils vont par les sentiers abruptes, insouciants, tout à leurs découvertes. Puis, en l’espace d’un instant, c’est l’accident : la mère emportée par un éboulis de pierres, l’hélicoptère, l’hôpital, le coma.

Polina n’a pas voulu voir, elle a instantanément oublié ce qu’il venait de se produire, elle est devenue amnésique. Léo a vu et se souvient ; la tâche lui incombe désormais de remettre un peu d’ordre dans tout ça. Léo est un enfant plein de ressources…

Tout cela est décrit sur un ton léger, plein d’humour et de fraîcheur, qui fait que l’on se glisse avec bonheur dans ce récit qui marrie avec beaucoup de pertinence sciences, philosophie et fiction, sans que l’on doute un seul instant que la Belle au bois dormant ne finisse par se réveiller.

Anne Calmat

Sylvie Neeman est née à Lausanne, en 1963. Après une licence en Lettres et la naissance de ses deux filles, elle s’est peu à peu spécialisée en littérature pour la jeunesse. Elle collabore à la revue Parole de l’Institut suisse Jeunesse et Médias, qu’elle a dirigée pendant 14 ans, et écrit des chroniques pour le journal Le Temps. À ce jour, elle a publié un roman pour les adultes, plusieurs nouvelles dans des ouvrages collectifs et quatre albums pour les enfants. Elle vit à Montreux.

Rémi Farnos est un auteur né le 18 décembre 1987 à Béziers. En 2008, il intègre l’école des Beaux-Arts d’Angoulême (EESI).
En 2013, il obtient son DNSEP (diplôme National Supérieur d’Expression Plastique), puis il part s’installer à Nantes. La même année, il intègre en tant qu’éditeur la maison d’édition Polystyrène. (Voir aussi Archives BdBD)

L’Attrape-Malheur (T. 2/3) – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de Lire

Roman illustré, à partir de 13 ans – 478 p., 22, 90 € (copyright F. Hadjadj (scénario), T. Tirabosco (illustrations) / La Joie de lire

Suite du roman de Fabrice Hadjajd, dont le style chatoyant a été salué par celles et ceux qui ont découvert le premier tome de sa trilogie. (v. Archives, sept. 2020). Si ce n’est pas le cas, ce bref résumé sera un heureux prélude à ce qui suit.

On se souvient qu’à la fin du T.1, Jakob Traum, né sous le signe de l’invulnérabilité, que l’on a surnommé « l’attrape-malheur » parce qu’il était capable de prendre sur lui les blessures et les maladies de ceux qu’il aime, a eu la tête tranchée, sur l’insistance de la foule toujours avide d’exploits spectaculaires et avec la bénédiction de sa (presque) fiancée, la jeune princesse Vérène, qui selon ses propres paroles « le déteste passionnément ». On se souvient aussi qu’au moment où il quittait le théâtre de son supplice, les machines volantes du vieil Altemore ont incendié le Dôme des Artistes…

Jakob s’en va dans la nuit, tenant devant lui sa tête fraîchement décapitée, à la manière d’un lampion. Une autre vie l’attend ; il se dit que puisque la mort ne veut définitivement pas de lui, il se tiendra désormais à l’écart des hommes – et des princesses.

Pour l’heure, il lui faut lutter contre les ennemis aux dents acérées qui ont déchiqueté ses vêtements, et se cacher de ce diable d’homme vêtu de noir, qui venait déjà hanter ses nuits lorsqu’il se produisait au cirque Barnoves après que son propre père l’eut rejeté. Qui est-il ? « Je ne sais pas si c’est un ami ou un ennemi. Vient-il d’un autre monde ? »

Malgré sa résolution de fuir toute autre compagnie que celle des bêtes et de Dame nature, Jakob a fini par rejoindre Ragar, le fils dissident d’Altemore, prince de Namubie.

Ragar est le chef de la Horde à laquelle nombre d’artistes du cirque détruit par les flammes se sont ralliés. Jakob se retrouve comme en famille, presque apaisé, aux antipodes de celui qui, il y a encore peu de temps, était capable de s’élancer du haut d’une tour pour se retrouver deux-cents mètres plus bas, sans une égratignure.

C’est à la faveur d’une inauguration, sur fond de complot fomenté par Ragar, que celui que l’on appelle maintenant « l’Enfant-Nature » va retrouver Clara, son amour d’enfance, aux temps bénis où il n’avait aucune raison de douter de l’affection des siens.

Jakob va apprendre à se battre au couteau et à chasser le sanglier, malgré sa répugnance à tuer des animaux. Il va aussi découvrir qu’un ami peut se changer en ennemi ou, au contraire, se révéler un ange gardien.

L’Enfant-Nature va également connaître la dualité : chérir Clara le jour et tenter de maudire Vérène la nuit, cependant que les chansons qu’elle a composées courent sur toutes les lèvres, avant de parvenir jusqu’à lui.

Ami rentre à la maison / Si je t’ai coupé la tête / Ce n’est pas une raison / Pour que tu fasses la tête.

Mais laissons maintenant aux lecteurs et lectrices la Joie de découvrir ce qui les attend… (sortie du T.2 le 22 avril 2021)

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais, qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) (Tallandier, 2017) et Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque, 2017). Sa passion pour le théâtre l’a mené à composer des pièces, tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également fait composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire, dans le canton de Fribourg.

Tom Tirabosco, illustrateur suisse, est né à Rome en 1966. Auteur de bandes dessinées, il est installé à Genève depuis 1971. Diplômé de l’École supérieure d’arts visuels de Genève, il est lauréat de plusieurs concours de bande dessinée tels que le Prix Toepffer de la Ville de Genève en 1997 et le Grand Prix de la Ville de Sierre 2003 (pour L’Œil de la Forêt. Éditions Casterman). Il a également signé cinq timbres pour La Poste suisse. Tom Tirabosco expose régulièrement en Suisse et à l’étranger, travaille pour la presse suisse et française et a signé de nombreuses affiches culturelles. Avec le célèbre caricaturiste Zep, Tom Tirabosco vient d’ouvrir une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève.

Sous terre – Mathieu Burniat – Ed. Dargaud

Copyright M. Burniat (scénario et dessin) / Dargaud. En librairie le 19 mars 2021 – 176 p., 19,99 €

« Hadès, dieu des enfers cherche une remplaçante, se présenter à la Porte 23 du Monde des morts… »

On pourrait résumer l’intrigue en trois ou quatre planches, mais ce serait négliger le véritable propos de l’auteur.


L’album illustre en effet un paradoxe : ceux qui ont quitté une terre moribonde dans le seul but de satisfaire leur appétit de toute-puissance vont découvrir LA VIE : celle qui grouille dans le monde d’en-bas.

Parmi les prétendants au trône, il y a Suzanne, 16 ans. En réalité, elle se fiche complètement du job, elle est là pour une tout autre raison. Il y a aussi Tom, celui qui va devenir son compagnon de route.

Détail planche

Le maître des lieux paraît, accompagné de son ami Cerbère, le chien tricéphale. Il dissimule un esprit revanchard sous l’apparence d’un aimable vieillard et rappelle aux trois-cents candidats à sa succession combien le monde invisible recèle de trésors, au point d’avoir fait de lui le plus riche des Dieux.

Mais pour lui succéder, ils vont devoir effectuer le parcours qu’il leur a lui-même concocté, au bout duquel se trouve la Corne d’Abondance, emblème de toutes les richesses. Le premier qui réussira à en goûter les fruits deviendra le nouveau maître des Enfers. Auparavant, Hadès tient à leur faire visiter son royaume.

Stupeur et déconvenue : « Je me casse, il est pourri cet endroit« . Mais Cerbère est là, il n’est plus temps de se défiler.

Les voici maintenant dans le monde souterrain. Les candidats, réduits à l’échelle de ce qui les entoure, vont croiser toutes sortes d’individus, apprendre, comprendre (l’auteur n’est pas avare en « cours » de sciences naturelles), découvrir les qualités nutritives de la matière organique…

Et réaliser rétrospectivement l’infinie nécessité qu’il y aurait eu à mieux veiller sur le devenir de leur planète. Trop tard pour eux, mais pas pour tout le monde. Reste à en tirer les enseignements…

No comment

Anne Calmat

Prix Sorcières 2021 : Migrants – Issa Watanabe – Ed. La Joie de Lire

Prix des Libraires Jeunesse 2021– Copyright I. Watanabe/Joie de lire 2020 – 40 p., 15,90 €

Ce pourrait être l’illustration d’une fable de La Fontaine, ou bien celles de textes sacrés qui racontent l’histoire sans cesse renouvelée des grandes migrations humaines.

Celles et ceux qui ici ont pris la route de l’exil cheminent au milieu d’arbres aux membres décharnés, le regard fixe, dans un silence palpable, tous différents, tous tendus vers un seul et unique but. Ils ont fui les violences, la misère, leurs terres arides brûlées jusqu’aux entrailles. Les plus vigoureux veillent sur les plus vulnérables, la mort, escortée par un magnifique oiseau que l’on dirait sorti d’un conte des Mille et une nuits, ferme la marche.

On est immédiatement happé par la force des images.

Les couleurs bigarrées de leurs tenues contrastent avec l’uniformité des paysages lugubres qu’ils traversent. Plus tard, ils feront une halte, sortiront leurs ustensiles de cuisine, ensuite ils s’étendront à même le sol pour quelques heures de repos, avant de repartir. Combien seront-ils à atteindre la « Terre promise » ? Et tiendra-t-elle ses promesses ?

Une histoire dotée d’une forte charge émotionnelle qui se passe de mots. À semer à tous les vents.

Anne Calmat

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