Archives de catégorie : Communiqué

Communiqués de presse

Maxiplotte – Julie Doucet – Ed. L’Association (Anthologie)

Où l’on (re)découvre les comix hors normes de la québécoise Julie Doucet, publiés pour la plupart dans la série Dirty Plotte (1991-1998), souvent autobiographiques, et dont l’insolence à tous crins continue de séduire… ou plus rarement, de choquer.

Depuis le 20 novembre 2021 – Copyright J. Doucet / L’Association – 400 p., 35 € (Adultes et adolescents)
Dirty Plotte 1/14

Il n’est pas rare qu’un auteur ou une autrice de bandes dessinées, ayant officiellement cessé d’en faire vingt ans auparavant, continue d’exercer une réelle fascination sur les bédéistes. Cela devient plus rare lorsqu’il s’agit d’une autrice underground. C’est le cas de l’irrévérencieuse et reine de la provocation, Julie Doucet. Active entre 1987 et 1999, à une époque où les dessinatrices n’étaient pas légion, surtout à se situer sur le terrain de l’esthétique trash. Avec elle tout y passe : cycle menstruel, masturbation, changement de sexe, serpent à pipe, etc.

La conception éditoriale et graphique de Maxiplotte a été réalisée par Jean-Christophe Menu, premier éditeur de Julie Doucet en France et co-fondateur de L’Association, en étroite collaboration avec l’autrice québécoise. Véritable panorama de l’évolution de son travail, Maxiplotte rassemble des travaux réalisés au cours de ses douze années d’activité d’autrice de bande dessinée. S’y déploie une œuvre à la fois subversive, féministe et fantaisiste. Julie Doucet évoque crûment et avec humour la vie du corps – des règles au désir sexuel en passant par les crottes de nez, les stéréotypes de genre, ses expériences de jeune femme, sans oublier sa vie onirique qu’elle relate abondamment. En noir et blanc, les récits s’épanouissent au fil de cases aux décors minutieusement élaborés, peuplées de personnages aussi insolites qu’attachants.

Julie Doucet

Julie Doucet est certainement l’auteure québécoise de BD la plus connue du monde. Ses bandes sont publiées en anglais, en français, en allemand, en finlandais et en espagnol. De plus, ses planches originales ont été exposées dans plusieurs villes tant au Canada qu’aux États-Unis, en France et au Portugal. Née à Saint-Lambert le 31 décembre 1965, Julie Doucet étudie en arts plastiques au cégep du Vieux-Montréal au début des années 1980. C’est dans cet établissement, à la faveur d’un cours sur la bande dessinée, qu’elle commence à s’intéresser à cette forme d’art. Doucet obtient son diplôme d’études collégiales, puis s’inscrit à l’Université du Québec à Montréal où elle étudie les arts d’impression et les arts plastiques. À cette époque, Yves Millet publie la revue Tchiize! (bis) (sept numéros de 1985 à 1988), une des seules revues à ne pas être exclusivement consacrée à la bande dessinée d’humour. Julie Doucet fait paraître une première histoire courte dans le deuxième numéro et récidive dans les numéros suivants. Entre 1988 et 1990, elle collabore aux deux numéros de L’Organe (qui devient Mac Tin Tac en 1990) ainsi qu’à Rectangle, revue de rock francophone et de BD. Ces deux revues marquent l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes montréalais underground dont font partie Doucet, Henriette Valium, Al+Flag, Marc Tessier, Alexandre Lafleur, Simon Bossé, Luc Giard, Siris, Jean-Pierrre Chansigaud, R. Suicide, etc. En septembre 1988, Julie Doucet fait le grand saut et crée son propre fanzine, Dirty Plotte, de format variable (et au titre tout aussi variable : Dirty Plotte Diet, Mini Plotte, Dead Plotte) qui paraît jusqu’en juin 1990 (quatorze numéros). C’est dans ces pages que Doucet met au point son style personnel de narration. Elle y entretient les lecteurs de ses fantasmes (réels ou inventés) et de ses angoisses, mais aussi de ses rêves, qu’elle note dans un journal personnel.

Théâtre : « L’image » (suivi de) « Un soir, « Au loin, un oiseau » et « Plafond »* – Samuel Beckett – Denis Lavant – Jacques Osinski – Le Lucernaire

  • Extraits de Pour en finir et autres foirades.

du 4 au 23 janvier 2022 – Réservations 01 45 44 57 34 ou sur lucernaire.fr – Tarifs : de 10 € à 28 € – Le Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris M° Notre-Dame-des-Champs

Denis Lavant
Jacques Osinski

Notes de mise en scène de Jacques Osinski

« J’ai (eu) envie* d’une promenade, d’inviter le spectateur à entrer par des chemins détournés dans le crâne du narrateur beckettien. Que se passe-t-il sous ce crâne ? L’image et Pour finir encore et autres foirades« , deux recueils publiés aux Editions de Minuit, des textes cachés, « non-abandonnés », « unabandoned works », pour reprendre la terminologie de S.E Gontarski, éditeur américain de ces courts textes, si courts qu’ils auraient pu disparaître ou ne connaître une vie qu’une fois transformés en romans ou pièces de théâtre. Mais Beckett a tenu à ce qu’ils voient le jour au travers d’une publication. Le grand public les connaît moins que Godot, Fin de partie ou La Dernière Bande mais peut-être sont-ils plus chers que d’autres aux aficionados de Beckett. J’ai (eu) envie d’aller à leur rencontre, de manière légère, presque ludique. Comme le séjour de Beckett (dans sa maison) à Ussy, leur rédaction s’étale sur plusieurs années.

  • Le spectacle a été créé à l’Athénée-Louis Jouvet en mai 2021

L’image est une longue phrase de dix pages, sans aucune virgule, comme un souffle. Elle raconte la quête d’un souvenir. Elle fut publiée en 1988 mais écrite bien avant puisqu’on en retrouve les termes au début de Comment c’est, un roman qui date de 1961. Un soir et Au loin un oiseau datent des années 1960. Quatre textes. Dates éparses. Souvenirs épars. Un style qui évolue mais des thèmes qui reviennent, toujours la même recherche. Toujours un personnage en regarde un autre, une “tête” traversée de pensées observe un corps immobile. Toujours la naissance et la mort, traversées de touches de couleurs (le jaune d’Un soir, le blanc de Plafond), toujours la création et peut-être cette interrogation : Qu’est-ce qui fait que, nous les humains, éprouvons le besoin de dire et non de vivre seulement ? « J’allume, j’éteins, honteux, je reste debout devant la fenêtre, je vais d’une fenêtre à l’autre, en m’appuyant sur les meubles. Un instant je vois le ciel, les différents ciels, puis ils se font visages, agonies, les différentes amours, bonheurs aussi, il y en a eu aussi, malheureusement. Moments d’une vie, de la mienne entre autres, mais oui, à la fin. » raconte le narrateur de l’une des « foirades » publiées dans le même recueil. Je crois que j’ai envie, avec Denis, de saisir ces « moments d’une vie », de regarder ces textes en allant « d’une fenêtre à l’autre », avec cette espèce d’intimité que nous confère le long compagnonnage que nous avons entamé avec Beckett depuis Cap au pire (2017). J’ai envie que le spectateur soit comme dans une maison, spectateur de ce qui se passe à l’intérieur du crâne beckettien. Ce qui est à l’œuvre dans ces textes, c’est, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Malebranche, philosophe du XVIIe siècle cité par Beckett dans L’Image, « la recherche de la vérité ». Malebranche se méfiait de l’imagination, cette « folle du logis » qui empêche de voir le vrai. Beckett aussi. Mais il ne peut s’empêcher de la laisser agir. Alors sans cesse il revient sur deux thèmes obsédants : tout d’abord, celui du « crâne », de la tête, tout à la fois espace mental, intérieur conscient de sa propre finitude, et lieu du théâtre même, crâne des vanités en peinture et cercueil qui scellera la fin. Puis, hors-champ, au-delà du lieu du théâtre, le thème de « l’image », celle qui s’échappe sans cesse et qu’on tente sans cesse de fixer, le souvenir d’un instant d’amour heureux, la quête du moment parfait, amoureux, tel ce couple se tenant par la main sur un champ de course dans L’image. Il s’agit de reconstituer l’instant fugace. Le faire revivre tout en sachant qu’il va s’échapper, tout en sachant l’inutilité des mots pour dire le vrai. C’est peut-être paradoxal, s’agissant de textes qui souvent parlent de la mort, mais j’ai envie de les aborder un peu comme des enfants qui jouent, qui jouent à mourir pour mieux revivre ensuite. On n’est pas encore mort tant qu’on peut parler de la mort et c’est bien vers la vie que j’ai envie d’aller.

Servante

Un plateau nu. Une Servante. Un comédien pour dire le texte. Pas besoin de plus. Denis Lavant me parlant de ses premières impressions de lecture songe aux haïkus japonais. Pour moi, ce spectacle sera comme un impromptu, un moment musical où il s’agit de saisir une beauté fugace, impromptu traversé par deux obsessions qui sont aussi, pour moi, celles du théâtre : la quête du moment parfait et le besoin d’arrêter le temps. »



Interprète de génie au cinéma comme à la scène, le comédien Denis Lavant nous parle de son rapport au corps et de la construction de son interprétation de personnages particulièrement désincarnés, comme chez Beckett.

Saisi par la nuit (Manga) – Yoshiharu Tsuge – Ed. Cornélius

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Depuis le 23 septembre 2021 – Copyright Tsuge Yoshiharu / Cornélius – 272 p., 27,50 €

Les douze nouvelles qui composent ce volume s’inscrivent dans une période sombre de la vie de Yoshiharu Tsuge.

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Alors qu’il approche de la quarantaine, le mangaka apprend que sa femme est atteinte d’un cancer. Il bascule alors dans une intense détresse et se retire de la vie publique, assailli par des ténèbres intimes.

La nécessité pousse cependant Yoshiharu Tsuge à reprendre le travail, mais son inspiration est entravée par son état émotionnel.

Mais même dans ce moment d’extrême abattement, il n’a rien perdu de son exigence, les histoires qu’il écrit alors sont le reflet de ses émotions tortueuses. Il s’inspire dans certains albums de sa vie de couple et de ses voyages pour apporter un ton plus léger à ses récits, cependant que l’emprise du réel se fait de plus en plus suffocante et que les angoisses qui le hantent depuis de nombreuses années se cristallisent à travers ses cauchemars, qui deviennent parfois le sujet de plusieurs histoires. Des histoires empruntes de fantasmes pornographiques violents, comme c’est ici le cas.

Au milieu de tous ses rêves inquiétants, certaines histoires plus apaisées viennent contrebalancer la noirceur de ses récits…

Planche p.84 « Saisi par la nuit »

Romain Dutter et les siens…

Septembre 2018/Ed. Steinkis

Il y a d’abord eu Symphonie carcérale, une bande dessinée autobiographique dans laquelle Romain Dutter, coordinateur culturel au sein du Centre Pénitentiaire de Fresnes, décrivait avec humour son combat pour permettre aux personnes incarcérées d’avoir accès à la culture et aux arts. Pendant une dizaine d’années, il va vivre des moments très intenses au contact des prisonniers qui, dès leur adhésion au projet, vont s’ouvrir à une autre forme d’évasion. 

Trois ans plus tard, Romain Dutter part à la découverte de la Roumanie post-communiste, trente ans après l’exécution du couple Ceausescu. Là aussi, de belles rencontres l’attendent…

Depuis le 30 septembre 2021 – Visuels © Bouqé (dessin) – R. Dutter (scénario), P. Bona (couleur) / Steinkis – 192 p., 20 €

Pleins feux sur Yoshiharu Tsuge, révélé en France par Cornélius ED.

À partir du 23 septembre 2021 – Copyright Tsuge Yoshiharu / Cornélius – 272 p., 27,50 €

Publiés dans différents magazines entre 1975 et 1981, les douze nouvelles qui composent ce volume, intitulé Saisi par la nuit, s’inscrivent dans une période sombre de la vie de Yoshiharu Tsuge.

Alors qu’il approche de la quarantaine, le mangaka apprend que sa femme est atteinte d’un cancer et il bascule dans une intense détresse. Il se retire alors de la vie publique, assailli par des ténèbres intimes.

La nécessité pousse Yoshiharu Tsuge à reprendre le travail, mais son inspiration est entravée par son état émotionnel. Il se tourne alors vers les recettes qui ont fait son succès : les carnets de voyage, les croquis du quotidien et les récits oniriques. Il parvient toutefois à éviter la répétition, renouvelant, grâce à son immense talent, ses propres procédés de création et poursuivant la recherche d’authenticité qui le guide.

Il ne publie cependant plus qu’au compte-gouttes. Son mariage et la naissance de son fils l’ont recentré sur son foyer et il se contente des droits d’auteur qu’il perçoit depuis son départ du mensuel d’avant-garde de la BD japonaise, Garo. Mais même dans ce moment d’extrême abattement, il n’a rien perdu de son exigence, les histoires qu’il écrit alors sont le reflet de ses émotions tortueuses. Il s’inspire de sa vie de couple et de ses voyages pour apporter un ton plus léger à ses récits, cependant que l’emprise du réel se fait de plus en plus suffocante, et que les angoisses qui le hantent depuis de nombreuses années se cristallisent à travers ses cauchemars, qui deviennent le sujet de plusieurs histoires.

Yoshiharu Tsuge fait alors appel au procédé mis en pratique dans La vis, et utilise la bande dessinée comme un exutoire de son inconscient tourmenté. Au milieu de tous ses rêves inquiétants, certaines histoires plus apaisées viennent contrebalancer la noirceur de ses récits…

À découvrir à partir du 23 septembre 2021.

Yoshiharu Tsuge est l’un des artistes les plus importants dans l’histoire du manga, celui qui a littéralement inventé le récit autobiographique. Et donc apporté une pierre essentielle à la construction d’un art adulte, en y injectant en outre une bonne dose d’ésotérisme. Avec Le marais, Les fleurs rouges, La vis, puis La jeunesse de Yoshio, Yoshiharu Tsuge atteint progressivement la pleine puissance de son art et crée le Watakushi manga (la bande dessinée du Moi).

Mes mauvaises filles – Zelba – Ed. Futuropolis

Depuis le 8 septembre 2021 – Copyright Zelba / Futuropolis – 160 p., 21 €

En 2006, deux sœurs aident leur mère à mourir. À sa demande, elles donnent la mort à celle qui leur a donné la vie.

Futuropolis

Après Dans le même Bateau, Zelba signe un roman graphique bouleversant et lumineux sur cet acte vertigineux. Elle évoque le moment, à la fois intime et universel, de la perte d’un être cher. Il aura fallu 13 ans à Zelba pour raconter cette histoire, croiser ses souvenirs avec ceux de sa sœur, changer certains noms et romancer en partie. Elle aborde de front l’euthanasie, ou la mort assistée, sujet qui suscite des débats contradictoires en Europe. Forte de son expérience, elle milite pour que chaque personne puisse choisir, le moment venu, de mourir comme elle l’entend.

À quel moment les soins palliatifs se transforment en acharnement thérapeutique ? Combien de temps peut-on décemment prolonger l’agonie ? Peut-on décider de mourir ? L’euthanasie, ou la mort assistée, est une question délicate à laquelle les pays d’Europe répondent de manière très différente. C’est en tout cas un sujet sensible qui parle à tout le monde.

© Alain Bujak

Le jour de la mort de Vincent Lambert, le 11 juillet 2019, Zelba décide de raconter les derniers instants de la vie de sa mère et dans quelles circonstances sa sœur et elle ont accepté de l’assister à mourir. Cette histoire, Zelba la porte en elle depuis 13 ans et avait tenté plusieurs fois de la raconter avant de renoncer. Ce jour-là, elle comprend qu’il est temps de témoigner et partager cette expérience douloureuse et universelle.

Wiebke Petersen, alias Zelba, est née en ex-RFA en 1973. Avant de devenir illustratrice, elle est championne de monde junior d’aviron (en deux sans barreur).

En 1999, elle intègre l’agence berlinoise « Hirschpool ».

Depuis 2006, elle publie des bandes dessinées aux éditions Jarjille et Marabulles avant de rejoindre Futuropolis. Avec Dans le même bateau, elle revient sur sa pratique de l’aviron à haut niveau à la fin des années 80 en Allemagne, au moment de la chute du mur de Berlin

Abécédaire républicain -Peggy Kilhoffer – Avant- propos Robert Badinter – Ed Fayard

En librairie le 1er septembre 2021 – 86 p., 12 €

Après l’assassinat de Samuel Paty, en octobre 2020, le ministre de l’Éducation nationale a demandé à Robert Badinter d’enregistrer une brève vidéo rendant hommage à ce professeur pour qu’elle soit diffusée à tous les élèves. L’ancien garde des Sceaux y a donné sa définition de la laïcité et de la République.

Ces paroles ont inspiré une enseignante, Peggy Kilhoffer. En demandant à ses élèves de CM1-CM2, à Schiltigheim, en Alsace, de réfléchir à ces questions, en est sortie l’idée de cet Abécédaire républicain.

Avec leurs dessins et leurs mots d’enfants, de « Accepter » à « Zèle », en passant par « Solidarité » ou « Garantir », ses élèves livrent une vision juste, vibrante, de la République et de ses valeurs. Un document émouvant et nécessaire alors que les sondages et les médias évoquent souvent une jeunesse déconnectée de ce qui forge notre identité commune. Le fac-similé de cet abécédaire est précédé du texte d’hommage de Robert Badinter, d’un avant-propos de sa main ainsi que d’une préface de Peggy Kilhoffer qui nous livre le récit de cette aventure.

Peggy Kilhoffer est professeure à l’école Jean-Mermoz de Schiltigheim et formatrice dans l’académie de Strasbourg. 

Robert Badinter, avocat, fut ministre de la Justice (1981-1986) président du Conseil constitutionnel (1986-1995) et sénateur (1996-2001).

La Capacité de survie

Copyright Kim Sung-hee (scénario et dessin) / Ed çà et là _ Sortie le 20 août 2021 – 200 p. 20 €

Une femme coréenne en proie à des doutes existentiels dans une société ultra-libérale qui laisse de nombreuses personnes dans la précarité.

Yeong-jin, jeune quarantenaire, enseigne dans un lycée privé protestant de Séoul. Elle est confrontée à des violences sociales de toutes parts. Non titulaire, elle se sent obligée, pour conserver son poste, d’accepter tout ce que lui demande son employeur. Submergée de travail – elle s’occupe aussi des enfants de sa sœur pendant ses vacances – elle souffre de n’avoir aucune reconnaissance de sa hiérarchie. Son petit ami travaille dans une association d’aide aux travailleurs migrants qui se font exploiter par les agriculteurs coréens dans des conditions qui frôlent l’esclavagisme. Sa mère continue à faire les ménages bien qu’ayant l’âge de la retraite. Et Yeong-jin vient de subir un hystérectomie… La violence de la société libérale l’affecte de plus en plus et l’amène à se poser des questions sur son rapport au travail, sur sa relation avec ses parents et sur l’avenir de son couple.

Superbe portrait d’une femme en révolte, La Capacité de survie est une réflexion très personnelle, politique et sociale, sur l’état d’un pays et la condition d’une femme, symbole de beaucoup d’autres.

Kim Sung-hee est née en 1975 en Corée. Elle a commencé sa carrière dans le manhwa en publiant des dessins de presse dans le journal de son université. Elle est l’autrice de plusieurs bandes dessinées inédites en France, qui traitent toutes de thèmes de société : « Le Yongsan où j’habitais » (récit de l’expropriation violente des habitants d’un immeuble de Séoul), « La Chambre immaculée » (enquête sur une épidémie de leucémies dans une usine de semi-conducteurs Samsung) ou encore « Nasty Bitch » (sur les femmes coréennes célibataires). Son dernier livre publié à ce jour, le roman graphique « You Are Black » (la vie d’un jeune mineur dans les années 1980), est paru en 2018.
Kim Sung-hee réside actuellement à Gangneung, en province, et continue de dessiner.

Théodore en a trop marre… – Marion MacGuinness – Guilia Priori – Deb Azra – Ed. Steinkis (Coll. SPALSH !)

Nom : POULET

Prénom : Théodore

Âge : 7 ans

Signes particuliers : Partisan du moindre effort, râleur de compétition, allergique aux contraintes du quotidien, rapidement saoulé de tout ce que les adultes peuvent lui demander de faire, avide de liberté, d’indépendance et d’autonomie. Mais aussi, malin, vif et capable de changer d’avis et de comprendre ce qui est le mieux pour lui…

Théodore va découvrir au fil des albums que ce n’est pas pour l’embêter qu’on attend certaines choses de lui, mais pour son bien. Les deux premiers paraîtront le 26 août 2021. (40p., 8€50)

©
© 2021 Steinkis groupe

Marion McGuinness est autrice et traductrice littéraire. Si elle a déjà signé deux romans (Égarer la tristesse et Une bonne et une mauvaise nouvelle chez Eyrolles) et de nombreux guides pratiques, Théodore Poulet est sa première collaboration pour des albums illustrés jeunesse. Mère de deux garçons de 6 et 11 ans, elle s’inspire de son quotidien pour scénariser cette nouvelle collection mettant en scène un petit garçon qui en a vraiment trop marre…
Vous pouvez retrouver Marion sur Instagram : @marion_mcguinness_

Deb Azra vit à Paris c’est la nouvelle illustratrice de Théodore Poulet, son dessin inspiré du monde de l’animation va mettre en image les aventures de votre nouveau héros ! C’est la première série de livres pour enfants pour cette jeune illustratrice qui exerce dans l’animation. 
Vous pouvez retrouver Deborah sur Instagram : @azrette

Giulia Priori vit en Italie avec ses deux chats et son compagnon. Elle travaille comme coloriste depuis près de dix ans pour la France, l’Italie et les États-Unis. Elle signe avec Théodore Poulet sa première collection en tant que dessinatrice. Giulia en a trop marre des oignons qui la font pleurer quand elle cuisine, de ses jolies chaussettes à motifs chatons qui disparaissent comme par magie dans la machine à laver. Vraiment : où vont ces fichues chaussettes ?
Vous pouvez retrouver Giulia sur Instagram : @giulia_priori_art

La Charge mentale des femmes et celle des hommes – Aurélia Schneider – Muzo – Ed. Larousse

Copyright A. Schneider, Muzo / Larousse – Depuis le 28 avril 2021 – 208 p., 17.95 €

Vie domestique, familiale, professionnelle ou sociale, vous êtes au front en permanence ? Tout se télescope, vos activités occupent votre cerveau et dévorent les espaces de pause dont votre corps et votre tête ont tant besoin ? Ne cherchez plus, vous êtes en pleine  surcharge mentale.

Avec cet ouvrage, vous apprendrez à :

• reconnaître vos vulnérabilités ;

• identifier des fonctionnements profonds qui opèrent à votre insu ;

• appliquer la règle des 8R : R comme prendre du Recul, Rectifier le tir ou Retomber sur ses pieds ;

• améliorer la qualité de vie de votre couple au quotidien.

Aurélia Schneider
Muzo

Après le succès de son premier livre, La charge mentale des femmes… et celle des hommes, le Dr Aurélia Schneider, ancienne interne des hôpitaux de Paris, spécialiste des thérapies comportementales et cognitives s’est associée au dessinateur Muzo pour proposer un guide enrichi de nouveaux cas cliniques, illustrant ses méthodes thérapeutiques aussi concrètes que simples, grâce à des dessins pleins d’humour et de justesse.

Autant d’outils pour vous aider à alléger votre charge mentale et prévenir le burn-out !

« D’accord, vous avez déjà trop de choses à faire. Alors, lire un livre, en plus, non merci, pas le temps ! Mais si, justement, la lecture de ce livre-ci va avoir un effet magique : juste un chapitre, chaque soir, et vous serez sauvé(e) !

Vous allez comprendre comment la charge mentale vous emprisonne ; rire de vous et de l’époque ; réfléchir aux choses à faire (ou à ne plus faire) ; puis agir, moins mais mieux. Et voilà le boulot : merci Aurélia et Muzo ! » *

  • Christophe André, médecin psychiatre

Esma (Double meurtre à la villa Matsuo) – Iwan Lépingle – Ed. Sarbacane

En librairie le 5 mai 2021
Copyright I. Lépingle / Sarbacane

La première fois qu’Audrey croise le regard d’Esma, par une chaude journée d’été, dans le domaine de milliardaires près de Genève dans lequel elles travaillent, une émotion forte et nouvelle lui enflamme le ventre. Alors quand la jeune Turque sans-papiers déboule chez elle au beau milieu de la nuit, dégoulinante des eaux noires du Léman, en lui disant que sa vedette de boss vient d’être noyée dans sa piscine par un mystérieux assassin, Audrey décide de la croire.

Tandis que l’enquête policière rame, que les médias se délectent de cette affaire sordide, Audrey cache sa protégée dans les villas vides du domaine. Mais le meurtrier court toujours. Et si Audrey avait manqué de discernement ? Et si le meurtrier était… une meurtrière ?

Né en 1974 à Orléans, Iwan Lépingle a fait de nombreux voyages en Asie puis a enseigné au Maroc.
Il publie en tant qu’auteur et dessinateur Kizilkum puis Rio Negro chez les Humanoïdes Associés, marqués par son goût du voyage et des grands espaces.
Une île sur la Volga est son deuxième album chez Sarbacane, après le très remarqué Akkinen zone toxique accueilli unanimement dans les médias.

L’accident de chasse – David L. Carlson – Landis Blair – ED. Sonatine

Copyright D. L. Carlson (scénario), Landis Blair (dessin) / Ed. Sonatine –
400 p., 29 €
Fauve d’Or Angoulême 2021

1959. Charlie Rizzo vient de perdre sa mère et doit emménager à Chicago avec son père, Matt, aveugle à la suite suite d’un accident de chasse, passionné de littérature et de poésie. C’est du moins la version officielle de la cause de sa cécité.

Mais un jour tout va basculer pour le père et le fils : Charlie a fait plusieurs pas de côté, Matt n’a pas d’autre choix, pour sauver le sauver de la prison, que de revenir sur un mensonge vieux de plusieurs dizaines d’années, au risque de casser le lien de complicité qui s’était instauré entre eux. Matt lui raconte alors ses années de prison… Un chemin initiatique éclairé par les poètes.

Touché par les faits à haute densité émotionnelle que lui a rapportés Charlie Rizzo, David L. Carlson va d’abord vouloir en faire un projet transmédia en l’adaptant au théâtre, en musique et au cinéma, mais après plusieurs déconvenues, et suite à sa rencontre avec Landis Blair, il décide d’en faire une bande dessinée.

L’élaboration graphique de L’Accident de chasse va prendre près de 4 ans au dessinateur (l’encrage d’une planche nécessite une journée entière), le résultat est à la hauteur.

Un chef-d’œuvre absolu ! Le style littéraire est fluide et de haute tenue, l’adaptation graphique en noir et blanc hachuré à la plume crée une incroyable symbiose entre les mots et les images.

Jean-Michel Basquiat – Ed Tashen, 2021

Icône des années 1980 à New York, Jean-Michel Basquiat, (1960–1988), s’est d’abord fait connaître à l’âge de 15 ans sous le pseudo «SAMO» (pour « Same all Shit », toujours la même merde), avant d’établir son atelier et de se retrouver catapulté vers le succès à 20 ans. Même si sa carrière a duré 10 ans à peine, il reste une figure culte de la critique sociale artistique et un pionnier qui a rapproché l’art du graffiti de celui des galeries.
L’album – Taschen- 20 € © 2021

« Quand je travaille, je ne pense pas à l’art, j’essaie de penser à la vie. »

Ce livre présente la brève mais prolifique carrière de Basquiat, son style unique son profond engagement dans les questions d’intégration et de ségrégation, de pauvreté et de richesse

La monographie XXL à succès, maintenant disponible dans une édition condensée. Les reproductions exceptionnelles des peintures, dessins et croquis les plus importants de Basquiat, ainsi que les textes de l’éditeur Hans Werner Holzwarth et de la conservatrice et historienne de l’art Eleanor Nairne, nous permettent d’approcher plus intimement une légende synonyme du New York des années 1980.

Autoportrait

L’œuvre de Basquiat s’est inspirée de divers médias et sources pour élaborer un vocabulaire artistique original et insistant, attaquant les structures de pouvoir et de racisme. Il mêlait dans sa pratique l’abstraction et la figuration, la poésie et la peinture et s’inspirait aussi bien de l’art grec, romain et africain que de la poésie française, du jazz ou du travail d’artistes contemporains comme Andy Warhol et Cy Twombly. Le tout donne un mélange vif et viscéral de mots, d’emblèmes africains, de silhouettes de dessin animé et de barbouillis de couleurs vives, entre autres.

Prison n°5 – Zehra Doğan – Ed. Delcourt

En librairie de 17 mars 2021 – Copyright Z. Dogan / Delcourt – 120 p., 19,99 €

« Je ne comprends pas pourquoi on nous jette dans des prisons, nous en ressortons encore plus fort-e-s. »

Communiqué : L’album est le dernier maillon d’un travail créatif et déterminé, transformant un long emprisonnement en une résistance : celle de Zehra Doğan, journaliste et artiste kurde, condamnée pour un dessin (ci-dessous) et une information qu’elle avait relayée, jetée dans la prison n° 5 de Diyarbakir, dans l’est de la Turquie.

Nuzaybin détruite (ville à majorité kurde)

En 2019, il y a eu le livre traduit par Naz Öke…

Le livre rassemble les lettres que l’artiste a adressées durant ses 600 jours d’incarcération à son amie Naz Öke, journaliste turque vivant en France et animatrice, avec Daniel Fleury, du webzine Kedistan pour la liberté d’expression.
Cette correspondance passionnée révèle une femme d’une générosité et d’une énergie exceptionnelles, une artiste surdouée, une poétesse, mais aussi une fervente militante pour la liberté des femmes et les droits des Kurdes, soucieuse des autres et du monde.

Z. Dogan

« Je pourrais te raconter tout ce qui se passe ici mais les mots me manquent pour te parler du chant de ces femmes. Pourtant, leurs voix qui s’élèvent depuis ces quatre murs et s’accrochent aux barbelés sont celles qui expriment le mieux l’emprisonnement. Ces voix, que la pluie accompagne, nous frappent au visage et chantent la révolte de l’emprisonnement, dans toute sa nudité. » (10 décembre 2018)

La jeune artiste militante nous immerge dans ce quartier de femmes et l’immense solidarité qui les lie. Découvrir le passé de ce lieu sinistrement surnommé « la geôle d’Hamed », c’est apprendre à connaître la lutte du peuple kurde depuis des décennies. C’est aussi avoir le privilège de contempler une suite d’images soustraites à la censure, dessinées au dos des lettres écrites sur du papier kraft que lui envoyait Naz Öke.

Journaliste et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décret à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres. Pendant ses années d’incarcération, elle a été soutenue par le PEN Club International et de grands artistes comme le peintre dissident chinois Ai Weiwei ou l’artiste Banksy qui a créé à Manhattan une fresque en son hommage. Elle est l’autrice de Les yeux grands ouverts (éditions Fage, 2017). Artissima (Foire italienne d’art contemporain) lui a décerné le Prix Carol Rama en 2020. Elle a reçu d’autres nombreux prix dont Printemps de liberté de presse, Allemagne, 2018, Courage in Journalism Award, USA, 2018. et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décretà la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée
cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres.

Les espionnes racontent – Chloé Aeberhardt – Aurélie Pollet – Ed. Steinkis / Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/085067-005-A/les-espionnes-racontent-genevieve-la-liste-russe-de-la-dst/

Chloé Aeberhardt

À l’origine, le livre d’investigation menée par la journaliste du Monde, Chloé Aeberhardt (R. Laffont, 2017), puis la mini-série série éponyme en six épisodes sur Arte. Ensuite, le 9è Art s’en est mêlé…

Une enquête de cinq ans durant laquelle l’auteure, conseillée par Edmond Béranger, un ancien de la DGSE, a multiplié mails et coups de fil aux services secrets français, américains, russes, israéliens et essuyé autant de refus, avant de décrocher un premier rendez-vous avec Geneviève qui, dans les années 70, travaillait à la DST. S’en suivront les rencontres avec Martha, Jonna, Gabriele, Ludmila, Yola…

« Je me suis aperçue qu’il y avait peu de livres sur les espionnes contemporaines. Il s’agissait surtout d’ouvrages historiques qui s’intéressaient toujours aux mêmes grandes figures (Mata Hari, Joséphine Baker) et avaient tendance à maintenir le mythe de l’intrigante sexy. Je me suis dit que ce serait un défi d’essayer d’aller à leur recherche et j’en ai fait une enquête. » Chloé Aeberhardt

L’enjeu de cette enquête était de casser l’image misogyne du monde de l’espionnage, notamment autour de la figure hyper « testostéronée » de James Bond où les femmes sont réduites sans complexe au rôle d’objets sexuels avec, malgré les changements dans les films récents, quelques relents révisionnistes. Ainsi, armée d’une infinie patience, Chloé Aeberhardt a réussi à entrer en contact avec diverses « retraitées » du monde de l’espionnage en tentant notamment de joindre les agences de surveillance les plus réputées, à savoir la DST en France, la DIA et la CIA aux États-Unis, le KGB en URSS, la Stasi en ex-Allemagne de l’Est, le Mossad en Israël. La représentation des agences est loin d’être exhaustive mais la diversité des profils d’espionnage permet d’avoir un panorama plus large et proche de la réalité des agents du renseignement de la seconde moitié du XXe siècle, pris dans les enjeux notamment de la Guerre froide. Il est ainsi question aussi de l’idéologie nationale et/ou patriotique au service de laquelle les espionnes ont sacrifié plus ou moins leur vie.

Le graphisme des dessins d’Aurélie Pollet – avec un code couleur différent pour chaque personnage – se situe entre réalisme et effet vintage. L’aspect documentaire est ainsi pleinement respecté, de même que l’aspect ludique de ces récits de vie traversant la géopolitique de chacun des pays évoqués.

Depuis le 28 janvier 2021 Copyright Ed. Steinkis / Arte

176 p., 20 €

Long Story Short – Simon Hanselmann – Misma Ed.

Depuis novembre 2020 – Copyright S. Hanselmann / Misma – 340 p., 35 €

Avertissement de l’auteurCe livre a principalement été conçu pour être lu aux WC. À ranger sur une étagère dans vos toilettes (couverture avec pelliculage brillant anti-éclaboussures de pipi.

Le ton est donné… Difficile d’imaginer personnages plus déjantés que ceux de Simon Hanselmann ! La structure classique des planches et le dessin d’une grande simplicité apparente ne dissimulent cependant pas la dimension « trash » de cette série inspirée par une enfance difficile, qui permet à son auteur de dépasser des traumatismes personnels tout en provoquant le rire doux-amer de ses lecteurs.

Ce nouveau livre de Simon Hanselmann est un pot-pourri de Megg, Mogg & Owl : un mélange aux effets puissants et stupéfiants qui va vous faire bien tripper ! Rassemblant des épisodes parus à droite à gauche dans divers fanzines, revues et magazines entre 2016 et 2020, on retrouve au cours des multiples saynètes sélectionnées tous les personnages qui font le succès de cette série culte dans le monde entier : Megg et Mogg, toujours accros à la fumette, qui passent leur temps à traînasser sur le canapé ; Owl, maniaque de l’ordre et de la propreté qui voit chaque fois ses efforts anéantis par la tornade Werewolf Jones et ses sales gosses. Sans oublier Mike le magicien dealer qui vit toujours chez sa mère et Booger, l’amie trans de la bande.

Planche p. 35

On se fait une joie de retrouver ces loosers finis, et en particulier Owl, grand absent du précédent opus qui nous avait tant manqué dans le rôle du parfait souffre-douleur. La série Megg, Mogg & Owl avait obtenu en 2018 le Fauve de la Série au Festival d’Angoulême pour l’album Happy fuking birthday.

Planche p. 360
Simon Hanselmann

SImon Hanselmann – Encore inconnu du paysage de la bande dessinée indépendante il y a 7 ans, ce jeune australien né en 1981, originaire de Tasmanie, adepte du travestissement s’est imposé en Europe et aux États-Unis comme un auteur incontournable.
Il vient juste de publier le quatrième volume de sa série chez le prestigieux éditeur américain Fantagraphics et son oeuvre est aujourd’hui traduite et publiée dans toutes les langues ! Et il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. Simon Hanselmann est un auteur prolifique à l’imagination inépuisable qui continue de développer et enrichir sa série jour après jour.

Claire Bretécher – Morceaux choisis – Ed. Dargaud/L’Obs

Sortie le 5 février 2021 – Visuels © Ed. Dargaud / L’Obs – 104 p., 17 €

Claire Bretécher nous a quittés le 11 février 2020 mais elle reste présente au travers de ses personnages devenus cultes grâce à son don d’observation. Au fil de ses histoires, elle s’impose comme la plus grande « humoriste-sociologue » du 9e art. Faussement simpliste, son graphisme nerveux et précis soutient parfaitement son propos lucide et sans concession – surtout quand sa cible est friquée, nombriliste et désabusée, mais plein de tendresse pour certaines femmes et à peu près tous les enfants.

Avec Cellulite, Agrippine, les Frustrés ou Les Mères, Claire Bretécher a décrit, souvent de façon lapidaire, nos ridicules, nos faiblesses et nos petits travers par le biais de formats courts qui rendaient son humour d’autant plus percutant.

SOMMAIRE

L’album est atypique et foisonnant : reportages, témoignages, photographies, planches de dessins, portraits privés (tableaux sentimentaux)…

Née le 17 avril 1940 à Nantes et précocement terrassée par l’ennui, Claire Bretécher se lance très vite dans la bande dessinée, pour s’occuper. 

Au début des années 1960, après avoir laissé tomber les Beaux-Arts parce que la bande dessinée y est persona non grata, elle enseigne le dessin pendant neuf mois, puis elle livre des illustrations dans différents journaux du groupe Bayard. 

En 1963, elle rencontre René Goscinny, qui l’invite à dessiner dans L’Os à moelle pour sa série Le Facteur Rhésus, bouleversante épopée d’un héros postal. « J‘ai été flattée de cette proposition, et puis je n’étais pas en position de refuser… Il me faisait dessiner des trucs que je ne savais pas dessiner : un ravalement d’immeuble, par exemple. Je suis nulle pour dessiner un ravalement d’immeuble ! D’ailleurs, il n’a pas été content du tout du résultat et il ne me l’a pas envoyé dire, avec courtoisie, comme toujours. Après, il m’a commandé des illustrations pour Pilote ».

© Glénat 1977

En attendant, Bretécher collabore au journal Tintin en 1965 et 1966, puis, en 1968, crée la série Baratine et Molgaga dans le mensuel Record (Bayard Presse).

© Glénat 1977

De 1967 à 1971, Spirou l’accueille, d’abord pour quelques courts récits, lesquels laissent ensuite la place aux Gnangnan, aux Naufragés (texte de Raoul Cauvin), ainsi qu’à l’éphémère Robin des foies (texte d’Yvan Delporte). En 1977, Claire refait une brève apparition dans le magazine – plus précisément dans son supplément, Le Trombone illustré – pour y raconter les mésaventures de Fernand l’orphelin (texte d’Yvan Delporte).

En 1969, elle commence, dans Pilote les aventures de Cellulite (princesse plus ou moins médiévale et féministe avant l’heure) et ses futures Salades de saison. Elle y dessine également plusieurs bandes d’actualité.

En 1972, elle participe à la création de L’Écho des savanes, avec ses amis Gotlib et Mandryka. Préfigurant ses inoubliables Frustrés, ses histoires se font plus acides.

En 1973, elle est sollicitée par la presse « chic » : Le Sauvage, pour lequel elle dessine Le Bolot occidental. Pour Le Nouvel Observateur elle livre une planche hebdomadaire, bientôt intitulée La Page des Frustrés.

C’est également à cette époque qu’elle décide de se lancer dans l’auto-édition — aventure passionnante et épuisante. Le premier album des Frustrés paraît en 1975. Après La Vie passionnée de Thérèse d’Avila (1980, réédité en 2007 chez Dargaud), elle édite en 1988 le premier album des aventures d’Agrippine (superbe prototype de l’ado), sept autres suivront.

En dehors de la bande dessinée, Claire Bretécher pratique (avec grand talent) l’art de la peinture, en témoignent les portraits hypersensibles de ses proches (ou les autoportraits) tirés de ses carnets intimes et repris dans les albums Portraits (Denöel, 1983), Moments de lassitude (Hyphen, 1999) et Portraits sentimentaux (La Martinière, 2004).

Visuels © Dargaud / LObs

Les Ogres-Dieux 4/4 : Première-née – Hubert – Bertrand Gatignol – Ed. Soleil

Depuis le 25 novembre 2020 – Copyright Hubert, B. Gatignol / Soleil, Collection Métamorphoses – 156 p., 26 €
B. Gatignol & Hubert

Du plus jeune et plus petit des géants, c’est toute l’histoire d’une famille et de ses membres qui nous a régulièrement été contée depuis 2014. Les auteurs nous proposent cette fois de remonter le temps.

On se souvient que la lignée des Ogres-Dieux était dès les deux premiers volumes en voie d’extinction, en particulier pour excès d’unions co-sanguines (voirOgres-Dieux » Tomes 1 à 3 dans Archives BdBD/Arts +). Après s’en être éloignés dans Demi-Sang et Le Grand Homme, Hubert et Bertrand Gatignol reviennent ici aux sources en nous dévoilant l’origine des géants. Un récit sans tabous, aussi somptueux que glaçant sur le déterminisme familial.

Dans cet ultime épisode, Bragante, celle par qui tout a été et sera, est maintenant âgée ; elle décide de révéler à sa petite-fille la vérité sur son histoire et celle des Géants. Au fond, qui sont-ils ?

Enfermée dans le gynécée royal dont elle n’est jamais sortie, Bragante attend la mort qui, malgré une trop longue existence, semble se refuser à elle. Celle que l’on nomme Première-Née dit comment sa naissance coûta la vie de sa propre mère, incapable de survivre à l’accouchement d’un bébé aussi gigantesque ; comment son terrible père, une fois remis de la mort de son épouse, asservit tant de femmes pour engendrer la première génération de géants ; comment Bragante devint leur mère de substitution à tous et tenta de les instruire, tout en gérant le royaume en l’absence du Fondateur, guerroyant sans cesse ; comment elle devint reine et tenta, en vain, de s’opposer à la violence et la barbarie des hommes…

Aussi somptueux graphiquement, avec ses noir profonds ou irisés et ses blanc étincelants, que captivant.

Hommage à Hubert Boulard, dit Hubert, scénariste des Ogres-Dieux, décédé en février 2020 à l’âge de 49 ans.

Patrick Dewaere « À part ça la vie est belle » – LF Bollée – Maran Hrachyan – Ed. Glénat

En librairie le 6 janvier 2021 – Copyright L.F Bollée, Maran Hrachyan (illustrations) / Glénat

« Moi je crois que plus on s’abîme, plus on est beau. »

Un après-midi d’été de l’année 1982, chez lui face à un miroir, Patrick Dewaere se saisit de son fusil .22 Long Rifle, l’enfonce dans sa bouche et tire. Une étoile filante vient de s’éteindre, il avait 35 ans.

Quelques heures auparavant, il répétait une scène du film Edith et Marcel mis en scène par Claude Lelouch (il sera remplacé par le propre fils de Marcel Cerdan). En moins de quinze ans et 37 films, Patrick Dewaere s’était imposé comme l’un des acteurs les plus brillants de sa génération, marquant de son empreinte les films dans lesquels il avait joué – allant peut-être jusqu’à s’identifier aux personnages qu’il incarnait et se fondre dans l’atmosphère du film qu’il portait.

Cher Patrick, je te le dis maintenant sans gêne et sans drame. J’ai toujours senti la mort en toi. Pire, je pensais que tu nous quitterais encore plus vite. C’était une certitude terrible que je gardais pour moi. Je ne pouvais rien faire. J’étais le spectateur forcé de ce compte à rebours. Ton suicide fut une longue et douloureuse maladie. »

Ces quelques mots, extraits d’une lettre posthume de Gérard Depardieu à celui qui déclarait « Moi je crois que plus on s’abîme, plus on est beau », éclairent avec force et justesse la fatalité d’une tragédie qui ébranla alors le cinéma français.

De son enfance complexe et douloureuse, à son ascension en tant qu’acteur, en passant par ses rencontres, ses amours et sa mort, ces planches content l’histoire d’un écorché vif, éternel enfant à la destinée rimbaldienne, où c’est ce « ça » qui faisait toute la différence…

22 €

LF Bolée

Né en 1967 à Orléans, LF Bollée se passionne très vite pour le journalisme et la bande dessinée, au point d’en faire ses deux métiers. Il signe son premier contrat de scénariste de bande dessinée à 21 ans et a déjà publié plus de soixante albums pour les plus grandes maisons d’éditions européennes. Il est le co-scénariste de La Bombe, paru en 2020, le roman graphique événement consacré à la « saga » de la bombe atomique et qui connait depuis sa sortie un immense succès critique et public. On lui doit d’autres œuvres marquantes comme Terra AustralisDeadline (avec Christian Rossi) ou le XIII Mystery Billy Stockton avec Steve Cuzor (Dargaud). Il est également le repreneur officiel du personnage de Bruno Brazil depuis 2019 (Le Lombard).

Les Soldats de Salamine – Javier Cercas – José Pablo García – Ed. Actes Sud

TRADUIT DE L’ESPAGNOL PAR ALEKSANDAR GRUJICIC.

Depuis le 7 octobre 2020 – © J. Cercas, J.P. Garcia / Actes Sud – 160 p., 22 €

Le roman de Javier Cercas devient graphique sous l’égide de José Pablo Garcìa. Il aurait dû figurer en bonne place dans les vitrines des librairies, mais rien n’interdit de pratiquer le « Click and collect » dans celle de votre quartier. Au contraire.

Le livre, dont le thème central n’est pas la Guerre civile espagnole mais ses belligérants, parle essentiellement des héros et de la possibilité de l’héroïsme. Il parle des morts et du fait qu’ils ne nous quittent pas tout à fait tant que quelqu’un se souvient d’eux*. Il parle de la quête du père, de Télémaque à la recherche d’Ulysse. Il parle aussi de l’inutilité de la vertu et de la littérature comme seule forme de salut personnel. (Actes Sud)

  • Voir Le Silence est d’ombre, BdBD/Arts + 3 novembre 2020

On se souvient de la trame du roman éponyme de Javier Cercas : dans les derniers jours de la guerre civile espagnole, l’écrivain idéologue de la Phalange espagnole, Rafael Sánchez Mazas, “le premier fasciste d’Espagne”, un des fondateurs de la Phalange avec José Antonio Primo de Rivera (1933), échappe au peloton d’exécution des troupes républicaines et parvient à s’enfuir dans la forêt. Un milicien républicain, à ses trousses, le retrouve caché dans un trou mais le laisse en vie après avoir croisé son regard pendant quelques secondes. Sánchez Mazas est ensuite aidé par des paysans catalans et parvient à survivre jusqu’à l’arrivée des troupes franquistes.

Soixante ans plus tard, un journaliste s’attache au destin des deux adversaires, qui ont joué leur vie dans un seul regard.

Ce roman-document est porté par une réflexion profonde sur l’essence même de l’héroïsme et l’inéluctable devoir de réconciliation après les horreurs d’une guerre civile fratricide. Ce chef-d’œuvre est devenu, grâce au talent de José Pablo García et à la complicité de Javier Cercas, un roman graphique à part entière. Une gageure, car la structure labyrinthique qui est le dispositif essentiel du livre, devait être sauvegardée très fidèlement.

Javier Cercas (Ibahernando, 1962) enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. Son œuvre est publiée en France chez Actes Sud. 

En 2019, il a remporté le prestigieux Prix Planeta pour son roman Terra Alta (à paraître chez Actes Sud). Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. Anatomie d’un instant a été consacré Livre de l’année 2009 par El Pais

José Pablo García (Málaga, 1982) est dessinateur de bandes dessinées. Après avoir gagné plusieurs concours nationaux, il a publié Orbita 76, d’après le scénario de Gabriel Noguera. Il est auteur de Las aventuras de Joselito et Vidas ocupadas, deux bandes dessinées de non-fiction qui abordent respectivement la vie du chanteur célèbre surnommé “le petit rossignol” et la chronique du voyage de l’auteur dans les territoires palestiniens occupés. Il a adapté des essais de Paul Preston : La guerra civil española et La muerte de GuernicaC