Archives de catégorie : Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

Esma (Double meurtre à la villa Matsuo) – Iwan Lépingle – Ed. Sarbacane

En librairie le 5 mai 2021
Copyright I. Lépingle / Sarbacane

La première fois qu’Audrey croise le regard d’Esma, par une chaude journée d’été, dans le domaine de milliardaires près de Genève dans lequel elles travaillent, une émotion forte et nouvelle lui enflamme le ventre. Alors quand la jeune Turque sans-papiers déboule chez elle au beau milieu de la nuit, dégoulinante des eaux noires du Léman, en lui disant que sa vedette de boss vient d’être noyée dans sa piscine par un mystérieux assassin, Audrey décide de la croire.

Tandis que l’enquête policière rame, que les médias se délectent de cette affaire sordide, Audrey cache sa protégée dans les villas vides du domaine. Mais le meurtrier court toujours. Et si Audrey avait manqué de discernement ? Et si le meurtrier était… une meurtrière ?

Né en 1974 à Orléans, Iwan Lépingle a fait de nombreux voyages en Asie puis a enseigné au Maroc.
Il publie en tant qu’auteur et dessinateur Kizilkum puis Rio Negro chez les Humanoïdes Associés, marqués par son goût du voyage et des grands espaces.
Une île sur la Volga est son deuxième album chez Sarbacane, après le très remarqué Akkinen zone toxique accueilli unanimement dans les médias.

Jean-Michel Basquiat – Ed Tashen, 2021

Icône des années 1980 à New York, Jean-Michel Basquiat, (1960–1988), s’est d’abord fait connaître à l’âge de 15 ans sous le pseudo «SAMO» (pour « Same all Shit », toujours la même merde), avant d’établir son atelier et de se retrouver catapulté vers le succès à 20 ans. Même si sa carrière a duré 10 ans à peine, il reste une figure culte de la critique sociale artistique et un pionnier qui a rapproché l’art du graffiti de celui des galeries.
L’album – Taschen- 20 € © 2021

« Quand je travaille, je ne pense pas à l’art, j’essaie de penser à la vie. »

Ce livre présente la brève mais prolifique carrière de Basquiat, son style unique son profond engagement dans les questions d’intégration et de ségrégation, de pauvreté et de richesse

La monographie XXL à succès, maintenant disponible dans une édition condensée. Les reproductions exceptionnelles des peintures, dessins et croquis les plus importants de Basquiat, ainsi que les textes de l’éditeur Hans Werner Holzwarth et de la conservatrice et historienne de l’art Eleanor Nairne, nous permettent d’approcher plus intimement une légende synonyme du New York des années 1980.

Autoportrait

L’œuvre de Basquiat s’est inspirée de divers médias et sources pour élaborer un vocabulaire artistique original et insistant, attaquant les structures de pouvoir et de racisme. Il mêlait dans sa pratique l’abstraction et la figuration, la poésie et la peinture et s’inspirait aussi bien de l’art grec, romain et africain que de la poésie française, du jazz ou du travail d’artistes contemporains comme Andy Warhol et Cy Twombly. Le tout donne un mélange vif et viscéral de mots, d’emblèmes africains, de silhouettes de dessin animé et de barbouillis de couleurs vives, entre autres.

Prison n°5 – Zehra Doğan – Ed. Delcourt

En librairie de 17 mars 2021 – Copyright Z. Dogan / Delcourt – 120 p., 19,99 €

« Je ne comprends pas pourquoi on nous jette dans des prisons, nous en ressortons encore plus fort-e-s. »

Communiqué : L’album est le dernier maillon d’un travail créatif et déterminé, transformant un long emprisonnement en une résistance : celle de Zehra Doğan, journaliste et artiste kurde, condamnée pour un dessin (ci-dessous) et une information qu’elle avait relayée, jetée dans la prison n° 5 de Diyarbakir, dans l’est de la Turquie.

Nuzaybin détruite (ville à majorité kurde)

En 2019, il y a eu le livre traduit par Naz Öke…

Le livre rassemble les lettres que l’artiste a adressées durant ses 600 jours d’incarcération à son amie Naz Öke, journaliste turque vivant en France et animatrice, avec Daniel Fleury, du webzine Kedistan pour la liberté d’expression.
Cette correspondance passionnée révèle une femme d’une générosité et d’une énergie exceptionnelles, une artiste surdouée, une poétesse, mais aussi une fervente militante pour la liberté des femmes et les droits des Kurdes, soucieuse des autres et du monde.

Z. Dogan

« Je pourrais te raconter tout ce qui se passe ici mais les mots me manquent pour te parler du chant de ces femmes. Pourtant, leurs voix qui s’élèvent depuis ces quatre murs et s’accrochent aux barbelés sont celles qui expriment le mieux l’emprisonnement. Ces voix, que la pluie accompagne, nous frappent au visage et chantent la révolte de l’emprisonnement, dans toute sa nudité. » (10 décembre 2018)

La jeune artiste militante nous immerge dans ce quartier de femmes et l’immense solidarité qui les lie. Découvrir le passé de ce lieu sinistrement surnommé « la geôle d’Hamed », c’est apprendre à connaître la lutte du peuple kurde depuis des décennies. C’est aussi avoir le privilège de contempler une suite d’images soustraites à la censure, dessinées au dos des lettres écrites sur du papier kraft que lui envoyait Naz Öke.

Journaliste et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décret à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres. Pendant ses années d’incarcération, elle a été soutenue par le PEN Club International et de grands artistes comme le peintre dissident chinois Ai Weiwei ou l’artiste Banksy qui a créé à Manhattan une fresque en son hommage. Elle est l’autrice de Les yeux grands ouverts (éditions Fage, 2017). Artissima (Foire italienne d’art contemporain) lui a décerné le Prix Carol Rama en 2020. Elle a reçu d’autres nombreux prix dont Printemps de liberté de presse, Allemagne, 2018, Courage in Journalism Award, USA, 2018. et artiste plasticienne kurde, Zehra Doğan est née en 1989 à Diyarbakır. Elle est l’une des fondatrices, en mars 2012, de JINHA, la première agence d’information de femmes en Turquie, fermée par décretà la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016. Elle a reçu, en 2015, le prix Metin Göktepe en récompense de son travail sur les femmes yézidies ayant échappé à Daesh, qu’elle a été l’une des premières journalistes à interviewer. Arrêtée en juillet 2016 et accusée de « propagande pour une organisation terroriste », elle sera relâchée
cinq mois plus tard et placée sous contrôle judiciaire avant d’être réincarcérée en juin 2017 et libérée le 24 février 2019. Elle vit désormais à Londres.

Claire Bretécher – Morceaux choisis – Ed. Dargaud/L’Obs

Sortie le 5 février 2021 – Visuels © Ed. Dargaud / L’Obs – 104 p., 17 €

Claire Bretécher nous a quittés le 11 février 2020 mais elle reste présente au travers de ses personnages devenus cultes grâce à son don d’observation. Au fil de ses histoires, elle s’impose comme la plus grande « humoriste-sociologue » du 9e art. Faussement simpliste, son graphisme nerveux et précis soutient parfaitement son propos lucide et sans concession – surtout quand sa cible est friquée, nombriliste et désabusée, mais plein de tendresse pour certaines femmes et à peu près tous les enfants.

Avec Cellulite, Agrippine, les Frustrés ou Les Mères, Claire Bretécher a décrit, souvent de façon lapidaire, nos ridicules, nos faiblesses et nos petits travers par le biais de formats courts qui rendaient son humour d’autant plus percutant.

SOMMAIRE

L’album est atypique et foisonnant : reportages, témoignages, photographies, planches de dessins, portraits privés (tableaux sentimentaux)…

Née le 17 avril 1940 à Nantes et précocement terrassée par l’ennui, Claire Bretécher se lance très vite dans la bande dessinée, pour s’occuper. 

Au début des années 1960, après avoir laissé tomber les Beaux-Arts parce que la bande dessinée y est persona non grata, elle enseigne le dessin pendant neuf mois, puis elle livre des illustrations dans différents journaux du groupe Bayard. 

En 1963, elle rencontre René Goscinny, qui l’invite à dessiner dans L’Os à moelle pour sa série Le Facteur Rhésus, bouleversante épopée d’un héros postal. « J‘ai été flattée de cette proposition, et puis je n’étais pas en position de refuser… Il me faisait dessiner des trucs que je ne savais pas dessiner : un ravalement d’immeuble, par exemple. Je suis nulle pour dessiner un ravalement d’immeuble ! D’ailleurs, il n’a pas été content du tout du résultat et il ne me l’a pas envoyé dire, avec courtoisie, comme toujours. Après, il m’a commandé des illustrations pour Pilote ».

© Glénat 1977

En attendant, Bretécher collabore au journal Tintin en 1965 et 1966, puis, en 1968, crée la série Baratine et Molgaga dans le mensuel Record (Bayard Presse).

© Glénat 1977

De 1967 à 1971, Spirou l’accueille, d’abord pour quelques courts récits, lesquels laissent ensuite la place aux Gnangnan, aux Naufragés (texte de Raoul Cauvin), ainsi qu’à l’éphémère Robin des foies (texte d’Yvan Delporte). En 1977, Claire refait une brève apparition dans le magazine – plus précisément dans son supplément, Le Trombone illustré – pour y raconter les mésaventures de Fernand l’orphelin (texte d’Yvan Delporte).

En 1969, elle commence, dans Pilote les aventures de Cellulite (princesse plus ou moins médiévale et féministe avant l’heure) et ses futures Salades de saison. Elle y dessine également plusieurs bandes d’actualité.

En 1972, elle participe à la création de L’Écho des savanes, avec ses amis Gotlib et Mandryka. Préfigurant ses inoubliables Frustrés, ses histoires se font plus acides.

En 1973, elle est sollicitée par la presse « chic » : Le Sauvage, pour lequel elle dessine Le Bolot occidental. Pour Le Nouvel Observateur elle livre une planche hebdomadaire, bientôt intitulée La Page des Frustrés.

C’est également à cette époque qu’elle décide de se lancer dans l’auto-édition — aventure passionnante et épuisante. Le premier album des Frustrés paraît en 1975. Après La Vie passionnée de Thérèse d’Avila (1980, réédité en 2007 chez Dargaud), elle édite en 1988 le premier album des aventures d’Agrippine (superbe prototype de l’ado), sept autres suivront.

En dehors de la bande dessinée, Claire Bretécher pratique (avec grand talent) l’art de la peinture, en témoignent les portraits hypersensibles de ses proches (ou les autoportraits) tirés de ses carnets intimes et repris dans les albums Portraits (Denöel, 1983), Moments de lassitude (Hyphen, 1999) et Portraits sentimentaux (La Martinière, 2004).

Visuels © Dargaud / LObs

Les Ogres-Dieux 4/4 : Première-née – Hubert – Bertrand Gatignol – Ed. Soleil

Depuis le 25 novembre 2020 – Copyright Hubert, B. Gatignol / Soleil, Collection Métamorphoses – 156 p., 26 €
B. Gatignol & Hubert

Du plus jeune et plus petit des géants, c’est toute l’histoire d’une famille et de ses membres qui nous a régulièrement été contée depuis 2014. Les auteurs nous proposent cette fois de remonter le temps.

On se souvient que la lignée des Ogres-Dieux était dès les deux premiers volumes en voie d’extinction, en particulier pour excès d’unions co-sanguines (voirOgres-Dieux » Tomes 1 à 3 dans Archives BdBD/Arts +). Après s’en être éloignés dans Demi-Sang et Le Grand Homme, Hubert et Bertrand Gatignol reviennent ici aux sources en nous dévoilant l’origine des géants. Un récit sans tabous, aussi somptueux que glaçant sur le déterminisme familial.

Dans cet ultime épisode, Bragante, celle par qui tout a été et sera, est maintenant âgée ; elle décide de révéler à sa petite-fille la vérité sur son histoire et celle des Géants. Au fond, qui sont-ils ?

Enfermée dans le gynécée royal dont elle n’est jamais sortie, Bragante attend la mort qui, malgré une trop longue existence, semble se refuser à elle. Celle que l’on nomme Première-Née dit comment sa naissance coûta la vie de sa propre mère, incapable de survivre à l’accouchement d’un bébé aussi gigantesque ; comment son terrible père, une fois remis de la mort de son épouse, asservit tant de femmes pour engendrer la première génération de géants ; comment Bragante devint leur mère de substitution à tous et tenta de les instruire, tout en gérant le royaume en l’absence du Fondateur, guerroyant sans cesse ; comment elle devint reine et tenta, en vain, de s’opposer à la violence et la barbarie des hommes…

Aussi somptueux graphiquement, avec ses noir profonds ou irisés et ses blanc étincelants, que captivant.

Hommage à Hubert Boulard, dit Hubert, scénariste des Ogres-Dieux, décédé en février 2020 à l’âge de 49 ans.

La cage dorée (suivi de) Des ailes d’argent de Camilla Läckberg, lu par Odile Cohen – Ed. Actes Sud AUDIO

ou « La vengeance d’une femme est douce et impitoyable »

Depuis le 4 novembre 2020 – 8h55 d’écoute – 2 CD – 23,99 € – 7h30 d’écoute env. Uniquement numérique.
Depuis le 11 septembre 2019 – 10h30 d’écoute, 2 CD – 25 €

Dans le premier volume du diptyque, nous suivons l’itinéraire d’une jeune femme prête à tout pour être quelqu’un et oublier, autant que faire se peut, son enfance martyrisée. Mais se remet-on un jour de ce genre de traumatisme ou bien ressurgit-il sous une autre forme, comme une tumeur qu’on ne peut extirper ?

Au début, Faye est prête à se transformer en Lolita pour satisfaire les fantasmes sexuels de son époux vénéré, qui ne la touche plus depuis longtemps ; prête à s’écraser, et même à en redemander, lorsqu’il l’humilie ; prête à se couper de son unique amie et soutien, Chris, qui n’a pas eu l’heur de plaire à son seigneur et maître.

De même qu’avant d’être emprisonnée dans cette cage dorée, elle avait admis qu’on la traite de « petite pute bouseuse » pour une simple histoire de rivalité amoureuse, et surtout parce qu’elle était née dans une petite ville du fin fond de la Suède. Ou bien, quelques temps après, lorsqu’elle était entrée à Sup de Co Stockholm, elle avait accepté de se plier au rituel d’intégration qu’elle redoutait tant, rien que pour être « des leurs ».

Faye est comme une poupée qui dit « Oui », « Merci », « Encore » au moindre claquement de doigts de son richissime époux. Elle prend son mal en patience et se contente de lui trouver des excuses : il travaille tellement !

Mais lorsqu’il la quitte pour sa jeune collaboratrice et qu’il décide, avec la brutalité que le caractérise, que c’est lui qui aura la garde de leur enfant, ne laissant à Faye que ses yeux pour pleurer et une valise contenant ses vêtements, l’amour qu’elle avait pour lui se transforme en haine…

Camilla Läckberg
Tome 2

Faye n’est pas au bout de ses peines, cependant elle a su prouver qu’elle s’est forgé une carapace qui devrait lui permettre de faire face à ce qui l’attend…

Pour l’heure, son époux a payé le prix fort pour ses turpitudes et elle mène la belle vie à l’étranger. Mais au moment où elle pense que tout est enfin rentré dans l’ordre, sa petite bulle de bonheur est de nouveau menacée. L’entreprise qu’elle a créée – et baptisée Revenge – est sur le point de s’implanter aux États-Unis, lorsqu’elle découvre que de nombreuses actions sont vendues dans son dos, mettant en péril son existence même. Contrainte de retourner à Stockholm, Faye risque de voir l’œuvre de sa vie anéantie. Pour couronner le tout, les fantômes inexorables de son passé semblent être encore loin d’avoir étanché leur soif de sang. Avec l’aide d’une poignée de femmes triées sur le volet, elle va désespérément tenter de sauver ce qui lui appartient – et la vie de ceux qu’elle aime.

La suite appartient à celles et ceux qui découvriront ce diptyque résolument féministe, écrit dans le prolongement du mouvement #MeToo.

https://actessudaudio.boutique.edenlivres.fr/fr/products/des-ailes-d-argent-34fb82ec-62d5-44d5-bca0-473ae8da2ff1

A. C.

PS. Souvenez-vous que le sous-titre du roman de Camilla Läckberg est « La vengeance d’une femme est douce et impitoyable » !

Homophonie – Karine Naccache – Serge Bloch – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 30 octobre 2020 – Copyright K. Nakache, S. Bloch / Joie de Lire – 96 p., 18,90 €

Raymond Devos

Beaucoup de souviennent d’un jongleur de mots qui pratiquait volontiers l’homophonie, d’autres le découvriront au travers de cet extrait de sketch pour le moins kafkaïen.

(…) Pour Caen, quelle heure ?  / Pour où ? / Pour Caen ! / Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où ? / Comment vous ne savez pas où est Caen ? / Si vous ne me le dîtes pas ! / Je vous ai dit Caen ! / Oui, mais vous ne m’avez pas dit où ! / Monsieur, je vous demande une petite minute d’attention. Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs de cars pour Caen ! (…)

Tendez l’oreille et ouvrez l’œil, de drôles de mots se sont donnés rendez-vous dans de drôles de fables (une trentaine) et vous invitent à partir à leur découverte. Des fables qui, par exemple, mettent en lumière la mite boulimique d’étoffes et le mythe qui se nourrit de légendes, la mûre et le mur, le foie et la fois, l’ancre et l’encre, le phare et le fard, et qui auront tôt fait d’entraîner leurs lecteurs et lectrices dans une farandole de mots et d’images.

Qui sait si les plus anciens résisteront à la tentation de faire croire à leurs petits choux qu’ils sont nés dans un chou ?

Malicieux, loufoque et joliment illustré par Serge Bloch.

A. C.

Renaud « Putain d’expo » – Philarmonie de Paris

du 16 octobre 2020 au 2 mai 2021 – 221 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris M° Porte de Pantin 01 44 84 44 84 – Se reporter au site de la Cité de la Musique pour les infos complémentaires : https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/exposition/22596-renaud-putain-dexpo

Visuels copyright Philharmonie, Musée de la Musique

« C’est pas un Olympia pour moi tout seul, mais une « putain d’expo ! » juste pour mézigue que vous allez zieuter… Et au Musée de la musique, s’il te plaît ! Moi qui connais trois accords de guitare je trouve ça zarbi, mais bon, j’dis rien. Ce s’rait une sorte de rétrospective de ma vie de chanteur, y paraîtrait. Un pote m’a dit que ça « sentait le sapin » mais j’m’en tape un peu, j’aime cette odeur qui me rappelle les doux Noëls de mon enfance. Une expo de son (mon) vivant – ou ce qu’il en reste – c’est franchement pas ordinaire, faut bien dire. C’est beaucoup d’honneur pour un chanteur énervant qu’a pas encore tout à fait calanché et qui compte bien ne jamais arriver à ce manque de savoir-vivre, comme disait ce bon Alphonse… « Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard », déclarait le poète, et c’est un peu cet exercice agité, livré à ses enthousiasmes et à ses désenchantements, que mes gentils apologistes ont voulu mettre en avant dans cette exposition qui porte le nom du plus vieux métier du monde pour honorer le plus beau de tous : le mien ! »
Renaud, juin 2020

Mis à part celles et ceux de la « jeune classe » qui n’ont jamais balancé à leur pote « T’vas voir la gueule à la récré. » ou « Casse-toi tu pues et marche à l’ombre », il y a de fortes chances que ces sommations, qui ont fait entrer dans le langage courant de nouvelles expressions, renvoient les moins jeunes à leur jeunesse, au temps où Renaud dans toute la force des 25 ans bousculait la variété française.

Plus tard, il y eut cette image d’un homme que la gloire avait probablement cueilli trop trop tôt et trop fort, celle d’un Renaud bouffi par l’alcool qui faisait mal à voir et que les plateaux de télévision se plaisaient à exhiber.

Cette expo lui restitue sa splendeur.

A.C.

Extrait du communiqué de presse. 

Dans la tradition des chanteurs de rue qui poussent la goualante des faubourgs, Renaud commence au début des années 1970 par chanter sur les marchés, dans les rues et les cours d’immeuble. Accompagné à l’accordéon par son ami Michel Pons, il reprend Bruant, Fréhel et le répertoire de la chanson réaliste, mais chante aussi des morceaux de sa propre composition. Dans la rue, il faut retenir le public parce qu’il n’est pas acquis, mais il est ainsi possible de s’exprimer sans contrainte : Renaud invente sa voix. Quittant la rue pour les cafés concerts, le chanteur fait alors les premières parties de Coluche, son camarade comédien du Café de la gare. Imposant son répertoire et sa gouaille, il finit par enregistrer son premier disque Amoureux de Paname en 1975. Sur celui-ci figure « Hexagone », chanson culte, fédératrice de toutes les révoltes et de toutes les colères. 

Grâce à l’emploi de l’argot et du verlan, les chansons de Renaud manifestent une relation permanente à la société, en même temps qu’elles font preuve d’une extraordinaire créativité linguistique. «J’aime la langue française. C’est pour ça que je me permets parfois de la maltraiter comme une vieille dame un peu trop rigide. » Contre le langage institutionnalisé, Renaud impose le langage oral entre parodie, transformations lexicales, jeux de mots et registre de langue. Cette subversion linguistique et sa dimension ludique font la griffe du Renaud parolier.

À vingt-cinq ans, Renaud affiche une silhouette de personnage de bande dessinée : jambes arquées, foulard rouge et cuir noir. Il semble tout droit sorti des fictions musicales qu’il met en scène depuis le succès de « Laisse béton » en 1977. Son paysage imaginaire repose cependant sur une observation attentive de l’évolution de la société au tournant des années 70 : la ville, son béton, l’opposition entre bourgeois et habitants des grands ensembles. Avec tendresse et dérision, ses « chansons-histoires » héroïsent la zone et la banlieue avec ses codes : virées en mobs, bastons et bistrots ; elles jonglent avec les mots et transforment l’argot et le verlan en respiration poétique. Les personnages sont si vivants que Renaud les tutoie et le public s’y reconnaît. 

L’exposition explore les différents répertoires de l’artiste : Renaud le révolté, Renaud le poète-portraitiste, Renaud l’engagé et Renaud l’amoureux de l’enfance. 

Pour incarner ces différents univers, l’exposition se déploie à travers une série de décors réalisés par Gérard Lo Monaco, l’auteur de nombreux décors de scène de l’artiste. 

Elle présente des documents rares : archives familiales, manuscrits, objets de la collection personnelle de l’artiste, dessins, planches de bande dessinée et maquettes de décors.

Si l’exposition dévoile la profondeur d’un artiste engagé, elle témoigne aussi de son impertinence et de son humour. Poétique et colorée, elle est accessible à toutes les générations.

Elle se poursuivra dans l’enceinte du Musée de la musique avec une projection de Renaud en concert.

Kent State « Quatre morts dans l’Ohio » – Derf Backderf – Ed. çà & là

En librairie le 10 septembre 2010 – Copyright D. Backderf / ça & là – 288 p. , 24 €

Ce qu’en dit l’éditeur (communiqué de presse) :

50 ans après les événements tragiques de la manifestation de Kent State, Backderf livre un récit historique magistral et poignant.

Après Mon Ami Dahmer et Trashed* (BdBD, nov. 2015), l’auteur américain Derf Backderf réalise un magistral documentaire historique sur les années 1970 et la contestation contre la guerre du Vietnam.

Kent State relate les événements qui ont mené à la manifestation du 4 mai 1970 et à sa violente répression sur le campus de cette université de l’Ohio. Quatre manifestants, âgés de 19 à 20 ans, furent tués par la Garde nationale au cours de cette journée. Cet événement marqua considérablement les esprits et provoqua des manifestations gigantesques dans tout le pays avec plus de quatre millions de personnes dans les rues, marquant un retournement de l’opinion publique sur l’engagement américain au Vietnam.

L’auteur avait 10 ans à l’époque des faits. Il a vu des troupes traverser sa ville en 1970, et il a été profondément marqué par la répression sanglante de la manifestation du 4 mai. Dans Kent State, il brosse le portrait des étudiants qui seront tués au cours de la manifestation ainsi que celui d’un membre de la Garde nationale. Sa description détaillée de la journée du 4 mai 1970, montre comment l’incompétence des responsables locaux a débouché sur une véritable boucherie.

Derf Backderf a consacré trois ans à la réalisation de Kent State, il a réalisé un véritable travail journalistique et interviewé une dizaine de personnes ayant participé à la manifestation. Kent State est un récit extrêmement prenant, poignant, une leçon d’histoire et une démonstration implacable de l’absurdité de l’utilisation de la force armée pour contrôler des manifestations.


Parution simultanée aux États-Unis et en France en septembre 2020

Ce qu’en ont dit nos confrères :

« Un récit documentaire remarquable. » François Busnel, France Inter

« Cette chronique magistralement réalisée d’un moment décisif de l’histoire des États-Unis est également une émouvante oraison funèbre à la mémoire des victimes. » Publishers’ Weekly

« Un roman graphique documentaire poignant et très approfondi. » The New Yorker

 » Déjà auteur du mémorable « Mon ami Dahmer » consacré à la vie d’un serial-killer, le dessinateur n’en finit plus de mettre du sel sur les plaies de l’Amérique. » Les Inrockuptibles

« Un pur travail d’enquêteur. » Brain

« Derf Backderf réussit à allier un point de vue littéraire, une maîtrise artistique et la quête de la vérité. Rares sont les travaux d’une telle cohérence. » Zoo

Un train d’enfer – Erwan Manac’h – Gwenaël Manac’h – Ed. La ville brûle

Copyright E. & G. Manac’h / La ville brûle – En librairie le 11/09/2020
136 pages • 18 €

À première vue, le sujet de la BD ne semble pas très glamour : « préparer la SNCF à l’ouverture à la concurrence, ce qui signifie nouveau modèle de management, nouvelle organisation, nouveaux tarifs« …

Pas très glamour, mais plutôt prometteur quand on connaît le duo de choc que forment, chacun dans sa spécialité, les « Manac’h Brothers ».

L’un, le journaliste Erwan Manac’h, est parti à la rencontre des salariés de la SNCF, et jusque dans les couloirs du Pouvoir, pour nous permettre de comprendre les transformations à l’œuvre dans le transport ferroviaire.

Cette enquête citoyenne et politique, parue dans Politis en 2019 interrogeait et interroge plus encore aujourd’hui notre avenir : alors que l’urgence climatique devrait être une préoccupation constante des pouvoirs publics, comment expliquer que l’on sacrifie le seul mode de transport écologique ?
Qu’en est-il réellement du statut de cheminot ?
Quels sont les enjeux qui sous-tendent l’ouverture à la concurrence ? Au terme de cette enquête, se dessine la genèse d’une crise aiguë qui souligne les ressorts cachés
et les logiques invisibles qui régissent notre économie.

Quant au second, Gwenaël Manac’h, il s’est emparé de son porte-mine, de son tire-ligne, de ses encres de Chine couleur, de son curvimètre, de son compas à balustre… et s’est lancé, à la vitesse qui lui convenait mais sûrement pas à 100 à l’heure, dans les illustrations de la version BD du reportage extrêmement fouillé et sans concessions d’Erwan Manac’h.

La rectitude de l’un associée au coup de crayon percutant de l’autre, cela donne envie d’en savoir plus. Et puis, ne sommes-nous pas toutes et tous concerné-e-s ?

LES AUTEURS

Erwan Manac’h
Né en 1987, il est journaliste à Politis depuis 2011, responsable de la rubrique économique et social et auteur de plusieurs enquêtes sur les nouvelles méthodes de management. Depuis de nombreuses années, il enquête sur les conséquences, notamment sociales, de l’ouverture à la concurrence de la SNCF.

Gwenaël Manac’h
Né en 1990, il est auteur de bande dessinée et illustrateur, diplômé de l’ESA Saint-Luc. Sa première BD intitulée La cendre et le trognon est parue chez Six pieds sous terre en
janvier 2019.

Quimby the Mouse – Chris Ware – Ed. L’Association

Coup d’œil dans le rétro (janv. 2010)

Quimby the Mouse est un album kaléidoscopique constitué de travaux que Chris Ware publia au début des années 1990 dans The Acme Novelty Library, une revue qu’il avait lui-même créée.

En France, son terrain d’exploration graphique hors normes attire rapidement l’attention des éditions L’Association, qui à leur tour s’en emparent.

Album inclassable parmi les inclassables, au contenu éclectique, loufoque, complexe, Quimby The Mouse est, au gré de l’humeur de son auteur, composé de bandes dessinées animalières (Larry le chat), de héros masqués (type Superman), d’anti-héros (Jimmy Corrigan), de fac-similés de The Acme, d’encarts publicitaires détournés, de conseils « scientifiques » déjantés et de mille autres choses encore.

Chris Ware ©
Chris Ware ©

Les planches, majoritairement en noir et blanc, alternent avec celles aux couleurs fortes ou bien tirant sur le pastel. Les unes sont d’une densité foisonnante – 40 à 70 cases par planche, voire plus (prévoyez une bonne loupe !), les autres sont plus minimalistes, comme si Chris Ware avait voulu laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle. Avec ou sans loupe, la surprise est au détour de chaque page : scènes potaches, impertinence, pertinence, autodérision, amertume, réminiscences…

En résumé, que vous soyez ou non familier de l’univers baroque de Chris Ware, équipez-vous et partez le nez au vent à l’aventure ! 68 p., 33 € – 30×40 cm

Anne Calmat

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Chris Ware ©
Extrait de {Quimby the Mouse}, Chris Ware
Chris Ware ©



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Livre audio : Femmes sans merci – Camilla Läckberg – Odile Cohen – Actes Sud

Sortie du livre et du livre audio le 3 juin 2020 –
Archives sept. 2019

Où l’on retrouve Camilla Läckberg et son interprète, Odile Cohen.

Ici la violence qui s’exprimait dans La cage dorée a monté de plusieurs crans. Les héroïnes de Femmes sans merci vont peut-être mettre un peu de temps avant de décider que leurs bourreaux ne méritent pas de vivre, mais aucune ne faiblira le moment venu.

Odile Cohen
Camilla Läckberg

Le livre est construit comme un puzzle dont les pièces dévoilent peu à peu des moment vie de trois femmes : Viktoria, Birgitta et Ingrid. Elles ont en commun d’être à la merci d’un époux qui les maltraite. Si deux d’entre-elles se côtoient, chacune ignore ce que l’autre subit. Il y a le malotru, l’obscène revendiqué qui prend celle qui partage sa vie pour une esclave sexuelle doublée d’un paillasson ; il y le sadique qui veille à ne pas frapper là où les ecchymoses pourraient se remarquer ; il y a aussi l’arriviste, celui qui « se sert », qui exploite, puis trahit sans le moindre état d’âme celle qui lui a tout donné.

Sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, ces trois-là ne verront rien venir…

Qui a écrit La vengeance est un plat qui se mange froid ?

A.C. – 3 h17 d’écoute, 15,99 €

Livres lus : Olivier Py – Elisabeth Mazev – Actes Sud audio

Parution simultanée de la nouvelle édition des Mille et Une définitions du théâtre, chez Actes Sud-Papiers. audio, mai 2020 – Copyright Actes Sud

Notre rencontre audio avec l’auteur et son interprète débute par ces mots :

Pour écouter ce livre, il faut accepter qu’il n’a pas de chronologie et qu’il peut être lu dans tous les sens, que ce qui est appelé ici théâtre n’est pas entièrement circonscrit à l’art dramatique, qu’il formule obstinément les potentialités révolutionnaires ultimes, qu’il s’agit d’un livre sur la vérité comme expérience, que les dialogues présentés ici sont des exercices pratiques, qu’il n’appartient à aucune forme littéraire, qu’il est pour la jeunesse un poison mortel (…)

Enivrons-nous donc – sans distinction d’âge – de ce « poison mortel », jusqu’à nous retrouver 210 minutes plus tard face à un ultime aphorisme, le mille et unième, qui dit : Le théâtre est le piège où je prendrai la conscience du roi.

Les Mille et une définitions du théâtre est donc tout à la fois un recueil d’aphorismes, une anthologie poétique et une suite de réflexions dramaturgiques, au cours desquelles les deux complices se donnent la réplique avec une jubilation évidente.

http://boulevarddelabd.com/wp-content/uploads/2020/05/2012.11.11_02.09_01.mp3

Elle et lui nous font voyager à travers les siècles et, tels d’habiles jongleurs, ils manient l’envolée lyrique, le persiflage, la métaphore, ou bien sèment à tous vents références littéraires et historiques. On ressort comblé de cette immersion dans ce puits (presque) sans fond de méditations et de souvenirs propres à nous offrir de beaux moments d’évasion.

Le théâtre est ce qui permettra à d’aucuns de dire au dernier soir : J’ai vécu ! Et ils le diront certainement avec une sorte de rage endiablée, de sourire vainqueur. Et la mort y verra une suprême impolitesse.

Anne Calmat

Durée d’écoute : 3h34 / Prix : 14,99€


Lecture dans la maison Jean Vilar de quelques unes des « Mille et une définitions du théâtre » par Olivier Py et Elizabeth Mazev, festival d’Avignon 2013.

Écrivain, metteur en scène et comédien, Olivier Py crée ses propres textes depuis 1988 avec sa compagnie, L’Inconvénient des boutures. Directeur du CDN d’Orléans/Loiret/Centre de 1988 à 2007, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris de 2007 à 2012, il dirige le Festival d’Avignon depuis septembre 2013. Olivier Py a publié quatre romans chez Actes Sud. L’essentiel de son œuvre théâtrale est éditée chez Actes Sud-Papiers.

“Montée” à Paris à vingt ans avec son ami d’enfance Olivier Py, Élizabeth Mazev participe durant vingt ans à ses créations. Son chemin croise également celui de Jean-Luc Lagarce, Valère Novarina, David Lescot, Caterina Gozzi, François Berreur… Ses textes sont édités aux Solitaires Intempestifs.

Livres lus : L’accompagnatrice – Nina Berberova – Jeanne Moreau – Actes Sud audio

La lecture à haute voix, par les auteurs ou par les comédiens, fait depuis longtemps partie de la culture d’Actes Sud.  Au-delà du livre imprimé, il s’agit de continuer à servir les textes, de les faire découvrir sous une autre forme, celle de l’oralité. 

La collection de livres audio d’Actes Sud se propose de rendre accessibles les livres de son catalogue aux lecteurs, de plus en plus nombreux, désireux de faire l’expérience de l’écoute d’une œuvre. La lecture en est confiée à des comédiens confirmés et de renom. Chaque titre de la collection est conçu de façon spécifique par une direction artistique, et en étroite collaboration avec les auteurs français – certains d’ailleurs lisent eux-mêmes leur texte. Des bonus peuvent aussi proposés, comme par exemple l’interview de Laurent Gaudé, menée par Guillaume Gallienne. (voir Archives*)

En quelques scènes où l’économie des moyens renforce l’efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d’une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre ; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d’Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l’amour et de la haine. Virtuose de l’implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l’antagonisme sournois des classes sociales et l’envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s’exiler définitivement aux Etats-Unis.

Née à Saint-Pétersbourg en 1901, Nina Berberova est morte à Philadelphie en 1993. Son oeuvre de fiction lui a valu une réputation internationale peu de temps après sa découverte par Actes Sud en 1985 et la publication de L’Accompagnatrice. Nina Berberova a également écrit des ouvrages biographiques dont le plus connu est à coup sûr C’est moi qui souligne, son autobiographie. Toute son oeuvre a été publiée par Actes Sud.

Jeanne Moreau (1928-2017) a accompagné les plus grands réalisateurs de cinéma et metteurs en scène de théâtre. Guidée par son immense curiosité, elle mène une riche carrière, qui la conduira à être chanteuse, auteure et réalisatrice. Comédienne reconnue, elle obtient de nombreux prix, dont le César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann. Présidente du Festival de Cannes et officier de la Légion d’honneur, elle n’a eu de cesse de transmettre son énergie et son savoir.

14 € – 2’55 » (depuis le 1er avril)

  • Salina de Laurent Gaudé, lu par Guillaume Gallienne
  • La cage dorée de Camilla Lãckberg, lu par Odile Cohen
  • Le Mur invisible de Marlen Haushofer, lu par Marie-Ève Dufresne

Terra Migra – Pef, Marc-Olivier Dupin et la Maîtrise de Radio France – Ed. Gallimard Jeunesse

Depuis mars 2020 – Copyright Radio France, Gallimard Jeunesse, Pef. M-O Dupin – COMMUNIQUÉ

Je suis Terra Migra, mes sourires sont faits de fleurs, des chants d’oiseaux. Mes sont de sel dans les rives lointaines »

Ainsi s’adresse notre planète à deux personnages que le hasard a fait se rencontrer. L’un, Cétainsy, est fataliste, l’autre, Folespoir, est ouvert au monde. Le monde de Terra Migra est celui des migrants, vivants ou en grand danger d’oubli. De quelle histoire présente ou disparue viennent-ils ?

Le texte, illustré par Pef, et la musique composée par Marc-Olivier Dupin – une superbe partition symphonique aux multiples influences – sont sublimés par trois chanteurs, un chœur d’enfants et huit violoncelles. Ils évoquent de manière extrêmement sensible et juste la peur de l’autre, le racisme, les guerres, les migration, la Terre-Mère.

Durée du CD 35′ – 35 p., 20 €

Voir également « Migrants »(BdBD 14 février 2020)

Angoulême : Prix Konishi – expo Yoshiharu Tsuge

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême continue de mettre à l’honneur le manga japonais, avec notamment deux expositions consacrées à Yoshiharu Tsuge et Yukito Kishiro. Inio Asano, auteur de DeadDead Demon’s Dededede Destruction, Grand Prix Konishi 2019 pour la traduction de mangas, sera également présent. Cette année encore la cérémonie se déroulera le vendredi 31 janvier à partir de 17 h 15 sur la scène du Manga City, situé à proximité de la gare. Le nom du ou de la lauréate de cette troisième édition y sera dévoilé.

Pleins feux sur Yoshiharu Tsuge

Cette toute première exposition consacrée à Yoshiharu Tsuge, s’appuyant sur un grand nombre d’originaux, proposera une exploration de la poétique, mais aussi des thèmes et du rôle historique de cette figure majeure de la bande dessinée mondiale.

À 17h40, la cérémonie sera suivie, toujours sur la scène du Manga City, d’une rencontre exceptionnelle autour de l’œuvre du mangaka, avec Léopold Dahan, à la fois traducteur et commissaire de l’exposition qui lui est dédiée. Léopold Dahan y présentera son travail de traduction sur Les fleurs rouges et La vis, les difficultés rencontrées sur ces traductions, les solutions trouvées, les particularités de l’écriture de Yoshiharu Tsuge. Autant d’anecdotes savoureuses qui permettront à un public non-japonisant de découvrir les problématiques concrètes et quotidiennes auxquelles est confronté un traducteur de manga. Cette rencontre, placée sous la houlette de Xavier Guilbert, membre du Grand Jury du Prix Konishi Manga 2020 et commissaire de l’exposition Yoshiharu Tsuge, reviendra aussi plus largement sur l’œuvre du maître, son charme et son originalité.

Où l’on (re)découvre L’Homme sans talent

Ce qu’en dit l’éditeur. « Chef-d’œuvre : voilà un mot bien galvaudé, mais amplement mérité par ce magnifique joyau noir qu’est L’Homme sans talent. Initialement publiée dans les années 80 au Japon, puis traduite en français en 2004, cette œuvre emblématique du watakushi manga («bande dessinée du Moi») n’était plus disponible depuis de nombreuses années ; les éditions Atrabile sont incroyablement fières et heureuses de pouvoir donner une nouvelle vie à ce livre qui mérite d’être lu et relu. Ed. Atrabile, nov. 2018

Copyright Y. Tsuge/ Ed. Atrabile – Traduction de Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet. Adaptation graphique de Frédéric Boilet.
Préface de Stéphane Beaujean.et Léopold Dahan.
Copyright Y. T./ Ed. Atrabile
Copyright Y. T./ Ed. Atrabile

Le personnage central en est un auteur de manga, intègre et jusqu’au-boutiste, qui refuse les compromis et les travaux de commande. Face aux vicissitudes de l’existence, il paraît décidé à faire de sa vie une étrange ode à l’échec en vendant des cailloux piochés dans la rivière, dont personne ne semble vouloir. Lentement mais sûrement, il se met lui-même au ban d’une société qui ne l’intéresse plus, comme un laissé-pour-compte volontaire. Ne répondant que mollement aux injonctions répétées de sa femme, qui le conjure de trouver une solution à leur situation et donner enfin une vie digne à sa petite famille, cet «homme sans talent» persévère, bricole et s’enfonce lentement dans la précarité et une certaine misère sociale… Au fil des pages, Yoshiharu Tsuge transforme ce ratage annoncé en un poème lancinant, un véritable éloge de la fuite et une belle invitation à célébrer l’immanence des choses, le tout porté par une touche d’humour et d’ironie salvatrice. Figure emblématique du manga d’auteur, malgré tout peu connu chez nous, Yoshiharu Tsuge est un des auteurs les plus respectés, révérés et étudiés au Japon.

Copyright Y. T./ Ed. Atrabile

L’Homme sans talent, dans sa précédente édition, avait été nommé en 2005 au 32e Festival d’Angoulême pour le prix du Meilleur album de l’année. Il avait également remporté un succès aussi bien public que critique. Pas loin de quinze ans après sa première publication en France, gageons que ce titre mythique devrait à nouveau conquérir bien des lecteurs…

224 p., 22€

Amy Winehouse for ever

Editions Taschen – Copyright Blake Wood / Taschen

«Ce n’est en rien une histoire sombre ou tragique comme les médias l’ont faussement rapporté. Elle était une âme exceptionnelle et aimante qui remporta des victoires personnelles incroyables, et c’est ce que je vois dans ces images.» 

Blake Wood

Quand en 2007, au lendemain d’une rupture, le photographe américain de 22 ans, Blake Wood, arrive à Londres, un ami commun lui présente Amy Winehouse. La chanteuse à la voix brute et sensuelle, qui vient de remporter cinq Grammy Awards pour son album de 2006, Back to Black, est alors au sommet de sa gloire, mais elle se débat dans une relation sentimentale compliquée et vit difficilement l’attention permanente que lui portent les médias. Unis par une même créativité et des histoires personnelles similaires, Wood et Winehouse bâtissent rapidement une amitié profonde, et ne se quitteront plus pendant deux ans.

Les images de Winehouse en concert à Paris ou jouant de la batterie dans le studio aménagé chez elle à Camden Town, à Londres, côtoient les portraits tendres de la jeune femme insouciante et détendue à Sainte-Lucie, ou charmeuse devant l’appareil photo, pour composer ce journal intime de la diva de la soul au moment où elle était l’une des voix les plus célèbres sur la planète.

L’histoire de cette étroite collaboration émotionnelle se raconte à travers l’objectif de son confident, au fil de 85 photos couleur et noir et blanc, la plupart inédites, qui révèlent l’amour, la confiance et le respect qu’ils se vouaient l’un à l’autre. Guidé par un texte de la célèbre critique de la culture pop, Nancy Jo Sales, découvrez une facette rare et plus légère de cette icône regrettée, totalement elle-même sous le regard de son ami, une fille de Londres, qui profitait à fond de la vie.

176 p., 30€

La Légèreté

de Catherine Meurisse (scénario, dessin, couleurs) – Ed. Dargaud – Préface Philippe Lançon

Couverture
copyright C. Meurisse / Dargaud – Parution le 29 avril 2016

Dans La Légèreté, l’auteure pose cette question : suite à un grand traumatisme, le syndrome de Stendhal (ressentir des troubles physiques à la vue d’une œuvre d’art) peut-il soulager de celui du 7 janvier, quand de surcroît ses effets ont été redoublées par le choc du 13 novembre ?

La légèreté peut-elle être reconquise, lorsqu’on se sent plombée par une mémoire qui vous renvoie en boucle des scènes du passé et qu’on a perdu d’un coup, son amant, ses collègues, son journal, son travail et l’inspiration ?

Page 7

Les premières planches de l’album montrent un paysage maritime peint aux couleurs de Turner, dans lequel un minuscule personnage féminin aux cheveux raides et aux yeux fixes, camouflés sous une capuche de duffle-coat, promène sa tristesse.
L’océan est toujours là, le monde est le même qu’avant, mais rien n’est plus pareil.

Page 12
Page 13

Une plongée dans une page colorée comme une toile de Rothko, couleur brasier, et nous voici ramenés au petit matin du 7 janvier 2015.

L’héroïne rumine sous sa couette sa rupture de la veille avec son amant marié, décidé à retrouver son épouse. Suivent toutes sortes de fantasmes qui cautérisent pour un temps les plaies du cœur, mais occasionnent ce qu’on appelle « une panne de réveil ». Son bus manqué, elle se rend à pied à la conférence de rédaction du journal où elle est dessinatrice : Charlie Hebdo.

À l’entrée de l’immeuble des cris l’arrêtent : « Ne pas monter », « des types ont emmené Coco », « une prise d’otages ».

Vite, se réfugier dans un bureau voisin avec Luz, croisé devant la porte, une galette des rois à la main ! De là, entendre Tak, tak, tak, tak, tak, puis… « Allez voir. »

Page 17

Après, tout fait problème. Il faut affronter l’impuissance à retrouver la main et l’esprit Charlie, pour que la vie continue malgré tout. Mais non, le passé s’invite sans cesse, l’équipe revit, les tueurs aussi. Les fantasmes tentent de transfigurer la réalité, les cauchemars la ramènent inexorablement. Rien n’empêche la paralysie qui gagne. Alors mieux vaut prendre du champ, retrouver Proust à Cabourg, son lieu d’enfance préféré, son ancien amoureux, la pureté des montagnes, oui les montagnes, ça fait du bien. Et tenter même l’exorcisme du retour sur le lieu du massacre. Mais voilà qu’au Bataclan, le 13 novembre… Alors ?

Retrouver Dostoïevski, qui écrivait  « La beauté sauvera le monde ». Se souvenir que Serge Boulgakov a repris cette déclaration à son compte, en y ajoutant : « …et l’Art en est un instrument. »

Il faut aller trouver la beauté là où elle est, et s’y immerger.

La beauté attend Catherine à Rome, dans le refuge de la Villa Médicis. Stendhal lui servira de guide occasionnel, mais il n’empêchera pas, qu’involontairement les statues martyrisées par le temps paraîtront des victimes et que les tragédies évoquées par les ruines antiques feront écho à celle, intérieure.

C’est finalement à Paris, au musée Louvre, que le plomb cédera. L’abréaction commencera devant Le Radeau de la Méduse, image parfaite d’une salle de rédaction après le passage des tueurs et avant l’arrivée des secours. Elle se parachèvera dans la pénombre annonciatrice de la fermeture du musée, par le surgissement de la beauté, à travers La Diseuse de bonne aventure du Caravage.
L’océan, achèvera le processus thérapeutique. Alors, et alors seulement, les choses pourront se dire, et mieux se dessiner.

Page 9

Au début de l’album, les dessins en noir et blanc sont éclairés de-ci de-là par une tache de couleur. Au fur et à mesure du retour de la pulsion de vie, de grandes pages polychromes figurent des lieux, et plus loin des personnages. Ça et là, des planches à la manière de… évoquent les deux peintres de référence : Turner et Rothko. La dernière mêle les tonalités de l’océan au tracé de Rothko.
Cette narration bouleversante privilégie un graphisme au trait simple, enfantin dans le meilleur sens du terme, et un ton qui s’accorde parfaitement au parcours de résilience de l’héroïne.

Nicole Cortesi-Grou

136 p., 19,99 €

7 janvier 2020, cinq ans après l’attentat, Charlie hebdo sort un numéro spécial.

De Salvador Dalí à Antoni Gaudí – Ed. Taschen

Antoni Gaudí (1852–1926)
Salvador Dalí (1904–1989)
Copyright R. Descharnes / Ed. Taschen – 40 €

Salvador Dalí de Robert Descharnes et Gilles Néret

À l’âge de 6 ans,  Salvador Dalí rêvait de devenir cuisinier. À 7 ans, il voulait être Napoléon. « Dès lors, affirma-t-il plus tard, mon ambition n’a cessé de grandir, et ma mégalomanie avec elle. Maintenant je veux seulement être Salvador Dalí. Je n’ai pas d’autre souhait ».

 

Ce volumineux ouvrage est à ce jour l’étude la plus complète jamais publiée sur l’œuvre peint de Dalí. Après des années de recherche, Robert Descharnes et Gilles Néret ont localisé des toiles signées de l’artiste, qui sont longtemps restées inaccessibles, à tel point que près de la moitié des œuvres présentées ici sont rendues visibles au public pour la première fois.

Plus qu’un catalogue raisonné, ce livre replace les œuvres de Dalí dans leur contexte et les explique à travers des documents contemporains : écrits, dessins, pièces issues d’autres aspects de son travail, tels que le ballet, le cinéma, la mode, la publicité et les objets d’art. Sans ces éléments venant soutenir l’analyse, les peintures ne seraient qu’une simple collection d’images.

Robert Descharnes (1926–2014), photographe et écrivain, a publié plusieurs études sur des artistes majeurs, parmi lesquels Antoni Gaudí et Auguste Rodin. Il a dressé le catalogue commenté des peintures et écrits de Dalí, dont il était reconnu comme le principal expert. 

Gilles Néret (1933–2005) était historien d’art, journaliste et correspondant de musées. Il a organisé plusieurs rétrospectives artistiques au Japon et fondé le musée Seibu et la Wildenstein Gallery à Tokyo. Il a dirigé des revues d’art, dont L’Œil etConnaissance des Arts, et reçu le prix Élie-Faure pour ses publications en 1981. Parmi ses nombreux ouvrages publiés chez Taschen, citons Dalí – L’œuvre peint, Matisse et Erotica Universalis.

Réédition du Jeu de Tarot imaginé par Dalí.

Où, dans l’extraordinaire jeu de Tarot personnalisé de l’artiste, l’on voit Dalí le facétieux en Bateleur et son épouse, Gala en Impératrice. La mort de Jules César est quant à elle réinterprétée sous l’aspect du Six d’Épée… Publié pour la première fois en 1984 dans une édition d’art limitée et depuis longtemps épuisée, ce luxueux coffret reproduit les 78 cartes du jeu, accompagnées d’un livret explicatif consacré à la sa conception et aux instructions pratiques pour le consulter. 50 €

Copyright R. Zerbst /Ed. Taschen – 40 €

Antoni Gaudí i Cornet de Rainer Zerbst

L’architecte catalan Antoni Gaudí i Cornet, célèbre dans le monde entier pour son immense talent et son écclectisme, a inventé un langage architectural unique, personnel et sans précédent, qui aujourd’hui encore reste difficile à définir.

Casa Vicens

Collegio Teresiano

Sa vie fut pleine de contradictions. Jeune homme, critique à l’égard de l’Église, il rejoignit le mouvement nationaliste catalan, mais voua la fin de sa vie à la construction d’une église unique et spectaculaire, la Sagrada Família. Il mena un temps une vie de dandy dans le beau monde, mais à sa mort dans un accident de tram à Barcelone, ses vêtements étaient si miteux que les témoins le prirent pour un mendiant.

La Sagrada familia


« La structure qui sera celle de la Sagrada Familia, je l’ai essayée d’abord pour la Colonie Güel. Sans cet essai préalable, je n’aurais jamais osé l’adopter pour le Temple. »
L’incomparable architecture de Gaudí traduit cette multiplicité de facettes. Textures chatoyantes et structure squelettique de la Casa Batlló ou matrice arabo-andalouse de la Casa Vicens, son travail mêle orientalisme, matériaux innovants, formes naturelles et foi religieuse pour façonner une esthétique moderniste unique. Aujourd’hui, son style particulier rencontre une popularité et une admiration mondiales. Son opus magnum, la Sagrada Família, est le monument le plus visité d’Espagne et sept de ses œuvres figurent au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Illustré de photos inédites, de plans, de dessins de la main de Gaudí et de clichés historiques, enrichi d’annexes approfondies présentant toutes ses créations y compris ses meubles et ses projets inachevés, cet ouvrage présente son univers comme jamais. À la manière d’une visite guidée privée de Barcelone, on découvre combien le «Dante de l’architecture» fut un constructeur au sens le plus pur du terme, qui façonna des édifices extraordinaires, foisonnant de détails fascinants où se matérialisent les visions fantasmatiques au cœur de la ville. 

Détail

L’auteur :

Rainer Zerbst a étudié les langues vivantes à l’Université de Tübingen et au Pays de Galles, de 1969 à 1975. De 1976 à 1982, il a travaillé comme assistant de recherche au département d’anglais de l’Université de Tübingen. Après son doctorat en 1982, Zerbst est devenu critique d’art, de littérature et de théâtre. 

Vertiges : un art-book consacré à Jean-Marc Rochette – Ed. Daniel Maghen

En librairie le 21 novembre 2019 © JM Rochette / D. Maghen – 180 p., 39 €

Jean-Marc Rochette (ci-contre) est un artiste prolifique et vertigineux. Alpiniste chevronné, il a flirté avec les plus hauts sommets alpins, puis, épris d’art et de littérature, il a tenté la voie du roman graphique, qui pour lui s’est, au fil du temps, avérée royale.

Dessinateur virtuose, peintre, sculpteur, scénariste, l’homme surprend par la profondeur de sa pensée. Il étonne aussi par la singularité de son mode de vie, la plupart du temps pastorale, quelquefois citadine. « Dans l’Oisans, j’y suis depuis que j’ai dix ans, donc je connais tout comme ma poche : les sommets, leurs noms, la profondeur des vallées. Je sais même à peu près où sont les loups. C’est ma maison. »

Vertiges conjugue entretien avec la journaliste Rebecca Manzoni (une vingtaine de pages au total, réparties sur l’ensemble de l’album), aquarelles inédites et huiles sur toile qui représentent cette montagne, SA montagne « vivante comme un fleuve », dont il est follement épris. Et naturellement, nombre d’extraits de BD ou de romans graphiques, sur pleine ou double page, récents ou plus anciens.

Son œuvre peint ou dessiné nous renvoie au rapport osmotique que ce grand sage entretient avec les hauts sommets – comme c’était le cas de ses illustres prédécesseurs : Edward Whymper, Gaston Rébuffat ou Lionel Terray – à qui il rend hommage dans Ailefroide Altitude 3954.

L’artiste et la journaliste ont d’emblée été sur la même longueur d’ondes. Un rapport tout en simplicité s’est instauré dès qu’ils se sont retrouvés dans le hall de la gare de Grenoble. « J’ai les cheveux blancs et je suis habillé tout en noir », lui avait-il précisé. Ils ont ensuite rejoint son chalet dans le parc des Ecrins, et c’était parti pour une longue séance de questions-réponses.

Cela donne une somme éblouissante d’images et de réflexions sur l’Art et le monde tel est et qu’il va.

Jean-Marc Rochette évoque avec elle la genèse et les raisons de chacune de ses créations, dans lesquelles la question environnementale est souvent omniprésente. « Si on ne change pas de paradigme social, on va crever. On ne va pas tenir comme les montagnes. Pour ça, il aurait fallu qu’on s’intègre à la nature, qu’on ne la tabasse pas comme on le fait  (…) »

Casterman 2019

Le Loup, par exemple, interroge sur la place de l’humain au sein du règne animal. L’action se déroule au cœur du massif des Écrins, où un grand loup blanc et un berger vont s’affronter jusqu’à leurs dernières limites, avant de pactiser et de trouver le moyen de cohabiter. Pour la composition de ce roman graphique, l’auteur s’est inspiré de l’histoire d’un berger qui vit près de chez lui. Il s’est ensuite dessiné sous les traits de cet homme au passé douloureux. Pourtant c’est à son grand-père paternel qu’il a pensé : « Gaspard a 60 ans et il est montagnard, comme moi. (…) Mais il a un caractère plus proche de celui de Jean-Désiré Rochette, mon grand-père, qui avait perdu un fils – mon père – en Algérie. »

Casterman 2018

Puis vient Ailefroide Altitude 3954, un livre d’une incroyable richesse, tant sur le plan graphique qu’émotionnel, dans lequel Rochette évoque l’absence de son père et sa propre entrée en alpinisme. On le découvre ici enfant, en arrêt devant une toile de Chaïm Soutine, intitulée Le bœuf écorché. Le jeune garçon est émerveillé par la force de l’œuvre. « Il peint parce que c’est plus fort que lui » dit-il à Rebecca Manzoni. Rochette se lancera quelques années plus tard à l’assaut des sommets, parce que ce sera plus fort que lui.

Sa passion pour l’escalade demeure intacte. Bien qu’il ait dû renoncer à être guide suite à un grave accident survenu lors d’une course en solo en 1976, il continue de grimper, considérant « qu’être alpiniste, c’est pour la vie ».* Nous partageons avec lui les nuits à la belle étoile, les bivouacs, les avalanches, les chutes de pierres qui exposent au pire, les crevasses qui happent les corps et ne les rendent pas, les escalades à corde tendue, les rappels à l’épaule… (* Ailefroide Altitude 3954)

Que la montagne est belle, vibrante et fière sous les pinceaux et les crayons de Jean-Marc Rochette ! Elle peut aussi être impitoyable : il l’a vécu dans sa chair, il sait l’engagement et l’humilité qu’il faut pour mesurer à elle.

Casterman 1994 à 2000. Une intégrale a été publiée en 2014

Nous remontons ensuite le temps, pour cette fois nous immerger dans une histoire au long cours qui, en ce début de 21e siècle, résonne avec une force particulière : celle du Transperceneige, à bord duquel se trouve le dernier bastion de l’espèce humaine, après que la bombe a fini par éclater. Ses passagers seront par la suite contraints de quitter ce train devenu infernal, à la recherche d’un nouvel abri. Malgré les risques encourus, ce sera pour chacun l’espoir d’une vie meilleure, car, pensent-ils, rien ne pourrait être pire que l’existence qui est devenue la leur…

Les dessins originaux de ce livre seront exposés à la Galerie Daniel Maghen du 10 décembre au 11 janvier 2020. Galerie DM, 36 rue du Louvre Paris 1er

Anne Calmat