Archives de catégorie : Arts

Les arts du spectacle vivant, le street art, les expositions, l’agenda des manifestations culturelles…

Déguisé – Albertine – Ed. La Joie de lire, collection « À vos crayons » (Album interacatif)

Depuis oct. 2019 copyright Albertine/La Joie de lire –
86 p., 29,90€

Cet album de coloriage est avant tout un beau livre. Il comporte une quarantaine d’illustrations originales d’Albertine, et au dos de chaque illustration, autant de silhouettes à colorier, peindre, décorer. Mais l’enfant en dessinant ne voit pas l’œuvre d’Albertine qui est toujours derrière la silhouette, ainsi il n’est pas influencé et peut laisser libre cours à son talent. 
Le papier épais permet à l’enfant d’utiliser de la peinture s’il le souhaite et chaque page est détachable et peut ensuite être affichée… Les chambres d’enfant (ou d’adulte !) vont devenir de vraies galeries d’art !
Personnages loufoques, monstres de toutes sortes, masques bizarres, costumes improbables… Tout l’univers d’Albertine est ici concentré : amour du vêtement et de la mode, humour, goût des couleurs… Albertine s’amuse et nous amuse par la même occasion avec force couleurs et détails rigolos !

Et maintenant, « l’envers du décor » imaginé par un jeune graphiste, Guillaume Philippe

VERSO
RECTO

La Joie de lire ou de créer sans cesse renouvelée…

VERSO
RECTO
VERSO
RECTO
VERSO
RECTO

Albertine est une illustratrice de grand talent. Elle a participé à de nombreuses expositions en tant qu’artiste en Suisse et à l’étranger. Elle a reçu de nombreux prix. Elle est ainsi la première artiste suisse à avoir obtenu la prestigieuse Pomme d’Or de Bratislava pour Marta et la bicyclette. Elle a reçu le Prix Jeunesse et Médias en 2009 pour La Rumeur de Venise. Elle est également lauréate du Prix Sorcières pourLes Oiseaux, paru en 2010. En 2012, le même titre a été sélectionné parmi les 10 meilleurs livres de l’année par la New York Times Book Review. Elle a également reçu en 2016 le 1er prix de la foire de Bologne pourMon tout petit.

http://www.albertine.ch/

Voir également Archives BdBD/Arts pluriels : Le Président du Monde (oct. 2016) et Roberto et Gélatine (juin 2019).


Actes Sud audio : Le Mur invisible de Marlen Haushofer, lu par Marie-Ève Dufresne

En librairie le 4 novembre 2019

Une femme, dont on ne connaîtra jamais le nom, part en week-end à la montagne chez un couple d’amis. Durant la nuit qui suit leur arrivée, une catastrophe, sans doute planétaire, se produit. Le lendemain matin, un mur transparent infranchissable a surgi, qui coupe l’invitée du reste du monde. Demeurée seule dans le chalet dont les occupants s’étaient absentés la veille au soir, la recluse va dès lors consigner sur un agenda les évéments de chaque journée, puis ensuite rassembler ses souvenirs pour en faire un récit non chronologique. Elle écrira jusqu’à l’épuisement du stock de papier dont elle dispose. La lira-t-on un jour ? Peu lui importe. « M’obliger à écrire me semble le seul moyen pour ne pas perdre la raison ».

Hugo, le propriétaire des lieux avait auparavant pris soin d’y engranger tout ce qui serait nécessaire à la survie en cas de nécessité absolue (le roman a été écrit en 1963, en pleine guerre froide). Ignorant la durée probable de son isolement, cette citadine élévée à la campagne va retrouver les gestes ancestraux et se faire cultivatrice, chasseuse, cueilleuse de baies, bucheronne ; tentant ainsi de pourvoir à sa survie et à celles et ceux qui se sont trouvés du bon côté du mur : le chien Lynx, « son sixième sens » ; la vache Bella, et plus tard son petit veau ; la vieille chatte et ses chattons.

Tous sont devenus ses enfants de substitution. Ses deux enfants, les vrais, sont restés en ville. Ils sont probablement morts. Comme le sont à coup sûr les deux vieillards qu’elle a aperçus de l’autre côté du mur, ainsi que tous les animaux qui gisent sur le sol, pétrifiés, comme ont dû l’être les habitants de Pompéi lors de l’éruption du Vésuve. Ses compagnons à quatre pattes ont autant besoin d’elle pour leur survie qu’elle a besoin d’eux. Pour combien de temps encore ? Elle ne se projette pas dans l’avenir, seul le présent compte. Cette nouvelle vie l’a révèlée à elle-même, elle s’est réinventée en échappant à l’étroitesse d’une existence qui auparavant lui pesait. ”Quand je me remémore la femme que j’ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j’éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main.

Nous nous perdons avec elle dans les méandres de son récit – parfois on peine à situer dans le temps les épisodes auxquels elle fait allusion ; nous nous désolons quand l’un de ses animaux vient à mourir ; nous parcourons à sa suite les sentiers qui mènent à l’alpage, participons à la récolte des pommes de terre qu’elle a semées et aux fenaisons.

Combien d’années se sont-elles écoulées depuis que le mur a surgi entre cette partie de la vallée et le reste du monde ? Est-on toujours en été ou bien est-ce déjà l’automne ? Grâce aux provisions que Marco a laissées et surtout grâce à l’extraordinaire sens pratique de la narratrice, elle et ses animaux semblent être assurés de pouvoir vivre paisiblement.

Pour le moment…

8h30 d’écoute en 31 chapitres d’une durée variable pour ce vibrant éloge du courage et de la combativité d’une femme livrée à un monde où tout désormais est incertain. 21 €

Anne Calmat

L’auteure.

Après des études de philologie allemande à Vienne, Marlen Haushofer (1920-1970) se marie et élève deux enfants. Tiraillée entre ses devoirs de mère au foyer et ses ambitions littéraires, elle est obligée d’écrire tôt le matin ou pendant la nuit. C’est à partir de 1946 qu’elle publie ses premiers contes dans des journaux ; suivront ensuite des nouvelles et des romans. Son œuvre, dont la plupart des protagonistes sont des femmes, est marquée par l’intrusion de troublantes fantasmagories dans la banalité du quotidien. Avec Le Mur invisible, son talent est enfin reconnu dans son pays. Plus tard, ce sont les féministes qui ont révélé son travail au grand public. Désormais, Marlen Haushofer fait partie de ces écrivaines dont les héroïnes sont inoubliables.

Théâtre : La liste de mes envies – Grégoire Delacourt – Frédéric Chevaux – Anne Bouvier


du 20 septembre au 3 novembre 2019

Un titre miroir…

Qui n’a en effet jamais rêvé de dresser une telle liste ? Qui n’a jamais tenté sa chance au grattage ou – voyons grand – à l’Euro millions ? L’histoire, vous la connaissez certainement, c’est celle d’une mercière d’Arras, ni jeune ni vieille, pas spécialement jolie, qui joue régulièrement au loto avec ses copines. Et voilà qu’elle gagne ! Que va-t-elle faire de ses dix-huit millions d’euros et comment son entourage va-t-il réagir ? Elle hésite à encaisser le chèque, par peur de gâcher le bonheur simple qu’elle vit auprès de son époux et de ses enfants. Lorsqu’elle se résout à le faire, elle décide d’établir la liste de ses envies, de ses besoins et de ses folies. Mais est-ce si simple ? Et si cet argent était un cadeau empoisonné ?

La gagnante est interprétée par un comédien, Frédéric Chevaux, qui joue les douze personnages qui gravitent autour de Jocelyne : son mari, la psychologue de la Française des jeux, etc.

Un contre cruel à découvrir au Théâtre Lepic à partir du 20 septembre.

1, avenue Junot Paris 18e – M° Abbesses ou Caulaincourt – Du jeudi au samedi à 19 h 30, le dimanche à 16 h – 01 42 54 15 12


« L’hiver en été » Art-book de Jean-Pierre Gibrat – Entretien Rebecca Manzoni – Ed. Daniel Maghen

© J-P Gibrat/D. Maghen – En librairie le 18 avril 2019
Jackie Berroyer
Jean-Pierre Gibrat

Le book s’ouvre sur un vibrant hommage à Jackie Berroyer, aux côtés de qui Gibrat fit ses premières armes à la toute fin des années 1970. Un parcours décisif qui le mènera de Pilote à B.D. (créé par le Professeur Choron en 1977), en passant par Hara-Kiri, Charlie mensuel, Fluide glacial et quelques autres magazines plus grand public.

Mattéo T.3 © J-P Gibrat/Ed. Futuropolis, 2013

On apprend ensuite que pendant plusieurs années, Gibrat a été vu comme un dessinateur talentueux au service des scénaristes, mais que l’envie d’écrire ses propres histoires lui étant venue – avec la période de l’Occupation pour cadre privilégié – c’est son diptyque intitulé Le Sursis (Ed. Dupuis 1997-1999) qui va le propulser dans la cour des grands de la BD. Le fond et la forme y sont, ses dessins réalisés en couleur directe font sensation. Par la suite, le succès du Vol du corbeau (Ed. Dupuis, 2002) et de Mattéo (Ed. Futuropolis, v. planche ci-dessus) ne feront que confirmer son immense talent de scénariste dialoguiste illustrateur.

Mattéo © J-P Gibrat/D. Maghen
Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D.Maghen

Si Mattéo raconte la destinée d’un homme, entraîné malgré son pacifisme viscéral dans tous les grands conflits de la première moitié du XXè siècle, et si Le Vol du corbeau parle de traque et de résistance à l’occupant allemand, Le Sursis donne en revanche à voir un homme devenu invisible par choix, retranché en 1943 dans le grenier d’une maison aveyronnaise et occupé à observer ce qu’il se passe à l’extérieur.

Le Sursis © J-P Gibrat/D. Maghen

On retrouve ici les mêmes figures héroïques – ou détestables – que dans les œuvres précédentes, avec toute la palette de sentiments parfois contradictoires qui les animent. Leur créateur, qui n’est en rien manichéen, rend hommage aux premiers, tout en introduisant une notion de conjoncture, favorable ou non, face à leur héroïsme. « On est capable d’être terriblement minable et ponctuellement grandiose », confie-t-il à la journaliste Rebecca Manzoni.

Ses personnages – Céline, Julien, Mattéo, Jeanne, François… – sont en effet contrastés, imprévisibles. Ils peuvent, selon ses propres mots « se surprendre eux-mêmes, dans les deux sens du mot ». Gibrat prend pour exemple Céline, qui fut détestable par certains aspects et génial par d’autres. Sur le plan graphique, Gibrat, génial, lui, en toutes circonstances, insiste sur le côté nécessairement « tripal » d’une œuvre pour qu’elle soit authentique. Il s’explique aussi sur la beauté et la sensualité de ses personnages féminins, évoque ses propres souvenirs de jeunesse, du temps où…

Un entretien d’une vingtaine de pages, entrecoupées d’une centaine de dessins pleine ou double page, qui témoignent de cet art consommé qu’a Jean-Pierre Gibrat de restituer, avec la plus grande simplicité, une ambiance, un lieu, un sentiment ou un moment historique. Chaque planche est une œuvre d’art, le tout est éblouissant.

Le Vol du corbeau © J-P Gibrat/D. Maghen

Anne Calmat

175 p., 39 € – 25×35 cm

L’Archéologie – en bulles –

© Enki Bilal

Petite galerie du musée du Louvre Paris – Espace d’éducation artistique et culturelle (aile Richelieu). Du 26 septembre 2018 au 1er juillet 2019

Chaque année, l’Espace d’éducation artistique et culturelle du musée du Louvre propose un nouveau thème en lien avec les programmes scolaires. Un choix d’œuvres, mêlant les époques et les différentes formes d’art, vise à sensibiliser le regard du public, invité à poursuivre sa visite dans les collections, grâce à des propositions de parcours.

Cette année l’exposition de la Petite galerie fera dialoguer l’archéologie et la bande dessinée, art invité pour cette 4è édition.

© Jacques Tardi

Période glacière Nicolas de Croissy ©

Une centaine d’œuvres et une sélection de planches d’auteurs inspirés par l’archéologie (Marion Montaigne, Jul, Enki Bilal, Nicolas de Crécy, Emmanuel Guibert…) permettront d’une part aux visiteurs de s’approprier la démarche de l’archéologue et de l’autre de comprendre comment, à leur tour, les auteurs de BD se sont emparés de ce vaste champ d’étude qu’est l’archéologie.

Se glisser dans les pas des curieux, amateurs et archéologues épris d’Antiquité, découvrir fortuitement des « trésors », exhumer des objets enfouis à différentes époques, les classer puis essayer de les interpréter, autant d’étapes qui seront l’occasion de montrer comment le 9e art s’approprie, entre réel et fiction, les découvertes archéologiques à l’origine des collections du Louvre.

Une centaine de planches vont ainsi raconter aux visiteurs les méthodes de la fouille, de la recherche de vestiges matériels des civilisations anciennes.

© Marion Montaigne

Les quatre salles* du parcours conçu par Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, et Fabrice Douar, responsable éditorial au service de la médiation et de la programmation culturelle du musée, illustreront quatre thématiques distinctes : « Artistes et archéologues », « Trésors archéologiques », « Classer pour comprendre » et « Interpréter et rêver ».

  • La première salle sera consacrée à la question du dessin comme outil commun à l’archéologue et à l’auteur de BD.
  • La deuxième proposera une variation autour des notions de trouvailles et de trésors, illustrées par des objets issus des collections du Louvre.
  • La troisième salle évoquera la méthodologie de la recherche et son pendant dans la construction de l’univers d’un héros de BD.
  • La quatrième salle portera sur l’importance du rêve et de l’imaginaire, dans le travail du dessinateur comme dans celui de l’archéologue.

Pour accompagner cette exposition, l’auditorium du Louvre proposera différentes conférences, ainsi qu’un cycle de films portant sur le thème « Aventure et archéologie », ainsi qu’un stage BD pour les 8-12 ans et 12 ans et plus (24, 25 et 26 octobre, vacances de la Toussaint).rLes cycles d’ateliers sont en vente exclusivement à la Fnac et sur www.fnac.fr

  • Horaires de l’expo : de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

Tarif unique d’entrée au musée : 15 €.

Gratuit pour les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidents de l’U.E. Achat en ligne : www.ticketlouvre.fr  www.louvre.fr #PetiteGalerie #ArcheoEnBulles

© Florent Chavouet

 

Festival d’automne : « Infidèles » au théâtre de la Bastille

« Infidèles » : une création de tg STAN et du collectif De Roovers

Du 10 au 28 septembre 

Avec : Ruth BecquartRobby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen

Cet automne, la compagnie anversoise tg STAN investit à trois reprises le plateau du théâtre de la Bastille, avec Infidèles (10-28 sept.), Atelier (1er-12 oct.) et Après la répétition (25 oct.-14 nov.). Anticonformisme assuré. 

Infidèles est un hommage à Ingmar Bergman (1918-2017) et à la qualité de ses dialogues, souvent durs, parfois cruels.

À l’origine du spectacle, il y a le scénario du metteur en scène suédois datant de 1996, puis le film éponyme – au singulier cette fois – réalisé dans une version légèrement écourtée par Liv Ullmann en 2000.

Dans Infidèles, basé sur le scénario du même nom qui date de 1996 et sur Laterna Magica (Gallimard 1991), Bergman se met lui-même en scène face à un personnage qui se crée au cours de dialogues entrecoupés de commentaires et de flash-back, sur le thème de la passion et de la trahison amoureuse.

Cette exploration de la dimension autobiographique ne bascule cependant pas dans le voyeurisme, la confession ou le portrait psychologisant, elle illustre une nouvelle fois combien Bergman savait se montrer subtil et impitoyable dans son exploration des rapports humains.

Reclus sur une île, un auteur nommé Bergman vit seul. Assis devant son bureau, il a beaucoup de mal à rassembler ses souvenirs. En ouvrant un tiroir et en y retrouvant un portrait, une voix de femme, qu’il nomme Marianne, s’adresse à lui.

C’est ce souvenir réincarné qui permet de déclencher tout le processus narratif. Bergman lui demande de lui avouer et de lui raconter son infidélité…

Pour cette adaptation théâtrale, les répliques sont développées, nourries d’autres textes et éléments de scénarios, redistribuées et prises en charge par quatre acteurs afin de rééquilibrer le dialogue et donner une plus grande place à la voix de Bergman.

Pour compléter le scénario dInfidèles, les comédiens intègrent des éléments de Laterna magica, œuvre autobiographique et auto-analytique qui révèle à la fois l’enfant, fils de pasteur, l’homme de théâtre et de cinéma s’exprimant sans complaisance sur l’homme privé qu’il a été, avec ses joies et ses désastres, ses grandeurs et ses misères. Il  décrit aussi son obsession de la trahison puis évoque les artistes rencontrés : « Je passe mes derniers films* et mes mises en scène les plus récentes au peigne fin et je découvre çà et là une maniaquerie perfectionniste qui tue la vie et l’esprit. Au théâtre, le danger est moindre ; je peux surveiller mes faiblesses et, dans le pire des cas, les comédiens peuvent me corriger. Au cinéma tout est irrévocable ».

À partir de ces moments de vie, le spectacle offre une composition musicale où les interprètes mêlent leurs voix pour explorer les multiples variations autour du thème central qu’est Ingmar Bergman.

76 rue de la Roquette Paris 11è – 01 43 57 42 14 – 21 à 27 € 

tg STAN

Deux compagnies théâtrales pour un spectacle…

Le collectif tg STAN a été fondé par quatre acteurs diplômés du conservatoire d’Anvers en 1989. Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Waas Gramser et Frank Vercruyssen refusèrent catégoriquement de s’intégrer dans une des compagnies existantes, ne voyant dans celles-ci qu’esthétisme révolu, expérimentation formelle aliénante et tyrannie de metteur en scène. Ils voulaient se placer eux-mêmes – en tant qu’acteurs, avec leurs capacités et leurs échecs (avoués) – au centre de la démarche qu’ils ambitionnaient : la destruction de l’illusion théâtrale, le jeu dépouillé, la mise en évidence des divergences éventuelles dans le jeu, et l’engagement rigoureux vis-à-vis du personnage et de ce qu’il a à raconter. Après quelques spectacles, Waas Gramser (actuellement membre de la Compagnie Marius en Belgique) a quitté la troupe, qui a alors accueilli Sara De Roo. Thomas Walgrave est venu les rejoindre en tant que scénographe attitré.

Être résolument tourné vers l’acteur, refuser tout dogmatisme, voilà ce qui caractérise tg STAN. Ce refus est évoqué par son nom – S(top) T(hinking) A(bout) N(ames) – mais aussi par le répertoire hybride, quoique systématiquement contestataire, où Cocteau et Anouilh côtoient Tchekhov, Bernhard, Ibsen, les comédies de Wilde et de Shaw voisinant avec des essais de Diderot. Mais cet éclectisme, loin d’exprimer la volonté de contenter tout le monde, est le fruit d’une stratégie de programmation consciente et pertinente.

STAN fait la part belle à l’acteur. Malgré l’absence de metteur en scène et le refus de s’harmoniser, d’accorder les violons – ou peut-être justement à cause de cette particularité – les meilleures représentations de STAN font preuve d’une grande unité dont fuse le plaisir de jouer, tout en servant de support – jamais moralisateur – à un puissant message social, voire politique. Pour entretenir la dynamique du groupe, chacun des quatre comédiens crée régulièrement des spectacles avec des artistes ou compagnies extérieurs à STAN.

De telles collaborations ont fréquemment lieu avec Dito’Dito, Maatschappij Discordia (Hollande), Dood Paard (Hollande), compagnie de KOE (Belgique) et Rosas (Belgique).

Cette démarche résolue pousse aussi les membres de la compagnie à affronter les publics les plus divers (de préférence étrangers), souvent dans une autre langue. STAN joue une grande partie de son Répertoire en français et/ou en anglais, à côté des versions néerlandaises. Le groupe a ainsi trouvé un nouvel élément auquel se confronter : en jouant dans une autre langue, les mots acquièrent un sens différent.

Le collectif anversois de Roovers  est composé de quatre acteurs et créateurs de théâtre. Ils travaillent sans metteur en scène et chaque processus de création implique une recherche commune de et sur l’histoire choisie.

Les acteurs optent pour le théâtre de texte et adaptent le répertoire classique notamment Shakespeare, Tchekhov et Eschyle, ou d’auteurs contemporains comme Paul Auster et Judith Herzberg. Par ailleurs, ils font aussi du théâtre pour enfants et du théâtre musical.

Le collectif voit le jour en 1994 quand Robby Cleiren, Sara De Bosschere, Luc Nuyens et Sofie Sent terminent leur formation théâtrale au conservatoire d’Anvers. Le photographe et scénographe Stef Stessel, qui fait partie du trajet de de Roovers depuis le début, marque lui aussi de son sceau le style typique du collectif.

Anne Boille, peintre plasticienne

le coup de cœur de Jean Marc Boissé

À deux pas de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste de Belleville et du métro Jourdain, et juste à côté d’un café baptisé Le relais Belleville, qui a su garder son charme d’antan, se trouve la Galerie-Atelier d’Anne Boille*.

Originaire de Tours et diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Ateliers d’Art et des Métiers d’Art (ENSAAMA, Paris), Anne Boille a participé à des Salons d’Arts contemporains, à des expositions dans des lieux  prestigieux, tel que, par exemple, l’Hôtel Lutétia (Paris 6e), et fait de nombreuses expos, en France comme à l’étranger.

Anne Boille a développé depuis plusieurs années une technique appelée le fixé sous verre.

Ce procédé est né à la Renaissance, à Murano où les artisans verriers peignaient des copies de thèmes bibliques ou des ex-voto sur des chutes de verre, qu’ils vendaient ensuite sur les marchés. Ce procédé qui consiste à peindre au dos d’une plaque de verre est très particulier et minutieux. Il s’est étendu de l’Italie à toute l’Europe jusqu’au au début du XIX siècle.

Anne Boille a quant à elle remplacé le verre par du plexiglass, plus léger et moins fragile.

« Je travaille à l’envers », dit-elle. « Les premiers plans sont peints d’abord, donc les boutons avant la chemise, les lacets avant les chaussures, les lunettes avant le visage. »

Viennent ensuite les plans suivants, ce qui donne à tous ses tableaux un visuel très « cinématographique », avec un premier plan, un arrière-plan, et un éclairage qui vient du fond.

Visuels copyright Anne Boille

Le grand talent d’Anne Boille est d’offrir à chaque scène, à chaque « séquence », une qualité exceptionnelle du détail – je dirais « comme au cinéma ». Car il s’agit bien de séquences de lieux urbains et contemporains…

Ses thèmes de prédilection ? Les terrasses de cafés – Les Deux Magots, La Brasserie Parisienne, Le Bar de Belleville, Le Café Florian… Mais aussi les devantures de boulangeries-pâtisseries, les personnages « bobos » ou « populaires », « Arty », serveurs… Tout ce qui donne vie à ces lieux.

Elle a récemment ajouté à ses créations de très belles et beaux « Runners » (ex-joggeurs).

  • Galerie-Atelier Anne Boille (Expo permanente) 7 rue Constant Berthaud Paris 20e

J.M.B.

Théâtre – Déjà la nuit tombait (fragments de l’iliade)

 

Coup de projecteur sur…

Déjà la nuit tombait d’après Homère – Conception, mise en scène Daniel Jeanneteau. Théâtre de Genevilliers, du 19 au 23 juin 2018

Avec Thibault Lac (danseur), Axel Bogousslavsky, Thomas Cabel (comédiens) et la participation de Laurent Poitrenaux (voix enregistrée).

Conçu avec la collaboration de l’Ircam, ce spectacle-performance explore les possibilités scénographiques du son et s’inscrit dans les modules d’expérimentation In Vivo, présentés lors du festival Académie ManiFeste 2018*.

« [il] s’approcha de lui

Et lui planta son javelot dans le bas de la nuque.

Le bronze sortit de ses dents en lui tranchant la langue,

Et l’homme chut, serrant le bronze froid entre ses dents. »

L’Iliade, chant V, 72.

« Aucun ne vit entrer Priam. Il s’approcha d’Achille,

Il lui embrassa les genoux, il lui baisa les mains,

Ces terribles mains qui lui avaient tué tant de fils ! »

L’Iliade, chant XXIV, 349

Trop âgé pour prendre part à la guerre de Troie, le Roi Priam a envoyé Hector, son fils bien-aimé. À l’époque où se déroule le poème d’Homère – celle de la dixième année de la guerre – Hector vient de mourrir au cours du combat qui qui opposait les deux camps. Priam vient récupérer son corps, que détient rageusement Achille. C’est la tombée du jour, le vieillard traverse la lande avec un âne. Il a perdu sa superbe. Achille vient lui aussi de perdre un être cherPatrocle, tué par Hector. Deux ennemis irréductibles, deux inconsolables vont s’affronter.

Au moment où débute le spectacle, Priam arrive, il baise les mains d’Ulysse, « ces effroyables mains, tueuses de guerriers, sous lesquelles ont succombé tant de ses fils ». Il le supplie humblement de lui rendre son enfant. Ce faisant, il touche la part d’humanité de l’impétueux fils de Pélée et de Thétis…

Le duel d’Achille et la prière de Priam (Chant XXIV) comptent parmi les épisodes les plus célèbres de ce poème épique (IIIe siècle avant J.-C.), admirable par sa puissance et la force des sentiments qui sont exprimés.

Ce qu’en dit Daniel Jeanneteau:

« Pendant un instant, protégés par le sommeil de toute une armée, les deux ennemis se regardent. Rien ne les rattache plus aux lois extérieures, aux haines apprises. Ils inventent un moment qui n’est qu’à eux, fait d’admiration et de larmes. Des siècles de fureur machinale se précipitent dans leurs regards brûlés, et s’éteignent : en eux l’espèce se reconnaît. Ils se taisent, se regardent, mangent, dorment. Leur insignifiance commune représente l’exacte contrepoids de tout le tumulte qui l’a précédée. »

Beau projet. À découvrir sans coup férir.

Anna K.

Du 19 au 23 juin au T2G – Théâtre de Gennevilliers – 41 avenue des Grésillons – M° Gabriel Péri (ligne 13) 01 41 32 26 10

www.theatre2gennevilliers.com

Plein tarif : 24 € 

 9 € Pour les résidents de Gennevilliers, Asnières et Clichy
18 € pour les seniors, résidents du 92,
14 €  les professionnels de la culture et de l’éducation nationale
12 € pour les moins de 30 ans, étudiants, intermittents, demandeurs d’emploi, adhérents à la Maison des Artistes, public handicap

  • Académie et ManiFeste sont un moment de rencontres privilégiées entre les différents protagonistes du spectacle vivant. L’accent est cette année mis sur le théâtre. Pour ce projet bien spécifique, le metteur en scène a proposé à deux jeunes compositeurs, Chia Hui Chen (Chine) et Stanislav Makovsky (Russie), de concevoir un spectacle commun en travaillant sur une scénographie sonore de L’Iliade, matérialisant la violence extrême du poème. Cette scénographie sonore, purement électronique, se nourrit de leurs apports, utilisant les outils logiciels de transformation du son et de spacialisation de L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

Willy Ronis par Willy Ronis

Entrée libre

Au Pavillon Carré de Baudoin, Paris 20e  – Jusqu’au 29 septembre 2018 – Chronique Jean Marc Boissé

Visuels © Ministère de la Culture – Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine, dist.
RMN-GP, donation Willy Ronis

Le Pavillon Carré de Baudoin fête ses dix ans. Et de quelle manière !

Ce lieu, grand, beau et lumineux, accueille une exposition événement consacrée au photographe de la lumière et du noir et blanc: Willy Ronis (1910-2009).

Le petit Parisien, 1950

Le voyage débute par le Belleville et le Ménilmontant des années 50. « C’était le quartier des Apaches, on n’y allait pas. » raconte-t-il. Le quartier avait alors mauvaise réputation auprès des bourgeois.

Willy Ronis pose un regard plein d’humanité et d’humanisme sur ces « Apaches », sur la vie sociale simple et modeste de l’époque, mais d’une solidarité exemplaire, s’arrêtant dans les ateliers, les bistrots, les ruelles…

Ses photos expriment le même bonheur de ses rencontres, de « ces instants présents ».

Il nous offre un témoignage hors-pair et extrêmement vivant sur un Paris aujourd’hui disparu, emprunt d’une douceur de vivre, insouciante et modeste.

Les amoureux de la Bastille, 1957

Le voyage se poursuit dans le Paris romantique, avec ses bords de Seine, son Pont-des-Arts, ses amoureux. Le cliché, qu’il a intitulé Les Amoureux de la Bastille, en témoigne. On s’attarde ensuite à l’Isle Adam, sur les bords de l’Oise, à Joinville-le-Pont, sur la Marne. Puis à Venise…

Fondamente Nuove, Venise, 1959

Quelques nus aussi, dont la célèbre photographie, dite Le nu provençal (Gordes,1949), de sa femme, Marie-Anne.

Outre les photos exposées – près de deux-cents, réalisées entre 1926 et 2001, le public pourra également feuilleter les albums à partir de bornes composées de tablettes interactives. Par ailleurs, une série de films et de vidéos réalisés sur Willy Ronis sera projetée dans l’auditorium selon une programmation particulière. Une occasion unique d’entrer de plain-pied dans l’univers personnel de l’artiste.

On l’aura compris, Willy Ronis par Willy Ronis est une grande et belle exposition.

mPrêts pour le voyage ?

Où ?

121 rue Ménilmontant Paris 20e – 01 58 53 52 40 

M° Gambetta, bus 27 & 96

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h

Expo : Plantu 50 ans de dessin de presse à la BnF François Mitterrand

En une cinquantaine d’années, le dessinateur de presse Plantu a réalisé des milliers de dessins publiés dans de nombreux journaux. C’est à la Bibliothèque nationale de France qu’il a choisi de confier cet important fonds, véritable illustration de l’actualité française et internationale de ce demi-siècle écoulé.

À l’occasion de cette entrée exceptionnelle dans les collections de la Bibliothèque, quelque 150 pièces, dont une centaine de dessins originaux, sont présentées dans la Galerie des donateurs. L’exposition permettra de saisir l’évolution graphique de Plantu, mais aussi d’apprécier son talent de sculpteur humoristique et son engagement à défendre les dessinateurs de presse du monde entier par le biais de l’association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006.

Après la publication de premiers dessins à la fin des années 1960, dans des journaux de tendances différentes – La Vie du Rail ou Bonne soirée, Le Pèlerin, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo… – Jean Plantureux, alias Plantu, retient l’attention avec un dessin de presse sur la guerre du Vietnam, publié dans le journal Le Monde en 1972, alors qu’il n’a que 21 ans (ci-dessus) : coup d’envoi d’une longue carrière de dessinateur caricaturiste d’actualité qui a accompagné le parcours du quotidien.

À partir de 1985, André Fontaine, directeur du Monde de l’époque, décide de le publier en Une et en exclusivité : c’est ainsi que Plantu devient le dessinateur attitré du célèbre quotidien du soir.

En 1991, il entre à l’Express où ses dessins sont publiés en pleine page, jusqu’en 2017.

L’exposition présente une centaine de dessins originaux, parmi lesquels des inédits, des études et croquis préparatoires, ainsi qu’une cinquantaine d’impressions couleurs. Cet ensemble permet d’apprécier différentes facettes du travail de l’artiste : son graphisme, du plus épuré au plus illustratif, ses dessins audacieux jusqu’au burlesque, facétieux jusqu’à l’insolence, émouvants jusqu’à l’hommage respectueux. On voit naître et évoluer les animaux fétiches de Plantu, la colombe et la souris, mais aussi tout un bestiaire où l’on retrouve les figures clé du monde politique d’hier et d’aujourd’hui.

En tant que journaliste, Plantu observe et commente les décisions gouvernementales et les faits de société ; en tant qu’humoriste, il se joue des personnages, les transposant, en quelques traits d’une tendre cruauté, dans des univers cocasses, souvent plus révélateurs et percutants que de longs discours. Pour lui, le dessin de presse est l’art nécessaire du dérapage : il faut aller loin dans la provocation mais s’arrêter à temps, pour ne pas blesser gratuitement ou toucher à la vie privée.

Critique à l’égard des choix des hommes et femmes de pouvoir, il l’est, attirant l’attention sur leurs contradictions ou leurs mensonges : sous son crayon, la planète ressemble à un gros ballon coupé en deux et asphyxié, les rapports entre les populations se soldent par des murs que l’on monte ou que l’on détruit et des ponts que l’on jette entre deux pays avec un espoir fragile. En faisant pénétrer les lecteurs dans d’improbables salles de classes, Plantu insiste avec élégance sur le rôle essentiel de la culture et de l’éducation, pour une lutte sans merci contre l’ignorance, source de violence et de barbarie.

Il s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et nous présente les mille et une tribulations de Marianne, figure emblématique de la République française.

Habile dessinateur, rompu à toutes les astuces graphiques pour exprimer le mouvement, les sentiments et les émotions, Plantu ne cache pas son admiration pour des créateurs d’exception qui ont tissé l’imaginaire collectif, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la sculpture, ou de la bande dessinée (Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin, Hergé, Reiser, Goscinny et Uderzo…). Il leur rend hommage, les pastichant avec bonheur pour traduire les faits de société et les manœuvres politiciennes.

L’exposition complète cet ensemble avec la présentation de quelques Unes célèbres et une sélection d’albums, réunissant les dessins publiés au cours de l’année précédente ; on découvrira aussi un choix de sculptures, – juges, souris et présidents de la République (le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) – ainsi que des produits dérivés illustrés par Plantu.

Des enregistrements audiovisuels montrent l’artiste au travail, expliquant sa démarche en tant que dessinateur engagé, en prise avec ses crayons et ses feuilles pour restituer, dans la juste dérision, son sentiment à l’écoute des informations diffusées par les médias. 

Enfin, on pourra voir ou revoir des documents de l’association Cartooning for Peace, que Plantu a fondée en 2006, encouragé par Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et ancien Secrétaire général de l’ONU. L’association, qui compte aujourd’hui 162 dessinateurs de presse de tous les pays, s’est donné comme rôle de défendre la liberté d’expression à travers le dessin de presse, lors d’expositions itinérantes, de conférences et d’interventions dans les établissements scolaires.

Du 20 mars au 20 mai 2018

Galerie des donateurs
Quai François Mauriac, Paris 13e (ligne 14) 01 53 79 53 79

Du mardi au samedi 10h > 19h. Dimanche 13h > 19h
Fermeture les lundis et jours fériés

Entrée libre

 

Théâtre : Hedda Gabler

d’Henrik Ibsen – Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 25 mars 2018. Mise en scène : Edith Garraud

Avec Lisa Sans (Hedda), Benoît Dugas (Jörgen Tessman), Vincent Gauthier (le juge Brack), Murie Adam (Julie Tessman, la tante), Damien Boisseau (Ejlert Lövborg), Marie Hasse (Madame  Elvsted), Maryvonne Pellay ou Diane de Segonzac (Berthe)

Hedda Gabler, représentée en alternance dans le cadre d’une intégrale Ibsen, à l’affiche du Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 3 juin, est remarquablement servie par la mise en scène sobre et sombre d’Edith Garraud.

Dès que s’allument les lumières, tout est posé. Dans un décor noir, quelques tâches blanches : une table, un piano, un sofa, avec en leur centre, un tapis écarlate et sur le côté droit, le rougeoiement d’un feu de bois. C’est bien dans l’inexorable mouvement de l’innocence vers la passion et le deuil que seront jetés les protagonistes du drame.

L’impeccable direction d’acteurs transforme chaque personnage en un type saisissant de la petite bourgeoisie : la « bonne tante » corsetée dans ses préjugés ; le mari falot que ses longs séjours dans la salle des archives rendent aveugle à ce qui se joue chez lui ; le juge, ambigu à souhait mais soucieux des convenances.

Trois « héros » poussent le conflit relationnel à l’extrême. Ejlert, brillant, noceur et séducteur oscille entre la rédemption et la chute ; Théa, la mal mariée naïve, brûle de passion pour lui, et enfin Hedda, Hedda Gabler. Longue, mince, noire, héroïne malfaisante à l’ennui agressif, pleine de braises et de violence rentrée, elle arpente la scène tel un fauve en cage. La contradiction entre l’étroitesse des conventions et des carcans contrarient ses désirs profonds jusqu’à produire cette force explosive destructrice qui fait d’elle une victime/ bourreau. Nous ne pouvons lui en vouloir tant la ronde des personnages sur le devant de la scène révèle jusqu’au dégoût la vacuité intérieure petite-bourgeoise.

Seul le halo orangé de trois lampes apporte quelque douceur. Celle-ci, semble renvoyer à l’œuvre de réparation qui se joue près de la fin, dans un petit salon qui domine la scène, côté jardin, où, Tessman, le mari, et Théa, reprennent les notes du carnet brûlé d’Ejlert.

Les quatre actes s’enchaînent dans une implacable progression vers l’abîme. Taillée comme un diamant cette pièce est forte, tragique, magnifique.

Nicole Cortesi-Grou

Quelques mots à propos du théâtre du Nord Ouest.

Ce lieu original a une histoire. Il fut d’abord un cabaret, le Club des Cinq, ouvert à la Libération par cinq anciens de la 2è Division blindée. Edith Piaf y donna de nombreux récitals, Yves Montand y fit ses débuts, Marcel Cerdan y entendit « la môme » pour la première fois. Passé de mode, le cabaret se reconvertit en cinéma de quartier, Le club, puis connut un épisode musical avec l’organisation de concerts de jazz et de rock. Il fut nommé alors Le passage du Nord-Ouest, en référence à la route maritime qui relie parfois les océans Atlantique et Pacifique.

Jean-Luc Jeener, le directeur actuel y installa sa compagnie de l’Elan. Un temps théâtre d’art de d’essai, il bénéficia de subventions. Désormais, théâtre de boulevard, sa situation financière est tendue, bien qu’il soit un espace de créations contemporaines, le lieu de rencontre de nombreux comédiens et un tremplin pour des spectacles qui ne peuvent bénéficier d’une production. Le soutenir dans son projet est un véritable geste culturel.

Pour les 20 ans du théâtre, Armelle Héliot  a signé un joli article dans le Figaro (v. ci-dessous).

Théâtre du Nord-Ouest 11, rue du Faubourg Montmartre Paris 9è – M° Grands Boulevards

01 47 70 32 75 – 23/13 €

http://www.lefigaro.fr/theatre/2017/12/21/03003-20171221ARTFIG00207-jean-luc-jeener-la-revolution-du-nord-ouest.php

Théâtre : Une laborieuse entreprise

de Anokh Levin – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendowicz. Mise en scène Véronique Widock Création du 8 au 11 mars au Théâtre Le Hublot (Colombes), puis en tournée*.

Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry, Jean-Marie Perez.

Yona – Bon, procédons par ordre : d’abord – se lever, sortir de ce lit et le nettoyer, tout balancer. Il y a tellement de charognes entassées sur ce matelas. Trente ans de merde. Elle dort comme si de rien n’était, elle ronfle doucement, régulièrement, elle doit encore rêver à quelques broutilles… Il n’y a rien de plus con que d’être couchés ensemble dans un grand lit, à se souffler comme ça dans la figure. (…) Et on appelle ça la vie conjugale ; du mensonge, rien que du mensonge. Oui, la première chose faire c’est vider ce lit de tout le mensonge (…)

Il retourne le matelas, Léviva tombe par terre. 

Après trente ans de vie commune, l’amour a fait place aux rancœurs au sein du couple Popokh. Yona (Y.F.) a décidé de quitter Lévina (G.K.), qui de son côté considère qu’elle ne lui a pas sacrifié sa jeunesse et ses rêves pour se retrouver seule. S’en suit un règlement de comptes dantesque, auquel nous  assistons médusés.

Yona Je te regarde et j’ai envie de vomir. Tu me pèses sur l’estomac comme un poisson avarié. (…)

Lévina – Je me suis assez rabaissée comme ça pour la nuit, me semble-t-il. Et encore, je n’ai pas tout dit ce qu’il y avait à dire sur toi : un homme ratatiné dont le membre ratatiné crie au sauve-qui-peut. (…)

Violence physique et psychologique, trivialité du langage, outrances verbales – humour dévastateur aussi – vont permettre aux protagonistes, et en particulier à Yona, d’expulser toutes les frustrations emmagasinées au fil de temps et, quand le flot d’invectives sera tari, de faire front commun lorsqu’un tiers (J-M.P.) déboulera en pleine nuit sur LEUR champ de bataille. 

« Mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare » s’étaient-ils juré face à celui qui les unississait. Et même bien au-delà.

Une comédie hyper grinçante servie par trois comédiens toujours remarquables, dont nous avons eu l’occasion à maintes reprises par le passé de chroniquer leurs spectacles respectifs (émission Act’heure – FPP 106.3).

À ne pas manquer ! 

A.C.

  • Théâtre Le HublotColombes (92) 87, rue Félix Faure les 8, 9, 10 et 14 février à 20h30, le 13 février à 15h (01 47 80 10 33).
  • Studio d’Asnières (92) 3, rue Edmond Fantin, les 8 et 10 mars à 19h le 9 mars à 20h30, le 11 mars à 15h30 (01 47 90 95 33).
  • La Fabrique – Scène conventionnée de la Ville de Guéret (23), le 15 mars à 20h30 (05 52 52 84 97 / 84 95).

 

Expo : Bande dessinée arabe, nouvelle génération (suivi de) Short #2 

du 25 janvier au 4 novembre – Musée de la BD d’Angoulême

Algérie, Egypte, Irak Jordanie, Liban, Lybie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Une cinquantaine d’auteurs arabes seront mis à l’honneur au cours de cette expo itinérante. Après sa clôture, les œuvres se déplaceront en effet  dans d’autres villes, participant ainsi à la découverte de tous ces nouveaux talents.

Sortie de 7 février

 

Treize ans après son numéro 1 (ci-contre), la revue Short trouve enfin une autre jambe. Ce numéro qui se voulait ouvert à tous les possibles de la narration en bande dessinée (roman, fable, documentaire, adaptation littéraire…) est suivi aujourd’hui d’un numéro spécial bande dessinée arabe.

Au sommaire, une trentaine d’histoires courtes, issues de fanzines et revues collectives, des histoires recueillies par le fondateur de la revue égyptienne TokTok, Mohammed Shennawy

Publiée avec le soutien de l’Institut français d’Égypte, l’Institut français (Paris), le Goethe Institut Kairo, et le Fonds culturel franco-allemand, cet album se veut le reflet de l’incroyable vitalité de ces auteurs du Liban, d’Égypte, du Soudan, d’Irak, de Syrie, et d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Lybie apparus il y a une dizaine d’année et consolidés après “Les Printemps arabes”, en 2011.

La publication de fanzines tels que TokTok, Skefkef, Lab 619, Messaha… dévoile une production emblématique, qui relaie les principales problématiques et les défis socio-politiques auxquels est confrontée la jeunesse arabe. Les auteurs commencent à être reconnus hors de leurs frontières, certains, comme les Libanais Mazen Kerbaj ou Zeina Abirached, “en exil” ou en résidence dans des pays européens, ont publié des albums écrits en français ou en anglais (Freedom Hospital du Syrien Hamid Suleiman (v. BdBD). Grâce aussi à la multiplication des festivals de bande dessinée (Festival Cairo-Comix depuis 2015), ils sont désormais reconnus par les acteurs et des experts de la BD internationale.

240 p., 27 €

Etienne Daho, à tous les temps…

Etienne Daho par Pierre et Gilles, 1989

Son album Blitz est dans tous les bacs depuis le 16 novembre, une  tonne d’articles de presse  et deux bouquins  lui sont consacrés, David Chauvel et Alfred ont en leur temps mis en bulles et en mages son processus de création*, il sera au cœur d’une exposition à la Philarmonie de Paris à partir du 5 décembre 2017,  intitulée Daho l’aime pop !

Il y a du Dorian Gray chez Etienne Daho. Les années qui passent semblent n’avoir aucune prise sur lui. Le dandy élégant au déhanché à la fois sage et sexy de ses débuts poursuit son chemin, l’oeil rivé sur sa ligne d’horizon intérieure. Il a su, au fil de temps, prouver son épaisseur artistique et intellectuelle. Est-il pour autant un chanteur engagé ? La réponse se trouve bien souvent dans ses choix artistiques. Daho avance masqué, il dit mais n’assène pas.

En 2001, il interprète, par exemple, Sur mon cou et Le condamné à mort de Genet, en 2017, son dernier opus appelle à la fois à la résistance et à cette forme de légèreté indispensable à la survie. Blitz parle tout autant de djihad et que femmes qui tuent au nom de Dieu. Et dans L’hôtel des Infidèles, il rend hommage à ceux qui accueillaient des Insurgés dans le Paris des années 40.

A.C.

5 décembre 2017 – 29 avril 2018

Communiqué de presse

Intimiste et immersive, l’exposition retrace chronologiquement et subjectivement l’histoire de la chanson populaire à travers le regard sensible d’Étienne Daho. Sa voix unique guide le visiteur, avec une bande-son réalisée par ses soins, diffusée à l’audio-guide. Près d’une heure vingt  de contenus inédits.

Avec Daniel Darc – Photo Antoine Giacomini, 1969

Photo Antoine Giacomini, 1985

Les photographies évoquent ses débuts rock à Rennes en 1979 auprès du groupe Marquis de Sade, ainsi que la rencontre avec les Stinky Toys, groupe punk emmené par Elli Medeiros et Jacno, qui marque le point de départ d’une carrière jalonnée de succès critiques et populaires. Inédit, le parcours sonore et musical composé pour cette exposition-événement mène des caves de Saint-Germain-des-Prés aux bars de Rennes, des yéyés à la new wave, des Scopitone aux clips télévisuels, de Charles Trenet à Cassius, en passant par Catherine Deneuve et Vanessa Paradis.

La visite devient ainsi un voyage spatiotemporel organisé par Daho, qui promet de plonger dans les sources manifestes et cachées de la pop française et de révéler en images la playlist idéale d’un artiste qui a marqué nos dernières décennies.

Photo Claude Delorme, 1987

Il l’aime pop !

E.D. Je prenais des photos de loin en loin depuis mon adolescence. Je repris mes appareils à l’occasion d’une carte blanche musicale que me proposa la Philharmonie au printemps 2014. Comme je consacrais l’une des soirées aux artistes de la nouvelle pop française et à leurs parrains, je saisis l’occasion d’immortaliser leur insouciante photogénie et de capturer ce moment mystérieux de l’envol, celui où les choses se fabriquent. J’adorai l’expérience et la renouvelai lorsque le Midi Festival me proposa d’être le président d’honneur de l’édition 2016.

Quelques mois plus tard, la Philharmonie me proposa d’exposer ces images, mais comme je n’en avais qu’une trentaine, nous envisageâmes ensemble un projet plus opulent, où je serais le narrateur et guide d’un parcours subjectif de 70 années de pop française en 200 portraits. Ce ne serait donc pas un catalogue global de la pop française, mais un choix subjectif d’artistes : ceux qui ont nourri mon envie de devenir musicien, ceux dont la trajectoire croise la mienne, ou ceux encore sur lesquels je souhaitais mettre de la lumière.

Si le projet était excitant, il était aussi plein d’écueils et j’hésitai un temps, évaluant la difficulté de m’extraire complètement du monde de la pop, dont je fais partie intégrante, pour le raconter avec assez de distance. L’autre complexité était que le nombre limité d’images pour couvrir une période si vaste m’empêcherait d’y inclure tous les artistes souhaités, avec le risque d’en occulter certains et de provoquer des frustrations légitimes chez les absents.

J’acceptai finalement et me lançai dans l’aventure, avec l’aide de Tristan Bera, Nathalie Noënnec, Franck Vergeade et l’équipe de la Philharmonie. Au travers des portraits des artistes au moment où ils apparaissent ou au moment où ils rayonnent le plus, au travers également de clips ou de chansons emblématiques, nous nous mîmes à déplier l’histoire de cette passionnante pop française.

Philippe Pascal – Photo Etienne Daho, 2014

Dans le choix du titre, Daho l’aime pop ! il y a une énigme. Qu’est-ce que le mot « pop » signifie ?

Lorsque j’étais enfant et adolescent, je ne me suis jamais préoccupé des genres et passais allègrement de la chanson populaire à l’underground, avec un même plaisir non coupable. Lorsque je connus mes premiers succès, pour échapper aux modèles dominants et à la rigidité sectaire du rock et de la variété, je m’auto-définis comme chanteur pop. Cela me semblait m’offrir une zone de liberté qu’avaient défrichée certains de nos aînés. D’une manière générale, les « puristes » avaient tendance à considérer avec condescendance que la pop était essentiellement synonyme de plaisir hédoniste, de légèreté colorée et de compromission commerciale.

Gainsbourg fut traité de vendu par ses pairs lorsqu’il explosa les codes et composa pour les yé-yé. Puis il fut sanctifié. Nos aînés avaient bâti de belles fondations, fruits d’un hypermétissage de la chanson française et des rythmiques anglo-saxonnes. Le swing de Trenet, le rock de Boris Vian ou la pop anglaise sophistiquée de Françoise Hardy permirent aux générations suivantes de se retrouver en zone libre. Aujourd’hui, la pop a des contours fluctuants et se moque des définitions. Elle dresse des ponts entre les différents univers musicaux. Elle décloisonne, brasse, métisse, réconcilie les genres et arrache les étiquettes. Délivrée de la rigidité des codes, toute une nouvelle génération hisse très haut le drapeau d’une pop décomplexée, vive, variée, foisonnante et libre.

C’est à cette belle créativité et à cette liberté que cette exposition rend hommage.

Stinky Toys – Photo Pascal Carqueville, 1979

Dans la galerie principale, 180 portraits illustrent et font revivre 4 grandes périodes entre 1950 et aujourd’hui. À travers l’objectif de grandes signatures et des témoins de l’époque, on découvre les idoles des jeunes, les icônes éternelles du cinéma, les dandys raffinés, les blousons noirs et dorés, les jeunes gens modernes, les pop modèles, les couples en duo, les groupes contestataires, les formations expérimentales, les collectifs à géométrie variable, les paroliers subversifs, les musiciens audacieux, les interprètes exceptionnels, les DJ novateurs, les producteurs aventureux, les autodidactes, les virtuoses, les branchés, les francs-tireurs, les Parisiens, les Rennais ou les Lyonnais, minimalistes ou extravagants, prolifiques ou éphé mères, les populaires autant que les minoritaires.

Dans le Vidéodrome, un programme en boucle mixe une trentaine de documents audiovisuels INA et clips (durée 1h40) : Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Sylvie Vartan à l’Olympia, Birthday Party des Stinky Toys, Epaule Tatoo d’Étienne Daho, Tandem de Vanessa Paradis réalisé par Jean-Baptiste Mondino, Le Monde de Demain de NTM ou Sexy Boy de Air…

Dans l’alcôve intitulée Juke Box Baby, l’audioguide permet au visiteur de sélectionner et d’écouter à la

demande 200 titres choisis par Étienne Daho, offrant un panorama de la pop française allant de Que reste-t-il de nos amours ? (1950) de Charles Trenet à « Party in My Pussy » du groupe Catastrophe.

La troisième alcôve dite Daholab présente une trentaine de photos de la jeune scène actuelle (Flavien Berger, La Femme, Lescop, Lou Doillon, Calypso Valois…) et des quatre grands parrains de la French Pop (Elli Medeiros, Philippe Pascal, Patrick Vidal, Dominique A) réalisées par Étienne Daho et exposées en exclusivité.

Entrée 10 et 8 €

philarmoniedeparis.fr

Mais aussi…

  • Daho – L’Homme qui chante – Delcourt, 2015

128 p., 18,95

Gauguin super star (1)

Gauguin l’alchimiste au Grand Palais du 11 octobre 2017 au 22 janvier 2018*(Infos RMN) 

Forte d’un ensemble de plus de 200 oeuvres de l’artiste (environ 55 peintures, 30 céramiques, 30 sculptures et objets en bois, 15 bois gravés, 60 estampes et 35 dessins), Gauguin l’alchimiste est une plongée exceptionnelle dans le passionnant processus de création d Paul Gauguin.

Autoportrait

Elle est la première exposition du genre à étudier en profondeur la remarquable complémentarité des créations de l’artiste dans le domaine de la peinture, de la sculpture, des arts graphiques et décoratifs. Elle met l’accent sur la modernité du processus créateur de Gauguin (1848-1903), sa capacité à repousser sans cesse les limites de chaque médium.

Eh quoi…

Les aïeux de Teha’amana

À partir d’une trame chronologique, et ponctuée d’un grand nombre de prêts exceptionnels (Les aïeux de Teha’amana, Eh quoi, tu es jalouse ? etc.), l’exposition met en évidence l’imbrication et les apports mutuels entre schémas formels et conceptuels, mais également entre peinture et objets. Dans ces derniers, le poids de la tradition, moins pesante, permet davantage de libération et un certain lâcher-prise.

Prélude au parcours de l’exposition, La fabrique des images, est consacrée aux débuts de Gauguin, de sa représentation de la vie moderne dans le sillage de Degas et Pissarro, aux premières répétitions d’un motif, autour de la nature morte et des possibilités de mise en abîme qu’elle offre.

L’ultime section, En son décor, est centrée sur l’obsession de Gauguin pour les recherches décoratives dans sa dernière période, aussi bien dans les intérieurs que dans l’évocation d’une nature luxuriante (ci-dessous La cueillette des fruits).

Œuvre d’art totale, sa case à Hiva Oa (la Maison du Jouir) vient parachever sa quête d’un âge d’or primitif. L’évocation numérique sous forme d’hologramme de la Maison du Jouir, présentée pour la première fois dans une exposition, avec les sculptures qui ornaient son entrée, clôture l’exposition par une découverte de la dernière maison-atelier de Gauguin. L’occasion d’offrir au public une immersion inédite dans l’atelier de sa création.

Au sein de ce parcours, l’exposition propose également une salle dédiée au manuscrit de Noa Noa*, très rarement montré au public.

  • Récit de son séjour à Tahiti commencé en 1993 et remis à l’éditeur en 1997.

  • M° Franklin Roosevelt/ Champs- Elysées-Clémenceau. 14 ou 10 €, Gratuit pour les moins de 16 ans, les bénéficiaires du RSA ou du minimum vieillesse.

« Repères » au Musée national de l’histoire de l’immigration

Le Musée a ouvert ses portes le 10 octobre 2007. Son cahier des charges:  Rassembler, sauvegarder, rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de l’immigration, afin de mettre en lumière son rôle dans la construction de la France d’aujourd’hui.

L’exposition permanente se présente comme un parcours thématique et chronologique constitué d’une myriade de documents et autres objets du quotidien de ceux qui sont venus s’installer en France, à titre provisoire ou définitif: films d’archives, photographies, témoignages audio et visuels, etc. Deux siècles d’Histoire y sont déclinés.

Ils s’étalent sur des cimaises, dans des vitrines ou sur d’immenses panneaux métalliques, sur lesquels défilent les images d’exode d’hommes, de femmes et d’enfants, jetés sur les routes et fuyant l’oppression et la misère. Ces évocations, qui mêlent destins singuliers et collectifs, témoignent de la diversité des itinéraires et des catégories socio professionnelles de ceux qui ont choisi la France pour terre d’asile.

Au détour d’une allée, on découvre une Maison russe en réduction, celle de Sainte-Geneviève-des-Bois, haut-lieu de l’immigration russe à partir de 1917.

L’espace, situé au troisième étage du Palais de la Porte dorée, est vaste, un peu labyrinthique, Tout ce qu’il renferme retentit comme un hommage à ceux, artistes, scientifiques, sportifs, industriels, résistants, dont les noms font honneur au pays qui les a accueillis.

« Repères » rend également hommage à ces anonymes qui sont arrivés emplis d’espoir, et à tous ceux qui leur ont tendu la main.

1’57 doc audio

On peut par ailleurs voir nombre d’objets, témoins d’un passé qui n’est jamais révolu, regroupés dans une Galerie des dons contiguë à l’exposition.

Galerie des dons

Elle est constituée de niches remplies, elles aussi, de moments de vie, qui vont de la truelle à la valise de médecin, en passant, par exemple, par cette valise, celle du pédopsychiatre Manuel Valente Tavares, qui l’évoque ainsi : Elle est pour moi l’objet qui traduit le mieux mon parcours chargé de souvenirs et empli d’espoir. Elle porte les rêves d’un chemin toujours à tracer à la recherche de la liberté, l’égalité et la fraternité.

La photographie de famille d’Abdeslam Labhil

Chaque visiteur a la possibilité de venir enrichir cette collection, en faisant le don d’un élément de son histoire personnelle, souvent transmis de génération en génération.

Contact : galeriedesdons@histoire-immigration.fr

Anne Calmat

Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris 12e (01 53 59 64 30).

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10h à 19h.

10 € – T.R. 7 €

À voir : Les Aquariums du Palais de la Porte dorée & Les Expositions temporaires (visites guidées).

Visuels et doc audio © MNHI

 

Shutter Island

shutterd’après le roman de Dennis Lehane, scénario et dessin Christian De Metter. – Ed. Rivages/Casterman/Noir, 128 p., 19€

Les marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, ont été chargés d’enquêter sur la disparition d’une femme dans l’hôpital psychiatrique de Shutter Island, où sont internés des délinquants particulièrement dangereux.

9782203007758_pb3Dès l’abord, les investigations s’avèrent difficiles : l’île est petite et très surveillée. Comment Rachel Solando, accusée d’un triple infanticide, a-t-elle pu, sans être vue, sortir de sa chambre, passer devant plusieurs postes de garde, traverser la pièce où se déroulait une partie de cartes ?

Le Dr Cawley, qui va suivre de près le travail des enquêteurs, les informe qu’ils ne pourront avoir accès aux dossiers des détenus. En revanche, le psychiatre leur remet un feuillet trouvé dans la chambre de Rachel, et qui contient une suite de chiffres et de lettres. Daniels, le chef du binôme, commence à les déchiffrer.
shutterislandp_De son côté, son acolyte a pu constater, à la faveur d’une absence de Cawley, qu’à compter de la veille de leur arrivée, quatre pages de son agenda portent la seule indication  » Patient 67 « .  En interprétant les cryptogrammes, Daniels aboutit au chiffre 67. Ayant appris que l’établissement ne compte officiellement que soixante-six détenus, il se demande s’il n’en existerait pas un soixante-septième…

Une tempête est annoncée, les fédéraux sont condamnés à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée. Les protagonistes de ce huis clos lancinant et captivant vont dès lors évoluer dans une pénombre qui va se transformer en nuit menaçante.

Le psychiatre et ses collègues sont d’habiles manipulateurs. Après être passé par leurs mains, on ne sait plus très bien qui est sain d’esprit – ou même si quelqu’un l’est encore…

L’identité même des enquêteurs est mise en question par un jeu d’anagrammes révélateurs ; le passé se réécrit sous forme d’accusation de l’accusateur, qui se retrouve face à une identité qu’il récuse.

On se perd dans les méandres de ce thriller particulièrement bien ficelé, jusqu’à la révélation finale… qui provoque chez le lecteur l’envie de relire l’album dans la foulée.

Un dégradé de couleurs éteintes, soumises à un éclairage minimaliste, renforce l’atmosphère oppressante qui plane sur Shutter Island. Les dessins sont remarquables et participent eux-aussi à la réussite de cet album à (re)découvrir.

Jeanne Marcuse

To-day

Les vieux fourneaux (T. 1 à 3)

Couverture Couverture-2 Couverture-3

 

 

 

 

 

de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin) – Ed. Dargaud, 60 p. en moy, 12 € ch. vol.

Au secours Carmen Cru a fait des petits !

Lupano et Cauuet, déjà couverts de prix divers, n’ont certes pas besoin de cette chronique pour connaître un succès mérité, mais il faut y insister : une plongée dans l’univers de ces trois vieux mal élevés, indociles et furibards est toujours un véritable bonheur et une thérapie de choc contre la morosité, les désillusions, le pessimisme ambiant.

Page 3 Page 4Le trait est précis et sans concession pour les corps arthritiques et les crânes déplumés, les textes sont drôles, la langue, imagée.

On devient vite accros à cette bande de vieux insoumis dont l’amitié remonte à une enfance qui n’est jamais très loin. Ils ont décidé de ne pas finir comme des végétaux, mais au contraire de vivre la vie intensément jusqu’au bout, même si c’est en faisant braire leur prochain, surtout s’il est PDG d’un grand groupe ou représentant de la loi et de l’ordre.

Le dessin de Cauuet nous fait voyager dans le temps, et c’est merveille de retrouver dans ces septuagénaires tordus et décrépits, les silhouettes des gamins qu’ils furent, toujours prêts à faire les quatre-cents coups, pas toujours glorieux d’ailleurs

Les sauts dans le passé sont en nuances de gris, comme comme de vieilles photos.

Page 7Ça commence par l’enterrement de Lucette, qui laisse son Antoine inconsolable. Il faut dire qu’elle a du caractère la Lucette, et du cran dans son camion rouge transformé en petit théâtre de marionnettes ambulant, délicatement baptisé « Le loup en slip ».

Il est souvent question des usines pharmaceutiques Garan-Servier, qui ont tour à tour embauché puis viré nos protagonistes, sur fond de luttes syndicales et de contestation sociale.

Page 5Page 3Et puis il y a Sophie. La petite-fille de Lucette et d’Antoine s’apprête à mettre au monde un enfant, elle reprend aussi le théâtre ambulant de sa grand-mère… et le flambeau de la subversion.

Une chose à faire donc : se jeter sans plus attendre sur ces trois tomes, dont le dernier est paru en novembre.

Si le vieux rebelle fait vendre au ciné, en littérature et dans la BD, c’est que les anciens soixante-huitards commencent à avoir de la bouteille.

Mais il n’est pas seulement question de nostalgie et de luttes passées, cette trilogie s’ancre aussi dans le présent, celui des squats, des scandales, des grands groupes pharmaceutiques, de l’évasion fiscale et de l’état désastreux de la planète.

Les vieux fourneaux offrent aussi un regard sans concession, mais terriblement drôle, sur notre beau pays et le succès de la série indique bien qu’il s’agit d’une oeuvre authentiquement intergénérationnelle.

Danielle Trotzky

1 – Ceux qui restent (avril 2014)

2 – Bonny and Pierrot (oct. 2014)

3 – Celui qui part (nov. 2015)

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