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Quelqu’un à qui parler – Grégory Panaccione – Ed. Le Lombard

Sortie le 27/08/2021 – Copyright Grégory Paraccione / Ed. Le Lombard – 256 p., 22,50 €

d’après le roman de Cyril Massarotto

Samuel, grand, bel homme, quoiqu’un peu hirsute, se vit comme un minable. Il fête ses trente-cinq ans face à des assiettes vides, souffle les 35 bougies de son gâteau en criant un vigoureux Joyeux anniversaire !!!! Mais le coeur n’y est pas. Il attrape alors son téléphone, appelle son ex d’il y a huit ans, qui l’envoie vertement balader, et réalise qu’il n’a personne d’autre à qui parler, ses voisins et amis – son seul réconfort – étant absents. Soudain, un numéro à huit chiffres lui revient en mémoire : celui de son enfance.

S’il le composait ? À son grand étonnement, quelqu’un décroche. La conversation s’engage avec son interlocuteur… qui n’est autre que lui à l’âge de 10 ans.

Mais que dire à celui qu’il fut vingt-cinq ans plus tôt ? Quels conseils lui donner ? Comment le jeune Samuel Verdi, qui rêve d’être footballeur et écrivain, pourrait-il faire confiance à l’adulte désenchanté qu’il a au bout du fil ? Quelles leçons de vie « Samuel l’ancien » pourrait-il donner à celui qui, précisément, a la vie devant lui ?

C’est plutôt l’inverse qui va se produire. Si bien que, chaque soir, grâce au dialogue qui s’est instauré entre eux, Samuel va peu à peu devenir l’acteur de sa propre vie…

Peut-on changer le cours de son existence ? Oui, à condition de le vouloir, et de modifier le regard de l’on porte sur soi.

Une version particulièrement attachante des bienfaits du développement personnel, qui parlera sans aucun doute à plus d’un-e d’entre nous.

Anne Calmat

Depuis tout petit Grégory Panaccione a toujours voulu dessiner. Le jour où son père lui a rapporté son premier Pif Gadget, il a su que, plus grand, il deviendrait auteur de BD.

A 14 ans, il entre à l’Ecole Estienne où il apprend les bases du dessin, du graphisme et de la gravure sur cuivre classique. Il poursuit ses études aux Beaux-Arts de Paris où il approfondit l’étude de la morphologie humaine par la pratique du dessin de nu. Son diplôme en poche, il entame une courte (et frustrante) expérience dans le monde de la publicité.
Il débarque ensuite dans l’univers du dessin animé chez Story, où il fera du storyboard pendant plusieurs années.

En parallèle, il entame une carrière d’auteur de BD chez Delcourt. Son premier album, Toby mon ami, est un récit muet (2012) déjà ambitieux. Il enchaîne avec Âme perdue (2013), Match (2014) et enfin Un Océan d’amour (avec Wilfrid Lupano, 2015) qui lui apportera la consécration et une kyrielle de récompenses (dont le Prix Fnac et une sélection à Angoulême). Depuis lors, on peut noter ses séries comme Chronosquad (avec Giorgio Albertini, 2016) et Minivip & Supervip (avec Bruno Bozzetto, 2018) ou ses one-shot en solo comme Un été sans maman (2019) ou Toajêne (2020). Il participe également à Donjon, la fresque Fantasy scénarisée par Lewis Trondheim et Johan Sfar en illustrant deux albums de la collection Antipodes (Delcourt 2020).

Aujourd’hui il vit à Milan où il continue à expérimenter différentes techniques de dessins (que ce soit en BD ou en animés). Il utilise l’écriture automatique, sans crayonné préparatoires, pour garder le maximum d’expressivité et de naïveté dans son récit.

Marathon – Nicolas Debon – Ed. Dargaud

JO Amsterdam 1928
Copyright N. Debon (texte et dessin) / Ed. Dargaud – Depuis le 2 juin 2021 – 120 p., 19,99 €

2h 32′ 57″ dans la vie d’un homme…

La bd débute avec l’arrivée des athlètes dans le stade Olympique d’Amsterdam. Les aficionados reconnaissent leurs héros et les exclamations enthousiastes fusent de toutes parts.

En fin de délégation : le marathonien Boughéra El Ouafi. Cette fois, les commentaires sont d’une tout autre teneur.

« Chez ces gens-là, ces indigènes qui ont grandi sous le soleil des colonisés, dans un cadre naturel et immuable où tout semble se répéter, il s’est enraciné comme une paresse héréditaire, une passive nonchalance qui les empêche de concevoir la notion même de compétition« …

Boughéra El Ouafi est sur le point de prouver d’une façon éclatante le contraire.

L’auteur s’attarde tout au long de l’album sur la compétition, dont nous suivons « en direct » les épreuves physiques subies par cet homme humble et doux, que la Fédération française d’athlétisme, et plus largement l’État français, abandonneront par la suite, comme on supprime une ombre au tableau.

Une longue postface consacrée à l’itinéraire de Boughéra El Ouafi parachève cet album qui remet sous le feux de projecteurs injustement éteints l’un des plus grands athlètes du 20è siècle. Remarquable et nécessaire.

Anne Calmat

Nicolas Debon est né en 1968 en Lorraine.
Il étudie à l’école des Beaux-Arts de Nancy, puis enchaîne des petits boulots dans l’administration culturelle.

En 1993, il part au Canada, où il réside une dizaine d’années, et devient notamment, dessinateur de vitraux. Un cours du soir lui fait découvrir l’univers de l’illustration jeunesse.
Ses premiers travaux, publiés par des éditeurs nord-américains, sont bientôt remarqués : il est ainsi finaliste des prix littéraires du Gouverneur général du Canada, et, en 2007, lauréat du Horn Book Award, un important prix américain de littérature jeunesse.

Nicolas vit désormais près de Paris, où il se consacre à l’illustration jeunesse (il a notamment travaillé pour Nathan, Gallimard Jeunesse, Flammarion-Le Père Castor ou Bayard) et, de plus en plus, à la bande dessinée. Il a également participé aux albums collectifs de la série La Fontaine aux fables (tomes 2 et 3, 2004-2006, Delcourt) comme dessinateur, tout en publiant son premier album en solo, Le Tour des géants (2009), chez Dargaud. Depuis, toujours chez le même éditeur, il a sorti L’Invention du vide (2012) et L’Essai (2015).

Le travail de Nicolas Debon se distingue par une extrême sensibilité et par une maîtrise impressionnante du dessin et de la couleur.

Hantée par une vieille folle moralisatrice – Shaghayegh Moazzami – Ed. Cà et Là (Communiqué)

Hantée – Depuis le 4 juin 2021 – Copyright S. Moazzami – Traduction de Hélène Duhamel – Ed. Çà et Là – 208 p., 20 €

Shaghayegh Moazzami est née en 1986 en Iran. En 2010, elle sort diplômée de l’Université des Beaux-Arts de Téhéran. Elle commence sa carrière d’artiste en tant que peintre, mais son intérêt pour la narration la pousse rapidement vers l’illustration et la bande dessinée. En 2016, à l’âge de 30 ans, elle quitte l’Iran pour s’installer au Canada à la faveur d’un mariage blanc. Depuis 2017, elle travaille en tant que dessinatrice pour des sites internet iraniens basés à l’étranger. Hantée est son premier roman graphique.

Elle dit toutes les difficultés qu’elle a connues dans son pays d’origine – aussi bien à l’école qu’au sein de sa propre famille – et qui l’ont poussée à s’exiler. Elle dit surtout comment, une fois arrivée au Canada en 2016, elle n’a pour autant pas réussi à trouver de répit et a continué de subir le poids de la religion et des traditions inculquées dans sa jeunesse.

Un poids qui s’est un jour manifesté par l’apparition d’une vieille femme imaginaire, bigote et ultra-conservatrice. Une vieille femme qui s’est mise à la persécuter, lui reprochant sans cesse son mode de vie occidental et lui faisant des remontrances chaque fois qu’elle faisait quelque chose d’interdit ou de mal vu dans son pays, comme par exemple faire du vélo, fumer quand on est une femme ou boire de l’alcool…

Hantée – Mikaël Ollivier – Nicolas Pliz – Ed. Jungle Frissons

Depuis le 10 juin 2021 – Copyright M. Ollivier, N. Pitz / Ed. Jungle – 128 p., 17 €

Il suffit parfois de presque rien pour que le malheur frappe à la porte. Ça va très vite : Planche 1 : Mathilde, dite Tilda, est à la bourre, sa jumelle accepte de la déposer en scooter au stade, un casque pour deux, son ainée de 25 minutes exige que ce soit Tilda qui le porte. Planche 2 : elles croisent la route d’un livreur qui vient de recevoir un appel sur son portable… Tout cela n’a pris que quelques instants.

La dernière vignette de la planche 2 laisse apparaître une jeune fille (celle de la couverture) au regard insondable, où se mêlent déréliction et contrition. Si seulement elle avait passé moins de temps dans la salle de bains ce matin-là…

Pour Tilda la vie continue malgré tout, malgré elle. Mais différemment.

Et plus précisément, au Refuge, un centre d’aide pour ados en difficulté, en quête de trouver un sens à leur existence. La nuit les pensionnaires aiment à se livrer à des séances de spiritisme. L’entrée en scène d’une « chasseuse de fantômes » – aux noirs desseins – va permettre à Tilda de trouver en elle un moyen inattendu d’y parvenir. N’est pas télépathe qui veut, pourtant Tilda doit se rendre à l’évidence, elle est une « passeuse d’âmes »…

C’est ici que la citation de Victor Hugo, inscrite en exergue de l’album, se rappelle à nous : « Les morts sont des invisibles, mais non des absents. »

Chacun de nous a son avis sur la question, mais qui peut affirmer avec certitude qu’il détient les clés des mystères de l’au-delà ? Qui en effet n’a jamais rêvé que celui ou celle venait de quitter cette terre, demeure à ses côtés ? «La vie n’est qu’un souffle énigmatique et ce qui en résulte ne peut être qu’un souffle énigmatique. », a écrit le peintre Jean Arp.

L’album explore joliment l’idée de vies parallèles, avec, pour peu que l’alchimie ait lieu, de possibles interférences entre les deux mondes.

Il s’agit souvent pour ceux qui sont restés de dire à ceux qui les ont quittés ce qu’ils n’ont pas su ou eu le temps d’exprimer avant qu’il ne soit trop tard, de remplir le vide que leur disparition a laissé, ou tout simplement de ne pouvoir se résoudre à laisser s’envoler à jamais cette autre partie d’eux-mêmes.

Mais eux, ces immatériels, qu’attendent-ils ? Ne seraient-ils pas les otages de ceux qui refusent de les laisser aller vivre une tout autre vie dans cet Ailleurs qui les attend ?

Anne Calmat

Nicolas Pitz (Bruxelles) est à la fois formateur en webdesign et auteur de bande dessinée. On lui doit la trilogie Luluabourg, mais aussi Les jardins du Congo et Montana 1948 (v. BdBD Archives). En 2018, il se lance dans la bande dessinée jeunesse en adaptant les romans de Malika Ferdjoukh : La Bobine d’Alfred et Sombres citrouilles chez Rue de Sèvres. En 2020, il dessine Traquée avec Fabien Grolleau chez Glénat.

Mikaël Ollivier (Paris) écrit des films et des livres depuis une vingtaine d’années (La vie en gros, Eden, Tout doit disparaitre chez Thierry Magnier ou encore Trois souris aveugles, L’Inhumaine nuit des nuits chez Albin Michel. Pourtant, il ne sait toujours pas comment l’on fait, ni pourquoi. C’est sans doute pour cela qu’il continue aussi passionnément. Parce qu’il est encore un débutant, et compte bien le rester, comme en atteste cet album, son tout premier scénario de bande dessinée.

La Nuit de la Saint-Jean – Reetta Niemensivu – Ed. Cambourakis –

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Copyright R. Niemensivu (scénario et dessin) / Cambourakis – 94 p., 18 euros

Coup d’oeil dans le rétro (17 juin 2016)

Il est des images ou des sensations qui renvoient instantanément à des épisodes à jamais inscrits dans notre mémoire. Un air de musique ou le parfum entêtant d’une fleur et c’est tout un pan de notre vie qui ressurgit.

Dans cette BD autobiographique, écrite sous la forme d’un long flash-back, un gros orage est venu troubler la quiétude d’une soirée familiale. La grand-mère de l’auteure se souvient de celui, plus terrible encore, qui changea le cours de son existence, alors qu’elle sortait à peine de l’enfance.

Autrefois, raconte-t-elle, le solstice d’été était – et demeure – une source de fantasmes pour beaucoup de filles et de garçons. Fantasmes réalisables, croyaient-ils, par la pratique de rites d’envoûtement, issus de traditions païennes…


Sur les premières planches de l’album, deux groupes d’adolescents s’observent en catimini. Eux font leur choix, élaborent des stratégies d’attaque, elles font mine de regarder dans une autre direction.

Le souvenir de rites ancestraux, censés attirer les faveurs de l’élu(e), vient alors en renfort : cueillir une fleur de fougère la nuit de la Saint-Jean apportera richesse, amour et bonheur éternel à celui ou celle qui l’a dénichée. Enfouir son corsage dans une fourmilière pendant trois nuits consécutives donnera un pouvoir de séduction à nul autre pareil. Se rouler nue dans un champ de seigle mènera immanquablement à l’être aimé. Certaines jeunes filles y croyaient, d’autres non. Les garçons optaient en général pour des « travaux d’approche » plus expéditifs.

La Saint-Jean cette année-là (nous sommes en 1920) coïncidait avec la Confirmation des adolescentes, (l’équivalent chez les luthériens de la Communion solennelle des catholiques). Presque tous les villageois étaient réunis dans la paroisse pour assister à la cérémonie, qui selon la tradition devait s’achever par un immense feu de joie sous le soleil de minuit. L’arrivée d’un nouveau pasteur, dont ce devait être le premier prêche, ajoutait encore à l’exaltation générale.

Mais il en fut tout autrement…

L’auteure finnoise livre un album étrange et décalé, qui ne manque pas charme. Le trait tout en rondeurs et les dessins à dominantes brun clair, sépia et blanc servent particulièrement bien cette histoire, dont l’issue déroutera probablement plus d’un lecteur, quant au sens à lui donner.
Anne Calmat

Reetta Niemensivu est née à Parkano, une petite ville de Finlande, en 1979. Elle suit des études de graphisme et d’illustration à Lhati et Helsinki, avant de devenir illustratrice et auteur de bandes dessinées. Elle puise son inspiration dans ses souvenirs et les histoires qu’on lui racontait encore enfant. Plusieurs anthologies ont recensé son œuvre et inscrivent Reetta Niemensivu parmi les auteurs remarqués de la bande dessinée finlandaise. La nuit de la Saint-Jean était sa troisième publication.

La mémoire dans les poches – Luc Brunschwig – Etienne Le Roux – Ed. Futuropolis

Copyright L. Brunschwig (scénario) et E. Le Roux (dessin) /Futuropolis, 2017 – Coffret 3 volumes 49,40 €

Coup d’œil dans le rétro

La Mémoire dans les poches raconte la destruction d’une famille dont les liens se sont tissés sur de fausses bases et un rapport idéalisé entre trois êtres qui croyaient parfaitement se connaître.

Sur la première planche du tome 1, un certain Sidoine Letignal, un jeune enfant dans les bras et un chien collé à ses basques, tente d’acheter une boîte de lait Premier âge et un biberon dans une pharmacie. Face aux questions inquisitrices de la vendeuse, il s’enfuit. On le retrouve un peu plus tard dans le bistrot où il a trouvé refuge. Une jeune mère allaite son bébé, Letignal lui demande si elle verrait un inconvénient à en faire autant pour ”le sien”. Tollé général, l’homme est sommé de s’expliquer.

Didoine raconte alors son histoire – à laquelle se mêlent, pour nous lecteurs, quelques réminiscences de son enfance durant la Seconde Guerre mondiale.

L’histoire du couple qu’il formait il y a encore peu de temps avec sa femme, Rosalie. Un couple exemplaire au service des plus déshérités, admiré de tous, et avant tout de leur fils Laurent, un écrivain en devenir qui a suivi les traces parentales en donnant des cours d’alphabétisation dans un centre socio-culturel…

T. 1

Le septuagénaire explique qu’il n’a pas bronché lorsque Rosalie a refusé catégoriquement d’accueillir chez eux la jeune protégée de Laurent, une réfugiée algérienne sans papiers, enceinte de huit mois ; mais qu’il a quitté le domicile conjugal lorsque Malika a été expulsée de France, contrainte d’abandonner l’enfant du déshonneur, conçu hors-mariage en Algérie. ”C’était moi la cause de toute cette chienlit, je me suis dit que c’était peut-être un service à rendre”. Il aurait pu ajouter ”pendant qu’il en était encore temps”.

T. 2

Pourquoi cet homme a-t-il rompu les amarres de façon aussi radicale ? On se dit que sa décision n’est pas sans rapport avec les images en flash-back qui le montrent enfant, du temps où il s’appelait Isaac.

Le second opus se concentre sur Laurent. Son père a disparu depuis trois ans avec le bébé de Malika. Le jeune homme est maintenant un écrivain à succès que l’on invite sur les plateaux de télévision. Un soir, l’occasion lui est offerte de lancer appel à témoins via le petit écran. Le voyage qu’il va par la suite entreprendre pour retrouver le fugitif sera pour lui l’occasion de lever une partie du voile sur ce qui a été tu pendant trop longtemps.

On n’en dira pas beaucoup plus, si ce n’est que cet épisode n° 2 est celui de la vérité si complexe des êtres et des choses : le malentendu sur lequel s’est fondé l’union en apparence idyllique de ses parents, les rancœurs de sa mère, la pusillanimité de son père, qui n’avait d’autre étai que la cellule familiale.

Le tome 3 revient longuement la quête du fils de Didoine et sur la genèse de son geste. On comprend pourquoi la tentation pour lui de faire taire ses convictions humanistes afin garder la stabilité du lien qui le protégeait des fantômes de son passé, a d’abord prévalue, et pourquoi elle a ensuite été balayée par l’absolue nécessité de venir en aide à la jeune fille.

La fin de ce roman graphique est particulièrement forte. Elle renvoie à ces hommes et ces femmes qui, au soir de leur vie, voient ressurgir des pans entiers de leur jeunesse et s’effacer les souvenirs des années qui ont suivi, réduites bien souvent pour eux à quelques dates griffonnées sur un morceau de papier enfoui dans leurs poches.

T. 3

On ne peut que souscrire au commentaire que fait l’éditeur à propos de ce triptyque intimiste : « À la justesse de l’écriture de Luc Brunschwig, répond la sensibilité du dessin d’Étienne Le Roux, pour offrir à cette histoire du quotidien, une lumière et une chaleur qui pourraient être celles de l’humanité. »

Anne Calmat

L’attente – Keum Suk Gendry-Kim – Ed. Futuropolis

« Une famille coréenne brisée par la partition du pays »
Copyright Keum Suk Gendry-Kim (texte et dessin) / Sarbacane
Depuis le 5 mai 2021, 245 p., 26 €

L’attente, c’est ce que vivent ces femmes et ces hommes, séparés des leurs depuis près de soixante-six ans, et qui ne sont autorisés à les revoir qu’à la faveur de relations apaisées entre le Nord et le Sud… et lorsque la chance leur a souri. Une attente interminable pour des retrouvailles forcément bouleversantes à bien des égards, mais parfois déconcertantes quant au fossé idéologique qui s’est creusé entre ceux qui sont restés et les autres.

Une attente souvent vaine aussi, comme c’est le cas pour la mère de l’auteure.

Ici, la dernière réunion en date doit avoir lieu le 28 août 2018. Guija 92 ans a échoué dans sa demande, c’est une de ses amies qui a été sélectionnée par tirage au sort. Tout sa vie Guja a espéré retrouver son mari et son fils, perdus de vue dans la foule qui fuyait les bombardements américains.

Elle avait alors poursuivi sa route, son nourrisson suspendu dans un pagne accroché à sa poitrine, espérant les retrouver à la frontière sud-coréenne.

« Saisie par un sentiment d’urgence alors que la génération qui a connu la guerre s’éteint et que la nouvelle oublie le passé, j’ai interrogé ma mère pour qu’elle me raconte ces blessures traumatisantes de la guerre et de la séparation. » Keum Suk Gendy-Kim

Plusieurs chapitres sont consacrés à sa jeunesse dans le Nord, sous occupation japonaise jusqu’en 1945, puis à l’accalmie qui s’en est suivie, avant que Kim Il-Sung et les communistes chinois n’attaquent la Corée du Sud cinq ans plus tard.

Ce long flash-back nous permet de découvrir les us et coutumes d’une société patriarcale dans laquelle les mères enseignaient à leurs filles l’art de la soumission : « Après mon mariage, j’ai été sourde, aveugle et muette pendant trois ans » lui avait dit la sienne. La jeune femme avait cependant eu un bon mari, deux magnifiques enfants, et tout le loisir de s’exprimer à sa guise. Mais ce bonheur n’avait été que de courte durée…

Un récit familial pudique au retentissement profond et durable, servi par un coup de crayon à l’image de Guija : résolu.

Anne Calmat

Photo Nicolas Grivel

Keum Suk Gendry-Kim est née en 1971 en Corée du Sud. Elle est dessinatrice et traductrice. Ses livres sont publiés en France depuis 2012 (Le chant de mon père, Ed.Sarbacane) et portent le témoignage de ceux qui ont subi les outrages de la guerre en même temps que la fresque de son pays natal. Étudiante en peinture à l’Université de Sejong, elle intègre plus tard l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.


Objectif Mars : Tous les espoirs sont permis, la Nasa persiste en signe… (suivi de) « On mars », BD en 3 parties

Le Monde, 20 avril 2021 – « Pour sa première expérience, Moxie a produit 5 grammes d’oxygène, de quoi respirer pendant 10 minutes pour un astronaute ayant une activité normale. Les ingénieurs chargés de Moxie vont maintenant mener davantage de tests et essayer d’augmenter ce résultat. L’outil a été élaboré pour pouvoir générer jusqu’à 10 grammes d’oxygène par heure.

La démonstration a eu lieu le 20 avril et la NASA espère que de futures versions de l’outil expérimental utilisé pourront préparer le terrain à une exploration par des humains. Non seulement le processus pourrait produire de l’oxygène pour que de futurs astronautes puissent respirer, mais il pourrait aussi permettre d’éviter de transporter depuis la Terre de larges quantités d’oxygène indispensables à la propulsion de la fusée pour le voyage du retour.

De l’oxygène pour dix minutes

Le « Mars Oxygen In-Situ Resource Utilization Experiment » (Moxie) est une boîte dorée de la taille d’une batterie de voiture, située à l’avant droit du rover. Il utilise électricité et chimie pour scinder les molécules de CO2, produisant ainsi de l’oxygène, d’un côté, et du monoxyde de carbone, de l’autre. Pour sa première expérience, Moxie a produit cinq grammes d’oxygène, de quoi respirer pendant dix minutes pour un astronaute ayant une activité normale. »

Maintenant, attardons-nous un moment sur ce qui n’est encore qu’une fiction… https://boulevarddelabd.com/on-mars-t-1-a-3-3-sylvain-runberg-grun-ed-daniel-maghen/

T.2 sur 3


Ceux qui brûlent – Nicolas Dehghani- Ed Sarbacane

Copyright N. Dehghani / Sarbacane – En librairie à partir du 7 avril – 192 p., 25,50 €

Alex Mills, flanquée de son nouveau partenaire, le calamiteux Pouilloux – il se qualifie lui-même de vieil empoté – enquêtent sur le meurtre d’un homme que l’on a mutilé et aspergé d’acide chlorhydrique, avant de s’en débarrasser dans une benne à ordures. Le coupable pourrait être un individu vêtu d’un long manteau à capuche, qu’un témoin a vu se diriger vers un club à la réputation douteuse, appelé le Pyramid.

Peu de temps auparavant, Alex a été renversée par un motocycliste alors qu’elle traversait la rue, le nez plongé dans la lecture de son horoscope. « Attendez-vous à un événement frappant aujourd’hui. » Pas de bobo, mais le risque pour elle de se perdre dans un dédale de conjectures. Que ce serait-il passé si…

Pour l’heure, Alex et son binôme sont au Pyramid, un nom qui n’a pas sûrement pas été choisi par hasard. Pouilloux ouvre l’œil et photographie mentalement les clients qui lui semblent chelous, cependant qu’Alex est allée explorer les entrailles du club. Elle va y faire une rencontre pour le moins… frappante.

Les situations à haut-risque vont dès lors s’enchaîner, mais elles seront riches d’enseignement pour qui saura dénicher au fond de soi des ressources insoupçonnées. Car sous couvert d’une intrigue policière aux ramifications ésotérico-mafieuses, c’est aussi de cela dont il est question.

Une super bande dessinée – qui avance masquée – dans laquelle le graphisme « de folie  » joue un rôle important.

Anne Calmat

Nicolas Dehghani est né en 1987 à Rennes. Après une formation en cinéma d’animation à l’école des Gobelins, dont il sort diplômé en 2011, il s’associe avec cinq camarades de classe pour former le collectif CRCR. Ensemble depuis une dizaine d’années, ils réalisent courts-métrages, trailers, clips et publicités, principalement en animation traditionnelle. En parallèle, Nicolas s’ouvre à l’illustration, ce qui lui permet de collaborer avec des magazines en France, comme L’Obs, Les Échos, XXI, Usbek et Rica, et outre Atlantique, le New Yorker, Wired, Variety, Hollywood Reporter… Nicolas Dehghani vit à Paris. Ceux qui brûlent est sa première bande dessinée.

Idiss – Richard Malka – Fred Bernard – Ed. Rue de Sèvres

Copyright R. Malka, F. Bernard / Rue de Sèvres. Depuis le 31 mars 2021 – 128 p., 20 €
Ed. Fayard

D’après le livre de Robert Badinter

« J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l’Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils. » R.B.

En 2018, Robert Badinter, homme réservé par excellence, surtout lorsqu’il s’agit de son histoire familiale, livre dans son récit les silences des siens et rend hommage à sa grand-mère, Idiss.

En 2021, Richard Malka et Fred Bernard s’emparent de « cette manière de chef-d’œuvre, d’une sincérité coupante et sans apprêts » * et créent une version graphique en tous points fidèle à l’ouvrage de Robert Badinter.

  • La Croix, 2018

Au début des années 1910, Idiss fuit les pogroms qui s’étaient multipliés à partir de 1903 dans le yiddishland bessarabien* et s’installe à Paris avec son mari et ses enfants. Un répit de quelques années, avant que le Parti national-socialiste des travailleurs allemands ne désigne en 1921 un certain Adolf Hitler comme nouveau leader…

C’est l’itinéraire de cette petite femme venue d’ailleurs, dont la générosité de cœur et l’amour immodéré pour les siens irrigue les planches cet album, que nous découvrons, avec l’étrange sentiment d’avoir eu le privilège de créer un lien avec elle, et d’avoir vécu à ses côtés un moment d’Histoire. À découvrir sans délai.

  • Bessarabie (actuelle Moldavie), zone de résidence attribuée aux juifs par le régime tsariste.

Anne Calmat

Photo Joël Saget / AFP

Robert Badinter – Né à Paris en 1928, il fut avocat au barreau de Paris et professeur de droit. Nommé ministre de la Justice en juin 1981 par François Mitterrand, il fit voter l’abolition de la peine de mort en France et prit de nombreuses mesures en faveur des libertés individuelles, des droits des victimes et de l’amélioration de la condition des détenus. Robert Badinter a présidé le Conseil constitutionnel de 1986 à 1995 et fut sénateur des Hauts-de-Seine de 1995 à 2011. Il est l’auteur de nombreux ouvrages juridiques et littéraires.

Photo L. Bahaeghel

Richard Malka, né le 6 juin 1968 à Paris, est avocat au barreau de Paris, scénariste de bandes dessinées (L’Ordre de CicéronLa face kärchée de Sarkozy), et romancier français (Tyrannie et  Éloge de l’irrévérence) Il est spécialiste des questions de liberté d’expression et de laïcité, et connu pour être l’avocat du journal satirique Charlie Hebdo depuis sa création en 1992.

Photo L. Behaeghel

Fred Bernard est né en 1969, il illustre de nombreux albums réalisés en tandem avec François Roca, des romans jeunesse et sait être un auteur complet en BD adulte quand il écrit et dessine la série Jeanne Picquigny ou Les Chroniques de la vigne et les Chroniques de la fruitière et plus récemment, Carnet d’un voyageur immobile.

Les Mains de Ginette – Olivier Ka – Marion Duclos – Ed Delcourt

Copyright O. Ka (scénario), M. Duclos (dessin) / Delcourt – Depuis le 24 mars 2021 – 104 p., 16, 50 €

un petit bourg comme tant d’autres, dans lequel les gamins prennent un malin plaisir à estropier les nains de jardin d’une vieille femme, qu’au lieu d’appeler la sorcière, ils désignent sous le nom de « la crabe ».

Le prologue de l’histoire qui nous est ici contée évoque, dans ses premiers planches, une fable drolatique pour enfants. Il n’en est rien. Le scénario à tonalité balzacienne se révèle d’une densité psychologique inattendue et donne à méditer.

Lorsqu’une jeune femme en quête d’estime de soi, affligée dans son enfance de parents particulièrement toxiques, rencontre un jeune homme bien sous tous rapports, mais affligé, lui, d’un fétichisme compulsif des mains féminines, on est en droit de se demander si leurs névroses seront compatibles.

Marcelin Gavoche, droguiste rue du Moulin-à-sel, a aimé Gisèle, la préposée aux postes du village, dès qu’il a posé les yeux sur elle, ou plutôt sur ses mains. Ils se sont très vite mariés ; la vision de leur bonheur réjouissait tous les habitants de Bournabœuf. Mais cette merveilleuse union ne reposait-elle pas sur un malentendu ?

Marcelin pouvait s’enorgueillir de posséder la plus belle collection de gants de caoutchouc du comté. Toutes les femmes se pressaient dans son magasin pour en acheter. Il veillait à ce que chaque paire soit adaptée à la nature de la peau de ses clientes et à la morphologie de leurs doigts, leur faisait mille grâces (sans penser à mal, n’avait-il pas trouvé la femme de sa vie ?), les raccompagnait à la sortie de son magasin en esquissant trois pas de valse. À la longue, le comportement primesautier de son époux, par ailleurs toujours très amoureux, avait fini par déstabiliser Ginette. Les traumatismes de l’enfance remontaient à la surface…

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Elle se sentait comme autrefois : un laideron incapable d’être aimée. Le mécanisme de la jalousie, avec ses conséquences funestes, était enclenché. Et Gisèle était une personne jusqu’au boutiste.

Anne Calmat

L’accident de chasse – David L. Carlson – Landis Blair – ED. Sonatine

Copyright D. L. Carlson (scénario), Landis Blair (dessin) / Ed. Sonatine –
400 p., 29 €
Fauve d’Or Angoulême 2021

1959. Charlie Rizzo vient de perdre sa mère et doit emménager à Chicago avec son père, Matt, aveugle à la suite suite d’un accident de chasse, passionné de littérature et de poésie. C’est du moins la version officielle de la cause de sa cécité.

Mais un jour tout va basculer pour le père et le fils : Charlie a fait plusieurs pas de côté, Matt n’a pas d’autre choix, pour sauver le sauver de la prison, que de revenir sur un mensonge vieux de plusieurs dizaines d’années, au risque de casser le lien de complicité qui s’était instauré entre eux. Matt lui raconte alors ses années de prison… Un chemin initiatique éclairé par les poètes.

Touché par les faits à haute densité émotionnelle que lui a rapportés Charlie Rizzo, David L. Carlson va d’abord vouloir en faire un projet transmédia en l’adaptant au théâtre, en musique et au cinéma, mais après plusieurs déconvenues, et suite à sa rencontre avec Landis Blair, il décide d’en faire une bande dessinée.

L’élaboration graphique de L’Accident de chasse va prendre près de 4 ans au dessinateur (l’encrage d’une planche nécessite une journée entière), le résultat est à la hauteur.

Un chef-d’œuvre absolu ! Le style littéraire est fluide et de haute tenue, l’adaptation graphique en noir et blanc hachuré à la plume crée une incroyable symbiose entre les mots et les images.

Chaplin en Amérique (T.1) – Chaplin prince d’Hollywood (T. 2/3) – Laurent Seksik – David François – Ed. Rue de Sèvres

2019 – 78 p., 17 €
2021 – 80 p., 17 € – T.3 en 2022

Copyright L. Seksik (scénario), D. François (dessin)/ Rue de Sèvres

Ceux albums aux illustrations chaloupées retracent la période américaine de Chaplin et décrivent comment un homme qui, au départ, avait reçu d’aussi mauvaises cartes dans son jeu va devenir un créateur visionnaire et un acteur d’exception doublé d’une légende vivante.

Le premier tome débute en octobre 1912, lorsque Charles Spencer Chaplin, artiste de music hall, lui même fils d’artistes tombés dans l’oubli, quitte l’Angleterre pour une tournée de trois mois aux USA en compagnie de son demi-frère, artiste également et soutien indéfectible de son cadet. Chaplin ne doute de rien, il arrive en conquérant. Pour lui, il est inenvisageable qu’il en soit autrement, n’a-t-il pas une revanche à prendre sur la vie et sur la misère qui a accompagné son enfance et détruit ses parents ?

« Salut, l’Amérique ! Je suis venu te conquérir! Il n’est pas un homme, une femme, un enfant qui n’aura pas mon nom aux lèvres ! »

Mais les critiques sont catastrophiques. 

Peu de temps après, les cartes vont s’aligner dans le bon ordre : le metteur en scène-producteur, Mack Sennett, qui avait trouvé « le spectacle nul, mais Chaplin prometteur » demande à le rencontrer, puis semble l’avoir zappé. Chaplin demeure cependant dans son sillage, au cas où. C’est à la faveur d’un coup de chance phénoménal qu’il va créer son personnage : Sennett a besoin d’un comédien pour remplacer celui qu’il dirige dans L’Etrange aventure de Mabel ; il lui demande d’aller se chercher un costume dans la réserve aux accessoires… et c’est Charlot qui réapparaît.

C’est ainsi que Charles Spencer Chaplin va tourner dans la foulée une trentaine de films (en courts-métrages) et devenir en peu de temps l’acteur, puis ensuite le réalisateur le plus célèbre du monde.

Le Kid, 1921

Celles et ceux qui ne connaissaient que les grands lignes de la vie de Charlie Chaplin vont découvrir chez lui un mélange de pragmatisme (il a toujours privilégié ses intérêts, quitte à se montrer ingrat et cynique envers de ceux qui ont fait sonner pour lui « les trompettes de la renommée« ) et d’idéalisme (il n’a cessé de défendre le doit de l’Homme à la dignité et de pourfendre l’intolérance et le fascisme). Le troisième aspect de Chaplin – son goût immodéré pour les très jeunes filles – lui vaudra quelques déboires avec la justice et les ligues de vertu – ce ne seront pas les seules attaques auxquelles il devra faire face…

Les Lumières de la ville, (film sonore) 1931

Puis au retour d’un voyage où il a côtoyé les dirigeants les plus influents de la planète, celui qui a atteint les plus hauts sommets du tragique dans certains de ses films muets, décide qu’il est temps pour le vagabond au grand cœur de laisser la place à des productions plus engagées.

Ce que j’ai vu du monde me commande de passer à autre chose (…) de faire un autre cinéma (…) de tendre un autre miroir au monde. À quoi servirait le cinéma sinon

Le Dictateur, 1939
Les Temps modernes, 1936

En 1936, il envoie Charlot à l’usine. Ce sera le dernier film muet de celui qui ne voyait aucun avenir au cinéma parlant. Il y stigmatise le travail à la chaîne et dénonce le chômage qui sévit en Amérique depuis la crise de 1929. Puis viendra Le Dictateur (1939), son premier long-métrage parlant où, renonçant à toute métaphore, il caricature Hitler, qu’il qualifiait de clown inoffensif avant son voyage en Allemagne. Preuve que l’on ne peut pas être visionnaire en tout…

Anne Calmat

Sous terre – Mathieu Burniat – Ed. Dargaud

Copyright M. Burniat (scénario et dessin) / Dargaud. En librairie le 19 mars 2021 – 176 p., 19,99 €

« Hadès, dieu des enfers cherche une remplaçante, se présenter à la Porte 23 du Monde des morts… »

On pourrait résumer l’intrigue en trois ou quatre planches, mais ce serait négliger le véritable propos de l’auteur.


L’album illustre en effet un paradoxe : ceux qui ont quitté une terre moribonde dans le seul but de satisfaire leur appétit de toute-puissance vont découvrir LA VIE : celle qui grouille dans le monde d’en-bas.

Parmi les prétendants au trône, il y a Suzanne, 16 ans. En réalité, elle se fiche complètement du job, elle est là pour une tout autre raison. Il y a aussi Tom, celui qui va devenir son compagnon de route.

Détail planche

Le maître des lieux paraît, accompagné de son ami Cerbère, le chien tricéphale. Il dissimule un esprit revanchard sous l’apparence d’un aimable vieillard et rappelle aux trois-cents candidats à sa succession combien le monde invisible recèle de trésors, au point d’avoir fait de lui le plus riche des Dieux.

Mais pour lui succéder, ils vont devoir effectuer le parcours qu’il leur a lui-même concocté, au bout duquel se trouve la Corne d’Abondance, emblème de toutes les richesses. Le premier qui réussira à en goûter les fruits deviendra le nouveau maître des Enfers. Auparavant, Hadès tient à leur faire visiter son royaume.

Stupeur et déconvenue : « Je me casse, il est pourri cet endroit« . Mais Cerbère est là, il n’est plus temps de se défiler.

Les voici maintenant dans le monde souterrain. Les candidats, réduits à l’échelle de ce qui les entoure, vont croiser toutes sortes d’individus, apprendre, comprendre (l’auteur n’est pas avare en « cours » de sciences naturelles), découvrir les qualités nutritives de la matière organique…

Et réaliser rétrospectivement l’infinie nécessité qu’il y aurait eu à mieux veiller sur le devenir de leur planète. Trop tard pour eux, mais pas pour tout le monde. Reste à en tirer les enseignements…

No comment

Anne Calmat

La météorite de Hodges – Fabien Roché – Ed. Delcourt

Depuis le 3 mars 2021 – Copyright F. Roché / Delcourt – 64 p., 18,95 €

Douze ans après l’apparition des premiers objets volants non-identifiés dans les cieux états-uniens, apparitions qui frappèrent les esprits par leur fréquence et la fiabilité de plusieurs témoignages, c’est ici un simple fragment de météorite qui est au centre de l’épisode authentique que relate Fabien Roché. Ce qu’il a d’exceptionnel ? C’est d’être, si l’on ose dire, « entré en collision » avec une terrienne, en laissant des preuves irréfutables de son intrusion par le toit de sa maison.

« Moody Jacobs shows a giant bruise on the side and hip of his patient, Ann Hodges, in 1954, after she was struck by a meteorite. »
Copyright Jay Leviton, Time & Life Pictures/Getty Imag.

Le 30 novembre 1954 à 12h45, ledit fragment traverse en effet le toit d’une maison de Sylacauga (Alabama), ricoche sur le poste de radio du salon et vient terminer son périple contre la hanche d’une brave ménagère qui s’était allongée quelques instants sur son canapé. Elle se nomme Ann Elizabeth Hodges et l’on n’a pas fini d’entendre parler d’elle.

De quoi pouvait bien rêver celle qui fut l’ultime étape de la course du corps céleste à travers l’espace? Probablement pas de devenir le point de mire de tout un pays, avec les conséquences que l’on imagine. L’emballement médiatique est considérable, la maison est assiégée, l’industrie cinématographique s’en mêle : Mrs Hodges est au bord de la dépression nerveuse. Pour compenser tant de désagréments, le couple songe à tirer partie de la situation en vendant le caillou au plus offrant. Mais à qui appartient-il ? Aux instances fédérales ? À la propriétaire des lieux, les Hodges n’en étant que les locataires ?

L’affaire prend alors un tour rocambolesque : disparition à plusieurs reprises puis réapparition du fauteur de trouble, procès tous azimuts, convoitises, espoirs déçus.

La Météorite de Hodges n’est pas une variation autour du thème « être au mauvais endroit au mauvais moment », l’auteur ayant pris soin d’explorer les incidences que cet événement hors norme, survenu dans l’Amérique profonde des années 1950, ont eues sur le plan scientifique, sociologique et psychologique.

Détail

Le dessin, d’une grande simplicité, alterne compositions régulières et irrégulières, parfois hétéroclites. Tout se passe comme s’il nous était donné d’être les témoins privilégiés de la naissance d’une œuvre. Comme si nous nous trouvions face à un storyboard sur lequel Fabien Roché aurait accolé pêle-mêle, tranches de vie du couple – parfois sur le mode no comment, coupures de presse et pubs de l’époque, planches didactiques (et humoristiques !), en attendant de remettre le tout dans le bon ordre et d’en faire une bande dessinée… qui ne manque pas de piquant à l’aube d’un projet de colonisation à moyen terme de la planète Mars.

Anne Calmat

Fabien Roché est né en 1987 à Paris et réside actuellement à Lyon. Après des études de graphisme aux écoles Estienne et Gobelins à Paris et un début de carrière dans ce domaine, il s’intéresse à la bande dessinée en découvrant les auteurs indépendants américains et japonais, et commence à dessiner lui-même quelques pages en 2015. En 2016 il publie une histoire courte dans le magazine anglais Off Life. En 2017 il est deuxième au « Concours Jeunes Talents » d’Angoulême, ce qui lui ouvre les portes des éditions Delcourt. Il publie en 2021 son premier roman graphique, La météorite de Hodges. On peut également l’apercevoir de temps en temps dans La Revue Dessinée

Anne Calmat

Fabien Roché est né en 1987 à Paris et réside actuellement à Lyon. Après des études de graphisme aux écoles Estienne et Gobelins à Paris et un début de carrière dans ce domaine, il s’intéresse à la bande dessinée en découvrant les auteurs indépendants américains et japonais, et commence à dessiner lui-même quelques pages en 2015. En 2016 il publie une histoire courte dans le magazine anglais Off Life. En 2017 il est deuxième au « Concours Jeunes Talents » d’Angoulême, ce qui lui ouvre les portes des éditions Delcourt. Il publie en 2021 son premier roman graphique, La météorite de Hodges. On peut également l’apercevoir de temps en temps dans La Revue Dessinée

Les espionnes racontent – Chloé Aeberhardt – Aurélie Pollet – Ed. Steinkis / Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/085067-005-A/les-espionnes-racontent-genevieve-la-liste-russe-de-la-dst/

Chloé Aeberhardt

À l’origine, le livre d’investigation menée par la journaliste du Monde, Chloé Aeberhardt (R. Laffont, 2017), puis la mini-série série éponyme en six épisodes sur Arte. Ensuite, le 9è Art s’en est mêlé…

Une enquête de cinq ans durant laquelle l’auteure, conseillée par Edmond Béranger, un ancien de la DGSE, a multiplié mails et coups de fil aux services secrets français, américains, russes, israéliens et essuyé autant de refus, avant de décrocher un premier rendez-vous avec Geneviève qui, dans les années 70, travaillait à la DST. S’en suivront les rencontres avec Martha, Jonna, Gabriele, Ludmila, Yola…

« Je me suis aperçue qu’il y avait peu de livres sur les espionnes contemporaines. Il s’agissait surtout d’ouvrages historiques qui s’intéressaient toujours aux mêmes grandes figures (Mata Hari, Joséphine Baker) et avaient tendance à maintenir le mythe de l’intrigante sexy. Je me suis dit que ce serait un défi d’essayer d’aller à leur recherche et j’en ai fait une enquête. » Chloé Aeberhardt

L’enjeu de cette enquête était de casser l’image misogyne du monde de l’espionnage, notamment autour de la figure hyper « testostéronée » de James Bond où les femmes sont réduites sans complexe au rôle d’objets sexuels avec, malgré les changements dans les films récents, quelques relents révisionnistes. Ainsi, armée d’une infinie patience, Chloé Aeberhardt a réussi à entrer en contact avec diverses « retraitées » du monde de l’espionnage en tentant notamment de joindre les agences de surveillance les plus réputées, à savoir la DST en France, la DIA et la CIA aux États-Unis, le KGB en URSS, la Stasi en ex-Allemagne de l’Est, le Mossad en Israël. La représentation des agences est loin d’être exhaustive mais la diversité des profils d’espionnage permet d’avoir un panorama plus large et proche de la réalité des agents du renseignement de la seconde moitié du XXe siècle, pris dans les enjeux notamment de la Guerre froide. Il est ainsi question aussi de l’idéologie nationale et/ou patriotique au service de laquelle les espionnes ont sacrifié plus ou moins leur vie.

Le graphisme des dessins d’Aurélie Pollet – avec un code couleur différent pour chaque personnage – se situe entre réalisme et effet vintage. L’aspect documentaire est ainsi pleinement respecté, de même que l’aspect ludique de ces récits de vie traversant la géopolitique de chacun des pays évoqués.

Depuis le 28 janvier 2021 Copyright Ed. Steinkis / Arte

176 p., 20 €

On Mars (T. 1 à 3/3) – Sylvain Runberg – Grun – Ed. Daniel Maghen

Copyright S. Runberg, Grun / D. Maghen – 16 € – 80 pages environ pour chaque tome

T. 2 Les solitaires
T. 1 Le monde nouveau

On Mars ne se lit pas comme une extrapolation romanesque de ce que pourrait être l’implantation d’une colonie sur la planète rouge, mais plutôt comme une étude éthologique déductive sur l’état dans lequel risque d’être la société lorsque cette colonisation sera devenue une réalité. La trilogie imaginée par Sylvain Runberg et illustrée par Grun, dont le denier volet sortira en librairie le 4 mars 2021, est de ce fait une projection crédible de ce qu’il s’y passera.

Mission Persévérance, février 2021

Nous sommes ici en 2132, avec l’épuisement des ressources terrestres, l’avenir du genre humain repose sur une poignée de scientifiques et sur les forces de travail de celles et ceux qui mettent en place des forages, facilitent la recherche d’eau et son acheminement à la surface de Mars, édifient des structures d’accueil, etc. Les prisons sur la planète Terre constituent alors un réservoir inépuisable de main-d’œuvre à même de réaliser les travaux titanesques qui ont été entrepris depuis deux décennies. Pourquoi se priver de cette manne corvéable et renouvelable à merci ? Une condamnation à mort qui ne dit pas son nom. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes éthiques à des organisations humanitaires internationales…

T.1

Dans le T.1, un nouveau contingent d’hommes et de femmes est à l’approche de Mars. Parmi les arrivants, Jasmine Stanford, une ex-flic condamnée à vingt ans de travaux forcés pour bavure policière envers une jeune camée de la haute société. Nous suivrons album après album ses combats, les compromissions auxquelles elle va devoir se prêter pour survivre, ses revirements. On lui a greffé, comme à chaque nouveau venu, un implant respiratoire, afin que son organisme s’adapte à l’atmosphère martienne, et une puce GPS.

T.1

Nous découvrons une société pyramidale dont les bases reposent sur les forces de travail de ceux qui ont été transférés dans cette immense prison à ciel ouvert.

Au sommet de la pyramide, il y a les décideurs. Entre les deux, les ingénieurs, les techniciens, les colons, et les « référents » chargés de coordonner les équipes de manœuvres. Aucun rapprochement n’est autorisé entre eux et les colons (qui apparaissent peu dans la série), au moindre faux-pas, des drones interviennent. Nous constaterons plus tard qu’ils ne sont pas infaillibles.

Parmi les référents, un mégalo en puissance du nom de Xavier Rojas est devenu le gourou de la Nouvelle Eglise syncrétique.

T.3

Se pouvait-il qu’il en soit autrement ? Il semble communément admis que depuis la nuit des temps, là où il y a des hommes, il y a des dieux. Ses adeptes vont se multiplier à la vitesse de l’éclair, tant sur la planète rouge que parmi ceux qui suivent les étapes de la colonisation en attendant de faire partie d’un prochain contingent, bien décidés pour beaucoup à devenir les nouveaux Croisés interplanétaires.  

Nous verrons aussi que de nombreux clans rivaux se sont formés et qu’ils s’affrontent sur cette Terre bis en devenir, cependant qu’un groupe de fugitifs appelés « Les solitaires », a choisi la lutte armée afin qu’une autre société que celle qui se dessine soit possible.

T.2

Tout se passe comme si l’Histoire ne cessait de bégayer. Dans ces conditions comment la colonisation, présentée comme une chance unique de faire table-rase du passé, pourra-t-elle tenir ses promesses ?

T.3

BdBD ne vous en dira pas plus, si ce n’est, on l’aura compris, que cette trilogie ouvre à ses lecteurs un large champ de réflexions, qu’elle est passionnante, fouillée, et magnifiquement illustrée par Grun (Ludovic Dubois), totalement sur la même longueur d’ondes que Sylvain Runberg. Un cahier de dessins d’une vingtaine de planches prolonge chaque album, avec pour le T.3, une ouverture sur l’avenir de la planète colonisée.

Anne Calmat

T.3 – Ceux qui restent

Long Story Short – Simon Hanselmann – Misma Ed.

Depuis novembre 2020 – Copyright S. Hanselmann / Misma – 340 p., 35 €

Avertissement de l’auteurCe livre a principalement été conçu pour être lu aux WC. À ranger sur une étagère dans vos toilettes (couverture avec pelliculage brillant anti-éclaboussures de pipi.

Le ton est donné… Difficile d’imaginer personnages plus déjantés que ceux de Simon Hanselmann ! La structure classique des planches et le dessin d’une grande simplicité apparente ne dissimulent cependant pas la dimension « trash » de cette série inspirée par une enfance difficile, qui permet à son auteur de dépasser des traumatismes personnels tout en provoquant le rire doux-amer de ses lecteurs.

Ce nouveau livre de Simon Hanselmann est un pot-pourri de Megg, Mogg & Owl : un mélange aux effets puissants et stupéfiants qui va vous faire bien tripper ! Rassemblant des épisodes parus à droite à gauche dans divers fanzines, revues et magazines entre 2016 et 2020, on retrouve au cours des multiples saynètes sélectionnées tous les personnages qui font le succès de cette série culte dans le monde entier : Megg et Mogg, toujours accros à la fumette, qui passent leur temps à traînasser sur le canapé ; Owl, maniaque de l’ordre et de la propreté qui voit chaque fois ses efforts anéantis par la tornade Werewolf Jones et ses sales gosses. Sans oublier Mike le magicien dealer qui vit toujours chez sa mère et Booger, l’amie trans de la bande.

Planche p. 35

On se fait une joie de retrouver ces loosers finis, et en particulier Owl, grand absent du précédent opus qui nous avait tant manqué dans le rôle du parfait souffre-douleur. La série Megg, Mogg & Owl avait obtenu en 2018 le Fauve de la Série au Festival d’Angoulême pour l’album Happy fuking birthday.

Planche p. 360
Simon Hanselmann

SImon Hanselmann – Encore inconnu du paysage de la bande dessinée indépendante il y a 7 ans, ce jeune australien né en 1981, originaire de Tasmanie, adepte du travestissement s’est imposé en Europe et aux États-Unis comme un auteur incontournable.
Il vient juste de publier le quatrième volume de sa série chez le prestigieux éditeur américain Fantagraphics et son oeuvre est aujourd’hui traduite et publiée dans toutes les langues ! Et il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. Simon Hanselmann est un auteur prolifique à l’imagination inépuisable qui continue de développer et enrichir sa série jour après jour.

Le Syndrome [ E ] – Tome 1/3 – Runberg – Brahy – Ed. Philéas

D’après le roman de Franck Thilliez

Depuis le 29 octobre 2020 – Copyright Runberg – Brahy / Philéas – 104 p., 17,90 €

Les amateurs de polars et de BD vont se régaler avec cette adaptation du roman éponyme du très prolifique Franck Thilliez, dans lequel ils retrouveront le couple phare Lucie Hennebelle et Franck Sharko.

Nous sommes plongés au cœur d’une intrigue aux multiples arcanes, qui prend sa source dans les années 60 avec des expérimentations sur de jeunes cobayes humains. Six décennies plus tard, une organisation secrète, dont on découvrira plus tard le pouvoir de nuisance, tente de mettre la main sur un certain film compromettant…

Un collectionneur le détenait, sans avoir pris le temps de déceler ce qui se cache derrière les images violentes qu’il voyait, il est mort accidentellement en voulant le récupérer en haut de sa bibliothèque. Son fils s’en est séparé sans l’avoir visionné, son nouveau propriétaire a été plus curieux : mal lui en a pris.

Ce qui a priori aurait pu passer inaperçu aux yeux de la police va pourtant mener Hennebelle et Sharko de la casbah d’Alger aux orphelinats du Québec, les morts – toujours dans des circonstances abominables – vont joncher leur route puis, lorsque la vérité sera révélée et qu’ils croiront l’affaire classée, ils s’apercevront que les sectes ont la vie dure et qu’ils sont encore loin du compte.

Un scénario tentaculaire et glaçant, illustré par le dessin accompli (et impeccable) de Luc Brahy. On attend avec une impatience croissante la sortie du second tome*, prévue en septembre 2021 !

  • Titre : Gataca

Anne Calmat

S. Runberg

Sylvain Runberg est né en 1971 à Tournai. Il partage son temps entre la Suède et la France. Titulaire d’un Bac Arts plastiques et d’une maîtrise d’histoire politique, il a été libraire, salarié dans l’édition avant de se lancer dans l’écriture en 2004. Depuis, il a publié une centaine d’albums chez les plus grands éditeurs francophones et a été traduit dans plus de 20 langues. Runberg est capable de passer de la science-fiction au thriller politique ou psychologique. cf. La série des Millénium (Dupuis).

L. Brahy

Totalement autodidacte Luc Brahy a débuté dans la publicité et le dessin de presse, puis s’est tourné vers la BD et a collaboré avec plusieurs scénaristes dont Corbeyran (Imago lundi, Climax, Cognac), Franck Giroud (Les Champs d’Azur, Destins), Roger Seiter, Jean-Claude Bartoli… Avec plus de 50 albums à son actif, son dessin classique et nerveux se prête à merveille à l’action et au mystère.

Iris, deux fois – Éditions Sarbacane

En librairie le 3 février 2021 – Copyright A-L Reboul (scénario) et N. Reboul (dessin) – 192 p., 24 €

Iris, jeune auteure à succès, adorée de son compagnon et favorite pour le prix Renaudot qui doit prochainement être décerné, a tout pour être heureuse – si ce n’est toutefois le stress qu’entraîne chez elle cette perspective pourtant gratifiante. Se sentirait-elle illégitime ? Mais voici qu’une sérieuse ombre au tableau s’est depuis peu de temps imposée dans son sommeil. Ses jours sont devenus un cauchemar, et son stress n’a fait qu’augmenter.

La nuit, Iris se prénomme Osiris. La messagère des Dieux face à celui qui régnait sur les morts. Insolite ! D’autant plus insolite qu’une troisième figure légendaire, Camille, femme guerrière, est présente de nuit comme de jour dans la vie des deux héroïnes. Ce n’est peut-être pas un hasard…

Détail planche

Osiris vit dans une zone pavillonnaire sinistre et travaille dans un centre commercial Leclerc, au rayon livres. Elle traîne sa vie comme un boulet aux côtés de Bertrand, un alcoolique hargneux et pleurnichard, et de leur fils handicapé. Osiris a elle aussi ses zones d’ombre.

Iris appartient quant à elle au cercle privilégié des éditeurs, des auteurs et des intellos du Quartier latin.

Nous passons alternativement d’une réalité à l’autre, celle de l’écrivaine confirmée et celle d’Osiris qui aspire à le devenir. Le chemin va être long et ardu, au bout duquel l’héroïne (laquelle ?) réalisera que pour « accoucher » d’une œuvre forte et essentielle, il faut mettre ses tripes sur la table, sans tricher, sans rien dissimuler. « La douleur est l’auxiliaire de la création » a écrit Léon Bloy.

Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que ce roman graphique initiatique est aussi envoutant que passionnant .

Anne Calmat

Copyright

Anne-Laure Reboul est née dans la Drôme où elle est revenue vivre depuis quelques années. Elle est co-scénariste de La Tomate (Glénat, 2018) et de La marche(Vents d’Ouest, 2019). Iris, deux fois est son premier scénario en solo.

Copyright

Naomi Reboul est née dans la Drôme et y vit actuellement. Elle passe quelques années à Lyon où elle aborde plusieurs disciplines dans le domaine de l’art : cinéma, graphisme, dessin… Elle finit par s’arrêter sur la bande dessinée, médium qui concentre plusieurs de ses passions. Sa première publication est une nouvelle, Intersaison, publiée en 2019 dans un recueil annuel d’histoires courtes, Bermuda (Expé éditions). Iris, deux fois est son premier roman graphique