Archives de catégorie : Saison 2022-2023

Prochainement à l’affiche, prochainement en librairie…

Tsar par accident « Mythes et Mensonges de Vladimir Poutine » – Andrew S. Weiss – Brian Brown / Ed. Rue de Sèvres

Depuis le 12 novembre – Copyright A. S. Weiss (scénario), B. Brown (dessin) /Rue de Sèvres. 272 p., 22€

Poutine dans tous ses états, de sa naissance à Leningrad (1952) jusqu’à aujourd’hui, en passant par ses années d’activité au sein du KGB.

Les auteurs de la BD, aux yeux de qui l’actuel maître du Kremlin est un autocrate retors, complotant constamment pour détruire ses ennemis dans le monde entier, évoquent l’image d’homme puissant et intraitable qu’il s’est méthodiquement construite dès son arrivée aux Affaires en 2008. et comment le reste du monde a interagi avec lui en le reconnaissant comme tel.

En effet, comment un officier intermédiaire du KGB sans distinction aurait-il pu, sans cette avidité irrépressible de pouvoir qui le caractérise, devenir l’un des dirigeants les plus puissants de l’histoire russe ? Et dans quelle mesure sa posture de leader intraitable et opaque n’est-elle pas une fuite en avant, à laquelle il lui est impossible de renoncer.

Le récit mêle chronologie des événements qui ont jalonné la vie de Poutine et flash-back. Avec quelques retours en arrière, qui sont autant de rappels de l’histoire de la Russie avant qu’elle ne devienne – et après qu’elle ne soit devenue l’U.R.S.S : l’Union des républiques socialistes soviétiques (1922-1991), avec ses 15 républiques, dont l’Ukraine. Un empire que souhaite depuis toujours recréer l’actuel maître du Kremlin, quel qu’en soit le prix à payer par ses sujets,

Le dessin à tonalité caricaturale de Brian Brown apporte une respiration à ce récit édifiant et totalement convaincant.

Un exercice brillant sur le fond comme sur la forme.

A. S. Weiss

Andrew S. Weiss est vice-président des études au Carnegie Endowment for International Peace, où il supervise les recherches à Washington et à Moscou sur la Russie et l’Eurasie. Il a occupé divers postes politiques au Conseil de sécurité nationale, au Département d’État et au Pentagone.

B. Brown

Brian Brown est un dessinateur, illustrateur et éditeur de bandes dessinées de Philadelphie, lauréat du prix Ignatz. Ses livres incluent notamment le best-seller Andre the Giant: Life and Legend. Il est l’illustrateur de Accidental Czar : The Life and Lies of Vladimir Putin édité en France sous le nom de Tsar par accident.

Un Chant de Noël – Une histoire de fantômes – José-Luis Munuera – Ed. Dargaud

D’après Charles Dickens
En librairie le 10 novembre – Copyright J-L Munuera (scénario et dessin) / Ed. Dargaud. 80 p., 17 €

Dans le conte que l’écrivain britannique Charles Dickens publia en 1843, le personnage principal, Ebenezer Scrooge, un vieil avare au cœur sec comme un coup de trique, est visité la veille de Noël par le spectre de son ancien associé, Marley. Ce dernier lui annonce dans la foulée une série de visions intemporelles – passé, présent, avenir – qui lui révèleront ce que sera sa propre mort s’il ne m’amende pas.

Détail planche

Un message humaniste propre à l’auteur de David Copperfield et de Oliver Twist. Ici, les temps ont changé et le vieil usurier a revêtu l’apparence d’une jeune et jolie usurière, Elisabeth Scrooge. Elle n’en est pas moins redoutable. Qu’elle soit ou non l’avatar de celui qui, sous la pression de ses visiteurs de l’au-delà, avait fini par revenir à de meilleurs sentiments, Elisabeth est pour l’heure totalement imperméable aux malheurs de celles et ceux pour qui elle n’a que du mépris. Ses arguments en témoignent. Que des parasites ! Avec en conclusion ce verdict sans appel : De toute façon, la plupart de ces indigents finiront au bout d’une corde.

Bien que lucrative, la période des fêtes de Noël n’est en définitive pour Elisabeth Scrooge, qui n’entend rien à ce genre de sornettes, qu’une offense à la raison.

Et voilà que c’est à son tour de recevoir une visite inopportune, avec, comme ce fut le cas pour le vieux Scrooge, l’assurance qu’elle sera suivie de trois autres.

Mais Elisabeth n’est pas de la trempe de celles qui rentrent dans le rang dès la première sommation. Après tout, pourquoi devrait-elle faire profil bas et coller à l’image qui est censée être la sienne ?

Une relecture surprenante du chef-d’œuvre de Charles Dickens. Comme quoi, les temps ont bien changé…

A. C.

José-Luis Munuera naît en 1972 en Espagne. Après avoir étudié les beaux-arts à l’université de Grenade, il devient dessinateur d’historietas. Mais la bande dessinée traverse une période difficile dans les années 1990, et Jose-Luis Munuera s’offre une escapade à Angoulême. Il y rencontre Joann Sfar qui lui écrit les trois histoires des Potamoks (Delcourt). Le succès se faisant attendre, les deux auteurs proposent leur travail à un autre éditeur : Dargaud. C’est ainsi que voient le jour Les aventures de Merlin, Jambon et Tartine. La série trouve son public, et, lorsque Sfar n’a plus le temps d’écrire les scénarios, Jean-David Morvan lui succède. Munuera et Morvan se lancent alors dans le délirant Sir Pyle S. Culape (Soleil), puis, accompagnés de Philippe Buchet, ils imaginent Nävis (Delcourt), une série fantastique pour enfants. Suivront en 2004, chez Dupuis, les nouvelles aventures de Spirou avec Paris-sous-Seine. Depuis, Munuera enchaîne les succès avec, entre autres, chez Dargaud, Sortilèges (scénario de Jean Dufaux) Fraternity (scénario de Juan Díaz Canales), et, chez Dupuis, Les Campbell et Zorglub, deux séries qu’il signe seul. Virtuose dans la création comme dans la reprise, il collabore en 2020 avec les BeKa et dessine L’Envoyé spécial, le soixante-cinquième tome de l’emblématique série de Raoul Cauvin, Salvérius et Lambil : Les Tuniques bleues.

En 2021, on le retrouve chez Dargaud avec Bartleby le scribe, une adaptation de la nouvelle éponyme d’Herman Melville.

La couleur des choses – Martin Panchaud – Ed. ça et là

Depuis le 9 septembre – Copyright M. Panchaud (scènario et dessin) / Ed. çà et là. 225 p., 24 €

Les premières planches – Daisy Hope vient de terminer le gâteau qu’elle a confectionné pour l’anniversaire du petit Rupert Thomson. C’est son fils, Simon 14 ans, qui est chargé d’effectuer la livraison, en échange des 25 € demandés par sa mère. « Et interdiction de toucher au gâteau ! »

Simon ne détesterait pas l’idée d’y gouter, et surtout de garder l’argent pour se payer quelques friandises, mais cette somme est destinée à mettre du beurre dans les épinards, puisque, non content de tabasser sa mère, son vaurien de father claque une grande partie de sa paie sur les champs de courses. Simon ne détesterait pas non plus l’idée de se rendre sans encombres chez madame Thomson, puisqu’il fait régulièrement l’objet de moqueries et de harcèlements de la part des jeunes de son quartier, en raison de son « embonpoint » précoce. De là à entrer dans leurs magouilles, rien que avoir la paix, il n’y a qu’un pas…

p. 8

Un jour qu’il fait des courses pour madame McMurphy, « voyante » de son état, cette dernière lui révèle – moyennant abandon du prix de sa livraison – le nom de la prochaine gagnante de la prestigieuse Royal Ascot Race : Black Caviar. Tout un programme !

p. 24

Simon vient peut-être de perdre les 20 € de sa course, mais il ne va tarder à empocher plus de 16 millions de livres, après avoir misé sur la divine jument (grâce aussi aux économies de son père, qu’il lui a subtilisées au passage). Sauf que Simon est mineur et qu’il ne peut encaisser son gain.

Quand il revient chez lui, il trouve sa mère dans le coma et la police lui annonce que son père a disparu. Il doit absolument le retrouver.  C’est le début d’une singulière et fascinante aventure…

p. 25

Singulière on l’aura compris au vu des planches qui illustrent cette chronique.

p. 14

On est tout d’abord déconcerté par le graphisme de l’album, réalisé avec des logiciels d’infographie : les personnages sont des points de couleur et les décors sont tous dessinés en plongée. Au tout début, on s’y perd un peu, surtout quand il s’agit de repérer Qui est qui (*). Mais les dialogues sont là pour nous éclairer, d’autant que l’agencement de chaque case a été conçu de manière à ce que lecteur sache toujours où il en est.

(*) Un exemple ? Daisy Hope : point turquoise cerclé de bleu marine ; Simon Hope : point orange cerclé de marron clair ; Dan Hope : point vert bouteille cerclé de noir…

Et ainsi de suite jusqu’au dernier personnage, et ils sont nombreux. Très rapidement les visages des un(e)s et des autres se dessinent, on entre de plein-pied dans ce scénario un peu foldingue, un peu polar, plutôt noir, et en totale résonance avec l’actualité.

Car Martin Pinchaud ne se contente pas d’être un « pointilliste« * de talent, il met aussi l’accent sur les grands thèmes qui continuent de polluer nos sociétés, à commencer par les violences conjugales et celles qui sont faites aux enfants par d’autres enfants.

  • N.D.L.R. Avec l’admiration sans bornes que nous vouons aux véritables Pointillistes.

Anne Calmat

Martin Panchaud est né en 1982 à Genève, en Suisse, et vit depuis quelques années à Zurich. Auteur et illustrateur, il a réalisé plusieurs bandes dessinées, des récits graphiques grand format et de nombreuses infographies, dans un style visuel unique. Sa très forte dyslexie a été un frein à sa scolarité et l’a empêché de suivre des études supérieures. Il a néanmoins suivi une formation de bande dessinée à l’EPAC, à Saxon, puis a obtenu un Certificat Fédéral de Capacité de graphiste à Genève. Sa dyslexie lui a fait placer la lecture, ainsi que l’interprétation des formes et de leurs significations, au centre de ses recherches, et l’a incité à choisir un style très particulier pour exprimer sa créativité et raconter des histoires. Grâce à son travail, il a reçu plusieurs récompenses et a effectué de nombreuses résidences artistiques afin de développer ses projets de création. Exposé dans divers établissements culturels en Europe, comme le Barbican Centre de Londres et le Centre
culturel Onassis Stegi d’Athènes, il s’est notamment distingué par son impressionnante œuvre intitulée SWANH.NET, une adaptation dessinée de 123 mètres de long de l’épisode IV de Star Wars, mise en ligne en 2016 (v. ci-après).
La Couleur des choses, son premier roman graphique, a été initialement publié en allemand par Edition Moderne en 2020 et a remporté de nombreux prix en Suisse et en Allemagne.

Saison brune (T. 2) « Nos epreintes digitales » – Philippe Squarzoni (scénario et dessin) – Ed. Delcourt

À partir du 2 novembre – Copyright P. Squarzoni / Delcourt, 264 p., 21€90

10 ans après la parution de Saison Brune, Philippe Squarzoni prolonge son documentaire de référence sur le réchauffement climatique. Accélérée par la crise sanitaire et les confinements successifs, la numérisation du monde est en marche. Et tandis que les écosystèmes s’effondrent, l’auteur s’interroge sur la place des nouvelles technologies dans le monde que nous transmettons aux nouvelles générations . Il examine nos nouveaux usages numériques pour mieux déterminer leur impact sur notre environnement.

À l’heure de la publication de ce second volet et au regard de la situation catastrophique actuelle, il nous a paru pertinent de rappeler la teneur du T.1 de Saison brune, paru en 2012 puis réédité en 2018 (Voir Archives 9/10/2015 & 17/08/2018).

Avec Philippe Squarzoni, le pavé n’a jamais été loin de la mare, au sens propre comme au figuré. Témoin, ce pavé (précisément) de 477 pages qui nous rappelle que » le compte à rebours est lancé et notre crédit de temps, limité. Il est déjà trop tard pour faire marche arrière » , écrivait-il alors. Le titre de l’album fait du reste référence à cette cinquième saison qualifiée de « brune » dans le Montana, période d’indécision entre l’hiver et le printemps.

Pour cela, l’auteur, grand zélateur de la bande dessinée d’intervention politique devant l’Eternel, fait appel à de nombreux spécialistes, des climatologues, un physicien nucléaire, une spécialiste en gestion de l’environnement, des économistes, un journaliste.
Dans le premier volet de Saison brune, les deux premiers chapitres sont consacrés aux aspects scientifiques du réchauffement de la terre : fonctionnement du climat, augmentation des gaz à effet de serre, risques encourus, expertise menée par le GIC et par les participants au mouvement altermondialiste ATTAC, etc.

Puis Philippe Squarzoni se livre à un recensement de leurs conséquences – nul besoin de les énumérer, elles continuent de s’étaler chaque jour sous nos yeux – et de leurs remèdes possibles. Que faire, quand tout ce qui est en cause est fondamentalement lié au fonctionnement même de nos sociétés ? Par quoi, par où commencer ? Quelle peut être notre action niveau individuel ?

Squarzoni analyse les différents scénarios énergétiques qui s’offrent à nous, puis il élargit son questionnement à d’autres dysfonctionnements notoires. Il met en garde et examine les modèles de sociétés qui permettront de limiter les dégâts.

À l’instar de ses précédents albums*, il trouve la bonnes distance entre didactisme à tout crin et vie au quotidien. émaillant son récit de références cinématographiques (Kurosawa, John Ford…), de croquis sur le vif, de graphiques, de saynètes. Le tout rythme, diversifie et fluidifie un scénario particulièrement foisonnant, à défaut d’être réconfortant.

Anne Calmat

Philippe Squarzoni a passé son enfance en Ardèche puis sur l’île de la Réunion. Il réside à Lyon. Après des études de Lettres, il s’engage dans plusieurs actions politiques et humanitaires (Croatie, Mexique, Palestine…). Ses premiers albums politiques, Garduno, en temps de paix  et Zapata, en temps de guerre  ont été publiés en 2002 et 2003 (Les Requins Marteaux). Il s’empare également de sujets difficiles comme l’infanticide  (Crash-Text ), la mémoire de la Shoah  (Drancy – Berlin – Oswiecim ) ou le handicap mental (Les Mots de Louise ). En 2007, il publie Dol dans lequel il dresse un bilan des politiques menées durant le deuxième mandat de Chirac. Loin de ces préoccupations politiques, Squarzoni a publié son premier récit en couleurs chez Delcourt en 2008, Un après-midi un peu couvert, un livre plus sensible, contemplatif et intemporel, une variation sur le thème de Peter Pan. Saison brune  (Delcourt, 2012), une édifiante enquête au long cours sur le changement climatique, le fait connaître du grand public (Prix Léon de Rosen de l’Académie française, Prix du jury du festival de Lyon BD). En 2016 il se lance dans d’adaptation du roman documentaire de David Simon, Homicide, une année dans les rues de Baltimore (voir Archives), qui relate l’immersion du journaliste au sein de la brigade criminelle de Baltimore en 1988 (série en 5 tomes parus aux Éditions Delcourt).

Moby Dick ou le Cachalot – Herman Melville – Anton Lomaev – Ed. Sarbacane, coll. Grands classiques illustrés

En librairie le 2 novembre – Copyright A. Lomaev / Ed Sarbacane. 608 p., 49,90 €
Un chef-d’œuvre de la littérature dans une édition enrichie de 100 illustrations exceptionnelles.*
(*Édition précédente octobre 2017)

Communiqué

Voici une occasion unique et somptueuse de faire le tour du globe à la poursuite de la célèbre baleine blanche ! Qui ne connaît l’affrontement obsessionnel, digne des grandes tragédies antiques, entre le capitaine Achab et la terrible Moby Dick ? Pourtant, jamais cette aventure mythique n’avait été présentée dans une édition aussi formidable, multi-illustrée par de véritables tableaux enrichis de quarante illustrations au trait. La traduction, parue dans la Bibliothèque de la Pléiade, est de Philippe Jaworski. Une édition de luxe qui fera date, pour les nombreux amoureux de ce chef- d’œuvre du patrimoine littéraire mondial. (Communiqué)

Né à Manhattan en 1819, Herman Melville prend la mer à 20 ans. Ses aventures autour du globe fourniront la matière, entre autres, du célèbrissime Moby Dick. Revenu à terre, il mène une vie stable et familiale à partir de 1847, dans le Massachusetts, puis à New York. Sa nouvelle intituléeBartleby date de 1853. Mort dans l’oubli à 72 ans, après des années douloureuses sur le plan personnel, Melville sera redécouvert dans les années 1920. Son œuvre complexe et ambitieuse est aujourd’hui étudiée et traduite dans le monde entier.

Anton Lomaev est né le 13 mars 1971 à Vitebsk, en Biélorussie. En 1992, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de St Pétersbourg, ville où il vit toujours, avec sa femme et ses trois enfants. Il est membre de la prestigieuse union des peintres russes depuis l’an 2000.
Il a illustré de nombreux contes traditionnels, mais aussi la fameuse série Rougemuraille (Redwall) de Brian Jacques. Sa maîtrise du dessin et de la couleur est absolument exceptionnelle, dignes des grands peintres classiques.

Une farouche liberté – Giselle Halimi, la cause des femmes – Ed. Steinkis

En librairie à partir du 6 octobre 2022 – Copyright Annick Cojean et Sophie Couturier (scénario), – Sandrine Revel (dessin) – Myriam Lavialle (couleur) / Steinkis Ed – 137 p., 22 €

Cette année, la France commémore les 50 ans du procès de Bobigny. Un procès, mené en novembre 1972 par l’avocate Gisèle Halimi, lequel est entré dans l’histoire pour avoir eu pour effet la relaxation d’une mineure, accusée de s’être rendue coupable d’une interruption volontaire de grossesse consécutive à un viol. Le retentissement sociétal et médiatique dudit procès a été tel que deux ans 1/2 plus tard, la loi Veil (janv. 1975) mettait fin à la pénalisation de l’IVG.

On ne naît pas femme, on le devient, écrivait en 1949 Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe.

On ne naît pas féministe, on le devient affirmera à son tour Gisèle Halimi quelque vingt ans plus tard. Mais nous allons voir que sa lutte en faveur de l’IVG et contre le viol, qui était au cœur du procès de Bobigny, n’ont pas été les seuls combats que cette guerrière a menés au cours de sa vie, mise au service de la justice.

Nous découvrons tout d’abord son enfance en Tunisie, puis, les prises de conscience précoces de la jeune Gisèle et son refus d’un destin assignée par son genre. Un refus qui la conduira à une vie de combats en faveur des femmes, de la parité et, dans un autre domaine, en faveur de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Dès sa naissance, Gisèle est une source de déception pour son père. Une fille ! Inenvisageable !

Une fille donc, élevée comme une fille, dans la plus pure tradition judaïque. Avec certes quelques copains de jeux admis, qu’elle devra abandonner à la puberté pour se préparer à être une épouse attentive au bien-être de son conjoint – et aussi, en ce qui concerne son modèle familial, de ses fils à venir.

Mais la jeune fille ne suit pas la même voie que sa mère – qui par ailleurs savait porter la culotte et imposer ses vues à son époux, lorsqu’elle le jugeait nécessaire. Elle entre en résistance et, à la lueur de son ressenti, se forge un caractère d’airain. Elle se fixe des objectifs et ne ménage pas ses forces pour les atteindre.


p 30-32  » Perçue comme une extraterrestre par mes parents, je me suis jetée passionnément dans les livres. Ils étaient mon oxygène, ma bouée de sauvetage, mes meilleurs amis. 
Évidemment, toutes ces lectures éveillaient en moi un bouillonnement de questions et d’idées.
En même temps que je m’ouvrais sur l’histoire, la philosophie, la politique, je remettais peu à peu en cause tous les fondements de l’ordre régissant notre société. »

Désormais, plus rien ne peut plus arrêter Gisèle Halimi.

Août 2020

Une magnifique BD, composée à partir du roman autobiographique éponyme de Gisèle Halimi, co-écrit avec Annik Cojean, publié aux Ed. Grasset.

À l’approche des commémorations du soixantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie, le 18 octobre 2022, et au regard de la situation des femmes dans le monde, pour laquelle un long chemin reste à parcourir (y compris dans les pays où leurs droits semblent mieux reconnus), une panthéonisation aux côtés de Simone Veil, ou bien un hommage national rendu aux Invalides, seraient légitimes. Où en est le dossier ?

A. C.

La Synagogue – Joann Sfar – Ed. Dargaud

Copyright J. Sfar / Dargaud – Sortie le 30 septembre 2022 – 208 p., 25,50 €

Pas de félin philosophe et facétieux cette fois sur la planète Sfar, le scénariste-dessinateur a d’autres chats à fouetter. À commencer par cette saloperie de Covid qui vient de lui jouer un bien mauvais tour et lui laisse tout loisir de revenir sur sa propre histoire familiale, d’autant qu’il se donne peu de chances de survivre à la pandémie. Une histoire qui l’habite depuis des décennies,

C’est pour lui l’occasion de convoquer les figures tutélaires de son adolescence, à commencer, dès les premières planches de l’album, par Joseph Kessel, l’un de ses illustres prédécesseurs au lycée Masséna de Nice où le jeune Joann fit ses études dans les années 80. L’auteur de L’Armée des ombres (1898-1979) s’en veut encore de n’avoir pas tué Hitler, qu’il avait tout d’abord pris pour un bouffon inoffensif.

C’est pour l’hyper prolifique scénariste-dessinateur qu’est Joann Sfar l’occasion de rappeler au lecteur que le vrai danger vient autant des ceux qui véhiculent des idées nauséabondes que de la majorité silencieuse qui gobe son délire.

Puis Johann Sfar se souvient de ces années où, peu porté sur les rites et rituels religieux, il préférait rejoindre l’équipe, tout à fait officielle, des gardiens qui veillaient à la sécurité des lieux depuis les attentats qui avaient endeuillé la communauté juive à Paris. Le jeune Niçois va alors découvrir les joies des sports de combat, tout en se confrontant à l’absurdité des radicalités idéologiques et aux ambivalences de l’âme humaine.

Il sait que ces contradictions sont endémiques, et que l’Histoire a prouvé qu’elles sont destinées à ressurgir, aussi poursuit-il sa réflexion autour du deuil, de la religion et des extrêmes politiques. De nature plutôt pessimiste, mais admirateur de ceux qui se battent (au premier rang desquels son père, André Sfar, élu municipal vigilant, avocat engagé, défenseur avant l’heure de la cause des femmes et chasseur infatigable de néo-nazis), il met en scène cette courte mais déterminante période de sa vie, entre ses 17 et 21 ans, pour interroger le poids de l’héritage, la figure des héros et les menaces qui pèsent sur le monde. Un récit d’apprentissage agrémenté d’un cahier documentaire historique d’une trentaine de pages (docs , coupures de presse et photographies) particulièrement éloquent.

A. C.

Joann Sfar est né à Nice, le 28 août 1971, dans une famille juive ashkénaze d’origine ukrainienne, côté maternel et séfarade originaire d’Algérie, côté paternel. Orphelin de mère à l’âge de 3 ans, il prend le crayon pour refuge. Après des études de philosophie, il rejoint Paris pour y faire les Beaux-Arts où il anime des ateliers BD depuis plusieurs années. Figure de proue d’une génération de dessinateurs qui réinventa le langage de la bande dessinée dans les années 1990, il signe ses premiers projets aux Ed. L’Association, Delcourt et Dargaud. Seul ou en collaboration, il a signé plus de cent-cinquante albums, parmi lesquels, pour les plus célèbres, Petit Vampire (Delcourt/Rue de Sèvres) pour la jeunesse, la série des Chat du rabbin (Dargaud) ou encore ses Carnets, dont le dernier On s’en fout quand on est mort (Gallimard BD) paraîtra le 5 octobre.

 Si les carnets de Joann Sfar sont toujours des fenêtres ouvertes sur notre société, On s’en fout quand on est mort est largement ancré dans le quotidien de l’auteur. Avec la verve et l’humour qui caractérisent son œuvre, il raconte ses vies multiples : celles de l’artiste, du père, du guitariste amateur, mais aussi celle du professeur aux Beaux-Arts. Dans ce quinzième carnet autobiographique, il nourrit notamment une réflexion sur la transmission et interroge notre rapport à l’art et à la littérature.  

Le Colibri – Élisa Shua Dusapin – Hélène Becquelin – Ed. La Joie de Lire – Livre disque

En librairie à partir du 8 septembre 2022 – Copyright É. Shua Dusapin (scénario), H. Bequelin (dessin) / La Joie de Lire – 160 p. 22,90 € – À partir de 12 ans

Lotte et Célestin, 13 ans, se sont connus sur le toit de l’immeuble dans lequel les parents du jeune garçon viennent d’emménager. Un refuge pour elle comme pour lui qui se sentent esseulés et perdus. Quelques planches plus tard, Célestin reçoit la visite « ailée » de son grand frère, Célin, reconverti en « explorateur du ciel ». On comprend peu à peu que ce grand voyageur devant l’Eternel a pris son envol définitif quelques années auparavant, et on se dit que le colibri – un oiseau extraordinaire, presque mythique – qu’il vient de déposer entre les mains de son jeune frère pourrait être l’enveloppe charnelle de celui dont le souvenir reste omniprésent et culpabilisant pour le jeune Célestin.

Pour l’heure, cet oiseau minuscule, léger comme un souffle, rapide comme l’éclair, capable d’exploits invraisemblables est « en torpeur », c’est à dire en hibernation. Il faut donc lui laisser du temps pour refaire surface, sans brusquer les choses. Le temps de la reconstruction pour nos deux héros, celui qui permet d’alléger une charge émotionnelle qui pèse si lourd, celui aussi d’interroger leur propre rapport à l’amour, à la séparation et à l’absence.

https://www.lajoiedelire.ch/wp-content/uploads/2022/04/Le-Colibri_Extrait-chapitre-2_mix-temp.mp3

Magnifique de finesse et de sensibilité.

https://www.lajoiedelire.ch/wp-content/uploads/2022/04/Le-Colibri_Extrait-chapitre-3_mix-temp.mp3

E. Shua Dusapin
H. Becquelin

Avec Le Colibri, l’autrice Elisa Shua Dusapin signe sa première bande dessinée à l’attention de la jeunesse. La finesse de son écriture dialogue avec l’humour tendre du trait de l’illustratrice Hélène Becquelin. Pour transposer la délicate économie de mots de l’écrivaine, l’artiste valaisanne joue avec une palette de gris colorés qui cède, dans les dernières pages, à une somptueuse émergence de couleurs. Un livre dont on ne ressort pas indemne ! 

Et comme c’est souvent le cas avec les éditions La Joie de Lire, un album tout lectorat dans lequel chaque adulte trouvera matière à réflexion et à émotion.

Anne Calmat

La couleur des choses – Martin Panchaud – Ed. Cà et Là

En librairie le 9 septembre 2022 – Copyright M. Panchaud / Cà et Là – 236 p., 24 €

BD : l’expérience visuelle de Martin Panchaud – Regarder le …Arte.tv8 août 2020

C O M M U N I Q U É

Simon, un jeune Anglais de 14 ans un peu rondouillard, est constamment l’objet de moqueries de la part des jeunes de son quartier, qui le recrutent pour toutes sortes de corvées. Un jour qu’il fait les courses pour une diseuse de bonne aventure, celle-ci lui révèle quels vont être les gagnants de la prestigieuse course de chevaux du Royal Ascot. Simon mise alors secrètement toutes les économies de son père sur un seul cheval, et gagne plus de 16 millions de livres. Mais quand il revient chez lui, Simon trouve sa mère dans le coma et la police lui annonce que son père a disparu… Étant mineur, Simon ne peut pas encaisser son ticket de pari. Pour ce faire, et pour découvrir ce qui est arrivé à sa mère, il doit absolument retrouver son père. Au terme d’une aventure riche en péripéties et en surprises, Simon, l’éternel perdant, deviendra un gamin très débrouillard.

La Couleur des choses bouscule les habitudes des lecteurs et lectrices de BD ; le livre est intégralement dessiné en vue plongeante sans perspective et tous les personnages sont représentés sous forme de cercles de couleur.

Le récit oscille entre comédie et polar, avec une technique graphique surprenante qui mêle architecture, infographies et pictogrammes à foison. Cela donne un roman très graphique étonnant et captivant.

M. Panchaud

Martin Panchaud est né en 1982 à Genève, en Suisse, et vit depuis quelques années à Zurich. Auteur et illustrateur, il a réalisé plusieurs bandes dessinées, des récits graphiques grand format et de nombreuses infographies, dans un style visuel unique. Sa très forte dyslexie a été un frein à sa scolarité et l’a empêché de suivre des études supérieures. Il a néanmoins suivi une formation de bande dessinée à l’EPAC, à Saxon, puis a obtenu un Certificat Fédéral de Capacité de graphiste à Genève. Sa dyslexie lui a fait placer la lecture, ainsi que l’interprétation des formes et de leurs significations, au centre de ses recherches, et l’a incité à choisir un style très particulier pour exprimer sa créativité et raconter des histoires. Grâce à son travail, il a reçu plusieurs récompenses et a effectué de nombreuses résidences artistiques afin de développer ses projets de création. Exposé dans divers établissements culturels en Europe, comme le Barbican Centre de Londres et le Centre
culturel Onassis Stegi d’Athènes, il s’est notamment distingué par son impressionnante œuvre intitulée SWANH.NET, une adaptation dessinée de 123 mètres de long de l’épisode IV de Star Wars, mise en ligne en 2016 (v. ci-après).
La Couleur des choses, son premier roman graphique, a été initialement publié en allemand par Edition Moderne en 2020 et a remporté de nombreux prix en Suisse et en Allemagne.

L’Attrape-Malheur (T.3/3) – « Un berceau dans les batailles » – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de lire

En librairie le 25 août 2022 – 22,90 € – 456 p. Copyright F.H. (scénario), T.T. (illustrations) / La Joie de lire. Tout lectorat à partir de 13 ans
T.1 – Archives, 15 sept. 2020 / T.2 – Archives, 12 avr. 2021
T.2 Jakob et le cirque Barnoves
T.1 Jakob doit quitter le nid familial

Rappel T.1 & T. 2 – Il y avait une fois au village de Rarogne (Suisse), un fils de meunier nommé Jakob Traum, mais qu’on se mit bientôt à surnommer « l’attrape-malheur ». Il était né avec un double pouvoir qui le rendait à la fois plus fort et plus faible que les autres – à toute épreuve et pour cela toujours dans l’épreuve, diamant brut et fleur bleue… Il régénérait de ses propres blessures ; il prenait sur lui les blessures des personnes qu’il aimait. De là mille complications. De là aussi mille intrigues destinées à nourrir les plus noirs desseins…
Qui a dit que l’amour est la solution à tous nos problèmes? Bien au contraire, il en est ici la multiplication, il fait entrer dans un drame, surtout quand il est partagé.

Avec Un berceau dans les batailles, Fabrice Hadjadj met en beauté – le mot est faible ! – un point final aux aventures de Jakob Traum, « notre » attrape-malheur bien-aimé.

p. 19

Après plus d’une année loin de celui que son entourage a fini par appeler le Môme-Même-Pas-Mal, l’Enfant-Nature ou bien l’Homme-de-Demain, le lecteur ou la lectrice aurait pu s’attendre à quelques instants de flottement avant de rassembler toutes les pièces d’une épopée si riche en événements… Il n’en est rien et on se demande une nouvelle fois ce qui du style flamboyant de Fabrice Hadjajd ou de cette histoire, qui tient à la fois du récit fantastique et initiatique et la place au rang d’un récit mythologique, fait que la magie opère instantanément. Qu’est-ce qui prend le pas sur l’autre ? Aucun des deux, nécessairement, selon l’âge de celui ou celle qui lit… Avec des moments d’émotion intense où l’on retient son souffle, comme par exemple le mariage de Jakob (avec …) sous la menace des machines volantes de l’empereur Altemore.

p. 48

Avec finesse, Fabrice Hadjadj mêle sujets d’actualité et univers fantastique. La noirceur poétique du trait de Tom Tirabosco souligne une fois encore la profondeur du récit.

Anne Calmat

p. 170

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : 

  • Le Paradis à la porte :
    Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), 
  • Dernières nouvelles de l’homme (et
    de la femme aussi)
    (Tallandier, 2017) 
  • Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque,
    2017). 

Sa passion pour le théâtre l’a amené à écrire des pièces (La Conversion de Dom Juan, Le retour d’Hercule, pour les plus récentes), tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également valu de composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire dans le canton de Fribourg.

Né en 1966, Tom Tirabosco a fait l’Académie des Beaux-Arts à Venise, puis l’École Supérieure des Arts visuels de Genève. Illustrateur et dessinateur de BD, il a été lauréat de plusieurs concours de bande dessinée. Avec le célèbre bédéiste Zep, il a ouvert une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève. 

Anne Calmat

Né en 1966, Tom Tirabosco a fait l’Académie des Beaux-Arts à Venise, puis l’École Supérieure des Arts visuels de Genève. Illustrateur et dessinateur de BD, il a été lauréat de plusieurs concours de bande dessinée. Avec le célèbre bédéiste Zep, il a ouvert une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève.

T.1 – p. 62
T.1 – p.164
T.2 – p. 215

Anna Politkovskaïa (Réédition) – Francesco Matteuzzi – Elisabetta Benfatto – Ed Steinkis

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En librairie le 1er septembre 2022
Copyright F. Matteuzzi (texte) & E. Benfatto (dessin) –  Steinkis Ed,  122 p., 18 €

p. 25

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »
Cette phrase d’Albert Londres était pour Anna Politkovskaïa une ligne de conduite.
Née à New-York, enfant privilégiée de la Nomenklatura, la jeune Anna choisit le journalisme. L’année 1999 marque un tournant. Elle couvre le conflit en Tchétchénie pour Novaïa Gazetta et met, dès lors, le pied dans un engrenage qui va conduire à son assassinat sept ans plus tard.

« L’unique devoir d’une journaliste est d’écrire sur ce qu’elle a vu. » A. P.

C’est en Tchétchénie que débute le récit de ce roman graphique, hommage à une journaliste courageuse et à une femme déterminée qui fut et reste la voix de la Russie qui résiste. Les reportages sans concessions d’Anna Politkovskaïa, témoin oculaire du conflit qui opposait à cette époque les indépendantistes tchétchènes (assimilés par Moscou aux terroristes d’Al Quaïda) au régime de Vladimir Poutine, dont elle dénonçait les crimes contre l’humanité, ont scellé le destin de la journaliste.

Bien qu’ayant conscience que sa vie ne tenait qu’à un fil, et malgré son découragement face aux représailles que subissaient ses informateurs, elle mena son combat jusqu’au bout. Par éthique professionnelle et aussi pour que les jeunes générations sachent que résister à l’arbitraire est un devoir.

p. 32

Le 7 octobre 2006, jour anniversaire de la naissance de Vladimir Poutine, elle était assassinée dans l’ascenseur de son immeuble. Pour beaucoup, cet acte sonnait comme une nouvelle mise en garde à l’adresse des opposants à un pouvoir qui cultivait auprès de son peuple un esprit nationaliste et nostalgique de l’ère soviétique et des gloires passées de l’Empire tsariste.

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p. 74
Copyright Konzept und Bild/ullstein bild via Getty Images

Parce que chez nous, ça fonctionne ainsi. Si vous parlez, si vous révélez des faits que le régime veut dissimuler, vous êtes mort. Il y a les journalistes rééducables, ceux qu’on peut remettre sur la bonne voie (…). Ceux qui disent la vérité mènent une vraie guerre », lui fait dire Francesco Matteuzzi en page 51.

Quelques-uns des évènements majeurs qui ont traversé la décennie en question sont ici illustrés, comme par exemple la prise d’otages au théâtre de la Doubrovka (oct. 2002). On la voit qui négocie avec l’un des assaillants. Il lui dicte ses conditions de retrait, mais l’irruption des forces spéciales russes (qui ont introduit un agent chimique inconnu dans le système de ventilation du lieu) vient réduire à néant toute tentative de conciliation. Vient ensuite tragédie survenue dans l’école de Beslan, en Ossétie du Nord (sept. 2004). Elle est sobrement dépeinte par l’auteur à l’aide de quelques dessins de style naïf, sur un cahier d’écolier à petits carreaux : des militaires encagoulés, bâtons d’explosif à la main, terrorisent femmes et enfants. L’intervention des forces spéciales russes va une nouvelle fois mettre le feu aux poudres. La journaliste n’a rien pu faire. Elle espérait cette fois encore négocier avec les preneurs d’otages, mais elle en a été empêchée avant même d’avoir posé le pied sur le sol ossète.

Non rééducable, il faut la traiter en conséquence, a déclaré le maître du Kremlin…

E. Benfatto
F. Matteuzzi

Une BD toute simple, mais qui résonnait déjà à sa sortie comme un  bel hommage à l’exigence et à la rectitude d’une femme qui ne faisait que son métier.

Anne Calmat

BD – Freinet L’éducation en liberté – Sophie Tardy-Joubert – Aleksi Cavaillez – Ed. Delcourt (suivi de) Au Cœur de la Troisième Population – Ed. Futuropolis

COMMUNIQUÉ – En librairie le 24 août 2022 – 19,90 €

« C’est en marchant que l’enfant apprend à marcher ; c’est en parlant qu’il apprend à parler ; c’est en dessinant qu’il apprend à dessiner. Nous ne croyons pas qu’il soit exagéré de penser qu’un processus si général et si universel doive être exactement valable pour tous les enseignements, les scolaires y compris« , écrivait Célestin Freinet dans Œuvres pédagogiques 

À Vence, où le couple Freinet s’établit en 1934, les promenades au grand air, les visites chez les artisans sont autant de leçons sur le vif. Les classes vertes, les journaux, les exposés, autant d’initiatives qui font partie du quotidien des cours. Convaincus que pour changer la société, il fallait d’abord changer l’école, Célestin et Elise Freinet révolutionnent la pédagogie. Alors que l’enseignement traditionnel est centrée sur la transmission des savoirs, la pédagogie Freinet place l’élève au cœur du projet pédagogique. Elle prend en compte la dimension sociale de l’enfant, voué à devenir un être autonome, responsable et ouvert sur le monde.

Célestin et Elise posent ainsi les bases de la pédagogie moderne en mêlant expérience et autonomie. Leurs méthodes nouvelles bousculent et dérangent au début – comme la plupart des novateurs, « ils ont tort d’avoir raison trop tôt ». Cependant que leurs règles continuent d’inspirer encore aujourd’hui, à commencer par les deux auteur-e-s de cette bande dessinée.

Dans un tout autre domaine, mais avec un toile de fond une même ligne directrice :  » Comment, sortir des sentiers battus aide à puiser en soi des ressourses insoupçonnées », on (re)découvre dans la foulée l’expérience, révolutionnaire en son temps et toujours originale, menée depuis 1956 à la Clinique de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie (Loir-et-Cher).

BD 2021-2022 – Coup d’oeil dans le rétro

BD-REPORTAGE AU CŒUR DE LA TROISIÈME POPULATION – AURÉLIEN DUCOUDRAY – JEFF POURQUIÉ – ED. FUTUROPOLIS

Depuis mai 2018 – Copyright A. Ducoudray, J. Pourquié / Futuropolis -122 p., 19€

Depuis 1956, la clinique de psychothérapie institutionnelle la Chesnaie a développé un modèle thérapeutique sans construire de mur d’enceinte ni fermer ses portes. À la Chesnaie, établissement conventionné, les médecins ne portent pas de blouses blanches, soignants et soignés se côtoient de façon indifférenciée. « On ne sait pas qui est qui. Il faut se parler pour le découvrir » prévient l’infirmière. Car ce sont les échanges qui sont au coeur de la thérapie, « leur traitement, c’est avant tout de leur redonner une vie sociale, on est vraiment dans le soin individuel, à la carte ». Les décisions sont prises collectivement lors de réunions hebdomadaires (investissements prioritaires, sorties culturelles…), chacun y va de sa proposition. Dans ce lieu de soins, qui est aussi un lieu de vie, l’association Club de la Chesnaie tient une place prépondérante et rallie tous les suffrages. Créé en 1959, le club joue notamment le rôle d’interface avec l’extérieur, il est ouvert à tous et accueille spectacles et spectateurs, résidence d’artistes, d’écrivains, d’illustrateurs… Nombre d’ateliers (artistiques, sportifs, culturels) sont régulièrement proposés.

Après avoir brièvement décrit le fonctionnement de l’établissement, les deux auteurs s’attachent aux rencontres qu’ils ont faites. L’approche retenue est naturaliste : à quelques exceptions près, le lecteur les accompagne dans tous leurs déplacements. « À la Chesnaie on marche beaucoup, on trottine, on cavale, on crapahute, on traîne du pied, on clopine, on flâne, on trépigne, on tourne, on retourne, on détourne (…) Y en a qui vont quelque part, d’autres nulle part, y en a certains qui semblent chercher où aller, d’autres qui ont trouvé, y en a qui ont oublié où ils vont… et d’autres qui ne l’ont jamais su. » Cela donne lieu à des anecdotes cocasses ; le compte rendu graphique qu’en fait Jeff Pourquié met surtout en évidence le fait que la maladie mentale n’est la plupart du temps pas fatalement « visible » : l’agitation n’est pas la règle, celles et ceux avec lesquels Ducoudray et Pourquié interagissent n’expriment que rarement les troubles qui les habitent. D’ailleurs, lorsqu’ils le font, ils manifestent, à quelques exceptions près, plus d’angoisse que d’agressivité.

Le personnel est polyvalent. Il peut, selon un planning établi à l’avance, tout aussi bien affecté être à la distribution des médicaments, qu’au ménage ou à la préparation des repas. « On est sur des « missions » entre six mois et un an (…) On voit ainsi nos patients autrement que dans une relation figée ». Idem pour les patients, et pour nos deux bédéistes qui, dans le cadre de la répartition des tâches tournantes, vont ponctuellement être affectés aux fourneaux ou à la plonge. « Pourvu qu’on ne nous demande pas d’être psys ! »

Ducoudray et Pourquié décrivent avec humour et sans sensationnalisme les pathologies de ceux qui ont été pris en charge à la Chesnaie. Des visages, des mots, des attitudes, des parcours de vie. Les planches sont très denses, très dialoguées – sept cases en moyenne par planche. Trois pleines pages ont été plus spécifiquement dévolues à trois pensionnaires, avec quelques-unes de leurs représentations mentales en arrière-plan.

Un beau reportage qui tord le cou à quelques clichés sur la maladie mentale et porte haut les couleurs de l’humanisme. Ici patients et soignants s’enrichissent mutuellement et l’on rêverait que cette expérience, qui en France a été reproduite dans trois ou quatre établissements, devienne monnaie courante, avec ici un rapport nombre de patients/nombre de soignants défiant semble-t-il toute concurrence.

Anne Calmat

BD – Le Labyrinthe inachevé – Jeff Lemire – Ed. Futuropolis

Copyright J. Lemire / Futoropolis COMMUNIQUÉ – En librairie le 24 août – 256 p., 27 € 

Juin 2020 (v. Archives)

Après The Nobdy, inspiré du roman de G.H. Welles, L’Homme invisible (v. ci-après), Jeff Lemire revient avec ce roman graphique dans lequel  le surnaturel côtoie le réel et où – comme c’est souvent le cas chez lui – les liens familiaux vont de paire avec le spleen de son personnage principal.

Will est obsédé par sa fille morte dix ans auparavant, et par son incapacité à se rappeler son visage et les événements importants qui ont jalonné sa vie. Ne lui reste en mémoire que ce pull trop grand pour elle qu’elle portait, et qui sentait la naphtaline…

Will en néglige toute socialisation, dans sa vie privée comme au travail. Jusqu’à ce qu’un mystérieux appel téléphonique au cœur de la nuit chamboule sa vie. L’appel lui indique que sa fille est toujours vivante, coincée dans le labyrinthe d’un livre de jeux qu’elle n’avait pas terminé. Convaincu que son enfant le contacte d’un espace qui se situe dans un monde intermédiaire, il va utiliser le labyrinthe inachevé dans l’un de ses journaux et une carte de la ville pour la ramener à la maison…

Jeff Lemire

Jeff Lemire est né en 1976 et a été élevé dans le comté d’Essex (Canada), près du Lac Saint-Claireau. Il publie à la fois pour la scène alternative et pour le grand groupe DC Comics, où il est principalement scénariste. Il a étudié le cinéma, puis décidé de poursuivre dans le comics lorsqu’il a réalisé que son tempérament solitaire ne collait pas avec le métier de réalisateur.

Moi qui ai souri le premier – Daniel Arsand – Ed. Actes Sud

COMMUNIQUÉ – Roman – En librairie le 17 août 2022 (15 € )
Parution simultanée en version numérique (10€90)

Il y a près de deux décennies, j’ai publié un récit où je clamais que j’étais encore puceau à vingt ans et des poussières. Quelle inventivité possède le déni ! Mensonge par lequel je baissais le rideau de fer sur un viol, une disparition (vécue comme un abandon), un passage à tabac (évoqué, lui, mais falsifié, comme désexualisé) qui fracturèrent mon adolescence et me hantent pour toujours« .

Trois souvenirs d’adolescence qui signent plus encore que la fin de l’innocence, la fin prématurée des promesses. Ce texte brûlant, le plus intime et le plus cru de Daniel Arsand, peut se lire comme le making of de son incroyable roman, « Je suis en vie et tu ne m’entends pas« .

Mais aussi, comme le résumé de toute une vie ou sur les effets des violences sexuelles sur la vie et la construction de ceux qui les subissent. Quelque part dans ce texte, Daniel Arsand écrit : “Il n’est pas en moi que des orages, il n’est pas en moi que des ruines.

Et pourtant, on peut lire Moi qui ai souri le premier comme une visite privée de ces orages et de ces ruines laissés en lui par trois rencontres déterminantes, trois souvenirs d’adolescence qui sont aussi des possibles trahis, qui signent, plus encore que la fin de l’innocence, la fin prématurée des promesses. Débusquer la lumière, la force, la beauté au-delà du saccage – c’est sur le terrain du langage réinventé que s’érige, entre résistance têtue, secret livré et liberté farouche, ce bref livre éblouissant.

« Il y a moins longtemps que cela, j’ai entrepris un roman sur les massacres d’Adana (1909) qui préfiguraient le génocide arménien. Je tentais par des mots et des histoires de dialoguer avec le silence que garda mon père, Hagop Arslandjian, sur ce qu’il avait vécu. Brusquement j’en interrompis la rédaction, la suspendis pour quelques semaines. Le silence paternel venait de me renvoyer, violemment et sans échappatoire, à celui que j’observais sur ce que j’avais vécu à quatorze, quinze ans. J’écrivis d’un jet un viol, une disparition et un passage à tabac. Je me crus en règle avec moi-même et remisai les pages dans un tiroir.

Et puis j’écrivis la renaissance d’un « triangle rose » après Buchenwald.


Et puis j’appris, désespéré et découragé, qu’en Tchétchénie on internait les pédés dans un camp où ils étaient torturés, liquidés, et si on les libérait c’était pour que les familles prennent le relais d’une destruction. Durant des mois et des mois, je ne sus plus comment écrire une histoire, ce qu’était simplement écrire. Un jour, enfin, j’ai ressorti d’un certain tiroir un certain texte que je me mis à retravailler dans ma bienfaitrice solitude, essayant de l’intensifier, et je regardai en face ce qui avait été. Et je dis ce que j’avais à dire.”

À PROPOS DE L’AUTEUR

Portrait de l’écrivain Daniel Arsand en juin 1998, France. (Photo by Louis MONIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

Éditeur et écrivain, Daniel Arsand est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont notamment La Province des Ténèbres (Phébus, 1998, et Libretto, prix Femina du premier roman), En silence (Phébus, 2000, et  Ivresse du fils (Stock, 2004), Un mois d’avril à Adana (Flammarion, 2011, prix Chapitre du roman européen) et, le plus récent, Je suis en vie et tu ne m’entends pas (prix Jean-d’Heurs du roman historique, prix littéraire des Genêts, prix du Roman gay), paru aux éditions  Actes Sud en 2016.

Sexisme man fait du sport – Isabelle Collet – Philip – Editions Lapin

https://youtu.be/L-BuvFOXWdA

Préface Cécile Ottogalli-Mazzacavallo, enseignante-chercheuse au Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (LVIS) de l’Université de Lyon1.

Copyright Ed. Lapin – 80 p., 9 € – Sortie le 13 mai 2022

Depuis #metoo, les discussions à bâtons rompus sur l’égalité des sexes et les discriminations envers les femmes ont montré que l’égalité des sexes n’est pas encore là. Restera-t-il des différences physiques indépassables entre les hommes et les femmes ? Quand on y regarde de plus près, il s’avère qu’on a du mal à différencier « plus fort » et « mieux entraîné », « plus fort » et « socialement avantagé » et, voire à différencier « femme » et « homme »… Rien n’est clair, dans cette histoire de sport, de sexe et de genre…

Heureusement, les lapins sportifs de Phiip, guidés par la prose rigoureuse et scientifique d’Isabelle Collet, vont décrypter pour nous les mécanismes du sexisme dans le sport, et proposer des pistes pour le futur.
 

L’histoire des sportives est celle d’un combat ! Sans doute est-il nécessaire de rappeler qu’être sportive, en France comme ailleurs, a été et demeure toujours un sport de combat ! Effectivement, nombreux sont les travaux en histoire et/ou en sociologie du sport depuis une vingtaine d’années qui attestent combien le mouvement sportif et olympique a participé́ et participe encore à « menacer (les femmes) de façon ponctuelle ou régulière, dans leur autonomie, leur dignité ou leur intégrité physique ou psychique », comme le souligne Thierry Terret en 2013 dans l’ouvrage Sport, genre et vulnérabilités au XXe siècle.

Ainsi, les sportives ont lutté contre trois catégories d’inégalités. En premier lieu, des inégalités d’accès aux institutions sportives et aux compétitions (notamment les plus prestigieuses) que celles-ci organisent.

À titre d’exemple, rappelons qu’il faut attendre 1970 pour que des femmes soient autorisées à prendre une licence sportive à la Fédération française de football ; 1984 pour qu’elles soient autorisées à courir le marathon olympique et 2014 pour qu’elles récoltent des médailles olympiques au saut à ski… Si ces inégalités d’accès tendent aujourd’hui à disparaître lorsqu’il s’agit des terrains sportifs (toujours pas de femmes au départ d’un Grand Prix de Formule 1…), elles sont toujours d’actualité lorsqu’il est question d’accès aux fonctions de dirigeantes ou d’entraîneures, a fortiori aux niveaux national et international. Rares sont les femmes à accéder à des postes à haut pouvoir décisionnel, si bien qu’on ne parle pas seulement de plafond de verre, mais aussi de plancher qui colle dans le milieu sportif comme ailleurs ! En second lieu, des inégalités de traitement sont à l’œuvre dans la mesure où les sportives sont souvent sous-dotées à tous les niveaux pour s’entraîner et performer. Moins de sections dites féminines, des budgets moindres, moins de créneaux horaires, moins d’encadrant·es qualifié·es, etc., contribuent, de façon sournoise, car souvent passée sous silence, à complexifier leur engagement dans le sport.

Enfin, des inégalités de reconnaissance perpétuent la croyance d’une moindre valeur des femmes et/ou du féminin dans le sport. Leurs performances sont alors parfois déconsidérées (si une femme l’a fait, c’est que c’était pas si dur que cela… ou wouah ! c’est fort pour une femme !), parfois invisibilisées (qui sait que Sarah Thomas détient le record de traversée de la Manche avec deux allers-retours entre Douvres et le cap Gris-Nez en 54 h de nage ?). Pas toujours facile d’être sportive, surtout lorsque celle-ci transgresse les standards de la « bonne féminité » ou s’aventure dans des bastions de masculinité comme le rugby, la boxe, le cyclisme ou les échecs (car oui, c’est un sport) !

En 2022, est-il encore possible d’ignorer ces inégalités, ces discriminations et même ces violences à l’encontre des femmes (voir l’enquête publiée dans Disclose le 11 décembre 2019 qui révèlent les cas de violences sexuelles dans le sport) ? Des prises de conscience s’opèrent et, progressivement, les lignes bougent. Depuis 2013, des plans de féminisation se développent au sein de certaines fédérations sportives françaises pour promouvoir des actions en faveur des femmes et jeunes filles (cette dynamique a permis à la Fédération française de football de tripler le nombre de ses licenciées en moins de 10 ans, passant de 50 000 en 2011 à 200 000 en 2019). Depuis 2014, une politique des quotas est mise en place en vue d’augmenter progressivement le nombre de femmes dans les comités exécutifs des fédérations sportives. En février 2022 est adoptée (non sans difficulté) la loi Sport fixant pour 2024 l’objectif de parité dans les instances nationales du sport et pour 2028 à l’échelon régional. Enfin, dans le cadre du plan impact et héritage des Jeux olympiques de Paris 2024, l’état français crée le label « Terrain d’égalité » qui sera attribué aux organisateurs d’événements sportifs qui respecteront une vingtaine de critères et d’actions destinés à promouvoir la parité. Bien sûr, ces avancées ne sont que partielles et de nombreux problèmes ou limites demeurent. Les plans de féminisation ne sont, pour l’heure, ni obligatoires, ni sources de sanctions si une fédération décide de ne rien ou peu faire ; les personnes en charge des dossiers sont souvent peu formées aux problématiques et méthodes en études de genre ; les femmes sont plus souvent secrétaires que présidentes lorsqu’elles intègrent le comité exécutif d’une fédération sportive… La liste serait longue. Parmi les axes d’action possibles, celui de la formation m’interpelle particulièrement. Effectivement, en tant qu’enseignante-chercheuse, dit Isabelle Collet, je suis convaincue que l’égalité femmes/ hommes ne s’improvise pas. être volontaire et/ou de bonne volonté est une chose, être formé·es (et encore mieux qualifié·es) aux théories et aux méthodes permettant d’analyser et de remédier aux inégalités en est une autre. Aujourd’hui, il est impératif de multiplier les formations au genre à destination de tous les agent·es, (salarié·es ou élues) du mouvement sportif et de faire de l’égalité femmes/hommes un métier. Il est aussi impératif d’informer et d’impliquer les plus jeunes : leur dire que tous et toutes ne prennent pas le départ sur la même ligne et leur permettre d’identifier les obstacles tout comme les moyens de les déconstruire.

Avec humour, Sexisme Man œuvre à cette ambition éducative, ludique et esthétique. Entre les mots concis et percutants d’Isabelle, et le trait fin et incisif de Phiip, Sexisme Man contribue à éveiller de nouvelles consciences et à nourrir les engagé·es de demain.

Isabelle Collet est professeure en sciences de l’éducation à l’université de Genève et directrice du groupe de recherche « Genre, Rapports intersectionnels, Relation éducative » (G-RIRE).

Philip dessine des lapins qui luttent contre le sexisme et publie des livres. Il est le fondateur des éditions Lapin. (V. interview https://youtu.be/L-BuvFOXWdA