La guerre qui a changé Rondo – Romana Romany Shyn & Andriy Lesiv – Ed. Rue du Monde (Réédition)

© Romana Romany-Shyn & Andriv Lesiv – Rue du Monde – À partir de 6 ans – 40 p., 16 €

Publié en 2015, dans le contexte de la guerre du Donbass qui opposait déjà l’Ukraine et la Russie par le truchement des séparatistes pro-russes de la région, puis réédité en mars 2021, la lecture de cet album apparaît comme la répétition générale de la guerre qui se déroule en ce moment en Ukraine.
http://www.ruedumonde.fr/

Ou comment raconter la guerre aux enfants. Rondo est une ville où les fleurs chantent et donnent des concerts dans une grande serre musicale. Trois amis, Danko (une ampoule au cœur lumineux), Fabian (un ballon rose en forme de chien) et Zirka (un oiseau de papier) vivent au soleil une vie parfaitement heureuse, quand surgissent les tanks, les hélicoptères et les bombes. Dès lors, tout s’assombrit, les planches de l’album deviennent noires. C’est la nuit partout, les trois amis ont l’idée d’éclairer la guerre pour enfin pouvoir en sortir.

Danko
Romana Romany-Shyn et Andriy Lesiv

Ils vont défendre de façon très créative leur si jolie ville en construisant une incroyable machine destinée à aveugler la guerre et les plantes noires que partout elle sème… C’est ainsi que la lumière de l’inventivité va l’emporter sur les ténèbres.

Et même si la guerre laisse inéluctablement des cicatrices, nous verrons le chant des fleurs renaître sous la grande serre musicale de Rondo.

Un album étonnamment espiègle et innovant pour un sujet grave, vécu de l’intérieur par ses deux auteurs ukrainiens.

À la rencontre du petit prince – Musée des Arts décoratifs (Paris) –

Le Musée des Arts Décoratifs présente la première grande exposition en France consacrée au Petit Prince, chef-d’œuvre intemporel de la littérature. Plus de 600 pièces célèbrent les multiples facettes d’Antoine de Saint-Exupéry : écrivain, poète, aviateur, explorateur, journaliste, inventeur, philosophe, porté toute sa vie par un idéal humaniste, véritable moteur de son œuvre. 

À l’occasion de cet hommage exceptionnel, le manuscrit original, conservé à la Morgan Library & Museum à New York et jusqu’alors jamais présenté au public français *, est mis en regard d’aquarelles, esquisses et dessins – pour la plupart inédits – mais également des photographies, poèmes, coupures de journaux, carnets de route, aquarelles, photos de famille, correspondances épistolaires,… correspondances. Le Petit Prince, dernier ouvrage édité du vivant de Saint-Exupéry, écrit et publié aux États-Unis en 1943 mais paru en France en 1946, est depuis lors un succès qui traverse les frontières et les époques, porteur d’un message universel.

Si le manuscrit du « Petit Prince » s’est retrouvé aux États-Unis, c’est parce que Saint-Exupéry y est parti en 1940. « Ses éditeurs américains lui ont proposé d’écrire un conte pour Noël 1942. Il est finalement publié, avec du retard, en avril 1943 », explique Alban Cerisier, historien de l’édition, commissaire de l’exposition. « Ce livre a été écrit aux États-Unis, entre New York et Long Island. Quand il est reparti en Afrique du Nord, pour rejoindre ses camarades militaires, il a confié le manuscrit à une ‘tendre amie’, qui l’a gardé pendant plusieurs années, et elle a finit par le vendre à la Morgan Library, une grande institution de conservation. »

Le Petit Prince est écrit durant son exil aux États-Unis et y est publié, en français et en anglais, en 1943. Ce n’est qu’en 1946 qu’il paraît, à titre posthume, dans la patrie de Saint-Exupéry. Une plongée dans l’enfance d’Antoine de Saint-Exupéry ouvre le parcours, retraçant la vie de l’auteur depuis sa naissance, le 29 juin 1900 à Lyon, jusqu’à son adolescence. Son éducation au sein d’une famille aristocrate, ses talents de poète et sa fascination pour les avions sont autant d’expériences qui irriguent son œuvre. Cette introduction aborde également l’idée même de l’enfance, au cœur du récit.

L’histoire intemporelle et l’écriture parsemée d’illustrations poétiques ont fait la renommée de ce livre, incontournable de la littérature jeunesse dont la portée philosophique est considérable. À travers certains indices disséminés dans les textes, les dessins et la vie de l’auteur, l’exposition vise à dévoiler les aspects parfois méconnus d’Antoine de Saint-Exupéry ainsi qu’à donner des clés de compréhension pour ce conte aussi universel qu’énigmatique. Héraut des pionniers de l’aviation, Antoine de Saint-Exupéry devient rapidement un écrivain de renom, de son premier roman Courrier Sud en 1929 à Vol de Nuit, couronné du prix Femina en 1931. Il s’engage ensuite dans des raids aériens et des tournées de promotion avec Air France et réalise des reportages engagés, en Espagne ou en URSS. L’exposition revient sur l’accident, en décembre 1935, d’Antoine de Saint-Exupéry et de son mécanicien André Prévot, à l’occasion d’un raid aérien entre Paris et Saigon. Cet épisode constitue le chapitre central de Terre des Hommes, mais marque surtout le point de départ du Petit Prince. La quatrième partie explore la place fondamentale qu’occupe le dessin dans la vie de l’auteur, pour qui dessiner représente une manière d’être en lien avec son enfance. C’est autour du dessin que l’aviateur et le petit prince se rencontrent : « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! ». L’ensemble de dessins d’Antoine de Saint-Exupéry, ici rassemblés, constitue un important témoignage du talent protéiforme de l’auteur et montre qu’il a toujours dessiné, souvent sur ses lettres ou ses brouillons, parfois dans des carnets ou en pleine page, au milieu de ses manuscrits. À la rencontre du petit prince explore le couple formé par l’aviation et l’écriture qui anime pleinement l’œuvre de Saint-Exupéry. À l’occasion de son service militaire, Antoine de Saint-Exupéry entre dans l’aviation en 1921, avant de rejoindre l’Aéropostale. Ses aventures sur la ligne Casablanca-Dakar en 1926, comme chef d’escale à Cap Juby dans le Sahara entre 1927 et 1928, ou directeur de l’Aeroposta Argentina en 1929 sont à l’origine de ses récits inédits et palpitants. Ces vols inspirent ses deux premiers romans, Courrier sud (1929) et Vol de nuit (1931)

Pages manuscrites du Petit prince. Copyright Artcurial
Photographie de Consuelo de Saint-Exupéry dédicacée à Antoine : « 
Pour mon Tonnio. Son poussin qui l’aime à l’infini. Consuelo. », 1935

Tirage argentique d’époque
© Succession Consuelo de Saint Exupéry

L’exposition met en avant deux des figures capitales de la vie de Saint-Exupéry pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il passe aux États-Unis (il y arrive à la fin de 1940, afin de convaincre le gouvernement d’entrer en guerre) : son épouse Consuelo, qui aurait inspiré le personnage de la rose, et Léon Werth. Ami proche, ce dernier est un véritable maître à penser et soutien spirituel, également antimilitariste et anticolonialiste. C’est à lui que Le Petit Prince est dédié. Une salle entière est consacrée au point d’orgue de l’exposition : le manuscrit original du Petit Prince, conservé à New York, à la Morgan Library & Museum, présenté à Paris pour la première fois. Ce prêt exceptionnel est complété par des originaux inédits provenant d’une collection n’ayant encore jamais été rendue accessible au public.

Enfin, c’est la vie posthume du petit prince qui est explorée, comme le double littéraire qui survit à Saint-Exupéry, bien après sa mort. La disparition de l’auteur, héros mort pour la France en 1944, contribue en effet à sacraliser l’ouvrage. Pour conclure le parcours, 120 éditions étrangères parmi les presque 500 langues et dialectes dans lesquels le livre a été traduit sont réunies sous la forme d’une « bibliothèque universelle ». Avec l’exposition À la rencontre du petit prince, le Musée des Arts Décoratifs poursuit son cycle d’expositions sur la littérature jeunesse initié avec « Une histoire, encore ! 50 ans de création à l’école des loisirs » en 2016, et « Les Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings » en 2019. Enfants, adultes, mais surtout enfants cachés au cœur des grandes personnes, tous sont invités à partager le message d’espoir humaniste d’Antoine de Saint-Exupéry, et de son ami, l’enfant venu d’ailleurs.

Exposition conçue en partenariat avec la Fondation Antoine de Saint Exupéry, le soutien du Comité international, des Friends of the Musée des Arts Décoratifs, des Éditions Gallimard, d’Eden Livres et de la Fondation Jan Michalski.
Et le soutien exceptionnel, par ses prêts, de la Morgan Library & Museum.

Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris

Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

Entre mes branches – Nicolas Michel – Ed. La Joie de lire

Dès le 17 février 2022 – Copyright N. Michel / La Joie de lire – 64 p., 16,90 € – À partir de 8 ans.
(p. 62)

 » C’est une histoire qui commence mal. Elle a duré 457 ans, ce qui peut paraître bien long, mais dans ma famille, les plus anciens dépassent aisément les mille saisons… »

Après que la morsure de la hache a mis fin à ses jours et qu’il est devenu la quille et l’étrave d’un navire, un arbre – qui ne manque pas d’humour – se penche sur sa vie et se raconte (On frémit à la pensée qu’il y a un peu plus de quatre décennies, il aurait pu servir à la construction d’un échafaud !) « Je ne vais pas me plaindre, j’ai bien vécu », prévient-il.

Qu’a-t-il vécu ?

Tournons donc le cœur léger les pages de ce bel album destiné aux enfants, en prenant soin de leur dire que les arbres sont des organismes vivants, qu’ils se déplacent (eh oui !) et communiquent entre-eux par leurs racines, qu’ils peuvent à l’occasion trembler, pleurer, qu’ils souffrent lorsque l’on s’attaque à leur écorce, qu’ils peuvent mourir de soif, mais aussi protéger bêtes et gens contre les rayons du soleil et qu’ils gardent toute leur vie la marque des amours humaines…

Dans son livre, La Vie secrète des arbres, l’ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben explique que pour sauver les forêts de notre planète, nous devons d’abord reconnaître que les arbres sont « des êtres extraordinaires ». https://www.youtube.com/watch?v=Eu4mpUDKdTA

 » Entre mes branches, j’ai abrité de somptueux oiseaux de nuit… »

« Certains de mes hôtes se montrèrent parfois un peu envahissants… »

Nous verrons aussi dans ce délicieux album aux vingt-cinq dessins et commentaires, qu’en regard de la planche ci-dessus, l’arbre semble pester contre ceux qui « se montrèrent carrément sans-gêne« . Et pourtant, qui n’a jamais rêvé de se construire une cabane dans un arbre !

A.C.

Tonton schlingueur – Pedro Mañas – Ed. La joie de lire

Parution le 17 février 2022 / Ed. La Joie de lire – Traduit de l’espagnol par Anne Calmels – 168 p., 10,90 € – À partir de 9 ans

La traductrice de cette jolie fable initiatique intitulée Apestoso tío Muffin (en VO), dans laquelle odeur rime avec peur, a malicieusement amalgamé ou détourné une expression argotique, schlinguer (puer), le titre d’un film culte des années 1960, Les Tontons flingueurs, et le nom de figurines à la mode « qui puent vraiment », pour traduire celui du roman du dramaturge et acteur de théâtre Pedro Mañas, dans lequel humour et mélancolie vont de pair.

L’histoire ? Montgomery Muffin a tout essayé pour se défaire de l’odeur pestilentielle qui lui colle en permanence à la peau et rend impossible toute relation amicale, et encore moins amoureuse. Ses bains biquotidiens dans une eau bouillante, suivis de l’immersion de sa pauvre tête en vrac dans un seau de parfum additionné de quelques gouttes d’eau de Javel n’empêchent pas qu’on le sente venir de très loin et qu’on le fuie comme la peste. Aussi étrange que cela puisse paraître, Montgomery Muffin est en fait la personne la plus propre et la plus soignée qui soit. Quel est ce mystère ? Ironie du sort, il travaille dans une entreprise spécialisée en produits de nettoyage et de beauté.

Le pauvre Muffin connaît donc une vie monotone et solitaire dans une maisonnette qui sent la sardine pourrie (et bien d’autres bestioles moins ragoûtantes encore), héritée de sa grand-mère, laquelle a peut-être à voir avec son état actuel. « Tio Muffin » semble avoir a perdu à jamais le goût de vivre, si tant est qu’il ait connu cet état un seul jour dans son existence .

Mais un beau soir, la jeune Emma vient frapper à sa porte. Elle prétend être sa nièce et veut l’aider à se débarrasser de son odeur nauséabonde… et de sa peur pathologique de vivre.

A.C.

Transitions – Journal d’Anne Marbot – Elodie Durand – Ed. Delcourt / Mirages

© E. Durand / Delcourt – Depuis 2021 176 p., 22,95 €

Transitions est l’histoire d’un changement de genre, thématique autour de laquelle les langues se délient et qui a fait l’objet de plusieurs œuvres documentaires ou de fiction ces dernières années (v. ci-dessous), montrant souvent le décrochage familial qui se produit lors de ces « coming out ».

POLLY BdBD/Arts + (août 2022)

La vie d’Anne Marlot vacille le jour où sa fille Lucie,19 ans, lui confie qu’elle est un garçon. Anne n’a pas su voir que Lucie se questionnait sur son identité sexuelle. Maintenant il faut qu’elle « encaisse » ce qui est devenu une évidence pour celle qu’il lui faudra bientôt l’appeler Alex.

« J’étais sans modèle. Je n’étais pas préparée. J’ignorais tout de la  transidentité. »

Anne va batailler pendant plusieurs mois, se déconstruire, s’ajuster à son enfant pour se fabriquer un autre regard, un nouveau paradigme. Se défaire du sentiment de culpabilité qui l’avait tout d’abord envahie, l’empêchant ainsi de voir la situation sous un angle apaisé et lui permettant de comprendre que le choix d’Alex n’est pas un échec.

« Vous savez, les genres féminin et masculin sont les deux extrêmes d’un état. Chacun est libre de mettre le curseur où il veut, où il peut. » lui avait dit d’entrée de jeu la psychologue…

Une réflexion intelligente qui démontre une fois encore que tout ce qui nous est inconnu crée instinctivement de la défiance et que seul le temps aide à comprendre et à mesurer chaque événement pour accepter les choix de ceux qui nous entourent… À accepter l’Autre, tout simplement.

A.C.

EXPO IZABELA OZIEBLOWSKA – CONCEPT STORE GALLERY – LA BAULE

Rappel : Après une expo en décembre à Paris, on peut désormais retrouver Izabela Ozieblowska à La Baule

Vitraux d’Art Ozieblowscy, 21340 Nolay

Depuis le mois d’avril 2016, Izabela Ozieblowska élabore ses créations dans un atelier niché au cœur d’un village médiéval des Hautes-Côtes de Beaune, dont l’architecture n’a pu que l’inspirer. Elle nous a ouvert ses portes et livré quelque-uns de ses secrets…

Autoportrait© I.O.

Izabela est maître-verrier, ou si l’on préfère, vitrailliste, bien que ce vocable nous semble passablement dissonant pour désigner un art aussi subtil. Elle a acquis ses compétences et son savoir-faire durant ses treize années d’études d’Histoire de l’Art en Pologne, à l’Université Jagellon à Cracovie, à l’Académie des Beaux-Arts de Katowice et à l’Académie des Beaux-Arts, département peinture, de Wroclaw. C’est également à Wroclaw qu’elle s’est tournée vers l’art du vitrail, avec pour guide le très distingué professeur Ryszard Wieckowski, qui disait d’elle « qu’elle était l’une des trois meilleures de Pologne. »

En 2016, elle s’installe avec son époux à Nolay, où ils créent LEUR atelier. « Nous travaillons ensemble depuis 25 ans. Je m’occupe de l’aspect artistique de chaque projet, et lui de la partie technique.« 

L’exposition

« Je présenterai deux vitraux abstraits et trois figuratifs »

© I.O.

« Les trois vitraux ont la même taille (53×63 cm) et la même source d’inspiration : le Visage. Le même pour chaque œuvre. Je voulais montrer combien chaque visage peut sembler différent en fonction de l’environnement, de l’époque et du contexte. Il exprime en tout cas une personnalité et une conscience. Cette représentation, qui date du 19ème siècle, s’intègre parfaitement dans le présent, la beauté du personnage est universelle et intemporelle. »

Le vitrail central a une histoire particulière.

« En 2020, j’ai participé à un concours régional organisé par l’Atelier d’Art de France dans la catégorie « Patrimoine« . J’ai présenté ce vitrail, il a été sélectionné pour l’exposition au Salon du patrimoine culturel, au Carrousel du Louvre. Malheureusement, en raison de la Covid et du confinement, tout a été annulé.

© I.O.
© I.O.

« Dame Nature m’a ensuite inspiré les deux vitraux abstraits ci-contre. Ils seront également exposés à la Concept Store Gallery. Nous avons d’une part une ébauche de mur avec des efflorescences de sel, et de l’autre, la lave. Pour moi, l’abstraction est un jeu de couleurs. Je m’inspire d’un fragment de nature, je prends des photos, puis ensuite, j’imagine d’autres univers à partir de l’original, modifiant ainsi son image initiale. Je travaille ensuite selon la technique des poudres de verre. »

Comment Izabela procède-t-elle pour chaque création ?

« Créer un vitrail requiert, on l’a compris, un processus très long qui comprend plusieurs interventions et fait appel à différentes techniques. En ce qui me concerne, je prépare un dessin-projet qui doit correspondre à l’espace dans lequel il prendra placeOn sait par ailleurs combien le symbolisme de la lumière traversant la matière a eu d’importance dans la pensée médiévale, à l’époque où l’art du vitrail prenait son essor. Chaque vitrail doit être conçu minutieusement, étape après étape : motif, forme, couleurs, dessin… »

Le vitrail n’est pas le seul mode d’expression d’Izabela, elle excelle également dans la gravure, la sérigraphie, la méthode « Tiffany » (procédé de montage à l’aide d’un ruban de cuivre), ou dans des techniques plus modernes comme le « fusing » (assemblage du verre par fusionnement) ou bien la poudre de verre qui, conjuguée au fusing, donne au vitrail des couleurs remarquables, mais aussi, un effet sculptural qui le rend encore plus exceptionnel. « J’adore ce procédé, les poudres produisent des effets visuels étonnants, des couleurs très lumineuses et permettent une totale liberté de création. Les vitraux réalisés selon cette technique sont uniques, contrairement à un vitrail peint traditionnel qui peut être reproduit. J’aime beaucoup faire des expériences, jouer sur la profondeur, mélanger les techniques pour obtenir le résultat final que je recherche. »

© I.O

Qu’ils soient classiques, sacrés ou modernes, les vitraux qui sortent de son atelier sont réalisés « dans le respect des techniques traditionnelles qui remontent au Moyen Âge« , tient-elle à préciser.

De la diversité des sources d’inspiration d’Izabela Ozieblowska (vitraux hors expo)…

© I.O. Restauration dans la chapelle de Wolczyn
© I.O. Pour le monastère des Pères Pauliniens de Jasna Gora a Czestochowa
© I.O.
© I.O.
Pour les budgets modestes (- de 15 €) )© I.O.

Propos recueillis par Anne Calmat

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Maxiplotte – Julie Doucet – Ed. L’Association (Anthologie)

Où l’on (re)découvre les comix hors normes de la québécoise Julie Doucet, publiés pour la plupart dans la série Dirty Plotte (1991-1998), souvent autobiographiques, et dont l’insolence à tous crins continue de séduire… ou plus rarement, de choquer.

Depuis le 20 novembre 2021 – Copyright J. Doucet / L’Association – 400 p., 35 € (Adultes et adolescents)
Dirty Plotte 1/14

Il n’est pas rare qu’un auteur ou une autrice de bandes dessinées, ayant officiellement cessé d’en faire vingt ans auparavant, continue d’exercer une réelle fascination sur les bédéistes. Cela devient plus rare lorsqu’il s’agit d’une autrice underground. C’est le cas de l’irrévérencieuse et reine de la provocation, Julie Doucet. Active entre 1987 et 1999, à une époque où les dessinatrices n’étaient pas légion, surtout à se situer sur le terrain de l’esthétique trash. Avec elle tout y passe : cycle menstruel, masturbation, changement de sexe, serpent à pipe, etc.

La conception éditoriale et graphique de Maxiplotte a été réalisée par Jean-Christophe Menu, premier éditeur de Julie Doucet en France et co-fondateur de L’Association, en étroite collaboration avec l’autrice québécoise. Véritable panorama de l’évolution de son travail, Maxiplotte rassemble des travaux réalisés au cours de ses douze années d’activité d’autrice de bande dessinée. S’y déploie une œuvre à la fois subversive, féministe et fantaisiste. Julie Doucet évoque crûment et avec humour la vie du corps – des règles au désir sexuel en passant par les crottes de nez, les stéréotypes de genre, ses expériences de jeune femme, sans oublier sa vie onirique qu’elle relate abondamment. En noir et blanc, les récits s’épanouissent au fil de cases aux décors minutieusement élaborés, peuplées de personnages aussi insolites qu’attachants.

Julie Doucet

Julie Doucet est certainement l’auteure québécoise de BD la plus connue du monde. Ses bandes sont publiées en anglais, en français, en allemand, en finlandais et en espagnol. De plus, ses planches originales ont été exposées dans plusieurs villes tant au Canada qu’aux États-Unis, en France et au Portugal. Née à Saint-Lambert le 31 décembre 1965, Julie Doucet étudie en arts plastiques au cégep du Vieux-Montréal au début des années 1980. C’est dans cet établissement, à la faveur d’un cours sur la bande dessinée, qu’elle commence à s’intéresser à cette forme d’art. Doucet obtient son diplôme d’études collégiales, puis s’inscrit à l’Université du Québec à Montréal où elle étudie les arts d’impression et les arts plastiques. À cette époque, Yves Millet publie la revue Tchiize! (bis) (sept numéros de 1985 à 1988), une des seules revues à ne pas être exclusivement consacrée à la bande dessinée d’humour. Julie Doucet fait paraître une première histoire courte dans le deuxième numéro et récidive dans les numéros suivants. Entre 1988 et 1990, elle collabore aux deux numéros de L’Organe (qui devient Mac Tin Tac en 1990) ainsi qu’à Rectangle, revue de rock francophone et de BD. Ces deux revues marquent l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes montréalais underground dont font partie Doucet, Henriette Valium, Al+Flag, Marc Tessier, Alexandre Lafleur, Simon Bossé, Luc Giard, Siris, Jean-Pierrre Chansigaud, R. Suicide, etc. En septembre 1988, Julie Doucet fait le grand saut et crée son propre fanzine, Dirty Plotte, de format variable (et au titre tout aussi variable : Dirty Plotte Diet, Mini Plotte, Dead Plotte) qui paraît jusqu’en juin 1990 (quatorze numéros). C’est dans ces pages que Doucet met au point son style personnel de narration. Elle y entretient les lecteurs de ses fantasmes (réels ou inventés) et de ses angoisses, mais aussi de ses rêves, qu’elle note dans un journal personnel.

En attendant Bojangles -ingrid Chabert – Carole Maurel – Ed. Steinkis

Réédition, sortie de 13 janvier 2022 – Copyright I. Chabert, C. Maurel / Ed. Steinkis – 104 p, 20€

Il y a d’abord eu l’immense succès du roman d’Olivier Bourdeaut, puis son adaptation pour le théâtre suivie de la BD (première édition en 2017) et d’une toute récente version cinématographique. Retour sur la BD.

Couverture réédition

Le scénario ? Un jeune garçon, son père et sa mère, figure centrale du récit, vivent en osmose dans le monde chimérique qu’elle a construit pour eux. Il y a aussi mademoiselle Superfétatoire, un échassier qu’ils ont ramené d’un voyage en Afrique, ainsi que le grand ami de la famille, qu’ils appellent affectueusement « l’Ordure ». Et enfin, tous ceux qui gravitent en permanence autour du couple, un verre de champagne à la main. Elle est excessive, fantasque, imprévisible, à la recherche d’une extase perpétuelle, dont toute contingence matérielle doit être bannie. Et n’a de cesse d’entraîner les deux hommes de sa vie dans un tourbillon perpétuel d’insouciance. C’est ainsi que, parmi la tonne de courrier accumulé sans qu’il ait jamais été question d’en décacheter un seul, se trouve celui qui risque de peser lourd dans leur existence. L’enfant n’est pas dupe, mais par amour filial, il joue le jeu et fait tout ce qu’il peut pour que l’incandescence de leur vie ne connaisse aucune éclipse. Il est le narrateur pétri d’humour et de bon sens de cette histoire douce-amère ; mais on peut en lire çà et là une version contrastée au travers du journal que le père tient régulièrement.

On pense bien entendu à l’univers de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, mais aussi à la légèreté d’un Boris Vian, qui a su conjuguer pureté des sentiments, féérie du langage et insolence de l’humour.

Nina Simone

Dans En attendant Bojangles, qui emprunte son titre à celui interprété par Nina Simone*, les éclats de rire vont au fur et à mesure du récit se faire assourdissants et les excès ressembler à une fuite en avant. Jusqu’au jour où la mère va trop loin. Dès lors, ce qui avait le charme (trompeur) de la folie douce va prendre un tout autre relief…

Bill « Bojangles » Robinson, naissance William Luther Robinson (Richmond, 25 mai 1878 – New York City, 25 novembre 1949), Il a été un danseur, acteur et acteur de cinéma États-Unis.

Bojangles

Le père, fou d’amour pour sa femme, et le fils feront tout pour éviter l’inéluctable pour que la fête continue coûte que coûte.

Un graphisme tendre et délicat pour une adaptation totalement réussie. Les critiques de la version cinématographique sont dithyrambiques, il ne vous reste que l’embarras du choix.

Anne Calmat

https://youtu.be/fOHZVK9AHaQ

La conférence, d’après une nouvelle de Kafka – Mahi Grand – Ed. Dargaud

En librairie le 21 janvier 2022 – Mahi Grand / Dargaud – 128 p., 19,99 €

Un appartement bourgeois, boiseries, masques africains accrochés au mur. Un homme à son bureau. Il écrit le discours qu’il s’apprête à faire devant les membres de l’Académie des Sciences pour raconter son expérience, celle de sa fabuleuse métamorphose : en cinq années, il est passé de sa condition de singe à celle d’humain, jusqu’à en perdre une bonne partie de son apparence simiesque.

Avec en toile de fond : la colonisation, la lutte pour la survie de ceux qui ont été privés de liberté, leur exhibition aux regards des curieux.

Le voilà maintenant devant un parterre de « vieilles barbes ». Il se raconte et nous raconte comment il a été capturé en Afrique, puis envoyé en Europe au fond de la cale d’un navire. Le singe qu’il était a compris que sa seule issue pour échapper à l’enfermement était de renoncer à sa nature d’origine et de s’adapter au monde des humains. La condition de sa survie : courber l’échine, consentir à tout et observer l’homme pour mieux l’imiter, le singer jusqu’aux moindres de ses défauts… Mais peut-on se défaire de soi pour devenir un autre ?

Superbe, tant par ce que dit l’histoire, que par le dessin.

Anne Calmat

Mahi Grand se forme au dessin aux ateliers Met de Penninghen puis s’oriente vers la scénographie aux Arts Décoratifs à Paris. Depuis il conçoit des décors pour le théâtre, le cinéma, et la danse, peint et sculpte.

Migrants – Issa Watanabe – La joie de Lire

Coup d’œil dans le rétro

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Prix des Libraires Jeunesse 2021– Copyright I. Watanabe / Joie de lire 2020 – 40 p., 15,90 €

Ce pourrait être l’illustration d’une fable de La Fontaine, ou bien celles de textes sacrés qui racontent l’histoire sans cesse renouvelée des grandes migrations humaines. Une histoire immémoriale aussi.

Ici, celle et ceux qui ont pris la route de l’exil cheminent au milieu d’arbres aux membres décharnés, le regard fixe, dans un silence palpable, tous différents, tous tendus vers un seul et unique but. Ils ont fui les violences, la misère, leurs terres arides ont été brûlées jusqu’aux entrailles. Les plus vigoureux veillent sur les plus vulnérables, la mort, escortée par un magnifique oiseau que l’on dirait sorti d’un conte des Mille et une nuits, ferme la marche.

On est immédiatement subjugué par la force des images.

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Les couleurs bigarrées de leurs tenues contrastent avec l’uniformité des paysages lugubres qu’ils traversent. Plus tard, ils feront une halte, sortiront leurs ustensiles de cuisine, ensuite ils s’étendront à même le sol pour quelques heures de repos, avant de repartir. Combien seront-ils à atteindre la « Terre promise » ? Et tiendra-t-elle ses promesses ?

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Une histoire dotée d’une forte charge émotionnelle qui se passe de mots. À semer à tous les vents.

Anne Calmat

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Rédigez la légende…

Théâtre : « L’image » (suivi de) « Un soir, « Au loin, un oiseau » et « Plafond »* – Samuel Beckett – Denis Lavant – Jacques Osinski – Le Lucernaire

  • Extraits de Pour en finir et autres foirades.

du 4 au 23 janvier 2022 – Réservations 01 45 44 57 34 ou sur lucernaire.fr – Tarifs : de 10 € à 28 € – Le Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris M° Notre-Dame-des-Champs

Denis Lavant
Jacques Osinski

Notes de mise en scène de Jacques Osinski

« J’ai (eu) envie* d’une promenade, d’inviter le spectateur à entrer par des chemins détournés dans le crâne du narrateur beckettien. Que se passe-t-il sous ce crâne ? L’image et Pour finir encore et autres foirades« , deux recueils publiés aux Editions de Minuit, des textes cachés, « non-abandonnés », « unabandoned works », pour reprendre la terminologie de S.E Gontarski, éditeur américain de ces courts textes, si courts qu’ils auraient pu disparaître ou ne connaître une vie qu’une fois transformés en romans ou pièces de théâtre. Mais Beckett a tenu à ce qu’ils voient le jour au travers d’une publication. Le grand public les connaît moins que Godot, Fin de partie ou La Dernière Bande mais peut-être sont-ils plus chers que d’autres aux aficionados de Beckett. J’ai (eu) envie d’aller à leur rencontre, de manière légère, presque ludique. Comme le séjour de Beckett (dans sa maison) à Ussy, leur rédaction s’étale sur plusieurs années.

  • Le spectacle a été créé à l’Athénée-Louis Jouvet en mai 2021

L’image est une longue phrase de dix pages, sans aucune virgule, comme un souffle. Elle raconte la quête d’un souvenir. Elle fut publiée en 1988 mais écrite bien avant puisqu’on en retrouve les termes au début de Comment c’est, un roman qui date de 1961. Un soir et Au loin un oiseau datent des années 1960. Quatre textes. Dates éparses. Souvenirs épars. Un style qui évolue mais des thèmes qui reviennent, toujours la même recherche. Toujours un personnage en regarde un autre, une “tête” traversée de pensées observe un corps immobile. Toujours la naissance et la mort, traversées de touches de couleurs (le jaune d’Un soir, le blanc de Plafond), toujours la création et peut-être cette interrogation : Qu’est-ce qui fait que, nous les humains, éprouvons le besoin de dire et non de vivre seulement ? « J’allume, j’éteins, honteux, je reste debout devant la fenêtre, je vais d’une fenêtre à l’autre, en m’appuyant sur les meubles. Un instant je vois le ciel, les différents ciels, puis ils se font visages, agonies, les différentes amours, bonheurs aussi, il y en a eu aussi, malheureusement. Moments d’une vie, de la mienne entre autres, mais oui, à la fin. » raconte le narrateur de l’une des « foirades » publiées dans le même recueil. Je crois que j’ai envie, avec Denis, de saisir ces « moments d’une vie », de regarder ces textes en allant « d’une fenêtre à l’autre », avec cette espèce d’intimité que nous confère le long compagnonnage que nous avons entamé avec Beckett depuis Cap au pire (2017). J’ai envie que le spectateur soit comme dans une maison, spectateur de ce qui se passe à l’intérieur du crâne beckettien. Ce qui est à l’œuvre dans ces textes, c’est, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Malebranche, philosophe du XVIIe siècle cité par Beckett dans L’Image, « la recherche de la vérité ». Malebranche se méfiait de l’imagination, cette « folle du logis » qui empêche de voir le vrai. Beckett aussi. Mais il ne peut s’empêcher de la laisser agir. Alors sans cesse il revient sur deux thèmes obsédants : tout d’abord, celui du « crâne », de la tête, tout à la fois espace mental, intérieur conscient de sa propre finitude, et lieu du théâtre même, crâne des vanités en peinture et cercueil qui scellera la fin. Puis, hors-champ, au-delà du lieu du théâtre, le thème de « l’image », celle qui s’échappe sans cesse et qu’on tente sans cesse de fixer, le souvenir d’un instant d’amour heureux, la quête du moment parfait, amoureux, tel ce couple se tenant par la main sur un champ de course dans L’image. Il s’agit de reconstituer l’instant fugace. Le faire revivre tout en sachant qu’il va s’échapper, tout en sachant l’inutilité des mots pour dire le vrai. C’est peut-être paradoxal, s’agissant de textes qui souvent parlent de la mort, mais j’ai envie de les aborder un peu comme des enfants qui jouent, qui jouent à mourir pour mieux revivre ensuite. On n’est pas encore mort tant qu’on peut parler de la mort et c’est bien vers la vie que j’ai envie d’aller.

Servante

Un plateau nu. Une Servante. Un comédien pour dire le texte. Pas besoin de plus. Denis Lavant me parlant de ses premières impressions de lecture songe aux haïkus japonais. Pour moi, ce spectacle sera comme un impromptu, un moment musical où il s’agit de saisir une beauté fugace, impromptu traversé par deux obsessions qui sont aussi, pour moi, celles du théâtre : la quête du moment parfait et le besoin d’arrêter le temps. »



Interprète de génie au cinéma comme à la scène, le comédien Denis Lavant nous parle de son rapport au corps et de la construction de son interprétation de personnages particulièrement désincarnés, comme chez Beckett.

Pupille 0877PE – Anna Nathalie D. – Bénédicte Bonnet / Ed. Libre 2 Lire

Depuis le 12 novembre 2012 – 108 p., 12 €

L’enfant que l’on découvre sur la couverture de Pupille 0877PE se prénomme en réalité Anna Nathalie. C’est son parcours que nous suivons ici. Un parcours chaotique, s’il en est, qui l’a menée de la plus profonde déréliction à la renaissance, grâce à son aptitude à puiser une force salvatrice dans sa révolte, et aussi, grâce à quelques bons génies que la Providence avait pris soin de placer sur son chemin parsemé de ronces et d’orties.

La vie de la petite fille bascule en 1968, à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle n’est plus qu’un numéro sur les registres de l’Aide Sociale à l’Enfance, après une séparation sans ménagement d’avec sa mère et ses sœurs.

Extrait – « Un jeudi matin où mon agitation est au plus haut et que je fais semblant de jouer alors que je suis aux aguets, des signes me disent que ce sera pour aujourd’hui, le départ de la pupille. Mes pas, mes mains, mes mouvements, tout en moi est devenu mécanique. Silence au comble. Nulle chanson. Aucune parole de part et d’autre. Tata erre. Tonton-pipe fume et refume. Ma tête tape fort. Au fond de moi, l’enclume du cœur« .

Elle connaît ensuite une courte accalmie au sein de sa première famille d’accueil, qui a su panser ses plaies et rassurer cette « pauvre petite chose » habitée par le funeste sentiment de n’être pas digne d’amour, puisqu’elle a été rejetée. Mais très rapidement, Anna devra faire front.

Anna « la débile », comme on appelle celle qui, à force de vouloir être transparente, a fermé ses écoutilles et s’est murée dans le silence…

Anna la colère aussi. Colère contre ces institutions peu soucieuses de leur mission, qui, l’apprendra-t-elle beaucoup plus tard, ont préféré fermer les yeux sur tous les signalements de violences à son encontre, et pire encore, sur une demande d’adoption qui aurait changé le cours de sa vie.

Mais également, Anna la tendresse, la protectrice, capable, si jeune encore, de materner les plus vulnérables et de donner son cœur à celles et ceux qui lui ont offert le leur. Tous et toutes essentiels à son maintien en vie et en lutte, avec l’espoir fou de retrouver cette mère, qui un jour sinistre l’a abandonnée entre les mains d’une fonctionnaire de l’ASF.

Anna confrontée à la cruauté et au sadisme d’assistantes maternelles vipérines – véritables incarnations de la Folcoche d’Hervé Bazin – qui, pour certaines, se vengeaient de leurs frustrations sur ces enfants à qui on avait déjà tout pris. Anna enfin, livrée à quatorze ans aux « bas instincts » de celui qu’elle était censée appeler papa.

Bien d’autres épisodes, et non des moindres, émaillent ce récit aux allures de brûlot, mais nous n’en dirons pas plus, la suite appartenant à celles et ceux qui liront Pupille 0877PE. L’écriture est souvent lapidaire : phrases courtes, aucune affectation, les auteures vont à l’essentiel, quitte à se jouer des règles syntaxiques. Avec, de temps à autre, de belles envolées lyriques qui font battre le cœur un peu plus vite… et retenir son souffle.

Anne Calmat

DERNIÈRE MINUTE : BdBD/ARTS + se réjouit d’appendre que « Polly » a remporté la Pépite de la fiction pour adolescents-tes au Salon du livre de la Jeunesse de Montreuil. Coup d’œil dans le rétro

Un troisième prix pour Polly !

Après la Pépite de la fiction ados au Salon du livre de Montreuil 2021, et le Prix Töpffer de la Bande Dessinée 2021, le roman graphique de Fabrice Melquiot et Isabelle Pralong remporte le Bologna Ragazzi Award 2022 dans la catégorie Comics Young Adult.

Depuis le 19 août 2021. Copyright F.abrice Melquiot, Isabelle Pralong / Ed. La Joie de lire – 152 p., 21,90 €

« Polly, il ? Polly, elle ? Le genre de Polly a semé le trouble dès sa naissance… »

On a beaucoup écrit sur le terrible mal-être de celles et ceux qui, à un moment donné de leur existence, se sont perçu-e-s du sexe opposé à celui de leur naissance, et ont décidé d’y remédier.

Ici, la problématique est différente. Dès la lecture des premières planches du très beau roman graphique de Fabrice Melquiot – un brûlot contre l’assujettissement aveugle aux règles sociales – nous avons l’intuition d’une œuvre essentielle.

Polly est donc né avec l’ébauche de quelque chose qui n’est ni un zizi, ni une zézette, mais la rencontre des deux. Une « ziziette », en somme. Poly est intersexe, ni fille, ni garçon. Ses parents sont perplexes : « On a fait un enfant pas conforme. Tu peux m’expliquer ? » Pas conforme, le mot est lâché.

Il faut pourtant trancher. Le médecin a fini par opter pour un zizi (tiens donc !). Lorsque Polly aura sept ans, nous entreprendrons de le « réparer »… Pour son bien, a-t-il ajouté, sans préciser que la réparation en question implique des interventions à répétition, risquées et irréversibles, qui s’étaleront sur plusieurs années, avec les traitements hormonaux qui vont avec.

La veille de son hospitalisation, les parents de Polly l’ont mis devant le fait accompli de la façon la plus sournoise qui soit. On croyait pourtant te l’avoir dit !

Cet enfant, dont l’étrange beauté semble s’être altérée, a maintenant dix-sept ans. On l’a doté d’un petit zizi – Il ne sera pas bien grand avait prévenu le chirurgien – et affligé d’une énorme cicatrice…

Se sent-il garçon pour autant ? Se sent-il fille ? Farçon ou guille ?

Mais l’histoire est loin d’être terminée…

Anne Calmat

Fabrice Melquiot est dramaturge et metteur en scène. Il est l’auteur d’une quarantaine de pièces de théâtre, publiées à L’Arche et L’école des Loisirs. Il a reçu de nombreux prix : le Grand Prix Paul Gilson de la Communauté des radios publiques de langue française, le Prix SACD de la meilleure pièce radiophonique (avec France Culture), le Prix Jean-Jacques Gauthier du Figaro, le Prix Jeune Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, deux Prix du Syndicat national de la critique : révélation théâtrale, et, pour Le diable en partage, meilleure création d’une pièce en langue française. Fabrice Melquiot est lauréat des Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018.

Née en 1967 en Valais, Isabelle Pralong est une bédéiste suisse. Après des études à l’Istituto Europeo de Design à Milan, elle s’installe à Genève. Ses premiers albums paraissent début 2000 dont Ficus (2003) chez Atrabile et Fourmi ? à La Joie de Lire (2004). Elle enseigne également l’illustration et la bande dessinée à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève. Son œuvre a été récompensée par le Prix Töpffer (2007 et 2011) ainsi que le Prix Essentiel révélation au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (2007).

La jeune femme et la mer – Catherine Meurisse – Ed. Dargaud

Copyright C. Meurisse (scénario. dessin, couleurs – avec I. Merlet) / Ed. Dargaud – 116 p., 22,50 € – Depuis le 29 octobre 2021.

Carnet de voyage d’une auteure. En 2018, Catherine Meurisse séjourne une première fois à la villa Kujoyama de Kyoto (l’équivalent de la villa Médicis à Rome) afin d’observer les coutumes autochtones , peindre la nature, et ce qu’elle appelle, « renouveler sa banque d’images ». *

La nature est ici magnifiquement retranscrite par l’auteure de cette œuvre forte et belle, dont l’apparente simplicité cache une réflexion profonde sur la place de l’Homme dans la nature et sur son recours à l’art pour lutter contre l’évanescence des êtres et des choses.

Celui qui vient vers elle réside également à la villa Kujoyama. il est à la fois peintre et poète. Il recherche cet état d’impassibilité qui permet de s’attacher à l’essentiel, comme le fait celui qui compose un haïku. En effet, pour bien des artistes japonais, la création, en tant que processus, prime sur la création en tant qu’œuvre achevée.

(détail planche)

Qui est Nami, la jeune inconnue dont le peintre-poète souhaite faire le portrait ? Une Sentinelle ? Un de ces personnages qui appartiennent à la littérature universelle ? Ou tout simplement, le fruit de ses propres chimères dans lesquels il a entraîné la dessinatrice de la villa Kujoyama (à moins que ce ne soit l’inverse).

La Vague géante de Kanagawa

Nami n’est en tout cas pas un modèle facile à saisir ; elle semble être en communication avec les éléments naturels et capable de détecter les signes précurseurs d’un typhon dans les plis d’une vague. Elle envoie ensuite l’un de ses nombreux époux au secours de ce qui a été ou va être dévasté. Nous pensons bien sûr à La Vague géante d’Hokusai (1830) qui engloutit barques et pêcheurs. Nous sommes plus proches encore de l’univers de l’écrivain Natsume Sôseki (Oreiller d’herbe ou le Voyage poétique), qui a inspiré à Catherine Meurisse l’écriture de ce livre, ou encore, de celui du grand Hayao Miyazaki ou d’Isao Takahata, qui dans Pompoko (1994) remet à l’honneur les divinités que sont les Tanuki, dont l’auteure va croiser l’un des représentants peu après son arrivée.

Superbe !

Anne Calmat

En 2019, Catherine Meurisse séjournait pour la seconde fois au Japon, au moment où le typhon Hagibis a dévasté la région de Kantō, près de Tokyo.

Meurisse (Catherine)

Catherine Meurisse est née en 1980.
Après un cursus de lettres modernes, elle poursuit ses études à Paris, à l’École nationale supérieure des arts graphiques (école Estienne), puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs.
En 2005, elle rejoint l’équipe de Charlie Hebdo‘. Elle dessine également pour des magazines et des quotidiens, comme Libération, Marianne, Les Échos, Causette, Télérama, L’Obs… et illustre des livres jeunesse chez divers éditeurs (Bayard, Gallimard, Nathan, Sarbacane…).
Elle signe plusieurs bandes dessinées, parmi lesquelles « Mes hommes de lettres » (Ed. Sarbacane, préfacé par Cavanna) : ou comment faire entrer avec humour toute la littérature française dans un seul album, « Savoir-vivre ou mourir » (Ed. Les Échappées, préfacé par Claire Bretécher) : guide hilarant des bonnes manières enseignées par la baronne Nadine de Rothschild, « Le Pont des arts » (Sarbacane) : récit d’amitiés tumultueuses entre peintres et écrivains, ou « Moderne Olympia » (Ed. Futuropolis), une relecture jubilatoire du mythe de Roméo et Juliette, au musée d’Orsay, sur fond de comédie musicale.
Aux Ed. Dargaud, elle publie « Drôles de femmes« , en collaboration avec Julie Birmant, un recueil de portraits de femmes du spectacle, telles que Yolande Moreau ou Anémone, ainsi que « La Légèreté« , récit de son retour à la vie, au dessin et à la mémoire, après l’attentat contre ‘Charlie Hebdo‘.
En 2016, elle sort également, toujours chez le même éditeur, « Scènes de la vie hormonale« , et en 2018 « Les Grands Espaces« . En 2019, avec « Delacroix« , Catherine Meurisse s’invite dans les souvenirs d’Alexandre Dumas et de l’amitié qu’il a tissé avec Eugène Delacroix et en offre une adaptation toute personnelle.
En janvier 2020, elle devient la première dessinatrice élue à l’Académie des Beaux-Arts, section Peinture.

L’Île du bonheur – Marit Törnqvist – Ed. La Joie de lire

À partir du 25 novembre 2021 – Copyright M. Törnqvist (autrice, illustatrice) / Traduit du néerlandais par M. Lomré / La Joie de lire. 80 p., 11€

Une jeune fille navigue en haute mer sur une embarcation de fortune, elle veut atteindre l’horizon, mais il se dérobe sans cesse. Après s’être battue contre les éléments déchaînés, elle remarque un écriteau sur lequel est inscrit « l’île du bonheur ». Serait-elle arrivée au terme de son voyage ? Non, puisque chacune des nombreuses autres îles qui l’entourent revendique une spécificité propre à l’attirer : « l’île des pensées profondes », « de la fête permanente », « de la joie et de la liberté », « de la solidarité »… Le bonheur régnerait-il partout ? Le mieux est de s’en assurer. Elle fait plusieurs expériences, qui ne lui semblent pas concluantes, même si elle a trouvé l’amour – ou l’une de ses répliques – sur l’une d’entres-elles.

Aussi, loin de se décourager, décide-t-elle de poursuivre sa route.

p 7

Un très beau conte philosophique à hauteur d’enfant, superbement illustré, dans lequel, on l’imagine, livrée à elle-même, l’héroïne va devoir faire des choix, réfléchir sur sa propre situation, transformer son environnement, se transformer, prendre conscience de son identité et de sa liberté, avant de repartir « du bon pied » vers sa destinée. À moins qu’elle ne décide de demeurer sur cette île irréprochable au-delà de son horizon, et d’y « cultiver son jardin ». Mais tout ceci n’est qu’une extrapolation…

p. 60 & 61

Anne Calmat

(photographie © Rogier Veldman)

Née en 1964 à Uppsala en Suède, Marit Törnqvist est une autrice et illustratrice néerlando-suédoise. Après des études la Gerrit Rietveld Académie à Amsterdam, elle illustre de nombreux albums pour la jeunesse dont certains d’Astrid Lindgren. Reconnue à l’international, son œuvre a été récompensée par des prix tels que le IBBY I-Read Oustanding Reading Promotor Award en 2020.

Walk me to the corner – Anneli Furmark – Ed. çà et là


Depuis le 22 octobre 2021 – © Anneli Furmark (scénario et dessin) / çà et là Ed. – 332 p., 20 €

Dans son précédent album intitulé Au plus près, la dessinatrice Anneli Furmark,  l’une des voix les plus importantes de la bande dessinée suédoise, avait adapté le roman de la norvégienne Monica Steinholm, qui traite de l’homosexualité masculine. Elle aborde ici le thème de l’homosexualité féminine.

Le personnage principal du récit est Élise, la cinquantaine, mariée depuis plus de 20 ans et mère de deux enfants devenus adultes. Un soir, elle se rend à une fête où elle croise la route de Dagmar, également en couple, mais avec une femme. Le courant passe instantanément. Pendant tout le reste de la soirée, Élise cherche son regard : elle ne tardera pas à réaliser que, bien qu’elle aime Henrik, toutes ses pensées sont désormais tournées vers Dagmar. Tout le processus amoureux est décrit avec finesse. Dagmar va-t-elle la rappeler ? Élise se sent comme une ado peu sûre d’elle, ses imperfections physiques, ses rondeurs lui semblent des obstacles insurmontables à un bonheur possible.

Bien que leur passion, déguisée en complicité amicale, soit réciproque, et qu’Élise s’en soit ouverte à son mari, aucune des deux femmes n’est prête à quitter sa famille. Mais cette révélation a mis à jour des failles dans le couple que forment Élise et Henrik, et les complications surviennent lorsqu’il tombe à son tour amoureux d’une jeune étudiante et qu’il divorce. Cependant que Dagmar refuse de rompre avec sa compagne…

À travers l’histoire douce-amère de ces deux femmes et de leurs questionnements, Walk me to the corner illustre avec subtilité le panel d’émotions qui les traversent et ce qu’implique de quitter la sécurité d’une vie toute tracée pour se jeter dans l’inconnu pour aimer coûte que coûte.

Anna K.

Anneli Furmark est née en 1962 à Vallentuna et a grandi à Lulea (Suède). Elle a fait ses études à l’Académie des Beaux Arts d’Umea, où elle est ensuite devenue enseignante. Peintre et autrice de bandes dessinées, elle a publié son premier livre en 2002. Elle a participé à de nombreuses anthologies et réalisé sept romans graphiques à ce jour. Son travail a été primé à deux reprises au festival de Kemi, en Finlande. Son premier livre publié en France, Peindre sur le rivage (Les Éditions de l’An 2, 2010) a été suivi de Centre de la Terre (çà et là, 2013), puis de Hiver Rouge (çà et là, 2015, Sélection Officielle Angoulême 2016), Un soleil entre des planètes mortes (çà et là, 2017 – v. Archives) et Au plus près (çà et là, 2018). Anneli Furmark vit à Umea.

Victor Legris – Mystère rue des Saint-Pères – Ed. Philéas

D’après le roman de Liliane Korb et Laurence Lefèvre, alias Claude Izer
L. Korb & L. Lefèvre

Depuis le 04 novembre 2021 – © Jean-David Morvan (scénario), Bruno Bazile (dessin), Sauvêtre (couleurs), Philéas éd. 88 p, 15,90 €

En ce 22 juin 1889, Paris est en fête. Le centre d’attraction n’est pas seulement la deuxième Exposition universelle, qui commémore avec éclat le centième anniversaire de la Révolution française, mais aussi l’ouverture aux visiteurs du premier étage de la tour Eiffel. Certains prétendent y avoir aperçu les tours de la cathédrale de Chartres, cependant que d’autres, plus mesurés, préfèrent repérer les monuments chers à leurs cœurs.

On se plaît à flâner dans le Paris des années 1890-1900, celui des voitures à chevaux, des marchandes des 4 saisons, on y croise des écrivains, des peintres impressionnistes, on imagine l’effervescence autour du Champ-de-Mars en cette fin du 19è siècle, les conversations, les enfants courant d’un pavillon à l’autre, l’enthousiasme dont ont bénéficié les exposants venus du monde entier…

Mais revenons à nos moutons. Parmi les anonymes qui se pressent contre la rambarde du premier étage de la tour Eiffel, une certaine Eugénie Patinot est prise d’un malaise, elle s’effondre et passe rapidement de vie à trépas après avoir affirmé qu’une abeille venait de la piquer. Un décès qui sera bientôt suivi de plusieurs autres, selon le même scénario. Si bien que l’hypothèse de la piqure d’insecte ne fait pas fait long feu, d’autant que le lecteur attentif se souvient qu’une mésaventure semblable est arrivée d’entrée de jeu à un quidam venu admirer le show du colonel Cody, dit Buffalo Bill (v. planche.7).

Planche 12

Du pain béni pour le nouveau quotidien, Le Passe-partout, dirigé de main de maître par son rédacteur en chef, Marius Bonnet, dont les collaborateurs se trouvent justement à quelques pas du drame. Parmi eux, le tout récent critique littéraire du Passe-Partout, Victor Legris, libraire rue des Saints-Pères. À qui profite le crime ? Ou plutôt à qui vont profiter les crimes, l’hypothèse de coïncidences successives étant exclue.

Féru d’énigmes, Legris mène sa propre enquête. De fausses notes en vraies-fausses pistes, il finira par découvrir l’identité de l’assassin, avant de se lancer dans une nouvelle enquête* en compagnie de la belle Tasha Kherson… qu’il a rencontrée au premier étage de la tour Eiffel.

Anne Calmat

  • Intitulée La Disparue du Père-Lachaise (à paraître).

Saisi par la nuit (Manga) – Yoshiharu Tsuge – Ed. Cornélius

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Depuis le 23 septembre 2021 – Copyright Tsuge Yoshiharu / Cornélius – 272 p., 27,50 €

Les douze nouvelles qui composent ce volume s’inscrivent dans une période sombre de la vie de Yoshiharu Tsuge.

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Alors qu’il approche de la quarantaine, le mangaka apprend que sa femme est atteinte d’un cancer. Il bascule alors dans une intense détresse et se retire de la vie publique, assailli par des ténèbres intimes.

La nécessité pousse cependant Yoshiharu Tsuge à reprendre le travail, mais son inspiration est entravée par son état émotionnel.

Mais même dans ce moment d’extrême abattement, il n’a rien perdu de son exigence, les histoires qu’il écrit alors sont le reflet de ses émotions tortueuses. Il s’inspire dans certains albums de sa vie de couple et de ses voyages pour apporter un ton plus léger à ses récits, cependant que l’emprise du réel se fait de plus en plus suffocante et que les angoisses qui le hantent depuis de nombreuses années se cristallisent à travers ses cauchemars, qui deviennent parfois le sujet de plusieurs histoires. Des histoires empruntes de fantasmes pornographiques violents, comme c’est ici le cas.

Au milieu de tous ses rêves inquiétants, certaines histoires plus apaisées viennent contrebalancer la noirceur de ses récits…

Planche p.84 « Saisi par la nuit »

Mulosaurus – Øyvind Torseter – Ed. La Joie de Lire

Depuis le 14 octobre 2021 – Copyright Ø. Torseter – La Joie de lire – 104 p., 24, 90 €

Où Tête de Mule prend à nouveau le large, mais pour une tout autre raison…

BdBD 01/2021
BdBD 10/2016
BdBD 11/2018

Dans les albums précédents, Tête de Mule, qui est désormais devenu l’un de nos familiers, a successivement été un jeune prince parti à la recherche de ses six frères, changés en pierre par un troll (Tête de Mule) ; un apprenti-coiffeur parti à la recherche du plus grand œil du monde (Mulysse prend le large) ; un factotum en butte à un usurpateur d’identité (Factomule). Il est ici conservateur au Musée d’Histoire naturelle d’une ville qui reste à déterminer. Tout irait bien si le public venait voir les expos qu’il met en place, ce qui n’est pas le cas. Il risque de se retrouver au chômage, aussi lui faut-il trouver une attraction sensationnelle qui le mette à l’abri d’un tel désagrément. Tête de Mule a une idée: exhiber un squelette inédit de dinosaure. Mais où le trouver ?

Dans le même temps, le Président – qui n’est autre que l’homme à la trompe que nous avons déjà croisé à plusieurs reprises – a décidé d’aller regarder son peuple « au fond des yeux », comme il le fait chaque année depuis le début de son mandat. Le périple débute mal: les pompes à essence sont à sec, ses bains de foule risquent de tomber à l’eau. Quelqu’un lui a dit que le pétrole provient de la décomposition d’organismes primitifs dans les couches sédimentaires de la Terre… et qu’il reste un dinosaure dans la jungle. Le Président tient la solution, il ne reste plus qu’à monter une expédition et ramener l’animal, mort ou vif.

p. 18
p. 19

Ces deux-là sont faits pour se rencontrer…

p.46

On peut les voir pagayant en canoë, l’oreille aux aguets, allant peut-être au devant d’une bande de zombies affamés…

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Tête de Mule n’en n’est plus tout à fait certain. Quant au Président, il ne doute de rien et soigne sa postérité. « Il sera enterré sur la place, et fournira de l’essence aux générations futures. »

Øyvind Torseter se surpasse une nouvelle fois avec ce concentré de poésie douce-amère, d’humour et de loufoquerie. Jusqu’où ira-t-il ?

Anne Calmat

Øyvind Torseterest l’un des illustrateurs les plus en vue de Norvège. Il a créé de nombreux romans illustrés et albums, dont plusieurs ont été récompensés. il a également participé à des expositions, individuelles et collectives.

EXPO Izabela Ozieblowska (2) – Concept Store Gallery – La Baule

Rappel : Après une expo à la Concept Store Gallery de Saint-Germain-des-Prés, en décembre 2021, on peut désormais retrouver Izabela Ozieblowka à La Baule…


Depuis le mois d’avril 2016, Izabela Ozieblowska élabore ses créations dans un atelier niché au cœur d’un village médiéval des Hautes-Côtes de Beaune, dont l’architecture n’a pu que l’inspirer. Elle nous a ouvert ses portes et livré quelque-uns de ses secrets…

Autoportrait© I.O.

Izabela est maître-verrier, ou si l’on préfère, vitrailliste, bien que ce vocable nous semble passablement dissonant pour désigner un art aussi subtil. Elle a acquis ses compétences et son savoir-faire durant ses treize années d’études d’Histoire de l’Art en Pologne, à l’Université Jagellon à Cracovie, à l’Académie des Beaux-Arts de Katowice et à l’Académie des Beaux-Arts, département peinture, de Wroclaw. C’est également à Wroclaw qu’elle s’est tournée vers l’art du vitrail, avec pour guide le très distingué professeur Ryszard Wieckowski, qui disait d’elle « qu’elle était l’une des trois meilleures de Pologne. »

En 2016, elle s’installe avec son époux à Nolay, où ils créent LEUR atelier. « Nous travaillons ensemble depuis 25 ans. Je m’occupe de l’aspect artistique de chaque projet, et lui de la partie technique.« 

L’exposition

« Je présenterai deux vitraux abstraits et trois figuratifs »

© I.O.

« Les trois vitraux ont la même taille (53×63 cm) et la même source d’inspiration : le Visage. Le même pour chaque œuvre. Je voulais montrer combien chaque visage peut sembler différent en fonction de l’environnement, de l’époque et du contexte. Il exprime en tout cas une personnalité et une conscience. Cette représentation, qui date du 19ème siècle, s’intègre parfaitement dans le présent, la beauté du personnage est universelle et intemporelle. »

Le vitrail central a une histoire particulière.

« En 2020, j’ai participé à un concours régional organisé par l’Atelier d’Art de France dans la catégorie « Patrimoine« . J’ai présenté ce vitrail, il a été sélectionné pour l’exposition au Salon du patrimoine culturel, au Carrousel du Louvre. Malheureusement, en raison de la Covid et du confinement, tout a été annulé.

© I.O.
© I.O.

« Dame Nature m’a ensuite inspiré les deux vitraux abstraits ci-contre. Ils seront également exposés à la Concept Store Gallery. Nous avons d’une part une ébauche de mur avec des efflorescences de sel, et de l’autre, la lave. Pour moi, l’abstraction est un jeu de couleurs. Je m’inspire d’un fragment de nature, je prends des photos, puis ensuite, j’imagine d’autres univers à partir de l’original, modifiant ainsi son image initiale. Je travaille ensuite selon la technique des poudres de verre. »

Comment Izabela procède-t-elle pour chaque création ?

« Créer un vitrail requiert, on l’a compris, un processus très long qui comprend plusieurs interventions et fait appel à différentes techniques. En ce qui me concerne, je prépare un dessin-projet qui doit correspondre à l’espace dans lequel il prendra place. On sait par ailleurs combien le symbolisme de la lumière traversant la matière a eu d’importance dans la pensée médiévale, à l’époque où l’art du vitrail prenait son essor. Chaque vitrail doit être conçu minutieusement, étape après étape : motif, forme, couleurs, dessin… »

Le vitrail n’est pas le seul mode d’expression d’Izabela, elle excelle également dans la gravure, la sérigraphie, la méthode « Tiffany » (procédé de montage à l’aide d’un ruban de cuivre), ou dans des techniques plus modernes comme le « fusing » (assemblage du verre par fusionnement) ou bien la poudre de verre qui, conjuguée au fusing, donne au vitrail des couleurs remarquables, mais aussi, un effet sculptural qui le rend encore plus exceptionnel. « J’adore ce procédé, les poudres produisent des effets visuels étonnants, des couleurs très lumineuses et permettent une totale liberté de création. Les vitraux réalisés selon cette technique sont uniques, contrairement à un vitrail peint traditionnel qui peut être reproduit. J’aime beaucoup faire des expériences, jouer sur la profondeur, mélanger les techniques pour obtenir le résultat final que je recherche. »

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Qu’ils soient classiques, sacrés ou modernes, les vitraux qui sortent de son atelier sont réalisés « dans le respect des techniques traditionnelles qui remontent au Moyen Âge« , tient-elle à préciser.

De la diversité des sources d’inspiration d’Izabela Ozieblowska (vitraux hors expo)…

© I.O. Restauration dans la chapelle de Wolczyn
© I.O. Pour le monastère des Pères Pauliniens de Jasna Gora a Czestochowa
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Propos recueillis par Anne Calmat

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