Saison brune (T. 2) « Nos epreintes digitales » – Philippe Squarzoni (scénario et dessin) – Ed. Delcourt

À partir du 2 novembre – Copyright P. Squarzoni / Delcourt, 264 p., 21€90

10 ans après la parution de Saison Brune, Philippe Squarzoni prolonge son documentaire de référence sur le réchauffement climatique. Accélérée par la crise sanitaire et les confinements successifs, la numérisation du monde est en marche. Et tandis que les écosystèmes s’effondrent, l’auteur s’interroge sur la place des nouvelles technologies dans le monde que nous transmettons aux nouvelles générations . Il examine nos nouveaux usages numériques pour mieux déterminer leur impact sur notre environnement.

À l’heure de la publication de ce second volet et au regard de la situation catastrophique actuelle, il nous a paru pertinent de rappeler la teneur du T.1 de Saison brune, paru en 2012 puis réédité en 2018 (Voir Archives 9/10/2015 & 17/08/2018).

Avec Philippe Squarzoni, le pavé n’a jamais été loin de la mare, au sens propre comme au figuré. Témoin, ce pavé (précisément) de 477 pages qui nous rappelle que » le compte à rebours est lancé et notre crédit de temps, limité. Il est déjà trop tard pour faire marche arrière » , écrivait-il alors. Le titre de l’album fait du reste référence à cette cinquième saison qualifiée de « brune » dans le Montana, période d’indécision entre l’hiver et le printemps.

Pour cela, l’auteur, grand zélateur de la bande dessinée d’intervention politique devant l’Eternel, fait appel à de nombreux spécialistes, des climatologues, un physicien nucléaire, une spécialiste en gestion de l’environnement, des économistes, un journaliste.
Dans le premier volet de Saison brune, les deux premiers chapitres sont consacrés aux aspects scientifiques du réchauffement de la terre : fonctionnement du climat, augmentation des gaz à effet de serre, risques encourus, expertise menée par le GIC et par les participants au mouvement altermondialiste ATTAC, etc.

Puis Philippe Squarzoni se livre à un recensement de leurs conséquences – nul besoin de les énumérer, elles continuent de s’étaler chaque jour sous nos yeux – et de leurs remèdes possibles. Que faire, quand tout ce qui est en cause est fondamentalement lié au fonctionnement même de nos sociétés ? Par quoi, par où commencer ? Quelle peut être notre action niveau individuel ?

Squarzoni analyse les différents scénarios énergétiques qui s’offrent à nous, puis il élargit son questionnement à d’autres dysfonctionnements notoires. Il met en garde et examine les modèles de sociétés qui permettront de limiter les dégâts.

À l’instar de ses précédents albums*, il trouve la bonnes distance entre didactisme à tout crin et vie au quotidien. émaillant son récit de références cinématographiques (Kurosawa, John Ford…), de croquis sur le vif, de graphiques, de saynètes. Le tout rythme, diversifie et fluidifie un scénario particulièrement foisonnant, à défaut d’être réconfortant.

Anne Calmat

Philippe Squarzoni a passé son enfance en Ardèche puis sur l’île de la Réunion. Il réside à Lyon. Après des études de Lettres, il s’engage dans plusieurs actions politiques et humanitaires (Croatie, Mexique, Palestine…). Ses premiers albums politiques, Garduno, en temps de paix  et Zapata, en temps de guerre  ont été publiés en 2002 et 2003 (Les Requins Marteaux). Il s’empare également de sujets difficiles comme l’infanticide  (Crash-Text ), la mémoire de la Shoah  (Drancy – Berlin – Oswiecim ) ou le handicap mental (Les Mots de Louise ). En 2007, il publie Dol dans lequel il dresse un bilan des politiques menées durant le deuxième mandat de Chirac. Loin de ces préoccupations politiques, Squarzoni a publié son premier récit en couleurs chez Delcourt en 2008, Un après-midi un peu couvert, un livre plus sensible, contemplatif et intemporel, une variation sur le thème de Peter Pan. Saison brune  (Delcourt, 2012), une édifiante enquête au long cours sur le changement climatique, le fait connaître du grand public (Prix Léon de Rosen de l’Académie française, Prix du jury du festival de Lyon BD). En 2016 il se lance dans d’adaptation du roman documentaire de David Simon, Homicide, une année dans les rues de Baltimore (voir Archives), qui relate l’immersion du journaliste au sein de la brigade criminelle de Baltimore en 1988 (série en 5 tomes parus aux Éditions Delcourt).

Moby Dick ou le Cachalot – Herman Melville – Anton Lomaev – Ed. Sarbacane, coll. Grands classiques illustrés

En librairie le 2 novembre – Copyright A. Lomaev / Ed Sarbacane. 608 p., 49,90 €
Un chef-d’œuvre de la littérature dans une édition enrichie de 100 illustrations exceptionnelles.*
(*Édition précédente octobre 2017)

Communiqué

Voici une occasion unique et somptueuse de faire le tour du globe à la poursuite de la célèbre baleine blanche ! Qui ne connaît l’affrontement obsessionnel, digne des grandes tragédies antiques, entre le capitaine Achab et la terrible Moby Dick ? Pourtant, jamais cette aventure mythique n’avait été présentée dans une édition aussi formidable, multi-illustrée par de véritables tableaux enrichis de quarante illustrations au trait. La traduction, parue dans la Bibliothèque de la Pléiade, est de Philippe Jaworski. Une édition de luxe qui fera date, pour les nombreux amoureux de ce chef- d’œuvre du patrimoine littéraire mondial. (Communiqué)

Né à Manhattan en 1819, Herman Melville prend la mer à 20 ans. Ses aventures autour du globe fourniront la matière, entre autres, du célèbrissime Moby Dick. Revenu à terre, il mène une vie stable et familiale à partir de 1847, dans le Massachusetts, puis à New York. Sa nouvelle intituléeBartleby date de 1853. Mort dans l’oubli à 72 ans, après des années douloureuses sur le plan personnel, Melville sera redécouvert dans les années 1920. Son œuvre complexe et ambitieuse est aujourd’hui étudiée et traduite dans le monde entier.

Anton Lomaev est né le 13 mars 1971 à Vitebsk, en Biélorussie. En 1992, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de St Pétersbourg, ville où il vit toujours, avec sa femme et ses trois enfants. Il est membre de la prestigieuse union des peintres russes depuis l’an 2000.
Il a illustré de nombreux contes traditionnels, mais aussi la fameuse série Rougemuraille (Redwall) de Brian Jacques. Sa maîtrise du dessin et de la couleur est absolument exceptionnelle, dignes des grands peintres classiques.

EXPO BnF – Du côté de chez Proust, « La fabrique de l’œuvre »

La Fabrique de l’œuvre du 11 octobre au 22 janvier 2023 – BnF Galerie 2
Copyright BnF

Communiqué – À l’occasion du 100e anniversaire de la mort de Marcel Proust (1871-1922), la BnF présente une exposition qui réunit pour la première fois des pièces capitales et inédites récemment entrées dans l’exceptionnel fonds Proust de la Bibliothèque, ou issues d’autres institutions ainsi que de collections privées. S’adressant à un large public, l’exposition propose une traversée de l’œuvre À la recherche du temps perduorganisée selon la progression de ses tomes et donne à voir la fabrique du texte tout en s’arrêtant sur une sélection de personnages, lieux ou épisodes. Elle s’appuie sur la recherche proustienne depuis vingt ans et intègre les avancées permises par la numérisation des manuscrits dans l’étude de la genèse du roman.

Cette exposition sera gratuite le vendredi 18 novembre 2022, de 10 h à 19 h.
Entrée libre et gratuite, sans réservation préalable, dans la limite des places disponibles.

En savoir plus (lien ci-dessous)

https://www.bnf.fr/sites/default/files/2022-09/dp_Proust_la_fabrique_de_l_oeuvre.pdf

Copyright BnF

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi :
10 h – 19 h

Dimanche :
13 h – 19 h

Fermé le lundi et les jours fériés. Fermeture des caisses une heure avant la fermeture de l’exposition.

Tarif plein : 10 € // Tarif réduit : 8 €
Billet couplé 2 expositions : 13 € // 10 € valable pour les expositions des sites François-Mitterrand et Richelieu ou pour le musée de la BnF
Gratuit avec les Pass BnF Lecture/Culture ou Recherche.

Le Pass BnF Lecture/ Culture – Plein tarif : 24 euros/ tarif réduit : 15 euros

Visites guidées :
Tarif plein : 15 € // Tarif réduit : 13 €

Communiqué – Rosa Bonheur au Musée d’Orsay (18 ocT – 15 janv. 2023)

Le Roi de la forêt, 1878

Peintre animalier du XIXe siècle, Rosa Bonheur est certainement l’artiste peintre la plus célèbre et la plus vendue de son siècle, tant en France qu’en Angleterre et aux États-Unis. Sa carrière internationale est éblouissante : vivant de son art dès l’âge de 14 ans, elle est la première femme artiste à recevoir la Légion d’honneur de la main de l’impératrice Eugénie en 1865. Ne devant sa réussite qu’à elle-même et à son talent, elle force le respect de ses contemporains : Georges Bizet, Buffalo Bill, la Reine Victoria, Napoléon III, Victor Hugo… Première femme à s’acheter un bien immobilier grâce au fruit de son travail, Rosa acquiert le château de By en 1859. Elle y passera les 40 dernières années de sa vie. L’artiste touche aujourd’hui par son étonnante modernité. Cette petite femme d’ 1m50, s’est battue tout au long de sa vie pour « élever la femme » et montrer que « le génie n’avait pas de sexe ». Armée de ses pinceaux et de son pantalon (pour lequel elle avait dû demander une autorisation de port), elle arpentait les forêts et les foires aux bestiaux afin de croquer ses modèles. Amoureuse de la nature et des animaux, elle s’est battue aux côtés de Claude-François Denecourt afin de préserver la forêt de Fontainebleau et clamait haut et fort que les animaux avaient « une âme », pensée rarissime au XIXe siècle.

Du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux au Musée d’Orsay à Paris

Musée d’Orsay

1, rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris – 01 40 49 48 14.

9h30 – 18h30. Fermé le lundi

Plein tarif 16 € / Tarif réduit 13 € /


Simone Veil, je vous écris – Irène Cohen Janca – Violette Vaisse- Ed. La Joie de lire

En librairie le 22 sept. 2022 – Copyright I. Cohen Janca (scénario) & V. Vaisse (dessin) / La Joie de lire. 120 p., 14,50 € – À partir de 13 ans

Face au chagrin de sa grand-mère adorée lors de la retransmission de l’hommage national rendu à Simone Veil aux Invalides le 5 juillet 2017, Mona, 16 ans, décide d’adresser une lettre posthume à celle qui n’est plus.

« Je suis donc partie à la recherche de Simone Veil pour comprendre pourquoi sa mort bouleversait ma Tita et faisait de la France un «pays orphelin».
Partout j’ai puisé : livres, journaux, photos, vidéos.
J’ai entendu sa voix, le rythme de sa voix, son souffle, ses silences aussi.
« 

Mona « rencontre » Simone lorsque celle-ci a 13 ans et que la vie lui sourit : famille bourgeoise, enfance protégée.

Elle lui parle, la tutoie. Après tout Simone n’est-elle pas comme elle une enfant ? Elles auraient même pu être amies si Mona avait vécu à Nice dans les années 1940. Elle reprendra le vouvoiement lorsque Simone aura dépassé sa seizième année.

Nous mettons tout naturellement pas dans ceux de Mona en entrons dans la vie de la jeune Simone Jacob. Nous sentons les rayons du soleil qui inonde la baie des Anges, rions avec elle, tremblons lorsque les nuages s’amoncellent au-dessus de la tête de celle qui ne peut imaginer que l’Enfer des camps ne tardera pas à brûler celles et ceux qui lui sont chers.

1927-2017

Nous découvrons ensuite une adolescente déterminée, brillante, qui sait tenir tête à son entourage et nous comprenons que sa voie était toute tracée, et qu’après avoir été capable de surmonter la tragédie que fut la Shoah pour six millions de Juifs, le parcours de celle qui a su par la suite démontrer aux femmes du monde entier qu’elles ont leur place dans les plus hautes sphères des institutions européennes, ne pouvait qu’être exceptionnel.

L’espoir face à la tragédie.

17 janvier 1975

Lumineux de simplicité.

Anne Calmat

Les Tompettes de la mort – Simon Bournel-Bosson – Ed. L’Agrume

Depuis le 13 oct. 2022 – © S. Bournel-Bosson (scénario et dessin) / Ed. L’Agrume – 240 p., 29 €

Suite aux démêlés conjugaux de ses parents, Antoine est confié pour un temps à ses grands-parents paternels. « Tu seras bien ici« , lui a dit son père pour se donner bonne conscience. Au vu des expériences antérieures, Antoine est loin d’en être convaincu.

Ils vivent dans une maison isolée au milieu de la forêt vosgienne. Coincé entre une mamie pleine de bonne volonté mais un peu vieux jeu, et un papy hostile à sa présence, le jeune garçon attend avec impatience que ses parents reviennent le chercher. Son cadre de vie lui semble sinistre, la nature environnante, hostile. Et ce ne sont pas les nombreux trophées de chasse qui ornent les murs de l’entrée qui risquent de le faire changer d’avis. Pour l’heure, Antoine se détend en visant des cibles avec une carabine à bouchon, à défaut de pouvoir regarder tranquillement ses émissions préférées. L’essentiel pour lui est de se tenir à distance de cet ours mal léché, maniaque du martinet, qu’est son grand-père (qu’il ne détesterait sans doute pas dégommer au passage).

(détail planche)

Un jour pourtant, il est contraint de le rejoindre dans la forêt pour une cueillette de champignons, et plus précisément une cueillette de trompettes de la mort.

Eu égard au titre de l’album, nous marquons ici une pause afin de rappeler qu’il ne faut pas les confondre avec les redoutables amanites phalloïdes, dont l’appellation évoque plutôt Eros et Thanatos ; les trompettes étant au contraire tout à fait comestibles, et même très appréciées des gourmets.

détail planche

À un certain moment, Antoine s’éloigne du sentier qu’ils venaient d’emprunter, et il se perd. Il tombe alors sur un champignon étrange, s’en empare, tout se met à tourner autour de lui, il s’évanouit. À son réveil, il n’est plus un enfant de dix ans, mais un chevreuil.

Le dessin que l’on découvre sur la première planche de l’album, et qui montre un chevreuil blessé – peut-être à mort – par une flèche, prend alors tout son sens.

Les très belles planches qui suivent ne sont pas sans renvoyer à des souvenirs d’enfance, et parmi eux, à Bambi, contraint désormais de se débrouiller seul, en évitant les dangers qui le menacent. À commencer par les chasseurs et leur meute de chiens…

Alors que sa grand-mère s’inquiète pour lui, son mari bat la campagne fusil au poing.

Cette course-poursuite va atteindre son paroxysme au moment où le vieil homme se retrouve face à sa proie. Quelle proie ? Tout reste possible.

© P. Bournel-Bosson

Une réussite absolue, un conte initiatique et fantastique captivant, doublé d’un coup de maître de la part de son auteur, dont c’est la première bande dessinée.

Anne Calmat

Communiqué – UNESCO : Accès gratuit à la Bibliothèque Numérique Mondiale sur Internet

Un beau cadeau à toute l’humanité !

Voici le lien : https://www.wdl.org/fr pour la France. 

Il rassemble des cartes, des textes, des photos, des enregistrements et des films de tous les temps et explique les joyaux et les reliques culturelles de toutes les bibliothèques de la planète, disponible en sept langues.

Profitez-en et faites-en profiter votre entourage.

– La Fnac a mis une sélection de 500 livres gratuits à télécharger, voir lien ci-dessous

https://livre.fnac.com/n309183/Tous-les-Ebooks-gratuits

Quelques lieux ou spectacles culturels que vous pouvez visiter depuis chez vous :

  • Le Metropolitan Opera de New York va diffuser gratuitement ses spectacles

https://bit.ly/2w2QXbP

  • La Cinémathèque Française propose ses 800 masterclass, essais & conférences en vidéo, 500 articles sur ses collections & ses programmations

https://lnkd.in/ghCcNKn

  • Le Forum des Images propose de visionner ses rencontres

https://lnkd.in/gFbzp5q

  • Centre Pompidou : Vous pouvez écouter les podcasts dédiés aux œuvres grâce au Centre Pompidou

https://lnkd.in/gGifD3r

  • Musées : 10 musées en ligne à visiter depuis son canapé

https://lnkd.in/gV_S_Gq

Une farouche liberté – Giselle Halimi, la cause des femmes – Ed. Steinkis

En librairie à partir du 6 octobre 2022 – Copyright Annick Cojean et Sophie Couturier (scénario), – Sandrine Revel (dessin) – Myriam Lavialle (couleur) / Steinkis Ed – 137 p., 22 €

Cette année, la France commémore les 50 ans du procès de Bobigny. Un procès, mené en novembre 1972 par l’avocate Gisèle Halimi, lequel est entré dans l’histoire pour avoir eu pour effet la relaxation d’une mineure, accusée de s’être rendue coupable d’une interruption volontaire de grossesse consécutive à un viol. Le retentissement sociétal et médiatique dudit procès a été tel que deux ans 1/2 plus tard, la loi Veil (janv. 1975) mettait fin à la pénalisation de l’IVG.

On ne naît pas femme, on le devient, écrivait en 1949 Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe.

On ne naît pas féministe, on le devient affirmera à son tour Gisèle Halimi quelque vingt ans plus tard. Mais nous allons voir que sa lutte en faveur de l’IVG et contre le viol, qui était au cœur du procès de Bobigny, n’ont pas été les seuls combats que cette guerrière a menés au cours de sa vie, mise au service de la justice.

Nous découvrons tout d’abord son enfance en Tunisie, puis, les prises de conscience précoces de la jeune Gisèle et son refus d’un destin assignée par son genre. Un refus qui la conduira à une vie de combats en faveur des femmes, de la parité et, dans un autre domaine, en faveur de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Dès sa naissance, Gisèle est une source de déception pour son père. Une fille ! Inenvisageable !

Une fille donc, élevée comme une fille, dans la plus pure tradition judaïque. Avec certes quelques copains de jeux admis, qu’elle devra abandonner à la puberté pour se préparer à être une épouse attentive au bien-être de son conjoint – et aussi, en ce qui concerne son modèle familial, de ses fils à venir.

Mais la jeune fille ne suit pas la même voie que sa mère – qui par ailleurs savait porter la culotte et imposer ses vues à son époux lorsqu’elle le jugeait nécessaire. Elle entre en résistance et, à la lueur de son ressenti, se forge un caractère d’airain. Elle se fixe des objectifs et ne ménage pas ses forces pour les atteindre.


p 30-32  » Perçue comme une extraterrestre par mes parents, je me suis jetée passionnément dans les livres. Ils étaient mon oxygène, ma bouée de sauvetage, mes meilleurs amis. 
Évidemment, toutes ces lectures éveillaient en moi un bouillonnement de questions et d’idées.
En même temps que je m’ouvrais sur l’histoire, la philosophie, la politique, je remettais peu à peu en cause tous les fondements de l’ordre régissant notre société. »

Désormais, plus rien ne peut plus arrêter Gisèle Halimi.

Août 2020

Une magnifique BD, composée à partir du roman autobiographique éponyme de Gisèle Halimi, co-écrit avec Annik Cojean, publié aux Ed. Grasset.

À l’approche des commémorations du soixantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie, le 18 octobre 2022, et au regard de la situation des femmes dans le monde, pour laquelle un long chemin reste à parcourir (y compris dans les pays où leurs droits semblent mieux reconnus), une panthéonisation aux côtés de Simone Veil, ou bien un hommage national rendu aux Invalides, seraient légitimes. Où en est le dossier ?

La Synagogue – Joann Sfar – Ed. Dargaud

Copyright J. Sfar / Dargaud – Sortie le 30 septembre 2022 – 208 p., 25,50 €

Pas de félin philosophe et facétieux cette fois sur la planète Sfar, le scénariste-dessinateur a d’autres chats à fouetter. À commencer par cette saloperie de Covid qui vient de lui jouer un bien mauvais tour et lui laisse tout loisir de revenir sur sa propre histoire familiale, d’autant qu’il se donne peu de chances de survivre à la pandémie. Une histoire qui l’habite depuis des décennies,

C’est pour lui l’occasion de convoquer les figures tutélaires de son adolescence, à commencer, dès les premières planches de l’album, par Joseph Kessel, l’un de ses illustres prédécesseurs au lycée Masséna de Nice où le jeune Joann fit ses études dans les années 80. L’auteur de L’Armée des ombres (1898-1979) s’en veut encore de n’avoir pas tué Hitler, qu’il avait tout d’abord pris pour un bouffon inoffensif.

C’est pour l’hyper prolifique scénariste-dessinateur qu’est Joann Sfar l’occasion de rappeler au lecteur que le vrai danger vient autant des ceux qui véhiculent des idées nauséabondes que de la majorité silencieuse qui gobe son délire.

Puis Johann Sfar se souvient de ces années où, peu porté sur les rites et rituels religieux, il préférait rejoindre l’équipe, tout à fait officielle, des gardiens qui veillaient à la sécurité des lieux depuis les attentats qui avaient endeuillé la communauté juive à Paris. Le jeune Niçois va alors découvrir les joies des sports de combat, tout en se confrontant à l’absurdité des radicalités idéologiques et aux ambivalences de l’âme humaine.

Il sait que ces contradictions sont endémiques, et que l’Histoire a prouvé qu’elles sont destinées à ressurgir, aussi poursuit-il sa réflexion autour du deuil, de la religion et des extrêmes politiques. De nature plutôt pessimiste, mais admirateur de ceux qui se battent (au premier rang desquels son père, André Sfar, élu municipal vigilant, avocat engagé, défenseur avant l’heure de la cause des femmes et chasseur infatigable de néo-nazis), il met en scène cette courte mais déterminante période de sa vie, entre ses 17 et 21 ans, pour interroger le poids de l’héritage, la figure des héros et les menaces qui pèsent sur le monde. Un récit d’apprentissage agrémenté d’un cahier documentaire historique d’une trentaine de pages (docs , coupures de presse et photographies) particulièrement éloquent.

A. C.

Joann Sfar est né à Nice, le 28 août 1971, dans une famille juive ashkénaze d’origine ukrainienne, côté maternel et séfarade originaire d’Algérie, côté paternel. Orphelin de mère à l’âge de 3 ans, il prend le crayon pour refuge. Après des études de philosophie, il rejoint Paris pour y faire les Beaux-Arts où il anime des ateliers BD depuis plusieurs années. Figure de proue d’une génération de dessinateurs qui réinventa le langage de la bande dessinée dans les années 1990, il signe ses premiers projets aux Ed. L’Association, Delcourt et Dargaud. Seul ou en collaboration, il a signé plus de cent-cinquante albums, parmi lesquels, pour les plus célèbres, Petit Vampire (Delcourt/Rue de Sèvres) pour la jeunesse, la série des Chat du rabbin (Dargaud) ou encore ses Carnets, dont le dernier On s’en fout quand on est mort (Gallimard BD) paraîtra le 5 octobre.

 Si les carnets de Joann Sfar sont toujours des fenêtres ouvertes sur notre société, On s’en fout quand on est mort est largement ancré dans le quotidien de l’auteur. Avec la verve et l’humour qui caractérisent son œuvre, il raconte ses vies multiples : celles de l’artiste, du père, du guitariste amateur, mais aussi celle du professeur aux Beaux-Arts. Dans ce quinzième carnet autobiographique, il nourrit notamment une réflexion sur la transmission et interroge notre rapport à l’art et à la littérature.  

Coup d’œil dans le rétro – Love story à l’iranienne

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Copyright J. Deuxard (scénario), Deloupy (dessin & couleur) – Ed. Delcourt, 2016 -144 p., 17,95 €
Copyright Le Monde, 27 septembre 2022. « Dans les rues d’Iran, la liberté et la rage de la jeunesse : « Je me bats, je meurs, je récupère l’Iran »

Jane Deuxard est  le pseudonyme d’un couple de journalistes qui a sillonné l’Iran à la rencontre de sa jeunesse.

On découvre leur reportage, dont on mesure, à la lueur de petites scènes introductives et transitoires, les conditions particulièrement périlleuses. Pour mener à bien leur projet, les auteurs en effet ont dû braver les sbires de Mahmoud Ahmadinejad, puis d’Assam Rohani, dépasser leur peur des bassidjis (les anges gardiens du régime), de la police et des contrôles incessants.

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Les entretiens ont eu lieu dans des parcs, des cimetières ou des hôtels désaffectés. Celles et ceux qui s’expriment ici vivent à Théhéran, Shiraz, Ispahan, Yazd… Ils se prénomment Gila, Mila, Saviosh, Vahid, Zeinab, Kimia, Omid, Nima et ont entre 20 et 30 ans. Ils sont étudiant, médecin, enseignant, infirmière, femme d’affaires, serveur ou sans emploi. Tous ont pris le risque de se confier. Leur parole les révèle à eux-mêmes, tant les occasions de s’épancher sont rares. Ils parlent pour se libérer, se connaître, faire connaissance avec leur partenaire. Ils expriment leurs désillusions face à un régime que l’arrivée d’Hassan Rohani en 2013 n’a en rien libéralisé.

Les tout-puissants ont l’œil sur tout, ce qui n’empêche ni la corruption ni les petits arrangements avec les interdits, comme par exemple enchaîner les « mariages temporaires » ou filer à Dubaï pour y rencontrer de jolies prostituées.

Au fil des pages, ceux qui ont désappris à rêver déclinent leurs pauvres stratagèmes pour tenter de vivre leur jeunesse malgré tout, s’enlacer, flirter, s’aimer. Mais le prix à payer est élevé : un couple non marié se voit contraint de  régulariser ou de payer une forte amende. Les amoureux en sont réduits à trouver des « cachettes », à s’embrasser à la sauvette et à se contenter de rapports « incomplets », puisqu’un test de virginité peut être réclamé par la belle-famille. Le feu vert pour le mariage passant par les parents, les conditions sont draconiennes : possession d’un diplôme, d’un appartement, d’une voiture. Les fiançailles peuvent ainsi se prolonger pendant plusieurs années.

Le régime n’admet aucun écart : écouter de la musique, danser, jouer d’un instrument, boire, même en privé, exposent à la prison, au passage à tabac ou, dans le meilleur des cas, au pot-de-vin. Fumer en public est interdit aux femmes, le voile ajusté est bien entendu obligatoire.

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Certains rêvent de partir, conscients malgré tout qu’ils exposent leur famille, qui sera lourdement pénalisée. D’autres trouvent la force de jouir de la transgression et du risque, qui sont autant de parades contre l’ennui profond qui mine la société iranienne.

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L’ensemble est d’autant plus saisissant que les émotions et les ressentis sont exprimés au travers de représentations fantasmagoriques particulièrement éloquentes : mère récriminatrice à neuf têtes, « mollah-ogre » s’apprêtant à ne faire qu’une bouchée du peuple iranien…

La simplicité et l’authenticité des témoignages satisfont en tous points notre désir d’en savoir plus sur la vie en République islamique d’Iran, mais laissent l’impression d’un gâchis irrémédiable. On ne peut que compatir à cette jeunesse, qui dit d’elle-même qu’elle est sacrifiée.

Nicole Cortesi-Grou, 11 janvier 2016

Communiqué : L’Atelier du Plateau fait son cirque – 13è édition


Lieu pluridisciplinaire du 19è arrondissement de Paris, ce Centre National de quartier est dédié aux Résidences, à la Création et à la Diffusion.

La treizième édition de notre festival de rencontres improvisées entre cirque et musique a sonné ! Chaque soir, huit artistes de cirque et un trio de musiciens se lancent à l’assaut d’un spectacle non recyclable au canevas imaginé dans l’après-midi. Leur seul mot d’ordre : la liberté absolue, l’écoute, la sincérité et une pointe d’humour iconoclaste. Pour cette nouvelle édition, le festival se ponctue par trois temps forts au cœur d’une scénographie imaginée par la plasticienne Camille Sauvage, transformant l’Atelier du Plateau en une maison de couleurs, avec bestioles d’intérieur et signes rupestres…

Quelque chose d’animal nous accompagnera la première semaine. On pourra y voir évoqué, incarné, tout un bestiaire d’animaux domestiques, sauvages, fantastiques et même y croiser quelques vraies bêtes.
La seconde semaine sera consacrée au mât chinois, orientant notre regard vers Le monde des cimes là où l’air dit-on se raréfie et les visions s’agrandissent. Au programme, ballets d’acrobaties, et autres courses poursuites verticales.
Enfin, nous tirerons le fil dans tous les sens. Nous clamerons
Les précaires équilibres de notre espèce, et laisserons aux fil-de-féristes le mot de la fin.


L’Atelier du Plateau – 5, rue du Plateau – 75019 Paris – M° Botzaris / Jourdain

01 42 41 28 22

cdnq@atelierduplateau.org

reservation@atelierduplateau.org

contacts

tarifs/réservations

accès

Communiqué : Festival de L’Imaginaire – du 8 au 15 octobre 2022

101 Bd Raspail, 75006 Paris Tel : 01 42 84 90 00

Le Festival de l’Imaginaire, scène ouverte aux peuples et civilisations du monde contemporain depuis 1997

Programme complet :

https://www.maisondesculturesdumonde.org/

Quarante ans ans donc déjà que ce qui n’était qu’une utopie perdure, et qu’année après année la Maison des Cultures du Monde propose à son public des témoignages du génie des peuples. Des spectacles certes mais aussi des enregistrements, des articles, des études, des ouvrages, auxquels collaborent des artistes, des universitaires, des chercheurs, des passionnés de culture.
Dix-neuf puis trente parutions de « L’internationale de l’Imaginaire », près de deux-cents éditions de vinyles et CD dans la collection INEDIT, quelques dizaines de catalogues, beaux livres et autres publications pour compléter ces approches des expressions culturelles dans la richesse de leurs diversités. Mais aussi des initiatives pour que la recherche progresse, avec la création du concept de l’ethno-scénologie, cette discipline que nous avons portée sur les fonts baptismaux en 1995 pour que le concept de patrimoine culturel immatériel, à la création duquel nous avons participé, trouve en France le soutien d’une institution culturelle pour surmonter des réticences administratives caduques.
Quarante ans d’efforts d’une équipe réduite de passionnés courageux, travailleurs, convaincus de ce qui devenait pour eux une véritable
mission. Tout cela se célèbre certes, mais dans la sobriété, la continuité, avec cependant quelques clins d’œil de rappel dans ce programme du Festival de l’Imaginaire qui boucle, lui, son quart de siècle. » Chérif Khaznadar Président de la Maison des Cultures du Monde-CFPC

Que la fête continue !

Le Colibri – Élisa Shua Dusapin – Hélène Becquelin – Ed. La Joie de Lire – Livre disque

En librairie à partir du 8 septembre 2022 – Copyright É. Shua Dusapin (scénario), H. Bequelin (dessin) / La Joie de Lire – 160 p. 22,90 € – À partir de 12 ans

Lotte et Célestin, 13 ans, se sont connus sur le toit de l’immeuble dans lequel les parents du jeune garçon viennent d’emménager. Un refuge pour elle comme pour lui qui se sentent esseulés et perdus. Quelques planches plus tard, Célestin reçoit la visite « ailée » de son grand frère, Célin, reconverti en « explorateur du ciel ». On comprend peu à peu que ce grand voyageur devant l’Eternel a pris son envol définitif quelques années auparavant, et on se dit que le colibri – un oiseau extraordinaire, presque mythique – qu’il vient de déposer entre les mains de son jeune frère pourrait être l’enveloppe charnelle de celui dont le souvenir reste omniprésent et culpabilisant pour le jeune Célestin.

Pour l’heure, cet oiseau minuscule, léger comme un souffle, rapide comme l’éclair, capable d’exploits invraisemblables est « en torpeur », c’est à dire en hibernation. Il faut donc lui laisser du temps pour refaire surface, sans brusquer les choses. Le temps de la reconstruction pour nos deux héros, celui qui permet d’alléger une charge émotionnelle qui pèse si lourd, celui aussi d’interroger leur propre rapport à l’amour, à la séparation et à l’absence.

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Magnifique de finesse et de sensibilité.

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E. Shua Dusapin
H. Becquelin

Avec Le Colibri, l’autrice Elisa Shua Dusapin signe sa première bande dessinée à l’attention de la jeunesse. La finesse de son écriture dialogue avec l’humour tendre du trait de l’illustratrice Hélène Becquelin. Pour transposer la délicate économie de mots de l’écrivaine, l’artiste valaisanne joue avec une palette de gris colorés qui cède, dans les dernières pages, à une somptueuse émergence de couleurs. Un livre dont on ne ressort pas indemne ! 

Et comme c’est souvent le cas avec les éditions La Joie de Lire, un album tout lectorat dans lequel chaque adulte trouvera matière à réflexion et à émotion.

Anne Calmat

La couleur des choses – Martin Panchaud – Ed. Cà et Là

En librairie le 9 septembre 2022 – Copyright M. Panchaud / Cà et Là – 236 p., 24 €

BD : l’expérience visuelle de Martin Panchaud – Regarder le …Arte.tv8 août 2020

C O M M U N I Q U É

Simon, un jeune Anglais de 14 ans un peu rondouillard, est constamment l’objet de moqueries de la part des jeunes de son quartier, qui le recrutent pour toutes sortes de corvées. Un jour qu’il fait les courses pour une diseuse de bonne aventure, celle-ci lui révèle quels vont être les gagnants de la prestigieuse course de chevaux du Royal Ascot. Simon mise alors secrètement toutes les économies de son père sur un seul cheval, et gagne plus de 16 millions de livres. Mais quand il revient chez lui, Simon trouve sa mère dans le coma et la police lui annonce que son père a disparu… Étant mineur, Simon ne peut pas encaisser son ticket de pari. Pour ce faire, et pour découvrir ce qui est arrivé à sa mère, il doit absolument retrouver son père. Au terme d’une aventure riche en péripéties et en surprises, Simon, l’éternel perdant, deviendra un gamin très débrouillard.

La Couleur des choses bouscule les habitudes des lecteurs et lectrices de BD ; le livre est intégralement dessiné en vue plongeante sans perspective et tous les personnages sont représentés sous forme de cercles de couleur.

Le récit oscille entre comédie et polar, avec une technique graphique surprenante qui mêle architecture, infographies et pictogrammes à foison. Cela donne un roman très graphique étonnant et captivant.

M. Panchaud

Martin Panchaud est né en 1982 à Genève, en Suisse, et vit depuis quelques années à Zurich. Auteur et illustrateur, il a réalisé plusieurs bandes dessinées, des récits graphiques grand format et de nombreuses infographies, dans un style visuel unique. Sa très forte dyslexie a été un frein à sa scolarité et l’a empêché de suivre des études supérieures. Il a néanmoins suivi une formation de bande dessinée à l’EPAC, à Saxon, puis a obtenu un Certificat Fédéral de Capacité de graphiste à Genève. Sa dyslexie lui a fait placer la lecture, ainsi que l’interprétation des formes et de leurs significations, au centre de ses recherches, et l’a incité à choisir un style très particulier pour exprimer sa créativité et raconter des histoires. Grâce à son travail, il a reçu plusieurs récompenses et a effectué de nombreuses résidences artistiques afin de développer ses projets de création. Exposé dans divers établissements culturels en Europe, comme le Barbican Centre de Londres et le Centre
culturel Onassis Stegi d’Athènes, il s’est notamment distingué par son impressionnante œuvre intitulée SWANH.NET, une adaptation dessinée de 123 mètres de long de l’épisode IV de Star Wars, mise en ligne en 2016 (v. ci-après).
La Couleur des choses, son premier roman graphique, a été initialement publié en allemand par Edition Moderne en 2020 et a remporté de nombreux prix en Suisse et en Allemagne.

L’Attrape-Malheur (T.3/3) – « Un berceau dans les batailles » – Fabrice Hadjadj – Tom Tirabosco – Ed. La Joie de lire

En librairie le 25 août 2022 – 22,90 € – 456 p. Copyright F.H. (scénario), T.T. (illustrations) / La Joie de lire. Tout lectorat à partir de 13 ans
T.1 – Archives, 15 sept. 2020 / T.2 – Archives, 12 avr. 2021
T.2 Jakob et le cirque Barnoves
T.1 Jakob doit quitter le nid familial

Rappel T.1 & T. 2 – Il y avait une fois au village de Rarogne (Suisse), un fils de meunier nommé Jakob Traum, mais qu’on se mit bientôt à surnommer « l’attrape-malheur ». Il était né avec un double pouvoir qui le rendait à la fois plus fort et plus faible que les autres – à toute épreuve et pour cela toujours dans l’épreuve, diamant brut et fleur bleue… Il régénérait de ses propres blessures ; il prenait sur lui les blessures des personnes qu’il aimait. De là mille complications. De là aussi mille intrigues destinées à nourrir les plus noirs desseins…
Qui a dit que l’amour est la solution à tous nos problèmes? Bien au contraire, il en est ici la multiplication, il fait entrer dans un drame, surtout quand il est partagé.

Avec Un berceau dans les batailles, Fabrice Hadjadj met en beauté – le mot est faible ! – un point final aux aventures de Jakob Traum, « notre » attrape-malheur bien-aimé.

p. 19

Après plus d’une année loin de celui que son entourage a fini par appeler le Môme-Même-Pas-Mal, l’Enfant-Nature ou bien l’Homme-de-Demain, le lecteur ou la lectrice aurait pu s’attendre à quelques instants de flottement avant de rassembler toutes les pièces d’une épopée si riche en événements… Il n’en est rien et on se demande une nouvelle fois ce qui du style flamboyant de Fabrice Hadjajd ou de cette histoire, qui tient à la fois du récit fantastique et initiatique et la place au rang d’un récit mythologique, fait que la magie opère instantanément. Qu’est-ce qui prend le pas sur l’autre ? Aucun des deux, nécessairement, selon l’âge de celui ou celle qui lit… Avec des moments d’émotion intense où l’on retient son souffle, comme par exemple le mariage de Jakob (avec …) sous la menace des machines volantes de l’empereur Altemore.

p. 48

Avec finesse, Fabrice Hadjadj mêle sujets d’actualité et univers fantastique. La noirceur poétique du trait de Tom Tirabosco souligne une fois encore la profondeur du récit.

Anne Calmat

p. 170

Né en 1971, Fabrice Hadjadj est un écrivain, philosophe et dramaturge français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie. Il est surtout connu par la critique pour ses essais qu’il consacre aux questions du salut, de la technique et du corps. Ses ouvrages principaux sont : 

  • Le Paradis à la porte :
    Essai sur une joie qui dérange (Seuil, 2011), 
  • Dernières nouvelles de l’homme (et
    de la femme aussi)
    (Tallandier, 2017) 
  • Être clown en 99 leçons (La Bibliothèque,
    2017). 

Sa passion pour le théâtre l’a amené à écrire des pièces (La Conversion de Dom Juan, Le retour d’Hercule, pour les plus récentes), tandis que son goût prononcé pour les arts visuels a abouti à l’écriture de trois livres sur l’art. Sa pratique de la musique lui a également valu de composer plusieurs albums. Il dirige aussi Philantropos, un institut universitaire dans le canton de Fribourg.

Né en 1966, Tom Tirabosco a fait l’Académie des Beaux-Arts à Venise, puis l’École Supérieure des Arts visuels de Genève. Illustrateur et dessinateur de BD, il a été lauréat de plusieurs concours de bande dessinée. Avec le célèbre bédéiste Zep, il a ouvert une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève. 

Anne Calmat

Né en 1966, Tom Tirabosco a fait l’Académie des Beaux-Arts à Venise, puis l’École Supérieure des Arts visuels de Genève. Illustrateur et dessinateur de BD, il a été lauréat de plusieurs concours de bande dessinée. Avec le célèbre bédéiste Zep, il a ouvert une École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève.

T.1 – p. 62
T.1 – p.164
T.2 – p. 215

Anna Politkovskaïa (Réédition) – Francesco Matteuzzi – Elisabetta Benfatto – Ed Steinkis

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En librairie le 1er septembre 2022
Copyright F. Matteuzzi (texte) & E. Benfatto (dessin) –  Steinkis Ed,  122 p., 18 €

p. 25

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »
Cette phrase d’Albert Londres était pour Anna Politkovskaïa une ligne de conduite.
Née à New-York, enfant privilégiée de la Nomenklatura, la jeune Anna choisit le journalisme. L’année 1999 marque un tournant. Elle couvre le conflit en Tchétchénie pour Novaïa Gazetta et met, dès lors, le pied dans un engrenage qui va conduire à son assassinat sept ans plus tard.

« L’unique devoir d’une journaliste est d’écrire sur ce qu’elle a vu. » A. P.

C’est en Tchétchénie que débute le récit de ce roman graphique, hommage à une journaliste courageuse et à une femme déterminée qui fut et reste la voix de la Russie qui résiste. Les reportages sans concessions d’Anna Politkovskaïa, témoin oculaire du conflit qui opposait à cette époque les indépendantistes tchétchènes (assimilés par Moscou aux terroristes d’Al Quaïda) au régime de Vladimir Poutine, dont elle dénonçait les crimes contre l’humanité, ont scellé le destin de la journaliste.

Bien qu’ayant conscience que sa vie ne tenait qu’à un fil, et malgré son découragement face aux représailles que subissaient ses informateurs, elle mena son combat jusqu’au bout. Par éthique professionnelle et aussi pour que les jeunes générations sachent que résister à l’arbitraire est un devoir.

p. 32

Le 7 octobre 2006, jour anniversaire de la naissance de Vladimir Poutine, elle était assassinée dans l’ascenseur de son immeuble. Pour beaucoup, cet acte sonnait comme une nouvelle mise en garde à l’adresse des opposants à un pouvoir qui cultivait auprès de son peuple un esprit nationaliste et nostalgique de l’ère soviétique et des gloires passées de l’Empire tsariste.

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p. 74
Copyright Konzept und Bild/ullstein bild via Getty Images

Parce que chez nous, ça fonctionne ainsi. Si vous parlez, si vous révélez des faits que le régime veut dissimuler, vous êtes mort. Il y a les journalistes rééducables, ceux qu’on peut remettre sur la bonne voie (…). Ceux qui disent la vérité mènent une vraie guerre », lui fait dire Francesco Matteuzzi en page 51.

Quelques-uns des évènements majeurs qui ont traversé la décennie en question sont ici illustrés, comme par exemple la prise d’otages au théâtre de la Doubrovka (oct. 2002). On la voit qui négocie avec l’un des assaillants. Il lui dicte ses conditions de retrait, mais l’irruption des forces spéciales russes (qui ont introduit un agent chimique inconnu dans le système de ventilation du lieu) vient réduire à néant toute tentative de conciliation. Vient ensuite tragédie survenue dans l’école de Beslan, en Ossétie du Nord (sept. 2004). Elle est sobrement dépeinte par l’auteur à l’aide de quelques dessins de style naïf, sur un cahier d’écolier à petits carreaux : des militaires encagoulés, bâtons d’explosif à la main, terrorisent femmes et enfants. L’intervention des forces spéciales russes va une nouvelle fois mettre le feu aux poudres. La journaliste n’a rien pu faire. Elle espérait cette fois encore négocier avec les preneurs d’otages, mais elle en a été empêchée avant même d’avoir posé le pied sur le sol ossète.

Non rééducable, il faut la traiter en conséquence, a déclaré le maître du Kremlin…

E. Benfatto
F. Matteuzzi

Une BD toute simple, mais qui résonnait déjà à sa sortie comme un  bel hommage à l’exigence et à la rectitude d’une femme qui ne faisait que son métier.

Anne Calmat

BD – Freinet L’éducation en liberté – Sophie Tardy-Joubert – Aleksi Cavaillez – Ed. Delcourt (suivi de) Au Cœur de la Troisième Population – Ed. Futuropolis

COMMUNIQUÉ – En librairie le 24 août 2022 – 19,90 €

« C’est en marchant que l’enfant apprend à marcher ; c’est en parlant qu’il apprend à parler ; c’est en dessinant qu’il apprend à dessiner. Nous ne croyons pas qu’il soit exagéré de penser qu’un processus si général et si universel doive être exactement valable pour tous les enseignements, les scolaires y compris« , écrivait Célestin Freinet dans Œuvres pédagogiques 

À Vence, où le couple Freinet s’établit en 1934, les promenades au grand air, les visites chez les artisans sont autant de leçons sur le vif. Les classes vertes, les journaux, les exposés, autant d’initiatives qui font partie du quotidien des cours. Convaincus que pour changer la société, il fallait d’abord changer l’école, Célestin et Elise Freinet révolutionnent la pédagogie. Alors que l’enseignement traditionnel est centrée sur la transmission des savoirs, la pédagogie Freinet place l’élève au cœur du projet pédagogique. Elle prend en compte la dimension sociale de l’enfant, voué à devenir un être autonome, responsable et ouvert sur le monde.

Célestin et Elise posent ainsi les bases de la pédagogie moderne en mêlant expérience et autonomie. Leurs méthodes nouvelles bousculent et dérangent au début – comme la plupart des novateurs, « ils ont tort d’avoir raison trop tôt ». Cependant que leurs règles continuent d’inspirer encore aujourd’hui, à commencer par les deux auteur-e-s de cette bande dessinée.

Dans un tout autre domaine, mais avec un toile de fond une même ligne directrice :  » Comment, sortir des sentiers battus aide à puiser en soi des ressourses insoupçonnées », on (re)découvre dans la foulée l’expérience, révolutionnaire en son temps et toujours originale, menée depuis 1956 à la Clinique de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie (Loir-et-Cher).

BD 2021-2022 – Coup d’oeil dans le rétro

BD-REPORTAGE AU CŒUR DE LA TROISIÈME POPULATION – AURÉLIEN DUCOUDRAY – JEFF POURQUIÉ – ED. FUTUROPOLIS

Depuis mai 2018 – Copyright A. Ducoudray, J. Pourquié / Futuropolis -122 p., 19€

Depuis 1956, la clinique de psychothérapie institutionnelle la Chesnaie a développé un modèle thérapeutique sans construire de mur d’enceinte ni fermer ses portes. À la Chesnaie, établissement conventionné, les médecins ne portent pas de blouses blanches, soignants et soignés se côtoient de façon indifférenciée. « On ne sait pas qui est qui. Il faut se parler pour le découvrir » prévient l’infirmière. Car ce sont les échanges qui sont au coeur de la thérapie, « leur traitement, c’est avant tout de leur redonner une vie sociale, on est vraiment dans le soin individuel, à la carte ». Les décisions sont prises collectivement lors de réunions hebdomadaires (investissements prioritaires, sorties culturelles…), chacun y va de sa proposition. Dans ce lieu de soins, qui est aussi un lieu de vie, l’association Club de la Chesnaie tient une place prépondérante et rallie tous les suffrages. Créé en 1959, le club joue notamment le rôle d’interface avec l’extérieur, il est ouvert à tous et accueille spectacles et spectateurs, résidence d’artistes, d’écrivains, d’illustrateurs… Nombre d’ateliers (artistiques, sportifs, culturels) sont régulièrement proposés.

Après avoir brièvement décrit le fonctionnement de l’établissement, les deux auteurs s’attachent aux rencontres qu’ils ont faites. L’approche retenue est naturaliste : à quelques exceptions près, le lecteur les accompagne dans tous leurs déplacements. « À la Chesnaie on marche beaucoup, on trottine, on cavale, on crapahute, on traîne du pied, on clopine, on flâne, on trépigne, on tourne, on retourne, on détourne (…) Y en a qui vont quelque part, d’autres nulle part, y en a certains qui semblent chercher où aller, d’autres qui ont trouvé, y en a qui ont oublié où ils vont… et d’autres qui ne l’ont jamais su. » Cela donne lieu à des anecdotes cocasses ; le compte rendu graphique qu’en fait Jeff Pourquié met surtout en évidence le fait que la maladie mentale n’est la plupart du temps pas fatalement « visible » : l’agitation n’est pas la règle, celles et ceux avec lesquels Ducoudray et Pourquié interagissent n’expriment que rarement les troubles qui les habitent. D’ailleurs, lorsqu’ils le font, ils manifestent, à quelques exceptions près, plus d’angoisse que d’agressivité.

Le personnel est polyvalent. Il peut, selon un planning établi à l’avance, tout aussi bien affecté être à la distribution des médicaments, qu’au ménage ou à la préparation des repas. « On est sur des « missions » entre six mois et un an (…) On voit ainsi nos patients autrement que dans une relation figée ». Idem pour les patients, et pour nos deux bédéistes qui, dans le cadre de la répartition des tâches tournantes, vont ponctuellement être affectés aux fourneaux ou à la plonge. « Pourvu qu’on ne nous demande pas d’être psys ! »

Ducoudray et Pourquié décrivent avec humour et sans sensationnalisme les pathologies de ceux qui ont été pris en charge à la Chesnaie. Des visages, des mots, des attitudes, des parcours de vie. Les planches sont très denses, très dialoguées – sept cases en moyenne par planche. Trois pleines pages ont été plus spécifiquement dévolues à trois pensionnaires, avec quelques-unes de leurs représentations mentales en arrière-plan.

Un beau reportage qui tord le cou à quelques clichés sur la maladie mentale et porte haut les couleurs de l’humanisme. Ici patients et soignants s’enrichissent mutuellement et l’on rêverait que cette expérience, qui en France a été reproduite dans trois ou quatre établissements, devienne monnaie courante, avec ici un rapport nombre de patients/nombre de soignants défiant semble-t-il toute concurrence.

Anne Calmat

BD – Le Labyrinthe inachevé – Jeff Lemire – Ed. Futuropolis

Copyright J. Lemire / Futoropolis COMMUNIQUÉ – En librairie le 24 août – 256 p., 27 € 

Juin 2020 (v. Archives)

Après The Nobdy, inspiré du roman de G.H. Welles, L’Homme invisible (v. ci-après), Jeff Lemire revient avec ce roman graphique dans lequel  le surnaturel côtoie le réel et où – comme c’est souvent le cas chez lui – les liens familiaux vont de paire avec le spleen de son personnage principal.

Will est obsédé par sa fille morte dix ans auparavant, et par son incapacité à se rappeler son visage et les événements importants qui ont jalonné sa vie. Ne lui reste en mémoire que ce pull trop grand pour elle qu’elle portait, et qui sentait la naphtaline…

Will en néglige toute socialisation, dans sa vie privée comme au travail. Jusqu’à ce qu’un mystérieux appel téléphonique au cœur de la nuit chamboule sa vie. L’appel lui indique que sa fille est toujours vivante, coincée dans le labyrinthe d’un livre de jeux qu’elle n’avait pas terminé. Convaincu que son enfant le contacte d’un espace qui se situe dans un monde intermédiaire, il va utiliser le labyrinthe inachevé dans l’un de ses journaux et une carte de la ville pour la ramener à la maison…

Jeff Lemire

Jeff Lemire est né en 1976 et a été élevé dans le comté d’Essex (Canada), près du Lac Saint-Claireau. Il publie à la fois pour la scène alternative et pour le grand groupe DC Comics, où il est principalement scénariste. Il a étudié le cinéma, puis décidé de poursuivre dans le comics lorsqu’il a réalisé que son tempérament solitaire ne collait pas avec le métier de réalisateur.

Moi qui ai souri le premier – Daniel Arsand – Ed. Actes Sud

COMMUNIQUÉ – Roman – En librairie le 17 août 2022 (15 € )
Parution simultanée en version numérique (10€90)

Il y a près de deux décennies, j’ai publié un récit où je clamais que j’étais encore puceau à vingt ans et des poussières. Quelle inventivité possède le déni ! Mensonge par lequel je baissais le rideau de fer sur un viol, une disparition (vécue comme un abandon), un passage à tabac (évoqué, lui, mais falsifié, comme désexualisé) qui fracturèrent mon adolescence et me hantent pour toujours« .

Trois souvenirs d’adolescence qui signent plus encore que la fin de l’innocence, la fin prématurée des promesses. Ce texte brûlant, le plus intime et le plus cru de Daniel Arsand, peut se lire comme le making of de son incroyable roman, « Je suis en vie et tu ne m’entends pas« .

Mais aussi, comme le résumé de toute une vie ou sur les effets des violences sexuelles sur la vie et la construction de ceux qui les subissent. Quelque part dans ce texte, Daniel Arsand écrit : “Il n’est pas en moi que des orages, il n’est pas en moi que des ruines.

Et pourtant, on peut lire Moi qui ai souri le premier comme une visite privée de ces orages et de ces ruines laissés en lui par trois rencontres déterminantes, trois souvenirs d’adolescence qui sont aussi des possibles trahis, qui signent, plus encore que la fin de l’innocence, la fin prématurée des promesses. Débusquer la lumière, la force, la beauté au-delà du saccage – c’est sur le terrain du langage réinventé que s’érige, entre résistance têtue, secret livré et liberté farouche, ce bref livre éblouissant.

« Il y a moins longtemps que cela, j’ai entrepris un roman sur les massacres d’Adana (1909) qui préfiguraient le génocide arménien. Je tentais par des mots et des histoires de dialoguer avec le silence que garda mon père, Hagop Arslandjian, sur ce qu’il avait vécu. Brusquement j’en interrompis la rédaction, la suspendis pour quelques semaines. Le silence paternel venait de me renvoyer, violemment et sans échappatoire, à celui que j’observais sur ce que j’avais vécu à quatorze, quinze ans. J’écrivis d’un jet un viol, une disparition et un passage à tabac. Je me crus en règle avec moi-même et remisai les pages dans un tiroir.

Et puis j’écrivis la renaissance d’un « triangle rose » après Buchenwald.


Et puis j’appris, désespéré et découragé, qu’en Tchétchénie on internait les pédés dans un camp où ils étaient torturés, liquidés, et si on les libérait c’était pour que les familles prennent le relais d’une destruction. Durant des mois et des mois, je ne sus plus comment écrire une histoire, ce qu’était simplement écrire. Un jour, enfin, j’ai ressorti d’un certain tiroir un certain texte que je me mis à retravailler dans ma bienfaitrice solitude, essayant de l’intensifier, et je regardai en face ce qui avait été. Et je dis ce que j’avais à dire.”

À PROPOS DE L’AUTEUR

Portrait de l’écrivain Daniel Arsand en juin 1998, France. (Photo by Louis MONIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

Éditeur et écrivain, Daniel Arsand est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont notamment La Province des Ténèbres (Phébus, 1998, et Libretto, prix Femina du premier roman), En silence (Phébus, 2000, et  Ivresse du fils (Stock, 2004), Un mois d’avril à Adana (Flammarion, 2011, prix Chapitre du roman européen) et, le plus récent, Je suis en vie et tu ne m’entends pas (prix Jean-d’Heurs du roman historique, prix littéraire des Genêts, prix du Roman gay), paru aux éditions  Actes Sud en 2016.

Les yeux perdus – Ed. Dargaud

En librairie le 27 mai 2022 – Copyright Diego Agrimbau (scénario) Juan Manuel Tumburús (dessin, couleurs) / Dargaud. 80 p., 16,50 €

1917. Durant la Première Guerre mondiale, quelque part en Europe.

Dans un orphelinat, apparemment vidé de la plupart de ses occupants, vivent, ou plutôt survivent un frère et sa sœur, Otto et Ofélia, à la merci du fils des anciens propriétaires des lieux, Maurice, un être dont la cruauté et le cynisme peuvent être sans limites, dont ils sont à la fois les victimes et les complices. Tous trois se nourrissent de chair humaine, celle des soldats blessés et affaiblis qui se sont égarés dans les bois alentours. Otto et Ofélia leur font miroiter un repas chaud, les mettent en confiance et les ramènent à l’orphelinat. En un rien de temps, la hache de Maurice s’abat sur leur nuque et ils passent de vie à trépas.

Nul doute que c’est le sort que le maître des lieux réserve aux deux enfants lorsqu’il jugera qu’il a assez de provisions pour attendre la fin de la guerre.

On découvre quelques planches plus tard qu’ils ne sont pas les seuls survivants dans ce monde apocalyptique décimé par le typhus, et que quelque part, dans les « limbes » de l’énorme bâtisse, des poupées énuclées attendent qu’on leur rende leurs yeux pour renaître à une forme de vie. Comme le font les zombies. Et qu’il en est de même pour les parents et les frères et soeurs de cet adolescent au cœur d’airain – mais cependant vulnérable, tassées sur un canapé, totalement inexpressifs.

Otto le trouillard parviendra-t-il à dérober le bocal rempli des globes oculaires que Maurice a arrachés à ses victimes comme autant de trophées ? Qu’adviendra-t-il de tous ceux qui n’étaient déjà plus qu’un souvenir ?

Un scénario et des images d’une force émotionnelle inouïe qui hantera probablement celles et ceux qui partiront à la rencontre de ce monde à la fois cauchemardesque et captivant.

Anne Calmat

Les auteurs

D. A.

Diego Agrimbau (scénario) réalise des bandes dessinées depuis le début des années 1990. Après diverses expériences d’auto-édition, il devient scénariste de bande dessinée en 2003. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des artisans du renouveau de la bande dessinée argentine.

Narrateur aux multiples talents, il a collaboré au cours des dix dernières années avec de nombreux dessinateurs et écrit pour des genres aussi distincts que la science-fiction, l’érotisme, les récits du quotidien ou la bande dessinée jeunesse.

Son travail a été primé à des nombreuses reprises : il a notamment reçu le Prix Utopiales 2005 et Premio Solano López 2010 pour « La Burbuja de Bertold » (« La Bulle de Bertold ») ; I Premio Planeta DeAgostini de Cómics 2009 pour « Planeta Extra » ; Creacomics 2009 pour « La Última Gota ».

Il a été accueilli en résidence à la maison des auteurs avec le dessinateur Lucas Varela pour « Diagnostics » (Tanibis, 2013), un album d’histoires brèves dans lesquelles les personnages souffrent de troubles psychiatriques. Chacun des récits explore différents dispositifs narratifs du langage de la bande dessinée.

En 2019, la collaboration entre les deux hommes continue avec un récit de science-fiction post-apocalyptique très attendu, « L’Humain » (Dargaud, 2019).

En 2022, il s’associe à Juan Manuel Tumburus autour du présent titre, « Les Yeux perdus », de nouveau aux Ed. Dargaud.

J-M. T.

Juan Manuel Tumburús (dessin, couleurs)est né à Buenos Aires, en Argentine, en septembre 1981.

Il est illustrateur, caricaturiste et directeur artistique.

Il a commencé dans l’industrie du spectacle à l’âge de 20 ans, dans un studio dans un studio d’animation.

Il a travaillé sur trois longs métrages d’animation, des dizaines de publicités et plusieurs publications de bandes dessinées, notamment pour des éditeurs tels que Dark Horse Comics, Heavy Metal et Dargaud en 2022, avec les « Yeux Perdus »

Il est actuellement directeur de la création de « Blu y orgulloso padre de Dante ».

Aux Arts citoyens !