Une farouche liberté – Giselle Halimi, la cause des femmes – Ed. Steinkis

En librairie à partir du 6 octobre 2022 – Copyright Annick Cojean et Sophie Couturier (scénario), – Sandrine Revel (dessin) – Myriam Lavialle (couleur) / Steinkis Ed – 137 p., 22 €

Cette année, la France commémore les 50 ans du procès de Bobigny. Un procès, mené en novembre 1972 par l’avocate Gisèle Halimi, lequel est entré dans l’histoire pour avoir eu pour effet la relaxation d’une mineure, accusée de s’être rendue coupable d’une interruption volontaire de grossesse consécutive à un viol. Le retentissement sociétal et médiatique dudit procès a été tel que deux ans 1/2 plus tard, la loi Veil (janv. 1975) mettait fin à la pénalisation de l’IVG.

On ne naît pas femme, on le devient, écrivait en 1949 Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe.

On ne naît pas féministe, on le devient affirmera à son tour Gisèle Halimi quelque vingt ans plus tard. Mais nous allons voir que sa lutte en faveur de l’IVG et contre le viol, qui était au cœur du procès de Bobigny, n’ont pas été les seuls combats que cette guerrière a menés au cours de sa vie, mise au service de la justice.

Nous découvrons tout d’abord son enfance en Tunisie, puis, les prises de conscience précoces de la jeune Gisèle et son refus d’un destin assignée par son genre. Un refus qui la conduira à une vie de combats en faveur des femmes, de la parité et, dans un autre domaine, en faveur de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Dès sa naissance, Gisèle est une source de déception pour son père. Une fille ! Inenvisageable !

Une fille donc, élevée comme une fille, dans la plus pure tradition judaïque. Avec certes quelques copains de jeux admis, qu’elle devra abandonner à la puberté pour se préparer à être une épouse attentive au bien-être de son conjoint – et aussi, en ce qui concerne son modèle familial, de ses fils à venir.

Mais la jeune fille ne suit pas la même voie que sa mère – qui par ailleurs savait porter la culotte et imposer ses vues à son époux, lorsqu’elle le jugeait nécessaire. Elle entre en résistance et, à la lueur de son ressenti, se forge un caractère d’airain. Elle se fixe des objectifs et ne ménage pas ses forces pour les atteindre.


p 30-32  » Perçue comme une extraterrestre par mes parents, je me suis jetée passionnément dans les livres. Ils étaient mon oxygène, ma bouée de sauvetage, mes meilleurs amis. 
Évidemment, toutes ces lectures éveillaient en moi un bouillonnement de questions et d’idées.
En même temps que je m’ouvrais sur l’histoire, la philosophie, la politique, je remettais peu à peu en cause tous les fondements de l’ordre régissant notre société. »

Désormais, plus rien ne peut plus arrêter Gisèle Halimi.

Août 2020

Une magnifique BD, composée à partir du roman autobiographique éponyme de Gisèle Halimi, co-écrit avec Annik Cojean, publié aux Ed. Grasset.

À l’approche des commémorations du soixantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie, le 18 octobre 2022, et au regard de la situation des femmes dans le monde, pour laquelle un long chemin reste à parcourir (y compris dans les pays où leurs droits semblent mieux reconnus), une panthéonisation aux côtés de Simone Veil, ou bien un hommage national rendu aux Invalides, seraient légitimes. Où en est le dossier ?

A. C.